Zeus olympien

Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d'Olympie.
Reconstitution par la gravure de la statue de Zeus dans le temple d’Olympie.

Les Antiques, notamment les Grecs, avaient une assez haute opinion de leur monde et de leur savoir-faire. Sans doute est-ce ce qui les conduisit à désigner sept monuments, sept œuvres d’art, supérieures aux autres en grandeur et en magnificence.  Des chefs-d’œuvre qui, dès l’époque de Strabon, géographe du Ier siècle avant J.-C., furent connus sous le nom d’Orbis miracula : les Merveilles du monde, devenues les Sept Merveilles du monde. Parmi elles : le temple de Zeus olympien
Le site d’Olympie est un des plus célèbres de la Grèce : sanctuaire plutôt que ville, il était originellement consacré au culte de Gaïa, la Terre, et d’Héra, jusqu’à ce que le culte de Zeus (Jupiter chez les Romains) prédomine, au moins depuis le VIIIe siècle avant J.-C..
Zeus, rapporte le voyageur Lucien Augé, y avait, dit-on, combattu Cronos, qui lui disputait l’empire du monde, et c’était en commémoration de cette victoire de son père qu’Hercule avait institué les jeux solennels. Plus tard, Zeus lui-même confirma la consécration de cette terre et, frappant le sol de la foudre, il y fit une brèche. Parfois, de cet antre béant, s’échappait une voix qui chantait des oracles redoutés.
 

Le sanctuaire, ou Altis, formait un ensemble d’environ 200 mètres de côtés avec, pour monument principal, le grand temple de Zeus -de 64,12 mètres de long et de 27,66 de large-, construit vers 460 avant J.-C. par l’architecte Libon d’Élis. Mais surtout, à l’intérieur du temple, se trouvait une grande statue de Zeus Olympien, haute de 12 mètres, due au génie du sculpteur Phidias : Zeus était représenté assis sur un trône, le torse fait d’ivoire ; une couronne d’olivier ceignait son front et ses jambes étaient enveloppées dans des draperies d’or, que des fleurs émaillées constellaient. La main gauche, majestueusement relevée, soutenait un sceptre, dominé par un aigle. La hampe du sceptre rayonnait de l’éclat de pierres précieuses et les montants, le socle, le tabouret, tout retraçait les exploits des habitants de l’Olympe.
Lorsque Phidias eut achevé sa tâche, dit-on, il regarda en face le dieu qu’il avait fait et lui demanda :
-Zeus, es-tu content ?
La foudre éclata aussitôt et, tombant aux pieds du colosse, fendit le marbre du sol. Zeus avait répondu…

Epicure : pour le plaisir

Buste d'Epicure (342-270 avant J.-C.).
Buste d’Epicure (342-270 avant J.-C.).

