L’utopie démocratique

Solon (v. 640-558 av. J.-C.).
Solon (v. 640-558 av. J.-C.).

Que ce soit en Chine, en Birmanie, au Pakistan ou en Russie, le mot démocratie ne paraît pas être de mise. Une horreur que les Occidentaux bien-pensants, les Américains comme les Français, se font fort de dénoncer… avant de vouloir éventuellement l’imposer, comme fut fait, avec le succès que l’on sait, en Irak. Or qu’est-ce que la démocratie, sinon une dictature allégée, voilée ? De fait, depuis son origine, la démocratie a une réputation qui va bien au delà de la réalité. Elle n’est pas et ne saurait être le gouvernement du peuple par le peuple et pour le bien du peuple…
C’est à Athènes, au VIIe siècle avant J.-C., qu’apparaissent les premiers symptômes démocratiques. Après une période de royauté, la prise du pouvoir par l’aristocratie, le principe démocratique allait se faire jour. C’est avec Solon d’abord, avec Clisthène (VIe siècle av. J.-C.) ensuite que les dernières étapes allaient être franchies, conduisant à un régime reconnaissant l’égalité des citoyens, leur représentativité dans la Boulé et créant l’Ecclésia, une assemblée de tous les citoyens à laquelle était décernée l’autorité suprême. Le rêve de tous les démocrates actuels ! Sauf que cette organisation excluait les esclaves, les métèques -les non Athéniens-, les femmes et les enfants bien sûr. Au final, donc, et sur une population de 400 000 individus au Ve siècle av. J.C., un système qui ne concernait guère que 30 à 40 000 citoyens… Un système qui, sous le nom de démocratie, établissait la prise de pouvoir d’une authentique aristocratie politique.
Or c’est bien ce qui apparaît encore au XXIe siècle. Qui pourrait nier que le gouvernement ou la politique sont le fait de quelques élites ? Qui pourrait également nier que ces élites agissent, dans les faits, selon leur bon plaisir ? De Bruxelles à Paris, de Washington à Londres : la démocratie n’en a guère que le nom. La preuve ? L’histoire récente en regorge, de l’imposition du Pacs -passé à l’Assemblée après trois votes successifs-, aux manifestations et autres débordements qui suivirent l’élection de Nicolas Sarkozy ; du traité européen -refusé par référendum et désormais imposé- aux blocages dans les universités. Une minorité, soit gouvernementale soit anti-gouvernementale, peut ainsi imposer son choix à toute une population avec un argument suprême : le bien du peuple. Car tout le monde sait que le peuple est stupide… Quant aux gouvernants eux-mêmes, ils ont perdu, avec l’Europe, une bonne partie de leur pouvoir, le déléguant si volontiers aux eurocrates qui ont beau jeu de rejeter des décisions aussi peu internationales que la TVA dans la restauration.

Affiche contemporaine.
Affiche contemporaine.

Belle démocratie que celle-ci… De fait, les Occidentaux ont beau jeu de jouer les preux chevaliers, les bien-pensants, les donneurs de leçons en parlant de l’Irak ou, plus récemment, de la Russie. Certes, nos élites ont beau jeu de jouer les offusquer face à l’unanimité de Poutine et, disons-le, à sa seconde prise de pouvoir. Ils ont beau jeu de s’offusquer du peu de place laissée à l’opposition, à la discussion… Sans doute ces mêmes élites ont-elles oublié qu’il n’y a pas si longtemps, en France, nous assistions à la même omniprésence politique, au même manque de discussion. C’était lors d’une élection entre Chirac et Le Pen et on disait alors qu’il fallait « sauver la démocratie » !

Proclamation de la République cisalpine

Léonard Duphot

 La République cisalpine, organisée par Napoléon Bonaparte, proclamée le 29 juin 1797 et reconnue par l’Autriche au traité de Campoformio, se composait, des pays de Bergame, du Milanais avec Mantoue de Brescia et de Crémone et de la république de Cispadane agrandie de la Valtenine.
Un officier supérieur de l’armée française, Léonard Duphot, qui s’était fait remarquer pendant la campagne d’Italie, fut chargé d’organiser les troupes de la République cisalpine. Mais, à peine Joseph Bonaparte et Duphot, entrèrent-ils dans la ville de Rome que des émeutes éclatèrent. Au cours de l’une d’elles, Duphot tomba, mortellement touché. La République cisalpine était née dans le sang…

« Citoyen »… de quoi ?

