Abolition de la torture

Louis XVI (1754-1793)
La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent à la complexion faible et sauver un coupable qui est né robuste, s’indigne La Bruyère au XVIIe siècle. Un siècle plus tard, en 1780, Louis XVI abolit l’usage de la question, euphémisme désignant alors la torture.
Introduite au XIIe siècle alors que l’Occident redécouvre le droit romain, la torture est la conséquence d’une procédure judiciaire complexe : tout suspect est innocent jusqu’à preuve du contraire. Les preuves indirectes et les témoignages sont utilisés avec la plus grande circonspection et seul est alors considéré comme preuve « entière », l’aveu.
On ne ménage donc rien pour l’arracher aux suspects soit par la question de l’eau, soit par l’élongation des membres ou par le supplice des brodequins. Contestée dès le XVIe siècle, la torture est discréditée dans toute l’Europe des « Lumières » et finit par être abrogée. Le 6 octobre 1791, Louis XVI achève de dissocier justice et peine physique en stipulant que tout condamné à mort aura la tête tranchée et supprime ainsi définitivement toutes formes d’exécution cruelle.

La dynastie perdue des Romanov

Couronnement de Michel Fedorovitch (1596-1645), premier tsar de la dynastie Romanov.
Couronnement de Michel Fedorovitch (1596-1645), premier tsar de la dynastie Romanov.

Romanov. S’il est un nom associé à la Russie, c’est bien celui-ci. Pourtant, la dynastie proprement dite s’est éteinte en 1762 et cette dynastie si russe… ne l’était pas à l’origine.
C’est en effet en Lituanie que l’on retrouve la trace du berceau des Romanov. Andreï Ivanovitch Kobyla ou Kambila, fils d’un quelconque prince lituanien, est le premier ancêtre connu de la famille. C’est lui qui, au XIVe siècle, va trouver refuge en Russie. Le nom de Romanov n’existe pas encore : il apparaît avec Nikita Romanovitch, fils de Roman Iourévitch (mort en 1543). Romanovitch va devenir Romanov, tout simplement. Mais Nikita n’est pas un inconnu : sa sœur, Anastasia, avait épousé le tristement célèbre Ivan le Terrible et, après la mort du tsar, c’est à Nikita que sera confié l’éducation et la tutelle du nouveau tsar, Fédor Ier et de son frère, Dimitri. En 1598, la mort de Fédor puis de Dimitri, ultime représentant de la dynastie de Riourik, laisse un trône vacant. Pas pour longtemps cependant : Boris Godounov, chambellan d’Ivan IV et tuteur avec Nikita Romanov des fils du tsar, prend le pouvoir. Nikita était déjà mort, mais les espérances des Russes pouvaient se tourner vers son fils un brillant militaire doublé d’un habile diplomate : Fédor Nikititch Romanov. Il sera bien vite relégué dans un monastère et contraint à prendre l’habit sur ordre de Godounov.
Nicolas II (1868-1918), dernier tsar de Russie.
Nicolas II (1868-1918), dernier tsar de Russie.

L’histoire, on sen doute, ne s’arrête pas là. Car la rébellion gronde sous les fenêtres du palais de Godounov. Les Romanov sont d’ailleurs à la tête de la contestation, mais aussi des faux Dimitri, prétendants au trône. C’est le premier d’entre eux qui sortira Fédor Romanov, Philatère de son nom religieux, de son monastère. Mais la vie du premier à porter le nom de Romanov était décidément vouée à la prison : devenu métropolite de Rostov et, surtout, parce qu’il avait certains talents en diplomatie, Philatère sera mandaté par les boyards moscovites auprès de Sigismond, roi de Pologne… qui le gardera sept ans en prison ! Une captivité durant laquelle Philatère apprendra l’élévation de son fils, Michel, au rang de tsar de toutes les Russies. Las de ces temps de troubles, l’assemblée russe, le zemski sobor, avait en effet désigné Michel Romanov parce que, selon les termes de l’assemblée, il était « authentiquement russe ».
On l’a dit, la dynastie des Romanov directe s’éteindra en 1762, après la mort d’Elisabeth la Clémente, disparue sans descendance. Pierre III, petit-fils par sa m ère de Pierre le Grand et donc descendants des Romanov, lui succédera, créant ainsi une nouvelle dynastie, celle des Holstein-Gottorp-Romanov. Une dynastie qui sera définitivement perdue en 1917, avec l’arrivée des bolchévik.

