Stauffenberg : l’orgueil d’une nation

Claus von Stauffenberg (1907-1944).
Claus von Stauffenberg (1907-1944).

20 juillet 1944, le colonel de la Wehrmacht, Claus von Stauffenberg pénètre dans la salle où doit se tenir une réunion entre le Führer et quelques hauts responsables du régime. Chef d’état-major du général Fromm, il a tout loisir d’y déposer une serviette. Celle-ci contient une bombe qui doit exploser durant la réunion. C’est l’opération Walkyrie. Son but : éliminer Hitler, Gœring et Himmler. Par deux fois déjà, l’opération avait été annulée en raison de l’absence de l’un ou l’autre. Cette fois, le trio visé est bien là. La bombe explosera… Lorsque la poussière se dissipe, Hitler, titubant, légèrement brûlé et portant des blessures légères, sort des décombres de la pièce. Himmler et Gœring s’en sortent également. L’opération a été un échec et elle va déclencher la colère du Führer qui lance une véritable campagne d’épuration au sein de la Wehrmacht. Il faut dire que depuis 1938, nombreux étaient les officiers craignant une dérive du régime. Nombreux avaient été ceux qui s’étaient élevés contre une guerre européenne, guerre qui, au final, ne pouvait conduire l’Allemagne qu’à la destruction. Nombreuses, enfin, avait été les tentatives d’attentats contre le Führer. L’opération Walkyrie, qui apparaît comme une tentative désespérée d’arrêter le massacre, reste la plus célèbre. Elle sera aussi la plus durement réprimée. Stauffenberg, depuis toujours opposé au régime nazi, est arrêté et exécuté dès le lendemain avec trois de ses camarades.
Une commission spéciale, forte de quatre cents agents, est constituée avec pour but unique la traque des comploteurs. Leurs familles sont également éliminées ou envoyées dans les camps. Des officiers, parmi les plus prestigieux de l’Allemagne, sont dégradés puis pendus avec des raffinements d’horreur. Trois d’entre eux préféreront mettre fin à leurs jours. Leurs noms : Edwin Rommel, le « Renard du désert », Ludwig Beck et Henning von Trescow.
L’opération Walkyrie aura été un échec sur toute la ligne… Malgré tout, elle rappelle à tous que l’Allemagne a su, à travers ces hommes, conserver son honneur. Un honneur qu’aujourd’hui elle revendique haut et fort dans son opposition au film dont Tom Cruise doit tenir la tenir la vedette. Et c’est là tout l’intérêt de la polémique sur l’acteur scientologue : après des années d’auto-flagellation, il semblerait bien que l’Allemagne ait décidé de ne pas oublier ses héros, de ne pas nier son passé, tout son passé, y compris –et enfin- ce qu’il a de plus glorieux.

« Il neigeait… »

La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).
La retraite de Russie (gravure du XIXe siècle).

Le 14 septembre 1812, la Grande Armée atteint Moscou. Avides de repos, les soldats de Napoléon pensent trouver l’abondance dans ces édifices, « tous couverts d’un fer poli et coloré », raconte Ségur.
Un rayon de soleil faisait étinceler cette ville superbe de mille couleurs variées. Napoléon s’arrêta lui-même, transporté de joie. Une exclamation de joie lui échappa.
Mais la stupeur remplace la joie : Moscou est déserte… Rostopchine l’a vouée aux flammes. Trois jours, il faudra trois jours pour que l’incendie dévaste totalement la capitale russe et fasse fuir les Français.
Le 17 septembre, le rêve moscovite de l’Empereur s’est évanoui, comme l’a si bien décrit Hugo :
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois, l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait.

Dans l’enfer de Verdun

Verdun, le 21 février 1916. Les soldats français creusent sans relâche les tranchées lorsqu’un bruit assourdissant, audible à cent cinquante kilomètres à la ronde, les projette en enfer. Ce jour-là, l’armée allemande enverra près d’un million d’obus. Le pilonnage, méthodique et quotidien, décidé par l’État-major et le Kronprinz lui-même, a pour but de faire céder ce bastion chargé d’histoire. Mais Verdun résiste encore et toujours. Après trois cents jours de combat, les pertes -tués, blessés ou prisonniers- atteindront, des deux côtés, entre sept cent mille et un million d’hommes.
Une génération entière s’est battue à Verdun qui devient alors le symbole de la résistance française à l’ennemi.

