Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Caligula : plus puissant que les dieux…

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.
Sa folie allait grandissante -il se croyait même supérieur aux dieux et fit décapiter toutes leurs statues pour mettre la sienne à la place- et ses extravagances semblaient ne jamais devoir cesser quand, le 24 janvier 41, les officiers de sa garde prétorienne l’assassinèrent…

Auguste ou l’hypocrisie impériale

Buste d'Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).
Buste d’Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).

« Si César, selon Gomberville, doit sa gloire aux malheurs de la guerre, Auguste doit la sienne au bonheur de la paix ». Et en effet, Auguste sera l’empereur de la paix. Un empereur qui n’en porta jamais le titre officiellement, un empereur qui, dans les faits, s’imposera sans jamais revêtir la pourpre.
Le petit-neveu de César gravira tous les échelons, éliminera tous les concurrents à force d’habileté politique plus que de combat. Alors qu’Antoine, qui forme avec Octave et Lépide le triumvir, mène une politique de plus en plus orientale, de plus en plus influencée par Cléopâtre, Octave joue la carte de Rome et de l’apaisement. La fusion plus étroite des provinces avec la capitale, l’impulsion donnée à l’agriculture –célébrée dans les Géorgiques de Virgile-, l’habile propagande menée par Octave en feront el souverain idéal. Un souverain au titre de consul, de triumvir, de princeps senatus ensuite. Car jamais Octave, devenu Auguste, ne franchira le « Rubicon politique » qui aurait fait passer la République à l’Empire. L’élimination de Lépide, en Afrique, puis d’Antoine avait pourtant fait de lui le seul et unique représentant du pouvoir. Et le prestige qui l’entourait aurait sans nul doute pu lui permettre de prétendre à la pourpre impériale. Mais Auguste préférera se faire nommer consul, années après années, préférera devenir le premier d’entre les sénateurs et l’imperium proconsulaire des provinces de Gaules, d’Espagne et de Syrie.
Suite à une grave maladie, il se fera même (en 23 av. J.-C.) accorder le tribunat à vie et l’imperium proconsulaire sur tout « l’Empire ». Dans les faits, il était donc le maître absolu, possédant un droit de veto sur tous les actes des magistrats et la maîtrise militaire, y compris dans Rome même –avec les cohortes prétoriennes. « Père de la patrie », Auguste cultivera l’hypocrisie impériale jusqu’au bout, tout en se préoccupant de sa succession et en accédant au statut de divinité. Une divinisation de sa personne qui marque un point final à la carrière de l’empereur qui n’en porta jamais le nom.

Vercingétorix : quand la Gaule défiait Rome

Statue de Vercingétorix.
Statue de Vercingétorix.

