Les Plantagenêts : une famille “française”

Mort de Foulques Nerra, comte d'Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).
Mort de Foulques Nerra, comte d’Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).

C’est en France qu’est née la dynastie Plantagenêt. En France et plus précisément entre Angers et Le Mans, par la grâce -et le mariage- de Foulques d’Anjou qui rattachait le Maine à l’Anjou et doublait ainsi son comté. Fils de France, donc, Foulques d’Anjou le sera, tout comme son fils, Geoffroy V, qui sera le premier à prétendre au titre de prince et le premier à mériter le surnom de Plantagenêt. La légende veut en effet qu’il portât habituellement une branche de genêt à son chef. Hasard ou désir de rappeler la vision dont il aurait était témoin, celle d’une licorne à tête de femme traversant un champ de genêt ? Peu importe en fait. Geoffroy sera donc à l’origine du surnom mais aussi à l’origine de sa prospérité.
Surnommé le Bel -avant d’être le Plantagenêt-, Geoffroy V épouse en 1127 Mathilde l’Impératrice. Veuve d’Henri V, elle est surtout l’unique héritière d’Henri Ier Beauclerc, fils cadet de Guillaume le Conquérant et souverain d’Angleterre. De fait, s’il n’est nullement question d’une loi salique en Angleterre, les faits sont là et c’est bien évidemment le premier à s’assurer le concours de la noblesse qui l’emporte. En l’occurrence, ce ne sera pas Mathilde qui se voit damer le pion par son neveu, Etienne de Blois, petit-fils par sa mère du célèbre vainqueur de Hastings. Mathilde va dès lors mettre toute son énergie pour reconquérir un trône, à son sens usurpé.

Robert d’Artois, le « baron écarlate »

Sceau de Robert Ier d'Artois, fils de saint Louis.
Sceau de Robert Ier d’Artois, fils de saint Louis.

S’il est un  personnage que les amateurs des Rois maudits aiment, c’est évidemment Robert d’Artois, le fameux « baron écarlate » de la saga médiévale. Un personnage qui apparaît comme un indispensable de l’histoire de France… ce qu’il ne fut pourtant pas. En effet, ce n’est pas lui qui, agissant par vengeance envers sa tante Mahaut, incita Isabelle de France à dénoncer la conduite de ses belles-sœurs -ce qu’ elle ne fit d’ailleurs pas ; pas plus que Robert ne tenta d’empoisonner ou d’ensorceler qui que ce soit. Robert d’Artois, bien que dépourvu de terres conséquentes, était un grand seigneur, qui marqua son époque par les procès qu’il perdit et qui ne connut la fortune et le pouvoir que sous Philippe VI de Valois…
Le tout premier comte d’Artois, Robert Ier, était le frère de Saint Louis, celui qui s’était tant « distingué » par sa folle témérité à Mansourah. Il avait eu un fils, Robert II qui lui-même avait engendré un fils, Philippe, et une fille Mahaut. Cette dernière avait été donnée en mariage à Othon IV de Bourgogne, seigneur de la Comté -soit la Franche-Comté- et Philippe avait épousé Blanche de Bretagne de qui il avait eu un héritier mâle, notre fameux Robert.

Sixte V : l’homme de fer du Vatican

Sixte V (1520-1590).
Sixte V (1520-1590).

Rapidement après la mort du fondateur de leur ordre, les Franciscains vont abandonner la stricte règle émise par saint François pour devenir une des "armes de pointe" de la chrétienté. Une arme dans le domaine de la connaissance et de la prédication, deux terrains qu’ils partageront avec les Dominicains.
C’est donc parmi ces Franciscains de deuxième génération, si l’on peut s’exprimer ainsi, que va apparaître un certains nombre de grands prédicateurs ou, tout simplement, de grands hommes de l’ordre. Parmi eux, Felice Perreti, fils d’un jardinier, entré chez les Franciscains de Montalto à l’âge de douze ans, devenu prêtre en 1547 (à vingt-six ans), qui se distinguera d’abord comme professeur et comme prédicateur avant de devenir le général de son ordre, en 1566. La "carrière" de Felice Perreti avait été fulgurante ; elle ne s’arrêtera pas là. En 1570, il coiffe le chapeau de cardinal, devient l’année suivante évêque de Fermo et est finalement élu pape en 1585 sous le nom de Sixte V. Intelligent, énergique aussi, il saura mettre fin à l’anarchie romaine, refaire de l’administration vaticane une organisation exemplaire, réparer des monuments, faire bâtir l’Acqua Maria et déterrer l’obélisque de Caligula, qui ornera dès lors la place Saint-Pierre.

