Rameau et la découverte de l’opéra

Après une jeunesse consacrée à étudier divers instruments, puis à parcourir le nord de l’Italie, Jean-Philippe Rameau (1683-1764), fils d’un organiste de Dijon, arrive à Paris où il se voit confier par Voltaire et par l’abbé Pellegrin l’accompagnement musical de leurs pièces. La réussite commence avec Hippolyte et Aricie de Pellegrin, en 1733, faisant ainsi de l’opéra français un « plaisir unique fait de cent plaisirs ». Dès ce moment, il va de succès en succès, devenant une référence en matière de musique. Les honneurs pleuvent. Après son Traité d’harmonie, il rédige la plupart des articles de l’Encyclopédie consacrés à la musique. Il meurt en pleine gloire, en 1764.

Dioclétien stabilise l’Empire

Dioclétien (245-313).
Dioclétien (245-313).

Après cinquante années d’anarchie, pendant lesquelles les légions se disputent le pouvoir, donnant le trône à des empereurs éphémères, l’armée de Chalcédoine élit, en 284, un nouvel empereur du nom de Dioclétien. D’humble naissance ce dernier va cependant faire preuve d’une grande intelligence politique et stabiliser enfin l’empire.
Trop vaste pour être gouverné par un seul homme, l’empire comprend alors tout le pourtour méditerranéen, l’Espagne, la Gaule, la Bretagne, une partie de la Germanie, les Balkans actuels, la Turquie et une partie de l’Égypte. Aussi, quand il prend le pouvoir, Dioclétien commence-t-il par partager l’empire : lui-même se réserve le gouvernement de l’Orient pendant que Maximien prend en charge l’Occident.
En 293, il améliore son idée première en instituant une tétrarchie : les deux augustes, Dioclétien et Maximien, seront assistés de deux césars, Constance et Galère, Dioclétien se réservant la suprématie sur l’ensemble du gouvernement de l’empire. Cette répartition du pouvoir allait rapidement montrer son efficacité, notamment sur le plan militaire, et permettre à Dioclétien de se concentrer sur les réformes administratives -institutions des diocèses, édit sur les prix.
Quand Dioclétien, malade, décide d’abdiquer, en 305, Maximien le suit dans sa démarche et les deux Augustes voient les Césars leur succéder. Dioclétien se retire alors en Dalmatie, son pays d’origine, où il fait construire un magnifique palais dédié à Jupiter autour duquel s’est édifié la cité de Split. La grandeur de l’empire romain semble dès lors restaurée. Seule ombre au tableau, une terrible persécution contre les chrétiens, ordonnée en 303 et qui durera dix ans…

Christine, reine de Suède

>Christine de Suède en compagnie de Descartes.
Christine de Suède en compagnie de Descartes.

J’espère que cette fille me vaudra un garçon ! s’exclame Gustave-Adolf, le 8 décembre 1626, à la naissance de Christine, son héritière.
Six ans plus tard, le 8 décembre 1632, le palais célèbre l’anniversaire de la princesse quand une rumeur monte de la rue :
-Le roi est mort, le roi est vivant !
Gustave-Adolf est mort et la nouvelle reine, Christine, n’a que six ans. Le 30 octobre 1650, elle est couronnée et devient ainsi officiellement reine de Suède. La nature n’a pas été généreuse avec cette reine de vingt-quatre ans qui « n’a de prétendants que parce qu’elle a un royaume ». Passionnée de chasse, d’équitation et d’exercices violents, Christine introduit néanmoins le goût de l’esprit français à la cour de Suède. Elle accueille des artistes, des savants et des philosophes qui font de sa cour l’un des premiers centres culturels d’Europe.
Solitaire, désemparée, la souveraine tente de trouver refuge dans la religion. Elle décide alors de se convertir au catholicisme.
Pour ce faire, il lui faut abdiquer, ce qu’elle accepte sans regret en 1654. Son cousin lui succède alors et devient Charles X. Dégagée de ses responsabilités, Christine fuit la Suède. Commence alors pour elle un exil qui durera jusqu’à sa mort le 15 avril 1689.

