L’imprimerie : de la Chine à Gutenberg

Un atelier d'imprimerie au XVIIIe (détail d'une gravure d'époque).
Un atelier d’imprimerie au XVIIIe (détail d’une gravure d’époque).

Dans l’histoire collective, l’imprimerie est évidemment le fait de Gutenberg. Pourtant, l’imprimerie apparaît en Chine des siècles avant le XVe siècle. On gravait alors un texte sur une planche de bois puis on appliquait un feuille de papier sur le texte encré. Dès le Xie siècle, les Chinois connaissaient les caractères mobiles mais leur usage demeurera marginal. C’est donc le premier procédé qui apparaît initialement en Occident au cours du Moyen Âge. Un procédé d’impression qui va se généraliser jusqu’à la mise en œuvre de l’imprimerie de Gutenberg. Au Xve siècle, Johannes Gensfleisch Gutenberg, originaire de Mayence et réfugié à Strasbourg, invente un nouveau procédé d’imprimerie. Il confectionne une matrice, la dote de caractères mobiles, d’encre et d’une presse à bras. L’imprimerie moderne est née. En 1455, Gutenberg, associé à Johann Fuchs achève sa fameuse Bible latine, dite "Bible de Gutenberg". Dès lors, l’imprimerie va connaître une progression rapide à travers toute l’Europe.
Surtout, elle va devenir le moyen de propagation des idées dans tous les foyers, servant notamment les débuts du protestantisme. On estime que jusqu’à la fin du XVIe siècle, pas moins de 40 000 éditions de livres et de 15 à 20 millions de volumes seront publiés, la Bible demeurant " en tête des ventes".
Plus tard, l’imprimerie connaîtra de nouveaux progrès : la stéréotypie, qui permet la multiplication des textes et de clichés, la lithographie, pour la reproduction de dessins, la presse cylindrique, la photogravure, l’héliogravure, l’offset et enfin, à la fin du Xxe siècle, l’impression numérique.

Les « commis-allumeurs » de Paris

Nicolas de La Reynie (1625-1709).
Nicolas de La Reynie (1625-1709).

Depuis 1667, Nicolas de La Reynie, lieutenant de police de Louis XIV, avait institué l’éclairage de Paris, afin, notamment, d’améliorer la sécurité.
Le service et l’entretien de l’éclairage public étaient confiés aux bourgeois de chaque quartier, élus tous les ans, que l’on nommait commis-allumeurs. Mais cette fonction, très contraignante, déplaisait fortement aux bourgeois qui tentaient de s’y soustraire par tous les moyens, comme le révèle un arrêt de police rendu le 3 septembre 1734 :
Plusieurs bourgeois, est-il écrit, font travestir leurs compagnons et ouvriers en bourgeois, afin d’augmenter le nombre de voix en faveur de leur parti ainsi que de nommer les personnes nouvellement établies, s’exemptant annuellement, par cette surprise, de faire ce service public. Non contents d’échapper ainsi frauduleusement à ce devoir si essentiel, ils insultent témérairement ceux qu’ils ont nommés, soit par des chansons injurieuses, soit par un cliquetis de poêles et de chaudrons, soit enfin en leur envoyant, par dérision, des tambours et des trompettes.

La Chambre ardente

Une Chambre ardente au XVIe siècle (gravure du XIXe siècle).
Une Chambre ardente au XVIe siècle (gravure du XIXe siècle).

Parce que le nom sonnait particulièrement bien concernant cette affaire sombre et sulfureuse des Poisons, on a tendance à penser que la Chambre ardente lui est spécifique. Il est vrai, en effet, que Louis XIV l’institua pour juger des actions de Madame de Brinvilliers et de La Voisin. Mais si dans l’Affaire des Poisons on lui a donné un autre nom, celui de Cour des Poisons, c’est bien pour la différencier des autres Chambres ardentes. De fait, ce terme servait à désigner des « cours de justice extraordinaires investies afin de juger de faits d’exceptions ». Des jugements qui sont souverains et exécutés immédiatement.
Il y a donc bien, non pas une Chambre ardente, mais des Chambres ardentes, parmi lesquelles on compte les commissions érigées dans chaque parlement afin de punir les hérétiques, en 1535 ; ou encore la Chambre qui, sous la Régence, vérifiera les comptes des fermiers généraux ou jugera des opérations de Law.
Tendues de noir, éclairées, y compris le jour, de flambeaux, ce n’est qu’à cette petite mise en scène qu’elles doivent leur nom…