Alors que l’imagerie d’Épinal nous présente « nos ancêtres les Gaulois » comme un peuple de barbares chevelus et moustachus, depuis quelques années, celtologues et historiens remettent « les pendules à l’heure ». Ce ne sont pas les Romains, généreux dispensateurs de civilisation, on le sait, qui ont fait des Gaulois un peuple cultivé et civilisé. Les peuples celtes avaient leur propre civilisation, hautement complexe, avec leur hiérarchie, leur religion, leurs médecins, leurs architectes et leurs héros…
C’est de Marseille, comptoir gréco-celtique, que va partir toute la conquête romaine en Gaule. Pendant les guerres puniques, la cité phocéenne, craignant de voir sa force maritime supplantée par celle des Carthaginois, se fait l’alliée de Rome, alliance qui se renouvelle en 154 et en 126 avant J.-C., quand Marseille appelle les Romains à la protéger des tribus celtes environnantes. Ayant pris pied en Gaule, il ne fallut pas longtemps aux Romains pour annexer toute la côte de la Provincia. Et, au Ier siècle avant J.-C., profitant des perpétuelles divisions entre Gaulois, ils ont déjà annexé la Provence, le Languedoc-Roussillon et les rives du Rhône jusqu’à Lyon.
C’est vers cette époque que, pour les Gaulois qui sont plus des agriculteurs que des guerriers, le danger germain se fait de plus en plus précis. Et, en 58 avant J.-C., les Éduens, installés dans le Nivernais et la Bourgogne et depuis longtemps alliés de Rome, font appel aux légions afin de repousser les hordes d’Arioviste le Germain. C’est donc César, alors proconsul de la Gaule romaine, qui prend la tête des armées romaines…
Arioviste est effectivement repoussé hors des frontières gauloises mais pour le proconsul l’occasion est trop belle : à court d’argent et de gloire, César entame la conquête de la Gaule indépendante …
Les premiers à se révolter sont les tribus belges, extrêmement importantes et puissantes mais, jouant sur leur division, César les soumet sans grande difficulté. Les Armoricains tenteront, eux aussi, de repousser les légions romaines, sans plus de succès et, en 52 avant J.-C., César semble bien avoir conquis toute la Gaule.
C’est alors qu’un jeune chef arverne décide de « bouter » les Romains hors de Gaule… il s’appelle Vercingétorix !
L’histoire a très peu de sources sur ce grand personnage qu’est Vercingétorix et, fait incroyable, c’est uniquement grâce aux Commentaires de son ennemi César que son nom n’est pas tombé dans l’oubli.
Son père, Celtill, était à la tête des Arvernes, le plus grand peuple de Gaule, et avait, selon le général romain, obtenu le « principat de toute la Gaule ». Mais son ambition était trop grande et, parce qu’il avait voulu devenir roi, il fut envoyé au bûcher.
Mais quel est donc ce « principat » alors que César certifie qu’il n’y avait aucune unité entre les différents peuples de Gaule ? Certains historiens avancent l’hypothèse qu’il ne pouvait s’agir que d’un « principat » religieux, le druidisme étant le seul lien commun à tous les Gaulois… Cette thèse est intéressante et expliquerait la facilité avec laquelle Vercingétorix fédérera toute la Gaule, ce qu’il n’aurait pu faire avec l’opposition des druides. Vercingétorix reprendra donc l’idée de son père pour qui la survie de la Gaule ne pouvait se faire que dans l’unité.
« L’ami de Rome »
Quand il prend la tête de la révolte arverne, en 52 avant J.-C., Vercingétorix est loin d’être un inconnu pour le proconsul Caïus Julius César…
En effet, durant plusieurs années, le jeune chef arverne combat dans les armées de César en tant qu’auxiliaire. Il y acquiert l’art de la stratégie et la connaissance approfondie de la prodigieuse machine de guerre romaine.
Désigné au titre « d’ami de Rome », selon Dion Cassius, il est surtout proche de César qui cherche à mettre sur les trônes gaulois des hommes qui lui sont totalement dévoués. Et Vercingétorix, César le sait, est un des plus importants chefs arvernes. Sa famille est riche, il a hérité des nombreux clients -au sens romain du terme- de son père et possède un formidable talent d’orateur qui peut lui rallier tous les autres chefs. C’est ce qu’il fera… contre César !
Quand il prend la tête de la révolte, Vercingétorix a une vingtaine d’années. Il a une haute stature, un visage imberbe, comme en témoignent les pièces de monnaies qui le représentent, et possède, au plus haut point, l’art de la stratégie. Aussi attendra-t-il le départ de César à Rome pour lancer la révolte.
Les intérêts politiques du proconsul le rappelaient à Rome, aussi César quitte-t-il la Gaule au début de l’année 52 av. J.-C., laissant ses légions dans leurs quartiers d’hiver, dans le Nord, pour surveiller les Belges, et dans la Provincia. C’est le signal de la révolte.
Réunis dans la forêt des Carnutes, près de Chartres, les députés des nations gauloises font le serment de repousser l’envahisseur romain. À deux cents kilomètres de là, en Auvergne, le jeune Vercingétorix bat le rappel de tous les guerriers arvernes et, à Gergovie, sa capitale, se pose en chef de la révolte. Puis, il envoie des ambassades dans toutes les républiques gauloises afin de les rallier à sa cause.
Tout va alors très vite : Lucter, du Quercy, lui gagne le Rouergue et occupe pour lui le Lot et le Gévaudan, aux frontières de la Gaule romaine, avant de pénétrer en Provence et en Languedoc ; pendant ce temps, Vercingétorix, profitant  de la division des forces ennemies, marche sur les camps d’hiver des Romains, dans le Nord.
Mais César, averti du danger, ne tarde pas à reparaître…
La Gaule, terre brûlée

Bas-relief représentant un combat entre un Romain et un Gaulois.
Bas-relief représentant un combat entre un Romain et un Gaulois.

