C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

Il était une fois… Rome

La louve de Rome allaitant Romulus et Rémus.
La louve de Rome allaitant Romulus et Rémus.

L’histoire des origines de Rome est si imprégnée des légendes que se sont créées les Romains qu’on en oublierait presque –et de fait on l’oublie- que la création de cette cité tient d’une histoire bien réelle.
C’est à Tite-Live, Plutarque ou Denys d’Halicarnasse que l’on doit la très belle légende de la fondation de Rome. S’inspirant de sources relativement tardives, de sources destinées, comme leurs écrits d’ailleurs, à ancrer le peuple romain dans un passé extraordinaire, pour ne pas dire divin, ils vont faire de Rome, admiratrice inconditionnelle de la civilisation grecque, l’héritière de la superbe Troie. Selon Varron, qui vit à l’époque de César, Rome aurait été fondée en 753 avant J.-C. par Romulus, le fils de Mars et d’une descendante d’Enée –un fils du roi troyen Priam. Romulus, ayant marqué d’un sillon les limites de la première Rome –la Roma quadrata-, fera de la cité un refuge pour les vagabonds et les hors-la-loi. Des hors-la-loi qui n’allaient pas tarder à trouver femmes en enlevant les Sabines.
Romulus sera le premier des sept rois de Rome. Après sa mort, en 715 avant J.-C., trois souverains sabins, Numa Pompilius, Tullus Hostilius et Ancus Martius, lui succèderont. C’est à eux que Rome devra l’organisation de la vie religieuse, la domination d’Albe-la-Longue, l’éternelle ennemie, et l’extension de la cité jusqu’au port d’Ostie.
Ruines du forum romain (gravure du XIXe siècle).
Ruines du forum romain (gravure du XIXe siècle).

Trois rois étrusques, Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe, règneront à leur suite –et après avoir déposé les fils d’Ancus Martius. Le premier assura le pouvoir de Rome sur le Latium et débuta la construction du Capitole, le second engloba les sept collines dans les enceintes de la cité –devenue une véritable capitale- et le troisième, malgré sa préputation de tyran, acheva le Capitole et créa la Cloaca Maxima –les égoûts de Rome-, ce qui laisse à penser que la ville était déjà d’une taille respectable. Autant d’améliorations qui n’effacent pas la violence du dernier règne des Tarquins, lequel devait s’achever avec la révolte des nobles romains, menés par un certain Brutus –l’ancêtre de celui qui assassinat César- et l’établissement de la République.
L’histoire avec un grand H
L’histoire est si précise qu’on s’y laisserait presque prendre, oubliant qu’il ne s’agit pas là de faits mais de littérature. On aurait tort, cependant, de gommer entièrement ce récit, certes en bonne partie légendaire. Car il s’inspire, c’est certain et l’archéologie le confirme, de faits historiques.
Placée au cœur de la plaine fertile du Latium, environnée de sept collines –ce qui lui donnait une situation stratégique de premier plan-, Rome fut sans doute habitée dès le Xe siècle avant J.-C.. Dès le VIIIe siècle avant notre ère, sept villages –les Septimonium-, chacun placé sur une colline, allaient former une ligue politique et économique. D’abord dominé par les Sabins, installés sur le Quirinal et le Viminal, la ligue et le Latium tout entier allaient bientôt subir la domination étrusque. Deux périodes bien nettes qui correspondent aux dynasties sabines puis étrusques de la légende. Une légende qui, tout en se montrant fortement hostile au souvenir de ces souverains, leur reconnaît néanmoins une influence bénéfique dans l’extension romaine. Et en effet, ce sont bien les Etrusques qui seront les véritables fondateurs de Rome. Jusqu’à lui donner son nom, Rumon, qui signifie « Ville-du-fleuve ».
Ainsi onc naquit la grande, l’étonnante Rome. Et historique ou littéraire, c’est son histoire tout entière qui est digne d’une légende…

Akhenaton, le pharaon du soleil

Dessin d'après une statue supposée d'Akhenaton.
Dessin d’après une statue supposée d’Akhenaton.

