Mathilde, la dame à la tapisserie

Extrait de la Tapisserie de la reine Mathilde, dite Tapisserie de Bayeux.
Extrait de la Tapisserie de la reine Mathilde, dite Tapisserie de Bayeux.

On raconte que la demoiselle répondit d’abord qu’elle aimerait mieux être nonne voilée que d’épouser un bâtard. Le duc suspendit quelque temps sa demande, mais, lorsqu’il la renouvela, il était venu lui-même en Flandre et se rendit fièrement à Lille, où le comte, sa femme et sa fille se trouvaient alors. Il entra dans la salle et, passant outre, comme pour traiter de quelque affaire, il poussa jusqu’à la chambre de la comtesse, où il trouva tout droit la demoiselle, fille du comte Baudouin. Il la prit par ses tresses, la traîna parmi la chambre, la foula aux pieds et la battit bien. Puis il sortit de la chambre, sauta, sur son cheval, qu’on lui tenait devant la salle, piqua des éperons et s’en alla son chemin. De ce fait fut le comte Baudouin très courroucé, et quand les choses eurent un temps ainsi demeuré, le duc Guillaume envoya derechef au comte Baudouin pour reparler du mariage. Le roi en parla à sa fille et elle lui répondit que bien lui plaisait et en furent faites les noces à bien grande joie. Et après les choses susdites, le comte Baudouin demanda à sa fille, tout en riant, pourquoi elle avait si légèrement accepté le mariage qu’elle avait autrefois refusé si cruellement. Et elle répondit qu’elle ne connaissait point alors le duc si bien qu’elle faisait maintenant, « car, dit-elle, s’il n’eût été de grand cœur et de haute entreprise, il n’eût été si hardi qu’il m’osât venir battre en la chambre de mon père ».