Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe

Issu d’une illustre famille d’origine espagnole, Marc Aurèle est, dès son plus jeune âge, profondément marqué par la philosophie stoïcienne qu’il pratiquera toute sa vie. Nommé préfet de Rome par Hadrien, il est adopté par l’empereur Antonin dont il épouse la fille, Faustine. À la mort d’Antonin, en 161, il gouverne conjointement avec Lucius Vérus, son beau-frère, puis reste seul empereur à la mort de ce dernier en 169.

Son règne, pendant lequel il rénove l’administration financière et judiciaire et assure la mainmise de l’État sur l’économie, est marqué par les luttes incessantes contre les Parthes et les Germains. À sa mort, survenue le 17 mars 180, Marc Aurèle ne laisse pas l’image d’un grand empereur, mais ses Pensées le désignent comme l’un des derniers philosophes stoïciens de l’Antiquité.

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.
Soucieux d’équité et de justice, il n’hésite pas à puiser dans le trésor impérial pour aider les survivants de Pompéi ou les Romains touchés par l’incendie de 80, allant même jusqu’à assister personnellement les malades lors des épidémies.
Exposé à la contagion, il meurt, le 12 septembre 81, après deux ans d’un règne qui fut, sans doute, un des plus heureux de l’Empire romain.

Servius Tullius, le souverain démocrate

Monnaie romaine, datant approximativement de l'époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).
Monnaie romaine, datant approximativement de l’époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).

La tradition romaine rapporte que Servius Tullius, sixième et avant-dernier roi de la Rome étrusque, du à son charme d’acquérir la royauté. Fils d’une esclave de la cité, il plut tant à Tanaquil, épouse de Tarquin l’Ancien, qu’elle en fit un des « favoris » de la cour, son gendre et bientôt l’héritier du souverain. Un coup du destin extraordinaire qui devait se répéter, presque acte après acte, quelques trente ans plus tard… plus tragiquement. En effet, Servius Tullius devait perdre la vie sur ordre de sa fille et de son gendre et successeur, Tarquin le Superbe.
Le règne de Servius Tullius ne se limite cependant pas à ces deux événements : trois triomphes marqueront sa carrière ainsi que d’importantes réformes, comme la division de Rome en quartiers, l’abolition des privilèges dus à la naissance, la répartition de la population par classe et par centuries d’où sortiront les comices, l’assemblée législative et, de fait, les magistrats supérieurs désignés par elle. Au final, Servius Tullius fait figure de véritable souverain démocrate. Un souverain plus mythique qu’historique cependant et qui annonce tout bonnement le passage, en douceur, de la royauté à la République romaine. Une République née, donc, des initiatives d’un héros populaire –au moins par sa naissance ; un héros qui est l’antithèse de son très royal et dictatorial successeur Tarquin le Superbe.

Les Ramessides et la restauration de l’ordre royal

Statue représentant Ramsès II.
Statue représentant Ramsès II.

