Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).
Régent de France à la mort de celui-ci, en 1380, Philippe entame alors une politique d’extension du duché, poursuivie par ses descendants. Grand seigneur, amateur d’art et de richesses, le premier « grand duc de Bourgogne » meurt en 1404. Il sera enterré à la Chartreuse de Champmol, le Saint-Denis des ducs de Bourgogne, qu’il a fait édifier à Dijon.

El Cid Campeador : l’histoire d’une légende

Le Cid Campeador (1043-1099), d'après une gravure ancienne.
Le Cid Campeador (1043-1099), d’après une gravure ancienne.

C’est peu dire que la vie du Cid tient de la légende : depuis le XIIe siècle, avec El Cantar de moi Cid, jusqu’à Pierre Corneille, Rodrigo de Diaz de Bivar est apparu comme l’idéal chevaleresque, le pourfendeur des Arabes, le champion de la Reconquista.
Mais si c’est bien à force de combats, de victoires que Rodrigo de Diaz a acquis son surnom du Cid –de l’arabe « sidi » qui signifie seigneur- et de Campeador, « le champion », c’est également en se mettant au service du plus offrant qu’il a fait sa fortune. Eh oui, le Cid, celui qui ne transigeait pas avec l’honneur, le héros de Corneille n’était rien d’autre qu’un mercenaire. Un mercenaire doué, certes, mais un mercenaire tout de même.
De Sanche II de Castille à Alphonse VI, deux frères ennemis qu’il servira tour à tour ; des Espagnols aux Almoravides ; des chrétiens aux musulmans : le Cid mettra son épée au service de tous les camps, de tous les partis, sans distinction aucune, l’offre la plus alléchante l’emportant toujours. Un talent militaire qu’il monnayait sans pour autant vendre sa loyauté… laquelle n’était qu’au service de ses propres ambitions. C’est ainsi qu’il s’empara de Valence, après l’avoir acquise de haute lutte pour le compte de l’émir de Taïfa, et qu’il s’en proclama roi. Rien à voir, donc, avec la légende qui fera sa réputation.
Pourtant, on aurait tort de ne voir en lui qu’un traître à l’Espagne. Certes, la péninsule était alors en pleine Reconquista, mais une reconquête où chaque petit souverain, où chaque nobliau jouait sa partie, indépendamment de toutes considérations idéalistes. L’Espagne catholique était encore loin d’être unifiée, raison pour laquelle la reconquête pris tant d’années. On est loin du « choc des civilisations » que l’on connaîtra à Lépante, par exemple. De fait, le Cid n’agira pas autrement que les seigneurs français ou anglais dans les luttes de souverains, le mot « nation » n’ayant alors pas la moindre signification.
Toujours est-il que l’histoire oublia bien vite les errements du Cid, ne retenant que son courage et son habileté guerrière. Devenu une véritable légende, Rodrigue et Chimène, son épouse, seront enterrés au cœur de la cathédrale de Burgos où leur tombeau fait, encore, l’objet d’une véritable dévotion.

La révolution selon Jan Hus

Jan Hus (1371 ?-1415).
Jan Hus (1371 ?-1415).

Quand Jan Hus commence ses prédications à Prague, l’Église traverse, avec le Grand schisme, une des périodes les plus bouleversées de son histoire. Deux papes se font face, l’un à Avignon, l’autre à Rome et les évêques et les rois doivent prendre parti pour l’un ou l’autre…
La période du Grand schisme, qui va de 1378 à 1417, sera l’occasion de nombreuses prises de position contre la hiérarchie ecclésiale.
Scandalisé par la vision de cette Église à deux têtes et déjà fortement influencé par un des précurseurs de la Réforme, John Wyclif, Jan Hus prit la tête du mouvement anti-romain en Bohême. Ses sermons, simples, en langue vulgaire et mêlant subtilement la révolte religieuse au patriotisme tchèque, vont rapidement attirer les foules.
Malgré les mesures d’interdiction de l’Église, le mouvement de Jan Hus ne cesse de grandir, soutenu par le roi Wenceslas lui-même jusqu’en 1412. À cette date, les violences qui accompagnent chacune des prédications du Bohémien lui retire le soutien des autorités civiles. Expulsé de Prague, Hus continue pourtant sa prédication, entouré de véritables fanatiques, les taborites. En 1414, il est convoqué par l’antipape Jean XXIII au concile de Constance, où il sera jugé et condamné pour hérésie. Il est brûlé vif, le 6 juillet 1415, ayant refusé de se rétracter. Cette exécution provoque une véritable révolution en Bohême et une guerre qui durera vingt ans.

