Les rois interdits de séjour

Jules Grévy

Trois ans à peine après la mort du comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X et dernier prétendant légitimiste, Jules Grévy, alors président de la République, promulgue, en juin 1886, une loi visant à éloigner définitivement toute tentative de rétablissement de la monarchie.
C’est ainsi que, « le territoire de la République est et demeure interdit aux chefs des familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs, dans l’ordre de primogéniture «.
Se rappelant sans doute l’histoire de Napoléon III, jadis prince-président, il précise aussi que « les membres des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni excercer aucune fonction publique ni aucun mandat électif ».

Tradition et religion : la grande confusion

Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.
Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.

Depuis bientôt une semaine, l’affaire fait la « Une » des médias. Politiques et sociologues, écrivains et philosophes sont invités à s’exprimer sur le sujet et multiplient, à l’occasion, les poncifs les plus grossiers. De fait, l’annulation d’un mariage civil à Lille remet en cause les certitudes des politiques –sans pour autant qu’ils le reconnaissent d’ailleurs- et pose une multitude de questions –auxquelles personne ne veut vraiment répondre.
Deux interventions, à 24 heures d’intervalle, donnent une idée de la pensée prédominante. Elisabeth Badinter, invitée d’une émission télévisée matinale, déclarait, le 7 juin dernier, que ce genre d’attitude rétrograde –à savoir le désir d’épouser une jeune fille vierge- était le fait de fondamentalistes et de fondamentalistes de toutes religions, précisait-elle. Le lendemain, Edouard Balladur faisait un parallèle entre cette affaire et un mariage catholique dans lequel un des époux, après avoir affirmé le contraire à l’église, refuserait d’aller à la messe le dimanche. Pourrait-on y voir une cause d’annulation ? Du point de vue civil, évidemment non…
On le voit, pour Elisabeth Badinter comme pour Edouard Balladur, tout, ici, est question de religion. Pour eux comme pour les hommes politiques qui se sont indignés devant la décision de la magistrate lilloise, appelant à la sauvegarde de la laïcité. Le fait qu’il s’agisse dans cette affaire de l’annulation d’un mariage civil –et par définition laïc- ne semble pas les frapper outre mesure. C’est qu’il y a depuis longtemps, confusion entre tradition et religion. Or, la question de la virginité d’une épouse tient de la tradition et non de la religion. Une tradition que l’on retrouve principalement dans les sociétés patriarcales du bassin méditerranéen, du Proche et du Moyen Orient. Une tradition rendue nécessaire afin de protéger des femmes qui, sans cela, auraient été abaissées au simple rang d’objet sexuel, pouvant être offerte par un père ou bien un frère à une multitude d’hommes et pour bien peu de gain en vérité. Une tradition qui n’apparaît nullement dans les sociétés germaniques, où une vierge vaut –pénalement- moins qu’une femme enceinte ou qu’une mère de famille. D’ailleurs, dans ces sociétés de type matriarcal, la virginité était-elle seulement désirée ? Sans doute pas, l’essentiel étant dans la préservation du clan et de ses traditions, relayées par les femmes.
Voilà donc pour les origines de la tradition. Une tradition à laquelle certaines religions –notamment d’origine orientale- vont s’adosser au point de créer une véritable confusion. Une tradition qui, la preuve en est, est encore parfaitement vivace. Le fait que, comme l’a justement rappelé la Garde des Sceaux, Rachida Dati, la proclamation du non respect de cette tradition soit un moyen pour certaines femmes d’éviter un mariage forcé, annonce son importance. La décision de la magistrate de Lille était donc, d’ailleurs, parfaitement justifiée. D’autant que l’épouse comme l’époux consentaient à cette annulation…
Alors si l’on peut excuser la révolte des associations féministes, difficile de comprendre l’attitude de nos politiques qui n’a rien à voir avec la défense de la laïcité. De fait, il est évident que c’est pour masquer leur déconvenue qu’ils font, volontairement, l’amalgame, accusant, comme Madame Badinter, les fondamentalistes. Car comment expliquer qu’un ingénieur, qu’une famille vivant en France depuis plusieurs générations soit attachée à ces traditions ? Comment l’expliquer sans reconnaître l’échec de 30 années de politique d’intégration, de 30 années de négation des origines, le « tous Français » faisant force de loi naturelle ?