Les lettres de cachet : le mythe et la réalité

Arrivée d'un prisonnier à la Bastille (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Arrivée d’un prisonnier à la Bastille (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Les lettres de cachet. Quatre mots qui sonnent comme une condamnation. Pourtant, à l’origine, les lettres de cachet n’étaient que des lettres… marquées du cachet du roi ; un cachet qui leur donnait tout pouvoir.
De fait, la sinistre réputation de ces lettres date du XVIIe siècle, notamment du règne de Louis XIV et de ses successeurs qui en usèrent et en abusèrent… pour le plus grand profit de quelques-uns. Non discutées parce que non discutables du fait du sceau du roi, les lettres de cachet allaient être le moyen de signifier à qui voulait bien les lire que la décision émise était irrévocable. Or, ces lettres se présentaient sous forme d’imprimé, dont il suffisait de remplir la date, le nom de la personne accusée et celui de la forteresse où il convenait de l’envoyer. On imagine sans peine les abus qui devaient -et qui allaient- en découler. Quelques hauts personnages de l’Etat, turbulents, devaient en pâtir. Mais pour beaucoup de nobles, c’était également un moyen de "mettre du plomb dans la tête" de quelque rejeton insupportable. D’ailleurs, la peine était minime, ne dépassant guère les huit à quinze jours de détention. Certains chefs de famille avaient d’ailleurs leurs lettres de cachet, dites de cachet privé, qui leur permettaient d’agir sans scandale et en assurant l’entretien de celui ou de celle qu’ils faisaient incarcérer. Mirabeau, grand séducteur, s’y soumettra… ainsi que quelques autres.
Au final, les lettres de cachet apparaissent comme un mal sans gravité et ceux sont les historiens du XIXe siècle et les pamphlétaires de la Révolution qui devaient les mettre au jour et les présenter comme la dernière invention démoniaque de la royauté.

Création de l’administration des Douanes

Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).
Jean-Baptiste Colbert (1619-1693).

Le système douanier de l’Ancien Régime était des plus complexes ; il existait alors, entre les différentes régions, d’innombrables droits : péages, droits de haut passage, d’entrée… Pour Colbert, toutes ces barrières intérieures entravent le négoce dans le royaume, mais malgré ses efforts, il ne parvient pas à les abolir complètement.
Le 5 novembre 1790, l’Assemblée constituante, reprenant le projet du « grand commis de l’État », supprime les divers droits de passage et crée l’administration des Douanes. Régie par un Code instauré en 1791, elle devient alors un organisme chargé de faire payer une taxe uniquement sur les marchandises qui franchissent les frontières terrestres et maritimes, ce qui constitue un énorme progrès par rapport à l’inextricable système de l’Ancien Régime.

Les « sauvageons » en prison !

Vue de la Bastille (gravure ancienne).
Vue de la Bastille (gravure ancienne).

Le 26 novembre 1639, une déclaration royale renforçait le « droit de correction » des parents, permettant à ces derniers d’envoyer leurs rejetons rebelles, récalcitrants ou débauchés en prison. Nul besoin, pour ce faire, de jugement : une simple lettre de cachet faisait l’affaire !
Voilà qui paraît bien excessif concernant des enfants… sauf que le terme « d’enfants » avait un tout autre sens au XVIIe siècle. Il désignait simplement toute personne mineure, la majorité n’étant alors acquise qu’à 25 ans ! Voilà de quoi donner une perspective nouvelle à cette ordonnance. Quant à l’inconduite des « enfants », elle concernait essentiellement ceux de la noblesse et de la grande bourgeoisie, de jeunes gens souvent inactif avant leur intégration dans un corps d’armée, avant une succession et qui, de fait, se lançaient volontiers dans des « aventures » peu avantageuses pour leur famille. C’est d’ailleurs ainsi que le célèbre marquis de Mirabeau, joueur invétéré, séducteur impénitent –généralement de femmes mariées- tâtera de la geôle ; pour éviter lui aussi cette infortune que le jeune La Fayette se rendra aux Amériques où il deviendra le héros que l’on sait. Quant à la Bastille, chacun sait que sa population, au jour de la prise de la prison en 1789, était essentiellement composée de jeunes nobliaux enfermés là par leurs parents. Un sort peu enviable, sans doute, mais bien peu traumatisant quand on sait les facilités auxquelles ils avaient droit lors de leur enfermement…

