C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.
Là, quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent une flotte, non pas en fuite, mais bel et bien prête à combattre un ennemi gêné par l’étroitesse du passage. L’étranglement du chenal jeta l’affolement dans les rangs perses dont les navires s’entrechoquaient, brisant leur rames et laissant tout loisir aux Grecs de les achever.
Après le combat de Salamine, les lambeaux de l’armée de Xerxès prirent péniblement le chemin du retour, en abandonnant, cette fois, définitivement, la conquête de la Grèce.

Hérodote, le père de la géographie

Buste d'Hérodote (v. 484 avant J.-C.-v. 425 avant J.-C.).
Buste d’Hérodote (v. 484 avant J.-C.-v. 425 avant J.-C.).

Hérodote, le plus illustre des voyageurs de l’Antiquité, est né vers 484 avant notre ère, à Halicarnasse, petite ville fondée dans la Carie, sur la côte de l’Asie Mineure, par les Doriens, l’une des quatre tribus helléniques. Le nom de son père était Lyxès, celui de sa mère Dryo. Son oncle Panyasis avait composé deux poèmes presque aussi populaires, en ce temps-là, que ceux d’Homère et d’Hésiode. Il était jeune et riche. Grâce aux relations commerciales de sa famille, il pouvait compter sur l’aide et les conseils des marchands grecs répandus dans tous les pays où commençait à poindre la civilisation. Le renom poétique de son oncle Panyasis lui assurait un accueil non moins favorable chez les prêtres et chez les philosophes, c’est-à-dire près des hommes les plus instruits de la terre, car la science était alors tout entière contenue dans la religion et la philosophie.
On sait aujourd’hui d’Hérodote, qu’il était fort jeune lorsqu’il commença ses voyages, puisque l’on considère comme incontestable qu’il avait seulement vingt-huit ans lorsque, à son retour, il fit la lecture de son histoire aux jeux Olympiques.  

La seule curiosité n’était point le but qui l’avait déterminé à entreprendre un voyage aussi long et aussi laborieux. En s’éloignant de sa patrie, vers l’an 464 avant Jésus-Christ, il ne cédait pas seulement au désir de s’éclairer sur des questions difficiles qui se rapportaient aux origines et au culte de son pays ; il avait conçu un projet plus vaste. À l’exemple d’Homère, qui avait chanté la première victoire signalée des Hellènes contre les Asiatiques (ou, comme on l’a dit, le premier triomphe de la civilisation de l’Occident sur celle de l’Orient), Hérodote se proposait d’écrire l’histoire des longues et mémorables luttes que les Grecs avaient soutenues contre la Perse, et qui s’étaient récemment terminées par les glorieuses victoires de Marathon, de Salamine, de Platée et de Mycale : il avait sagement pensé que la meilleure préparation à une œuvre si considérable était de visiter les nations les plus intéressées à ces événements et d’étudier chez elles-mêmes leurs annales, leurs institutions et leurs mœurs.
Ce fut, en effet, au retour de ses voyages et sous leur impression, qu’Hérodote composa le livre immortel qui lui a mérité dans la postérité le surnom de « Père de l’histoire » ; il n’aurait pas eu moins de titres à être nommé le « père de la géographie » : les descriptions physiques, les informations curieuses et de toute nature qu’il a si agréablement mêlées à sa narration historique sont restées des modèles qu’on n’a point surpassés dans l’art d’observer et d’écrire. Jamais peut-être on n’a enseigné plus de choses sous une forme plus charmante. Un de ses biographes, Visconti, semble n’avoir rien exagéré en disant que son livre est le plus intéressant et le plus agréable de tous les livres écrits en prose depuis vingt-trois siècles. Encore ne pouvons-nous guère aujourd’hui apprécier toutes les beautés de son style, dont l’harmonie est si douce, au témoignage de Quintilien, « qu’il paraît renfermer de la musique ».

Les Achéens ou l’histoire d’une expansion

Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.
Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.