Pershing : le retour !

Le Pershing 1-A.
Le Pershing 1-A.

Le 1er juin dernier, l’Associated press, relayée par de nombreux médias, reprenait les déclarations du président des Etats-Unis annonçant la mise en place d’un bouclier anti-missiles basé en Pologne et en République tchèque. Les pays visés ? L’Iran, soupçonnée de vouloir se doter de l’arme nucléaire, et la Corée du Nord, qui la possède déjà. Il y a comme un air de déjà vu dans cette décision. Un déjà vu qui ressemble à s’y méprendre à la Guerre froide et, plus précisément, au déploiement des missiles Pershing sur le territoire européen.
Dans les années 1970, alors que la course à l’armement semble s’essoufler. Les deux « grands », URSS et USA, ont désormais opté pour un « équilibre de la terreur » sans lequel on aboutirait, immanquablement, sur une destruction totale et réciproque. Au contraire même, les deux acteurs principaux de la Guerre froide en viennent à signer, en 1967, un traité de non-prolifération des armes nucléaires. Outre que ce traité exclu de fait les Européens de la scène internationale, il paraît annoncer un statu quo, laissant les USA maîtres du monde occidental et l’URSS gérer ses pays satellites à sa guise.
C’est pourtant bien à cette époque de détente que les Etats-Unis d’Amérique vont déployer pas moins de 108 missiles Pershing, directement pointés sur l’URSS et ses satellites. Des missiles qui, depuis l’Angleterre et la RFA, forment une sorte de pendant défensif au rideau de fer soviétique.
La portée, pourtant assez importante des missiles (1600 km) appelait un tel déploiement en Europe. Par contre, on est en droit de se demander, à l’image de Vladimir Poutine, quelle raison véritable a conduit les Américains à installer leur bouclier anti-missile si loin de l’Iran, objectif avoué du président Bush ? La Turquie, qui a déjà servie de base arrière aux Américains lors de la Seconde guerre du Golf, n’aurait-elle pas été préférable à la Pologne et à la République tchèque ? Et si on est en droit de s’interroger sur la stratégie, on est également en droit de s’interroger sur les motivations réelles des Américains. Le président russe ne s’en prive pas, craignant pour la sécurité de son pays. Non sans raison, sans doute, lorsque l’on voit sa politique, intérieure et extérieure, conduite de manière quasi dictatoriale. Sans doute sait-il trop bien –et nous aussi- quel sort les Etats-Unis réservent à certains dictateurs ; quelle guerre ils ont déjà mené afin d’apporter la liberté aux quatre coins du monde…

La « laïcité positive »

François Bayrou.
François Bayrou.

On croyait que le voyage de Nicolas Sarkozy au Vatican n’avait eu aucune répercussion, aucun intérêt -notamment du fait de l’absence, ô combien regrettée par les journalistes, de Carla Bruni-, jusqu’à ce que François Bayrou, président du tout nouveau Modem ne se lance dans une virulente diatribe contre les déclarations du président de la République. Vaine polémique ou réel danger ? Car la chose est d’importance, Bayrou accusant tout bonnement Sarkozy de remettre en cause le principe de laïcité républicaine. C’est du moins la traduction que fait le président du Modem du terme, assez fantaisiste et très marqué « Raffarin-Lorie », de « laïcité positive ». Un terme qui ne veut rien dire mais auquel Bayrou fait tout dire, dans une interview parue dans le Figaro du 26 décembre 2007.
Et que reproche François Bayrou au président de la République ? De reconnaître "les racines chrétiennes de la France" ; de reconnaître également que les religions, le sens du spirituel peuvent apporter un plus dans la société. Si, effectivement, c’est là la conception de « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy, comment aller à l’encontre de ces déclarations sauf à en devenir malhonnête ? Car monsieur Bayrou, prompt à tirer à vue et sur tout, est loin de démontrer l’inanité de la théorie. La France des Lumières, qu’aiment tant rappeler nos hommes politiques de tous bords, est avant tout l’héritière d’un passé philosophique, théologique, moral et spirituel fondé, comme celui de toute l’Europe d’ailleurs, sur une même morale, une même vision judéo-chrétienne de la société. Ce n’est pas faire œuvre de propagande que de le dire : c’est reconnaître la réalité. Une réalité, d’ailleurs, que nos politiques ont si bien nié qu’ils ont échoué à refonder l’Europe, à l’unir, quand la seule évocation de cet héritage commun aurait suffi à lui donner une même vision d’avenir. Mais peu importe, quand il faut ménager les vieux clichés laïcards et anticléricaux. Des clichés que le « très chrétien » monsieur Bayrou ressort avec une évidence méconnaissance quand il s’en réfère au « guide suprême » des laïcistes, le très anticlérical Jules Ferry. La conception de la laïcité de Bayrou est celle de Ferry ? C’est qu’il est donc anticlérical !
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.

