Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.
Faisant l’objet de soupçons précis depuis le 15 décembre 1939, Gilles de Rais est arrêté en septembre 1440.
Il se voit très rapidement accusé de meurtre d’enfants et de sodomie et, après avoir subi la question, il finit par reconnaître les faits :
Ledit Gilles de Rais, accusé, volontairement et publiquement devant tous, confessa que, pour son ardeur et sa délectation sensuelle, il prit et fit prendre un si grand nombre d’enfants qu’il ne saurait le préciser avec certitude…
Condamné le 25 octobre 1440, Gilles de Rais est pendu puis brûlé.

Avignon, la cité des papes

Bertrand de Got, devenu Clément V (mort en 1314).
Bertrand de Got, devenu Clément V (mort en 1314).

Avant d’être la cité des papes, la ville d’Avignon est un comptoir massaliote puis celte et, enfin, romain. Située sur la rive gauche du Rhône, elle devient ainsi une cité commerciale prospère.
Partie intégrante de la Provence, la ville se rebelle, avec Arles et Marseille, contre la maison d’Anjou qui tente d’asseoir sa mainmise sur la Provence. Mais la résistance, dirigée par Barral des Baux, est de courte durée et Avignon va tomber dans l’escarcelle angevine de façon définitive en 1290. Avignon, qui se trouve au cœur du monde chrétien occidental, devient un centre intellectuel important, surtout après la fondation, par Boniface VIII (1235-1303), en 1303, de l’université d’Avignon.
Quelques années plus tard, Avignon connaît une ère de prospérité incomparable lorsque le pape Clément V (mort en 1314) décide, en 1309, de s’installer à Avignon. Plusieurs papes vont désormais se succéder dans cette « concurrente » de Rome, qui devient propriété du Saint-Siège en 1348.

Louis XI… au cachot !

Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.
Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.

Rusé, perfide, diplomate, tortueux, Louis XI est, sans doute, un des rois de France les plus passionnants. Dès le début de son règne, il tente de soumettre définitivement les grands féodaux du royaume, unis contre le souverain au sein de la Ligue du Bien public.
Après avoir signé une paix séparée avec le duc de Bretagne et avec son frère, Charles, Louis XI s’emploie à ménager un accord semblable avec Charles, duc de Bourgogne, le prince le plus riche et le plus puissant de toute l’Europe. L’entrevue a lieu à Péronne, le 3 octobre 1468. Mais Louis XI vient à peine d’arriver au château que des nouvelles inquiétantes parviennent de Flandre : les Liégeois, soutenus par le roi de France, se sont révoltés !
Furieux, Charles le Téméraire, s’empare du roi et le retient prisonnier trois jours durant. Le roi n’a d’autre choix que de s’incliner et de signer le traité de Péronne qui lui redonne la liberté quelques jours plus tard.
Après cette humiliation, la lutte entre le roi de France et la maison de Bourgogne ne fera que s’intensifier et Louis n’aura de cesse de détruire la toute-puissance bourguignonne…

A tout seigneur…

Souverain du IXe siècle, d'après une iconographie médiévale.
Souverain du IXe siècle, d’après une iconographie médiévale.

Parce qu’elle a vu l’apparition d’une de nos plus célèbres héroïnes nationales ; parce qu’elle a contribué à l’éclosion d’un Etat moderne, on présente généralement la guerre de Cent Ans comme le premier conflit national français. De fait, la notion de Nation en découlera effectivement mais la guerre de Cent Ans est l’archétype du conflit féodal. Que les féodaux en question aient été roi de France et roi d’Angleterre ne change rien à l’affaire. Sinon, comment expliquer que la France ait été à ce point divisée ? S’il s’était effectivement agi d’un conflit national, les seigneurs aquitains, bretons, tourangeaux et plus tard bourguignons n’auraient jamais combattu contre le roi de France, suzerain des seigneurs de ces terres… Cela tient au principe même de vassalité, du moins à son évolution à partir du IXe siècle. Une évolution voulue, favoriser par les rois eux-mêmes…
Vraisemblablement tiré du celte « gwas », qui signifie « homme », le mot même de vassal n’apparaît qu’au VIIIe siècle, mais, sur le principe, il fait suite au comitatus mérovingien qui lie un homme libre à son seigneur. Le principe de vassalité est donc un lien juré engageant le vassal envers son roi, à qui il doit fidélité, et ce dernier envers son sujet, à qui il doit protection. C’est donc un lien personnel entre le souverain et son sujet ; un lien qui constitue le principe même de souveraineté. Toute sa force résidait dans la personnalisation de l’engagement. Une personnalisation qui se perd dès le IXe siècle et du fait même des rois carolingiens.
La prière avant la bataille, d'après une illustration du XIXe siècle.
La prière avant la bataille, d’après une illustration du XIXe siècle.