Le Prince Eugène

Le Prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736).
Le Prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736).

Parce que Louis XIV l’avait écarté, ce petit-neveu de Mazarin par sa mère, également fils et héritier du duc de Savoie-Carignan, va offrir ses services à l’Autriche… qui certainement due en être fort reconnaissante au Roi-Soleil. De fait, le Prince Eugène, qui entre au service de l’Autriche en 1683, devient feld-maréchal d’empire à peine quatre ans après. Il ne cessera, par la suite, de s’illustrer, que ce soit contre les Turcs -à Mohacs en 1687 et, surtout, à Zenta en 1697 où il remporte une victoire décisive- ; dans la guerre de Sucession d’Espagne, durant laquelle il remporte de grandes victoires contre les Français en Italie du nord ; en Allemagne ou, avec la complicité du duc de Marlborough, il anéantit l’armée franco-bavaroise et plaça tout le Milanais et la Lombardie sous l’influence autrichienne ; en Flandre, où il met les Français en déroute à Oudenaarde. C’est finalement Villars qui, à Denain, en 1712, aura raison du Prince Eugène. En 1714, alors qu’il est désigné parmi les négociateurs du traité de Rastatt, il se révèle un diplomate habile mais c’est encore vers la guerre le porteront ses pas, les hostilités ayant repris avec les Turcs. Peterwaradin, Belgrade : autant de victoires, autant de conquêtes ou de reconquêtes qu’il n’aura de cesse d’assurer, favorisant la colonisation des terres conquises sur les Turcs, étendant au mieux l’influence impériale.
Sa dernière action, alors qu’il était septuagénaire, sera sans doute de trop : la paix avec la France ayant été rompue suite à la question de la succession de Pologne (qui concernait le beau-père du roi de France, Stanislas Leczinski), le Prince Eugène repris le commandement de l’armée impériale (1734) mais se laissa prendre à Philipsbourg et se hâta de signer la paix. Un acte qui mettait fin à la carrière d’un des stratèges et des militaires les plus doués de son temps.

Surcouf, l’aventurier des mers

Immortalisé par toute la littérature populaire, Robert Surcouf est né à Saint-Malo le 12 décembre 1773.
Fougueux et indiscipliné dès son plus jeune âge, il embarque pour les Indes en tant que mousse : il a à peine treize ans. Devenu lieutenant en 1791, il fait plusieurs voyages entre Madagascar et l’île Bourbon (La Réunion) comme négrier. Mais c’est surtout en tant que corsaire que Surcouf se distingue : à bord de l’Émilie, de la Clarisse, de la Confiance et du Revenant, il sillonne l’océan Indien, attaquant les navires anglais qu’il rencontre. Surcouf devient alors la «bête noire» de la Compagnie des Indes qui met sa tête à prix, sans aucun succès.
Devenu extrêmement riche, il revient à Saint-Malo où il s’installe comme armateur avant de mourir en 1827. Surcouf reste l’un des pirates les plus admirés et ses aventures ne cessent de faire rêver les adultes et les enfants.

Saint Thomas Becket

Vous me haïrez bientôt autant que vous m’aimez, car vous vous arrogez, dans les affaires de l’Église, une autorité que je n’accepte pas. Il faut que l’archevêque de Cantorbéry offense Dieu ou le roi.
Lorsque Henri II élève son ami et chancelier, Thomas Becket, à la charge d’archevêque de Cantorbéry, en 1162, ce dernier expose très clairement sa politique à venir.
Né à Londres en 1117, Thomas Becket gagne rapidement les bonnes grâces d’Henri II et soutient sa politique lors de ses années de chancellerie. Mais, une fois archevêque de Cantorbéry, Thomas change totalement sa façon d’être : il abandonne le luxe dans lequel il vivait et, contrairement aux attentes du roi, défend l’Église d’Angleterre coûte que coûte. Opposé aux édits de Clarendon qui permettent au roi de soumettre le clergé à la justice royale, persécuté, il trouve refuge en France.
Après six années d’exil et un semblant de réconciliation, Becket revient en Angleterre et réaffirme son désaccord.
Le 29 décembre 1170, avec ou sans l’ordre du roi, quatre chevaliers le tuent devant l’autel de la cathédrale. Thomas Becket, martyr et symbole de l’indépendance de l’Église face à la royauté, est canonisé par Alexandre III et son tombeau devient dès lors un lieu de pèlerinage.