Machu Pichu : la fin d’un empire

Vue de la cité de Machu Pichu.
Vue de la cité de Machu Pichu.

Lieu saint, relais économique, cœur de la stratégie de défense des souverains : Machu Pichu est tout cela à la fois. Elle est surtout une cité éphémère dont l’existence ne se prolonge guère au delà de 130 années. Une cité demeurée longtemps cachée du regard des hommes et qui doit sa redécouverte à l’historien américain Hiram Bingham.
Erigée en 1450 par l’Inca Pachacuti, Machu Pichu n’a rien d’une grande cité. Elle ne compte guère que 500 à 1000 personnes -ce qui est peu comparée à Cuzco qui, à la même époque, compte quelques 200 000 habitants- et n’a pas vocation à concurrencer la capitale inca. En fait, contrairement aux théories de Bingham, Machu Pichu était certainement destinée à protéger la capitale, Cuzco, en contrôlant la vallée où elle était dressée. De fait, la topographie même du lieu de construction de Machu Pichu exclue toute idée d’extension et confirme la volonté de l’Inca d’en faire un relais… ou un point de résistance. Coincée au fond de la vallée de l’Urubamba, dotée de jardins et d’exploitations en terrasse, Machu Pichu était indépendante économiquement et avait même vocation à servir de relais pour l’approvisionnement de la capitale.
Surtout, son isolement et sa structure la rendait difficile d’accès… ce qui fera son succès autant que sa perte. En effet, si Machu Pichu fut la dernière cité à résister aux envahisseurs espagnoles, ce n’est pas de leur fait qu’elle tomba mais bien du fait de son isolement. Abandonnée par ses habitants en 1572,  elle sera envahie par la jungle, oubliée de la mémoire des hommes jusqu’à ce qu’Hiram Bingham remonte sa piste, en 1911.

Le pape Urbain VIII contre… le tabac.

Devant les méfaits graves infligés à la santé, les troubles dûs à la consommation excessive de cette substance diabolique, Urbain VIII est contraint d’avoir recours à la mesure la plus radicale en matière de religion : dans une bulle datée du 18 avril 1641, il excommunie ceux qui osent prendre du tabac dans le temple du Seigneur. Originaire du Nouveau Monde, cette plante fait son apparition en Europe au milieu du XVIe siècle et, très rapidement, elle fait de nombreux adeptes en Italie, en France et en Angleterre.
Outre le pape, les médecins mettent en garde les fumeurs et décrivent par le menu, et cela dès le début du XVIIe siècle, les ravages occasionnés par le tabac. Mais ni la bulle épiscopale ni les cris d’alarme des médecins ne semblent décourager les amateurs de cette funeste plante…

L’ordre de Saint-Louis

Statue de Louis XIV (dessin à la plume).
Statue de Louis XIV (dessin à la plume).

Le règne de Louis XIV semble avoir été une sorte de retour aux vraies valeurs de la féodalité qui ont permis l’édification du royaume. Combattant la fausse noblesse, tentant d’éradiquer les abus de celle acquise par lettres de cachet, il décide, le 9 avril 1693, de récompenser les mérites militaires en instituant l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ouvert à tout officier faisant « profession de la religion catholique, apostolique et romaine et qui a servi sur terre et sur mer … pendant dix années ».
Les conflits qui opposent le souverain à l’Europe donnent, d’ailleurs, bien des occasions d’acquérir cette distinction. L’ordre compte, à l’origine, huit grand-croix et vingt-quatre commandeurs. Seuls les princes de sang, les amiraux et les maréchaux de France acquièrent, de droit, le ruban rouge de chevalier de l’ordre de Saint-Louis.
Supprimé en 1792, il est rétabli sous la Restauration puis disparaît, en 1830, définitivement.