Désireux de délégués aussi bien la justice que l’administration qui leur échappaient, les souverains carolingiens vont favoriser la formation de liens analogues à ceux qu’ils avaient tissés avec leurs vassaux, dans l’espoir de voir ces derniers être le relais de leur pouvoir. Seigneur des seigneurs du royaume, ils devaient pouvoir, en cas de guerre par exemple, faire appel à leurs vassaux qui, eux-mêmes, mobiliseraient les leurs. Mais la diffusion du lien de vassalité va surtout entraîner l’anéantissement de la souveraineté : le lien n’est plus entre le roi et son sujet, mais entre un seigneur et son vassal. L’homme libre, jadis lié au roi seul, ne l’est plus qu’à son seigneur direct. Et c’est ainsi qu’ont pu naître des conflits comme la guerre de Cent Ans.
En effet, à l’origine, seuls le roi de France et le roi d’Angleterre avait un quelconque intérêt à cette guerre : l’un parce qu’il voulait remplir les caisses et avait besoin de lever un impôt supplémentaire, l’autre pour occuper ses vassaux avant qu’ils ne trouvent une occupation dans la révolte contre le trône… Eux seuls avaient donc un intérêt à ce conflit, ce qui n’empêchera pas le territoire français, dans son entier, de se lancer dans cette guerre, les uns en tant que soutiens du roi de France, à qui leur seigneurs avaient donné sa foi, les autres parce que leur suzerain était le roi d’Angleterre. Pourtant, tous étaient bien du royaume de France…

De la coutume au droit coutumier

La Justice, allégorie du Moyen Age.
La Justice, allégorie du Moyen Age.

« Un usage juridique né de la répétition d’actes publics et paisibles qui, pendant un long laps de temps, n’ont reçu aucune contradiction ». Telle est la définition qu’Olivier-Martin donne de la coutume. Une coutume qui devait être la loi du genre durant une bonne partie du Moyen Âge. Une coutume cependant qui prédominait essentiellement dans les pays nordiques, les terres de langue d’oïl, celles de langue d’oc ayant depuis longtemps fait poindre une nette prédominance du droit romain. De fait, il est assez difficile de parler d’un droit coutumier, ce dernier étant, par nature même, variable selon les fiefs puis les "grands fiefs" : Normandie, Bretagne, Champagne… Des coutumes aussi diverses que les fiefs donc mais des coutumes qui, toutes, trouvaient une large inspiration dans le droit germanique. Un droit, là encore, non écrit, mais si ancien, si profondément ancré dans les mentalités qu’il vaut, au moins autant, que le droit écrit de Rome et de ses provinces. Pendant des siècles les pays de langue d’oc prétendront à une large supériorité de civilisation du fait même de ce droit antique, oubliant volontiers que la mise par écrit n’équivaut nullement à un plus haut degré d’intelligence, voir de savoir ; oubliant surtout que la « civilisation » se joue avant tout sur ce qui est écrit et non parce que cela est écrit.

Charles, le roi sage

Statue de Charles V le Sage (1338-1380).
Statue de Charles V le Sage (1338-1380).

