La malédiction des pharaons

Toutankhâmon (v.1354-1346 avant J.-C.).
Toutankhâmon (v.1354-1346 avant J.-C.).

1923 : Howard Carter et lord Carnavon mettent au jour un des joyaux de la Vallée des rois : la tombe de Toutankhâmon. Mais à quelques années après cette découverte majeure, on dénombre pas moins de vingt-trois décès, plus ou moins étranges ou suspects parmi les membres de la célèbre expédition. Immédiatement, la nouvelle fait le tour du monde : ils ont été victimes de la malédiction du pharaon. D’ailleurs, ne trouve-t-on pas des inscriptions menaçantes dans les tombes égyptiennes ? Les malédictions, dont on prenait soin de parer les défunts se seraient-elles réalisées ? Le sort de l’expédition Carter-Carnavon va être la preuve, pour peu qu’on soit doté d’un peu d’imagination, qu’on ne pénètre pas impunément dans les pyramides d’Egypte. Des romans, des films, mêmes certains ouvrages plus ou moins scientifiques vont faire leur miel de cette aventure et de cette réputation, désormais établie. Pourtant, tous ceux qui croient à cette fameuse malédiction paraissent avoir omis un détail d’importance : car si Toutankhâmon est si célèbre ce n’est pas en raison d’une vie édifiante mais pour la simple raison que son tombeau est un des rares, pour ne pas dire le seul, qui contenait encore la plus grande partie de son mobilier funéraire, de ses trésors !
Hiéroglyphe trouvés dans une tombe égyptienne.
Hiéroglyphe trouvés dans une tombe égyptienne.

Certes, les tombes renfermaient bien des malédictions ou des inscriptions menaçant de la vengeance du défunt tout violateur. Certes, la loi des pharaons punissait ses pilleurs d’avoir le nez ou les oreilles coupées, d’être battus ou simplement tué… Mais force est de constater que tout ces menaces, légales ou d’outre-tombe, n’ont produit que bien peu d’effet. Déjà, à l’époque pré-dynastique (de 4000 à 3000 avant J.-C.), les pilleurs de tombes vont s’attaquer aux trésors ensevelis. Les gardes, les pierres scellant l’ouverture : rien n’y fera et toutes les tombes royales seront visitées. Même celle de Toutankhâmon, qui sera, on l’a dit, relativement épargnée. Il apparaît même que la pillage des tombes était une activité touchant toutes les catégories sociales. Dans le Conte de Rhampsinite, Hérodote rapporte notamment l’histoire d’un architecte qui, lors de l’édification d’une pyramide, avait prévu un passage connu de lui seul, afin de vider plus aisément la tombe de ses trésors !
De fait, il paraît assez évident que, si les Egyptiens croyaient en une vie après la mort, ils n’imaginaient pas sérieusement de se voir poursuivi par une quelconque malédiction, un quelconque fantôme… Une croyance qui, de fait, ne semble émouvoir que les esprits très cartésiens, sans croyance et sans Foi, des Européens du XXe siècle…

L’art mystérieux de la préhistoire

De 25000 à 10000 avant J.-C., l’Europe, et plus particulièrement la France, va connaître une période de floraison artistique, où la peinture, le dessin, la sculpture acquièrent leurs premières lettres de noblesse.C’est à Laugerie-Basse, en 1864, que fut découverte la première statuette de femme, à qui l’on donna le nom de « Vénus impudique ». Depuis, plus d’une vingtaine de ces Vénus, sculptées dans des matériaux divers, ont été retrouvées : à Grimaldi, la Vénus dite « le losange » est en stéatite verte, celle de Tursac provient d’un galet de calcite, la Vénus à la corne est en bas-relief, quant à la Dame à la capuche, la seule sur laquelle apparaissent les traits du visage, elle est en ivoire.
Toutes ces Vénus datent de 25000 à 20000 avant J.-C. et la majorité d’entre elles révèle une femme aux hanches larges, au ventre souvent gonflé, ce qui permet de supposer qu’il s’agissait-là d’une évocation de la femme enceinte ou d’un hymne à la fécondité.
Source d’inspiration des temps anciens, la femme ne va pas garder bien longtemps ce monopole : les scènes de chasse, les animaux ornent désormais seuls le fond des cavernes.
Lorsque furent découvertes, en 1875, les premières peintures rupestres, elles ne suscitèrent, de la part des préhistoriens, qu’un immense mouvement de scepticisme. En effet, comment l’homme préhistorique, décrit alors comme un être bestial et primitif, aurait-il pu produire de tels chefs-d’œuvre ? Il faudra attendre 1940 et la découverte de la grotte de Lascaux pour convaincre les préhistoriens que « l’homme des cavernes » était un artiste… Depuis, la vision des sites d’art rupestre fascine les amateurs comme les spécialistes. Mais, pour ces derniers, nombre de questions restent en suspend.
La première concerne la situation géographique des sites rupestres : la grande majorité d’entre eux se situent entre le sud-ouest de la France et le nord de l’Espagne et pour y accéder, du moins dans de nombreux cas, il faut parcourir toute une série de boyaux. Il ne fait donc aucun doute qu’ils n’ont pas été sélectionnés au hasard. Quant à savoir ce qui a pu motiver ses choix, l’énigme reste entière.
Certains spécialistes ont voulu voir dans la multitude des motifs animaliers -scènes de chasse ou de la vie animal- la pratique d’un rituel précédant les grandes périodes de chasse ? La présence, sur certains sites, de dessins suggérant une influence magique ou chamanique, comme « le sorcier » de la grotte des Trois-Frères, pourrait confirmer cette hypothèse. Mais comment expliquer que les animaux les plus chassés -cerf et renne- ne soient pas les plus représentés ? En effet, les bisons et les chevaux sont ceux qui apparaissent le plus, sans parler des autres animaux évoqués : aurochs, mammouths, phoques et pingouins, comme à Cosquer, des ours et même une panthère tachetée à Chauvet. De plus, pourquoi, dans ce cas, avoir placé certaines scènes tout en hauteur ou même sur les plafonds ce qui a dû nécessiter l’emploi de cordages ou d’échafaudage ? On le voit, la théorie des rituels de chasse pêche par bien des côtés et seuls certains aspects en ont été retenus.
En effet, il est pratiquement certain que ces sites étaient le cadre de rituels -sans que l’on sache lesquels- ou, plus probablement, étaient des sanctuaires religieux, des lieux de culte. La présence, à Chauvet par exemple, d’un crâne d’ours, posé intentionnellement sur une pierre comme sur un autel, suggère fortement l’existence d’un culte des ours, déjà pressenti chez les Neandertaliens. Mais quelle est la signification des multiples signes géométriques retrouvés dans les grottes : points alignés ou en amas, traits, courbes, stries, triangles, cercles, arborescences, pentagones ? Que dire également des représentations humaines : silhouettes féminines, mains, parfois mutilées, visages, personnages masqués ou à l’allure fantomatique, être mi-homme mi-animaux, comme « le sorcier » des Trois-Frères ? À tout cela, l’étude préhistorique n’a pas encore su apporter de réponses…

