Le piège de l’éternelle France-Afrique

Idriss Déby, président du Tchad.
Idriss Déby, président du Tchad.

Décidément, rien ne change. La grâce et la libération des Français de l’Arche de Zoé par le président tchadien Idriss Déby en est, une fois encore, la preuve évidente… Car qui doutait de cette issue ? Sincèrement, pas grand monde, pas même les protagonistes et leurs avocats. Pas même le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui relègue ainsi allègrement ses désirs de "politique de rupture" entre la France et l’Afrique au rang des pieux souvenirs. La "France-Afrique de papa" est toujours là et bien là, n’en déplaise à Jean-Marie Bockel qui aura payé de sa place ses déclarations sécessionnistes.
Au delà de l’affaire judiciaire, de la tromperie voire de l’escroquerie, l’affaire de l’Arche de Zoé n’est en effet rien d’autre qu’une illustration de la relation liant la France et l’Afrique. A plus d’un titre ; sur plus d’un plan. C’est d’abord sur la notion de supériorité des Occidentaux sur les Africains que cette affaire frappe. Une supériorité que les premiers à dénoncer sont ceux-là mêmes qui, inconsciemment, l’appliquent ; que les premiers à honnir sont ces défenseurs aveugles des droits de l’homme. Aveugles au point de désirer imposer toujours et partout les droits de l’homme, même à ceux qui n’en veulent pas -et tant pis pour la liberté ; aveugles au point de se voir en sauveurs du monde, même lorsque ce "monde" n’a nul besoin ou nul envie d’être sauvé ; aveugles au point de vouloir imposer, dans un autre pays, une autre culture, le mode de vie occidental. Ces aveugles-là sont ni plus ni moins que les héritiers directs des colonisateurs occidentaux qui, au XIXe siècle, avaient lancé les navires français dans le but de "sauver" cette même Afrique. Point de rupture donc, dans la bonne conscience des âmes occidentales ; point de rupture mais au contraire une colonisation par l’esprit qui semble ancrée dans les mentalités…