En 1343, le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, vient de perdre son fils unique et décide de céder le Dauphiné à la France. La condition : qu’un fils de France porte désormais le titre de Dauphin et joigne ses armes à celles du Dauphiné. C’est à Charles, aîné de Jean II, qu’échoit le titre en 1349. Humbert II se retire dans les ordres et la France compte désormais un dauphin, titre que porteront els héritier à la couronne.
Premier dauphin de France, donc, Charles V sera également un de ses plus grands rois. De Froissart à Christine de Pisan, ses contemporains sont unanimes pour louer son intelligence, sa sagesse et sa science. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier son action.
Lorsque son père est fait prisonnier à Poitiers (1356), le jeune dauphin se trouve face à une situation catastrophique. Les finances sont en état de détresse, les Etats généraux ont révélé les prétentions des bourgeois et Charles le Mauvais, qui s’est évadé, reprend de plus belle son action subversive… La mainmise bourgeoise est même telle qu’ils tenteront d’imposer une monarchie constitutionnelle, réclamant le renvoi des conseillers du jeune régent et la nomination d’un conseil de 28 membres issus de leurs rangs. Charles, manquant de subsides autant que de soutiens, va, dès se moment, faire montre d’une grande maîtrise de la chose politique et d’une étonnante intelligence. Cherchant à gagner du temps, il accorde quelques concessions dans l’ordonnance royale de 1357 puis, profitant de la révolution du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, fuit la capitale en quête de soutien. Il le trouvera chez les nobles de Picardie et d’Artois, auprès des Etats de Champagne, lèvera des subsides et entrera triomphalement dans la capitale. La tentative révolutionnaire d’Etienne Marcel aura servi de révélateur : révélateur du caractère du futur souverain d’abord, de la situation vers laquelle le pouvoir des bourgeois allait mener le royaume. Certainement, à l’époque, personne n’en voulait, pas même les Parisiens qui élimineront eux-mêmes le prévôt.
Excellent administrateur, Charles se révélera également un diplomate ferme et habile, notamment lors des traités de Brétigny et de Calais. Des traités qui, s’ils permettront le retour du roi, éviteront surtout l’amputation du royaume, ce que réclamait initialement le roi d’Angleterre avec pour exigence la remise en ses mains de la moitié du royaume, pas moins ! Quant aux quelques concessions consenties, elles ne le seront que provisoirement, Charles V n’hésitant pas à relancer le conflit une fois la situation du royaume stabilisée.

Page de la Bible de Charles V.
Page de la Bible de Charles V.

Une stabilité d’autant plus facilement acquise qu’il aura gouverné presque dix ans avant son accession au trône. Et s’il était habile politique à 20 ans, il n’en sera que meilleur à 30. D’autant que le jeune souverain saura s’entourer d’hommes de guerre de valeur, palliant à sa seule faiblesse –l’art de la guerre- en s’adjoignant les services d’un Dugesclin, des frères Dormans ou de Pierre d’Orgemont… Et lorsque les armes échouaient, la diplomatie entrait en scène. C’est ainsi qu’il obtint, après l’avoir combattu, l’hommage du duc de Bretagne Jean de Montford. Côté armes, il obtiendra la reddition de Charles le Mauvais et la récupération de la Saintonge, du Poitou, du Limousin, du Rouergue…
L’action politique et militaire de Charles le Sage va s’accompagner, durant tout son règne, d’une intense activité économique et culturelle. Economique avec le rétablissement de la monnaie royal, allant de paire avec un renforcement du pouvoir. Culturelle ensuite parce qu’en véritable amateur de « sapience » -science-, en fin lettré et en mécène –comme ses frères d’ailleurs-, Charles s’entourera de savants, d’économistes, de théologiens ou d’écrivains et la constitution de la Bibliothèque royale. Roi-bâtisseur, on lui devra également la reconstruction du Louvre, la construction de la chapelle de Vincennes ou celle du château de Beauté –près de Vincennes. Un nouveau style de souverain était né…

Ratisbonne, cité d’empire

Foire dans une importante cité d'échange au Moyen Âge (détail d'une gravure).
Foire dans une importante cité d’échange au Moyen Âge (détail d’une gravure).