Parce qu’il se veut l’apôtre d’une vie sans dieux, sans superstition, où seul le plaisir de l’homme compte, on a trop souvent tendance à associer l’épicurisme à la transgression, au plaisir des sens assouvi sans limite. Pourtant, la philosophie ou plutôt le modèle de vie prôné par cet Athénien du IVe-IIIe siècle avant J.-C. se veut d’abord comme une opposition à la religion grecque de l’époque. Fils d’une magicienne, Epicure vouait une haine sans limite à tout ce qui touchait à la superstition. Or, la religion grecque est entièrement, alors, tournée vers la superstition. Le succès de la Pythie, sensée révéler aux hommes le désir des dieux, mais également celui des cultes à mystères comme le culte dionysiaque et, surtout, le culte éleusien sont pétris de rituels, de croyances qui, pour certains, se limite à de la superstition. De fait, si la religion grecque originelle est une religion presque étatique, que l’on pratique avec ses concitoyens, elle est surtout une religion qui n’implique jamais l’individu si ce n’est à l’occasion de quelques sacrifices. En quête d’une religion plus personnelle, d’une véritable spiritualité, les Grecs vont alors se tourner, toujours plus nombreux, vers les cultes à mystères qui, s’ils font la part belle au rituel, invitent à une implication de l’homme, annoncent la nécessité d’agir pour se sauver. Une conception très moderne donc, presque chrétienne mais qui, mal comprise, peut se révéler désastreuse. C’est ainsi qu’il faut comprendre les excès du culte dionysiaque, comme plus tard des Bacchanales ; c’est également comme cela qu’il faut comprendre l’épicurisme. Un mode de vie qui se veut une réaction à ces excès commis au nom d’une religion mal comprise, apparentant cette religion à de la superstition.
Réaction à des excès, l’épicurisme va, rapidement, connaître le même sort, le même dévoiement que les religions qu’il combattait. Car si Epicure prônait le plaisir, c’était le plaisir durable, calme. Les passions érotiques, la recherche effrénée de pouvoir : autant d’occasions de souffrir et donc autant d’occasions de fuir. L’indifférence aux dieux, l’indifférence à la vie après la mort et la seule préoccupation du présent et du bien du corps : telle était la philosophie d’Epicure. Une philosophie qu’il va détailler dans près de 300 ouvrages. Mais une philosophie qui va se répandre en se dévoyant, donnant alors au plaisir des sens, à son assouvissement à tout prix, la première place. Un destin qui explique sans doute que l’on fasse de l’épicurisme la philosophie de toutes les décadences…

Le chant des sirènes

La sirène classique, d'après un tableau du XIXe siècle.
La sirène classique, d’après un tableau du XIXe siècle.

S’il est l’être merveilleux qui nous paraît le plus familier, paradoxalement, la sirène est le plus méconnue. Point de jambes changées en queue de poisson ; pas de mélopées ensorcelantes : la sirène, décidément, n’a rien à voir avec l’image qu’on s’en fait.
C’est Homère, dans l’Odyssée, qui, la première fois évoque les sirènes. L’épisode est connu : mis en garde par Circé, Ulysse bouchera les oreilles de ses marins et se fera attacher au mât de son navire afin de profiter, seul et sans danger, du « chant » enivrant de ces dames. Mais s’il les cite, pas une fois, Homère ne décrit les sirènes. Quant à leur don en matière de chant, nous aurons l’occasion d’y revenir.
A partir de cet épisode, va se construire un des mythes les plus fameux. Les successeurs d’Homère vont étoffer ce mythe, allant jusqu’à doter les sirènes d’une ascendance. Filles d’Achéloos -un dieu fleuve- ou de Phorcys –un dieu marin- et, au choix, de Stéropé –une des Pléïades-, de Calliope –muse de la poésie-, de Melpomène –muse du chant- ou de Gaïa –la Terre-, les sirènes vont aussi se multipliées. Au nombre de deux chez Homère, elles sont ensuite trois ou six et sont parfois associées à Perséphone, déesse des Enfers, dont elles forment le cortège. On s’en doute, les auteurs antiques vont broder à loisir sur les aventures impliquant les sirènes qui, après Ulysse, vont échouer à séduire Jason puis Orphée. Il semblerait d’ailleurs qu’elles n’aient guère remporté de succès… Pas même dans les concours de chant ! 

Pausanias, qui écrit au IIe siècle de notre ère, rapporte en effet qu’Héra avait organisé un concours opposant les sirènes aux Muses. Le but, évidemment, était de départager les deux clans qui prétendaient tous deux détenir le monopole de l’art du chant. Et, une fois encore, les sirènes devaient échouer ! Eternelles perdantes, elles n’en eurent pas moins une longévité littéraire et mythologique hors du commun. Car si les Muses se limitent à la sphère gréco-romaine, le mythe des sirènes va s’étendre en Europe et jusqu’au Moyen Âge, époque à laquelle elles acquièrent des jambes de sirènes, donc une queue de poisson…
Elles peuplent les cauchemars

La sirène antique d'après la vase de Caere.
La sirène antique d’après la vase de Caere.