Le Dalaï-lama.
Le Dalaï-lama.

A grands renforts de publicité, le maire de Paris, Bertrand Delanoé, a annoncé sa volonté de faire du Dalaï-lama un « citoyen d’honneur » de la capitale. Une faveur qui n’en est pas vraiment une tant les notions de citoyenneté, d’appartenance à une nation ou à un idéal –en l’occurrence républicain- sont de nos jours bradés. Pas un jour sans un appel solennel à être « tous des Tibétains » qui succède au très médiatique « tous des ch’tis » ; pas un jour sans une déclaration de l’un  ou l’autre représentant politique qui brade, à bon compte, des notions aussi sacrée que celle d’appartenance nationale ou même de citoyenneté. Car le citoyen français n’est pas n’importe qui. Ce mot n’est pas anodin. Bien au contraire, il est, il a été, plus que tout autre, porteur des idéaux républicains, symbole de la France des Lumières. Né avec la Constitution de 1791, le terme de citoyen servira à désigner, aux yeux de tous, les fils de la Révolution, les hommes et les femmes qui placeront la liberté, l’égalité et la fraternité au-dessus de toute autre notion. Un idéal dont Delanoé et consorts se délectent à longueur de discours ; un idéal qui fait figure d’incongruité au regard de la personne du Dalaï-lama porteur, malgré lui peut-être, d’une tradition féodale et inégalitaire qui constitue la base même de la société tibétaine.

Le soleil d’Austerlitz

Napoléon Ier (1769-1821).
Napoléon Ier (1769-1821).

Décembre 1805. Depuis plusieurs mois, Napoléon Ier est aux prises avec la troisième coalition : alors qu’il marche sur Vienne, l’Empereur doit affronter une armée de quatre-vingt-dix mille hommes envoyés par le tsar Alexandre Ier et l’empereur d’Autriche, François II. Les deux armées vont  s’affronter à Austerlitz, en Moravie.
Fin stratège, Napoléon attend que les Russes tentent une jonction de leurs différents corps d’armée.
Le 2 décembre, à 4 heures du matin, les Russes quittent enfin le plateau de Platzen et commettent ainsi l’erreur qu’espérait l’Empereur. Prenant alors position sur les hauteurs, il ordonne à ses troupes de se tenir dans la plaine, face aux soldats russes et d’attendre les ordres, tapis dans la brume.
« Enfin le soleil parut et, dissipant les brouillards, inonda de clarté ce vaste champ de bataille. C’était le soleil d’Austerlitz… »
L’ordre d’attaquer sonne : assaillie de tous côtés, prise en tenaille, l’armée coalisée est vaincue après un combat des plus rudes. Les deux empereurs se soumettent à Napoléon, qui, une fois de plus, a montré son génie militaire.

Le syndrome de Stockholm

Drapeau des FARC.
Drapeau des FARC.

En août 1973, un évadé de prison commettait un hold-up et prenait en otage quatre employés de banque. Six jours durant, il allait les tenir sous sa coupe, aboutissant, au final, à ce qu’on a appelé le syndrome de Stockholm. Car, jamais les anciens otages n’ont témoignés à charge contre leur ravisseur ; plus, même, ils s’interposeront entre lui et les forces de police et iront le voir en prison…
A quelques détails près, c’est un peu le même phénomène que l’on remarque dans la très médiatique affaire Ingrid Betancourt. De fait, depuis 5 ans que cette malheureuse est aux mains des FARC, jamais sa famille ne fait le procès des forces révolutionnaires communistes colombiennes. Bien au contraire. Le procès à charge est entièrement celui d’Alvaro Uribe, dont on peut douter, au final, s’il n’est pas un immonde dictateur comme la France des droits de l’homme aime à les dénoncer. Or, c’est bien l’inverse qui se passe ici. Car la Colombie est depuis plusieurs années un pays démocratique ; un pays dont le président est élu au suffrage universel ; un pays doté d’une Assemblée et d’un Sénat… En bref, un pays qui paraît appliquer le même type de constitution que celle de la France ! Par contre, les FARC ne sont rien d’autres que des terroristes extrémistes, des criminels… mais les Betancourt semblent l’oublier.
Comme ils semblent oublier que leur atout de ces dernières semaines, Hugo Chavez, a tout du dictateur. Dictateur communiste, certes, mais dictateur tout de même, qui a tenté, il y a quelques jours seulement, de jouer la carte de la perpétuité présidentielle. Ce qui était choquant, au même moment, pour Poutine, ne l’était pas tant que ça pour Chavez qui demeure, pour la France comme pour la famille de l’otage Ingrid Betancourt, le seul recourt valable.
Syndrome de Stockholm ou obligations diplomatiques ? Sans doute la réponse n’est pas exactement la même que l’on soit la famille Bettencourt ou le gouvernement français, embarqué, bien malgré lui, dans une affaire qui concerne, plus que tout autre, la Colombie et non la France, Ingrid Betancourt étant députée colombienne et non française…