C’est au XIXe siècle, alors qu’à la suite de l’expédition de Bonaparte et des découvertes de Champollion l’Egypte était devenue le terrain de chasse privilégié des archéologues, qu’apparaît le nom d’Akhenaton ou Akhnaton.
Oublié de la liste des monarques établie par Manéthon, effacé de la mémoire des hommes et des annales égyptiennes, Akhenaton ne doit sa « résurrection » qu’à l’obstination de quelques aventuriers, comme von Humboldt,, las de parcourir les sites de Karnak, Louxor ou Thèbes, de quelques égyptologues, tels Gaston Maspéro. Pourtant, il est à compter au nombre des pharaons majeurs de l’histoire de l’Egypte antique.
Fils d’Aménophis III, sans doute, comme c’était la coutume, co-régent avec lui entre 1379 et 1367 avant J.-C., Aménophis IV, devenu par la suite Akhenaton, règnera jusqu’en 1362. Dix-sept années de règne, dont seulement cinq sans son père, qui vont être le théâtre d’une véritable tentative de bouleversement religieux, d’une révolution.
Si l’on associe immanquablement Aménophis IV à la révolution atonienne, il paraît bien difficile cependant de penser qu’elle ne s’est jouer que sous son règne. Né dans les temples d’Héliopolis, le culte d’Aton semble avoir fait l’objet d’une certaine bienveillance sous le règne d’Aménophis III qui, déjà, avait baptiser son navire « Splendeur d’Aton ». Un culte qui, surtout, avait l’avantage non négligeable d’atténuer le pouvoir immense des prêtres d’Amon –dont on sait qu’ils « règneront » même sur une partie de l’Egypte. Sans doute est-ce donc dans cette volonté de contrebalancer le pouvoir des prêtres de Thèbes qu’il faut comprendre l’intérêt premier que les pharaons verront dans le culte d’Aton. Favorisé par le père, donc, et par son épouse, la nubienne Tiy, le culte atonien connaît la consécration à l’avènement d’Aménophis IV. De fait, le nouveau pharaon va alors tenter d’imposer, par la force, ce culte au détriment de tous les autres, seul le culte de Rê trouvant grâce à ces yeux. Personnalité mystique, comme le prouve l’Hymne d’Aton attribué au pharaon, Aménophis IV va déposséder les prêtres d’Amon de leurs biens –qui étaient immenses-, de leurs prérogatives –qui l’étaient autant ; il va faire marteler le nom du dieu des stèles et des temples et persécuter ses serviteurs. Enfin, en l’an IV de son règne, soit en 1363 avant J.-C., il changera son nom en celui d’Akhenaton, ce qui signifie « Serviteur d’Aton », quitter Thèbes pour établir sa capitale à Akhetaton –actuel site de Tell el-Amarna-, une région vierge de toute divinité.
Le changement était radical. Car si le culte était toujours tourné vers une divinité céleste, il était désormais accroché à la célébration de la vie quant les cultes osiriens ou amonites se préoccupaient avant tout de la mort, de l’au-delà. Surtout, c’était un culte sans intermédiaire, si ce n’est le pharaon lui-même, devenu un véritable roi-prêtre. Un pharaon qui, se faisant, se réappropriait le pouvoir religieux, comme au temps des premiers souverains. Rien de plus qu’un retour aux sources en fait. Mais c’était sans compter avec les prêtres d’Amon…

Hiéroglyphe reconstitué d'Akhenaton.
Hiéroglyphe reconstitué d’Akhenaton.