Comment les représentaient-on avant l’époque médiévale ? On l’a dit, Homère n’a jamais fait la moindre description des sirènes, ce qui laisse à penser qu’elles avaient l’apparence de femmes comme les autres… à moins que le mythe de la sirène soit si connu et si commun à l’époque qu’il n’ait pas jugé bon de les décrire ! Ce qui est certain, c’est que toute l’Antiquité a une seule et même vision des sirènes, c’est-à-dire des oiseaux à tête de femme ou des êtres mi femmes –pour la tête et le torse- mi oiseau –pour le bas du corps et les ailes. Des plats, des vases, même contemporains de l’Odyssée, les représentent ainsi. Mais si Homère n’a pas fait de description, comment pouvons-nous dire que ces représentations sont bien celles de sirènes et non de chimères ou de stryges –qui non seulement ont la même apparence mais qui sont également redoutées pour leur cri. Et du cri au chant, il n’y a qu’un pas… tout est question de perception ! Un vase, découvert à Caere et actuellement exposé au Louvre, permet d’être relativement catégorique. A côté d ‘une femme à corps d’oiseau apparaît l’inscription suivante : « siren eimi » -je suis la sirène. Voilà qui est on ne peut plus clair, d’autant que ce vase est à peine plus récent que le texte de l’Odyssée. Pourtant, la parenté avec les stryges n’est peut être pas uniquement physique. Ces êtres, qui apparaissent essentiellement dans la tradition et la littérature romaine, sont des démons femelles réputées pour sucer le sang des nouveaux-nés et pour les enlever. Une réputation qui va les poursuivre jusqu’au Moyen Âge puisqu’on les retrouve dans les écrits de Gervais de Tilbury (1152-1221). Saint Augustin les évoque également mais les associe plus généralement aux morts. Or, on l’a vu, dans la mythologie grecque, les sirènes sont aussi les compagnes de Perséphone, qui règne sur les Enfers. Certaines productions antiques les représentent même enlevant une âme. Le parallèle entre sirènes et stryges est assez étonnant. Mais il ne s’arrête pas là : en effet, les deux catégories d’êtres merveilleux vont avoir une autre destinée commune jusqu’au Moyen Âge. Non contentes d’être associées aux morts, elles semblent peupler ou faire naître les cauchemars… De là à penser qu’il s’agit, au final, d’une seule et même famille…
La connaissance de toutes choses

Statue du poète Homère.
Statue du poète Homère.

De cette démonstration il ressort clairement que les sirènes n’ont guère de chose à voir, physiquement, avec l’image populaire actuelle. Mais au delà du physique, qu’en est-il de ce fameux chant ? On l’a vu, les sirènes, pourtant si célèbres et si redoutées pour ce don, sont allées, dans la littérature antique, d’échec en échec. Au fond, ce don était-il si fameux ? Et si, plus simplement, il ne s’agissait pas de mélodie ?
Si Homère évoque explicitement le chant des sirènes –« il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant »- faut-il pour autant le prendre au sens littéral comme le feront ceux qui, à sa suite, vont écrire sur les sirènes ? Cicéron, dans le De Finibus, analyse ainsi le passage des sirènes : selon lui, ce chant représente en fait la promesse d’une science merveilleuse, absolue.
Ulysse, redit l’Odyssée, l’honneur de la Grèce, dirige vers nous son vaisseau et viens prêter l’oreille à nos chants… l’esprit tout plein de nos doctes merveilles… Rien ne nous échappe de tout ce qui arrive dans ce vaste univers.
Et Homère, note Cicéron, vit bien qu’il n’y avait aucune vraisemblance dans sa fable s’il représentait un aussi grand homme qu’Ulysse séduit par des chansons. Elles lui promettaient la science…

L’analyse est sensée, convaincante même et donne au fameux chant des sirènes celui d’une vaine promesse. Car qui peut se targuer de connaître toutes choses ?

Démosthène : tout sauf le Macédonien

Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).
Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).