Connu sous le nom de Radaspona, cet ancien établissement celtique sera, dès l’époque romaine, un élément important du limes et un centre d’échanges avec la Germanie. De fait, durant plus de vingt siècles, cette cité allait avoir un rôle politique autant de commercial essentiel. Abandonnée par le IIIe légion romaine au début du Ve siècle, elle devient la première capitale de la Bavière et la résidence des ducs Agilolfinges. Sous Théodon III, elle est aussi au cœur de l’œuvre de christianisation de la région et c’est auprès du tombeau de saint Emmeran, missionnaire assassiné au VIIIe siècle, qu’une abbaye sera érigée. Saint Boniface fera ensuite de la cité un évêché (739).
Ratisbonne, dont Louis le Germanique avait fait sa capitale au IXe siècle, recevra de Frédéric Ier Barberousse d’importantes franchises (1189), capables de générer encore plus d’attractivité. Devenue ville impériale en 1245, Ratisbonne va connaître une véritable apogée commerciale au XIVe siècle, notamment grâce à l’important trafic fluvial sur le Danube. L’épopée des hussites, au Xve siècle, avait quelque peu enrailler son potentiel commercial mais la cité bavaroise demeurait un haut-lieu de réflexion religieuse.
C’est d’ailleurs là, qu’au XVIe siècle, en pleine Réforme, Melanchthon et Bucer, ainsi que les autres participants à la Diète de Ratisbonne, tentèrent, en vain, de mettre en forme un compromis entre catholicisme et protestantisme -un compromis connu sous le nom d’intérim de Ratisbonne.
En juin 1630, Ferdinand II convoqua à Ratisbonne une diète d’empire où il espérait faire l’union de l’Allemagne contre la France et la Suède et faire nommer son fils roi des Romains. L’action habile des négociateurs français devait faire échouer ce projet. Mais la ville conservait son statu de centre politique. De fait, c’est à Ratisbonne que devait se tenir toutes les diètes d’empire entre 1663 et 1806.

Le meurtre des enfants d’Edouard

Les fils d'Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.
Les fils d’Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.

