Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe

Issu d’une illustre famille d’origine espagnole, Marc Aurèle est, dès son plus jeune âge, profondément marqué par la philosophie stoïcienne qu’il pratiquera toute sa vie. Nommé préfet de Rome par Hadrien, il est adopté par l’empereur Antonin dont il épouse la fille, Faustine. À la mort d’Antonin, en 161, il gouverne conjointement avec Lucius Vérus, son beau-frère, puis reste seul empereur à la mort de ce dernier en 169.

Son règne, pendant lequel il rénove l’administration financière et judiciaire et assure la mainmise de l’État sur l’économie, est marqué par les luttes incessantes contre les Parthes et les Germains. À sa mort, survenue le 17 mars 180, Marc Aurèle ne laisse pas l’image d’un grand empereur, mais ses Pensées le désignent comme l’un des derniers philosophes stoïciens de l’Antiquité.

Petiot, le « Docteur Satan »

C’est dans le Paris de l’Occupation que se déroule le dernier des crimes célèbres de ce numéro. Une époque troublée qui va servir de théâtre aux fantasmes de l’un des plus grands criminels de l’histoire de France. L’histoire du docteur Petiot, si admirablement relatée dans le film éponyme, avec dans le rôle titre Michel Serrault, est étroitement liée aux événements de la Seconde Guerre mondiale, d’où la difficulté du sujet. Dans cet article, l’auteur relate les faits tels qu’ils nous sont connus mais trop de questions n’ont toujours pas trouvé de réponses.
Le 11 mars 1944, un habitant de la rue Lesueur prévient les pompiers ; un incendie semble s’être déclaré dans la cheminée d’un immeuble abandonné, au numéro 21 de cette rue cossue située dans le XVIe arrondissement. Une odeur pestilentielle de chair brûlée flotte dans l’air devenu irrespirable. Le propriétaire, un certain docteur Petiot, a été prévenu mais il tarde à venir. Les pompiers décident donc de pénétrer sans plus attendre dans l’immeuble.
Tout semble à l’abandon sauf une cave et une cuisine qui débouche sur une cour intérieure. En traversant la cour, les pompiers entrent dans un petit bâtiment comprenant un bureau, un couloir et un réduit sans fenêtre qui ressemble étrangement à une cellule. À côté, un cellier sert de débarras. Au fond, dans un angle de la pièce, les pompiers découvrent avec horreur des troncs humains, des bras et des jambes en vrac… La cheminée, pleine jusqu’à la gueule de membres humains divers, fonctionne à plein régime.
L’alerte est immédiatement donnée et c’est au commissaire Massu qu’est confiée l’enquête. Mais alors que la rue Lesueur est en effervescence, personne ne remarque la sombre silhouette qui s’éclipse à la vue des policiers…
Le lendemain, le commissaire Massu se rend au domicile du propriétaire, rue Caumartin. Sa femme est là pour répondre aux questions des policiers :
-Mon mari ? Non, il est absent. Il a été appelé hier. Sans doute un accouchement difficile…
Petiot ne reparaîtra plus…
Ce « bon docteur » Petiot
Né en 1897 à Auxerre, Marcel Petiot apparaît très tôt comme étant un enfant très intelligent mais souvent difficile. Renvoyé deux fois, il finit par étudier tout seul et passe son bac à dix-huit ans avec succès. En 1916, Marcel s’engage au 98e R.I.. La guerre, pour lui, sera vite un lointain souvenir : légèrement blessé au pied, il est examiné par des psychiatres lors de sa convalescence qui le déclarent mentalement déséquilibré et enfin le réforment.
Profitant des avantages donnés aux Anciens combattants, il entreprend des études de médecine qu’il achève brillamment en 1921. Trois ans après, il s’établit à Villeneuve-sur-Yonne.
Ce jeune docteur plaît beaucoup : il est vif, dynamique, amusant même, quoiqu’un tantinet cabotin. Surtout, il sait être « compréhensif » pour les jeunes filles imprudentes et soigne bien volontiers les pauvres gens pour presque rien… Ah ! Ce bon docteur Petiot ! Plus tard, on découvrira qu’il inscrivait en cachette ses patients à l’assistance médicale et détournait leurs prestations…
En 1926, la jeune bonne de Petiot, Louise, déclare, un peu trop fort, être enceinte des œuvres de son employeur. Mauvais point ! D’autant que Petiot compte entamer bientôt une carrière politique. Et c’est alors que, curieusement, la jeune Louise disparaît…
Quelques bruits courent, on découvre aussi d’étranges disparitions d’argent ou d’objets précieux après les visites du docteur, mais c’est insuffisant pour ébranler les consciences et Petiot est élu maire de Villeneuve-sur-Yonne l’année suivante. Tout sourit au brave docteur qui épouse la fille d’un riche charcutier d’Auxerre et qui est élu secrétaire général du département de l’Yonne, en 1928.
Des rumeurs persistantes