A la tête de ses légionnaires, le proconsul romain stope l’avance des Gaulois de Lucter, les repousse hors de Provence et décide d’éteindre la révolte dans l’œuf. Elle a commencé en Auvergne, c’est l’Auvergne qu’il attaquera ! Risquant le tout pour le tout, César franchit les Cévennes enneigées en plein hiver et fond comme un aigle sur le sud du pays.
Mais, grâce à un excellent système de routes praticables, il ne faut que quelques jours au chef arverne, alors aux environs d’Avaricum (Bourges), pour rebrousser chemin. Voyant cette armée considérable marcher sur lui, César, à la tête de ses huit légions, quitte l’Auvergne et se réfugie précipitamment chez les Éduens, ses alliés de toujours, avant de s’emparer de toutes les grandes villes gauloises qu’il croise sur sa route.
Vercingétorix, quant à lui, sait déjà qu’il ne pourra pas affronter les tacticiens romains en rase campagne : il préfère les harceler. Appliquant une politique de terre brûlée, il affame les Romains et les pousse à la faute.
Le premier affrontement a lieu à Noviodunum (Nevers). César vient d’accroître son prestige en s’emparant d’Orléans quand les guerriers gaulois fondent sur ses légionnaires. La victoire semble acquise quand le Romain, désespéré, tire sa « dernière cartouche » : il envoie à l’assaut la terrible cavalerie des Germains… Les Gaulois plient et se retirent, dépités. Mais cela ne fait que confirmer la stratégie de Vercingétorix qu’il déploiera à Avaricum (Bourges).
La capitale des Bituriges était, selon les dires de ses habitants, « la plus belle cité de Gaule » : aussi supplièrent-ils le chef arverne de l’épargner. Craignant, en anéantissant cette cité, de s’aliéner les grandes tribus gauloises, Vercingétorix cède de mauvais gré. Immédiatement après, César met le siège devant Avaricum…
La cité des Bituriges est presque totalement entourée de marécages et seul le sud est dégagé, laissant un étroit passage pour l’atteindre. C’est là que César prend position et entame le siège… sous l’étroite surveillance de l’armée gauloise qui s’est établie sur des buttes, à quelques kilomètres au sud. Et d’assiégeant, César devient vite l’assiégé…
Privés de vivres par les Gaulois, harcelés dans leurs fortifications, les Romains sont près de capituler quand Vercingétorix, qui peine de plus en plus à discipliner son armée, décide l’évacuation de la ville par le nord et la destruction de tous les vivres. Selon les dires de César lui-même, ce sont les cris des femmes et le grand tumulte qui accompagnait l’évacuation qui lui ouvrit les yeux. Comprenant le stratagème, il rassemble ses légionnaires et, dans un ultime effort, s’empare de la ville.
Ce qui pourrait paraître comme le premier échec important de l’Arverne va se transformer en gloire pour Vercingétorix. N’avait-il pas conseillé de détruire la ville ? N’a-t-il pas prouvé la valeur de sa politique de terre brûlée ? Au lieu d’être hué, l’Arverne est littéralement acclamé et définitivement reconnu comme le chef suprême de la révolte. Avaricum est une victoire politique… Gergovie sera une victoire militaire !
Le bouclier arverne
Avaricum prise, César peut croire à la victoire. Il se sépare de quatre légions, qu’il place sous les ordres de son lieutenant, Labiénus, avec ordre de juguler la révolte des Parisiens, et se dirige vers la capitale arverne. À Gergovie, il espère porter un coup fatal à l’insurrection.
Vercingétorix, qui ne démord pas de sa stratégie, tente d’épuiser son adversaire. Longeant la rive gauche de l’Allier, il coupe tous les ponts, obligeant les Romains à descendre toujours plus au sud pour trouver un gué. Le printemps est là et la montée des eaux semble un rempart idéal pour les Gaulois. Mais le rusé proconsul finit par prendre les Gaulois par surprise et, traversant la Limagne, se précipite vers Gergovie. Quand il arrive, Vercingétorix a organisé la défense de la ville et, comme à Avaricum, s’est établi avec Teutomate, chef des Nitiobriges d’Aquitaine et ancien « ami de Rome », sur les hauteurs environnant l’oppidum.
Condamné à installer son campement au pied des Dômes, César fait une cible idéale pour les archers et les cavaliers gaulois qui ne manquent pas une occasion de persécuter ses soldats. Et seul le poste avancé installé sur le piton de la Roche-Blanche permet au Romain d’organiser des attaques et d’assurer une défense relativement efficace.
Alors que César a quitté le camp pour regagner à sa cause les cavaliers éduens révoltés, une première attaque en force des Gaulois manque de débouter les Romains de toutes leurs positions. Une fois de plus, c’est la cavalerie germaine qui retourne la situation… Mais, chaque jour, la position des Romains est de plus en plus précaire, aussi César décide-t-il de faire une dernière tentative.
L’une des portes de l’oppidum, qui donne sur un col en pente douce, a été repérée par César. Vercingétorix, devinant les projets du Romain, met hâtivement cette porte en état de défense maximale.
Le jour de l’attaque, César, qui a suivi les mouvements des troupes gauloises, feint d’attaquer le col tout en envoyant le gros de ses troupes à l’assaut de l’oppidum, là où sont installés les guerriers de Teutomate…
Pris de vitesse, l’Aquitain n’a que le temps d’avertir Vercingétorix qui revient à bride abattue sur l’oppidum. Quand il arrive, les premiers assaillants escaladaient déjà le mur d’enceinte. Emportés par une fureur destructrice, les Gaulois les massacrent et César doit se replier précipitamment derrière les tranchées de son camp. Peu après, il abandonne le siège…
La nouvelle se propage alors comme une traînée de poudre. Dans toute la Gaule, le nom de Vercingétorix, vainqueur de César et libérateur du pays, est sur toutes les lèvres !
Le combat des chefs
Après ce « coup de pub » extraordinaire, les nations gauloises les plus hésitantes, y compris les Éduens, se joignent comme un seul homme derrière le vainqueur de Gergovie.
L’armée de César, renforcée par les quatre légions de Labiénus, met le cap sur l’Italie. Menacé de tous côtés, condamné à louvoyer, César dirige son armée sur la Saône quand il est intercepté par Vercingétorix, venu en droite ligne de Bibracte, où il a été reconnu par tous comme unique chef de la nouvelle unité gauloise lors d’une assemblée extraordinaire de tous les chefs gaulois.
Gardant à ses côtés les hommes nécessaires au harcèlement des légions romaines, Vercingétorix disperse les autres avec pour mission de conquérir les provinces romaines de Gaule. Peu après, d’ailleurs, le Languedoc et le Vivarais sont occupés…

