La “curia regis” ou le prix de l’indépendance

La Justice (d'après une enluminure du Moyen Âge).
La Justice (d’après une enluminure du Moyen Âge).

Le roi n’est qu’un seigneur comme les autres. Voilà comment on pourrait résumer la raison d’être du parlement au Moyen Age. De fait, les premiers Capétiens n’avaient guère de terre et guère de pouvoir face à des féodaux occupés à leur propre intérêt et souvent plus puissant que le souverain lui-même. Hugues Capet avait été désigné par ses pairs pour prendre la succession des Carolingiens et, des siècles durant, les féodaux se feront un plaisir de le rappeler au souverain. Pour asseoir ses décisions les plus importantes, ce dernier n’avait alors d’autre choix que de chercher le soutien de ces seigneurs. Et c’est ce qu’il fera à travers un conseil composé de vassaux ecclésiastiques et laïcs ; un conseil qui prendra le nom de "curia regis", de "cour du roi" et qui est l’ancêtre du parlement.
Analogue aux cours féodales que l’on retrouvait chez tous les grands seigneurs, elle s’assemblait d’ordinaire lors des grandes fêtes religieuses et avait des attributions autant judiciaires que politique. Une déclaration de guerre, un départ à la croisade, une signature de paix : voilà les sujets que la cour du roi avait à traiter.

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.

Guillaume d’Aquitaine, le roi des troubadours

Guillaume IX d'Aquitaine et sa cour (1071-1127).
Guillaume IX d’Aquitaine et sa cour (1071-1127).

Paradoxalement, c’est à un «  grand trompeur de dames, riche en aventures galantes », selon ses contemporains, que l’on doit ce qui va devenir un véritable art de vivre après avoir été un art littéraire : l’amour courtois.
Guillaume IX d’Aquitaine est à peine âgé d’une quinzaine d’années lorsque, en 1085, il succède à son père à la tête du duché d’Aquitaine. Il prend alors possession d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, ce qui fait de lui un des plus puissants féaux du royaume de France. S’il n’a guère marqué son époque au regard du politique, excepté quelques actions dans la Reconquista, l’empreinte intellectuelle qu’il a laissé est indéniable.
Amateur de bonne chère et de «  bonne chaire », poète à ses heures, volontiers licencieux dans ses propos ou ses écrits, Guillaume le Troubadour a laissé onze chansons au total, dont quatre qui marquent la naissance du fin amor, dit aussi amour courtois.
Où nous mîmes à la guerre fin,
Quand elle me donna un don si grand,
Son amour et son anneau :
Que Dieu me laisse vivre tant
Quand j’aie mes mains sous son manteau !

D’Erin en Ulster

Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).

Parce que le conflit irlandais était -et est encore un peu- une guerre moderne, on oublie bien souvent que l’Ulster, terre des protestants mais aussi des Anglais, est un territoire depuis longtemps séparé du reste de l’Irlande. On oublie que cela fait des siècles que l’histoire de l’Ulster est différente de celle de l’Erin -désormais l’Eire.
L’Uladt, puisque tel est le nom originel de l’Ulster, formait, au début de notre ère, un vaste royaume, comprenant près de la moitié de l’île. Démembré au IV siècle, l’Uladt allait voir la domination des O’Neil, une famille puissante, qui devait cependant s’incliner face aux troupes de John de Courcy… au XIIe siècle. C’est de cette époque que date la domination anglaise su le nord de l’île puisque c’est pour le compte des souverains anglo-normands qu’agissait Courcy. Et une domination qui ne devait pas cesser, s’étendant toujours plus, au contraire. A John de Courcy et à sa famille allait succéder Hugh de Lacy, un seigneur de la suite de Jean sans Terre qui, en 1205, prend pour la première fois le titre de comte d’Ulster. Un titre plus qu’autre chose puisque "l’Ulster" se limitait alors au seul comté de Down. Il faudra attendre les règnes d’Elisabeth Ire et de Jacques Ier pour que s’étende la domination anglaise dans le nord de l’Irlande : vers le comté de Londonderry -initialement comté de Coleraine- d’abord puis vers sept autres comtés du nord -Antrim, Armagh, Monaghan, Tyrone, Fermanagh et Cavan.

Harcourt : une famille française

Un combat au Xe siècle, d'après une peinture murale.
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.

La famille d’Harcourt disait remonter à Bernard le Danois, un compagnon de Rollon, lequel aurait offert, à son ancien compagnon d’armes le domaine d’Harcourt. Seigneurie comprenant les terres d’Elbeuf et de Lillebonne, elle devait être érigée en comté par Philippe VI au XIVe siècle. De fait, plusieurs de ses membres s’étaient déjà distingués par le passé : Jean II d’Harcourt avait combattu à Tunis avec saint Louis et était devenu maréchal de France sous Philippe le Hardi puis amiral de France ; Raoul d’Harcourt s’était distingué, aux XIIIe-XIVe siècles, comme chanoine de Paris et, surtout, conseiller de Philippe le Bel. C’est lui, qui, en 1280, avait fondé le collège d’Harcourt, devenu ensuite le lycée Saint-Louis. Godefroi d’Harcourt, qui avait opté pour la maison d’Angleterre, avait conduit des troupes lors de la bataille de Crécy et inspiré la descente des troupes d’Edouard III sur la Normandie. Il sera finalement tué lors d’un combat contre les Français sur la Vire.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.