Le café en France

Le marquis de Lyonne, ministre des Affaires étrangères de Louis XIV, reçoit, le 19 novembre 1669, au palais de Versailles, l’ambassadeur ottoman et lui offre le café.
Peu connu à cette époque, le café, dont le nom turc kahwé vient de l’arabe qahwa, a d’abord été cultivé au sud-ouest de l’Éthiopie. Répandu dans le monde musulman dès le IXe siècle, il fait son apparition en Europe aux XVIe et XVIIe siècles.
Introduit en France en 1641, il est mis à la mode par l’ambassadeur turc et  l’Europe se met à raffoler du café.

Le jeune empire aztèque

Un guerrier aztèque.
Un guerrier aztèque.

Les Aztèques eux-mêmes prétendaient venir d’une île située au Nord-Ouest de la péninsule mexicaine : Aztlan. C’est de là qu’ils tiraient leur nom. Peuplade nahuas apparue entre le XIIe et le XIIIe siècles, les Aztèques font partie de ces peuplades qui succèdent à l’empire maya puis toltèque.  Les chichimèques, dont le nom signifie « barbares » et qui étaient également des nahuas, avaient installé leur capitale à Texcoco mais déjà, il apparaît qu’ils étaient présents à Mexico. La pyramide de Tenayuca, qui sera achevée par les Aztèques, offrait un panorama sur dix-neuf mètres et les sculptures de cent trente-huit serpents entouraient l’édifice.
Les peuples nahuas se partagent la vallée de Mexico et multiplient les nouvelles fondations de cités autant que les guerres. Les Aztèques, écrasés à la fin du XIIIe siècle, doivent quitter Chapultepec où ils s’étaient initialement installés et se réfugient dans les plaines marécageuses où ils fondent Tenochtitlan -actuelle Mexico. Le XVe siècle est, encore, un siècle de guerres de pouvoir et ce n’est que lorsque le souverain aztèque s’allie avec d’autres cités qu’il parvient à poser les bases de ce qui sera l’empire aztèque. Les guerriers de Tenochtitlan se rendent alors maîtres de la vallée de Mexico et étendent même leur domination vers des terres plus riches et plus prometteuses. Aux peuples soumis, ils se font verser un tribu, fait essentiellement de produits exotiques, comme des poteries Mixtèques ou les tissus du Tuxpan.
L’empire aztèque est encore jeune, presque balbutiant, lorsque les Espagnols débarquent. Le souverain aztèque, Moctezuma II, règne alors sur quelques trente-huit provinces ; le maya a laissé la place à la langue nahua, et si de nombreuses peuplades semblent avoir conservé une part d’autonomie politique, c’est avant tout afin de favoriser le commerce, avant-garde aztèque pour une conquête futur.
De fait, les Aztèques n’ont pas vraiment créés une civilisation ; leur génie aura été de savoir centraliser, de savoir faire revivre aussi l’héritage de ceux qui les avaient précédé. Tenochtitlan en est l’exemple parfait. Là, les artistes aztèques surent faire preuve d’un génie rare aux dires des chroniqueurs espagnols, qui « n’avaient jamais rien vu de pareil ».

Moctezuma II recevant Cortés.
Moctezuma II recevant Cortés.