Si dans les poèmes homériques le terme d’Achéens désigne indistinctement les Grecs participant au siège de Troie, il est certain qu’ils constituaient une famille bien particulière, sans doute la plus ancienne de la race hellénique.
Arrivés en Grèce au début du IIe millénaire avant J.-C., ces guerriers de type nordique, adeptes de l’usage du cuivre, refoulèrent les Pélasges dans les zones montagneuses et s’établirent en Thessalie puis dans la Grèce centrale et dans le Péloponèse, apportant une nouvelle langue d’où devait sortir le grec. Ignorants des choses de la mer, les Achéens se limiteront longtemps à la Grèce continentale où ils feront émerger la civilisation mycénienne (XVIe-XIIIe siècles avant J.-C.). La porte des Lionnes à Mycènes, l’Acropole de Tirynthe conservent le souvenir de cette race guerrière, prônant la force et la sévérité.
C’est en côtoyant les Crétois que les Achéens vont se faire marins. Ils établissent alors des relations commerciales avec l’Egypte, les Hittites, Chypre enfin. Mais c’est en profitant de la ruine de la civilisation minoenne que la civilisation mycénienne prend toute son ampleur et rayonne alors sur la Méditerranée orientale et en Sicile.
Guerriers grecs (dessin moderne).
Guerriers grecs (dessin moderne).

Vers 1200 avant J.-C., l’arrivée des Doriens -des Indo-européens de race nordique- bousculent les Achéens en Grèce. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ils tentent alors de s’établir en Asie. Sans doute aussi est-ce ainsi qu’il faut voir ou interpréter la guerre de Troie (XIIe siècle avant J.-C.). En Grèce même, les Achéens seront désormais confinés en Thessalie et dans la partie septentrionale du Péloponèse qui prendra le nom d’Achaïe. Plus jamais les Achéens ne retrouveront l’aura qu’ils avaient eu. Ce ne sera pourtant pas faute d’essayer.
Au Ve siècle avant J.-C., l’Achaïe regroupe une douzaine de cités unies en une fédération. L’une des plus importantes, Hélikê devait disparaître suite à un tremblement de terre (373 avant J.-C.). La première fédération achéenne devait disparaître sans histoire mais, en 280 avant J.-C., une nouvelle "ligue achéenne" vit le jour. Indépendante sur le plan administratif, les cités de la ligue s’unissaient dans le domaine militaire ou de politique étrangère. La direction militaire était d’ailleurs confiée à un stratège unique. Sous l’impulsion d’Aratos de Sicyone, la ligue allait devenir une force militaire redoutable, capable d’affronter les Macédoniens (vers 243 avant J.-C.). La prise de l’Acrocorinthe par Aratos devait produire une onde de choc et rallier à la ligue achéenne les cités de l’isthme, privant ainsi Antigone Ier, roi de Macédoine, de clefs du Péloponèse. L’Arcadie entra ensuite dans la sphère d’influence de la ligue achéenne et de son chef militaire, Aratos, sans pour autant convaincre Athènes d’en faire autant. Cette tentative d’unir les Grecs du Péloponèse et de la Grèce centrale allait cependant se heurter aux ambitions de Sparte. Vaincue par le Spartiate Cléomène en 227 avant J.-C. à Mégalopolis, le ligue achéenne se tourna alors vers la Macédoine. Les rêves d’expansion des uns et des autres allaient finalement se heurter aux désirs d’expansion et d’influence de Rome qui profitera pleinement des querelles internes aux divers alliés. En 146 avant J.-C., les Romains abattent la ligue achéenne, s’emparent de Corinthe, pillent et rasent la cité. C’en était fini -et depuis longtemps, des Achéens.

Aux origines de la guerre de Troie

Hélène et Paris, d'après un vase grec.
Hélène et Paris, d’après un vase grec.