Entièrement préoccupé de son dieu et du culte qu’il lui rendait dans la cité qu’il lui avait dédiée, Akhenaton va rapidement délaisser les affaires de l’empire. Des révoltes, favorisées par les prêtres d’Amon, éclatèrent un peu partout dans le royaume ; les pays voisins en profitèrent pour s’émanciper, voir pour s’emparer de provinces vassales de l’Egypte. Néfertiti elle-même, qui avait pourtant jouer un rôle de premier plan dans l’édification du nouveau culte, fut écartée du pouvoir, sans doute parce qu’elle avait entamer une réconciliation avec les prêtres thébains. De son remplaçant comme co-régent, Sémenkharê, on ne sait pas grand-chose, pas même son origine. Certains ont voulu y voir Néfertiti elle-même, associée comme « pharaon ». Mais l’hypothèse ne tient guère, d’autant que Néfertiti semble avoir conserver, malgré sa disgrâce, un palais à Tell el-Amarna, d’où elle poursuivra les tractations, où elle accueillera Toutankhamon. C’est d’ailleurs lui qui, à la mort d’Akhenaton, lui succèdera, rétablissant le culte d’Amon, reprenant le chemin de Thèbes. Dès lors, la cité du dieu Aton sera rendue aux sables, toute trace du passage d’Akhenaton sera effacée des fresques et des tombeaux. Seule la découverte de tablettes de correspondance et le manque de rigueur des hommes délégués au saccage de la cité d’Akhetaton permettront, des siècles plus tard, de faire état de ce règne où certains ont voulu voir l’émergence d’un monothéisme égyptien.

Babylone, l’orgueil des Chaldéens

Bas-relief retrouvé à Ninive.
Bas-relief retrouvé à Ninive.

C’est sous la domination des Assyriens que commence le Ier millénaire avant J.-C.. Marchands, diplomates, dotés d’une langue proche de l’akkadien, les Assyriens vont se faire guerriers au service de souverains adeptes de la conquête. Téglat Pileser Ier –qui règne de 1112 à 1073 avant J.-C.- passera ses trente-neuf années de règne dans une guerre permanente, passant pas moins de vingt-huit fois l’Euphrate. Autant dire que l’armée était alors une armée professionnelle et permanente et qui le restera sous ses susccesseurs : Sargon d’Assyrie (721-705 avant J.-C., Sennachérib (705-681), Assarhaddon (681-669) et Assurbanipal (669-627). Babylone ne sera alors guère plus qu’une province de l’empire assyrien, alors dominé par la capitale, Ninive. Une province riche cependant et que les souverains assyriens gouverneront directement ou au travers de rois fantoches. Une province en proie à la révolte cependant et qui, au cours de l’une de ces révoltes va faire périr le fils aîné de Sennachérib. Pillée, brûlée, entièrement rasée sur ordre de l’Assyrien, Babylone n’est plus qu’un immense marécage…
La destruction de la ville provoque un choc immense. À la mort de Sennachérib, son fils et successeur, Esarhaddon, réalise que jamais les rois d’Assyrie ne se feront accepter après un tel outrage… à moins de faire réparation. Le nouveau roi va donc se consacrer entièrement à la reconstruction de l’antique cité, lui redonnant sa splendeur passée, dotant ses temples de richesses immenses. Reconnaissante, la Babylonie se soumet au roi assyrien, plus sûrement que s’il l’avait conquise avec les armes.
À la mort d’Esarhaddon, ses deux fils se partagent l’immense empire de leur père : Assurbanipal, le cadet, reçoit l’Assyrie en héritage et son frère aîné, Shamash-shum-ukin, la Babylonie, vassale de l’Assyrie. Une vassalité pour la forme, une soumission de peu de temps, Assurbanipal récupérant bientôt la possession de son frère.
Déjà sous le règne d’Assurbanipal l’empire assyrien touche à sa fin. Et en 612 avant J.-C., les Babyloniens s’allient aux Mèdes afin de repousser les suzerains de Ninive. La capitale assyrienne tombe et un nouvel empire babylonien semble devoir renaître. Un empire dont la figure la plus marquante est le célèbre Nebuchadnezzar II, plus connu grâce à la Bible sous le nom de Nabuchodonosor, second roi de la dynastie chaldéenne. Ninive détruite, il fera plier les armées égyptiennes, s’emparera de la Syrie et de la Palestine, soumettra, par deux fois, la ville de Jérusalem.

Des prisonniers de guerre conduits au souverain, d'après un bas-relief antique.
Des prisonniers de guerre conduits au souverain, d’après un bas-relief antique.