En mars 1930, la police découvre le corps à moitié calciné de Madame Debauwe, gérante de la coopérative laitière de Villeneuve-sur-Yonne. Elle a été achevée à coups de marteau et la laiterie a été incendiée. La veille, elle avait encaissé la somme de deux cent quatre-vingt mille francs…
Les rumeurs persistent. On insinue qu’elle était la maîtresse du docteur Petiot et un certain Frascot affirme même l’avoir vu rôder vers la laiterie peu avant le début de l’incendie. Petiot est bien soupçonné… mais seulement soupçonné. Les preuves manquent et le témoin meurt, fort opportunément, il faut le reconnaître. Frascot sortait d’ailleurs d’une visite chez le médecin quand il a été foudroyé par une crise cardiaque. C’est du moins ce qui est inscrit sur le permis d’inhumer signé par ce même médecin… c’est-à-dire Marcel Petiot !
Ces indices sont insuffisants pour la police mais la population, elle, ne tarde pas à réagir : Petiot, qui vient aussi d’être condamné pour vol d’électricité, est révoqué de ses fonctions de maire. Les rumeurs persistantes le poussent à abandonner aussi son cabinet. En 1933, il s’installe à Paris.
Cet intermède bourguignon permet cependant à Petiot de « prendre ses marques » ; c’est pour lui une sorte d’entraînement. Il est déjà escroc et assassin. Plus tard, il ne fera jamais que développer ces activités à une plus grande échelle…
Petiot s’installe donc avec sa petite famille dans un hôtel particulier de la rue Caumartin et s’adonne dès lors à la médecine « de pointe ». C’est que notre bon docteur est un véritable génie, un inventeur, un « médecin-miracle », comme il le sous-entend dans la publicité dont il inonde tout le quartier :
Vous êtes prié de bien vouloir noter que le cabinet médical, tenu précédemment au premier étage, 66, rue Caumartin, sera désormais  occupé par le Dr Marcel Petiot, diplômé de la Faculté de Médecine de Paris en 1921, Conseiller général de l’Yonne, ex-interne de l’hôpital, directeur de clinique, médecin-chef de l’Office médical de la Seine.
Ce cabinet, en plein centre de Paris, vous offre toutes facilités d’accès (autobus, métro : stations Saint-Lazare et Caumartin).
Il comporte les matériels des plus modernes et des plus perfectionnés, avec rayons X, UV, UR, et radiothérapie superficielle ou même profonde, laboratoire de galvanisation, ionisation, ergothérapie, diathérapie (toutes fréquences, ondes courtes à grande puissance, fièvre artificielle, bistouris électriques, outillage chirurgical, œnothérapie, aérothérapie, etc.).
Le docteur Petiot fut le promoteur en 1921-1923 d’une technique parvenant à supprimer complètement les douleurs dans les accouchements, sans anesthésie générale ou régionale et sans instrument dangereux. Cette méthode permet la suppression de la douleur dans les affections les plus pénibles (sciatique, rhumatisme, névralgie, zona, névrite, ulcération, cancer).
Auteur d’ouvrages originaux sur les maladies nerveuses et leurs traitements modernes (spécialement des affections à crises périodiques et cures de désintoxication).
Créateur, avec un physicien connu, d’un matériel et d’une technique permettant la guérison de toute tumeur non généralisée ou affectant des organes vitaux (ganglions externes ou internes, loupes, lipomes, polypes, végétations, verrues, taches rouges, goitres, déformations, tatouages, cicatrices, etc. et même fibromes et tumeurs malignes ou cancers, même profonds).
Le docteur Petiot vous sera parfaitement reconnaissant de bien noter dans vos annuaires, son adresse : 66, rue Caumartin Paris IXe, ainsi que son numéro de teléphone : PIG 7711.

