Commode, l’empereur méconnu

Buste de l'empereur Commode, en Hercule (161-192).
Buste de l’empereur Commode, en Hercule (161-192).

Fils du très sage empereur-philosophe Marc Aurèle (121-180), Commode a acquis une large part de ce qui fait actuellement sa célébrité grâce au non moins célèbre film de Ridley Scott, Gladiator. Et s’il est assez rare qu’un cinéaste rende justice à un personnage historique, force est de constater que, dans ce cas précis, Scott ne se fait que l’écho de la plupart des historiens antiques. La question est donc de savoir s’il a eut raison de leur faire confiance…
Car en effet le tableau est des plus sombres. La cruauté, la débauche semblent avoir été son quotidien ; sans compter l’assassinat, y compris dans sa propre famille, et des dépenses telles qu’elles conduisirent quasiment à la ruine de l’Empire. Néron lui-même, prend, à la lectures de ces récits, l’allure d’un saint homme ! D’ailleurs, comme lui, Commode se prenait pour Hercule et, rapportent ses détracteurs, il n’était pas rare de voir l’empereur, ce géant doté d’une taille et d’une force extraordinaires, défier les gladiateurs ou des bêtes sauvages vêtu comme le fils de Zeus. Et si les témoignages de ses contemporains ne suffisaient pas, la numismatique est là pour donner son aval. Ainsi, l’empereur s’était fait représenter portant une massue et drapé d’une peau d’animal sur de nombreuses pièces (Octave, en s’attribuant le titre d’Auguste avait mis les empereurs –en l’occurrence lui-même- au niveau des dieux, alors, se présenter sous les atours d’un fils de Zeus paraît relativement bénin) !
Qu’importe, il lui en sera fait grief !
Comme au dernier représentant de la dynastie des julio-claudiens (Néron), Commode, dernier rejeton de celle des Antonins, se verra accabler de tous les maux, tous les vices, toutes les atrocités. Alors, peut-être, en effet, y a-t-il une part de vérité dans la légende noire qui accompagne les deux empereurs. Mais si la politique exigeait d’oublier avec diplomatie les progrès inspirés par Néron (il suffirait de rappeler la nécessaire réfection de Rome, la mise en place du système contre les incendies), le règne de Commode est tout bonnement à réécrire… Comment, en effet, créditer d’une bonne foi aveugle des textes dictés par le Sénat romain, ou simplement des compte-rendus, quand on sait que le règne de Commode n’a été qu’un affrontement permanent avec ce même Sénat ?
Tout a commencé en 176, quand Marc Aurèle, alors aux prises avec les Germains qui avaient franchi le Danube et menaçaient l’Italie, décida d’associer son fils, Commode, à l’Empire. Une décision qui devait mécontenter fortement les sénateurs, d’abord parce qu’ils n’avaient pas été consultés, ensuite parce qu’ils espéraient bien que Marc Aurèle fasse un choix parmi eux (il est vrai que le fils de l’empereur n’était alors âgé que de quinze ans).
Son père mort (en 180), Commode allait s’emparer des clefs du pouvoir et sa première décision sera de mettre fin au conflit qui perdurait sur les bords du Danube. Plus aucune guerre ne devait troubler le règne du jeune empereur. Mais si la paix régna à l’extérieur des frontières, elle devait faire rage dans les arcanes du pouvoir. On peut d’ailleurs supposer, sans grand danger de se tromper, que si Commode agit avec une telle rapidité, c’est qu’il désirait concentrer toute son énergie à la lutte intestine qui couvait. Bien lui en prit, ses relations avec les sénateurs et l’aristocratie n’ayant cessé de s’envenimer, notamment après qu’il désigné un Bithynien (originaire du nord-ouest de l’Anatolie) puis un Phrygien (également en Asie Mineure) pour conseillers. Les complots se multiplièrent, avec leurs lots de d’exécutions répressives.
Sans compter que cet empereur, décidément hors norme, éprouvait une véritable fascination pour les cultes orientaux, notamment celui de Mithra, auquel, dit-on, il s’initia.
Après avoir échappé à de multiples tentatives d’assassinat, Commode devait succomber, le 31 décembre 192, après seulement douze ans de règne. La légende noire de cet empereur méconnu allait pouvoir se propager… jusqu’au XXIe siècle !