Grand conquérant, Nabuchodonosor se révèlera, aussi, un souverain sage et soucieux de son peuple et c’est à lui que l’on doit les plus magnifiques constructions de Babylone, qui feront de la capitale la « perle des royaumes, l’orgueil des Chaldéens ».
La période néo-babylonienne, qui marque la fin du royaume indépendant, sera, aussi, celle de toutes les audaces artistiques et architecturales. La cité atteint alors un degré de splendeur inégalée avec les « jardins suspendus » du palais-sud et la superbe muraille qui ceint la ville, deux ouvrages qui comptent parmi les Sept Merveilles du monde.
Une splendeur qui attisera le désir de conquête des Perses, avec Cyrus le Grand –il annexe la ville et sa région à l’empire perse en 539 avant J.-C.-, puis des Grecs avec Alexandre le Grand.

La guerre de Troie a bien eu lieu

Hélène, Priam, Achille, Ménélas, Hector, Ulysse : autant de noms et de personnages qui, depuis plusieurs millénaires, stimulent notre imaginaire. Selon les Anciens, la guerre de Troie, racontée par Homère dans l’Iliade, se serait terminée, le 29 mai 1183 avant J.-C., avec la prise de la ville par les Grecs qui, après dix ans de siège, s’en sont emparés en cachant trois cents de leurs hommes dans le ventre d’un cheval de bois offert à Athéna, déesse protectrice de la ville.
Plus sérieusement, les historiens et les archéologues, après des années de recherche, ont mis au jour le site de l’ancienne Troie, détruite par les Grecs qui voyaient dans cette puissante ville un obstacle à la colonisation des rives d’Asie Mineure. La guerre de Troie a bien eu lieu…

Commode, l’empereur méconnu

Buste de l'empereur Commode, en Hercule (161-192).
Buste de l’empereur Commode, en Hercule (161-192).

Fils du très sage empereur-philosophe Marc Aurèle (121-180), Commode a acquis une large part de ce qui fait actuellement sa célébrité grâce au non moins célèbre film de Ridley Scott, Gladiator. Et s’il est assez rare qu’un cinéaste rende justice à un personnage historique, force est de constater que, dans ce cas précis, Scott ne se fait que l’écho de la plupart des historiens antiques. La question est donc de savoir s’il a eut raison de leur faire confiance…
Car en effet le tableau est des plus sombres. La cruauté, la débauche semblent avoir été son quotidien ; sans compter l’assassinat, y compris dans sa propre famille, et des dépenses telles qu’elles conduisirent quasiment à la ruine de l’Empire. Néron lui-même, prend, à la lectures de ces récits, l’allure d’un saint homme ! D’ailleurs, comme lui, Commode se prenait pour Hercule et, rapportent ses détracteurs, il n’était pas rare de voir l’empereur, ce géant doté d’une taille et d’une force extraordinaires, défier les gladiateurs ou des bêtes sauvages vêtu comme le fils de Zeus. Et si les témoignages de ses contemporains ne suffisaient pas, la numismatique est là pour donner son aval. Ainsi, l’empereur s’était fait représenter portant une massue et drapé d’une peau d’animal sur de nombreuses pièces (Octave, en s’attribuant le titre d’Auguste avait mis les empereurs –en l’occurrence lui-même- au niveau des dieux, alors, se présenter sous les atours d’un fils de Zeus paraît relativement bénin) !
Qu’importe, il lui en sera fait grief !
Comme au dernier représentant de la dynastie des julio-claudiens (Néron), Commode, dernier rejeton de celle des Antonins, se verra accabler de tous les maux, tous les vices, toutes les atrocités. Alors, peut-être, en effet, y a-t-il une part de vérité dans la légende noire qui accompagne les deux empereurs. Mais si la politique exigeait d’oublier avec diplomatie les progrès inspirés par Néron (il suffirait de rappeler la nécessaire réfection de Rome, la mise en place du système contre les incendies), le règne de Commode est tout bonnement à réécrire… Comment, en effet, créditer d’une bonne foi aveugle des textes dictés par le Sénat romain, ou simplement des compte-rendus, quand on sait que le règne de Commode n’a été qu’un affrontement permanent avec ce même Sénat ?
Tout a commencé en 176, quand Marc Aurèle, alors aux prises avec les Germains qui avaient franchi le Danube et menaçaient l’Italie, décida d’associer son fils, Commode, à l’Empire. Une décision qui devait mécontenter fortement les sénateurs, d’abord parce qu’ils n’avaient pas été consultés, ensuite parce qu’ils espéraient bien que Marc Aurèle fasse un choix parmi eux (il est vrai que le fils de l’empereur n’était alors âgé que de quinze ans).
Son père mort (en 180), Commode allait s’emparer des clefs du pouvoir et sa première décision sera de mettre fin au conflit qui perdurait sur les bords du Danube. Plus aucune guerre ne devait troubler le règne du jeune empereur. Mais si la paix régna à l’extérieur des frontières, elle devait faire rage dans les arcanes du pouvoir. On peut d’ailleurs supposer, sans grand danger de se tromper, que si Commode agit avec une telle rapidité, c’est qu’il désirait concentrer toute son énergie à la lutte intestine qui couvait. Bien lui en prit, ses relations avec les sénateurs et l’aristocratie n’ayant cessé de s’envenimer, notamment après qu’il désigné un Bithynien (originaire du nord-ouest de l’Anatolie) puis un Phrygien (également en Asie Mineure) pour conseillers. Les complots se multiplièrent, avec leurs lots de d’exécutions répressives.
Sans compter que cet empereur, décidément hors norme, éprouvait une véritable fascination pour les cultes orientaux, notamment celui de Mithra, auquel, dit-on, il s’initia.
Après avoir échappé à de multiples tentatives d’assassinat, Commode devait succomber, le 31 décembre 192, après seulement douze ans de règne. La légende noire de cet empereur méconnu allait pouvoir se propager… jusqu’au XXIe siècle !