Comme Toutankhamon, Horembeb, son successeur, était mort sans héritier. Une situation qui risquait de plonger l’Egypte dans l’anarchie et qu’il tenta d’éviter en associant au trône la figure montante de ses dernières années de règne : Ramessou. Devenu pharaon sous le nom de Ramsès Ier, le premier pharaon de la dynastie des Ramessides n’était jamais qu’un ancien officier, issu d’une longue lignée de militaires originaires du Delta oriental, qui avait exercer les fonctions de vizir avant d’accéder à la fonction suprême. Son nom, Ramessou, devenu Ramsès, signifiait « Rê l’a mis au monde », une façon directe et sans équivoque de mettre un terme définitif à la parenthèse atonienne en se plaçant sous le patronage direct de Rê et d’Atoum, une divinité qui rappelait que désormais le sort de l’Egypte ne se jouait plus à Thèbes mais à Memphis. Le règne du premier des ramessides ne durera guère que deux ans mais il sera déterminant notamment parce que Ramsès Ier, dans un souci d’éviter tout problèmes de succession, associe, sans doute dès la première année de son règne, son fils Sethi Ier au trône. Tous les Ramessides feront de même et tous se placeront en successeurs légitimes des premiers pharaons, Ramsès II, fils de Séthi Ier, se faisant notamment représenter en adoration devant les cartouches de tous les pharaons depuis Ménès jusqu’à Séthi Ier. Seuls les souverains d’Amarna et la reine Hatchepsout auront été gommés de cette lignée.
La dynastie des Ramessides règnera pas moins de trois siècles, de 1320 avant J.-C. à 1085 avant J.-C.. Mais dans cette longue lignée de souverains, dont neuf porteront le nom de Ramsès, d’où le nom de Ramessides, seuls les premiers sont digne d’un quelconque intérêt. Ramsès Ier et Séthi Ier avaient effectué l’accession au trône ; Ramsès II, dont le règne est l’un des plus longs de l’histoire égyptienne –il s’étend de 1304 à 1237 avant J.-C.- l’assurera. La longévité même de ce personnage sera son meilleur soutien dans cette démarche. Quant au nombre, étonnant, de sa progéniture, elle devait, sans doute, l’achever. Malgré tout, sur la centaine d’enfants que lui donneront ses sept épouses et ses multiples concubines, aucun ne parviendra réellement à assurer la succession.
Souverain prolifique, Ramsès II le sera également en terme de constructions, notamment à Abydos, Karnak, Tanis dont il fera une capitale ; il fera également bâtir des temples rupestres dont le plus célèbres est sans nul doute celui d’Abou Simbel et couvrira l’Egypte de cités portant son nom, la plus connue étant Pi-Ramsès. Ce semblant de « retour aux origines », Pi-Ramsès étant établi dans le Delta oriental, est à considérer avant tout comme une volonté de contrôler de plus près les provinces de Canaan et de Syrie sur lesquels les Hittites, qu’il combattra et vaincra à Kadesh, faisaient peser de lourdes menaces. La tradition veut d’ailleurs que ce soit pour la construction de cette cité que les Hébreux furent utilisés comme esclaves ce qui ferait, et la chronologie ne le dément pas formellement, de Ramsès II le pharaon de l’Exode.
Malgré ses victoires sur les Hittites, malgré aussi la multitude de constructions, signe, généralement, d’un règne puissant, la fin du règne de Ramsès II verra une Egypte dans un état de faiblesse proche de la décadence. Une faiblesse que les difficultés du succession qu’engendreront sa mort ne font que confirmer.

Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).
Procession figurant le triomphe de Ramsès III (fresque du temple de Medinet Abou).

C’est son treizième fils, Marneptah qui, en 1237 avant J.-C., devait lui succéder. Mais la succession même du fils de Ramsès va engendrer une véritable guerre entre cousins et oncles dont Séthi II, un fils de Marneptah finira par sortir vainqueur d’une usurpation, celle d’Amenmès. Une usurpation, une régence et, tout doucement, le pouvoir échoiera à Ramsès III. Y a-t-il eu changement de lignée ou changement de dynastie, l’affaire et confuse. Si l’on en croit Ramsès III, qui n’aura de cesse de se placer dans la lignée de Ramsès II, il était effectivement issu de la dynastie Ramesside, mais rien n’est certain. Ce qui l’est, par contre, c’est que Ramsès III est le dernier grand roi de cette dynastie, le dernier grand pharaon du Nouvel empire.
Monté sur le trône en 1198 avant J.-C., il héritera d’un pays épuisé par l’anarchie et surtout menacé par ses voisins. Surtout, il aura à combattre, comme Séthi II avant lui, les Peuples de la mer, qu’il défera en quatre campagnes relatées sur les murs de son temple funéraire, à Médinet Abou. A sa mort (1166 avant J.-C.), survenue dans des circonstances troubles et dans une atmosphère de complot de harem, les Ramessides avaient déjà perdu leur aura, leur puissance.