Et évidemment, comme souvent pour les charlatans les plus audacieux, les résultats ne se font pas attendre ! Petiot se constitue ainsi une clientèle solide et remplit son compte en banque tout en satisfaisant sa mégalomanie : il achète deux propriétés en province et un hôtel particulier… rue Lesueur.
C’est en 1936 que se situe un petit intermède qui nous donne un indice supplémentaire sur la personnalité du docteur. Le 4 avril de cette année-là, Petiot est pris en flagrant délit de vol à l’étalage à la librairie Gibert, dans le Quartier latin. Face aux juges, il déclare avec emphase qu’un « génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ! » Bien sûr, dans l’histoire, le génie c’est lui. Peu impressionné par ce mégalomane, les juges l’envoient faire une cure de sept mois dans un hôpital psychiatrique. Simple péripétie qui ne mettra guère fin à la carrière de ce mythomane. À sa sortie, en février 1937, Petiot reprend ses activités et obtient même la charge de médecin d’État civil du IXe arrondissement !
Le réseau du docteur Eugène

Paris sous l'Occupation
Paris sous l’Occupation

En 1939, la guerre éclate et l’année suivante Paris est occupé par les Allemands : ce sera l’occasion pour Petiot d’assouvir tous ses instincts…
Il achète donc l’immeuble de la rue Lesueur qui, avant de servir d’officine du crime, sera un lieu de trafic. En effet, Petiot, comme toujours, utilise tous les moyens pour s’enrichir et il s’adonne, bien qu’à une petite échelle, à la vente de drogue. C’est aussi à cette époque que Petiot commence les travaux de la rue Lesueur. Sait-il déjà à quoi lui servira cet immeuble ? Toujours est-il qu’il fait construire un mur dans la cour intérieure, afin d’échapper à la curiosité de ses voisins, et qu’il aménage la « cellule » où périront ses victimes : une porte que l’on ne peut ouvrir que de l’intérieur, une fausse porte et un judas, installé de façon à voir ce qui se passe dans la pièce.
Fin 1941, un voisin du médecin, Joachim Guschinow, un fourreur juif, confie à son cher ami Petiot qu’il aimerait quitter la France. Le médecin peut-il l’aider ? Ne connaît-il pas, ainsi qu’il l’a laissé entendre, un réseau qui lui permettrait d’échapper aux nazis ? Petiot saute sur l’occasion et se présente même comme… le chef du réseau d’évasion :
-Prenez tout ce que vous avez de valeur, ce sera ça de moins pour les boches. Dans quelques semaines vous serez en Argentine et alors… à vous la belle vie !
Le 2 février 1942, Guschinow se rend rue Lesueur avec des diamants cachés dans ses vêtements d’une valeur de deux millions de francs. Jamais plus il ne réapparaîtra…
Quelques semaines après, Jean-Marc Van Brever, un toxicomane notoire qui avait dénoncé Petiot comme trafiquant de drogue, disparaît. Ensuite c’est le tour d’une Madame Khayt, qui avait refusé d’être impliquée dans une des « magouilles » de Petiot.
Cependant ces victimes-là ne sont « qu’accidentelles ». Un véritable vivier est à sa portée : les juifs -les riches bien sûr- qui tentent de fuir la France occupée. En juin 1942, Petiot monte son « réseau » clandestin : il devient le docteur Eugène. À la même époque, disparaît Paul Braunberger, un médecin, suivi le mois suivant de la famille Kneller, le père, la mère et le petit René, âgé de huit ans à peine. En janvier 1943, Petiot lance les « tarifs de groupe » : quatre couples, les Basch, les Woolf, les Stevens et les Anspach « s’embarquent » à leur tour…
Dans les mains de la Gestapo
À cette clientèle choisie, s’ajoutent quelques malfrats, heureux de se « mettre au vert » pour quelque temps. Parmi eux, François Albertini, dit le Corse ; Joseph Réocreux, dit aussi Jo le Boxeur, accompagné de ses deux « gagneuses » : Claudia Chamoux, dite Lulu, vingt ans de métier, et Annette Petit, une mineure. Puis c’est le tour de Joseph Piéreschi, dit Zé, d’Adrien Estébétéguy, le Basque, de Paulette Grippay, dite la Chinoise, et de Gisèle Rossmy. Ce petit monde, qui trempe avec bonheur dans le proxénétisme et qui n’hésite pas, le cas échéant, à donner un petit « coup de main » à la Gestapo, disparaît donc grâce aux bons soins du docteur Eugène, moyennant cent mille francs par tête.
Le réseau de Petiot connaît un franc succès ! Un peu trop même, puisque la Gestapo commence à avoir de sérieux soupçons. Elle décide donc de piéger ce fameux docteur Eugène. En mai 1943, la Gestapo extirpe Yvan Dreyfus de sa cellule à Compiègne afin qu’il infiltre le réseau du docteur Eugène. De son côté, Dreyfus compte « semer » la Gestapo et utiliser le réseau pour fuir vers l’Amérique du Sud. Le jeune industriel remonte donc toute la filière, passant par les « rabatteurs » habituels de Petiot, un maquilleur de théâtre et un coiffeur de la rue des Mathurins. Il rencontre finalement le docteur Eugène et… disparaît dans le charnier de la rue Lesueur en mai 1943. C’est Béretta, un autre « bouc émissaire » qui fera tomber Petiot. Ce dernier est arrêté le 21 mai 1943 par la Gestapo et conduit à la prison de Fresnes.
Pendant huit mois, Petiot subit la torture et les interrogatoires sans fin de la Gestapo… en vain. Jamais, il n’avouera quoique ce soit. À partir de cet épisode sanglant, il se forgera le mythe du grand résistant, mythe qu’il saura exploiter le moment venu…
Trahi par son écriture