La convention d’El-Arich

Portrait de Kléber (1753-1800).
Portrait de Kléber (1753-1800).

L’aventure française en Égypte débute en juillet 1798 : Bonaparte, à peine débarqué, s’empare d’Alexandrie et entre en vainqueur au Caire. La veille, il a écrasé les mamelouks à la célèbre bataille des Pyramides. Coupé de l’Europe par les navires de l’amiral anglais Nelson, il n’en continue pas moins sa marche conquérante : il se rend en Syrie, où il s’empare de Gaza et de Jaffa, avant d’échouer devant Saint-Jean-d’Acre.
À peine revenu au Caire, Bonaparte quitte la terre d’Égypte et rentre en France, laissant le commandement au général Kléber, qui doit faire face à un véritable soulèvement populaire. Le 24 janvier 1800, jugeant la lutte impossible, Kléber signe la convention d’El-Arich qui doit préparer l’évacuation de l’Égypte. Mais l’attitude de l’Angleterre, qui exige une reddition sans condition, va prolonger le conflit jusqu’au mois de septembre 1801, date à laquelle Menou, général converti à l’islam et successeur de Kléber, signe une capitulation honorable.

Arcole : une histoire d’eau

Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).
Bonaparte au pont d’Arcole (détail de la peinture de Gros).

Il était grand –par l’ambition- , il était beau, il sentait bon le sable chaud… enfin, plutôt la boue. Car si tout le monde connaît le tableau mettant en scène Napoléon traversant le pont d’Arcole l’étendard à la main, la réalité est bien loin de cette image.
Cela s’est passé du 15 au 17 novembre 1796. A la tête de l’armée d’Italie, Bonaparte, qui n’est pas encore Napoléon Ier, lance ses 38 000 hommes à l’assaut de l’Italie. Une coalition autrichienne et italienne lui barre le passage. Arcole, n’est certes qu’un épisode de cette conquête, mais c’est certainement le plus célèbre. A ce moment, Masséna et Auguereau ont battu en retraite face à l’avance autrichienne. Reste le pont d’Arcole, qui sépare les Français des armée d’Alvinczy.
La bataille se soldera par une victoire pour le camp français mais jamais Bonaparte ne traversa ce fameux pont, comme le célèbrera le peintre Antoine Gros. Jamais il ne le passera car c’est dans l’eau, ses hommes étant éparses, que Bonaparte parvint de l’autre côté de la rive. Au final, le bouillant général corse parviendra à son but : conquérir l’Italie. Une conquête faite dans la boue, ce qui n’enlève rien au génie du bouillant général.
Au final, si Gros, élève de David, détourna l’histoire par sa représentation de la bataille du pont d’Arcole, ce n’est sans doute que pour rendre hommage au stratège et au meneur d’hommes qu’était et que sera longtemps Napoléon Bonaparte.

 

Pour une civilisation comptable

Jacques Attali (photo récente).
Jacques Attali (photo récente).

