Les Normands en Angleterre

Le 28 septembre 1066, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, débarque à Hastings, sur la côte sud de l’Angleterre, avec une immense armée. Au moment où il met pied à terre, il trébuche et tombe. Ses hommes parlent d’un mauvais signe, mais Guillaume réplique aussitôt :
J’ai saisi cette terre de mes mains… tant qu’il y en a, elle est à vous !
Arguant d’une ancienne promesse que lui a faite le feu roi Édouard le Confesseur, Guillaume de Normandie est décidé à conquérir l’Angleterre, alors gouvernée par Harold le Saxon. Ce dernier, apprenant le débarquement normand, accourt à Hastings qu’il atteint le 14 octobre. Les deux armées s’affrontent dans un combat sanglant au cours duquel Harold, blessé à l’œil, meurt. Les armées normandes, trois fois plus nombreuses, sont victorieuses et l’Angleterre est très rapidement conquise.

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).
Régent de France à la mort de celui-ci, en 1380, Philippe entame alors une politique d’extension du duché, poursuivie par ses descendants. Grand seigneur, amateur d’art et de richesses, le premier « grand duc de Bourgogne » meurt en 1404. Il sera enterré à la Chartreuse de Champmol, le Saint-Denis des ducs de Bourgogne, qu’il a fait édifier à Dijon.

Frédégonde, la reine sanguinaire

Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.
Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde, Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !
 

Les couronnes des souverains wisigoths.
Les couronnes des souverains wisigoths.

Contrairement à ses deux frères qui vivaient dans la débauche et qui épousaient volontiers des femmes de la plus basse extraction, Sigebert avait une haute idée de son rang et ne désirait qu’une épouse de sang royal. Il la trouve en Espagne, alors royaume wisigoth, en la personne de la belle Brunehaut.
C’était, raconte Grégoire de Tours, une jeune fille de manières élégantes, belle de figure, honnête et décente dans ses mœurs, de bon conseil et d’agréable conversation.
Bref, l’opposé absolu des femmes avec qui vivaient ses chers frères. Et, Sigebert, qui décidément était l’exception de la famille, désirait vraiment être fidèle à son épouse.
Les réjouissances ordonnées par le roi d’Austrasie pour célébrer son union avec une princesse de si haut rang allaient raviver la jalousie de son frère Chilpéric.
Ce dernier avait épousé Audovère, dont il avait eu trois fils, et vivait avec une servante de la reine, une Franque du nom de Frédégonde. Mais qu’était une servante, aussi belle et intelligente fût-elle, face à l’orgueil démesuré de Chilpéric ? Voyant Sigebert honoré pour son illustre mariage, Chilpéric décide tout simplement de l’imiter ! Il renvoie -officiellement- épouse et concubines et demande la main de Galswinthe, la sœur de Brunehaut. Là encore, Chilpéric révèle son caractère jaloux et infantile : son mariage est fastueux, splendide, bref, supérieur en tous points à celui de Sigebert ! Le roi entoure sa nouvelle épouse de toute la tendresse dont il est capable ; il loue sa vertu… jusqu’à ce qu’il se lasse de jouer au bon mari. Galswinthe était parfaite, certes, mais elle l’ennuyait à mourir !
En épousant Galswinthe, le roi avait promis de se séparer de ses femmes. Et en effet, il avait répudié Audovère et l’avait enfermée dans un couvent. Mais Frédégonde, elle, était restée à la cour au service de la nouvelle reine. Patiente, elle attendait dans l’ombre ce qu’elle savait inéluctable : le retour du roi dans sa couche.
La reine est morte, vive la reine !
Galswinthe, profondément affectée par la trahison de Chilpéric, désire se retirer. Le roi pouvait garder son douaire, peu lui importait. Tout ce qu’elle voulait, c’était retourner chez son père. La solution convenait sans doute tout autant à Frédégonde qu’à Galswinthe, mais Chilpéric voulait garder le prestige de son mariage. Et, de son côté, Frédégonde était résolument contre un quelconque partage du lit royal. Peu après, la malheureuse Galswinthe est trouvée dans son lit, étranglée. Ce fut le premier crime…
Après quelques jours de deuil, réduits au strict minimum, où il pleure amèrement la jeune femme, Chilpéric épouse Frédégonde. Cet événement allait être le prélude à plus de trente ans de guerre et de rivalité.
En apprenant la mort de sa belle-sœur, Sigebert entre dans une colère noire. Chilpéric méritait un châtiment exemplaire…
En l’année 568, Sigebert rassemble ses armées et fait appel à son frère Gontran, roi de Burgondie, qui voyait là l’occasion de dépouiller le frère maudit de ses domaines. Selon les dires de Grégoire de Tours, les deux souverains avait tout simplement prévu de détrôner Chilpéric. Mais Gontran n’aimait pas particulièrement faire la guerre -chose curieuse pour un Mérovingien- et, après quelques escarmouches, il se fait diplomate et convainc ses frères de se présenter devant le Mâl, un tribunal de leudes.
Chilpéric fait amende honorable et accepte de rendre le douaire de la pauvre Galswinthe qui revient alors à sa sœur, Brunehaut. Tout rentrait dans l’ordre.
Quatre ans plus tard, les fils de Chilpéric étant désormais en âge de conduire les armées, le roi de Neustrie décide de récupérer le douaire de Galswinthe. Il lance ses fils contre les armées de Sigebert… qui les écrase sans difficulté. Il avait fallu de longs mois et plus d’une traîtrise pour décider Sigebert à se défaire de son frère définitivement, mais l’avancée de son armée fut telle que, en 575, Chilpéric et Frédégonde durent se réfugier dans Tournai assiégée. Brunehaut, qui avait été privée de sa vengeance quatre ans plus tôt, la tenait enfin… C’était compter sans l’extraordinaire sens de la manipulation de Frédégonde.
« Si tu y vas dans l’intention de ne pas tuer ton frère… »