Savonarole, pourfendeur d’un siècle corrompu

Jérôme Savonarole (1452-1498).
Jérôme Savonarole (1452-1498).

Petit-fils d’un médecin de Ferrare, Girolamo Savonarola –ou Jérôme Savonarole- se destinait initialement à cette carrière  avant de se tourner vers les ordres. Sa haine de la corruption, son rejet d’un siècle tout entier tourné vers le culte du corps, vers l’individualisme et vers les plaisirs vont finalement l’orienter vers la spiritualité et, en 1475, il entre chez les dominicains de Bologne. Ascète strict, prédicateur moyen, il semblait avoir bien mal choisi son ordre, un ordre ouvert sur le monde mais un ordre qui, lors de sa création par saint Dominique de Guzman, annonçait un renouveau de l’Eglise. Le pape l’avait d’ailleurs accueilli comme un pilier indispensable –avec l’ordre franciscain- dans le redressement de l’Eglise. Il en avait même rêvé… Peut-être est-ce donc ce qui incita Savonarole à se réfugier chez les Frères prêcheurs. C’est cependant à Florence, où il est envoyé en 1482, qu’il se révèle comme le pourfendeur des mœurs de ce siècle. La Renaissance artistique, d’inspiration si profondément païenne, les vices du peuple et des clercs, illustrés notamment par l’inconduite du pape Alexandre VI Borgia lui-même : autant de dérives qu’il dénoncera avec ardeur, se découvrant pour l’occasion un talent insoupçonné de prédicateur.
Quant à son ton résolument apocalyptique, loin de rebuter les foules, il allait les attirer, fascinant autant le peuple que la haute société. Pic de la Mirandole, Botticelli compteront au nombre de ses fidèles. Au final, Savonarole allait prendre un tel ascendant sur la cité florentine qu’il saura profiter de l’intervention française dans la péninsule –c’est l’époque des rêveries italiennes de Charles VIII- pour s’emparer du pouvoir au détriment des Médicis (1494). Initiateur d’une République théocratique qui  se prolongera quatre années durant, Savonarole allait cependant plonger la ville dans un climat de peur et de suspicion tel que sa république pour Dieu ressemblera bien vite à une dictature morale et spirituelle. Si l’usure sera heureusement bannie de la cité, les fêtes et les chants profanes le seront aussi ; sans compter la surveillance permanente, alimentée par une dénonciation amicale et familiale. La purification, certes, mais pas au prix de la vie privée ni à celui de l’art, si fermement condamné par le dominicain qui élèvera un bûcher des vanités qui fera périr nombre de chefs d’œuvre. Au final, c’est cette outrance morale et ascétique qui allait conduire le peuple de Florence à se révolter contre le moine. Une population largement soutenue par le pape, sans doute las de se voir insulter à chaque sermon, de voir ce petit moine jouer les gouvernants.
Isolé, abandonné de ses ouailles, Savonarole sera finalement jeté en prison et envoyé au bûcher en mai 1498.
Certains ont voulu voir dans ce moine quelque peu illuminé un précurseur de la Réforme. Pourtant il y a bien peu de point commun entre Savonarole et Luther. Certes, tous deux ont su dénoncer, avec vigueur et raison, une Eglise alors corrompue ; certes, tous deux ont rêvé d’un retour à la pureté évangélique, mais jamais le dominicain italien n’a désiré autre chose qu’un retour « aux sources » de l’Eglise. Jamais il n’a prétendu remettre en cause les dogmes. De fait, la révolte de Savonarole ressemble étrangement à celle qui anima sans doute un Grégoire le Grand, père de la réforme portant son nom, un saint François d’Assise ou un saint Dominique. Seule différence –et de taille- entre les saints et le Florentin : ce dernier ne saura utiliser que l’admonestation, la terreur pour réformer ce qui devait l’être. De fait, il échoua… Raison pour laquelle, les autres réussir, quand il fut rejeté ; ils furent canonisés alors qu’il fut condamné.