Quant à considérer que le spirituel n’a nul place dans la société, c’est méconnaître profondément le principe religieux qui est, par définition, un principe de vie. Est-ce à croire que ce chrétien convaincu, comme il aime à se définir lui-même, est capable, mieux que tout autre, de compartimenter sa vie en publique-privée, politique-religion, pensée-action peut-être aussi ? Sauf qu’une telle séparation, même lorsqu’elle est possible, n’a guère d’intérêt. Que penser en effet d’une personne qui serait capable de se comporter de telle ou telle façon dans le domaine public et d’une manière totalement opposée dans la sphère privée ? Qu’il s’agit d’un schizophrène ou d’un hypocrite, sans doute. Quant à l’intérêt de faire entrer la réflexion morale spirituelle dans une réflexion plus large au niveau national, le chantre de l’anti-sarkozysme y voit un retour de cet « opium du peuple », dénoncé dans ces mêmes termes par Karl Marx. Une référence, encore, que semble ne pas maîtriser le président du Modem qui, une fois encore, se lance dans les généralités. Car « l’opium du peuple » n’est rien d’autre que l’antidote au matérialisme dont notre société est gorgée et que Bayrou et Marx dénoncent avec une même hargne. Et effectivement, comment admirer, souhaiter une société uniquement centrée sur elle-même ? Sauf que ce matérialisme est la conséquence directe de la négation du spirituel, de la mise en avant de l’homme au-dessus de tout, bref, de l’humanisme. Ce dernier, en plaçant l’homme au centre de toutes les préoccupations et, surtout, de toutes les réflexions, n’engendre rien d’autre que matérialisme, égoïsme, narcissisme. Lorsque l’homme ne porte plus ses regards vers le haut, c’est vers lui-même, vers son petit monde, son petit bien-être qu’il se penche. Ce qui engendre le matérialisme, la surconsommation, le manque d’humanisme au fond…
Dans sa polémique stérile sur le discours du président de la République, monsieur Bayrou a, finalement, achevé de se discréditer prônant, en quelques mots, ce qu’il se faisait fort de combattre. Rien de bien positif en somme…

La malheureuse aventure de l’empereur Maximilien

Indépendant depuis 1821 mais en guerre permanente avec les États-Unis, le Mexique sort à peine de la crise quand Napoléon III décide tout simplement de lui donner un nouvel empereur… Il convainc Maximilien d’Autriche que le Mexique n’attend que lui et le malheureux s’embarque pour le Nouveau Monde en 1864.
À son arrivée, la situation est bien différente de celle qu’il imaginait : le pays est ruiné, les Mexicains le rejette et l’autorité impériale est en butte à la guérilla incessante menée par Benito Juárez, chef des libéraux. Alors que la France soutient l’empereur, les États-Unis fournissent des armes à Juárez qui gagne du terrain. Les troupes françaises finissent par abandonner le pays et Maximilien, retranché avec quelques vingt mille soldats, est fait prisonnier. Il est exécuté le 19 juin 1867.