Les colères d’Étienne Dolet

Etienne Dolet (1509-1546).
Etienne Dolet (1509-1546).

Sans doute l’un des plus brillants humanistes de son temps, à la fois poète, grammairien et traducteur d’œuvres grecques et latines. Mais aussi un intellectuel turbulent, impétueux, en rébellion contre toutes les autorités religieuses ou politiques. Une légende tenace -et sans fondement historique- fait d’Étienne Dolet un fils naturel de François 1er. Mais il est vrai que le roi interviendra à deux reprises pour le sauver de la prison et du bûcher. En 1542, il s’établit comme imprimeur à Lyon et lance de violentes attaques contre Rabelais, Marot et Érasme.
Accusé d’hérésie, il est jeté en prison et ne doit sa liberté qu’à l’intervention de François 1er. Deux ans plus tard, en 1544, il publie un pamphlet virulent contre le parlement intitulé Le second enfer. Il est de nouveau jeté en prison et, encore une fois, sauvé par le roi. Cependant, ni la clémence du roi ni les multiples avertissements de ses rares amis ne calment les colères  d’Étienne Dolet. Sacrifiant la prudence à la conviction, il reprend ses attaques et perd cette fois l’indulgence amicale de François 1er. Arrêté une troisième fois, il est condamné à mort en 1546 et brûlé vif sur la place Maubert, à Paris, à l’âge de trente-sept ans.

Une nymphomane à la cour de France ?

Portrait de la Reine Margot (1553-1615).
Portrait de la Reine Margot (1553-1615).

Personnage politique de faible importance, Marguerite de Navarre a acquis une postérité exceptionnelle pour son rang. Une postérité née avant tout de la réputation sulfureuse qu’on lui a attribuée. Reste à savoir si elle est méritée. Elevée à la cour avec ses frères, pourvue d’une solide culture, le Reine Margot comme on l’appellera désormais, eut certes des aventures… mais pas plus que ses frères ou son époux. Mariée à Henri de Navarre, pour lequel elle n’éprouvait guère d’inclinaison, Margot aura surtout le mauvais goût de s’amouracher du chef de la Ligue, le très catholique Henri de Guise. Un amour fortement teinté de politique et de désir de s’affranchir. Un amour qui lui coûtera la liberté puisque son frère Henri III la fera enfermer à Nérac dès 1583. Une prison dorée d’où elle animera une cour jeune, brillante et gaie… Peut-être un peu trop gaie d’ailleurs puisqu’en 1587, elle est enfermée dans le château d’Usson, en Auvergne, où elle restera dix-huit ans. Quand Henri IV devient roi de France, il n’a rien de plus pressé que de faire annuler son mariage par le pape Clément VIII, ce que beaucoup verrons comme une preuve de ses trop nombreuses infidélités. La vérité oblige à dire que le nouveau souverain avait surtout besoin d’argent, d’où son désir de contracter une union plus prometteuse pour sa trésorerie…
Revenue à Paris en 1605, la reine Margot y meurt le 27 mars 1615. Elle laisse des Poésies et des Mémoires, mais reste, dans l’esprit de beaucoup, le symbole de cette époque de mœurs dissolues que fut la fin du XVIe siècle.