Othon Ier le Grand

Empereur Othon Ier et AdelhaideFondateur du Saint-Empire romain germanique, Othon Ier est une des plus grandes figures du Haut Moyen Âge européen. Né le 23 novembre 912, il devient roi de Germanie en 936 et soumet très rapidement ses vassaux révoltés. Il repousse les tribus magyares (les Hongrois) qui avaient envahi la Bavière et assure ses frontières troublées par les raids slaves. Othon Ier fait alors sentir son autorité dans toute l’Europe. Ainsi, il s’empare de la Lorraine, soutient Louis IV comme roi de France et se fait couronner empereur du Saint-Empire romain germanique par Jean XII en 962. Après avoir placé la papauté sous tutelle, il élève ou dépose les papes, ce qui lui confère un pouvoir jusque-là inégalé en Europe. L’empereur tout-puissant du Xe siècle meurt en 973.

Nevski : un saint orthodoxe

Croix d'Alexandre Nevski.
Croix d’Alexandre Nevski.

Fondé en 1189 en Terre sainte, l’ordre des chevaliers Teutoniques va bien vite étendre son action aux pays baltes, alliant la conversion à la conquête pour le compte du Saint-Empire romain germanique.
En 1242, les chevaliers Teutoniques, alliés aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, affrontent Alexandre Iaroslavitch Nevski, grand-prince de Novgorod et Vladimir. Ce prince guerrier, qui reçut le surnom de « Nevski » après la victoire de la Neva contre les Suédois, va, lors de la « bataille de la Glace » contre les chevaliers Teutoniques, le 5 avril 1242, repousser définitivement les moines-guerriers hors de Russie.
Symbole de la résistance au conquérant germanique, canonisé par l’Église orthodoxe, Alexandre Nevski est une des figures les plus populaires de Russie, figure qui sera reprise lors de la Seconde Guerre mondiale par la propagande stalinienne.

Un Burgonde en terre tchèque

Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).
Vue du château de Prague, situé sur les hauteurs de la ville (gravure du XIXe siècle).

On peut être saint et avoir ordonné un crime ; naître en terre de France et  faire l’objet de vénération en Tchécoslovaquie. C’est le cas de saint Sigismond, prince Burgonde, fils du célèbre auteur de la loi Gombette, Gondebaud.

Comme la grande majorité des "barbares" d’origine germanique qui, au IVe siècle, avaient entrepris la conquête de l’Europe de l’ouest, Sigismond était né arien. Une hérésie qui n’avait épargné que les Francs, demeurés païens, et qui allait éloigné les évêques gaulois de tous les princes… exceptés ceux de la nation franque. On connaît la suite : soutenu par le clergé, Clovis, le jeune roi des Francs, dominera bientôt toute l’ancienne Gaule. Parmi les autres peuples germaniques, la conversion sera plus lente et passera, presque à chaque fois, par celle de leurs princes. Ainsi en sera-t-il des Wisigoths d’Espagne ; ainsi en sera-t-il également des Burgondes. La religion catholique avait alors fort mauvaise presse en Burgondie. On sait que les parents de la reine Clotilde avaient été massacrés en raison, notamment, de leur conversion au catholicisme. Il faudra la conversion du souverain lui-même pour modifier cet état de fait. Et c’est bien ce qui se passa : vers 501, après qu’il ait connu les enseignements de saint Avit, Sigismond, fils du roi Gondebaud, abandonna l’arianisme pour le catholicisme.

Quinze ans plus tard, alors qu’il succédait à son père à la tête du royaume de Bourgogne, il devait autoriser l’exercice de cette religion dans tous ses Etats et même fonder le monastère de Saint-Maurice d’Agaume, dans le Valais. C’est là qu’il trouvera refuge après avoir fait étrangler son propre fils, injustement accusé de comploter contre son père (522). C’est également là qu’il devait périr, en 523, après que Clodomir, roi d’Orléans, fils de Clovis se soit vu offert, par le peuple même de Sigismond sa couronne. L’indignation des Burgondes sera même telle, qu’ils feront massacrer leur ancien souverain et toute sa famille…
La vie de Sigismond est, certes, loin de donner l’exemple. Pourtant, dès après sa mort, il sera vénéré comme un saint et, au XIVe siècle, ses reliques seront transportées à Prague par l’empereur Charles IV où elles devaient faire l’objet de toutes les attentions…

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.
Faisant l’objet de soupçons précis depuis le 15 décembre 1939, Gilles de Rais est arrêté en septembre 1440.
Il se voit très rapidement accusé de meurtre d’enfants et de sodomie et, après avoir subi la question, il finit par reconnaître les faits :
Ledit Gilles de Rais, accusé, volontairement et publiquement devant tous, confessa que, pour son ardeur et sa délectation sensuelle, il prit et fit prendre un si grand nombre d’enfants qu’il ne saurait le préciser avec certitude…
Condamné le 25 octobre 1440, Gilles de Rais est pendu puis brûlé.