Les intendants : l’œil du pouvoir

Le receveur des impôts, d'après une gravure sur bois (XVIe siècle).
Le receveur des impôts, d’après une gravure sur bois (XVIe siècle).

Le Moyen Âge avait vu la centralisation du pouvoir royal, sa victoire sur les seigneurs et les vassaux. Fort logiquement, cette centralisation allait voir l’émergence d’une nouvelle caste : les intendants. Officiers royaux en charge de la vérification des provinces, les intendants, désignés au XVIe siècle sous le titre de "commissaires départis pour l’exécution des ordres du roi", seront définitivement établis sous le règne de Louis XIV. De fait, le monarque absolu, qui tenait et même retenait les grands seigneurs à la cour, avait besoin d’un pouvoir bien à lui en province. D’abord simples inspecteurs, les intendants allaient devenir de véritables administrateurs dont les compétences devaient s’étendre au détriment de celles des gouverneurs et des cours souveraines. Intendants de justice, ils surveillaient tous les officiers de leur ressort, étaient chargés de la justice du roi et pouvaient présider tous les tribunaux. Intendants de police, ils avaient également la haute main sur l’ordre public, disposaient des garnisons, s’occupaient des ponts et chaussés, de la levée des milices, contrôlaient les élections urbaines et s’immisçaient dans les affaires religieuses. Intendants des finances, ils étaient en relations constantes avec le contrôleur général pour toutes les questions économiques, s’occupaient de la levée de la taille, de la capitation ou du dixième.
Au final, ils ne relevaient que du conseil du roi et ni les gouverneurs, ni les cours souveraines n’avaient les moyens de les contrôler, encore moins d’entraver leurs actes.
Véritable prolongement du pouvoir royal, les intendants vont finir d’éteindre les bribes de liberté des provinces, tout en permettant une meilleure centralisation de l’économie. Une mainmise du pouvoir qui ne devait pas s’éteindre à la Révolution, car si les intendants furent officiellement supprimés en décembre 1789, ils trouveront leurs héritiers dans la création des préfets (1800), qui accentuera encore la mainmise du pouvoir central sur la France.

Louis XIV interdit les duels

François de Montmorency-Bouteville (1600-1627).
François de Montmorency-Bouteville (1600-1627).

Le duel est le pire fléau qui décime la fleur de la noblesse française, se lamente un conseiller de Richelieu.
Sous les prétextes les plus futiles, les jeunes de la noblesse se provoquent, se blessent ou se tuent. Selon le journal de l’Étoile, trois mille neuf cent quatre-vingt jeunes gentilshommes ont trouvé la mort au cours de ces duels en un peu moins de trente ans, de 1589 à 1607. Pourtant, de nombreux édits royaux ont formellement interdit cette pratique sanguinaire. Décidé à mettre fin à cette hécatombe, le cardinal de Richelieu prend, en 1626, des mesures sévères contre les duels.
Mais, peu de temps après sa mort, les jeunes nobles, férus d’un « code d’honneur » déjà désuet, reprennent les duels, en dépit de la condamnation à mort et la décapitation de deux duellistes, sur ordre du roi Louis XIII : le comte de Montmorency et le comte des Chapelles.
Comme tous ses prédécesseurs, le Roi-Soleil réprouve, lui aussi, cette coutume : par son édit du 23 juillet 1679, il interdit les duels. Après une longue accalmie, le « fléau » réapparaît au XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle. On sait que Léon Gambetta et Georges Clemenceau furent de redoutables duellistes… Cette coutume ne prendra réellement fin que dans les années trente, peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale.

Le règne des bulles

Statue de Dom Pérignon (1639-1715).
Statue de Dom Pérignon (1639-1715).