Frédégonde armant ses sicaires (illustration du XIXe siècle).
Frédégonde armant ses sicaires (illustration du XIXe siècle).

Alors qu’il marchait à la tête de ses troupes contre Chilpéric, Sigebert s’était entretenu avec l’évêque saint Germain qui l’avait mis en garde :
-Si tu y vas dans l’intention de ne pas tuer ton frère, tu reviendras vivant et vainqueur ; mais si tu as d’autres pensées, tu mourras.
Sigebert, poussé par la haine, méprisera les conseils du saint homme. Et c’est Frédégonde qui accomplit la prophétie : convoquant deux jeunes leudes tout dévoués à sa famille, elle les arme de scramasaxes -les longs poignards francs- à la lame empoisonnée. Leur mission : tuer Sigebert ! Ce qu’ils font près de Vitry.
La mort de Sigebert jette l’effroi dans les rangs de l’armée austrasienne qui se disperse laissant le corps de son roi à l’abandon et Brunehaut seule dans Paris.
Chilpéric, sauvé par le crime de sa femme, poussa l’hypocrisie jusqu’au bout : il s’empara de l’un des meurtriers, le fit torturer et enfin tuer puis, récupérant la dépouille de Sigebert, il lui rendit, en larmes, les derniers honneurs…
Le rêve de vengeance de Brunehaut s’écroulait. Pire, elle était prisonnière de Chilpéric. Seul son fils Childebert, âgé de cinq ans, avait pu échapper à son oncle, quittant Paris caché dans un panier à provisions… La reine d’Austrasie exilée à Rouen, ses filles reléguées dans un couvent de Meaux, Chilpéric enrichi par le trésor de sa belle-sœur et Childebert II trop jeune pour se venger : la guerre fratricide allait s’éteindre faute de prétendant…
Mais Brunehaut, âgée d’à peine vingt-huit ans, était très belle et Mérovée, le fils de Chilpéric, en âge de tomber amoureux… Chargé par son père de conduire Brunehaut à son exil rouennais, Mérovée succombe au charme de l’altière princesse wisigoth et l’épouse.
C’est le moment que choisissent les Austrasiens pour assiéger Soissons : Frédégonde, en fuite, rejoint le roi à Rouen et lui révèle que cette attaque est le fruit d’un complot entre les Austrasiens et… Mérovée ! Pour prix de sa trahison, ce dernier est déchu de ses droits à la succession, tonsuré et exilé. Il s’enfuit et rejoint Brunehaut qui a pu gagner l’Austrasie… Mais les malheurs du jeune prince ne sont pas encore finis : soupçonné par les leudes austrasiens de vouloir s’emparer du pouvoir, il est obligé de s’exiler à nouveau. Errant de ville en ville, vivant caché, le pauvre Mérovée croit voir enfin une porte de sortie quand quelques nobles viennent le trouver et le décident à renverser son père. L’aventure s’arrête soudain quand Mérovée apprend que les leudes en question sont au service de la reine Frédégonde qui, lasse de chasser cette proie, a décidé de porter l’estocade. Désespéré, Mérovée se suicide en 578.
Une fois de plus, Frédégonde a réussi son coup. Son beau-fils Théodebert était mort sur le champ de bataille en 575 ; Mérovée, grâce à un savant complot, venait de mourir ; il ne restait plus que Clovis et le trône reviendrait à ses propres rejetons…
Le mea culpa de Frédégonde
Mais avant même que la « reine sanguinaire » ne s’occupe du « cas » de son dernier beau-fils, une série de cataclysmes s’abat soudain sur le royaume : les fleuves débordent, Orléans est ravagée par un incendie, Bordeaux touchée par un tremblement de terre et une épidémie de variole s’étend sur Paris. Les deux fils de Frédégonde, Clodebert et Dagobert, sont touchés.
Désespérée, Frédégonde est saisie de remords -tardifs il est vrai- et dit au roi, selon Grégoire de Tours :
-Voilà trop longtemps que la miséricorde divine supporte nos mauvaises actions ; elle nous a souvent frappés de fièvres et d’autres maux et nous ne nous sommes pas amendés. Voilà que nous perdons nos fils ; voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins les font périr et il ne nous reste plus d’espérance d’amasser pour personne ; nous thésaurisons et nous ne savons plus pour qui… Maintenant, si tu veux, allons brûler ces injustes registres… Fais ce que tu me vois faire, afin que, si nous perdons nos chers enfants, nous échappions du moins aux peines éternelles !