Arme gauloise.
Arme gauloise.

C’est sur les bords de l’Ouche que se situe la rencontre des deux armées. Là, à la vue de l’armée en fuite, Vercingétorix enflamme le cœur de ses hommes :
-Les Romains, leur dit-il, s’enfuient dans leur province et abandonnent la Gaule. C’est assez pour assurer la liberté du moment mais trop peu pour la paix et le repos de l’avenir ! Ils reviendront avec de plus grandes forces et la guerre sera sans fin !
Frissonnant d’ardeur guerrière, les chefs de la nombreuse et superbe cavalerie gauloise, que Vercingétorix a désignés pour mener l’assaut, prêtent serment devant les dieux : ils ne regagneront leur toit et leur famille qu’après avoir traversé deux fois, de part en part, la colonne ennemie !
Les Gaulois chargent l’arrière-garde romaine, donnant l’assaut sur trois flancs. Mais c’est alors qu’apparaissent… les redoutables cavaliers germains ! Le combat traîne en longueur, la résistance est farouche et César, à la tête d’une troupe de choc, porte tour à tour secours aux hommes les plus en difficulté. Lui-même manque de finir prisonnier ! Saisi à bras-le-corps par un solide géant gaulois, il ne doit la liberté qu’au manque de discernement du guerrier qui croyait ne tenir qu’un vulgaire officier. Seule l’épée du Romain restera sur le champ de bataille…
Finalement, l’acharnement des auxiliaires germains fait tourner l’avantage. Attaquant, massacrant, ils forcent les Gaulois à la retraite. Alors, c’est la débandade !
Atterré par cette cuisante défaite, Vercingétorix se replie précipitamment dans la forteresse d’Alésia, ancien lieu sacré de la Gaule. Mais les dieux semblent avoir abandonné le chef arverne… Poursuivant les fuyards, César entreprend d’affamer les assiégés.
Un nouvel échec de la cavalerie gauloise face aux Germains convainc Vercingétorix de transformer ses cavaliers en estafettes : l’appel au secours du jeune chef résonne bientôt à travers toute la Gaule…
Mais à peine les cavaliers ont-ils traversé les lignes romaines que César met en branle un formidable système de fortifications et de tranchées.
Trois fossés de quinze pieds de large et de profondeur entourent l’oppidum, l’un rempli d’eau, l’autre hérissé de pieux. Derrière ces fossés, s’élèvent le terrassement et la palissade du campement, elle aussi protégée de pieux acérés. Enfin, d’autres fossés ou puits, tapissés de pieux aigus, de pointes de fer, recouverts de terre et de branchages, sont creusés sur environ huit rangs. Ceci achevé, César ordonne la même disposition de l’autre côté du camp, pour parer à une éventuelle attaque des troupes de secours.
Alésia est verrouillée…
L’ultime bataille
En moins d’un mois, l’armée de secours, réunie sous le commandement de Comm « l’Artebate », ou « l’Artésien », rejoint Alésia à marche forcée.