Les rois interdits de séjour

Jules Grévy

Trois ans à peine après la mort du comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X et dernier prétendant légitimiste, Jules Grévy, alors président de la République, promulgue, en juin 1886, une loi visant à éloigner définitivement toute tentative de rétablissement de la monarchie.
C’est ainsi que, « le territoire de la République est et demeure interdit aux chefs des familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs, dans l’ordre de primogéniture «.
Se rappelant sans doute l’histoire de Napoléon III, jadis prince-président, il précise aussi que « les membres des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni excercer aucune fonction publique ni aucun mandat électif ».

Tradition et religion : la grande confusion

Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.
Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.

Depuis bientôt une semaine, l’affaire fait la « Une » des médias. Politiques et sociologues, écrivains et philosophes sont invités à s’exprimer sur le sujet et multiplient, à l’occasion, les poncifs les plus grossiers. De fait, l’annulation d’un mariage civil à Lille remet en cause les certitudes des politiques –sans pour autant qu’ils le reconnaissent d’ailleurs- et pose une multitude de questions –auxquelles personne ne veut vraiment répondre.
Deux interventions, à 24 heures d’intervalle, donnent une idée de la pensée prédominante. Elisabeth Badinter, invitée d’une émission télévisée matinale, déclarait, le 7 juin dernier, que ce genre d’attitude rétrograde –à savoir le désir d’épouser une jeune fille vierge- était le fait de fondamentalistes et de fondamentalistes de toutes religions, précisait-elle. Le lendemain, Edouard Balladur faisait un parallèle entre cette affaire et un mariage catholique dans lequel un des époux, après avoir affirmé le contraire à l’église, refuserait d’aller à la messe le dimanche. Pourrait-on y voir une cause d’annulation ? Du point de vue civil, évidemment non…
On le voit, pour Elisabeth Badinter comme pour Edouard Balladur, tout, ici, est question de religion. Pour eux comme pour les hommes politiques qui se sont indignés devant la décision de la magistrate lilloise, appelant à la sauvegarde de la laïcité. Le fait qu’il s’agisse dans cette affaire de l’annulation d’un mariage civil –et par définition laïc- ne semble pas les frapper outre mesure. C’est qu’il y a depuis longtemps, confusion entre tradition et religion. Or, la question de la virginité d’une épouse tient de la tradition et non de la religion. Une tradition que l’on retrouve principalement dans les sociétés patriarcales du bassin méditerranéen, du Proche et du Moyen Orient. Une tradition rendue nécessaire afin de protéger des femmes qui, sans cela, auraient été abaissées au simple rang d’objet sexuel, pouvant être offerte par un père ou bien un frère à une multitude d’hommes et pour bien peu de gain en vérité. Une tradition qui n’apparaît nullement dans les sociétés germaniques, où une vierge vaut –pénalement- moins qu’une femme enceinte ou qu’une mère de famille. D’ailleurs, dans ces sociétés de type matriarcal, la virginité était-elle seulement désirée ? Sans doute pas, l’essentiel étant dans la préservation du clan et de ses traditions, relayées par les femmes.
Voilà donc pour les origines de la tradition. Une tradition à laquelle certaines religions –notamment d’origine orientale- vont s’adosser au point de créer une véritable confusion. Une tradition qui, la preuve en est, est encore parfaitement vivace. Le fait que, comme l’a justement rappelé la Garde des Sceaux, Rachida Dati, la proclamation du non respect de cette tradition soit un moyen pour certaines femmes d’éviter un mariage forcé, annonce son importance. La décision de la magistrate de Lille était donc, d’ailleurs, parfaitement justifiée. D’autant que l’épouse comme l’époux consentaient à cette annulation…
Alors si l’on peut excuser la révolte des associations féministes, difficile de comprendre l’attitude de nos politiques qui n’a rien à voir avec la défense de la laïcité. De fait, il est évident que c’est pour masquer leur déconvenue qu’ils font, volontairement, l’amalgame, accusant, comme Madame Badinter, les fondamentalistes. Car comment expliquer qu’un ingénieur, qu’une famille vivant en France depuis plusieurs générations soit attachée à ces traditions ? Comment l’expliquer sans reconnaître l’échec de 30 années de politique d’intégration, de 30 années de négation des origines, le « tous Français » faisant force de loi naturelle ?