Caïus Gracchus, une oeuvre immense et méconnue

Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d'après Eugène Guillaume.
Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d’après Eugène Guillaume.

En 133 avant J.-C., c’est Tiberius Gracchus, son frère, qui, le premier, s’illustre. La question agraire, celle de l’Ager publicus, est en train de bouleverser la donne économique de la cité romaine et de toute la péninsule. A ce problème, qui met en concurrence de petits propriétaires terriens avec les possesseurs de vastes domaines -possesseurs généralement issus de la noblesse-, Tiberius, tribun de la plèbe, propose une loi qui limiterait la possession de terres provenant de l’Ager publicus. Il annonce même la création d’un triumvirat chargé de veiller à la bonne répartition de ces terres. Devant l’opposition, incarnée par le tribun Octavius, Tiberius va répondre par la destitiution d’Octavius… ce que le droit romain interdit formellement car tout tribun de la plèbe est jugé inviolable. Tiberius, ainsi que trois cents de ces partisans, payeront de leur vie cette violation.
Dix ans plus tard, c’est son Caïus qui se lance dans la bataille. Fils d’un consul et d’un censeur, petit-fils par sa mère de Scipion l’Africain, héros des guerres puniques, Caïus Gracchus est nettement plus énergique que son frère. En 123 et 122, il est élu tribun de la plèbe, comme son frère dix ans auparavant, mais sous son consulat, Caïus va faire bien plus que son frère. En deux ans seulement, il fait voter une loi agraire -qui reprend, en gros, celle de son frère ; mais assure également une distribution de blé aux pauvres -loi frumentaire-, annonce qu’un légionnaire sera désormais équipé par l’Etat, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les contingents.
Politiquement, il annonce le renforcement du droit d’appel des tribuns et octroi le droit de cité aux Italiens, puis fait entrer les chevaliers dans les tribunaux destinés à juger les sénateurs et, enfin, annonce la fondation de colonies, destinées à absorber le trop plein de population romaine. Un véritable programme politique qui touche au social, au politique, au judiciaire et au militaire.
L’oeuvre de Caïus Gracchus est immense, mais largement méconnue, en raison notamment de la loi agraire, héritée de son frère et dans lequel on cantonne généralement son action. Mais cette oeuvre ne sera qu’éphémère : à peine Caïus revenu à la vie courante, à peine son mandat de tribun achevé, il sera assassiné durant une émeute (121 avant J.-C.).
L’oeuvre des Gracques -nom francisé des Gracchus- aurait pu être sans lendemain. Elle en a souvent l’apparence, les lois qu’ils avaient édictés ayant été rapidement abandonnées. Mais dans les faits, elle marquera profondément la République romaine. D’abord parce que, rapidement, leur histoire, leurs morts vont les élevés au rang de mythes. Ensuite et surtout parce qu’une nouvelle génération va reprendre leur flambeau. Et dans les rangs même de la noblesse que ce flambeau sera repris. Une noblesse qui se divise désormais en deux camps : les « Populares », qui disposent désormais d’un véritable programme politique, et les « Optimates » qui regroupe les plus conservateurs des membres du Sénat. C’est entre ces deux camps que va se jouer la guerre civile qui mettra fin, quelques décennies plus tard à la République.

César franchit le Rubicon

La rivalité entre Pompée et César va grandissante quand le dernier triumvir, Crassus, meurt. Les deux ennemis sont désormais face à face et le décret de Pompée, forçant César, alors en pleine guerre des Gaules, à renvoyer son armée, met le feu aux poudres.
Tout se jouera à Rome… Aussi César quitte-t-il précipitamment la Gaule et, le 12 janvier 49 av. J.-C., franchit le Rubicon, qui marque la limite de sa province. Par cet acte, il déclarait ouvertement la guerre à Pompée. La suite ne sera pour César qu’une marche triomphale sur Rome alors que son ennemi se réfugiait en Thessalie puis en Égypte, où il sera assassiné.