Vercingétorix se rendant à César (gravure du XIXe siècle).
Vercingétorix se rendant à César (gravure du XIXe siècle).

Quand ils arrivent enfin en vue de l’oppidum, les assiégés, qui n’ont plus de vivres, ont dû expulser les habitants de la ville, hommes, femmes et enfants. Perdus dans le no man’s land qui sépare les deux adversaires, les Mandubiens imploreront la grâce de César… en vain !
À l’arrivée de Comm, les assiégés reprennent courage et, dans un dernier sursaut d’énergie, se lancent à l’attaque. Pris entre deux feux, les Romains résistent tant bien que mal aux ravages que font les archers gaulois dans leurs rangs, jusqu’à l’arrivée… des cavaliers germains ! « Massés en un seul point, en escadrons serrés, les cavaliers germains chargent l’ennemi et le refoulent » puis ils isolent les archers et les massacrent un à un…
Une deuxième attaque a lieu de nuit : c’est un nouvel échec et, au lever du jour, César, satisfait, peut contempler les pièges et les chausse-trappes jonchés de corps empalés. César a prouvé son génie militaire mais il semble que les forces gauloises soient inépuisables et, le troisième jour, environ cinquante mille nouveaux guerriers surgissent du nord de la ville et lancent un ultime assaut.
Les Gaulois se déploient sur tout le nord et l’ouest des fortifications, sachant pertinemment que le proconsul ne pourra résister à une attaque d’une telle ampleur à l’intérieur et à l’extérieur du siège. Pourtant, une fois de plus, les Romains sont sauvés par les Germains qui prennent l’armée de secours à revers et la mettent en pièces.
Les lauriers de César
Les vivres sont épuisés et le désespoir s’est emparé des assiégés après cette dernière défaite. Une seule chose pourra sauver les Gaulois révoltés : le sacrifice du chef.
Alors que tous les chefs gaulois se rendent, désarmés et vaincus, à César, le proconsul voit se présenter celui qui lui a tenu tête neuf mois durant. Paré de ses plus beaux ornements, Vercingétorix, dans le silence le plus complet, jette ses armes aux pieds de son vainqueur…
Six ans plus tard, lors du triomphe de César, les Romains peuvent contempler le fier guerrier, tout juste sorti de la prison Mamertine, enchaîné et amaigri. Le lendemain, il est exécuté…
Ainsi finit le héros de nos siècles anciens, conclut Henri Martin ; ainsi tomba cette première France qu’on appelait la Gaule…

L’éphémère empire des Hittites

Guerriers nubiens de l'armée égyptienne.
Guerriers nubiens de l’armée égyptienne.