Les vins de la Gaule recommandés pour la table des rois, écrivait Pline, ne sont-ils pas ceux de la campagne de Reims ?
Le vin mousseux existait avant dom Pierre Pérignon (1638-1715), mais il était de qualité irrégulière et sa mousse était trop abondante. Dom Pérignon, bénédictin de l’abbaye d’Hautvillers, est chargé du soin des vignes en sa qualité de cellérier.
Pour augmenter le rendement et la qualité des vignobles de l’abbaye, dom Pérignon se plonge dans l’étude du vin et écrit un ouvrage documenté sur la manière de choisir les plants, de tailler, de mélanger et de « gouverner » les vins. Peu à peu, il découvre le secret du champagne : il trouve la quantité de sucre qui permet une mousse faible et contrôlable, le « crémant », qui fait la réputation du champagne.
Dom Pérignon, très perfectionniste, invente même le système du bouchon de liège ainsi que la flûte qui permet au champagne de rendre ainsi toute sa saveur.
Frappé de cécité à la fin de sa vie, dom Pérignon n’en garde pas moins un extraordinaire palais.
À sa mort le 24 septembre 1715, le champagne a déjà acquis une notoriété certaine et devient très rapidement le roi des vins et le vin des rois !

L’imprimerie : de la Chine à Gutenberg

Un atelier d'imprimerie au XVIIIe (détail d'une gravure d'époque).
Un atelier d’imprimerie au XVIIIe (détail d’une gravure d’époque).

Dans l’histoire collective, l’imprimerie est évidemment le fait de Gutenberg. Pourtant, l’imprimerie apparaît en Chine des siècles avant le XVe siècle. On gravait alors un texte sur une planche de bois puis on appliquait un feuille de papier sur le texte encré. Dès le Xie siècle, les Chinois connaissaient les caractères mobiles mais leur usage demeurera marginal. C’est donc le premier procédé qui apparaît initialement en Occident au cours du Moyen Âge. Un procédé d’impression qui va se généraliser jusqu’à la mise en œuvre de l’imprimerie de Gutenberg. Au Xve siècle, Johannes Gensfleisch Gutenberg, originaire de Mayence et réfugié à Strasbourg, invente un nouveau procédé d’imprimerie. Il confectionne une matrice, la dote de caractères mobiles, d’encre et d’une presse à bras. L’imprimerie moderne est née. En 1455, Gutenberg, associé à Johann Fuchs achève sa fameuse Bible latine, dite "Bible de Gutenberg". Dès lors, l’imprimerie va connaître une progression rapide à travers toute l’Europe.
Surtout, elle va devenir le moyen de propagation des idées dans tous les foyers, servant notamment les débuts du protestantisme. On estime que jusqu’à la fin du XVIe siècle, pas moins de 40 000 éditions de livres et de 15 à 20 millions de volumes seront publiés, la Bible demeurant " en tête des ventes".
Plus tard, l’imprimerie connaîtra de nouveaux progrès : la stéréotypie, qui permet la multiplication des textes et de clichés, la lithographie, pour la reproduction de dessins, la presse cylindrique, la photogravure, l’héliogravure, l’offset et enfin, à la fin du Xxe siècle, l’impression numérique.

Les « commis-allumeurs » de Paris

Nicolas de La Reynie (1625-1709).
Nicolas de La Reynie (1625-1709).

Depuis 1667, Nicolas de La Reynie, lieutenant de police de Louis XIV, avait institué l’éclairage de Paris, afin, notamment, d’améliorer la sécurité.
Le service et l’entretien de l’éclairage public étaient confiés aux bourgeois de chaque quartier, élus tous les ans, que l’on nommait commis-allumeurs. Mais cette fonction, très contraignante, déplaisait fortement aux bourgeois qui tentaient de s’y soustraire par tous les moyens, comme le révèle un arrêt de police rendu le 3 septembre 1734 :
Plusieurs bourgeois, est-il écrit, font travestir leurs compagnons et ouvriers en bourgeois, afin d’augmenter le nombre de voix en faveur de leur parti ainsi que de nommer les personnes nouvellement établies, s’exemptant annuellement, par cette surprise, de faire ce service public. Non contents d’échapper ainsi frauduleusement à ce devoir si essentiel, ils insultent témérairement ceux qu’ils ont nommés, soit par des chansons injurieuses, soit par un cliquetis de poêles et de chaudrons, soit enfin en leur envoyant, par dérision, des tambours et des trompettes.