Les origines de la guerre de Troie, événement mettant en scène essentiellement des hommes, remontent à… une affaire de femmes.
Alors que les dieux célébraient en grande pompe le mariage de Thétis avec le mortel Pelée, la Discorde, Éris, surgit au beau milieu de la fête. Comme toutes les divinités, elle était porteuse d’un cadeau de prix : une magnifique pomme d’or, qui devait revenir… à la plus belle des déesses. Pour Éris, c’était un coup de maître, car, aussitôt, trois déesses se mettent en lice, sûre que la pomme doit leur revenir : il s’agit d’Athéna, d’Héra et d’Aphrodite. Certes, les trois déesses sont très belles, mais quel est le dieu qui osera désigner l’une plutôt que l’autre, au risque de s’attirer les foudres -le mot n’est pas trop fort- des deux autres ? Évidemment, les dieux sont loin d’être fous et préfèrent laisser ce genre de « cadeaux empoisonnés » aux autres, en l’occurrence les hommes…
C’est à un beau jeune homme, Pâris, fils du roi Priam, que va revenir l’honneur de choisir parmi les trois déesses. Après bien des hésitations, Pâris désigne enfin Aphrodite, qui lui a tout bonnement promis l’amour de la plus belle des femmes, Hélène de Sparte. Qu’Hélène soit déjà mariée importe peu pour Aphrodite, toute heureuse de voir confirmer ce dont elle-même ne doutait pas un seul instant : qu’elle était la plus belle !
Pâris, qui, pour un prince n’a décidément aucune notion de diplomatie, s’embarque donc pour Sparte, où Ménélas l’accueille à bras ouverts, le comblant d’attentions et de présents. Entre princes, cela va de soi ! Mais, le jour où Ménélas est appelé hors de Sparte pour raisons familiales, il charge son épouse de s’acquitter, à sa place, de son rôle d’hôte parfait. Hélène et Pâris sont désormais seuls et le jeune Troyen n’a plus qu’à laisser agir le charme que lui a octroyé Aphrodite : Hélène succombe et, abandonnant tout, mari et enfants, s’embarque pour Troie. Non seulement Pâris a volé la femme d’un prince -et pas n’importe lequel, un Atride- mais il a surtout bafoué les lois de l’hospitalité, si importantes en Orient… Un tel outrage demandait réparation : ce sera la guerre de Troie.

L’empire du luxe

Un festin au Moyen Âge (tapisserie du XIVe siècle).
Un festin au Moyen Âge (tapisserie du XIVe siècle).

Le luxe serait-il le propre des sociétés en décadence ? Peut-être l’étalage du luxe pour le luxe, de l’argent pour l’argent ; peut-être faut-il voir comme un signe avant-coureur d’une civilisation décadente, un monde où la référence est la marque, où l’obsession de chacun est de savoir ce qu’il va bien pouvoir acheter afin d’améliorer, non pas son quotidien, mais un "extra" devenu quotidien. De fait, ce qui gêne c’est l’outrancier ; et la décadence, c’est lorsque l’outrancier est accepté, voire recherché.
Toutes les sociétés ne réagissent pas de manière équivalente à ce genre d’abus. Certaines les acceptent et y voient même une amélioration, tout dépendant, on l’a dit, de la notion d’outrance. D’autres craignent ou perçoivent le danger -souvent alors qu’il est trop tard- et font alors tout pour lutter contre les abus de luxe. Certains vont même jusqu’à édicter des lois en ce sens : c’est notamment le cas des lois somptuaires, un terme générique qui désigne des législations ayant tenter de freiner voire de faire cesser les abus de luxe. Ce sera notamment le cas en Grèce et plus particulièrement à Sparte, dont on sait le peu de goût pour ce qui n’était pas nécessaire.
Ce sera également le cas à Rome où de nombreuses lois luttant contre le luxe dans les festins, les vêtements, les parures, les bijoux seront édictées. La plus célèbre sera la lex oppia, parue en 215 avant J.-C. et qui interdisait aux femmes de porter des objets d’or, des vêtements par trop somptueux, de circuler en char même. Abrogée en 195 avant J.-C., elle sera suivie de la lex orchia, de 182 avant J.-C., qui limitait le nombre d’invités à un banquet puis par la lex fannia (181 avant J.-C.) qui imposait certaines restrictions dans la composition des menus. Autant de lois parfaitement inutiles, jamais appliquées et qui reflètent une certaine inquiétude du monde romain. Inquiétude sans grand fondement si l’on en croit la suite de l’histoire sauf que, justement, ce type de lois ne paraît jamais que lorsque la société est consciente des abus et donc lorsqu’il n’est pas encore trop tard, l’aveuglement prouvant, si l’on veut, la décadence. Le monde antique ne sera pas seul à édicter des lois somptuaires : Philippe le Bel, Louis XIV en feront autant, ainsi qu’Edouard III d’Angleterre… sans plus de succès que leurs prédécesseurs antiques d’ailleurs.