Ce fut peine perdue et les deux jeunes princes périrent. Ces derniers enterrés, Frédégonde retrouve la bonne vieille haine d’autrefois. Elle avait perdu ses fils ? Eh bien, elle perdrait le dernier rejeton d’Audovère !
Voilà donc que Frédégonde accuse Clovis d’avoir empoisonné ses fils et de vouloir éliminer Chilpéric et sa femme. D’ailleurs, sa maîtresse, une sorcière reconnue, l’a avoué… après quelques heures passées en compagnie du bourreau ! Chilpéric, décidément aveuglé par sa peur pathologique du complot et sous l’emprise totale de son épouse, livre le jeune homme aux douces mains de sa belle-mère. Quatre jours de torture ne feront rien avouer au jeune prince qui finit tout de même assassiné… Mais ce n’était pas encore suffisant pour assouvir la colère de Frédégonde : elle fait assassiner la pauvre Audovère, reléguée depuis des années dans un couvent avec sa fille Basine.
Résultat : Chilpéric n’a plus aucun héritier ! Heureusement, Frédégonde était féconde et, dans l’année qui suit, elle lui donne un autre fils, Thierry… qui devait mourir à son tour en 584. L’événement a son importance : une fois de plus, Chilpéric se retrouve sans fils et, une fois de plus, Frédégonde fait passer sa colère sur des innocents. Elle fait arrêter à Paris des dizaines de femmes, les accusant de sorcellerie, les fait torturer et mettre à mort. Seule la naissance d’un petit Clotaire fera cesser ces horreurs…
« Il n’a jamais aimé vraiment personne et personne ne l’a aimé »
Chilpéric avait enfin un héritier et songeait au prochain mariage de sa fille Rigonde avec un prince wisigoth quand, un soir de 584, alors qu’il revenait de chasse dans la forêt de Chelles, il est assassiné.
Il a dévasté et incendié de très nombreuses provinces. Il n’en éprouvait nul chagrin, mais au contraire de la joie, comme jadis Néron quand il déclamait une tragédie devant l’incendie de Rome. Il était porté à la gloutonnerie, car son dieu était son ventre… Il détestait les intérêts des pauvres. Il blasphémait sans arrêt contre les prêtres du Seigneur… En ce qui concerne la débauche et la dépravation, il est impossible d’imaginer un excès qu’il n’ait pas commis. Il se plaisait à trouver des coupables et leur faisait arracher les yeux. Il n’a jamais aimé personne et personne ne l’a jamais aimé.
Tel est le jugement, sans appel, que Grégoire de Tours a porté sur le roi Chilpéric. Lisant ces lignes, il paraît même incroyable que Chilpéric n’ait pas été assassiné plus tôt. Mais qui a commandité ce meurtre ? Certains ont prétendu que c’était Frédégonde, parce que le roi l’avait surprise avec un de ses leudes, Landry, dans une attitude plutôt compromettante. Et on avait déjà accusé la reine de tant de crimes, alors, un de plus ou de moins. D’autres ont avancé le nom de Brunehaut… Qui sait ? Ce qui est sûr, c’est qu’avec la mort de Chilpéric, Frédégonde se trouve en grande difficulté : régente pour son fils âgé d’à peine quatre mois, elle vient surtout de perdre son meilleur protecteur !
« Tu seras maudite dans les siècles ! »
À peine a-t-elle appris le meurtre de son mari que Frédégonde entasse vite fait ses richesses dans des chariots et se réfugie à Paris, où elle se place d’abord sous la protection de l’évêque puis sous celle de Gontran, son beau-frère.
Frédégonde connaissait suffisamment le roi des Burgondes pour savoir qu’il ne pourrait refuser son aide à un enfant, héritier de la race des rois chevelus. De plus, ce serait pour lui l’occasion de mettre la main, même indirectement, sur le royaume de Chilpéric. Les beaux sentiments de Gontran serviraient grandement les desseins de la reine sanguinaire…
Il n’en fallait pas moins pour arrêter Childebert qui réclamait vengeance :
-Rends-moi la femme homicide qui a assassiné ma tante, mon père, mon oncle et mes cousins !
Gontran ne cède pas… pour la plus grande joie de Frédégonde qui peut ainsi reprendre ses « activités ».
Les premiers à en faire les frais seront Childebert, qui commençait sérieusement à inquiéter Frédégonde, et… Gontran lui-même ! Le complot échoue mais Gontran, naïf, continue à la protéger.