La tradition rapporte que, lorsqu’ils arrivèrent sur les rives du lac Texcoco, les Aztèques virent un aigle dévorant un serpent. Ce spectacle, annoncé dans des prophéties, devaient les convaincre de fonder là leur capitale. Initialement simple village lacustre, Tenotchitlan devint une admirable cité, dotée d’un acqueduc, de chaussées surélevées et d’une digue de seize kilomètres qui protégeait la cité des inondations. Cité sainte, la capitale était, en son coeur, constituée d’édifices sacrés réservés au clergé. Le plus remarquable, le Teocalli, était un double sanctuaire érigée sur une pyramide monumentale au sommet de laquelle on accédait par un double escalier de cent quatorze marches. Chaque empereur allait embellir le Teocalli jusqu’au XVIe siècle. Sur la plate-forme, dont deux statues marquaient l’entrée, les Aztèques avaient édifié deux temples jumeaux, l’un dédié à leur dieu Huitzilipochtli et l’autre au dieu de la pluie Tlaloc, adoré dans le centre du Mexique. Là, l’art maya, l’apport toltèque sont évidents et confirment la volonté de préserver un héritage qui, au fond, n’était pas le leur mais celui de cette terre qu’ils avaient su conquérir.
Mais il serait faux de ne voir dans les aztèques que des conservateurs. Peuple conquérant, ils faisaient la guerre autant pour des raisons religieuses que politiques. Le culte de leur dieu solaire,  Huitzilipochtli, était d’ailleurs particulièrement sanglant, exigeant des sacrifices humains qui prirent parfois une ampleur terrifiante. Lors des fêtes données pour l’avènement d’Ahuitzotl pas moins de 80 000 prisonniers furent immolés dans le temple de Tenochtitlan.
Les Aztèques, qui avaient en un ou deux siècles conquis l’ancien empire maya, les Aztèques qui n’avaient régné sur cet empire que cent ans, tout au plus, ne devaient guère résister aux conquérants espagnols. Débarqués en 1519, les Espagnols mettaient fin à l’empire aztèque en 1524. De manière définitive…

À l’ombre du dieu Bacchus

Lieux de vie et de rencontre, les tavernes parisiennes méritent que l’on raconte leur histoire. Des vendeurs « au pot » qui sillonnaient les rues, aux cabarets et hôtelleries de la fin de la monarchie, il y a là une petite histoire de Paris amusante et gaie, où l’on retrouve l’amour du vin qui caractérise les Français et qu’a su si bien décrire Robin Livio, un spécialiste averti des tavernes, des estaminets et des guinguettes.
Pendant de nombreux siècles, les gargotes, les buvettes, les caveaux et les « hostelleries » ne servaient qu’un vin médiocre, des bières fades ou quelques boissons qui ne brillaient guère par la délicatesse et la finesse de leur goût. Et ces débits de boisson mettront longtemps avant de se transformer en bonnes et belles auberges où le savoir-boire devient un art…
Grégoire de Tours, évêque et historien émérite, raconte, dans son Histoire des Francs, l’anecdote, en 371, d’un malheureux pêcheur affamé et surtout assoiffé…
Après une courte supplique à saint Martin, voici qu’il attrape, au bout de sa canne, un superbe brochet ! Notre pêcheur se précipite alors à la taverne la plus proche et échange cette prise « pour de la bouillie, bien sûr, pour du vin surtout ! ».
Dans cette histoire, d’une simplicité bien trompeuse, l’intervention de saint Martin est loin d’être un hasard. Ce n’est nullement en tant que patron de la Gaule qu’il apparaît mais comme protecteur des buveurs ainsi que le rappelle ce dicton du XVIe siècle :
Saint Martin boit le bon vin
Et laisse l’eau courre au moulin…

Comme on le voit, les chroniques, les chansons populaires fourmillent de petites histoires sur les us et coutumes des temps anciens et les tavernes et diverses «hostelleries» y jouent alors un rôle prépondérant.
Au commencement, était… la cervoise

Vendeur de vin au Moyen Âge
Vendeur de vin au Moyen Âge.