Anne, dernière duchesse de Bretagne

Anne, héritière de François II, duc de Bretagne, succède à son père à la tête du duché en 1488… elle a tout juste douze ans. Très vite, la petite duchesse saura rallier tout son peuple autour d’elle pour tenter de préserver l’indépendance du duché. Mais c’est peine perdue et, en 1492, après que la Bretagne ait été soumise, Anne doit finalement se marier avec le jeune roi de France, Charles VIII (1483-1498).
Très rapidement, elle va mettre la cour de France au diapason de celle du duché. Son goût des lettres et du luxe attire nombre d’artistes au Louvre, qui devient un haut lieu de la littérature et du raffinement. Mais, le 7 avril 1498, Charles VIII meurt des suites d’une blessure à la tête. Anne, veuve, regagne son duché de Bretagne qu’elle va enfin pouvoir administrer. Mais l’histoire entre cette Bretonne et la couronne de France ne s’arrête pas là…
De son mariage avec Charles VIII, aucun enfant n’a survécu et le trône échoit au cousin et beau-frère du roi défunt, Louis d’Orléans qui devient Louis XII (1498-1515). Ce dernier, qui tient absolument à garder la Bretagne comme vassale, décide d’en épouser la duchesse. Mais cette fois-ci, Anne pose ses conditions : elle n’épousera le roi que s’il fait annuler son union avec Jeanne de France avant un an, ou la Bretagne recouvrera son indépendance pleine et entière. En cas de mariage, Anne exige aussi que le duché revienne en héritage à sa descendance de quelque sexe qu’elle soit et en cas de rupture dans la lignée, qu’il soit transmis à ses plus proches parents. La duchesse est très claire : jamais la Bretagne ne deviendra une simple possession du roi de France !
Elle épouse le roi en 1499 et lui donne deux filles. C’est elle-même qui dirige son duché, devenu florissant et tente de contrer les projets de Louis XII qui veut marier leur fille Claude, héritière de Bretagne, au futur François Ier… Elle donnerait plutôt la Bretagne aux Habsbourg en mariant sa fille à Charles de Gand, futur Charles-Quint.
La question est en suspens lorsque Anne meurt le 9 janvier 1514. Mais celle qui eut le destin, unique dans notre histoire, d’être deux fois reine de France fut, avant tout, la dernière duchesse de Bretagne.

Ravachol, le fauve de l’anarchie

Au cours du mois de mars 1892, deux bombes, visant des magistrats ayant récemment condamné des anarchistes, explosent à Paris. Il n’y a pas de mort mais cinq blessés dans le deuxième attentat, dont une petite fille de quatre ans. La capitale est sous le choc !
Pour la police, il ne fait pas de doute que le fin mot de l’histoire se trouve dans les milieux anarchistes : elle arrête certains sympathisants et apprend l’existence d’un certain Léger. D’allure plutôt bourgeoise, il serait originaire de Saint-Étienne. Aussitôt la police communique à la presse le signalement du suspect qui est arrêté, alors qu’il exposait ses théories au restaurant Véry, quelques jours plus tard. On apprend alors que l’auteur des attentats, car il le reconnaît bien volontiers, s’appelle en fait Ravachol et qu’il est teinturier. Dans sa maison de Saint-Mandé, on découvre un arsenal impressionnant.
Le 26 avril, le procès de l’anarchiste commence. La veille, ses camarades ont fait sauter le restaurant où il avait été arrêté et menacent clairement les juges et les jurés. Ces derniers rendent un verdict « avec circonstances atténuantes » : Ravachol est condamné aux travaux forcés. Mais l’affaire ne s’arrête pas là.
Depuis peu, Alphonse Bertillon, directeur du service de l’identité judiciaire, a mis au point une méthode pour l’identification des criminels : le système anthropométrique. Justement, la fiche signalétique de Ravachol rappelle clairement quelque chose à Bertillon… Consultant ses fiches, il constate que Ravachol n’est autre que François Claudius Kœnigstein, d’origine hollandaise, recherché pour divers crimes par la police de Saint-Étienne. Il apparaît rapidement que le nouveau héros des anarchistes a lâchement assassiné au moins sept personnes âgées, dont deux à coups de marteau. Transféré devant la cour de Montbrison, le fauve de l’anarchie est condamné à mort. Il est guillotiné le 10 juillet 1892.