Une anecdote en fait un des plus connus des orateurs grecs. Ce fils d’armurier, qui avait été dépouillé de son héritage après la mort de son père -il n’avait alors que sept ans-, s’adonnera à l’art de parler à l’école d’Isée. Mais Démosthène avait un défaut de prononciation qui le faisait railler de ses camarades. Pour y remédier, le jeune Démosthène s’entraînera à parler avec des cailloux dans la bouche. Une réussite semble-t-il puisqu’il deviendra un orateur réputé de la cité d’Athènes. Un don qu’il devait rapidement mettre au service de sa ville dont il sera un des plus ardents défenseurs. De fait, Athènes semblait le dernier obstacle aux ambitions démesurées d’un certain Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. Toute l’énergie de Démosthène sera mise en branle afin de tenter d’arracher les Athéniens à leur insouciance, à leur manque de perspective. Une énergie qui se traduira par des discours enflammés, les Philippiques, les Olynthiennes, le discours Contre la lettre de Philippe participent à cette tentative ultime. En vain. Car Philippe devait vaincre cette résistance par les armes. En 338 avant J.-C., il battait les Athéniens à Chéronée.
Démosthène garda cependant toute son influence, ce qui devait conduire Alexandre le Grand, qui poursuivait la politique hégémonique de son père, à se faire livrer l’orateur avec neuf de ses compères. Il ne sera sauvé que grâce à l’intervention d’un proche d’Alexandre mais devait, malgré tout, perdre tout son prestige… par sa faute même. Car s’il était bon orateur, Démosthène était également avide de biens matériels. C’est ce qui le perdra. Alors que l’intendant d’Alexandre avait trouvé refuge à Athènes avec des trésors qu’il avait pillé, Démosthène accepta de l’aider… contre "rançon". Une faiblesse, certes, mais qui sera mise au jour. Le procès qui s’ensuivit ne permit pas à l’orateur de se disculper : condamné à une amende qu’il ne pouvait payé, mis aux fers, Démosthène parviendra à s’enfuir à Egine puis à Trézène, en Argolide. Rappelé par les Athéniens après la mort d’Alexandre, il reprit son activité politique et participa au soulèvement contre Antipater. Un échec là encore. Sommé de se livrer, il prit la fuite, encore. Mais pour peu de temps cette fois-ci. Débusqué dans le temple de Poséidon, à Calaurie, il se donna la mort en 322 avant J.-C..

Sparte : au temps des soviets…

Un guerrier spartiate, d'après une illustration moderne.
Un guerrier spartiate, d’après une illustration moderne.

Militaire par l’entraînement intensif de ses fils et de ses filles, communiste par son système de prise en charge complète de l’individu et par un partage égal des terres, la cité de Sparte n’a pas toujours eu ce statu si particulier qui fit sa gloire… et sa déchéance.
Réputée pour la finesse de ses céramiques et pour sa production de figurines en bronze, haut lieu de l’art poétique, la Sparte primitive sera également une des première à se doter d’une constitution. En effet, c’est sans doute vers 700 avant J.-C. qu’est établie la Rhètra (littéralement « la loi ») qui servira de base à la première constitution spartiate. Etablie sous forme d’oracle, elle incite à la mise en place d’un système politique assez proche, en apparence, de celui de nos démocratie. Ainsi, il est établie qu’à l’âge d’homme -30 ans-, les Spartiates sont invités à élire une gérousia –une assemblée d’hommes plus âgés comme l’indique son nom- parmi lesquels seront désignés deux souverains.

Pourquoi deux ? Nul ne le sait. Ce n’est certainement pas par désir de préserver un quelconque équilibre, une équité, les rois de Sparte n’ayant guère qu’un rôle mineur. Chefs de guerre, grands prêtres de la cité, ils sont en fait assujettis, comme le reste de la population, à la gérousia, qui détient le véritable pouvoir. Or cette assemblée, sous des dehors démocratique –après tout elle est élue- est une oligarchie. Elus à vie, les membres de la gérousia détiennent les pleins pouvoirs, notamment judiciaires –elle n’a laissé aux rois que quelques miettes tout à fait mineures-, et n’ont de compte à rendre à personne. Une situation politique qui appelle nécessairement des abus.
Et c’est de cette démocratie dévoyée que va naître la Sparte célèbre, la Sparte combattante mais aussi esclavagiste, inégalitaire et communautaire –les enfants sont élévés par la communauté de 7 à 30 ans. Une Sparte, enfin, qui paraît bien proche de l’idéal soviétique…

Cnossos : sous le signe du taureau

Elevage des taureaux, d'après une gravure ancienne.
Elevage des taureaux, d’après une gravure ancienne.