La Bible comme les textes égyptiens évoquent volontiers certains peuples, désormais oubliés. C’est le cas de Hittites qui apparaissent, au début du IIe millénaire avant J.-C., au nord-est de l’Asie mineure. D’origine indo-européenne, les Hittites vont rapidement s’intégrer au monde oriental. Surtout, ils vont adopter l’usage de son écriture, dite cunéiforme. On retrouve malgré tout un terreau indo-européen, un héritage qui perdure dans l’application de la réparation en lieu et place de la loi du talion en usage en Orient, ou encore dans la structure même de la société hittite, qui était de type féodale. Enfin, les Hittites connaissaient l’emploi du fer qu’ils contribueront à répandre en Orient.
Créé sur les cendres du royaume de Hattousa, le premier empire hittite, apparu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Anatolie, ne durera guère, en proie qu’il était aux divisions internes. Mais deux siècles plus tard, les Hittites seront amenés à jouer un grand rôle. A leur tête, Moursil Ier qui s’empare d’Alep, puis de Babylone (1515 avant J.-C.) où il renverse la dynastie amorrite.Dès lors, les Hittites menacent la Syrie du Nord, qu’ils disputent aux Mitanni. Ces derniers s’allieront aux Egyptiens dans l’espoir d’échapper aux Hittites, en vain. Au XIVe siècle avant J.-C., Souppilouliouma, le plus grand souverain hittite, impose aux Mintanni une de ses créatures et constitue un véritable Etat fédéral qui s’étend du Pont-Euxin à l’Oronte et à l’Euphrate, englobant l’Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu’à Jérusalem.
Trois ennemis viendront à bout de l’empire de Souppilouliouma . Les Assyriens, alliés aux « peuples de la mer, et les Egyptiens. Les jeux d’alliances se multiplieront entre ces trois forces, qui, tout au long du XIIIe siècle avant J.-C. Ne cesseront de se combattre. Les grands perdants, dans cette affaire, seront les Hittites dont la force disparaît vers 1200 avant J.-C.. Seul leur nom subsistera encore… jusqu’au VIIe siècle avant J.-C., sur une mince bande de terre des bords de l’Euphrate.

Sparte écrase Athènes

Depuis une soixantaine d’années, Sparte et Athènes, les deux plus importantes métropoles de la Grèce antique, s’opposent. Face à l’ambition d’Athènes, Sparte reste le seul recours des autres villes du Péloponèse, telles Corinthe et Thèbes. La guerre débute réellement en 431 av. J.-C..
Sparte, réalisant sa faiblesse sur mer, forge une marine expérimentée. Et en 408 av. J.-C., Athènes perd totalement le contrôle des mers au profit de son adversaire.
La chute d’Athènes n’est plus qu’une question de temps et assiégée par le roi Pausanias sur terre et par la flotte de Lysandre, la cité d’Athènes finit par capituler , le 25 avril 404 av. J.-C..

L’Empire du Grand Roi

Le dais royal : vestige de l'époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.
Le dais royal : vestige de l’époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.

En 334, lorsqu’Alexandre le Grand s’en empare, l’Empire perse -ou achéménide, du nom de la dynastie régnante- est vieux de plus de deux siècles. En effet, dès le milieu du VIe siècle avant J.-C., le peuple perse, mené par Cyrus le Grand, s’est lancé à la conquête des royaumes du Moyen-Orient. À l’époque de Darius, cet empire s’étend de l’Égypte à l’Indus et du Syr-Darya au golfe Persique.
Soutenu par la noblesse perse qui fournit les administrateurs et les généraux dont il a besoin, le Grand Roi maintient l’unité de l’Empire autour de sa personne. Il est représenté dans toutes les provinces de l’empire par des satrapes d’origine perse et les routes royales, qui relient les provinces les plus éloignées avec les centres de décision, permettent une administration unifiée. Enfin, pour asseoir son pouvoir avec efficacité, le Grand Roi possède un trésor immense qui lui permet d’entretenir une armée considérable qui est capable de faire immédiatement face au moindre soulèvement comme à une invasion d’origine étrangère.
Malgré la domination perse, chaque pays garde sa langue, son écriture, sa religion de même que ses coutumes. Ainsi, les Perses ont pu fonder un pouvoir durable avec la collaboration active des élites locales, comme tentera de le faire, à son tour, Alexandre le Conquérant.

Mon père ce héros

Sacrifice fait aux Mânes (d'après une fresque antique).
Sacrifice fait aux Mânes (d’après une fresque antique).