Isocrate : de la rhétorique aux affaires

Un philosophe (détail d'un vase grec).
Un philosophe (détail d’un vase grec).

La rhétorique, l’éloquence sont des arts que pratiquaient volontiers les Antiques. Les Grecs plus particulièrement, qui fondèrent les premières écoles de rhétorique. Aristote lui-même s’y adonna, exposant ses principes dans La Rhétorique ; d’autres philosophes propagèrent la discipline à travers le monde hellénistique, de Pergame à Alexandrie ou à Rhodes. Quant aux « écoles », elles variaient d’un maître à l’autre.
Le plus célèbre d’entre eux, cependant, avait une manière bien à lui de vivre de son art. Isocrate, qui vivait au IVe siècle av.J.-C., avait en effet créé une école exclusivement réservée aux fils de familles aisées. Durant 4 ou 5 ans, ils séjournaient auprès de lui… gratuitement. Et c’est là tout l’art d’Isocrate –hors la rhétorique bien sûr- car, si les étudiants officiels ne payaient pas, tous les étrangers –c’est-à-dire les non-athéniens- assistant à ses leçons étaient invités à payer. Quant aux familles des étudiants athéniens, elles s’acquittaient volontiers de ce qu’on ne leur demandait pas par de splendides présents. Une manière comme une autre de sponsoriser l’enseignement supérieur de leurs rejetons.

Cléopâtre, la dernière reine d’Egypte

Cléopâtre (69-30 avant J.-C.) d'après l'œuvre de Gustave Moreau.
Cléopâtre (69-30 avant J.-C.) d’après l’œuvre de Gustave Moreau.