Qui veut « revoir Syracuse » ?

Appareillage d'un navire grec (dessin moderne).
Appareillage d’un navire grec (dessin moderne).

Présentée, à juste titre d’ailleurs, comme le type même de l’établissement coloniale, la Sicile et plus précisément Syracuse a pourtant été, à plusieurs reprises, à deux doigts de se libérer de ces conquêtes dont elle était l’objet et, même, de dominer à son tour.
Fondée en 734 avant J.-C. par les Corinthiens, Syracuse allait devenir une des principales colonies de la Grande Grèce, sa ville principale et fonder, à son tour, plusieurs colonies, comme Acrae, Casmenae, Camarina. Mais le pouvoir des "gamoroï", les descendants des colons corinthiens, était suffisamment despotique pour attirer à eux la vindicte populaire : en 485 avant J.-C., la plèbe les chassent de la cité, conduisant les gamoroï à faire appel au tyran voisin : Géla. Bien leur en prit, car Géla allait faire de Syracuse la capitale des établissements grecs de la Sicile et permettre à l’île de résister aux Carthaginois. Sous le règne de son frère et successeur, Hiéron, Syracuse allait exercer son hégémonie sur toute l’île et étendre même son pouvoir et son influence sur des villes de la péninsule italienne, à Cumes notamment. Le premier empire "syracusien" s’achèvera en 466, après seulement vingt ans, lorsque Thasybule, frère de Géla et de Hiéron, fut chassé par les démocrates.
Une restauration de la démocratie qui ne sera que de façade cependant, Syracuse n’hésitant guère à soutenir Sparte durant la guerre du Péloponnèse, ce qui lui vaudra de voir les Athéniens mettre le siège -en vain- devant la cité.
Archimède (287-212 avant J.-C.), d'après un dessin moderne.
Archimède (287-212 avant J.-C.), d’après un dessin moderne.

Démocratique ou non, le péril qui menaçait alors la cité, ainsi que toute la Sicile, venait des côtes africaines, de Carthage. Et l’instauration de la tyrannie par Denys l’Ancien (405 avant J.-C.) ne devait que repousser une échéance apparemment inéluctable. Le tyran y fut cependant pour beaucoup en imposant une garde de la cité, en assurant les fortifications, en reconstituant une armée de mercenaires et un corps d’officiers de métier, en assainissant les finances. De fait, le second empire syracusien avait vu le jour. Mais Denys l’Ancien, pressé d’assurer son pouvoir, avait cédé la moitié de la Sicile à Carthage en échange de la paix. Son pouvoir établi, il décida donc de récupérer ce qui avait été trop facilement cédé : en 397 avant J.-C., il rouvrit le conflit et, après cinq ans de durs combats, devait refouler les Carthaginois à l’extrémité de l’île. Pratiquement toute la Sicile était désormais sous la domination de Syracuse, accélérant par le fait l’hellénisation de l’île. La prise de Messine allait également étendre l’influence de Denys sur les cités italiennes du sud de la péninsule. Devenu "archonte" auto-proclamé de Sicile, Denys l’Ancien était même parvenu à faire reconnaître par Sparte son hégémonie sur la Grande Grèce. Malgré tout, l’ambition de Denys ne devait pas suffire à établir un empire pérenne. Son fils, Denys le Jeune, qui avait rêvé d’organiser un Etat idéal en collaboration avec Platon, ne saura pas empêcher les villes italiennes de reprendre leur indépendance, pas plus qu’il ne saura préserver son trône : renversé en 343 avant J.-C. par Timoléon, Denys le Jeune laissa la place à un régime démocratique… bientôt suivi d’une tyrannie, puis d’une seconde, puis d’une troisième. De fait, la stabilité politique ne sera plus de mise dans la cité… jusqu’à la conquête romaine. Alors que la prospérité avait rendu quelques forces à la cité sous Hiéron II (270-215 avant J.-C.), son petit-fils, Hiéronyme n’eut pas la sagesse de son grand-père qui avait joué la carte de la neutralité dans le conflit entre Rome et Carthage. Et il avait pris le parti de Carthage, s’attirant du même coup les foudres de Rome. Les inventions d’Archimède permettront à la cité de résister quelque temps, mais, après trois ans de siège, elle dut capituler (212 avant J.-C.). Les troupes de Claudius Marcellus se livrèrent alors à un pillage en règle de la cité qui devint la résidence du gouverneur romain de Sicile. Plus jamais, la ville de Syracuse ne devait recouvrer son indépendance.

Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.
L’heureux élu était le roi de Thessalie, Pelée, qui eut bien du mal à ne serait-ce qu’embrasser sa jeune épouse : la néréide, outrée qu’on l’ait ainsi donné à un pauvre mortel, refusait tout contact avec Pelée. Finalement, après bien des ruses, Pelée réussit à convoler avec Thétis qui, au fil des ans, lui donna huit fils. Au dernier, elle donna le nom d’Achille.
Thétis aimait tendrement ses fils et, comme toutes les mamans, elle était hantée par l’idée qu’ils puissent se blesser. Pire même, qu’ils meurent. Car si les fils de Pelée tenaient beaucoup de leur mère, il y avait une chose qu’ils avaient héritée de leur père : c’est sa mortalité ! La belle néréide décida donc de tout mettre en œuvre pour palier à cette « petite défaillance » et rendre ses fils immortels… sans grande réussite puisqu’ils périrent tous les uns après les autres dans les flammes où les plongeait leur mère. À la naissance du huitième, cependant, Pelée mit le holà. Thétis dut se résoudre à trouver un autre système que celui du baptême du feu : son dernier-né sous le bras, elle descendit donc dans les Enfers et le plongea dans les eaux purulentes du Styx. Contente de sa ruse, Thétis remonta bientôt à la surface de la terre, oubliant qu’elle avait tenu son fils par le talon durant toute l’opération.
Les années passaient et Achille grandissait. Fils d’une divinité, il avait un statut particulier chez les mortels et son éducation devait être parfaite. Elle fut donc confiée à Chiron, le maître des Centaures, qui fut également le distingué professeur d’Hercule, de Jason et d’Asclépios. Chiron, à n’en pas douter, était le meilleur dans sa partie : il lui enseigna l’art de la guerre, qui était la matière préférée d’Achille, et le nourrit même de gibier… afin, dit-on, d’accroître sa férocité… Rapidement, Achille devint célèbre pour son courage et son adresse à nul autre pareil. Et, bien entendu, lorsque le temps fut venu pour les Grecs de partir en expédition contre Troie, ils voulurent qu’Achille les accompagne… Mais voilà, Achille avait disparu !
Sachant, par on ne sait quelle prophétie, qu’Achille mourrait sous les murs de Troie, Thétis avait convaincu son fils de se cacher, déguisé en fille, dans le gynécée du roi Lycomède, à Scyros. C’est Ulysse, le plus malin des guerriers grecs, qui fut chargé de le retrouver. Déguisé en marchand, l’astucieux grec pénétra dans le palais de Lycomède et présenta aux jeunes filles assemblées un assortiment de bijoux et de soieries… ainsi que quelques armes ! Alors que toutes les filles, comme de bien entendu, s’extasiaient sur les attributs si typiquement féminins, Ulysse constata qu’une d’entre elle semblait fascinée par les armes : il sut alors qu’il avait trouvé Achille. Mais Thétis ne désarmait pas : si son fils devait combattre contre les Troyens, il le ferait dans les meilleures conditions. C’est ainsi qu’Achille embarqua pour Troie, une armure invincible spécialement conçue pour lui par Héphaïstos dans ses bagages.