Le trésor de Priam

Heinrich Schliemann (1822-1890), d'après un dessin moderne.
Heinrich Schliemann (1822-1890), d’après un dessin moderne.

Et si le récit d’Homère –auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, était plus qu’une œuvre littéraire ? S’il fallait y voir une œuvre historique, une chronique ? C’est la question que se posa, au siècle dernier, Heinrich Schliemann.
Fils d’un pasteur au mœurs contestables, commis épicier devenu homme d’affaires prospère, Schliemann est un personnage à part dans l’histoire de l’archéologie. Passionné par les récits homériques, autodidacte, il apprend, par simple curiosité intellectuelle, le grec, moderne et ancien, suit des cours de langues orientales, s’initie au sanskrit et enfin à l’égyptologie avant de découvrir, à Pompéï, l’archéologie. Il n’a alors aucune ambition précise… jusqu’à ce qu’il croise la route, en 1867, d’Ernst Ziller. Cet architecte passionné d’archéologie étudie alors l’emplacement hypothétique de la légendaire ville de Troie. Un simple voyage avec l’architecte aux Dardanelles va convaincre Schliemann : il fait sienne la passion de Ziller et se montre persuadé que le récit d’Homère est à étudier au même titre qu’une œuvre historique.
Etant homme à aller au bout de ses idées, il publie, en 1869, Ithaque, le Péloponnèse, Troie, thèse dans laquelle il démontre que le site de Troie ne se situerait pas, comme le pensaient alors les archéologues, à Bunarbashi mais sur la colline d’Hissarlik.
Le site de Troie
Cette même année, sans la moindre autorisation officielle, Schliemann entame les fouilles. Sans aucun résultat probant. Mais l’archéologue amateur, sans se décourager, relance les fouilles en 1872 : la découverte de la Métope du Soleil, élément architectural d’un temple dédié à Athéna encourage le chercheur et commence à susciter des réactions. Et l’année suivante, il met au jour non seulement une forteresse mais surtout 250 objets d’or. Ca y est : il a trouvé «  le trésor de Priam » !
Le nom sonne bien et Schliemann devient une sommité… du moins pour les amateurs. Homme d’affaires redoutable, doué d’un sens de la communication exceptionnel, Heinrich Schliemann a multiplié les articles dans les journaux européens et, ce, tout le temps qu’on duré les fouilles. Ce faisant, il a acquis une notoriété certaine mais uniquement dans les milieux non spécialisés, les Paris-Match de l’époque. A ce moment-là, tout le monde ou presque se pique d’être archéologues et ceux qu’on a appelés les « antiquaires » font fureur. Cependant, s’il acquiert le ralliement des amateurs, Schliemann s’est ainsi attiré le mépris des professionnels. Il faut dire également qu’il multiplie les erreurs de datation, en même temps que les hypothèses les plus romanesques. Le fameux «  trésor de Priam » en est un exemple frappant. Car il ne s’agit évidemment pas des biens du fameux roi de Troie, ce qui n’enlève rien à l’importance de la découverte.
La mauvaise réputation

Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.
Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.

Une importance que Schliemann voit très clairement au point de faire passer clandestinement ces découvertes hors de Turquie. Et si, en 1877, lors de l’exposition de son «  trésor » à Londres le succès est au rendez-vous, l’archéologue amateur vient d’achever de se discréditer auprès de la communauté scientifique. Toutes les autres découvertes de Schliemann, comme les sépultures royales de Mycènes ou les masques d’or –dont il prétend qu’il s’agit de celui d’Agamemnon- sont empreintes de doute.
Guidé par ses seuls rêves et ses lectures, Schliemann doit pourtant être reconnu comme un archéologue de génie –les spécialistes le reconnaîtront d’ailleurs. Mais cet homme, qui su si bien gérer ses découvertes comme autant de coups «  marketing » n’aura jamais réussi à « se vendre » et c’est pourquoi le découvreur de la légendaire Troie ne sera jamais regardé qu’avec méfiance et condescendance par ses pairs et par leurs successeurs.