Assassinat de l'évêque Prétextat (illustration du XIXe siècle).
Assassinat de l’évêque Prétextat (illustration du XIXe siècle).

L’évêque Prétextat, qui avait jadis accusé Frédégonde de certains crimes et qui avait béni le mariage de Mérovée et de Brunehaut, n’aura pas la même chance… Cela se passait le jour de Pâques 586 :
Le jour de la Résurrection de Notre-Seigneur étant arrivé, relate Grégoire de Tours, alors que l’évêque s’était rendu de bonne heure à la cathédrale pour y accomplir les offices de l’Église et commençait à entonner les antien-nes selon l’ordre accoutumé, dans un moment où, entre les psaumes, il était appuyé sur sa chaire, un meurtrier s’approcha de lui et, tirant un couteau de sa ceinture, le frappa… Rempli de sang, il étendit ses mains sur l’autel, offrit à Dieu son oraison, lui rendit grâce puis, emporté chez lui dans les bras des fidèles, il fut placé sur son lit. Aussitôt, Frédégonde vint le voir et lui dit :
-Nous n’aurions pas voulu, ô saint évêque, non plus que le reste de ton peuple que, pendant l’exercice de tes fonctions, il t’arrivât une telle chose. Mais plût à Dieu qu’on pût nous indiquer celui qui a osé la commettre afin qu’il subisse le supplice que mérite semblable crime !
Le prêtre, connaissant la fourberie de ces paroles, lui dit :
-Et qui l’a commise si ce n’est celle qui a fait périr des rois, qui a si souvent répandu le sang innocent, qui s’est couverte de tant de crimes en ce royaume ?
Et il ajouta :
-Les ordres de Dieu m’ont rappelé de ce monde. Toi, que chacun connaît pour être la source de tous les crimes, tu seras maudite dans les siècles et Dieu vengera mon sang sur ta tête !

Frédégonde s’affole

Tombeau de Frédégonde.
Tombeau de Frédégonde.

Mais voilà que Gontran et le jeune Childebert s’allient et que le roi de Burgondie fait de son neveu son héritier. Pour Frédégonde, c’est une catastrophe. Affolée, la reine tente le tout pour le tout. En vain… Gontran échappe à deux tentatives d’assassinat tout comme Childebert. Et bien que le commanditaire ne fasse guère de doute, Frédégonde continue de profiter des beaux sentiments de Gontran…
28 mars 593, nouveau bouleversement : à l’âge de soixante-huit ans, Gontran meurt. Childebert hérite donc de ses États et a enfin toute liberté pour assouvir sa vengeance. À peine son oncle est-il enterré que Childebert lance ses armées contre le royaume de Neustrie. Mais c’était compter sans l’incroyable volonté de Frédégonde : tenant son fils âgé de neuf ans par la main, la reine enflamme le cœur de ses soldats et prend elle-même la tête de l’armée. Les Austrasiens sont défaits à Droisy, près de Soissons.
Frédégonde est victorieuse, mais elle sait bien que ce n’est que partie remise. Et la prochaine fois, pourra-t-elle résister à l’armée austrasienne ?
Dans le doute, elle décide d’agir… selon les bonnes vieilles méthodes : en 596 -Frédégonde était infiniment patiente- Childebert succombe à un empoisonnement !
Childebert éliminé, Frédégonde aurait enfin pu s’attaquer en toute impunité à sa vieille ennemie, la reine Brunehaut. Poutant, elle n’en fera rien. Peut-être juge-t-elle que les leudes austrasiens, qui secouent fortement le joug de la reine mère, se chargeront de la besogne. Peut-être préfèrerait-elle voir sa déchéance. Peut-être… mais elle n’en aura pas l’occasion. La reine sanguinaire, la meurtrière de Galswinthe, de Sigebert, de Mérovée, d’Audovère, de Clovis, de Prétextat, de Childebert et de bien d’autres encore, meurt en 597… dans son lit. 

