Charles, le roi sage

Statue de Charles V le Sage (1338-1380).
Statue de Charles V le Sage (1338-1380).

En 1343, le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, vient de perdre son fils unique et décide de céder le Dauphiné à la France. La condition : qu’un fils de France porte désormais le titre de Dauphin et joigne ses armes à celles du Dauphiné. C’est à Charles, aîné de Jean II, qu’échoit le titre en 1349. Humbert II se retire dans les ordres et la France compte désormais un dauphin, titre que porteront els héritier à la couronne.
Premier dauphin de France, donc, Charles V sera également un de ses plus grands rois. De Froissart à Christine de Pisan, ses contemporains sont unanimes pour louer son intelligence, sa sagesse et sa science. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier son action.
Lorsque son père est fait prisonnier à Poitiers (1356), le jeune dauphin se trouve face à une situation catastrophique. Les finances sont en état de détresse, les Etats généraux ont révélé les prétentions des bourgeois et Charles le Mauvais, qui s’est évadé, reprend de plus belle son action subversive… La mainmise bourgeoise est même telle qu’ils tenteront d’imposer une monarchie constitutionnelle, réclamant le renvoi des conseillers du jeune régent et la nomination d’un conseil de 28 membres issus de leurs rangs. Charles, manquant de subsides autant que de soutiens, va, dès se moment, faire montre d’une grande maîtrise de la chose politique et d’une étonnante intelligence. Cherchant à gagner du temps, il accorde quelques concessions dans l’ordonnance royale de 1357 puis, profitant de la révolution du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, fuit la capitale en quête de soutien. Il le trouvera chez les nobles de Picardie et d’Artois, auprès des Etats de Champagne, lèvera des subsides et entrera triomphalement dans la capitale. La tentative révolutionnaire d’Etienne Marcel aura servi de révélateur : révélateur du caractère du futur souverain d’abord, de la situation vers laquelle le pouvoir des bourgeois allait mener le royaume. Certainement, à l’époque, personne n’en voulait, pas même les Parisiens qui élimineront eux-mêmes le prévôt.