Pierre l’Ermite, le héraut malheureux de Dieu

Le 18 novembre 1095, les cris de Dieu le veut ! retentissent sous les murs de Clermont. Le pape Urbain II (1042-1099) vient de lancer un appel solennel à la Croisade après que Pierre l’Ermite l’ait convaincu de délivrer les Lieux Saints à Jérusalem.
Pierre l’Ermite est né dans le diocèse d’Amiens. Devenu veuf, il prend l’habit de moine.
-C’est, dit un chroniqueur du temps, un homme de petite taille et d’un extérieur misérable, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure qui descendait jusqu’au talon, et marchant les bras et les pieds nus ; mais son esprit était prompt et son œil perçant, son regard pénétrant et doux, sa parole éloquente; une grande âme habitait ce faible corps et il prêchait partout le peuple avec une merveilleuse autorité.
Accompagné de Gauthier Sans-Avoir, un chevalier bourguignon, Pierre l’Ermite parcourt les campagnes de France et même d’Europe. Parti avec quinze mille Français, il traverse l’Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie pour atteindre enfin Constantinople avec cent mille hommes et femmes portant une croix rouge sur leur vêtements.

Li Shimin, le grand réformateur de la Chine des Tang

Li Shimin (600-649).
Li Shimin (600-649).

Véritable fondateur de la brillante dynastie des Tang, Li Shimin laisse le souvenir d’un empereur plein de vertus et de sagesse. Pourtant, c’est au prix de sombres intrigues et de meurtres qu’il monte sur le trône de Chine.
Li Shimin, qui voit le jour en l’an 600 de notre ère, est issu d’une illustre famille de la province de Shandong, au nord-est de la Chine. En 605, l’empereur Yang accède au pouvoir mais, par ses extravagances, ce personnage tyrannique entraîne le pays au bord de la catastrophe. Atteint de mégalomanie, il épuise en outre son armée dans des combats sans fin. Celle-ci vient d’essuyer une défaite sans précédent en Corée, quand le souverain lance ses hommes contre les Turcs, en 615. Le désastre est évité de peu grâce à un stratagème de Li Shimin mais, las de son maître despotique, le peuple se révolte. Li Shimin passe dans le camp des opposants. L’anarchie s’installe dans tout l’empire et provoque la chute de Yang.

Théodoric le Grand : sur le trône des Césars

Pierre gravée portant le nom de Théodoric.
Pierre gravée portant le nom de Théodoric.

Si pour les Romains, Théodoric était un barbare, il était tout de même de sang royal, né dans la famille des Amales qui, au Vie siècle, régnait sur les Ostrogoths. Envoyé en otage à Constantinople à l’âge de 7 ans, Théodoric profita de son séjour byzantin pour se cultiver, apprenant le grec et les latin, s’initiant à la culture classique. Et à la mort de son père, c’est tout naturellement qu’il prit sa suite à la tête des Ostrogoths. Pas de tous cependant, car durant des années Théodoric aura à combattre un adversaire de même nature, le bien nommé Théodoric le Louche. Côté byzantin, si l’Ostrogoth commença par s’opposer à l’empereur Zénon, il contribuera au rétablissement de ce dernier ce qui lui vaudra la reconnaissance éternelle de l’empereur. Enfin, reconnaissance éternelle, sans doute pas, mais au moins les titres de patrice, de consul et de magister militum, des titres qui allaient aiguisé l’appétit de l’Ostrogoth plutôt que de le calmer. Sentant le danger et plus fin politique qu’il ne semblait de prime abord, Zénon va habilement détourner les ambitions de Théodoric en orientant sa soif de pouvoir vers la péninsule italienne qui, depuis 476, était aux mains d’un autre barbare, un certain Odoacre, dont la tribu avait été détruite par les Ostrogoths et qui, depuis ce temps, avait mis ses talents au service des Romains. Mais comme Théodoric, Odoacre était ambitieux ; comme lui, mais avec plus de succès, il s’était fait le zélé serviteur des empereurs d’Occident avant de détrôner le dernier d’entre eux, Romulus Augustule, et de prendre, dans les faits si ce n’est dans les titres, sa place.

Frédégonde, la reine sanguinaire

Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.
Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde, Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !
 

La fausse simplicité de Charles le Simple

Sceau de Charles III le Simple.
Sceau de Charles III le Simple.