La Sainte-Vehme frappe encore !

La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.
La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.

Un cérémonial haut en couleur, des rites d’initiation, l’obsession du secret et une justice pour le moins expéditive et radicale : la Sainte-Vehme est à mi-chemin entre la Franc-maçonnerie et le Ku Klux Klan.
Créés sur le modèle des plaids (assemblées) comtaux carolingien, ce qui fera dire à certains que leur origine remonte au haut Moyen–Age, les tribunaux de la Vehme apparaissent en Westphalie au XIIIe siècle. A l’époque, le pouvoir imérial peine à asseoir son autorité : les féodaux s’affrontent sans cesse, au grand damne de la population qui paye un lourd tribu, et la justice impériale est quasi inexistante, ce qui laisse le pays en proie à toutes les exactions. C’est pour palier à cette anarchie judiciaire que devaient être créer les tribunaux de la Sainte-Vehme. Etablis dans chaque comté, ils étaient présidés par un Freigraf, un comte généralement, assisté de quatorze assesseurs, nobles ou bourgeois. A ces derniers revenait le rôle de juges et de bourreaux. Quant aux crimes tombant sous l’autorité judiciaire de la Vehme, ils concernaient la religion, l’honneur, la loi, la trahison, le meurtre, le parjure, la diffamation, le viol, l’abus de pouvoir et, enfin, les crimes contre la Sainte-Vehme elle-même, notamment la révélation de ses secrets par d’anciens membres. Un panel relativement vaste donc, qui allait donner tous les droits à ces tribunaux, au point de faire régner une véritable terreur en Westphalie puis dans toute l’Allemagne. Une terreur semblable à celle que propagera le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Une terreur due avant tout à sa justice expéditive.
Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie.
Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie.

Si, à l’origine, il y avait bien des sessions publiques pour les délits mineurs, elles disparaîtront rapidement et bientôt les tribunaux de la Sainte-Vehme ne se réuniront que secrètement afin de condamner, uniformément : une seule sentence –la mort- et une exécution immédiate et signée. De quoi faire trembler même les plus hauts seigneurs qui n’étaient pas à l’abri, loin s’en faut, de la justice de la Sainte-Vehme. Où qu’il se trouve en Allemagne, aussi bien caché ou derrière n’importe quel rempart, le condamné était pourchassé jusqu’à ce que la sentence soit exécutée. Une justice des plus sommaires qui due donner quelques mauvaises nuits au duc de Bavière, convoqué en 1429, ou à l’empereur Frédéric III lui-même (1473). La Sainte-Vehme agira ainsi en toute impunité jusqu’au XVIe siècle, époque à laquelle l’empereur Charles-Quint rétablira la justice impériale : l’ordonnance Caroline, en 1532, avait justement pour but de réformer sérieusement la justice germanique et, de fait, retirait à la Sainte-Vehme sa raison d’exister. Le déclin sera immédiat mais il faudra attendre 1808 pour que Jérôme Bonaparte, devenu roi de Westphalie en 1807, supprime définitivement les tribunaux de la Sainte-Vehme.

Les « fils de François »

Saint François montant aux cieux (détail d'une fresque).
Saint François montant aux cieux (détail d’une fresque).

Parce que son ordre et sa vocation était tout entier tourné vers le cœur, vers Dieu, le pauvre d’Assise avait à peine pris le temps d’esquisser les règles de son ordre. Résultat, à sa mort en 1226, ses fils se trouvèrent singulièrement désarmés. Rapidement, deux clans se formèrent ; rapidement, soit dès 1230-1239, période durant laquelle les papes allaient tout faire pour impliquer un peu plus les Franciscains dans l’exercice apostolique, au détriment de vœu de pauvreté, notamment. De fait, saint Bonaventure et d’autres Franciscains vont se révéler des atouts précieux dans la lutte contre les hérésies et dans l’approfondissement de la théologie universitaire. Mais qu’en était-il du principe même de l’ordre ? Qu’en était-il aussi du testament de saint François ? Si tous les fils de saint François ne s’émurent pas outre mesure de l’apparent abandon de la règle primitive, certains y virent une véritable trahison. Trahison à l’idéal auquel ils avaient adhéré ; trahison à l’esprit de saint François. Les Spirituels : tel sera leur nom.
Des Spirituels qui, s’ils s’étaient cantonnés à la préservation de l’esprit franciscain, auraient eu toutes les excuses, tous les suffrages. Sauf que les Spirituels n’adhéraient pas uniquement à la préservation du testament du saint d’Assise ; sauf qu’ils se feront les chantres du millénarisme -un mouvement qui, dans une idée d’apocalypse, annonçait le « règne de l’Esprit ». Bref, les Spirituels, en dépit de leur mouvement originel, vont se détourner aussi sûrement de l’esprit franciscain que s’ils avaient renier toute la règle initiale, devenant les opposants déclarés du pape et de l’Eglise, prenant place au rang des hérétiques. Au final, entre les conventuels et les Spirituels, on peut se demander qui furent les véritables « fils de François »…

La Suède, des Svear à l’union scandinave

Un marchand viking (gravure ancienne).
Un marchand viking (gravure ancienne).