Son nom signifie "Gloire de mon père" et elle est la première de quatre enfants. Cléopâtre septième du nom, née au cours de l’hiver 69-68 avant J.-C. et elle est la fille de Ptolémée XII Aulète, le "joueur de flûte", un incapable. De fait, le successeur de Ptolémée Ier Sôter est déjà sous la coupe de Rome qu’il charge volontiers d’arbitrer les conflits impliquant l’Egypte et ses voisins, sur qui il comptera pour le rétablir après qu’il ait été évincé par sa propre fille, Bérénice, demi-sœur de Cléopâtre. A la mort d’Aulète, en 51 avant J.-C., c’est donc à Cléopâtre VII qu’échoit le trône d’Egypte ; à elle et à son jeune frère, Ptolémée XIII qu’elle épouse selon la tradition égyptienne. Elle n’a que 18 ans mais fait déjà part d’une grande culture -elle parlait de nombreuses langues- et surtout d’un grand sens politique. Un atout nécessaire tant l’Egypte est alors dans une situation déplorable : la famine sévit, la monnaie est affaiblie et seule la guerre civile que se livre alors César et Pompée met un frein aux ambitions de Rome, fort intéressée par ce royaume et cette cité -Alexandrie-, située au carrefour de tous les commerces, à la jonction entre l’orient et l’occident. Sans compter qu’Arsinoé, sœur de Cléopâtre, et son frère-époux Ptolémée XIII se sont unis pour fomenter des intrigues. Cléopâtre tenter bien de dévaluer la monnaie afin de faciliter les exportations, la révolte éclate à Alexandrie en 48 avant J.-C.… au moment où Pompée est écrasé à Pharsale. César, qui vient de recevoir la tête de son vieil ennemi -cadeau de Ptolémée XIII- a dès lors tout loisir d’arbitrer le conflit entre le frère et la sœur… ce qu’il fera en faveur de Cléopâtre dont il devient l’amant et qui lui donnera une fils, Ptolémée César, dit Césarion, né en 47 avant J.-C..
Cléopâtre est alors maître de son royaume, mais uniquement par la grâce de César ! Sans Rome, elle ne serait rien ; sans Rome, et les gages qu’offrent les pharaons depuis plusieurs générations le prouve, la dynastie des Lagides ne serait plus rien. Or, c’est cela que Cléopâtre veut éviter ; c’est un pouvoir autonome qu’elle espère acquérir et redonner à sa lignée comme à son pays. Et ce sera tout l’objet de sa liaison avec Marc-Antoine.
Lorsque, en 44 avant J.-C., César est assassiné, Cléopâtre prend la fuite et regagne au plus vite Alexandrie. A son retour, elle est confrontée aux pires difficultés : un usurpateur, à la solde de sa sœur Arsinoé, déclare être Ptolémée XIII -qui avait été mis à mort sur ordre de César trois auparavant ; la famine et la peste ravagent le pays. Quant au soutien de Rome, mieux vaut ne pas y compter : la cité est en pleine guerre civile. Une guerre qui se soldera par le second triumvirat romain, offrant le pouvoir à Lépide, octave, petit-neveu de César, et Marc-Antoine, fidèle lieutenant du grand homme. Sans doute dans le but d’affirmer la puissance romaine retrouvée, ce dernier entame une vaste tournée en 42 avant J.-C., tournée au cours de laquelle il se rend en Egypte… Sans doute Marc-Antoine tombera-t-il autant sous le charme de Cléopâtre que de l’Orient. Devenu l’amant de la jeune reine, il fait mettre à mort Arsinoé et le pseudo-Ptolémée XIII et obtient, dans le triumvira, la gestion de l’Orient. Une gestion qui, rapidement, tourne à l’émancipation tant il est clair qu’Antoine a définitivement oublié toute ambition romaine au bénéfice d’un empire oriental. Un empire géré conjointement avec Cléopâtre, dont il devient l’époux en 37 avant J.-C. et à qui il offre Chypre, le royaume de Chalcis, des terres en Cilicie, en Crète et en Judée. Antoine ira même plus loin dans son testament, rédigé en 36-35 avant J.-C.. Cléopâtre et Césarion se voient promettre l’Egypte, la Syrie méridionale et Chypre ; Alexandre Hélios et Cléopâtre Séléné, les jumeaux nés du couple, auraient, pour le premier l’Arménie, la Médie et la Parthie -après conquête évidemment- et pour la seconde  la Libye et la Cyrénaïque. Enfin, le troisième enfant du couple, Ptolémée Philadelphe, se voit promettre la Syrie du Nord, la Phénicie et la Cilicie. Le tout serait régenté par Cléopâtre elle-même. Qu’espérer de plus pour l’héritière des pharaons, la descendante de Ptolémée ! Certainement, Cléopâtre n’avait pas osé en rêver : la reconstitution de l’ancienne puissance égyptienne, grâce à elle, pour elle !
C’était sans compter Octave qui, au fait des événements orientaux, déclare la guerre à Antoine et Cléopâtre. L’affrontement à lieu à Actium en 31 avant J.-C.. Un affrontement qui verra le triomphe des troupes et des navires romains. Antoine se poignarde peut après et Cléopâtre, fait prisonnière par Octave, se suicide peu après sur la tombe d’Antoine, celui grâce à qui l’Egypte et ses souverains avaient à nouveau rêver de gloire, de victoire, de puissance.
La dernière reine d’Egypte vient de mourir. Le royaume des deux terres ne sera plus jamais indépendant…