A la veille d’un nouveau Jeudi noir ?

Titre d'un journal américain au 29 octobre 1929.
Titre d’un journal américain au 29 octobre 1929.

Décidément, on ne change pas une équipe qui gagne ! En 1929, à la veille de la plus grande crise économique qu’ait connue le XXe siècle, la spéculation boursière est à son comble et c’est sur le crédit que vivent la plupart des ménages américains. Une "bulle" -dirait-on aujourd’hui- boursière et bancaire qui cache admirablement la réalité économique, soit un ralentissement de l’immobilier et même de l’industrie automobile, fleuron de l’économie américaine. Une réalité qui pouvait effectivement passer inaperçue au vue des fortunes colossales que certains spéculateurs heureux amasseront en quelques coups fumants. Une réalité qui va cependant rattraper la fiction en quelques mois.
Déjà, le malaise se fait sentir le 18 octobre 1929 ; six jours plus tard, le 24, c’est le fameux Jeudi noir… Treize millions de titres sont littéralement jetés sur le marché ; on en compte seize millions le mardi suivant. Les valeurs, dès lors, s’effondrent : – 30% en octobre, -50% en novembre. Malgré la chute, l’illusion perdure quelques mois encore, une illusion encouragée d’ailleurs par le gouvernement Hoover. Mais la crise de 29, le fameux crack se poursuit… bien au delà de la seule année 1929. En juillet 1932, le cours du coton est tombé de 17 cents à 6 ; celui du blé de 98 cents à 40 cents. Et si ce n’était que l’économie agricole : en 1933, on proclame un moratoire général sur les banques… qui ferment toutes !
Les Etats-Unis entraînent également dans leur chute les principaux acteurs économiques de l’époque : l’Amérique latine est touchée en 1930, l’Autriche, l’Allemagne, la Grande Bretagne et tout le Common Wealth en 1931, la France, enfin, l’année suivante. Dans tous ces pays, la crise se manifeste de manière relativement uniforme : baisse de la production, baisse des prix, effondrement des valeurs boursières, multiplication des faillites et, enfin, explosion du chômage.
Autre dénominateur commun, rarement mis en avant par les économistes -notamment parce qu’il s’agit d’un fait politique et historique : dans tous les pays tenus par la droite ou son équivalent, le pouvoir passe, aux élections suivantes, à la gauche. Les démocrates aux Etats-Unis, le Front populaire en France. Faut-il y voir un présage "heureux" pour Obama ? L’histoire le dira dans quelques semaines. Quant à la France, sa gauche étant inexistante, l’actuel président n’a guère de souci à se faire…

Stauffenberg : l’orgueil d’une nation

Claus von Stauffenberg (1907-1944).
Claus von Stauffenberg (1907-1944).

20 juillet 1944, le colonel de la Wehrmacht, Claus von Stauffenberg pénètre dans la salle où doit se tenir une réunion entre le Führer et quelques hauts responsables du régime. Chef d’état-major du général Fromm, il a tout loisir d’y déposer une serviette. Celle-ci contient une bombe qui doit exploser durant la réunion. C’est l’opération Walkyrie. Son but : éliminer Hitler, Gœring et Himmler. Par deux fois déjà, l’opération avait été annulée en raison de l’absence de l’un ou l’autre. Cette fois, le trio visé est bien là. La bombe explosera… Lorsque la poussière se dissipe, Hitler, titubant, légèrement brûlé et portant des blessures légères, sort des décombres de la pièce. Himmler et Gœring s’en sortent également. L’opération a été un échec et elle va déclencher la colère du Führer qui lance une véritable campagne d’épuration au sein de la Wehrmacht. Il faut dire que depuis 1938, nombreux étaient les officiers craignant une dérive du régime. Nombreux avaient été ceux qui s’étaient élevés contre une guerre européenne, guerre qui, au final, ne pouvait conduire l’Allemagne qu’à la destruction. Nombreuses, enfin, avait été les tentatives d’attentats contre le Führer. L’opération Walkyrie, qui apparaît comme une tentative désespérée d’arrêter le massacre, reste la plus célèbre. Elle sera aussi la plus durement réprimée. Stauffenberg, depuis toujours opposé au régime nazi, est arrêté et exécuté dès le lendemain avec trois de ses camarades.
Une commission spéciale, forte de quatre cents agents, est constituée avec pour but unique la traque des comploteurs. Leurs familles sont également éliminées ou envoyées dans les camps. Des officiers, parmi les plus prestigieux de l’Allemagne, sont dégradés puis pendus avec des raffinements d’horreur. Trois d’entre eux préféreront mettre fin à leurs jours. Leurs noms : Edwin Rommel, le « Renard du désert », Ludwig Beck et Henning von Trescow.
L’opération Walkyrie aura été un échec sur toute la ligne… Malgré tout, elle rappelle à tous que l’Allemagne a su, à travers ces hommes, conserver son honneur. Un honneur qu’aujourd’hui elle revendique haut et fort dans son opposition au film dont Tom Cruise doit tenir la tenir la vedette. Et c’est là tout l’intérêt de la polémique sur l’acteur scientologue : après des années d’auto-flagellation, il semblerait bien que l’Allemagne ait décidé de ne pas oublier ses héros, de ne pas nier son passé, tout son passé, y compris –et enfin- ce qu’il a de plus glorieux.