Si l’archéologie est une science, basée sur des recherches scientifiques, il arrive bien souvent que la motivation du chercheur soit tout autre ; qu’elle ait un relent de légende plus que d’histoire. L’archéologie au XIXe siècle est profondément marquée par ce côté légendaire et mythologique, du fait même qu’elle est alors pratiquée autant par des spécialistes que par des amateurs. Et ce sont eux qui vont doter cette science de son côté "quête du Graal". Une quête qui, parfois, aboutira sur la découverte de trésors inestimables, telle la mise au jour des ruines de l’antique Troie, par Schliemann, ou celle du célèbre palais de Cnossos.
La Crète est fortement présente dans toute la mythologie grecque. C’est là que Zeus est né, là qu’il aurait séduit la nymphe Europe, là encore que se serait établi leur fils, Minos, qui, outre le fait d’avoir pour beau-fils un être mi-homme mi-taureau, deviendra l’un des trois juges des Enfers. Une fonction qui ne lui est sans doute pas dévolue par hasard, qui doit tout à sa filiation divine. Une fonction qui a sans doute également un lien étroit avec le personnage du Minotaure.
De fait, le taureau paraît omniprésent à Cnossos. Des fresques du palais -mis au jour en 1900-,  aux multiples salles, qui ne sont pas sans évoquer le fameux Labyrinthe de Dédale, il est "la" marque de fabrique de la Crète, son symbole le plus fort. Or que représente réellement le taureau dans l’Antiquité méditerranéenne ? Dans la religion de Mithra, apparue en Perse au IIe siècle avant J.-C., il symbolise les forces du mal, celle que le dieu a vaincu. Une victoire reprise lors de l’initiation avec le taurobole, le sacrifice d’un taureau suivi de l’aspersion du nouvel adepte avec son sang. Dans la religion de Cybèle, venue de Phrygie, le taureau accompagne la déesse de la fécondité ; il est la puissance de la nature, sa force, sa vie. Le taureau de Crète, celui des palais comme de la mythologie est tout cela à la fois : il est la vie foisonnante lorsque Zeus prend son apparence pour séduire Europe ; il est la mort et le mal lorsque Pasiphaé -l’épouse de Minos- trompe son époux et met au monde un être monstrueux, lorsque l’île est soumise aux Minotaure, qui réclame sa ration de chair fraîche. C’est tout cela que représente le taureau. Et c’est également tout cela que représente Minos, roi de Crète et juge des Enfers : une vie, un monde placé sous le signe du taureau.

Le cortège des satyres

Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).
Un satyre et une nymphe (statue actuellement conservée au Louvre).