Il était une fois l’homme : la France préhistorique

Un être courbé sous le poids de sa lourde massue, vêtu de peaux de bêtes, hirsute, vivant dans une caverne où brûle un maigre feu pendant que des brontosaures et autres dinosaures passent aux abords de son foyer : telle est l’image caricaturale que l’on donne généralement de l’époque préhistorique et de ses habitants. Certes, la préhistoire est une période primitive, un temps d’évolution sur des millénaires, mais si l’homme avait été plus évolué qu’on veut bien nous le faire croire ?
Depuis le XIXe siècle, époque qui voit la naissance d’une nouvelle science, celle de la préhistoire, les scientifiques se lancent, au fil des découvertes archéologiques, dans de multiples conjectures, avances des hypothèses, posent des questions, entreprennent des débats sans fin. Pourtant, dès l’époque romaine, Diodore de Sicile et Lucrèce décrivent un homme primitif, sauvage, nomade, se nourrissant de baies et de fruits. Si cette première hypothèse est loin d’être fausse, elle reste incomplète et seule l’archéologie -et toutes les sciences qui en découlent- pourront un jour répondre clairement à cette question : qui était l’homme préhistorique ?
Comme eux, partons donc à la recherche de nos ancêtres qui, il y a des milliers d’années, ont peuplé et domestiqué une terre que l’on appelle maintenant la France…
L’Europe, la France notamment, a ceci de particulier qu’elle représente le plus formidable creuset de connaissances préhistoriques. En effet, c’est dans cette région du globe que l’on a mis au jour le plus de sites, découvert le plus de fossiles, ce qui laissa penser, durant nombre d’années, que l’Europe était le berceau de l’humanité. Cette sentence a, depuis, été fortement remise en cause sans pour autant que le problème de l’origine géographique de l’humanité soit résolu.
La majorité des préhistoriens penchent pour une origine africaine, moyenne orientale ou même asiatique de l’homme. Mais des galets taillés et des ossements d’animaux trouvés dans le Massif Central, prouveraient, aux dires de certains scientifiques, une présence humaine en Europe il y a… deux millions d’années ! Le débat fait rage dans les milieux scientifiques mais il semble bien que la thèse européenne pêche par manque de preuves : si quelques galets taillés ont été retrouvés et datés ainsi, rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’ils sont le produit de l’homme. Il faudrait plus de galets qui, surtout, montrent sans équivoque une taille répétée et volontaire, qui ne puisse être confondue avec l’usure du temps. Ainsi, si l’on se réfère à la datation communément admise, la présence humaine en Europe daterait de 900000 avant J.-C..
La découverte du feu
L’Européen de cette époque est un Homo erectus, à l’image de l’homme de Tautavel, du nom d’une grotte des Pyrénées où, en 1971, fut découvert un crâne vieux de 400000 avant J.-C.. Plus tard, lui succéderont l’homme de Neanderthal et l’Homo sapiens sapiens.
C’est à l’Homo erectus que l’on doit la maîtrise du feu, une maîtrise qui est certaine dès 500000 avant J.-C., puisque l’on a découvert plus de trois cents sites datant de cette époque. Avec la découverte du feu, l’Homo erectus se réchauffe, se protège contre certains animaux mais surtout cuit la viande, ce qui va entraîner une plus grande consommation de celle-ci et, avec le temps, un développement moindre des maxillaires. Enfin, on peut supposer que la découverte du feu va entraîner également la formation de foyers, dans tous les sens du terme, et donc poser les bases de la société.
À la même époque, l’homme apprend à tailler le silex de façon plus précise : les lames, les pointes, les racloirs apparaissent, notamment grâce à la technique de taille dite « Levallois ». Cette technique consiste à tailler la pierre par petits coups successifs, d’abord sur les côtés puis sur le dessus, et, enfin, au centre par un coup sec. Cette évolution dans la taille du silex et la diversité des outils ou des armes obtenus ne démontre pas seulement une habileté accrue de l’Homo erectus mais laisse supposer qu’il avait une idée de l’outil qu’il désirait obtenir avant même de commencer la taille : voilà qui laisse supposer une certaine intelligence…
L’homme de Tautavel et le cannibalisme
Rares sont les vestiges provenant de l’Européen vivant dans les années 400000 avant J.-C. : quelques dents ou morceaux de molaires, une mandibule. Bref, presque rien ! Jusqu’à cette découverte de 1971, dans une grotte des Pyrénées : à Tautavel, ont été mis au jour un crâne, des mâchoires, des dents, une rotule, un fémur, des phalanges… Des ossements qui allaient permettre une reconstitution relativement précise de l’Homo erectus. Mais, loin d’éclaircir les choses, cette découverte pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses…
Au vu de la datation des os, l’homme de Tautavel serait donc un Homo erectus vieux de 400000 ans. Après reconstitution, il paraît cependant nettement plus proche de l’Homo sapiens sapiens, qui, selon les experts, n’est apparu en Europe qu’en 35000 avant J.-C. ! Voilà qui pourrait remettre en question l’origine africaine de l’Homo sapiens sapiens, pourtant acceptée par presque tous les préhistoriens. De plus, il semblerait que notre homme de Tautavel parlait !
Mais le problème de datation est loin d’être la seule préoccupation des spécialistes. En effet, le fémur humain trouvé dans la grotte est strié, comme s’il avait été rongé… par d’autres hommes. L’Homo erectus était-il donc cannibale ? C’est bien ce qu’il semblerait. Mais certains préhistoriens y voient un rite funéraire : manger la chaire d’un mort pour qu’il survive d’une certaine façon dans un autre corps est un rituel que l’on retrouvait dans certaines contrées d’Afrique il y a seulement quelques siècles… Cette thèse, si elle ne fait pas l’unanimité, séduit de plus en plus de spécialistes. Une seule question reste encore en suspend : cette anthropophagie rituelle concernait-elle les membres du clan, dont on perpétuait le souvenir, ou les ennemis, dont on assimilait ainsi le courage et la force ?
Si la découverte extraordinaire de Tautavel permet de croire que la mort avait certains rituels, la mise en place d’un véritable culte revient à l’homme de Neandertal.
L’homme de Neandertal : une brute épaisse ?
En 1856, près de Neander, en Allemagne, les archéologues mettaient au jour le crâne d’un homme préhistorique : l’homme de Neandertal. Apparu vers 100000 avant J.-C., il est assez semblable à l’Homo sapiens sapiens (c’est-à-dire nous) : il mesure 1m65 environ, a les muscles du dos et les pectoraux très développés, une mâchoire à peine plus allongée, un front incliné et un crâne plus allongé. Fondamentalement, il est donc très proche de l’homme « historique ». Pourtant, durant des années, il aura, y compris dans les milieux spécialisés, la réputation d’être une grosse brute primitive.
En 1920, le professeur Boule déclarait à propos du Neandertalien retrouvé huit ans auparavant à La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze :
L’absence probable de toute trace de préoccupation d’ordre esthétique ou d’ordre moral s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse aux mâchoires robustes et où s’affirme encore la prédominance des fonctions purement végétatives ou bestiales…
Une statue, exécutée dix ans plus tard, devait même illustrer ce jugement… totalement erroné. Il s’avère en effet que le Neandertalien de La Chapelle-aux-Saints souffrait d’arthrose de la hanche, de l’épaule et du cou, ce qui explique l’état et la position de son squelette…
Rituels funéraires et culte des morts
En fait, l’homme de Neandertal saura améliorer les techniques de taille, allant jusqu’à parcourir des kilomètres pour trouver « la » pierre convenant le mieux à la fabrication de tel ou tel outil, et édifiera murs et murailles. Mais ce qui fait sa réputation c’est son souci d’enterrer les morts et sa façon de le faire.
On ne compte plus les tombes neandertaliennes -la majorité étant en Europe occidentale et notamment en France- contenant un squelette entouré d’ossements d’animaux ou d’autres offrandes. En Irak, à Shanidar, le corps de l’enfant a été recouvert de fleurs diverses, d’autres squelettes ont été saupoudrés d’ocre rouge, ce qui, selon les spécialistes, constitue des indices presque certains de la croyance en une forme d’immortalité ou de renaissance -l’ocre représentant le sang. Que penser également de la position fœtale de la majorité des squelettes neandertaliens ? Ne pourrait-on y voir la volonté d’un retour à la terre-mère ou même la croyance en une autre vie « dans l’au-delà », en une réincarnation ?
La preuve est faite : l’homme de Neandertal avait le souci de ses morts, pratiquait des rituels funéraires et croyait peut-être même à la survie de l’âme. Quand à croire qu’il pratiquait également une forme de culte, il n’y a qu’un pas… que certains préhistoriens ont franchi après la découverte de Regourdou.