Pershing : le retour !

Le Pershing 1-A.
Le Pershing 1-A.

Le 1er juin dernier, l’Associated press, relayée par de nombreux médias, reprenait les déclarations du président des Etats-Unis annonçant la mise en place d’un bouclier anti-missiles basé en Pologne et en République tchèque. Les pays visés ? L’Iran, soupçonnée de vouloir se doter de l’arme nucléaire, et la Corée du Nord, qui la possède déjà. Il y a comme un air de déjà vu dans cette décision. Un déjà vu qui ressemble à s’y méprendre à la Guerre froide et, plus précisément, au déploiement des missiles Pershing sur le territoire européen.
Dans les années 1970, alors que la course à l’armement semble s’essoufler. Les deux « grands », URSS et USA, ont désormais opté pour un « équilibre de la terreur » sans lequel on aboutirait, immanquablement, sur une destruction totale et réciproque. Au contraire même, les deux acteurs principaux de la Guerre froide en viennent à signer, en 1967, un traité de non-prolifération des armes nucléaires. Outre que ce traité exclu de fait les Européens de la scène internationale, il paraît annoncer un statu quo, laissant les USA maîtres du monde occidental et l’URSS gérer ses pays satellites à sa guise.
C’est pourtant bien à cette époque de détente que les Etats-Unis d’Amérique vont déployer pas moins de 108 missiles Pershing, directement pointés sur l’URSS et ses satellites. Des missiles qui, depuis l’Angleterre et la RFA, forment une sorte de pendant défensif au rideau de fer soviétique.
La portée, pourtant assez importante des missiles (1600 km) appelait un tel déploiement en Europe. Par contre, on est en droit de se demander, à l’image de Vladimir Poutine, quelle raison véritable a conduit les Américains à installer leur bouclier anti-missile si loin de l’Iran, objectif avoué du président Bush ? La Turquie, qui a déjà servie de base arrière aux Américains lors de la Seconde guerre du Golf, n’aurait-elle pas été préférable à la Pologne et à la République tchèque ? Et si on est en droit de s’interroger sur la stratégie, on est également en droit de s’interroger sur les motivations réelles des Américains. Le président russe ne s’en prive pas, craignant pour la sécurité de son pays. Non sans raison, sans doute, lorsque l’on voit sa politique, intérieure et extérieure, conduite de manière quasi dictatoriale. Sans doute sait-il trop bien –et nous aussi- quel sort les Etats-Unis réservent à certains dictateurs ; quelle guerre ils ont déjà mené afin d’apporter la liberté aux quatre coins du monde…

La « laïcité positive »

François Bayrou.
François Bayrou.