Une civilisation comptable. A priori, les deux mots sont antinomiques, totalement opposés ; pourtant, on peut légitimement se demander si le président de la République a cette vision-là de la civilisation. Il y a peu, un article du Point signé Baverez (le point édition du 17 janvier 2008) titrait "La civilisation n’est pas une politique". Non, en effet, la civilisation doit, ou du moins devrait, conduire à une vision plus grande, plus lointaine, ce qui entraînerait l’application de telle ou telle politique. Car qu’est-ce que la civilisation si ce n’est un ensemble de progrès, d’évolutions techniques et morales, politiques et artistiques qui imprègnent une société, qui l’amènent vers un même but. La civilisation des Grecs antiques fera l’apologie de la démocratie ; la civilisation égyptienne est celle du divin ; celle de Mésopotamie a découvert et développé l’écriture mais également le principe juridique quant à la civilisation européenne médiévale, ceux sont les valeurs judéo-chrétiennes qui l’on guidé, formé. D’accord ou non avec ses valeurs, ces principes, il n’empêche que l’on peut les considérer comme des principes nobles, élevant l’humain, lui donnant un but qui va au delà de sa propre personne. Et c’est ce que semblait proposer, sans la définir vraiment, monsieur Sarkozy en évoquant un "politique de civilisation". Résultat : le rapport Attali dont on nous dit et on nous assure qu’il sera, pour une bonne part, mis en application.
Or qu’est-ce que ce rapport si ce n’est l’inverse absolu de la civilisation, d’une politique de civilisation ? Qu’est-ce si ce n’est une analyse comptable du monde et de la société. Certes, l’économie est importante ; elle doit, très certainement, être réformé. Mais de là à ne voir en l’homme qu’un numéro… Or c’est exactement ce que fait ce fameux rapport, soi-disant rédigé par des économistes autant que par des philosophes, des écrivains, bref des êtres sensés avoir une idée autre que le simple jeu boursier. Inutile de revenir sur la suppression des départements, des numerus clausus des pharmaciens que le président de la République -brossage dans la sens du poil oblige- n’appliquera pas. Mais qu’en est-il de la question de l’immigration que le Figaro, dans un numéro anticipateur, a fortement décrié ? Qu’en est-il de la question des personnes âgées -pas des seniors, mais de ceux qui sont à charge… Car monsieur Attali a toutes les réponses, toutes les solutions. La France a besoin, aura besoin de plus de bras : il suffit « d’organiser la venue de 2 millions d’étrangers par an entre 2020 et 2040, ce qui se traduirait, sur l’ensemble de la période considérée et du fait de l’élargissement des familles par l’entrée sur notre sol de 93 millions d’immigrés », soit 68% de la population d’alors. La France a besoin de bras ? Qu’on fasse travailler les seniors… mais seulement jusqu’à ce qu’ils puissent « rapporter », la vieillesse étant, quant à elle, source de coûts énormes, le problème sera réglé par l’euthanasie -puisque monsieur Attali s’est déjà clairement positionné pour cette solution- ! Que l’Europe n’arrive déjà pas à assimiler les pays qu’elle a accueilli en son sein, n’est pas un problème pour monsieur Attali qui ne raisonne qu’en terme de chiffre, de coût, de main d’œuvre. Une vision qui fleure bon le taylorisme à l’échelle étatique, voir même le communisme. Une vision dans laquelle l’être humain n’est plus qu’un chiffre, un potentiel de travail ou de dépense ; une vision qui annonce un nouveau type de civilisation : la civilisation comptable !

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !
La réplique française ne se fait pas attendre : après avoir établi un blocus sur Alger, le roi Charles X décide, en 1830, de lancer une expédition militaire. Trente sept mille hommes, commandés par l’amiral Duperré et par le maréchal de Bourmont, débarquent sur les côtes algériennes le 14 juin. Après la victoire française de Staouéli, Alger capitule. C’était le matin du 5 juillet 1830.

Obama ou la couleur de la peau…

Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.
Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.

Non, l’élection américaine ne se jouera pas sur le critère de la race ! Obama est noir ? Et alors ! C’est en tous cas ce que l’on ne cesse de nous asséner depuis des semaines, des mois. Pourtant, rien n’est plus faux. C’est même tout le contraire. Obama ne sera pas le candidat de certains Américains, non parce qu’il est démocrate, non parce qu’il n’a jamais eu de postes « à responsabilité » internationales. Obama ne sera pas le candidat de ces Américains-là parce qu’il est noir. Et qu’ils n’imaginent pas la patrie de Washington et de Lincoln gouvernée par un Noir. Mentalité raciste ? Mentalité raciale plutôt… Exactement la même mentalité, le même critère qui inspirera nombre de ceux qui voteront Obama.
L’évident engouement qui s’est emparé des médias, américains comme européens, des hommes politiques –notamment français-, des « élites » du monde occidental a tout à voir avec la couleur de peau de monsieur Obama. C’est parce qu’il est Noir qu’ils le soutiennent ; parce qu’il est Noir qu’ils en ont fait « leur candidat » et cela avant même que le sénateur de l’Illinois ait gagné les primaires.
Les députés français qui, interrogés par les médias français, se sont majoritairement prononcés en faveur de monsieur Obama ne connaissaient rien de son programme, ne faisaient guère de différence avec Hillary Clinton… sauf pour la couleur de sa peau. De la même façon, le ralliement du républicain Powell au candidat démocrate, après celui de toutes les élites noires de ce pays, apparaît comme un signe, un symbole fort : celui d’une Amérique noire unie pour élire son président noir. Quelle image pour le monde ! Quelle revanche pour les Noirs américains ! Quel dommage pour monsieur Obama ! De fait, s’il est élu, Obama sera toujours taxé de n’avoir remporté cette élection que par son image, par un effet de discrimination positive ou encore par remord d’une certaine Amérique. Et c’est bien dommage car cet homme, certainement, possède de grands talents… qui s’effacent, qui disparaissent à cause de la couleur de sa peau. Une couleur de peau qui, le 4 novembre prochain, qu’on le veuille ou non, sera ce qui comptera le plus dans cette élection, que ce soit dans un sens ou dans un autre…

Dans l’enfer d’Hiroshima

L'explosion de la bombe atomique, d'après une iconographie récente.
L’explosion de la bombe atomique, d’après une iconographie récente.

Nous sommes le 6 août 1945. Il est 8h15 et le colonel Tibbets, de l’armée américaine, sait qu’il va accomplir un acte historique. A bord de l’Enola Gay se trouve la première bombe atomique. Une bombe qu’il s’apprête à lâcher sur la ville portuaire d’Hiroshima. Par cette action, les Etats-Unis espèrent mettre un terme à près de trois ans de lutte avec l’Empire du Soleil levant. Stoppée nette dans son élan conquérant à la bataille de Midway, l’armée nippone luttait pied à pied depuis 1942. Mais rien, ni son acharnement, ni même les actions des « Kamikase » -du nom d’un typhon qui sauva le Japon de l’invasion mongole au XIIIe siècle, ne semble devoir enrayer l’avancée américaine qui, bientôt, encercle l’archipel. Après la capitulation de l’Allemagne, en mai 1945, et alors que les Etats-Unis sont désormais à même de concentrer toutes leurs forces sur ce dernier îlot de résistance, il semble que la reddition du Japon ne soit plus qu’une question de temps. Mais les Américains s’impatientent et le Japon résiste, refusant, dans un dernier baroud d’honneur, la reddition sans condition réclamée par la Proclamation de Postdam (26 juillet 1945). Truman prend alors une décision terrible et ordonne l’utilisation de la première bombe nucléaire. Hiroshima sera la cible, ses habitants les cobayes pour ce premier essai grandeur nature.
De fait, si le colonel Tibbets avait certainement conscience, en libérant la bombe H, d’entrer dans l’histoire, il a certainement regretté son geste et sa place. De fait, le bilan sera terrible : sur les 250 000 habitants de la ville, 75 000 seront tués, 90 000 blessés –souvent atrocement brûlés- et 70% de la ville sera réduite en cendres.
On le sait, le 9 août suivant, une seconde bombe frappera Nagasaki. Bilan : 100 000 morts. Des morts qui auraient certainement pu être épargnés, le gouvernement japonais ayant déjà tiré les leçons d’Hiroshima. Quant à la capitulation tant attendue, elle sera annoncée, par voix radiophonique, par l’empereur Hiro Hito le 16 août au matin.

Adieu vieille Europe !

Armes de la Serbie à l'époque de Pierre Ier.
Armes de la Serbie à l’époque de Pierre Ier.

20 juin 1389 : les troupes ottomanes, conduites par le sultan Mourad Ier, remportent une  victoire sans précédent sur les Serbes et les Bulgares chrétiens. Une victoire qui met fin à l’indépendance serbe ; une victoire qui annonce la domination ottomane sur cette région du monde ; une victoire, enfin, qui a pour nom Kosovo Polié ou bataille du Champ des Merles. Suivra l’annexion de plusieurs provinces européennes au joug ottoman ; l’avancée jusqu’à Vienne même, au XVIe siècle, avec en représailles l’installation de Serbes chrétiens au Kosovo et, en réponse, l’albanisation intensifiée et l’islamisation de cette même région.
17 février 2008 : l’histoire se répète. La victoire, là encore, a pour nom Kosovo ; et là encore, elle annonce une avancée sans précédent de l’islam en Europe. Une différence, et de taille, pourtant : l’indifférence générale dans laquelle se déroule se fait historique. La bénédiction même de l’Europe qui entonne ici son chant funèbre. A force de nier ses racines, de refuser toute référence à une civilisation commune, l’Europe s’est encartée dans un système économique –d’ailleurs déficient- qui ne risque guère de soulever les foules ; plus, même, elle s’est donnée le rôle du fossoyeur en enterrant, avec ses propres deniers, toute idée de culture commune. Alors :
Adieu vieille Europe,
Que le diable t’emporte !