En effet, la grotte contient deux sépultures se faisant face : l’une contient un squelette d’homme, l’autre un squelette d’ours. Cette mise en scène évoque fortement une forme de culte, celui de l’ours, qui sera également mis à l’honneur à Chauvet et Pech-Merle et d’où découlerait, selon certains, le culte des ancêtres. mais la question reste posée…
On est désormais bien loin de l’image que les premiers préhistoriens avaient de l’homme de Neandertal. Pourtant, si nombre de réponses ont été apportées, certains mystères continuent de préoccuper les spécialistes. Le principal étant : pourquoi l’homme de Neandertal a-t-il purement et simplement disparu ? Malgré certains doutes -que nous avons évoqué- on admet généralement que l’Homo sapiens sapiens, notre ancêtre direct, est apparu pour la première fois en Afrique ou au Proche-Orient vers 100000 avant J.-C., a gagné les Balkans vers 40000 avant J.-C. et n’est arrivé en Europe occidentale que vers 35 avant J.-C.. À cette époque, pourtant, l’homme de Neandertal n’a pas encore disparu et il semblerait même que les deux « races » cousines aient vécu près de 8000 ans ensemble. Mais qu’est-ce qui a provoqué la fin des Neandertaliens ? Un génocide ? Une maladie apportée par les Homo sapiens sapiens à laquelle les Neandertaliens n’auraient pu résister ? L’assimilation, le mélange des races ? Les hypothèses ne manquent pas… Une seule chose paraît certaine, l’homme de Neandertal s’est éteint sans descendance. L’Homo sapiens sapiens est désormais maître du terrain.
L’homme de Cro-Magnon
L’Homo sapiens sapiens, que l’on nomme en France homme de Cro-Magnon, du nom d’un lieu-dit où fut retrouvé, en 1868, le plus vieux squelette français, n’apporte, dans un premier temps, que peu de nouveautés.
La terre est entrée, vers 35000 avant J.-C., dans une période glaciaire et la France est recouverte de glace sur toute sa moitié nord. C’est donc dans le sud, notamment le sud-ouest, que s’installe l’homme de Cro-Magnon. Dans les premiers temps, il n’apporte que peu d’amélioration à la façon de vivre des Neandertaliens : comme eux, il enterre ses morts, mais y ajoute des parures, des coquillages, et utilise les mêmes techniques de taille et de chasse jusqu’en 18000 avant J.-C.. C’est en effet à cette époque que l’homme préhistorique invente le propulseur, un morceau de bois -souvent de renne- à l’extrémité recourbée où le chasseur plaçait sa lance. Grâce au propulseur, la lance était lancée avec tant de force qu’elle pouvait atteindre une proie à plus de 30 mètres…
C’est également de cette époque que datent l’invention des aiguilles, en os, ivoire ou bois de renne, et la production des fameuses feuilles de laurier, que l’on ne trouve que dans le sud-ouest de la France. L’homme de Cro-Magnon a alors tellement amélioré ses techniques de taille qu’il est capable de produire des silex extrêmement minces, taillés sur les deux faces en retouches légères et régulières. La perfection technique est indiscutable mais la finesse du travail exclut toute utilisation pratique : l’homme de Cro-Magnon serait-il un artiste ? Cela ne fait aucun doute si l’on s’en réfère aux vestiges d’art rupestre et aux « Vénus ».
La femme mise à l’honneur
De 25000 à 10000 avant J.-C., l’Europe, et plus particulièrement la France, va connaître une période de floraison artistique, où la peinture, le dessin, la sculpture acquièrent leurs premières lettres de noblesse.
C’est à Laugerie-Basse, en 1864, que fut découverte la première statuette de femme, à qui l’on donna le nom de « Vénus impudique ». Depuis, plus d’une vingtaine de ces Vénus, sculptées dans des matériaux divers, ont été retrouvées : à Grimaldi, la Vénus dite « le losange » est en stéatite verte, celle de Tursac provient d’un galet de calcite, la Vénus à la corne est en bas-relief, quant à la Dame à la capuche, la seule sur laquelle apparaissent les traits du visage, elle est en ivoire.
Toutes ces Vénus datent de 25000 à 20000 avant J.-C. et la majorité d’entre elles révèle une femme aux hanches larges, au ventre souvent gonflé, ce qui permet de supposer qu’il s’agissait-là d’une évocation de la femme enceinte ou d’un hymne à la fécondité.
Source d’inspiration des temps anciens, la femme ne va pas garder bien longtemps ce monopole : les scènes de chasse, les animaux ornent désormais seuls le fond des cavernes.
Un art mystérieux
Lorsque furent découvertes, en 1875, les premières peintures rupestres, elles ne suscitèrent, de la part des préhistoriens, qu’un immense mouvement de scepticisme. En effet, comment l’homme préhistorique, décrit alors comme un être bestial et primitif, aurait-il pu produire de tels chefs-d’œuvre ? Il faudra attendre 1940 et la découverte de la grotte de Lascaux pour convaincre les préhistoriens que « l’homme des cavernes » était un artiste… Depuis, la vision des sites d’art rupestre fascine les amateurs comme les spécialistes. Mais, pour ces derniers, nombre de questions restent en suspend.
La première concerne la situation géographique des sites rupestres : la grande majorité d’entre eux se situent entre le sud-ouest de la France et le nord de l’Espagne et pour y accéder, du moins dans de nombreux cas, il faut parcourir toute une série de boyaux. Il ne fait donc aucun doute qu’ils n’ont pas été sélectionnés au hasard. Quant à savoir ce qui a pu motiver ses choix, l’énigme reste entière.
Certains spécialistes ont voulu voir dans la multitude des motifs animaliers -scènes de chasse ou de la vie animal- la pratique d’un rituel précédant les grandes périodes de chasse ? La présence, sur certains sites, de dessins suggérant une influence magique ou chamanique, comme « le sorcier » de la grotte des Trois-Frères, pourrait confirmer cette hypothèse. Mais comment expliquer que les animaux les plus chassés -cerf et renne- ne soient pas les plus représentés ? En effet, les bisons et les chevaux sont ceux qui apparaissent le plus, sans parler des autres animaux évoqués : aurochs, mammouths, phoques et pingouins, comme à Cosquer, des ours et même une panthère tachetée à Chauvet. De plus, pourquoi, dans ce cas, avoir placé certaines scènes tout en hauteur ou même sur les plafonds ce qui a dû nécessiter l’emploi de cordages ou d’échafaudage ? On le voit, la théorie des rituels de chasse pêche par bien des côtés et seuls certains aspects en ont été retenus.
En effet, il est pratiquement certain que ces sites étaient le cadre de rituels -sans que l’on sache lesquels- ou, plus probablement, étaient des sanctuaires religieux, des lieux de culte. La présence, à Chauvet par exemple, d’un crâne d’ours, posé intentionnellement sur une pierre comme sur un autel, suggère fortement l’existence d’un culte des ours, déjà pressenti chez les Neandertaliens. Mais quelle est la signification des multiples signes géométriques retrouvés dans les grottes : points alignés ou en amas, traits, courbes, stries, triangles, cercles, arborescences, pentagones ? Que dire également des représentations humaines : silhouettes féminines, mains, parfois mutilées, visages, personnages masqués ou à l’allure fantomatique, être mi-homme mi-animaux, comme « le sorcier » des Trois-Frères ? À tout cela, l’étude préhistorique n’a pas encore su apporter de réponses…
L’Âge de pierre…
À la fin de l’art rupestre, en 10000 avant J.-C., se produit un nouveau bouleversement climatique (et sans doute faut-il y voir un lien) : la fin de la glaciation. Un changement qui a affecté la faune et la flore : vers 8000 avant J.-C., les grands troupeaux -rennes, rhinocéros laineux, mammouths- qui constituent l’essentiel des réserves de chasse qui s’exilent vers le nord, alors que, peu à peu, la forêt remplace la steppe et se peuple de petits gibiers -lapin, cerf, sanglier.
De fait, l’homme évolue également et s’adapte à ce nouveau paysage : entre 10000 et 6000 avant J.-C., il améliore les techniques de fabrication, miniaturise, assemble (les outils peuvent être faits de plusieurs morceaux s’emboîtant), fait de la poterie et invente l’arc.
L’invention de l’arc entraîne un bouleversement radical : alors qu’auparavant il fallait une bonne dizaine d’hommes pour procéder à l’approvisionnement de tout le clan ; avec l’arc, deux ou trois chasseurs suffisent. Cela entraîne une dispersion des clans qui ne comptent plus qu’une dizaine de personnes. Selon l’historien Jacques Marseille, « pour la première fois sans doute dans l’histoire, la cellule sociale fondamentale devient un couple et ses enfants ».
Ces clans réduits, ces minis sociétés investissent désormais une large portion du territoire et se sédentarisent. De fait, la façon de s’approvisionner et de se nourrir évolue également : vers 6000 avant J.-C., l’homme s’adonne à l’élevage -chèvres, moutons- et à l’agriculture. Et logiquement, apparaissent, vers 5000-4500 avant J.-C. les premiers villages. Les bases de la société sont désormais posées et, si l’agriculture et l’élevage assurent à l’homme du néolithique un approvisionnement moins aléatoire, ils l’entraînent également dans un cycle de travail qu’il ne quittera plus. Mais l’imaginaire et la curiosité, qui ont tant fait avancer l’homme préhistorique, animent encore celui du néolithique : avec lui, commence le temps des mégalithes…

La résurrection de Babylone

Et si les origines de la civilisation humaine ne se situaient pas sur les bords du Nil mais plutôt dans cet espace de terre privilégié appelé Mésopotamie, situé entre deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate ? Sans entrer dans une querelle qui, depuis plus d’un siècle, oppose historiens et archéologues, on sait, néanmoins, que la Mésopotamie fut, il y a cinq mille ans, le berceau d’une civilisation prodigieuse, à laquelle l’humanité doit une large part de son patrimoine : la foi, l’écriture, les sciences, la littérature… Bref, les bases essentielles de notre culture.
Dans un ouvrage, certes austère, mais d’une grande rigueur historique et scientifique, Harry W. F. Saggs, professeur à l’université de Cardiff et l’un des meilleurs spécialistes de la Mésopotamie, raconte la grande aventure archéologique qui permettra d’arracher à l’oubli cette brillante civilisation.
Depuis cent cinquante ans, les chercheurs, venus d’Europe et d’ailleurs, ont mis au jour les monuments et les œuvres d’art, déchiffré les tablettes cunéiformes et fini par reconstituer, patiemment, au fil des décennies, la ville fabuleuse de Babylone et l’histoire d’un des empires les plus prestigieux que le monde ait jamais connu. Doté d’une carte claire et parlante, d’une table chronologique qui couvre quatre millénaires, de références bibliques et d’un index extrêmement utile pour les chercheurs comme pour les profanes, Au temps de Babylone est, jusqu’à ce jour, la somme la plus complète sur cette civilisation miraculeusement retrouvée. Un ouvrage passionnant pour tous ceux -et ils sont nombreux- qui s’intéressent à l’histoire des civilisations disparues.

Visiter la préhistoire

La Préhistoire vous intéresse ? Suivez ce guide qui, lors de vos pérégrinations françaises, pourra vous permettre de découvrir les plus beaux sites de cette période, là où furent faites les plus belles découvertes.
Sites du paléolithique inférieur (Homo erectus) :
-À Montmaurin (Haute-Garonne) fut découvert un des plus anciens témoignages sur l’Homo erectus : une molaire !
-La grotte de Tautavel (Pyrénées-Orientales) est un des plus intéressants sites du Paléolithique ancien. En effet, c’est là que furent découverts, outre des outils et des ossements d’animaux divers (éléphants, rhinocéros, chevaux, ours, loups, lynx, lapins, belettes, aigles royals), les restes d’un Homo erectus qui vécu il y a 400 000 ans.
-Le site de Terra Amata (Alpes-Maritimes) contient, entre autres choses, des traces de feu volontairement allumés vers 400 000 avant J.-C. et une empreinte de pied humain qui permet d’estimer la taille de l’Homo erectus, soit 1m60.

Vénus de Brassempouy, en ivoire, dite la Dame à la Capuche.

Sites du paléolithique moyen (Homme de Neandertal) :
-Achenheim (Alsace) était sans doute un lieu de transit au retour des grandes chasses où les animaux étaient dépecés.
Le site de Grimaldi (Alpes-Maritimes) renferme plusieurs sépultures, dont celle de « l’homme de Menton », enterré avec la tête ceinte de coquillages, et celle de deux enfants, ayant également de nombreux coquillages autour de leur bassin. Ces « offrandes » laissent supposer qu’il s’agissait de personnes ayant un statut particulier.
-À La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), grotte découverte en 1908, se trouve une sépulture : un homme y fut enterré en position fœtale, ce qui suggère le retour à la Terre-Mère, et tenant dans sa main une patte d’animal, sans doute pour que le mort puisse se nourrir dans l’au-delà.
-Le site de La Ferrassie (Dordogne) quatre sépultures ont été mises au jour : une sépulture double, avec un homme et une femme, puis celle d’un enfant et enfin celle d’un fœtus.
-La grotte du Régourdou (Dordogne) confirme l’idée d’un culte rendu aux ours. En effet, plusieurs « coffres » de pierres contenant des ossements d’ours ont été mis au jour ainsi que, cachée sous une dalle de 800 kilos, une double sépulture contenant un squelette humain et un squelette d’ours.
Sites du paléolithique supérieur (Homme de Cro-Magnon) :
-À Brassempouy (Landes) fut découverte la célèbre Dame à la capuche, ainsi que 9 autres « Vénus ».
-Combarelles (Dordogne) est un des premiers sites d’art rupestre découverts en France (1895).
-La grotte de Chauvet, à Combe d’Arc (Ardèche), est un des plus célèbres sites d’art rupestre : on y trouve notamment l’unique représentation d’une panthère tachetée ainsi qu’un crâne d’ours, posé comme sur un autel.
-La grotte de Cosquer (Bouches-du-Rhône) ne fut découverte qu’en 1991 par des plongeurs : l’entrée se situe à 30 m au-dessous du niveau de la mer. Les peintures rupestres s’y trouvant sont une illustration de la faune maritime de l’époque (20 000 avant J.-C.) en Méditerranée : phoques, pingouins, méduses.
-Le site de Cro-Magnon (Dordogne) a donné son nom à l’Homo sapiens sapiens français. Outre le plus vieux « Français » moderne du monde, on y a découvert les premiers exemples de bijoux : des colliers de coquillages.
-Ce n’est qu’avec la découverte du site de Font-de-Gaume (Dordogne), en 1901, que les préhistoriens furent convaincus de la réalité de l’art rupestre. On peut y admirer, entre autres, une paroi couverte de magnifiques bisons.
Grimaldi (Alpes-Maritimes), site neandertalien, fut également fréquenté au paléolithique supérieur : on y a découvert une dizaine de « Vénus », dont le fameux « losange ».
-La Madeleine (Dordogne) est un des nombreux sites d’art rupestre de la région : peintures et sculptures ont été mises au jour, dont une magnifique gravure sur bois représentant un bison se léchant.
-La Mouthe est le premier site d’art rupestre français mis au jour en 1895.
-La grotte de Lascaux (Dordogne), découverte en 1940 par quatre jeunes garçons, est sans conteste le plus fascinant site d’art rupestre : la salle des Taureaux, notamment, dénote de la maîtrise incroyable des artistes.
-À Laussel (Dordogne) fut découverte une « Vénus à la corne », sculptée à même un bloc de pierre.
-Niaux (Ariège) est un des sites les plus récents et, donc, un des derniers à avoir accueilli l’homme de Cro-Magnon.
-La grotte de Rouffignac (Dordogne) présente notamment un ensemble de bouquetins et de mammouths, parmi lesquels le plus beau d’entre eux surnommé le « patriarche ».
-La grotte des Trois-Frères (Ariège) renferme les secrets du « sorcier », une figure sans doute chamanique, mi-homme mi-animal, qui domine la grotte à 4 mètres de haut, sur la voûte. Des fragments de propulseurs y furent également découverts.
-À Tuc d’Audoubert (Ariège), autre site d’art rupestre, ont notamment été mis au jour deux magnifiques bisons modelés dans l’argile.

La femme mise à l’honneur chez « l’homme des cavernes »

De 25000 à 10000 avant J.-C., l’Europe, et plus particulièrement la France, va connaître une période de floraison artistique, où la peinture, le dessin, la sculpture acquièrent leurs premières lettres de noblesse.
C’est à Laugerie-Basse, en 1864, que fut découverte la première statuette de femme, à qui l’on donna le nom de « Vénus impudique ». Depuis, plus d’une vingtaine de ces Vénus, sculptées dans des matériaux divers, ont été retrouvées : à Grimaldi, la Vénus dite « le losange » est en stéatite verte, celle de Tursac provient d’un galet de calcite, la Vénus à la corne est en bas-relief, quant à la Dame à la capuche, la seule sur laquelle apparaissent les traits du visage (d’une finesse extrême), elle est en ivoire.
Toutes ces Vénus datent de 25000 à 20000 avant J.-C. et la majorité d’entre elles révèle une femme aux hanches larges, au ventre souvent gonflé, ce qui permet de supposer qu’il s’agissait-là d’une évocation de la femme enceinte ou d’un hymne à la fécondité.
Source d’inspiration des temps anciens, la femme ne va pas garder bien longtemps ce monopole : les scènes de chasse, les animaux ornent désormais seuls le fond des cavernes.

L’homme de Neandertal : une brute épaisse ?

Statue de l'homme de Neandertal, désormais à l'entrée du musée national de la Préhistoire, aux Eyzies.
Statue de l’homme de Neandertal, désormais à l’entrée du musée national de la Préhistoire, aux Eyzies.

En 1856, près de Neander, en Allemagne, les archéologues mettaient au jour le crâne d’un homme préhistorique : l’homme de Neandertal. Apparu vers 100000 avant J.-C., il est assez semblable à l’Homo sapiens sapiens (c’est-à-dire nous) : il mesure 1m65 environ, a les muscles du dos et les pectoraux très développés, une mâchoire à peine plus allongée, un front incliné et un crâne plus allongé. Fondamentalement, il est donc très proche de l’homme « historique ». Pourtant, durant des années, il aura, y compris dans les milieux spécialisés, la réputation d’être une grosse brute primitive.
En 1920, le professeur Boule déclarait à propos du Neandertalien retrouvé huit ans auparavant à La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze :
L’absence probable de toute trace de préoccupation d’ordre esthétique ou d’ordre moral s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse aux mâchoires robustes et où s’affirme encore la prédominance des fonctions purement végétatives ou bestiales…
Une statue, exécutée dix ans plus tard, devait même illustrer ce jugement… totalement erroné. Il s’avère en effet que le Neandertalien de La Chapelle-aux-Saints souffrait d’arthrose de la hanche, de l’épaule et du cou, ce qui explique l’état et la position de son squelette…

L’homme de Neandertal : une brute épaisse ?

Statue de l'homme de Neandertal, désormais à l'entrée du musée national de la Préhistoire, aux Eyzies.
Statue de l’homme de Neandertal, désormais à l’entrée du musée national de la Préhistoire, aux Eyzies.

En 1856, près de Neander, en Allemagne, les archéologues mettaient au jour le crâne d’un homme préhistorique : l’homme de Neandertal. Apparu vers 100000 avant J.-C., il est assez semblable à l’Homo sapiens sapiens (c’est-à-dire nous) : il mesure 1m65 environ, a les muscles du dos et les pectoraux très développés, une mâchoire à peine plus allongée, un front incliné et un crâne plus allongé. Fondamentalement, il est donc très proche de l’homme « historique ». Pourtant, durant des années, il aura, y compris dans les milieux spécialisés, la réputation d’être une grosse brute primitive.
En 1920, le professeur Boule déclarait à propos du Neandertalien retrouvé huit ans auparavant à La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze :
L’absence probable de toute trace de préoccupation d’ordre esthétique ou d’ordre moral s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse aux mâchoires robustes et où s’affirme encore la prédominance des fonctions purement végétatives ou bestiales…
Une statue, exécutée dix ans plus tard, devait même illustrer ce jugement… totalement erroné. Il s’avère en effet que le Neandertalien de La Chapelle-aux-Saints souffrait d’arthrose de la hanche, de l’épaule et du cou, ce qui explique l’état et la position de son squelette…

Il était une fois l’écriture

Cylindre d'écriture babylonienne.
Cylindre d’écriture babylonienne.

Depuis les matériaux les plus anciens, jusqu’à la révolution numérique, cent quatre-vingts pièces retracent l’histoire de l’écriture à travers les âges. Argile en Mésopotamie, papyrus en Égypte, bambou en Chine : les hommes ont emprunté à leur environnement le matériau de leur écriture. S’ils sont parfois contraints d’utiliser ce qu’ils trouvent à leur portée -un caillou à Thèbes, un tesson de poterie, voire même une chemise, sur laquelle Latude, prisonnier de la Bastille, écrivit avec son sang- c’est l’usage qui dicte le choix du support.
Dans la pierre, nos ancêtres ont gravé, pour l’éternité, leurs codes administratifs et religieux. Les tablettes de bois ont été employées depuis le IIIe millénaire avant notre ère jusqu’à aujourd’hui, où on les retrouve dans les kouttab, les écoles islamiques où les élèves apprennent le Coran. Quant aux matières précieuses, elles sont réservées aux dieux et aux princes.
Ainsi, de l’argile mésopotamien au cédérom, les supports du savoir n’ont cessé d’évoluer vers une meilleure multiplication et diffusion des textes.
L’écriture est tellement ancrée dans notre quotidien qu’il est assez difficile, aujourd’hui,  d’imaginer que, parmi les centaines de langues parlées jadis, la plupart n’ont pas connu de forme écrite.
Pourtant, bien avant qu’apparaisse, il y a trente-cinq siècles environ, chez les Phéniciens, le premier alphabet, seules quelques rares civilisations, particulièrement abouties, avaient su mettre en place un système codifié permettant aux hommes, non seulement de communiquer autrement que par la parole, mais aussi de consigner, de transmettre, de diffuser, en bref, de forger la mémoire de l’humanité.
Des premiers signes rupestres trouvés dans la grotte de Lascaux jusqu’à la création de l’imprimerie, l’écriture a connu une lente maturation, à l’image des grandes inventions de l’homme.
Du dessin à l’écriture

Cylindre babylonien
Cylindre babylonien " en déroulé".

L’aventure de l’écriture débute, fort modestement, dans un pays appelé Mésopotamie. Baigné par deux grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, l’espace géographique qui s’étend du golfe Persique à Bagdad, l’actuelle capitale irakienne, abritait, entre le VIe et le Ier millénaire avant J.-C., deux peuples rivaux : au sud, les Sumériens et, au nord, les Akkadiens, ancêtres communs aux Arabes et aux Hébreux. Les vestiges laissés par ces peuples hautement civilisés révèlent l’existence d’une société pastorale et agricole, particulièrement bien organisée. Les inscriptions gravées sur les quelques tablettes d’argile découvertes à Sumer, sur le site de l’antique cité d’Uruk, contiennent, effectivement, des listes méticuleuses de denrées et de têtes de bétail. Quoique primitives dans leur forme, ces tablettes n’en constituent pas moins de véritables registres de comptabilité, première tentative d’un peuple pour organiser son économie.
Les inscriptions sumériennes mises au jour ne sont rien d’autre que des dessins stylisés, qui représentent ou symbolisent l’objet, l’animal ou l’être humain que l’on veut désigner.
Ces signes sommaires sont désignés sous le nom de pictogrammes. Et par la simple combinaison de plusieurs de ces symboles, leur auteur peut aussi traduire une idée : il en est ainsi de l’oiseau qui, accompagné du dessin de l’œuf, évoque la natalité.
Tout au long des siècles, ces croquis connaissent de notables transformations, en liaison directe avec l’usage des instruments de tracés : les calames, roseaux qu’utilisaient les Sumériens pour creuser l’argile fraîche de leurs tablettes, ont été, peu à peu, taillés en biseau, de sorte que les empreintes prirent l’aspect de clous.
C’est ainsi que du mot latin cuneus, « clou », est née l’appellation d’écriture « cunéiforme ». Ce système que l’on peut dater de 3300 environ avant J.-C. n’a, toutefois, qu’une unique fonction de mémorisation. Il ne permet pas, en tout cas, de restituer un langage, faute de contenir l’articulation nécessaire à la composition d’une phrase.
Mon premier est…
Une étape importante va toutefois être franchie, à Sumer encore, trois siècles après, par l’introduction de la phonétique : les caractères ne renvoient plus, désormais, aux objets ou aux êtres vivants mais aux sons de la langue parlée, selon le principe bien connu du rébus.
La phonétique va connaître, à son tour, au sein du système cunéiforme, une évolution complexe que l’état actuel des découvertes archéologiques ne permet pas d’appréhender totalement. Mais il n’en demeure pas moins que l’écriture, en tant que mode de transmission de la pensée et des idées, a pris forme en Mésopotamie et y a connu, grâce à la grande flexiblité du cunéiforme, un large rayonnement, au point de transcrire des langages radicalement différents de celui des Sumériens.
Les Akkadiens, qui ont finalement étendu leur domination à l’ensemble de la Mésopotamie à partir de l’an 2000 avant J.-C., l’adoptèrent. Il fut aussi, à partir de 1760 avant notre ère, l’écriture du royaume de Babylone puis, plus tard, de celui d’Assyrie.
La civilisation élamite, qui s’édifia à l’est de la Mésopotamie, autour de la cité de Suse, sur le territoire de l’actuel Iran, emprunta, à son tour, les signes cunéiformes qui y connurent une évolution propre.

Jean-François Champollion (1790-1832).
Jean-François Champollion (1790-1832).

Jusqu’aux Hittites, habitants du vaste plateau anatolien dont la langue indo-européenne, pourtant fort éloignée des langues sémitiques de la région mésopotamienne, qui surent également utiliser le système cunéiforme. Ils en firent une écriture officielle que les scribes utilisèrent afin de transcrire toutes les langues de l’Empire.
Tandis que l’écriture sumérienne va gagner la majeure partie de l’Asie occidentale, simultanément, l’Égypte développe un système original. Les premiers voyageurs occidentaux qui ont exploré l’Égypte ont été saisis par le foisonnement des inscriptions dont les scribes et les sculpteurs ont orné temples, tombeaux, statues et objets funéraires. L’aura de mystère entourant ces signes avait déjà frappé les Grecs qui les avaient baptisés hiéroglyphes ou « images sacrées ». Personnages de profil, animaux aux postures énigma-tiques se mêlent à de multiples objets, en de savantes compositions relevant autant de l’art que de l’écriture.
De nombreux archéologues se sont interrogés sur le sens de ces signes. Représentation de lettres d’un alphabet ou idéogrammes ?
Selon Champollion, qui perça leur mystère, « c’est un système complexe, une écriture, tout à la fois, figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase… je dirais presque dans le même mot ».
C’est que la fonction des hiéroglyphes est triple : idéogrammes exprimant des idées, phonogrammes traduisant des consonnes et, finalement, signes déterminatifs, destinés à préciser la signification du mot employé, en cas d’ambiguïté liée à une homonymie.
Nous sommes ainsi en présence d’un système parfaitement élaboré, d’une véritable écriture qui, contrairement au cunéiforme, fut capable, dès son apparition, de transcrire aussi bien des précis de médecine ou de droit, que des prières, des légendes, des faits historiques et toutes formes de littérature. Certains reliefs et peintures ornant les tombes contiennent aussi des textes relatant les propos tenus par les personnages.
L’Antiquité égyptienne a donc créé les premières bandes dessinées !
Par leur profusion, la grande précision des informations qu’ils contiennent et leur valeur artistique indiscutable, les hiéroglyphes sont un témoignage sur la brillante civilisation de l’Égypte pharaonique. Malgré sa remarquable inventivité, l’écriture des Égyptiens n’est, cependant, qu’une esquisse de ce qui deviendra l’écriture moderne. Le passage décisif va s’opérer par la naissance de l’alphabet.
Les Phéniciens, pères de l’alphabet

Exemple d'écriture phénicienne.
Exemple d’écriture phénicienne.

Notre alphabet provient, en ligne directe, de celui qu’utilisaient les Romains qui l’avaient eux-mêmes reçu des Grecs. Pourtant, ni les Grecs ni les Romains ne sont les inventeurs de l’alphabet dont la paternité revient aux Phéniciens.
C’est vers la fin du XIIe siècle avant J.-C., dans la région de l’actuel Liban, qu’a été créé un alphabet de type  linéaire composé de vingt-deux signes se distinguant nettement des signes cunéiformes par leur tracé en ligne droite ou courbe.
Certains archéologues soutiennent, non sans raison, que le passage du cunéiforme au linéaire est directement lié au support utilisé. Autant l’argile fraîche des tablettes mésopotamiennes impose la gravure, autant l’usage du papyrus se prête exclusivement à une écriture linéaire, à la plume ou bien au pinceau, trempé dans l’encre. Peuple de commerçants et de marins hardis, les Phéniciens ont fait voyager leur alphabet sur les rives de la Méditerranée orientale. C’est ainsi que vers le VIIIe siècle avant J.-C. apparaît, dans une région qui s’appelait le pays d’Aram, devenue, bien plus tard, la Syrie, un alphabet dit « araméen », très proche de l’écriture phénicienne, dans lequel s’écriront quelques livres de l’Ancien Testament.
L’hébreu, écriture biblique dominante, est aussi directement issu de l’alphabet phénicien, de même que l’écriture arabe.
La fulgurante propagation de l’islam va diffuser l’alphabet arabe en Inde, en Afrique du Nord et en Asie mineure  au point qu’il servira à transcrire le persan, langue indo-européenne aux antipodes des langues sémitiques.
Au pas des légions…
Les Grecs ont modifié l’alphabet phénicien afin qu’il puisse rendre compte de leur propre langage, qui comporte de nombreuses voyelles. En effet, l’alphabet phénicien ne compte que des consonnes. Cette particularité, assez peu gênante pour des langues sémitiques comme l’arabe et l’hébreu, qui offrent peu de voyelles, devenait insurmontable pour transcrire le grec.
Pour tourner la difficulté, les Grecs eurent l’idée d’emprunter à l’alphabet araméen divers signes représentant des consonnes inconnues de leur langue et d’en faire des voyelles. Ainsi sont nées les lettres A (alpha), E (epsilon), O (omicron) ou Y (upsilon).
En 146 avant J.-C., après l’annexion de la Grèce à Rome, l’alphabet grec fut assimilé par les nouveaux maîtres, moyennant des modifications.

Casque de légionnaire romain.
Casque de légionnaire romain.

Il s’est étendu, à partir des IIe et IIIe siècles de notre ère, à toutes les régions de l’Europe où les Romains s’étaient implantés et où s’écrivait le latin.
L’invention de l’alphabet constitue, véritablement, une étape décisive pour la diffusion et la démocratisa-tion de l’écriture. La multiplicité et la complexité de fonctionnement des hiéroglyphes, comme des signes cunéiformes, avaient placé l’écriture entre les mains d’une très puissante oligarchie de scribes, détenteurs d’un savoir mystérieux. Car seule une élite était en mesure de maîtriser les milliers de signes et de symboles utilisés en Égypte et en Mésopotamie.
Et même si l’apprentissage de notre écriture moderne implique, souvent, de surmonter des difficultés orthographiques, l’introduction de l’alphabet a permis la transcription de toutes les subtilités d’une langue avec la seule assistance de vingt-six lettres.

Y a-t-il eu un culte de l’ours ?

Le squelette de l'homme du Regourdou, en position fœtale, ce qu est très significatif d'une croyance en un retour à la vie.
Le squelette de l’homme du Regourdou, en position fœtale, ce qu est très significatif d’une croyance en un retour à la vie.

On le sait, les Néandertaliens enterraient leurs morts. Mais cela signifie-t-il qu’ils croyaient forcément en l’Au-delà ? Allons plus loin : cela implique-t-il également que l’homme de Néandertal pratiquait une forme de culte ? Et dans ce cas, quel culte ?
En ce qui concerne la première interrogation la démonstration de Gabriel Camps, préhistorien éminent, suffira à convaincre. Et nul besoin d’être spécialiste pour la comprendre. Dans toutes civilisations, explique-t-il en substance, le fait d’enterrer intentionnellement les morts a impliquer une croyance en l’Au-delà. Sinon, pourquoi prendre cette peine ? Une croyance en une vie après la mort que l’on retrouve… même parmi les sociétés qui nient cet Au-delà. Exemple dans des systèmes contemporains : les sociétés marxistes, passées ou encore actuelles, n’ont eu de cesse de déclarer que la religion était «  l’opium du peuple ». Pourtant, ce sont bien dans ces sociétés là que l’on voit les dirigeants adulés tels des dieux et des dieux pour qui ont organise des manifestations plus grandioses et martiales les unes que les autres. De la même façon, en France, les fils de la Révolution de 1789 qui, depuis deux siècles n’ont que le mot «  laïcité » à la bouche, ont fait d’une église réquisitionnée et désacralisée –le Panthéon- un véritable lieu de pèlerinage afin d’honorer les héros de la Nation. Or, ces «  héros » sont bien morts, alors n’est-ce pas leur âme que l’on honore ainsi ? On le voit, la démonstration est simple, claire et ne souffre guère de discussion. Ce n’est pas le cas de nos autres interrogations…
On a donc vu qu’il était bien difficile de nier le lien entre inhumation et croyance dans une survivance de l’âme –même si à l’époque préhistorique, le mot n’existe pas. Et cette croyance est encore renforcée par la présence, dans nombre de sites de fouilles, d’offrandes accompagnant le squelette : bijoux, armes, os d’animaux travaillés. Certaines de ces tombes révèlent également la présence d’ocre rouge, généralement recouvrant le corps, qui serait, selon les spécialistes, une image du sang régénérateur. La découverte de l’homme de Menton est encore plus parlante : l’ocre n’était pas, cette fois-ci, étalé sur le corps mais placé dans un léger creux faisant office de récipient et relié à la tête du défunt par un sillon. L’utilisation de l’ocre dépasse pourtant l’usage mortuaire et, toujours selon Gabriel Camps, se retrouve «  dans le comportement cultuel ». Par ces quelques morts, le spécialiste accrédite donc l’idée d’un culte néandertalien. La question désormais est de savoir à quel sorte de culte on a à faire ?
Elaborée suite à la découverte du site du Regourdou la théorie d’un culte de l’ours est loin d’être prouvée. Sur ce site, fut mise au jour une tombe double : un homme et un ours se faisaient face. Nier qu’il y ait là la moindre arrière-pensée religieuse serait un non sens: ce n’est certainement pas par hasard que cet ours a trouvé sa place dans cette tombe. Et que dire alors de la découverte de la grotte de Montespan ? Là, les hommes préhistoriques ont façonné une sculpture d’ours sans tête et placé, dans les pattes de l’effigie, une tête d’ourson. La mise en scène, très étudiée, montre l’importance accordée à l’ours.  Faut-il donc y voir la preuve d’un culte rendu à l’ours ?
Les spécialistes sont fortement divisés sur le sujet, les partisans d’un culte y voyant le symbole ou les prémices d’un culte rendu aux ancêtres. Et, en effet, l’ours symbolise les ancêtres… chez les Inuits et chez certains peuples de Sibérie ! C’est peut-être chercher le parallèle un peu loin…
De fait, dans l’état actuel des recherches archéologiques, si la question d’un culte de l’ours ou des ancêtres reste posée, il est certain que le Néandertalien a exercé un culte, ne serait-ce qu’aux morts, ce qui lui vaut le nom d’Homo religiosus.