Le héros d’un seul peuple

Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.
Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.

Comme le dit assez justement l’historien Paul Martin, « Vercingétorix est, à quelques nuances près, l’homme d’un seul livre, celui de Jules César, et le héros d’un seul peuple, le peuple français ».
Homme d’un seul livre parce qu’il semble bien que seul Jules César ait trouvé quelque intérêt, que ce soit un intérêt militaire ou, plus vraisemblablement, un intérêt politique, à évoquer le chef arverne.
En effet, pas un historien romain pour ne serait-ce que l’évoquer. Pas une ligne dans les monumentales Histoires de Justin quand le sort même de l’Arverne, celui d’un homme à abattre, aurait du lui valoir quelque estime, une oraison funèbre. Mais Vercingétorix, vaincu à Alésia, était-il vraiment « l’homme à abattre » ? Ou n’était-il qu’un prisonnier encombrant dont le corps martyrisé ne vaudra guère plus que d’être jeté -voué- aux gémonies romaines -lieu où l’on exposait les corps des suppliciés.
En fait, Vercingétorix apparaît plus, au regard de l’histoire, comme le symbole d’un monde déjà révolu : celui de l’unité gauloise et de la puissance arverne.

Lorsque Vercingétorix né à Gergovie, la capitale des Arvernes, la puissance de ces derniers n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Les Belges, au nord, les Romains, au sud, ont fait voler en éclat la toute-puissance arverne. Et c’est à Rome, en 120 avant J.-C., que reviendra « l’honneur » de jouer le premier acte de cette perte d’autorité en retirant de l’influence arverne les Volques, les Sallyens ou les Allobroges qui allaient intégrer la Provincia romaine. Un premier « coup de canif » dans le « bouclier arverne » qui annonçait la fin d’un monde. Pourtant, les Arvernes possédaient encore de beaux restes et étendait leur puissance sur la Limagne, l’Arvernie et la Sequanie ainsi que sur quelques peuples vassaux comme les Cadurques, les Rutènes ou les Gabales. C’est à ce reste de puissance, à cet espoir de reconquête que Vercingétorix et ses compatriotes vont s’accrocher… en vain.

L’édit de Caracalla

Un empereur romain tel qu’on les aime : voilà Caracalla ! Né le 4 avril 188 de Septime Sévère et de Julia Domna, Caracalla devient empereur en 211, conjointement avec son frère Geta, et meurt assassiné par sa garde en 217.
Extrêmement intelligent mais surtout avide de pouvoir, il assassine son frère en 212, fait exécuter tous les partisans de ce dernier et n’a qu’un rêve : égaler Alexandre le Grand. Ses victoires contre les Alamans et les Parthes révèlent son génie militaire ; les thermes et tous les monuments qu’il a laissés à Rome dévoilent le grand bâtisseur ; mais l’édit de Caracalla, en 212, marque un tournant majeur dans l’histoire romaine en accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire.