Au commencement était Sumer

Statuette mésopotamienne.
Statuette mésopotamienne.

Plaine fertile, baignée par les riches eaux de l’Euphrate et du Tigre, la Mésopotamie fut sans doute le berceau des plus évoluées des civilisations anciennes, mais également le lieu de tous les conflits, de toutes les conquêtes. Cette histoire troublée, cette histoire de trois millénaires, commence avec Sumer.
Ô Sumer, dit un poème religieux, grand pays entre les pays de l’univers
Toujours plein de lumière ;
Toi qui, du Levant au Couchant dispense à tous les peuples tes lois divines ;
[…]
Le savoir vrai que tu apportes
Comme le ciel est intouchable.
Rien de plus exact dans ce poème en forme de promotion. Pourtant Sumer n’est pas un empire, pas même une ville mais plutôt une juxtaposition de sites aux noms désormais célèbres : Ur, Uruk, Kish, Isin, toutes situées en basse Mésopotamie dans un périmètre de quelques milliers de kilomètres carrés. Des cités qui, toutes, se vantent d’être à l’origine des autres, d’avoir supplanter les autres. En réalité, et c’est là le drame de Sumer, aucune cité ne sortira du lot et toutes se feront dévorer par le conquérant du IIe millénaire avant J.-C. : l’Akkadien.

Le trésor de Priam

Heinrich Schliemann (1822-1890), d'après un dessin moderne.
Heinrich Schliemann (1822-1890), d’après un dessin moderne.

Et si le récit d’Homère –auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, était plus qu’une œuvre littéraire ? S’il fallait y voir une œuvre historique, une chronique ? C’est la question que se posa, au siècle dernier, Heinrich Schliemann.
Fils d’un pasteur au mœurs contestables, commis épicier devenu homme d’affaires prospère, Schliemann est un personnage à part dans l’histoire de l’archéologie. Passionné par les récits homériques, autodidacte, il apprend, par simple curiosité intellectuelle, le grec, moderne et ancien, suit des cours de langues orientales, s’initie au sanskrit et enfin à l’égyptologie avant de découvrir, à Pompéï, l’archéologie. Il n’a alors aucune ambition précise… jusqu’à ce qu’il croise la route, en 1867, d’Ernst Ziller. Cet architecte passionné d’archéologie étudie alors l’emplacement hypothétique de la légendaire ville de Troie. Un simple voyage avec l’architecte aux Dardanelles va convaincre Schliemann : il fait sienne la passion de Ziller et se montre persuadé que le récit d’Homère est à étudier au même titre qu’une œuvre historique.

L’éphémère empire des Hittites

Guerriers nubiens de l'armée égyptienne.
Guerriers nubiens de l’armée égyptienne.

La Bible comme les textes égyptiens évoquent volontiers certains peuples, désormais oubliés. C’est le cas de Hittites qui apparaissent, au début du IIe millénaire avant J.-C., au nord-est de l’Asie mineure. D’origine indo-européenne, les Hittites vont rapidement s’intégrer au monde oriental. Surtout, ils vont adopter l’usage de son écriture, dite cunéiforme. On retrouve malgré tout un terreau indo-européen, un héritage qui perdure dans l’application de la réparation en lieu et place de la loi du talion en usage en Orient, ou encore dans la structure même de la société hittite, qui était de type féodale. Enfin, les Hittites connaissaient l’emploi du fer qu’ils contribueront à répandre en Orient.
Créé sur les cendres du royaume de Hattousa, le premier empire hittite, apparu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Anatolie, ne durera guère, en proie qu’il était aux divisions internes. Mais deux siècles plus tard, les Hittites seront amenés à jouer un grand rôle. A leur tête, Moursil Ier qui s’empare d’Alep, puis de Babylone (1515 avant J.-C.) où il renverse la dynastie amorrite.Dès lors, les Hittites menacent la Syrie du Nord, qu’ils disputent aux Mitanni. Ces derniers s’allieront aux Egyptiens dans l’espoir d’échapper aux Hittites, en vain. Au XIVe siècle avant J.-C., Souppilouliouma, le plus grand souverain hittite, impose aux Mintanni une de ses créatures et constitue un véritable Etat fédéral qui s’étend du Pont-Euxin à l’Oronte et à l’Euphrate, englobant l’Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu’à Jérusalem.

Darius Ier le Grand

Darius Ier le Grand (mort en 486 avant J.-C.). Dessin réalisé d'après un bas-relief.
Darius Ier le Grand (mort en 486 avant J.-C.). Dessin réalisé d’après un bas-relief.