La légende noire de l’Inquisition

L'Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.
L’Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.

Un dominicain brandissant sa croix, un malheureux supplicié, des bûchers, des autodafé : de Bernard Gui au Nom de la Rose, l’Inquisition est une succession d’images toutes plus sombres les unes que les autres. Elles sont fausses pour la plupart…
Dès son origine, l’Eglise a été en butte aux hérésies. La chose est assez normale et même relativement saine : cela prouve tout simplement que les chrétiens des premiers siècles pensaient, réfléchissaient et tentaient de comprendre. Et comme chaque hérésie soulève un problème, pose une interrogation, elles ont permis à l’Eglise d’affiner ses dogmes. Mais ceux qui ne se soumettaient pas à ces dogmes ? Ils étaient tout simplement excommuniés ! Car si de tous temps l’Eglise a considéré de son devoir de combattre les hérésies, la majorité des Pères de l’Eglise condamnaient fermement le châtiment physique. Ce sont les autorités civiles, dès lors que le christianisme devint religion d’Etat sous l’ère constantinienne, qui allaient mettre en branle la répression. Assimilant un peu légèrement –et sans doute par intérêt- l’hérésie à un crime de lèse-majesté, les empereurs vont utiliser la confiscation des biens et parfois la mort contre les hérétiques. Ce sera notamment le cas des donatistes, au IVe siècle, qui posait la question de la validité des sacrements, c’est-à-dire de savoir si elle était liée ou non à celui qui les administrait.

Les Vandales ou la ruine comme mode de vie

Un guerrier
Un guerrier "barbare" (bas-relief antique).

Il est des peuples qui méritent décidément leur réputation. Tel est le cas des Vandales, peuplade germanique qui marquera le Ve siècle après J.-C. par la politique de dévastation systématique qu’elle semble avoir mise en place. Et contrairement aux autres peuples germaniques que l’on injustement qualifiés de "barbares", les Vandales, eux, sauront se faire craindre et haïr… même des autres Germains. En effet, alors qu’à la suite des Suèves et des Alains, ils avaient quitté la Pannonie et la Dacie -où ils s’étaient établis au IIIe siècle, les Vandales vont se jeter sur la Gaule comme une meute de loups affamés. Deux années durant, ils ravageront ce territoire de passage avant de pénétrer, en 409, en Espagne… d’où ils seront chassés par les Wisigoths. Poussés, repoussés toujours plus au sud par les autres peuples germaniques, les Vandales, sous la conduite du terrible Genséric, vont enfin pouvoir établir leur royaume. Un royaume enlevé de force à l’empire romain ; un royaume avec Carthage pour capitale. De Berbérie, dont ils ont su se rendre maître si l’on excepte quelque poches de résistance chrétiennes-, de Carthage comme des principales cités côtières, les Vandales vont alors mettre sur pied leurs nombreuses opérations de piratage à travers toute la Méditerranée. Ces premiers "barbaresques" -terme employé pour désignés les pirates musulmans qui sévissaient en Méditerranée du XIVe au XVIIIe siècle- pilleront ainsi la Corse, la Sicile, la Sardaigne, les côtes espagnoles.

Harsha, le “Soleil de la vertu”

Brahmanes de Pondichéry (dessin du XIXe siècle).
Brahmanes de Pondichéry (dessin du XIXe siècle).

Fils d’un modeste raja, Prabhakaravardhana, souverain de la principauté de Sthaniçvara, près de Delhi, Harshavardhana Harsha, devait accéder au trône à tout juste seize ans, après que son frère aîné ait été assassiné (en 606). La première action d’Harsha sera de tirer vengeance du roi de Gaura, au Bengale, à l’origine de cet assassinat politique. Il y parvint au delà de ses espérances et Harsha devait multiplier les victoires au point d’édifier, en quelques années, un empire englobant le bassin du Gange, la Malwe, le Goudjerat, le Kathiawar et le Népal, en gros, tout le nord-nord ouest de la péninsule. Seules ses tentatives pour s’étendre plus au sud, dans la plaine du Dekkan, devaient se solder par des échecs.
Conquérant heureux, Harsha était également un homme d’une grande culture : un ouvrage sur la grammaire, mais également des poésies et trois drames en sanskrits sont à mettre à son crédit. Harsha, surnommé le "Soleil de la vertu", va également se distinguer par un intérêt profond envers la religion bouddhiste, lui-même étant de religion çivaite. Protecteur zélé du bouddhisme du Grand véhicule, il devait accueillir chaleureusement les missionnaires chinois et même réunir un "concile" bouddhiste à Kanauj, en 643.

Les fils de Thor

Hache viking.
Hache viking.

« Seigneur, protège-nous de la fureur des hommes du Nord », implorait-on dans les monastères d’Angleterre, d’Irlande et de France pendant des siècles. En vain… Les hordes vikings vont ravager l’Europe entière avant de s’intégrer doucement à l’Occident chrétien. On appelle ce temps de conquête l’ère viking. Elle commence au VIIIe siècle et s’achève au XIe : trois siècles de razzias, de terreur et de découvertes, faisant de ce peuple de marins les hommes les plus craints d’Europe…