"C’en est fait, la volonté du tyran est exécutée ; le crime est accompli, le plus cruel, le plus impitoyable des meurtres qui aient jamais souillé cette terre. Messieurs Dighton et Forest, que j’ai subornés, ont effectué cet infâme acte de boucherie et tout féroces qu’ils sont, ces deux dogues sanguinaires se sont sentis émus de compassion, attendris. Ils pleuraient comme deux enfants en me parlant de leurs pauvres petites victimes.
-Oh ! disait Dighton, si vous aviez vu les pauvres enfants ainsi couchés…
-Si vous les aviez vus, interrompit Forrest, s’entourant ainsi l’un l’autre de leurs bras innocents, blancs comme de l’albâtre ! Leurs petites bouches, semblables à de belles roses rouges épanouies, un jour d’été, sur une même tige, étaient penchées l’une vers l’autre et s’entrebaisaient.
Près d’eux, sur leur oreiller, était un livre de prières et, en vérité, ajoutait Forrest, quand je l’ai aperçu, j’ai failli perdre toute ma résolution… mais le diable…
Et le misérable cessa de parler." (Shakespear, Richard III)
On pourrait le considérer comme un épisode de plus de la guerre des Deux-Roses, ce conflit qui, pendant plus de trente ans, va plonger l’Angleterre dans l’anarchie la plus complète. On pourrait le résumer à un coup d’Etat, un coup de force. Mais le meurtre des enfants d’Edouard IV est avant tout un symbole. William Shakespear l’a bien compris qui en a fait l’illustration parfaite de cette période troublée, la preuve que le désir de pouvoir peut conduire à tous les crimes, même les plus terribles.
Le règne d’Henri VI marque un tournant dans l’histoire d’Angleterre à plus d’un titre. Refoulé hors de France, ayant perdu tout espoir d’accéder au trône d’Hugues Capet et de saint Louis, Henri VI va se révéler aussi peu apte à diriger l’Angleterre. Le pays, qui a beaucoup misé et beaucoup perdu dans l’aventure française, est plongé dans une situation économique désastreuse et les mécontents se multiplient. Au sein de la noblesse comme ailleurs. Une situation explosive dont les York, famille issue d’un second fils d’Edouard III, ont décidé de profiter afin de s’emparer du trône. Ce sera le début de la guerre des Deux-Roses -du nom de l’emblème des deux familles, la rose blanche pour les York et la rouge pour les Lancastre.
En 1455, Richard d’York, vainqueur à la bataille de Saint Albans, s’empare d’Henri VI, le fait prisonnier et se déclare "protecteur" du royaume. Un titre qui masque à peine la prise de pouvoir du parti de la rose blanche… mais pour peu de temps. Car les Lancastre ne se déclarent pas battus : Marguerite d’Anjou, l’épouse d’Henri VI, a levé une armée. Elle avance sur les Yorkistes et les bât à Wakefield… où Richard perd la vie. En 1460, Henri VI peut remonter sur le trône. Il y restera jusqu’à sa mort… un an plus tard. C’est alors que le trône revient, légalement, au nouveau chef de la maison d’York, Edouard, fils de Richard d’York.
Après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes, le règne d’Edouard IV est bienvenu. Ce sera un règne d’à peine vingt ans mais vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne pourra guère résister à l’appel du pouvoir.
En 1483, Edouard IV meurt soudainement. Ses fils sont encore des enfants et Richard y voit une occasion inespérée pour jouer les premiers rôles. S’instituant tout d’abord régent pour ses neveux, âgés de 9 et 12 ans, Richard ne va pas tarder à désirer la couronne elle-même. Il fait enfermer ses neveux dans la Tour de Londres et décide de les faire destituer. Pour se faire, Richard convoque le Parlement et le somme de déclarer les fils d’Edouard inaptes à la succession car adultérins. Le Parlement, sans doute par lâcheté plus que par conviction obtempère.
La discussion ne semblait plus possible et Richard III fermement installé sur le trône. Pourtant, après l’été 1483, on n’entendit plus parler d’Edouard (V) et de son jeune frère, Richard duc d’York. Ont-ils été assassinés ? C’est vraisemblable bien que la question soit, encore aujourd’hui sujette à controverse. Et s’ils sont morts, l’assassin est, à n’en pas douter, Richard III, leur oncle. Un oncle qui préférait les écarter définitivement du trône. Tel est du moins d’opinion de Shakespeare qui, dans la pièce éponyme, brosse un portrait effrayant du second roi de la maison d’York. C’est également l’opinion des plus fervents opposants historiques de Richard III, les mêmes qui soutiennent malgré tout la thèse de la survie d’un des enfants, Richard d’York.
De fait, l’action du Parlement qui avait accusé Elisabeth Woodville, l’ancienne reine, d’adultère, était insuffisante. Toute usurpation, on le sait, entraîne immanquablement une réaction : la noblesse se divise, s’oppose. Elle l’avait fait durant la guerre des Deux-Roses, qui opposait les York aux Lancastre. Une guerre qui n’était pas totalement éteinte puisque la rose rouge des Lancastre survivait en la personne d’Henri Tudor, comte de Richemont. Et Richard n’avait certainement pas les moyens de s’aliéner la noblesse par deux fois. Mais dans ce cas, pourquoi faire l’effort de faire destituer les enfants du précédent roi par le Parlement ? Quel besoin avait-il de traîner sa belle-sœur dans la boue, au risque de voir sa procédure échouer ? Qui plus est, si Richard III n’a pas hésiter à faire assassiner ses neveux, comment croire, réellement, que l’un d’eux aurait pu survivre ? La question, pourtant, se posera quelques années plus tard, lorsque, en 1493, un homme, prétendant être le fils cadet d’Edouard IV, se présentera afin de récupérer la couronne qui lui avait été ravi. La Bourgogne, l’Ecosse apporteront leur soutien au prétendant miraculeusement épargné. Jamais, pourtant, il n’expliquera comment il avait survécu. Et pour cause. Il y a fort à parié, en effet, que le "fils d’Edouard" n’ait jamais été qu’un aventurier également connu sous le nom de Warbeck. Quoi qu’il en soit, il n’effrayera pas longtemps la couronne anglaise : abandonné par ses troupes, il sera livré à Henri VII -qui réunit par son mariage les maisons d’York et de Lancastre-, enfermé puis, suite à une tentative d’évasion, exécuté en 1499.
L’aventure de Warbeck, qui rappelle évidemment celle des faux Louis XVII ou des Anastasia, n’est qu’un soubresaut dans la lutte entre les York et les Lancastre. Le meurtre des enfants d’Edouard IV, par contre, met en exergue un phénomène qui se retrouve dans toutes les dynasties : l’absence de scrupule et la guerre de pouvoir. Deux phénomènes dont les fils d’Edouard ne seront certes pas les seules victimes et que l’on retrouve à peine cinquante ans plus tard avec l’aventure de lady Jeanne Grey.
Belle, instruite, lady Jeanne Grey, arrière-petite-fille d’Henri VII, doit surtout à l’ambition de sa famille de mourir à dix-sept ans.
La santé du jeune roi Édouard VI, fils unique d’Henri VIII, était vacillante depuis longtemps déjà et de nombreux seigneurs craignaient de voir lui succéder sa demi-sœur, Marie Tudor, catholique intransigeante. John Dudley, chef du parti protestant et beau-père de lady Jeanne, réussit à convaincre le roi mourant de désigner cette dernière comme héritière de la couronne et, le 6 juillet 1553, à la mort d’Édouard VI, Jeanne est effectivement proclamée reine d’Angleterre. Son règne durera… treize jours : le 19 juillet, Marie Tudor réussit à faire reconnaître ses droits et à enfermer Jeanne et sa famille à la Tour de Londres. L’ex-reine et son mari seront condamnés à mort et exécutés le 12 février 1554.