La faiblesse de Louis II le Bègue, le règne conjoint de Louis III et de Carloman II avaient clairement annoncé ce qui sera la grande affaire du règne de Charles III : la lutte contre les grands du royaume. Fils posthume de Louis II, encore enfant à la mort de Carloman, Charles réunit tous les handicaps capables d’attiser la révolte des nobles. Sa jeunesse est un problème, mais elle sera palliée par trois années de régence de Charles le Gros, empereur d’Occident, roi d’Alémanie et fils de Louis le Germanique. Une régence qui prouve combien les Carolingiens des deux pays sont liés, combien le lien familiale et peut-être l’autorité impériale compte encore dans l’un et l’autre royaumes. La déposition de Charles le Gros par la diète de Tibur en 887 devait, à nouveau, placer Charles le Simple face aux nobles du royaume… qui lui préfèrent pour l’heure le comte de Paris, Eudes Ier.
De fait, c’est bien là le problème de Charles, celui que ses descendants connaîtront également : la montée en puissance non pas de la noblesse mais bien d’une famille, celle des comtes de Paris. Des seigneurs qui tiennent les grands du royaume en leur pouvoir et qui, contrairement aux Pippinides quelques générations auparavant, n’hésiteront pas avant de s’emparer du trône. Différence notable entre les Pippinides et les Robertiens : ces derniers sont issus du sein même de Charlemagne, ou du moins le seront-ils à partir d’Hugues le Grand, descendant direct de Carloman, fils de Charlemagne, roi d’Italie sous le nom de Pépin. Débouté de l’héritage italien, cette branche des Carolingiens se verra offrir le comté de Vermandois, une piètre consolation qui revenait à reconnaître, indirectement, la réalité de leurs droits sur le trône italien.

La croix d’Iona

Croix de l'île d'Iona.
Croix de l’île d’Iona.

Si saint Patrick et sainte Brigitte sont mondialement connus et reconnus comme les patrons de l’Irlande, on oublie aisément que cette terre de profonde chrétienté a également servi de base à l’évangélisation des contrées avoisinantes.
Prince de sang royal, Columkill ou Colomba devait entrer à l’abbaye de Clonard dans la première moitié du VIe siècle. C’est là, sous la direction de saint Finnian -un nom à consonance hautement païenne et mythologique- qu’il devait faire ses premières armes de fondateur en créant les monastères et écoles monastiques de Derry (545), Durrows (553) et Kells (sans doute 554). De fait, l’Irlande devenait trop petite pour ce propagateur de la Foi aussi embarqua-t-il, vers 563, pour l’île calédonienne -comprenez écossaise- d’Iona. Le monastère qu’il y fonda devait devenir le principal foyer du christianisme pour les Pictes et les Celtes du Nord. La croix d’Iona, la croix de Colomba étendrait bientôt son ombre sur les Vikings conquérants. Evangélisateur des peuples du nord de la Grande-Bretagne, saint Colomba sera cependant enterré en terre d’Irlande, entre saint Patrick et sainte Brigitte. Comme si, toujours, l’Irlande rappelait ses enfants.

Pépin le Bref : les Pippinides sur le trône

Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).
Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).

A la mort de Charles Martel, ses fils, Pépin et Carloman, héritent de sa charge ; une fonction que, selon la tradition franque, ils vont se partager. Du moins était-ce le cas pour les rois. Mais ce qui est extrêmement intéressant dans ce cas précis, c’est que les Pippinides, qui n’étaient que maires du palais, agissent exactement comme des souverains. Un ministre se remplace, un conseiller se choisit. Or, depuis des générations, les Pippinides s’étaient institués maires du palais, fonction qu’ils se transmettaient depuis cinq générations… en appliquant les mêmes règles que lors des héritages royaux, soit le partage. Déjà, on avait perçu un net rapprochement de la dynastie Pippinide avec la couronne mérovingienne lorsque Thibaud, fils de Grimoald le Jeune, avait prétendu à la charge de son père… tout en étant encore mineur ! L’assimilation était par trop évident ; elle devait finir par un changement de dynastie. Un changement qui peut paraître évident mais que Pépin, dit le Bref en raison de sa petite taille, mettra dix ans à obtenir.
Maire du palais de Neustrie quant son frère Carloman héritait de la charge en Austrasie, le fils de Charles Martel épuisera ses premières années de pouvoir à mâter la noblesse, son demi-frère Odilon en tête. La situation était tendue, la couronne à portée de main… Et la noblesse l’avait semble-t-il bien senti, elle qui multipliait les révoltes contre ce pouvoir presque royal. Presque, c’était bien là le cour du problème. Car ni Pépin ni Carloman n’avaient de réelle légitimité, hormis celle qu’eux-mêmes et que leurs ancêtres s’étaient forgés. En 748, cette situation allait conduire les deux frères à restaurer la dynastie mérovingienne en la personne de Childéric III. Un souverain qui n’en a que le titre et ne sera qu’un fantoche entre les mains expertes des Pippinides. Lui-même, semble-t-il, avait conscience de sa faiblesse, n’hésitant pas à signer : « Childéric, roi des Francs, à l’éminent Carloman, maire du palais qui nous a établi sur le trône… » On ne saurait être plus humble, plus redevable et plus effacé aussi… Tellement effacé qu’il devait finir par disparaître.