Membre de la garde royale de Cambyse, fils d’un satrape –un gouverneur de province- de Parthie, Darius devra à un  coup du sort –qu’il prétendra guidé par les dieux- de prendre la succession du souverain achéménide. En révolte contre le successeur de Cambyse, il s’associe avec sept autres jeunes nobles, défait le pseudo usurpateur, laissant à l’hippomancie –la divination par les chevaux- le choix du nouveau souverain. Grâce aux dieux, le cheval de Darius sera le premier à hennir, faisant de lui le successeur des Achéménides (521 avant J.-C.). Il faudra pourtant pas moins de deux ans au représentant des dieux pour convaincre son  peuple, deux années au cours desquelles les révoltes se multiplieront, deux années au cours desquelles Darius Ier livrera pas moins de dix-neuf batailles contre ses détracteurs. La légende qu’il forgera faisant de lui un Achéménide et donc l’héritier naturel de Cambyse n’y changera rien, l’ensemble des gouverneurs perses ne pouvant que constater sa prise de pouvoir, son  coup d’Etat.

Babylone, « la perle des royaumes »

Un amas de pierres dans le désert irakien : voilà tout ce qui reste de l’antique Babylone. Mais la cité mythique, chantée par les Grecs, condamnée par la Bible et où mourut le plus grand conquérant de tous les temps, Alexandre le Grand, revit à travers l’histoire, véridique ou parfois légendaire, de ses rois et de ses reines.
Indispensables « outils » de l’histoire, les archéologues, depuis un siècle et demi, tentent d’arracher au sable du désert les derniers vestiges de cette cité, placée au-dessus de toutes les autres.

Akhenaton, le pharaon du soleil

Dessin d'après une statue supposée d'Akhenaton.
Dessin d’après une statue supposée d’Akhenaton.

C’est au XIXe siècle, alors qu’à la suite de l’expédition de Bonaparte et des découvertes de Champollion l’Egypte était devenue le terrain de chasse privilégié des archéologues, qu’apparaît le nom d’Akhenaton ou Akhnaton.
Oublié de la liste des monarques établie par Manéthon, effacé de la mémoire des hommes et des annales égyptiennes, Akhenaton ne doit sa « résurrection » qu’à l’obstination de quelques aventuriers, comme von Humboldt,, las de parcourir les sites de Karnak, Louxor ou Thèbes, de quelques égyptologues, tels Gaston Maspéro. Pourtant, il est à compter au nombre des pharaons majeurs de l’histoire de l’Egypte antique.
Fils d’Aménophis III, sans doute, comme c’était la coutume, co-régent avec lui entre 1379 et 1367 avant J.-C., Aménophis IV, devenu par la suite Akhenaton, règnera jusqu’en 1362. Dix-sept années de règne, dont seulement cinq sans son père, qui vont être le théâtre d’une véritable tentative de bouleversement religieux, d’une révolution.
Si l’on associe immanquablement Aménophis IV à la révolution atonienne, il paraît bien difficile cependant de penser qu’elle ne s’est jouer que sous son règne. Né dans les temples d’Héliopolis, le culte d’Aton semble avoir fait l’objet d’une certaine bienveillance sous le règne d’Aménophis III qui, déjà, avait baptiser son navire « Splendeur d’Aton ». Un culte qui, surtout, avait l’avantage non négligeable d’atténuer le pouvoir immense des prêtres d’Amon –dont on sait qu’ils « règneront » même sur une partie de l’Egypte. Sans doute est-ce donc dans cette volonté de contrebalancer le pouvoir des prêtres de Thèbes qu’il faut comprendre l’intérêt premier que les pharaons verront dans le culte d’Aton. Favorisé par le père, donc, et par son épouse, la nubienne Tiy, le culte atonien connaît la consécration à l’avènement d’Aménophis IV. De fait, le nouveau pharaon va alors tenter d’imposer, par la force, ce culte au détriment de tous les autres, seul le culte de Rê trouvant grâce à ces yeux. Personnalité mystique, comme le prouve l’Hymne d’Aton attribué au pharaon, Aménophis IV va déposséder les prêtres d’Amon de leurs biens –qui étaient immenses-, de leurs prérogatives –qui l’étaient autant ; il va faire marteler le nom du dieu des stèles et des temples et persécuter ses serviteurs. Enfin, en l’an IV de son règne, soit en 1363 avant J.-C., il changera son nom en celui d’Akhenaton, ce qui signifie « Serviteur d’Aton », quitter Thèbes pour établir sa capitale à Akhetaton –actuel site de Tell el-Amarna-, une région vierge de toute divinité.

Ptolémée Ier, le « sauveur » de l’Egypte

Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).
Buste de Ptolémée Ier Sôter (v.367-283 av.J.-C.).