Déjà Tacite, dans sa Germanie, évoque la Suède, qui était alors habité par les Goths, au sud, et les Svear, au nord. Ce sont ces derniers qui, dans les premiers siècles de notre ère, vont s’assurer la suprématie du pays. Le pouvoir était loin d’une centralisation quelconque et c’est uniquement dans le sacerdoce des prêtres du sanctuaire d’Upsala que l’on peut voir une forme de gouvernement. De fait, la Suède était alors divisée en une multitude de provinces, de principautés qui tenaient à leur autonomie. L’autorité royale, également établie à Upsala -et ce n’est pas un hasard- n’avait d’autorité que le nom. Tout juste peut-on lui reconnaître un rôle religieux plutôt que politique.
Du VIIIe au Xie siècle, la Suède va connaître une expansion rapide… vers la Russie. Les Varègues, notamment, s’établiront à Kiev et à Novgorod, où ils fonderont des cités dédiées au commerce. C’est de ces cités que sortira plus tard l »Etat russe et on retrouve la traces des origines scandinaves dans de nombreux prénoms, tels qu’Oleg -qui serait Helgi-, Igor -Ingvar- ou Riourik, le nom des princes de Kiev, qui serait la transcription de Roerek.
C’est également au IXe siècle que la Suède va découvrir le christianisme. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il aura bien du mal à s’implanter. Il faudra pas moins de trois siècles pour convertir en partie le royaume et pour que son siège épiscopal s’établisse à Upsala en 1164.

Croix de converti au christianisme.
Croix de converti au christianisme.

Un siècle plus tard, Birger Jarl fondait Stockholm et la dynastie des Kolkung. Ce sont eux qui règneront désormais sur la Suède mais en tenant compte de la montée en puissance de la noblesse. Une noblesse qui, à partir du XIIIe siècle, sera partie prenante du conseil du royaume. Une noblesse dont l’influence sera concurrencée dès ce moment par la bourgeoisie, en contact de plus en plus étroit avec la Hanse. De fait, c’est l’impérialisme économique germanique qui allait conduire les pays scandinaves à s’unir. Dès 1319, la Suède et la Norvège avaient uni leurs force ; en 1369, Marguerite de Waldemar, déjà reine de Norvège et de Danemark, devenait également reine de Suède. La Scandinavie était désormais unie… elle ne le restera pas.

Les « valses » de Vienne

Blason des comtes de Habsbourg, d'après une peinture murale.
Blason des comtes de Habsbourg, d’après une peinture murale.

Déjà, dans l’antiquité, Vindobona était un important établissement celte. Camp militaire romain placé sur la frontière du Danube, dans la province de Pannonie, c’est là que l’empereur Marc Aurèle décèdera (180) durant la guerre contre les Marcomans. Totalement ruinée par les grandes invasions, Vienne semble avoir commencé à renaître au VIIIe siècle. Elle faisait alors partie de la marche de Pannonie, qui marquait la fin de l’influence franque. Ce n’est qu’en 1142, qu’elle acquit son titre de capitale du duché d’Autriche, alors aux mains de la maison de Babenberg. La ville connut un premier épanouissement sous Léopold VI le Glorieux (1198-1230), sous lequel furent construites les parties les plus anciennes de la Hofburg et qui fit de sa cour un des foyers du Minnesang, l’art poétique exaltant les vertus et les héros germaniques. Frédéric II de Hohenstaufen, vainqueur des Babenberg, donnera à la capitale autrichienne les privilèges d’une cité impériale. Prise brièvement par Ottokar de Bohême, Vienne passera ensuite sous l’autorité de Rodolphe Ier de Habsourg (1278). Elle devait rester à cette famille durant les siècles à venir, le destin des deux étant désormais irrémédiablement liés.

Rodolphe IV achèvera la construction de l’église Saint-Etienne et créera l’université (1365) ; sous Frédéric III, l’évêché fut établi, devenant archevêché en 1722.