Qu’est-ce qui, à l’époque antique, a initié le culte des morts et des ancêtres ? On sait que dans la Grèce primitive, les morts se voyaient dévolus à une sorte de non-mort, à un état de semi-conscience de l’âme qui errait, sans but et sans raison, dans les Enfers. L’absence de conscience, de châtiments aussi, devait conduire fort logiquement au désintérêt total des vivants pour les morts… Pourtant, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les Grecs comme les Etrusques et plus tard les Romains vont faire du culte des morts un des axes majeurs de leurs religions. Les Etrusques plus que les autres, eux qui élèveront d’imposants monuments en l’honneur de leurs ancêtres. Mais ce culte des morts, plus qu’un hommage aux ancêtres, doit être vu et compris comme une promotion des vivants à travers l’héroïsation des ancêtres. En clair, plus on rendait un culte important à ces ancêtres, plus on en faisait des personnages importants, plus on était, soi-même, important, le culte des morts agissant dès lors avec un "effet boomerang". Mon père était un héros, j’en suis donc un également -implicitement. D’où la création d’une véritable aristocratie des vivants comme des morts. D’où également une divinisation des morts, que l’on reconnaît aisément dans le culte rendu aux dieux lares.

Héraclius : l’espoir déçu

Reproduction d'une monnaie d'Héraclius.
Reproduction d’une monnaie d’Héraclius.

Lorsque, en octobre 610, Héraclius, fils d’un exarque (gouverneur en charge de l’autorité civile et militaire d’un territoire généralement situé aux marches de l’empire) de Carthage, renverse l’usurpateur Phocas et s’empare du trône, l’empire est dans un état lamentable. Divisé sur la question du monophysisme -qui ne reconnaissait au Christ qu’une seule nature, la nature divine- ; menacé par les Perses, qui envahiront d’ailleurs l’Asie mineure, puis s’empareront de Jérusalem et de l’Egypte ; bousculé par les Lombards et les Avars qui, après l’Italie, atteignent Constantinople : l’empire, décidément, était au bord de la ruine, pour ne pas dire de l’implosion. De fait, les dix premières années du règne d’Héraclius n’ont rien de bien concluantes. Mais dès 620, il semble que la roue ait enfin tourné : Héraclius achète la retraite des Avares ; mène la réorganisation de l’armée et de l’administration ; isole -diplomatiquement- les Perses avant de se lancer dans une véritable croisade contre la dynastie sassanide. Une victoire près de Ninive, puis l’assassinat du souverain (628) allait plonger l’empire perse dans une guerre civile qui, logiquement, allait reléguer les menaces sur l’empire byzantin à une problématique d’un autre temps. Profitant de son avantage, Héraclius devait se faire rétrocéder l’Egypte et Jérusalem, où l’empereur devait faire une entrée triomphale "armé" de la Vraie croix !
Cette année 630 devait marquer le triomphe d’Héraclius mais également le début du déclin du règne d’Héraclius. L’empire, épuisé par les efforts consentis lors de la lutte contre les Perses, se retrouve démuni face à la déferlante arabe. Bosra, en 634, mais surtout Yarmouk en 636, ouvrent, avec la défaite grecque, la route de la Syrie aux cavaliers musulmans. Jérusalem tombera en 638, la Mésopotamie l’année suivante, l’Egypte également. Plus tard, ce sera l’Afrique du Nord, l’Espagne même…
Focalisé sur le danger perse, Héraclius aura juste mésestimé le phénomène arabe, épuisant les forces de l’empire en une lutte inutile. L’empire s’étant de lui-même éliminé dans la défense de l’Orient comme de l’Occident, défense qui faisait partie de sa nature, les arabes auront alors beau jeu de se lancer à l’assaut du monde.

Tibère, l’empereur républicain

Buste de l'empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).
Buste de l’empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).