Alexandre le Grand sera passée dans l’histoire à la vitesse d’un météore. En douze ans de règne à peine, il aura conquis l’Asie Mineure, la Phénicie, l’Egypte, Babylone, l’Iran et aura conduit ses armées jusqu’aux rives de l’Indus. Au fur et à mesure de ses conquêtes, il tentera d’assurer son pouvoir par un subtil mélange de nouveaux gouverneurs –grecque d’origine- et de conservation des traditions. Et c’est exactement ce que fera le plus célèbre de ses généraux, Ptolémée qui hérite de la satrapie –le gouvernement- de l’Egypte.
Fils bâtard de Philippe II de Macédoine selon certains auteurs antiques, Ptolémée n’aura pas le même désir de conquête qu’Alexandre, ni sa fascination de l’Asie. Pour lui, l’Egypte est un trésor, un royaume qu’il mettra toute son énergie à redresser, au point de faire de sa capitale, Alexandrie, le fleuron de la Méditerranée et de la civilisation grecque. Pourtant, si la « patte » grecque est incontestable, Ptolémée Ier, qui ne prend le titre de roi qu’en 306 avant J.-C., va engager un véritable travail d’intégration en Egypte. Prenant exemple sur Alexandre qui s’était désigné comme un fils d’Amon, il va se faire reconnaître, et ses descendants avec lui, comme l’authentique successeur des pharaons.

Civa, le dieu des dieux

Buste de Civa.
Buste de Civa.

Pour les adeptes de du civaïsme, qui représentent un mouvement sectaire de l’hindouisme, Civa est le dieu suprême ; il est en fait l’héritier de Yogin, retrouvé à Mohenjo-Daro, un des principaux centres de la civilisation de l’Indus, ce qui fait de lui le plus ancien des dieux indiens.
Comme Civa lui-même représente l’alpha et l’omega de la vie, qu’il est l’ensemble de l’univers, son culte possède des aspects extrêmement contradictoires, depuis les pratiques d’ascèse les plus primitives et même brutales, jusqu’à un idéalisme absolu. Les sectes civaïtes prônant l’ascèse ont généralement fait du yoga la forme la plus visible de leur règle de vie. Certains, intransigeants, refusent tout rapport avec les représentants d’autres divinités et vénèrent en Civa le dieu de la fécondité.
Dès le Ier siècle de notre ère, le civaïsme rayonnait dans toute l’Inde méridionale et c’est contre le bouddhisme qu’il eut à combattre en une lutte violente. Malgré tout, le civaïsme parvint à se maintenir, jusqu’à connaître un âge d’or au Xe-XIe siècles lorsque les monarques indiens l’adoptèrent. Le culte de Vishnou devait engendrer, au XIIIe siècle, un net recul du civaïsme jusqu’à sa disparition quasi complète, excepté dans le sud de l’Inde, avec Bénarès pour capitale.

Le Déluge : une catastrophe universelle

L'Arche de Noé et de ses fils (d'après une gravure médiévale).
L’Arche de Noé et de ses fils (d’après une gravure médiévale).

Quarante jours et quarante nuits durant, le ciel se déversa sur la terre ; le monde fut inondé, toute vie détruite à l’exception d’un couple de chaque spécimen animal et d’une famille humaine : celle de Noé et de ses fils. Eux seuls avaient su trouvé grâce aux yeux de Yahvé, eux seuls avaient été épargnés par la colère divine. Tel est, en substance, le récit du 6e chapitre de la Genèse, celui du Déluge biblique. Un récit qui trouve un étonnant écho dans nombre de mythologies à travers le monde.
Loin d’être une spécificité biblique, le Déluge apparaît dans des récit sumérien, mésopotamien, grec mais également dans la mythologie hindou, scandinave et même maya. Chronologiquement, le récit le plus ancien est le texte sumérien qui fait sans doute écho, lui-même, à une tradition plus ancienne encore. Ici, le Déluge ne dure que 7 jours et 7 nuits et Noé, le « conservateur de la semence de l’humanité » a pour nom Ziusudra. C’est sans doute ce texte qui a inspiré l’Epopée de Gilgamesh (2500 av. J.-C.), un récit de la mythologie mésopotamienne, trouvé dans la bibliothèque d’Assurbanipal. La Grèce, à son tour, s’en fera l’écho dans le mythe de Deucalion, retranscris par Pindare, Ovide et Aristote.

La légende de Sémiramis

Née de l’amour d’un jeune Mésopotamien avec la déesse-poisson Derceta, nourrie durant toute sa petite enfance par les oiseaux du désert, Sémiramis, à la beauté déjà incomparable, fut recueillie par un haut fonctionnaire, Simma, le « prévôt royal des pasteurs de province ».
Devenue une magnifique jeune fille, elle charma Menon, le gouverneur de Syrie qui l’épousa et la ramena chez lui, à Ninive. Commença alors pour Sémiramis la vie douce et quelque peu insipide d’épouse de haut-fonctionnaire… jusqu’à ce qu’elle découvre la guerre !
Quand Ninus, roi d’Assyrie, déclara la guerre aux Bactriens, Menon son vassal n’eut d’autre choix que de le suivre, délaissant, pour la première fois, sa belle épouse. Mais, alors qu’il tentait de s’emparer de la ville de Bactre, Menon, qui désirait sans doute la garder à l’œil, fit venir sa femme auprès de lui. Intrépide, véritable amazone, Sémiramis ne se contenta pas de braver les dangers du voyage, elle alla bien plus loin et s’empara, par ruse, de la ville assiégée…