Fainéants et lubriques, peureux et méchants selon les dires d’Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.), les satyres ont surtout la réputation d’être des amateurs de vin, de fêtes et de filles –de nymphes et de ménades en l’occurrence. Bref, ce sont de joyeux lurons qui ne pouvaient qu’être les compagnons idéaux du dieu du vin et de la nature, Dionysos. Et comme celle du fils de Zeus et de Sémélé, la réputation des satyres est plus qu’exagérée, elle est en fait totalement déformée.
Divinités protectrices de l’abondance agricole, les satyres sont vraisemblablement originaires du Péloponèse, d’Arcadie plus précisément. Associés au dieu Pan, également issu de cette contrée agricole, ils vont se voir doter du même physique, assez peu flatteur au demeurant, à savoir de pattes, d’une queue et de cornes de bouc. Des attributs qui classent de fait les satyres au même rang que les divinités animales présentent dans tous les cultes indo-européens et qui symbolisent les énergies naturelles, c’est-à-dire les eaux, les forêts, les montagnes, les vents.
Esprits des solitudes rocheuses selon Daremberg, les satyres n’ont guère de chose à voir avec les êtres lubriques et en perpétuel état d’ébriété qu’on en a fait ensuite. Comme les silènes, avec qui on les confond souvent, comme les ménades, « auxquelles ils s’unissent dans la fraîcheur des cavernes » selon Homère, comme Dionysos lui-même au fond, les satyres sont tout bonnement victimes du dévoiement qu’a subi le culte dionysiaque.
Avant d’être le prétexte à tous les débordements orgiaques, le culte de Dionysos avait pour but la célébration de la nature, de la vie et, il est vrai, du vin. Rien à voir cependant avec les fameuses fêtes bacchiques romaines. Les danses, le vin étaient bien présents mais dans une tout autre mesure, avec un tout autre sens. Résurgence tardive des divinités secondaires naturelles comme celles des sources, des eaux ou des montagnes, le thiase –c’est-à-dire le cortège- dionysiaque avait pour but de célébrer la vie et l’abondance. Les danses qu’ils exécutaient étaient rien de moins que des représentations rituelles, d’où naîtra d’ailleurs le théâtre grec, d’où son nom de théâtre satyrique. Quant au vin, il était utilisé, comme souvent dans les cultes orientaux –notamment d’Asie mineure- pour atteindre un état extatique nécessaire aux rituels de divination ou même de possession. On pourrait presque parler « d’ivresse religieuse », mais une ivresse maîtrisée. Une maîtrise qui, on le sait, va progressivement disparaître, notamment dans les célébrations romaines, ce qui prouve, une fois de plus, une totale méconnaissance des véritables enjeux de ce culte qui, pour le coup, va faire des satyres des êtres pervers, capables de tous les vices.

Alexandre le Grand, la conquête éclaire

Médaille représentant Alexandre le Grand.
Médaille représentant Alexandre le Grand.

 «Son dessein, note Plutarque dans ses Vies parallèles, ne fut pas de courir fourrager l’Asie comme un capitaine de larrons, ni de la saccager, ni de la piller…
Sa volonté fut de rendre toute la terre habitable sujette à une même raison
et tous les hommes, citoyens d’un même État. La façon dont il réalisa son expédition nous montre qu’il agit en vrai philosophe.»
Philosophe plus que conquérant ? La question ne se pose guère au regard des premiers pas politiques d’Alexandre.
A peine Philippe II tombe-t-il sous les coups de Pausanias, qu’Alexandre se fait acclamer roi par l’armée. Fut-il, lui-même, l’instigateur de ce meurtre ? Y aurait-il vu un moyen de s’assurer la succession ? Toujours est-il que l’armée de Macédoine ne fait pas tout et que, dès son avènement, Alexandre III -qui n’est pas encore le Grand- doit faire face à une véritable levée de bouclier, à laquelle le nouveau roi met fin avec une certaine fermeté : une expédition éclair lui assure, dès l’été 336 avant J.-C., la succession comme archonte de Tessalie, amphiction de Thèbes et hégémone de la Ligue de Corinthe ; enfin, l’année suivante, Thèbes est rasée.
Son pouvoir consolidé en Grèce, Alexandre va reprendre à son compte les projets de son père.
Au printemps 334 avant J.-C., il part à la conquête de l’Asie. La résistance perse se fait tout d’abord discrète et la majorité des cités grecques de la côte préfèrent se donner au Macédonien, que ce soit par peur ou pour échapper au pouvoir perse. Un sursaut de la part de la marine perse qui, sous les ordres de Memnon, va conduire à la reprise de la quasi totalité des îles et des ports grecs d’Asie ne suffira pas à sauver les Perses qui réalisent la puissance des Grecs après la victoire d’Issos, en 333 avant J.-C.. La fuite de Darius III au cours de l’affrontement illustre parfaitement le désarroi des Perses qui se voient dépouiller, entre 332 et 330 avant J.-C. de la Phénicie, de l’Egypte, où sera fondé Alexandrie, de la Cyrénaïque -qui se donne au conquérant. Ce dernier pénètre alors au cœur même de l’empire achéménide : la Babylonie est soumise et Persépolis ravagée. Darius III, toujours en fuite, finira lamentablement sous les coups de quelques rebelles. Nous sommes alors en 330 avant J.-C. et Alexandre se lance dans la conquête des satrapies orientales : Bactriane, Sogdiane, Drangiane. Parler de conquête est d’ailleurs hasardeux tant elle paraît aléatoire dans les hautes terres afghanes. L’armée grecque fait défection, au point qu’Alexandre doit faire appel à des contingents locaux ; qu’il doit jouer de la diplomatie et des alliances. C’est également à cette période, en 330 avant J.-C., qu’Alexandre doit faire face à la première vraie crise dans son entourage immédiat qui lui reproche son mode de vie " à la perse".