Subissant encore son statu de cité faisant la limite entre l’Orient et l’Occident, Vienne sera en butte aux attaques des Turcs aux XVIe et XVIIe siècles. Elle sera assiégée à plusieurs reprises, une première fois en 1529 par les troupes de Soliman II, une seconde fois en 1683 par le grand vizir Kara Moustafa. Héroïquement défendue, Vienne ne devra son salut qu’à l’intervention de Jean Sobieski, roi de Pologne, et du duc Charles de Lorraine qui remporteront une victoire décisive sur les Ottomans à Kahlenberg, desserrant enfin l’étau que les envahisseurs faisaient peser sur la capitale autrichienne.

Sauvée du péril ottoman, Vienne allait devenir une capitale des arts. C’est du moins ce que l’empereur Charles IV s’efforcera d’instaurer. C’est également à cette époque que la majeure partie de la Hofburg sera construite ; de cette époque que date le Belvédère, le palais Schwarzenberg, le palais Kinsky. Marie-Thérèse poursuivra la révolution architecturale de Vienne en agrandissant l’université, en faisant édifier le palais de la Schönbrunn ; Joseph II, son fils, ouvrira les jardins du Prater. Mais c’est François-Joseph qui donnera à sa capitale son visage définitif en abattant les remparts, en créant le Parlement, l’Opéra, le Rathaus. Autant de "signes extérieurs de richesse" qui marquent la fin de la monarchie Habsbourg, la fin de l’insouciance viennoise.

Théodoric le Grand : sur le trône des Césars

Pierre gravée portant le nom de Théodoric.
Pierre gravée portant le nom de Théodoric.

Si pour les Romains, Théodoric était un barbare, il était tout de même de sang royal, né dans la famille des Amales qui, au Vie siècle, régnait sur les Ostrogoths. Envoyé en otage à Constantinople à l’âge de 7 ans, Théodoric profita de son séjour byzantin pour se cultiver, apprenant le grec et les latin, s’initiant à la culture classique. Et à la mort de son père, c’est tout naturellement qu’il prit sa suite à la tête des Ostrogoths. Pas de tous cependant, car durant des années Théodoric aura à combattre un adversaire de même nature, le bien nommé Théodoric le Louche. Côté byzantin, si l’Ostrogoth commença par s’opposer à l’empereur Zénon, il contribuera au rétablissement de ce dernier ce qui lui vaudra la reconnaissance éternelle de l’empereur. Enfin, reconnaissance éternelle, sans doute pas, mais au moins les titres de patrice, de consul et de magister militum, des titres qui allaient aiguisé l’appétit de l’Ostrogoth plutôt que de le calmer. Sentant le danger et plus fin politique qu’il ne semblait de prime abord, Zénon va habilement détourner les ambitions de Théodoric en orientant sa soif de pouvoir vers la péninsule italienne qui, depuis 476, était aux mains d’un autre barbare, un certain Odoacre, dont la tribu avait été détruite par les Ostrogoths et qui, depuis ce temps, avait mis ses talents au service des Romains. Mais comme Théodoric, Odoacre était ambitieux ; comme lui, mais avec plus de succès, il s’était fait le zélé serviteur des empereurs d’Occident avant de détrôner le dernier d’entre eux, Romulus Augustule, et de prendre, dans les faits si ce n’est dans les titres, sa place.
Doté du titre de patrice, il s’était placé volontairement sous l’autorité -non pas réelle mais au moins officielle- de l’empereur byzantin Zénon, ce qui lui avait valu une certaine tranquillité. Mais dès lors que Zénon était directement menacé, c’est sans états d’âme aucun qu’il va lancé la redoutable Théodoric « dans les pattes » d’Odoacre… qui n’opposera qu’une faible résistance. En août 489, Théodoric pénètre avec ses hommes en Italie. Deux défaites suivies d’une victoire marqueront la première année de combat d’Odoacre qui ne trouvera finalement son salut que dans l’enceinte de Ravenne, capitale de l’empire d’Occident depuis le règne d’Honorius (début du Ve siècle). Un répit pour le patrice romain, mais un répit conséquent : Théodoric mettra pas moins de trois ans pour déloger son adversaire, qu’il fera finalement poignarder au cours d’un banquet.
Enfin maître de l’Italie, Théodoric apparaît comme une « préfiguration de Charlemagne », comme le souligne justement l’historien Georges Calmette. En effet, après l’Italie, ce sera la Rhétie, la Norique, la Panninie, l’Ilyrie qui annonçait une véritable renaissance de l’empire romain. C’est d’ailleurs dans l’harmonie et sans doute parce qu’il était lui-même imprégné de culture classique, qu’Ostrogoths et Romains devaient vivre en une relativement bonne intelligence. Plus Romain que les Romains, Théodoric rétablit le Sénat, les fonctionnaires, les préfets du prétoire et se complut à rendre leurs dignités passées à quelques grandes familles romaines, partageant les responsabilités entre Barbares et Romains. Cassiodore, Boèce, Symmaque, les esprits les plus brillants de leur temps seront de l’entourage de Théodoric qui, en trente-trois ans de règne, saura redonner à la péninsule une prospérité depuis longtemps oubliée. Les routes furent à nouveau entretenues, les aqueducs restaurés, les palais entretenus ; Ravenne, capitale du nouveau seigneur de l’Italie, se couvrit de monuments d’inspiration byzantine.
En politique extérieure, Théodoric pensa également faire revivre la grandeur passée de Rome en étendant son influence au delà des Alpes. Ainsi, il maria ses filles aux souverains francs, burgondes ou wisigoths et parvint même, en assurant la tutelle de son petit-fils Amalric, à étendre son pouvoir sur les Wisigoths et sur la Septimanie.
Une réussite incontestable, en fait… s’il n’y avait pas eu la question de la religion. En effet, si les Ostrogoths, peuple de guerrier, se contentait avec plus ou moins de soumission des postes militaires quand les postes de gouverneurs, l’administration toute entière était aux mains des Romains, ces derniers conservaient une méfiance instinctive. Car si Théodoric avait bien l’air civilisé, s’il était couvert d’un verni de culture greco-romaine, il n’était toujours qu’un barbare et un barbare arien. Une situation qui lui valait donc la méfiance des Romains, mais aussi et, fort logiquement, de l’Eglise. Une méfiance qui verra sa confirmation après que Théodoric ait usé de mesures de rétorsions suite aux persécutions anti arienne entreprises par l’empereur byzantin Justin. Boèce, qui avait tenté de rapprocher le Saint-Siège de Byzance, le payera de sa vie ; le pape Jean, envoyé à Constantinople pour plaider la tolérance, sera jeté en prison pour son échec.
La preuve, à la veille de la mort du grand chef barbare, que ce qu’il avait toujours désiré, unir Romains et Goths, ressusciter l’empire des Césars, était une entreprise ne se limitant pas à la seule conquête militaire.