Pour débuter ce petit historique des tavernes, cabarets, gargotes et autres estaminets, pourquoi ne pas commencer par ce que l’on y buvait ?
Nos ancêtres les Gaulois avaient un net penchant pour la cerevisia ou cervoise, faite sans houblon, qui va disparaître au XIVe siècle au profit de la bière, appelée brasse. Disparue très tôt dans les pays du Sud où la vigne était communément cultivée, la bière, plus abordable que le vin, ne subsistera que dans les pays du Nord et connaîtra un regain de popularité au début du XVe siècle, sous la domination anglaise, où elle prend alors le nom de « godale », qui vient de « good ale », c’est-à-dire bonne bière.
Rapidement cependant, le vin prend définitivement le pas sur les breuvages céréaliers et devient la boisson la plus courante. Cultivé dans de nombreuses régions françaises, chaque bourgeois, chaque seigneur, chaque paysan a un pied de vigne dont il tire sa consommation personnelle et souvent plus. Cela permet alors au bourgeois ou bien au boutiquier de Paris de « vendre à taverne », c’est-à-dire de débiter son propre vin sans pour autant en faire son occupation principale.
Cette activité est sans comparaison avec le tavernier qui tient table ouverte et propose des vins des côteaux de la plaine d’Ivry, de Suresnes ou de Saint-Cloud.
Le vin que l’on sert est en général un vin clairet ou une petite piquette, tout juste bonne à enflammer le gosier, bien que, avec l’usage courant des épices, les vins aromatisés, parfois même pimentés, permettent d’atténuer certains breuvages.
Étudiants, soldats et ménestrels…
La clientèle des tavernes est pour le moins variée, pourtant certaines catégories d’individus paraissent y pulluler.
Charlatans, ménestriers, ribauds et ribaudes sont dépeints par le  grand chroniqueur Taliessin au VIe siècle :
La nuit, ils s’enivrent ; le jour, ils dorment ; fainéants, ils vaquent sans rien faire, la taverne, ils la hantent.
Ces « braves gens », dont la réputation n’est plus à faire, jouent au tric-trac, aux dés ou encore aux cartes malgré l’ordonnance royale de 1350 qui dit que « les taverniers ne doivent recevoir ni receller chez eux aucuns joueurs de dés et austres gens diffamés ». La méfiance est alors de rigueur et tout un chacun risque, le vin aidant, de laisser là plus que sa bourse, tant les ribauds sont habiles avec les dés pipés.
Les étudiants sont partout présents aussi. Soumis à un régime disciplinaire et alimentaire des plus stricts dans les universités, les « escholiers » aiment boire et jouer aux boules sous le préau installé à cet effet. Loin d’avoir une conduite honorable, les étudiants ont une réputation détestable dans toutes les tavernes et leurs beuveries tournent souvent à l’échauffourée. Le scandale qui secoue l’université de la Sorbonne en l’année 1229 n’est qu’un exemple parmi les autres : une bande de joyeux lurons, tous étudiants en théologie, passablement imbibés de la « digne piquette » servie dans la taverne, se querellèrent avec le tavernier qui leur réclamait son écot. L’affaire se finit dans le sang et la prévôté réagit très sévèrement. Bientôt, tout Paris est en émoi : l’Université, n’admettant pas les dures remontrances du prévôt, avait décidé de quitter la capitale, ce qu’elle fit… momentanément.
Ce ne sont pourtant pas les étudiants que redoutent le plus les taverniers et les autres clients, mais bien les soldats. Mercenaires et bandits pour la plupart, les temps de paix sont, pour eux, une occasion de hanter les « hostelleries ». Celles-ci deviennent alors des lieux de débauche et le théâtre de rixes de plus en plus sanglantes.
Malgré les ordonnances royales qui tentent en vain d’imposer un couvre-feu, les buveurs vont s’enivrer jusqu’à l’aube et les meurtres sont courants.
Soixante tavernes à Paris
Rapidement cependant, les lieux fréquentables se distinguent des tavernes à ribauds et les gentilshommes y passent volontiers quelques soirées.
La législation tente tant bien que mal, tout au long du Moyen Âge, de réduire le nombre des lieux mal fréquentés : saint Louis interdit les cabarets et les hôtelleries, sauf pour les voyageurs ; en 1407, les hôteliers doivent tenir un registre des gens qu’ils hébergent et en 1410, seules soixante tavernes sont autorisées à débiter du vin à Paris. Autant dire tout de suite que cet édit royal ne se maintient pas longtemps car c’est l’époque où les « vendeurs de pot » pullulent.
En effet, depuis Philippe-Auguste, les marchands ambulants ont un statut légal et le Paris du Moyen Âge résonne de leurs cris. Et c’est à qui braillera le plus fort pour faire « taster » son vin parfumé de sauge ou de romarin.
On peut consommer à toute heure et partout, même dans la rue, plus de cinquante crus répertoriés dans La Bataille des Vins, un « fabliau » écrit au XIIIe siècle par Henri d’Andelys.
Ce petit commerce ne nuit d’ailleurs pas aux estaminets dont le nombre d’enseignes ne fait qu’augmenter : au XIVe siècle, on peut estimer à plus de quatre mille la quantité de tavernes parisiennes, selon les chroniques de Guillebert de Metz.
De Rutebeuf à Villon

François Villon (1431-apr 1463).
François Villon (1431-apr 1463).