Achille soignant Patrocle.
Achille soignant Patrocle.

Dans les premiers temps de la guerre, les Troyens n’eurent guère à redouter l’adresse guerrière d’Achille : ce dernier, qui s’était disputé avec Agamemnon, refusait tout simplement de se battre. Il passait ses journées avec Patrocle, son ami et amant, à jouer de la lyre à l’ombre de sa tente. Un jour, pourtant, Patrocle, qui avait une conscience plus développée de son devoir, emprunta la fameuse armure d’Héphaïstos et, se faisant passer pour Achille lui-même, se lança dans la bataille. Bien mal lui en prit : il se heurta au meilleur guerrier troyen, Hector, qui, d’un coup parfaitement assuré, mit fin aux prétentions du pauvre Patrocle.
Lorsqu’Achille apprit la mort de son bien-aimé, il entra dans une rage folle et se lança -enfin- dans la bataille. Le duel entre Hector et Achille devait durer de longues heures mais, finalement, Achille eut raison du Troyen. Pourtant, sa vengeance était loin d’être assouvie : attachant le cadavre de son ennemi à son char, Achille le traîna, douze jours durant, autour de la tombe de Patrocle. Sa rage glaçait d’horreur les Troyens comme les Grecs ; les dieux eux-mêmes se révoltèrent devant pareille humiliation, au point que Zeus chargea Thétis d’intervenir. Sur les instances de sa mère, Achille mit donc un terme à sa vengeance mais, désormais, les Grecs purent compter sur sa participation. Et elle ne fut pas des moindres : guerrier accompli, sans doute le meilleur de son époque, Achille sema la mort et la désolation parmi les rangs des Troyens… jusqu’à ce que les dieux se mêlent à nouveau du conflit. C’est Apollon, favorable aux Troyens, qui devait mettre fin à la glorieuse carrière d’Achille en guidant le bras de Pâris : touché au talon par une flèche, Achille s’effondra, accomplissant ainsi la prophétie.
Personnage essentiel de l’Iliade, Achille allait devenir le type même du héros grec : un guerrier accompli, bien que d’une rare violence, un demi-dieu qui ne pouvait qu’inspirer des hommes tels qu’Alexandre le Grand…

Du culte dionysiaque aux mystères d’Eleusis

Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.
Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.

Né au VIe siècle avant J.-C., le culte dionysiaque traîne une réputation pour le moins erronée. Les Bacchantes latines y sont certainement pour quelque chose, ainsi qu’une vision élaborée uniquement sur les attributs les plus marquants de cette divinité.
C’est en Asie mineure, dont il porte le bonnet phrygien, que s’est d’abord développé le culte dionysiaque. Un culte entièrement tourné vers la fête débridée, vers la consommation effrénée de vin, vers une sexualité sans frein. De fait, Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, est, dans la mythologie grecque, le dieu du vin, du désir brutal, des arts et de l’agriculture. Deux derniers attributs qui s’effacent largement au profit des premiers ; deux attributs que l’on a tendance à reléguer, voire à occulter. Sans doute est-ce une erreur car tous ces attributs se tiennent et lorsqu’on les étudie ensemble, la vision qu’ils donnent est celle d’une divinité de la vie, de la mort et de la résurrection. Dieu de l’agriculture et du vin, Dionysos est profondément ancré dans la notion de divinité de la terre. Or c’est la terre qui régénère. C’est elle aussi qui ensevelie, accueillant les corps des défunts. Et, comme chacun sait, Dionysos est une divinité qui est né plusieurs fois. Sauvé du ventre de sa mère par Zeus, qui lui permet d’achever sa gestation dans sa propre cuisse, Dionysos devait ensuite être démembré, brûlé avant d’être ressuscité grâce à l’intervention de la déesse Rhéa. Un épisode qui fait de Dionysos le pendant d’Osiris, mais surtout une divinité de la vie et de la mort, de la vie à tout prix. C’est la célébration de cette vie que célèbre le culte dionysiaque. Un culte profondément marqué par la fête, la danse ; un culte célébrant la vie dans ce qu’elle a de plus débridée. Un culte, enfin, qui, apparaît comme une réponse à la société toujours plus encadrée, plus morale et plus contraignante qui se dessine alors.
A la même époque, l’orphisme voit le jour. Cette doctrine fondée sur la certitude d’une vie après la mort mais d’une vie dépendante de la précédente, fait au contraire la part belle à la morale, à la pureté, à l’ascétisme même. Platon, Pindare s’en font les échos annonçant, à force de purifications et d’efforts, la possibilité pour l’homme d’atteindre à un état quasi divin. C’est la première fois, dans la religion grecque antique, que l’on perçoit la possibilité pour l’homme de jouer un rôle dans sa vie après la mort, de participer à son devenir. Une spiritualité complexe donc et qui ne fera que peu d’adeptes, contrairement au plus célèbre des cultes mystiques : le culte éleusien.

Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d'Eleusis.
Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d’Eleusis.

Culte à mystères, dédié aux seuls initiés, le culte d’Eleusis va acquérir une popularité immense dans toute la Grèce. Plusieurs raisons à cela : la simplicité de sa doctrine -si on la compare à l’orphisme- et le retour vers une spiritualité tournée entièrement vers la nature, la fécondité naturelle et la vie. Dédié aux déesses Déméter et Coré-Perséphone, sa fille, le culte éleusien célèbre, par une série de sacrifices, par la consommation de produits issus de la terre, deux aspects essentiels pour l’homme : la vie et la mort. Une vie offerte par les dieux, notamment Déméter, divinité présidant à la fécondité de la terre, et par Coré-Perséphone qui, si elle est plus connu comme déesse des Enfers, préside également à la naissance, aux jeunes enfants. C’est donc à une célébration de la nature vivante qu’appelle le culte éleusien. Mais à une vie qui a une fin, qui conduit irrémédiablement à la mort du corps. C’est là l’autre aspect du mystère d’Eleusis : la mort, l’Au-delà. Une mort qui n’est qu’une étape pourtant, la terre offrant, encore une fois, la régénérence. Une mort enfin qui se prépare, ce qui, en ce sens, rapproche le culte éleusien de l’orphisme puisqu’on puise dans son culte la connaissance nécessaire à bien vivre sa mort, son Au-delà.
De fait, il est évident, et l’apparition de ces cultes ou de ces spiritualités en fait foi, que la spiritualité grecque a connu une rapide évolution. Une évolution qui va conduire le peuple à une quête plus personnelle, à une religion moins conventionnelle et peut-être moins convenue même si, dans les mystères également, l’aspect rituel est essentiel. Parallèlement, les religions orientales vont connaître, à travers le mithraisme, notamment, la même évolution. Une évolution qui n’est rien d’autre que la réponse à une quête spirituelle naturelle et évidente et qui se répandra dans tout le monde méditerranéen, jusqu’à Rome ou à Jérusalem.

Zeus olympien

Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d'Olympie.
Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d’Olympie.

Les Antiques, notamment les Grecs, avaient une assez haute opinion de leur monde et de leur savoir-faire. Sans doute est-ce ce qui les conduisit à désigner sept monuments, sept œuvres d’art, supérieures aux autres en grandeur et en magnificence.  Des chefs-d’œuvre qui, dès l’époque de Strabon, géographe du Ier siècle avant J.-C., furent connus sous le nom d’Orbis miracula : les Merveilles du monde, devenues les Sept Merveilles du monde. Parmi elles : le temple de Zeus olympien
Le site d’Olympie est un des plus célèbres de la Grèce : sanctuaire plutôt que ville, il était originellement consacré au culte de Gaïa, la Terre, et d’Héra, jusqu’à ce que le culte de Zeus (Jupiter chez les Romains) prédomine, au moins depuis le VIIIe siècle avant J.-C..
Zeus, rapporte le voyageur Lucien Augé, y avait, dit-on, combattu Cronos, qui lui disputait l’empire du monde, et c’était en commémoration de cette victoire de son père qu’Hercule avait institué les jeux solennels. Plus tard, Zeus lui-même confirma la consécration de cette terre et, frappant le sol de la foudre, il y fit une brèche. Parfois, de cet antre béant, s’échappait une voix qui chantait des oracles redoutés.
 

