La vierge du docteur Guillotin

La guillotine (gravure du XIXe siècle).
La guillotine (gravure du XIXe siècle).

L’histoire populaire, couplée à un certain désir de simplification historique, a voulu faire du docteur Guillotin l’inventeur de l’instrument de décapitation qui porte désormais son nom. De fait, Joseph Guillotin a bien popularisé, voir banalisé l’usage que l’on en fit sous la Révolution, mais son rôle n’aura été rien d’autre que celui d’un "commercial" avant la lettre, d’un promoteur. De fait, la guillotine est bien antérieure au XVIIIe siècle et son usage s’étend à travers toute l’Europe.
A l’origine, la décapitation se faisait à la hache ou à l’épée, comme en France ; une épée à deux mains, dite aussi glaive de justice que la justice royale ou seigneuriale était tenue de fournir à l’exécuteur "afin de rendre la justice de messire bourg".
Infligée indistinctement à tous les condamnés, elle va devenir, au fil des siècles, le « privilège » de la noblesse qui la subissait sans déroger. Le condamné pouvait choisir d’avoir les yeux bandés, une option qui était rarement choisie l’imposition du bandeau étant alors considéré comme une aggravation ignominieuse de la peine. Le condamné se mettait ensuite à genoux, posait son  cou sur le billot et subissait la peine, en espérant que le bourreau soit suffisamment habile et que son instrument soit correctement aiguisé. De fait, la plupart du temps, le bourreau, lorsqu’il était professionnel, faisait son office d’un coup d’un seul. Le problème sera donc lorsqu’il n’était guère qu’un amateur, ce qui sera longtemps le cas en France notamment, où le dernier arrivé dans un village ou un bourg se voyait désigné, d’office, comme bourreau. On cite d’ailleurs des cas où l’exécuteur devra s’y reprendre à onze fois, d’autre où il ira jusqu’à rompre son épée !