Quand l’empire du Milieu n’était pas… encore

Antiques vases chinois (gravure du XIXe siècle).
Antiques vases chinois (gravure du XIXe siècle).

Comme en Asie Mineure, berceau de l’humanité, la civilisation est née en Chine grâce à la fertilité d’un sol généreusement arrosé. Le fleuve Jaune, en dispensant à la Grande Plaine chinoise ses monceaux de limon, a fait naître, deux mille ans environ avant J.-C., de merveilleux agriculteurs, les premiers au monde à faire pousser le millet puis le riz.
Tandis que dans les steppes du Nord et de l’Est, certaines tribus en restent au stade de chasseurs nomades, celles de la Grande Plaine, de Pékin jusqu’au Houai-Ho au sud, s’appliquent avec acharnement à faire fructifier le sol : elles défrichent la brousse, assèchent les marais, endiguent les rivières. Car si la nature est généreuse, elle peut aussi être fatale : à la moindre sécheresse, la famine guette ; dès que le fleuve Jaune déborde, il envahit l’immense plaine et détruit les cultures.
La vie et la pensée du paysan chinois sont restées les mêmes pendant des siècles : elles suivent le rythme des saisons. Sa religion a pour but essentiel d’assurer l’harmonie entre le Ciel et le cycle agricole dans lequel préside le prince ou Fils du Ciel. Pour lui, tout l’univers s’explique par une opposition entre le principe masculin yang, qui règle le travail des champs, donne la chaleur, et le principe féminin yin, dont le domaine est le froid, l’hiver, le repli. À cette conception fondamentale du monde, s’ajoute un culte des ancêtres, destiné à assurer la survie de l’âme des défunts par des offrandes funéraires. Les textes les plus anciens nous montrent cette société paysanne chinoise divisée en classes : les nobles, avec le roi au sommet de la pyramide, défendent le peuple contre la menace constante des chasseurs nomades.