On croyait que le voyage de Nicolas Sarkozy au Vatican n’avait eu aucune répercussion, aucun intérêt -notamment du fait de l’absence, ô combien regrettée par les journalistes, de Carla Bruni-, jusqu’à ce que François Bayrou, président du tout nouveau Modem ne se lance dans une virulente diatribe contre les déclarations du président de la République. Vaine polémique ou réel danger ? Car la chose est d’importance, Bayrou accusant tout bonnement Sarkozy de remettre en cause le principe de laïcité républicaine. C’est du moins la traduction que fait le président du Modem du terme, assez fantaisiste et très marqué « Raffarin-Lorie », de « laïcité positive ». Un terme qui ne veut rien dire mais auquel Bayrou fait tout dire, dans une interview parue dans le Figaro du 26 décembre 2007.
Et que reproche François Bayrou au président de la République ? De reconnaître "les racines chrétiennes de la France" ; de reconnaître également que les religions, le sens du spirituel peuvent apporter un plus dans la société. Si, effectivement, c’est là la conception de « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy, comment aller à l’encontre de ces déclarations sauf à en devenir malhonnête ? Car monsieur Bayrou, prompt à tirer à vue et sur tout, est loin de démontrer l’inanité de la théorie. La France des Lumières, qu’aiment tant rappeler nos hommes politiques de tous bords, est avant tout l’héritière d’un passé philosophique, théologique, moral et spirituel fondé, comme celui de toute l’Europe d’ailleurs, sur une même morale, une même vision judéo-chrétienne de la société. Ce n’est pas faire œuvre de propagande que de le dire : c’est reconnaître la réalité. Une réalité, d’ailleurs, que nos politiques ont si bien nié qu’ils ont échoué à refonder l’Europe, à l’unir, quand la seule évocation de cet héritage commun aurait suffi à lui donner une même vision d’avenir. Mais peu importe, quand il faut ménager les vieux clichés laïcards et anticléricaux. Des clichés que le « très chrétien » monsieur Bayrou ressort avec une évidence méconnaissance quand il s’en réfère au « guide suprême » des laïcistes, le très anticlérical Jules Ferry. La conception de la laïcité de Bayrou est celle de Ferry ? C’est qu’il est donc anticlérical !
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.
Caricature illustrant la politique laïque de Jules Ferry.

Quant à considérer que le spirituel n’a nul place dans la société, c’est méconnaître profondément le principe religieux qui est, par définition, un principe de vie. Est-ce à croire que ce chrétien convaincu, comme il aime à se définir lui-même, est capable, mieux que tout autre, de compartimenter sa vie en publique-privée, politique-religion, pensée-action peut-être aussi ? Sauf qu’une telle séparation, même lorsqu’elle est possible, n’a guère d’intérêt. Que penser en effet d’une personne qui serait capable de se comporter de telle ou telle façon dans le domaine public et d’une manière totalement opposée dans la sphère privée ? Qu’il s’agit d’un schizophrène ou d’un hypocrite, sans doute. Quant à l’intérêt de faire entrer la réflexion morale spirituelle dans une réflexion plus large au niveau national, le chantre de l’anti-sarkozysme y voit un retour de cet « opium du peuple », dénoncé dans ces mêmes termes par Karl Marx. Une référence, encore, que semble ne pas maîtriser le président du Modem qui, une fois encore, se lance dans les généralités. Car « l’opium du peuple » n’est rien d’autre que l’antidote au matérialisme dont notre société est gorgée et que Bayrou et Marx dénoncent avec une même hargne. Et effectivement, comment admirer, souhaiter une société uniquement centrée sur elle-même ? Sauf que ce matérialisme est la conséquence directe de la négation du spirituel, de la mise en avant de l’homme au-dessus de tout, bref, de l’humanisme. Ce dernier, en plaçant l’homme au centre de toutes les préoccupations et, surtout, de toutes les réflexions, n’engendre rien d’autre que matérialisme, égoïsme, narcissisme. Lorsque l’homme ne porte plus ses regards vers le haut, c’est vers lui-même, vers son petit monde, son petit bien-être qu’il se penche. Ce qui engendre le matérialisme, la surconsommation, le manque d’humanisme au fond…
Dans sa polémique stérile sur le discours du président de la République, monsieur Bayrou a, finalement, achevé de se discréditer prônant, en quelques mots, ce qu’il se faisait fort de combattre. Rien de bien positif en somme…

La malheureuse aventure de l’empereur Maximilien

Indépendant depuis 1821 mais en guerre permanente avec les États-Unis, le Mexique sort à peine de la crise quand Napoléon III décide tout simplement de lui donner un nouvel empereur… Il convainc Maximilien d’Autriche que le Mexique n’attend que lui et le malheureux s’embarque pour le Nouveau Monde en 1864.
À son arrivée, la situation est bien différente de celle qu’il imaginait : le pays est ruiné, les Mexicains le rejette et l’autorité impériale est en butte à la guérilla incessante menée par Benito Juárez, chef des libéraux. Alors que la France soutient l’empereur, les États-Unis fournissent des armes à Juárez qui gagne du terrain. Les troupes françaises finissent par abandonner le pays et Maximilien, retranché avec quelques vingt mille soldats, est fait prisonnier. Il est exécuté le 19 juin 1867.