« Il neigeait… »

La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).
La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).

Le 14 septembre 1812, la Grande Armée atteint Moscou. Avides de repos, les soldats de Napoléon pensent trouver l’abondance dans ces édifices, « tous couverts d’un fer poli et coloré », raconte Ségur.
Un rayon de soleil faisait étinceler cette ville superbe de mille couleurs variées. Napoléon s’arrêta lui-même, transporté de joie. Une exclamation de joie lui échappa.
Mais la stupeur remplace la joie : Moscou est déserte… Rostopchine l’a vouée aux flammes. Trois jours, il faudra trois jours pour que l’incendie dévaste totalement la capitale russe et fasse fuir les Français.
Le 17 septembre, le rêve moscovite de l’Empereur s’est évanoui, comme l’a si bien décrit Hugo :
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois, l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait.

Dans l’enfer de Verdun

Verdun, le 21 février 1916. Les soldats français creusent sans relâche les tranchées lorsqu’un bruit assourdissant, audible à cent cinquante kilomètres à la ronde, les projette en enfer. Ce jour-là, l’armée allemande enverra près d’un million d’obus. Le pilonnage, méthodique et quotidien, décidé par l’État-major et le Kronprinz lui-même, a pour but de faire céder ce bastion chargé d’histoire. Mais Verdun résiste encore et toujours. Après trois cents jours de combat, les pertes -tués, blessés ou prisonniers- atteindront, des deux côtés, entre sept cent mille et un million d’hommes.
Une génération entière s’est battue à Verdun qui devient alors le symbole de la résistance française à l’ennemi.

La convention d’El-Arich

Portrait de Kléber (1753-1800).
Portrait de Kléber (1753-1800).

L’aventure française en Égypte débute en juillet 1798 : Bonaparte, à peine débarqué, s’empare d’Alexandrie et entre en vainqueur au Caire. La veille, il a écrasé les mamelouks à la célèbre bataille des Pyramides. Coupé de l’Europe par les navires de l’amiral anglais Nelson, il n’en continue pas moins sa marche conquérante : il se rend en Syrie, où il s’empare de Gaza et de Jaffa, avant d’échouer devant Saint-Jean-d’Acre.
À peine revenu au Caire, Bonaparte quitte la terre d’Égypte et rentre en France, laissant le commandement au général Kléber, qui doit faire face à un véritable soulèvement populaire. Le 24 janvier 1800, jugeant la lutte impossible, Kléber signe la convention d’El-Arich qui doit préparer l’évacuation de l’Égypte. Mais l’attitude de l’Angleterre, qui exige une reddition sans condition, va prolonger le conflit jusqu’au mois de septembre 1801, date à laquelle Menou, général converti à l’islam et successeur de Kléber, signe une capitulation honorable.