Les tavernes sont aussi des lieux d’inspiration. Rutebeuf, trouvère malheureux au jeu comme en amour, prend pension dans les cabarets et perd tout au jeu :
Les dés m’occient,
Les dés m’aguettent et espient,
Les dés m’assaillent et deffient.

Villon, célèbre pour ses vers autant que pour sa mauvaise vie, rime sur la taverne de la Pomme de Pin, vers la Madeleine et avoue, joliment il faut dire, qu’il ne payait jamais le pauvre maître Turgis :
C’est bien dîner, quand on s’échappe
Sans débourser pas un denier…

C’est bien dîner pour une chanson.
Les tavernes attirent les poètes qui, le plus souvent, paient leur dû en rimes sonnantes et trébuchantes. Ils chantent avec délice et regret le temps où les « franches repues » leur étaient encore octroyées de bon cœur.
Rabelais, Clément Marot n’en feront pas moins et leurs héritiers, comme Baudelaire, Rimbaud ou bien Verlaine hanteront les mêmes lieux, trouvant toute inspiration au fond d’un verre d’absinthe. D’ailleurs, les aubergistes faisaient souvent appel à des poètes afin d’attirer la clientèle qui, tout en s’attablant, pouvait également savourer vers, rimes et chansons.
Qu’importe la taxe pourvu qu’on ait l’ivresse !
Vitrail des vendangeurs
Vitrail des vendangeurs.

Au tout début du XVIIe siècle, les tavernes ne désemplissent pas. Désormais, ce sont les seigneurs, bretteurs de tous bords, prompts à sortir la rapière, qui fréquentent les bonnes tavernes.
C’est également le temps des amours courtisanes : les salons privés, qui sont « la joie des amants et le tombeau des maris », leur servent de refuge.
Ce phénomène n’est cependant pas nouveau et, aux siècles précédents, les « chambres de l’hôtesse », désignées le plus souvent par des noms de saints et de saintes, abritaient déjà les aventures galantes.
Paris se développe et les guinguettes, les hôtelleries fleurissent aux environs de la capitale où les taxes sur le vin sont depuis toujours exorbitantes.
Ainsi, le cabaret de la Duryer que Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, fréquente assidûment, est situé à Saint-Cloud. Les chansons des soulards de Paris y alternent avec les pamphlets contre le roi et son ministre, le cardinal de Richelieu.
Sous le règne du Roi-Soleil, les nobles aiment parfois frayer avec la canaille des bas-fonds, mais la différence se fait de plus en plus nette entre les cabarets de gentilshommes et ceux du peuple.
Les premiers, fort chers et où l’on faisait jadis ripaille, s’éduquent en même temps que les palais…
Les gourmets font assaut de recettes et imposent certaines règles : il serait par exemple hérétique de couper son vin avec de l’eau.
La cour ne se contente plus depuis longtemps des petits vins « français » : François Ier était grand amateur de champagne et des vins du Sud et le Saint-Pourçain d’Auvergne eut aussi son heure de gloire. Mais le bon vin de Beaune, qui est le vin préféré du roi, est à la mode dans les estaminets comme à la cour du Roi-Soleil.
Un peu plus tard, au XVIIIe siècle où le libertinage est de bon ton, les tavernes sont à nouveau fréquentées assidûment par la cour qui recherche plus que les plaisirs du palais. On s’y soûle jusqu’au matin et l’on retrouve ensuite les filles de joie… ou celles de la cour. On y fait assaut de bel esprit, on y joue, on s’y ruine aussi et on y complote…
Quand les « bons frères » faisaient ripaille
Les tavernes populaires, quant à elles, continuent de mélanger l’eau bouillie et le vin, au plus grand bénéfice de certains hôteliers.
Chaque corporation a alors son lieu de rendez-vous. Le cabaret littéraire de Paris reste la Pomme de Pin, où Villon a fait ses toutes premières armes ; les chansonniers arpentent la butte Saint-Roch et les comédiens se réunissent aux Bons-Enfants, à l’Alliance ou aux Deux Faisants.
Quant aux moines, que les chansons populaires placent volontiers autour d’une table, ils prouvent leur amour du bien vivre au Riche Laboureur ou à la Table Roland.
Comme Roger de Collyrie, chanoine d’Auxerre, au XVe siècle, ces capucins, jacobins ou cordeliers pourraient dire :
À Dieu faisait, en tout temps et saison,
Soigneusement brêve et courte oraison,
Trouvé je n’étais en roches ni cavernes,
Soigneusement visitais les tavernes.