Alexandre le Grand (dessin moderne).
Alexandre le Grand (dessin moderne).

A l’été 327 avant J.-C., malgré tout, Alexandre se lance dans sa dernière conquête : l’Inde. Une conquête de trop pour ses hommes qui, ayant atteints les rives de l’Hyphase, un affluent de l’Indus, l’obligent à faire demi-tour.
Dès le début de sa vaste conquête, Alexandre a tenté de rallier à lui les satrapes (gouverneurs) perses en leur donnant d’importantes fonctions une fois le pays conquis. L’empire ne pouvait survivre qu’avec l’aide et la collaboration active des élites : aussi Alexandre encourage-t-il les mariages entre ses proches ou ses soldats et les peuples conquis. Il y aura bien sûr l’affaire des mariages forcés de Suse, où 90 gréco-macédoniens seront enjoints d’épouser des filles de nobles perses ou mèdes ; mais également la création, subventionnée pourrait-on dire, d’un nouveau peuple, avec 10 000 unions récompensées. Alexandre avait d’ailleurs donné lui-même l’exemple en épousant, en 327 avant J.-C., la fille d’un noble perse. L’union, hautement symbolique, était intervenue alors qu’Alexandre venait de réprimer sévèrement la révolte de son entourage macédonien qui lui reprochait de se conformer de plus en plus aux us et coutumes perses… Non seulement il avait adopté la langue et les costumes perses, comme le feront également nombre de ses satrapes, mais s’entourait d’Orientaux dans ses conseils et exigeait même les marques de respect qui étaient dues à Darius III. Philotas, accusé de complot, sera exécuté ; Kleitos, le frère de lait du Conquérant, périra de ses mains et Callisthène, neveu d’Aristote, sera jeté en prison.
De fait, le Conquérant est en pleine tourmente interne lorsqu’il meurt à Babylone le 13 juin 323 avant J.-C.. Il n’avait alors que 33 ans mais son héritage même pose question. Et plus que de savoir si il fut plus un conquérant qu’un administrateur, que l’un ne saurait allait sans l’autre, la question est aussi de savoir quel fut le dessein réel d’Alexandre. Héritier des ambitions paternelles, se vit-il, dès 336 avant J.-C. comme successeur de Darius III ou a-t-il était poussé par le succès ? A-t-il planifier ses conquêtes, jusque dans les plus lointaines, par souci stratégique, afin de consolider ses acquis, ou a-t-il rêver d’un empire universel ? Est-ce cela qui fait le Conquérant ?

Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Ce génie militaire constitue une armée de dix mille hommes quasi invincible, avec laquelle il réussira l’impossible exploit : conquérir et unifier la Grèce. Il a pour femme l’étrange princesse Olympias qui prétendra, après la naissance de leur fils Alexandre, que le véritable père en est Zeus lui-même ! Le dieu l’aurait engendré en frappant de sa foudre le lit nuptial lors de la nuit de noces ! Épuisé par ses victoires autant que par ses excès de toutes sortes, ce «brave des braves» mourra assassiné par un noble macédonien, Pausanias. Il se chuchote que celui-ci avait été inspiré par Olympias et peut-être même par Alexandre…

 

 

Salamine : une muraille de bois

Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).
Buste de Thémistocle (v.528-v.462 avant J.-C.).