« Fluctuat nec mergitur »

À l’époque carolingienne, les échevins étaient des légistes, spécialistes du droit coutumier, qui assistaient le seigneur à son tribunal. Mais au XIIIe siècle, sous Philippe Auguste, le terme d’échevin échoit aux représentants des communes et leur pouvoir ne cesse de grandir jusqu’à ce que Saint Louis, plus tard imité par Philippe le Bel, y mette un frein.
C’est le 3 février 1190 que Philippe Auguste crée l’échevinage tel qu’on le concevait au Moyen Âge. Il désigne six échevins parmi les marchands parisiens et leur donne pour symbole un navire, puisque tout le commerce de la capitale transitait sur la Seine, avec cette célèbre devise : Fluctuat nec mergitur…

Cortez et la conquête du royaume aztèque

Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).
Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).

Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion…, écrit le poète Carlos Fuentes. De la même façon, Fernand Cortez a cru dans cette terre, mais aussi dans ses richesses et ses possibilités.
Aventurier avide de gloire et d’or, Cortez, né en 1485 en Estrémadure, est issu d’une famille de vieille souche mais dépourvue de fortune. À l’âge de dix-neuf ans, il s’embarque pour le Nouveau Monde et s’illustre lors de la conquête de Cuba menée par Diego Velazquez (1465-1524). Peu de temps après, il entend parler d’une expédition au Yucatan projetée par Velazquez. En 1518, Cortez prend la tête d’un convoi de onze navires transportant deux cent soixante Espagnols et autant d’Indiens.
À leur arrivée, tout le pays est en état d’alerte. En mars 1519, les Espagnols affrontent des milliers d’Indiens dans un combat sanglant, à Tabasco. Les Conquistadores sont vainqueurs mais le pays aztèque demeure aux mains du puissant Moctezuma dont le palais se trouve à Tenochtitlan -l’actuel Mexico. Partant de Veracruz, qu’il vient de fonder, Cortez atteint Tenochtitlan à la tête d’une immense armée.
Décidé, plus que jamais, à conquérir le royaume aztèque, Fernand Cortez doit cependant remettre son projet à plus tard. En effet, Velazquez tente de le supplanter en s’emparant de Veracruz. À l’issue de leur affrontement, Cortez, vainqueur, repart en direction de Tenochtitlan. Le roi Moctezuma a été assassiné, mais son successeur tient tête aux Espagnols.
Pourtant, en 1521, Cortez, après une lutte acharnée, prend possession de la ville et la fait complètement raser. Le pays aztèque est désormais soumis.
L’année suivante, Cortez est nommé gouverneur de la Nouvelle-Espagne mais son ambition inquiète Madrid où il est rappelé en 1527.
Tombé en disgrâce, Fernand Cortez, qui demeure l’une des plus grandes figures de toute la Reconquista, meurt, ruiné et malade, le 2 février 1547, dans la province de Séville.