Barberousse ou la légende du Grand Roi

Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.
Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.

Roi des Lombards, Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse,  empereur germanique depuis 1152, est, avant tout, un conquérant et c’est contre la papauté que se déroulera son plus long combat. Les cités lombardes, officiellement vassales de l’Empire, sont en perpétuelle révolte et le pape Alexandre III les soutient face au très redoutable Barberousse. Le conflit qui oppose les Gibelins, les hommes de l’Empereur, et les Guelfes, surnom de la dynastie précédente, va s’étendre de l’Empire à l’Italie et durera dix-sept ans. Pourtant, bien que vaincu en Italie, Barberousse va continuer ses multiples combats, créant ainsi sa réputation de souverain qui n’accepte ni le déshonneur ni la défaite.
Le 2 octobre 1187, Saladin s’empare de Jérusalem et Frédéric, qui voit une chance de démontrer qu’il est le vrai défenseur de la Chrétienté, est le premier à répondre à l’appel du pape. Il lève alors une armée de cent mille hommes et, accompagné de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste, prend la route de la Terre Sainte.
C’est Barberousse qui, fasciné depuis toujours par la civilisation islamique, entreprendra toutes les négociations avec Saladin. Mais la croisade est de courte durée pour l’Empereur, qui est déjà un vieil homme de soixante-huit ans. La traversée de l’Asie Mineure est terrible et la chaleur assaille les hommes. Passant près de la rivière du Cydnus où Alexandre le Grand avait failli se noyer, Barberousse ne résiste pas à la tentation : il prend un bain et se noie, le 10 juin 1190.
L’Empereur est mort mais, pendant que Richard continue la lutte en Terre Sainte et que Philippe II manœuvre afin d’accroître le domaine royal, la légende de Barberousse naît. On dit même qu’il n’est pas mort mais qu’il dort, quelque part sous une montagne de Kyffäuserberg, en Thuringe, et qu’un jour le Grand Roi se réveillera et sauvera l’Occident en péril…

Odon, « leader » de Cluny

Abbaye de Cluny (conservée au cabinet des estampes de la BNF).
Abbaye de Cluny (conservée au cabinet des estampes de la BNF).

Parce qu’il était le fils d’un leudes -seigneur- du comte d’Anjou, Odon, engagé dans la vie ecclésiastique, devait se retrouver, fort jeune, chanoine d’un puissant et très rentable centre religieux : Saint-Martin de Tours. Mais Odon était avide de vie parfaite. En 909, il décida donc de rejoindre l’abbaye de Baume avec, à sa tête, l’abbé Bernon, fondateur de Cluny. D’abord chargé de l’école abbatiale de Baume, Odon devint abbé de Cluny à la mort de Bernon, en 927 et c’est à lui que le monastère doit son premier et décisif essor.
L’exemple de l’ardente vie monastique menée à Cluny faisant école, Odon fut chargé, dès 929, de réformer Romainmôtier, dans le Jura. Suivront ensuite Charlieu, en 930, Saint-Géraud d’Aurillac, Saint-Martial de Limoges, Saint-Martin de Tulle, Saint-Pierre-le-Vif de Sens et Fleury. En 931, un privilège du pape Jean XI l’autorisa à placer sous son autorité les monastères réformés : Cluny devenait alors un des principaux alliés de la papauté dans son combat pour le redressement de l’Eglise. Odon se rendra en Italie à trois reprises (936, 938 et 942) et servira même de médiateur dans les luttes qui agitaient les factions à Rome. De fait, il prouvait, s’il était besoin, l’immense influence que Cluny détenait déjà. Il en profita d’ailleurs pour introduire la réforme clunisienne dans différents monastères italiens, initiant le rayonnement européen de l’abbaye fondée par Bernon.