Si Auguste avait fait semblant de respecter la République tout en mettant en place l’empire -ou du moins le principat-, Tibère, son successeur sera bel et bien empereur… sans pour autant en avoir l’envie, le désir. Et il s’en faudra de peu pour que le rêve d’Auguste ne s’effondre avec un retour à la République.
De fait, lorsque Auguste meurt, en 14 après J.-C., c’est le règne de l’incertitude et de l’inaction. Tibère ne veut pas réclamer les pouvoirs qui lui seront nécessaires pour régner ; et le Sénat hésite à accéder à la volonté d’Auguste et à reprendre les pouvoirs qui lui avait été ravis, ce qui équivaudrait  à un retour à la République pleine et entière et non plus apparente comme sous le « règne » d’Auguste. Un mois durant, le Sénat va hésiter, osciller pour finalement octroyer à l’héritier désigné ce qui signe l’acte de décès de la République. Le plus étonnant, c’est que Tibère sera sans nul doute l’empereur le plus attaché aux valeurs de la République, celui qui la regrettera la plus, qui comprendra le plus ce qu’elle représentait… pour la bonne et simple raison qu’il était lui-même fils de la République.
Né en 42 avant J.-C., Tibère est le fils d’un officier d’Auguste. Il ‘a que quatre ans lorsque sa mère, alors enceinte de son frère Drusus, se sépare de son père et épouse Auguste. La question de sa succession va être au coeur des dernières années de « règne » d’Auguste et le moins que l’on puisse dire c’est que Tibère n’était pas dans ses préférés. Son frère, Drusus, avait plus de charme aux yeux d’Auguste ; mais surtout, celui-ci comptait sur sa fille, Julie, mariée à Agrippa, un général, pour lui assurer une descendance. Elle semblait devoir être incarnée par les fils d’Agrippa et de Julie, Caïus et Lucius, mais la mort d’Agrippa, en 12 avant J.-C., allait poussé Livie, la mère de Tibère, à jouer la carte de ses rejetons : elle poussa Tibère à se séparer de sa femme et à épouser Julie, devenant de fait le beau-fils et le gendre d’Auguste. La mort de Drusus, en 9 avant J.-C., puis celle des deux petits-fils d’Auguste, en 2 et en 4 après J.-C. Avait fait le vide dans les prétendants désignés à la succession d’Auguste. Ne restaient que Tibère et que le fils de Drusus, son neveu Germanicus, qu’il adoptera alors même qu’Auguste faisait de Tibère son fils. Un imbroglio dynastique qui sera l’apanage de la dynastie julio-claudienne. Avec lui commence la dynastie des julio-claudiens, les premiers, la gens Julia, descendant d’Auguste, la seconde, la gens Claudia, descendant, comme Tibère lui-même, de Livie.
Au final, c’est donc le plus républicain des héritiers d’Auguste qui accède au pouvoir. Après les expéditions menées sous l’autorité de son beau-père et père, Tibère va préférer jouer la paix, en préservant a Pax romana, ce qui consistait à ne pas entreprendre d’expéditions offensives et à se contenter des frontières existantes de l’empire. Côté politique intérieure, Tibère va, dans un premier temps, augmenter les pouvoirs du Sénat. Mais rapidement, la gestion familiale de Tibère va entrainer de vives tensions avec le Sénat, preuve qu’il est désormais acquis que la République est morte puisque des affaires de familles deviennent des affaires d’Etat. Les tensions seront même telles que Tibère, dégoûté des attaques incessantes du Sénat qui l’accusait d’avoir fait assassiner son neveu -le fils de Drusus- Germanicus, et des complots multiples, décidera de quitter Rome et de se retirer à Capri (26 après J.-C.). Atteint, selon Tacite et Suétone -dont la partialité est à démontrer- de délire de persécution, voir de folie, l’empereur avait laissé le pouvoir aux mains de son conseiller, Séjan qui saura largement en tirer profit. De fait, durant quelques années, c’est bien Séjan qui gouverne l’empire. C’est lui aussi qui multiplie les tensions, quitte, pour se faire, à inventer des complots : assassin lui-même de Drusus, le fils de Tibère, Séjan tentera d’impliquer les héritiers de Germanicus dans ses intrigues contre l’empereur. Le complot dénoncé, Agrippine la vieille, épouse de Germanicus, ainsi que deux de ses fils seront emprisonnés et Séjan tué avec toute sa famille (31 après J.-C.). Seul survivant de l’affaire : Caligula, le dernier fils de Germanicus et d’Agrippine, qui sera l’héritier de Tibère. Ce dernier, toujours retiré à Capri, mourra en 37. L’histoire veut qu’il soit tombé évanoui et que l’on ait cru un peu rapidement à sa mort. Le préfet s’étant empressé de proclamer Caligula empereur devait rapidement rectifier son erreur… en étouffant Tibère qui venait de reprendre connaissance.