Au printemps de l’an 480 avant J.-C., le très puissant empereur perse Xerxès quitte Sardes, franchit l’Hellespont et lance son armée sur les rivages grecs. Les Athéniens, conscients du danger, livrent des combats de retardement : Léonidas, à la tête de dix mille hoplites, bloque, avec un courage désespéré, le défilé des Thermopyles. Harcelé durant six jours par les soldats perses qui se déversaient de leurs navires tout proches, les Spartiates de Léonidas ne doivent leur salut qu’à l’apparition soudaine des trières qui contraignent à la retraite les navires de Xerxès.
Mais l’empereur perse ne lâche pas prise : la victoire des Thermopyles n’est, pour lui, qu’un incident mineur dans le gigantesque conflit qui l’oppose à une Grèce unifiée sous l’égide de Thémistocle.
Au tout début de l’été 480, Xerxès rassemble le long des côtes d’Asie Mineure, dans la région de Smyrne, une immense flotte et réquisitionne, avec l’aide de son allié carthaginois, tous les navires égyptiens et phéniciens. Ceux qui résistent sont impitoyablement châtiés. Ainsi Polycrate, tyran de Samos, qui refuse de livrer sa flotte à Xerxès, est arrêté, crucifié devant son peuple et ses bateaux sont ainsi réquisitionnés. La Lycie, la Carie et la Cilicie mettent leurs navires (au moins trois cents) à la disposition des Perses. Artémise, reine d’Halicarnasse, s’improvise chef d’escadre et rejoint Xerxès avec quelques quatre-vingt-dix bâtiments. De mémoire d’homme, c’est la plus impressionnante flotte jamais réunie en Méditerranée ou ailleurs : mille unités la constituent.
La bataille navale de Salamine, d'après une iconographie du XIXe siècle.
La bataille navale de Salamine, d’après une iconographie du XIXe siècle.

À la fin de l’été, l’armada de Xerxès est aux portes d’Athènes. C’est alors que Thémistocle ordonne d’évacuer la ville : hommes, femmes, enfants, soldats quittent Athènes et se réfugient à Salamine, une petite île au large de l’Attique.
Sur ordre de Thémistocle, la flotte, composée surtout de trières, est divisée en trois : cent dix-neuf bateaux sur l’aile droite, cent vingt-neuf pour le corps de bataille et cent vingt sur l’aile gauche. À cette heure décisive -pour l’histoire de la Grèce comme pour celle de l’Occident tout entier- le maître d’Athènes a trente-cinq ans. C’est un homme actif, inventif mais aussi très pieux et habile à interpréter les oracles. Et que disent les oracles quand il les consulte ? Ils répondent ceci :
Athènes doit se retrancher derrière une muraille de bois.
Thémistocle n’hésite pas : la muraille de bois, c’est un rempart de bateaux. D’où la disposition de sa flotte : l’aile gauche, le centre ainsi que l’aile droite constituent un rempart continu de bois. Et quand la bataille s’engage enfin, le 28 septembre 480, dans ces passes trop étroites pour les grosses embarcations perses, les trières, plus fines, plus rapides et aussi plus à l’aise dans le chenal qui sépare Salamine de l’Attique, passent à l’action, sèment le désordre dans la flotte de Xerxès et remportent une éclatante victoire.
Après Salamine, devenu le « tombeau des ambitions perses », Xerxès et ses successeurs renonceront à la conquête de la Grèce… définitivement. Pour commémorer cet immense événement, un artiste anonyme sculptera, sur ordre de Thémistocle et aux frais de la ville d’Athènes, une des œuvres les plus célèbres de l’Antiquité : la victoire de Samothrace, la victoire de Salamine.