Pourtant, l’Église a tenté de prévenir cet état de fait, dès 847, en décrétant que « tout homme dans les ordres et qui a l’habitude de s’enivrer » aurait quarante jours de pénitence. Cela n’a cependant jamais eu l’air d’empêcher les bons frères de faire ripaille.
De la taverne au restaurant
La Révolution annonce la fin des folies de la noblesse et, en 1792, la mère Saguet sert à boire et à manger honnêtement. Il y a comme une apparence de restaurant et le premier naît, semble-t-il, en 1765, rue des Poulies.
Le très changeant XIXe siècle sera le siècle des restaurants… Les plus fins cuisiniers du royaume se sont mis à leur compte et les cafés des grands boulevards, les guinguettes des bords de Marne attirent plus que jamais les Parisiens, toujours friands de ces lieux où la convivialité est reine…

Ainsi s’achève la belle et simple histoire des tavernes et des guinguettes. 

Ces « vipères » d’Iroquois

Un Iroquois (gravure ancienne).
Un Iroquois (gravure ancienne).

Mohawk, Oneida, Onondaga, Cayuga, Seneca et enfin Tuscarora. Ces noms ne vous disent rien ? Pourtant, ce sont ceux de la plus célèbre nation d’Indiens candiens : les Iroquois. L’Iroquois, ce farouche guerrier, cruel et hargneux ! L’Iroquois dont le nom –qui est en fait un surnom- signifie « langues de vipères » ! Charmant personnage, n’est-ce pas ? Pourtant, l’Iroquois est avant tout méconnu. La nation Iroquoise elle-même n’en est pas vraiment une…
Ce n’est qu’en 1570 que sera créée la Ligue des Cinq Nations –les Tuscarora ne rejoindront la Ligue qu’en 1712- afin de mettre un terme aux guerres intestines et d’opposer un front uni aux Hurons et, plus tard, aux Français. Gouvernée par un conseil de 50 sages –le sachem-, le Ligue des Cinq puis des Six Nations vaincra effectivement les Hurons, mais également les Pétuns, les Eriés ; elle repoussera les colons français et se perdra finalement dans le conflit indépendantiste américain. Pourtant, à l’origine, aucune des tribus iroquoises n’étaient foncièrement guerrières.
La chasse, la pèche, la cueillette, la culture du maïs, des haricots et des courge : voilà quelles étaient les préoccupations des ces hommes et de ces femmes.
Car les tribus iroquoises étaient également de type matriarcal, ce qui allait engendrer, fort indirectement, leur sinistre réputation. En effet, lorsque les Iroquois faisaient un prisonnier, il faisait l’objet, le plus souvent, d’une adoption. Adoption décidée par la mère de famille qui accueillait le nouvel arrivant au même titre que ses fils ou pour prendre la place d’un fils disparu. Un peuple idéal alors ? Quant même pas. Car lorsque le prisonnier n’était pas adopté, il était torturé avec un raffinement exceptionnel. On soupçonne même que les Iroquois aient, à ces occasions, pratiqué l’anthropophagie.
Un rituel rare, des tortures occasionnelles mais qui feront la réputation des Iroquois. Une réputation sans doute largement entretenue, voire exagérée, par leurs ennemis et concurrents –ils s’étaient mis eux aussi au commerce des peaux- les Hurons.