Attila, le fléau de Dieu

Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.
Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.

Etonnement, c’est avant tout sur une communication intense, une publicité presque mensongère qu’est basée la légende du fameux fléau de Dieu, Attila, le roi des Huns. Certes, le personnage n’avait rien d’un ange, mais sa réputation est largement surfaite.
Fils d’un certain Moundzouk, il succède à son oncle, Ruga, à la tête des Huns en 434. Et comme dans pratiquement toutes les tribus barbares, le pouvoir est partagé entre Attila et son frère aîné, Bléda. Pas pour longtemps cependant, Attila n’hésitant pas à faire assassiner son frère, trop pacifique à son goût, et à instaurer une autorité sans partage sur les tribus huns unifiées. De fait, les Huns, originaires d’Asie centrale, étaient installés depuis déjà quelques décennies sur les bords du Danube, en Pannonie. Et c’est en relativement bonne harmonie qu’ils vivaient, avec de nombreuses autres tribus barbares, dans l’empire d’Orient. Ils en étaient une composante même et, selon de nombreuses sources, Attila lui-même aurait été en partie élevé à la cour impériale et considéré comme un "ami de Rome". Voilà qui ne devait pas satisfaire le jeune souverain avide de conquêtes. D’où l’assassinat de Bléda, jugé trop diplomate. Sans compter qu’un personnage tel qu’Attila ne pouvait accepter un quelconque partage du pouvoir.
L’ambition, l’amour du pouvoir et de la conquête, de la guerre sans doute aussi : voilà ce qui caractérise Attila, le roi des Huns. Rien à voir avec la légende effrayante qui l’entourera durant des siècles. Car Attila et ses Huns -lesquels étaient en grande partie composés de Germains- n’étaient pas plus cruels que les guerriers lambda… sauf peut-être dans l’imaginaire des Romains, qui voient en lui leur dernier grand adversaire, ou dans celui des Barbares nouvellement installés en Gaule. Les premiers, en exagérant le "phénomène Attila", se présentaient comme un peuple encore vif, capable de se défendre contre le pire des fléaux ; les seconds, parce qu’ils faisaient partie de la coalition qui mettra fin à la guerre-éclair façon hunique, s’arrogeaient ainsi le titre de défenseurs de l’Occident, de l’empire. Voilà qui n’était pas rien et qui est de l’ordre de l’auto-promotion ou de la publicité plus que d’autre chose. Car le "phénomène Attila", si l’on exclu son vif désir de conquête, n’est rien qu’une série d’échecs : en Orient d’abord, en Occident ensuite d’où il sera bouté aux Champs Catalauniques (451) et, surtout, grâce à une "indemnisation" de l’empire romain d’Occident. Certes, les pillages, les viols, la mort font partie intégrante du parcourt des Huns ; mais guère plus que n’importe quelle autre armée. Qui plus est, comme on  l’a dit, Attila commandait une armée de mercenaires germaniques de tout poils plutôt qu’une armée nationale hun. Un agrégat de mercenaires qui explique peut-être une certaine cruauté, une volonté de pillage plus grande que dans d’autres armées et qui aurait contribué à la légende du "fléau de Dieu".

Mithridate, l’autre Hannibal

Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).
Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).