La déchéance de l’Empire

Charlemagne avait partagé ses États entre ses trois fils et c’est le hasard, en faisant mourir les deux aînés, qui sauve l’unité de l’Empire qui échoit, en 814, à Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire.
Louis Ier n’aura pas cette chance et son règne sera toujours placé sous le signe de la discorde et de la rivalité.
Détrôné par son fils aîné, Lothaire, en 817, il est enfermé dans un monastère d’où il ne ressort que grâce à l’aide de ses fils cadets, Louis et Pépin, qui le replacent sur le trône en 834.
La guerre familiale déchire l’Empire et ne fait que commencer. Lorsque Louis Ier tente de modifier le partage de l’Empire en faveur de son dernier-né, Charles le Chauve, les trois aînés se révoltent et s’associent avec le Pape qui décide la déchéance de l’empereur.
Mais, rétabli à nouveau sur le trône, Louis Ier le Débonnaire, qui meurt le 20 juin 840, voit ses derniers instants assombris par la fin inévitable et, cependant, définitive de l’Empire de Charlemagne.

Le guet-apens de Montereau

Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).
Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).

Sans scrupule, avide de pouvoir, rusé mais aussi mécène et homme de culture, Jean sans Peur n’a laissé dans l’histoire que l’image d’un traître et d’un assassin. Succédant à son père, Philippe le Hardi, il hérite, en 1404, de l’immense domaine bourguignon qui comprend, outre la Bourgogne, le Charolais, les Flandres, l’Artois et le Vermandois.
À cette époque, le trône de France est occupé par le malheureux roi fou, Charles VI, et la lutte pour le pouvoir se joue entre le duc de Bourgogne, cousin du roi, et Louis d’Orléans, son frère. En 1408, prenant pour excuse la sauvegarde du pays, Jean sans Peur ordonne la mort du duc d’Orléans, coupable, selon la rumeur, de la folie de son royal frère… L’excuse n’est biensûr qu’une et c’est de politique plus que d’empoisonnement qu’il s’agit. Mais peu importe.
La lutte entre le parti Armagnac, c’est-à-dire les Orléans et le dauphin, et les Bourguignons tourne alors à la guerre civile. Allié d’Henri d’Angleterre, qui l’a aidé à reprendre Paris en 1417, Jean sans Peur ne dédaigne pourtant pas les avances que lui fait le dauphin, futur Charles VII et accepte de le rencontrer. L’entrevue a lieu le 10 mai 1419, à Montereau, mais, alors que le duc de Bourgogne passe sur le pont, Tanguy du Châtel le tue d’un terrible coup de hâche. Louis d’Orléans est vengé…