Le sanctuaire, ou Altis, formait un ensemble d’environ 200 mètres de côtés avec, pour monument principal, le grand temple de Zeus -de 64,12 mètres de long et de 27,66 de large-, construit vers 460 avant J.-C. par l’architecte Libon d’Élis. Mais surtout, à l’intérieur du temple, se trouvait une grande statue de Zeus Olympien, haute de 12 mètres, due au génie du sculpteur Phidias : Zeus était représenté assis sur un trône, le torse fait d’ivoire ; une couronne d’olivier ceignait son front et ses jambes étaient enveloppées dans des draperies d’or, que des fleurs émaillées constellaient. La main gauche, majestueusement relevée, soutenait un sceptre, dominé par un aigle. La hampe du sceptre rayonnait de l’éclat de pierres précieuses et les montants, le socle, le tabouret, tout retraçait les exploits des habitants de l’Olympe.
Lorsque Phidias eut achevé sa tâche, dit-on, il regarda en face le dieu qu’il avait fait et lui demanda :
-Zeus, es-tu content ?
La foudre éclata aussitôt et, tombant aux pieds du colosse, fendit le marbre du sol. Zeus avait répondu…

Epicure : pour le plaisir

Buste d'Epicure (342-270 avant J.-C.).
Buste d’Epicure (342-270 avant J.-C.).

Parce qu’il se veut l’apôtre d’une vie sans dieux, sans superstition, où seul le plaisir de l’homme compte, on a trop souvent tendance à associer l’épicurisme à la transgression, au plaisir des sens assouvi sans limite. Pourtant, la philosophie ou plutôt le modèle de vie prôné par cet Athénien du IVe-IIIe siècle avant J.-C. se veut d’abord comme une opposition à la religion grecque de l’époque. Fils d’une magicienne, Epicure vouait une haine sans limite à tout ce qui touchait à la superstition. Or, la religion grecque est entièrement, alors, tournée vers la superstition. Le succès de la Pythie, sensée révéler aux hommes le désir des dieux, mais également celui des cultes à mystères comme le culte dionysiaque et, surtout, le culte éleusien sont pétris de rituels, de croyances qui, pour certains, se limite à de la superstition. De fait, si la religion grecque originelle est une religion presque étatique, que l’on pratique avec ses concitoyens, elle est surtout une religion qui n’implique jamais l’individu si ce n’est à l’occasion de quelques sacrifices. En quête d’une religion plus personnelle, d’une véritable spiritualité, les Grecs vont alors se tourner, toujours plus nombreux, vers les cultes à mystères qui, s’ils font la part belle au rituel, invitent à une implication de l’homme, annoncent la nécessité d’agir pour se sauver. Une conception très moderne donc, presque chrétienne mais qui, mal comprise, peut se révéler désastreuse. C’est ainsi qu’il faut comprendre les excès du culte dionysiaque, comme plus tard des Bacchanales ; c’est également comme cela qu’il faut comprendre l’épicurisme. Un mode de vie qui se veut une réaction à ces excès commis au nom d’une religion mal comprise, apparentant cette religion à de la superstition.
Réaction à des excès, l’épicurisme va, rapidement, connaître le même sort, le même dévoiement que les religions qu’il combattait. Car si Epicure prônait le plaisir, c’était le plaisir durable, calme. Les passions érotiques, la recherche effrénée de pouvoir : autant d’occasions de souffrir et donc autant d’occasions de fuir. L’indifférence aux dieux, l’indifférence à la vie après la mort et la seule préoccupation du présent et du bien du corps : telle était la philosophie d’Epicure. Une philosophie qu’il va détailler dans près de 300 ouvrages. Mais une philosophie qui va se répandre en se dévoyant, donnant alors au plaisir des sens, à son assouvissement à tout prix, la première place. Un destin qui explique sans doute que l’on fasse de l’épicurisme la philosophie de toutes les décadences…