"Un vrai Hannibal" : c’est ainsi qu’un historien romain désigne Mithridate VI le Grand, ennemi acharné de Rome, "remarquable par le courage, quelque fois prodigieux par la chance, toujours par le cœur, chef par l’intelligence, soldat par la force"… Que de compliment pour un souverain qui n’aura de cesse de défier Rome ; pour un souverain qui avait tout pour être l’allié de la puissante péninsule, qui parlait vingt-deux langues et avait reçu une éducation hellénistique. Son père, ouvrant la voie pour lui, avait d’ailleurs était allié de Rome au cours de la troisième guerre punique. Mais Mithridate V était mort alors que son fils n’avait que douze ans. Et il était mort empoissonné par son épouse, la mère de Mithridate VI. Une véritable chasse au pouvoir s’ouvrit alors, obligeant le jeune Mithridate VI à fuir. Ce n’est que vers 111 avant J.-C., alors qu’il a vingt-deux ans, qu’il prend possession de son trône. Par la force. En jetant sa mère en prison et en écartant son frère qui s’était indûment emparé du trône.
Dès lors, Mithridate est dans la peau d’un conquérant, seule et unique façon de n’être pas, de n’être plus un jouet politique. Il s’empare du Bosphore cimmérien, partage un temps la Paphlagonie avec le roi de Bithynie et conquiert finalement la Bithynie elle-même. C’est son intérêt pour la Cappadoce qui devait servir de déclencheur ou d’excuse à la réaction romaine.
Les légionnaire romains, d'après une gravure du XVIIe siècle.
Les légionnaire romains, d’après une gravure du XVIIe siècle.

Allié des Romains, Ariobarnaze de Cappadoce sera détrôné en 94 avant J.-C., et rétabli par ses alliés deux ans plus tard. De fait, les Romains n’avaient aucun intérêt à laisser un souverain s’emparer de l’Asie mineure et des royaumes épars la constituant. Leur désir de domination ne pouvait que se satisfaire d’une multitude de royaumes et donc de pouvoirs différents. Or Mithridate faisait mine de s’opposer à Rome, non pas directement, mais en voulant tout bonnement créer un royaume capable de rivaliser, à terme, avec la puissance romaine. Et les événements allaient clairement donner raison à Rome : à peine le royaume bithynien conquis, Mithridate devait s’emparer d’Ephèse et organiser la révolte des Grecs contre Rome. Alors qu’il avait ordonné le massacre de tous les Romains présents en Asie, il acquit l’appui d’Athènes, où son principal lieutenant fut accueilli comme un libérateur. C’est Sylla qui allait se charger de redéployer la puissance romaine en Grèce et en Asie mineure. C’est après un siège éprouvant que les armées romaines vont reprendre Athènes (86 avant J.-C.) ; une victoire contre Mithridate lui-même suivra, obligeant le roi du Pont à accepter la paix. Mais Mithridate demeurait souverain en son royaume et avait donc tout loisir de reprendre rapidement ses velléités de conquêtes. Rome en était consciente et, en 74 avant J.-C., reprit la Bithynie, annonçant ainsi le retour des hostilités. L’alliance du roi d’Arménie ne devait pas suffire et, en 66, Pompée allait signer la fin du royaume de Mithridate. Pompée et le fils même de Mithridate, Pharnace, qui profitera de la guerre entre son père et le général romain pour se révolter. Réfugié dans ses possessions de Crimée, Mithridate VI, qui aurait avait failli renverser la domination romaine en Grèce et en Asie, demanda à un de ses mercenaires de l’assassiner.

Le bouclier de Brennus

Depuis un siècle, Rome étendait lentement mais sûrement son influence sur le Latium. Elle venait à peine, grâce au dictateur Camille, de soumettre Véies, où se concentrait la résistance étrusque, quand se présentèrent à ses portes les hordes gauloises de Brennus.
Établi dans la plaine du Pô depuis environ 400 av. J.-C., le chef gaulois connu sous le nom de Brennus lance un raid contre Rome. La résistance est inexistante et, le 16 juillet 390 av. J.-C., les barbares sont dans la ville, où ils ne rencontrent que quelques patriciens chenus…
Finalement, Brennus et ses Gaulois quitteront Rome au prix d’un lourd tribut, versé dans le bouclier de Brennus. Rome se relèvera cependant rapidement de cet épisode et mettra moins de trente ans à rétablir son hégémonie sur le Latium.