Avis de recherche concernant Petiot et sa femme
Avis de recherche concernant Petiot et sa femme

Libéré le 8 février 1944, le médecin décide alors d’effacer les preuves de ses crimes, c’est-à-dire les cadavres. Quand la Gestapo l’avait arrêté, elle ignorait l’existence de l’immeuble de la rue Lesueur mais les choses peuvent changer… Petiot s’active donc, avec les conséquences que l’on sait, c’est-à-dire la découverte du charnier le 11 mars 1944 et… la disparition du docteur Eugène !
Malgré les recherches frénétiques de la police, Petiot demeure introuvable. Et la plus grande difficulté de la police n’est pas de déterminer l’identité du meurtrier mais bien celle des victimes ! En attendant l’arrestation de Petiot, les policiers accumulent les preuves. Ainsi on découvre quelques quarante-sept valises confiées par celui que la presse appelle désormais le Docteur Satan à un couple habitant l’Yonne. La police espère déterminer, grâce aux vingt-six sacs à mains, aux vingt-et-un manteaux de laine, aux trente-trois cravates, aux quatre-vingt-six chaussures, aux soixante-dix-neuf robes, bref, grâce aux mille sept cent soixante pièces d’habillement, le nombre des victimes, leurs classes sociales et aussi, éventuellement, leurs identités…
Le 19 septembre 1944, soit sept mois après, un journaliste en mal de copie, Jacques Yonnet, publie un article sous le titre : « Petiot soldat du Reich ». L’article fait mouche : le mois suivant, le journal Résistance publie un droit de réponse… du docteur Petiot lui-même. On l’accuse de collaboration, lui un authentique résistant !
Dans les milieux policiers aussi bien que militaires, c’est le branle-bas ! D’après la lettre-réponse, il est clair que le Docteur Satan se cache dans les rangs de la Résistance et à Paris même. Une autre enquête commence, minutieuse. On prend des renseignements, on compare les écritures… Et c’est là que Petiot se fait prendre. Le 31 octobre 1944, le capitaine Simonin arrête le capitaine Wetterwald, alias Valéry dans la Résistance, médecin-capitaine au 1er Bataillon, alias Marcel Petiot !
Le réseau Fly-Tox

Petiot au cours de son procès
Petiot au cours de son procès

Ce n’est pourtant qu’au cours de la deuxième journée de son procès, commencé le 18 mars 1946, que Petiot se justifie. Et à un juge qui l’accuse d’avoir tué vingt-sept personnes, il répond avec emphase :
-Comment vingt-sept ? Soixante-trois, vous voulez dire !
Et qui sont ses victimes ? Des traîtres à la France, des collabos, des nazis, déclare-t-il. Car Petiot n’est pas un vulgaire assassin. Il est le chef d’un réseau de Résistance : le réseau Fly-Tox. Personne n’en a entendu parler ? Normal, c’était la guerre ! Toutes les personnes qu’il a citées comme étant ses contacts sont mortes ou inconnues ? Normal, c’était ça la Résistance !
Entourant ses « activités résistantes » d’une aura de mystère propre à dérouter, Petiot construit tout son système de défense autour de ce mythe. Car, jusqu’à preuve du contraire, ce fameux réseau Fly-Tox n’a jamais existé… C’est pourtant suffisant pour semer le doute dans l’esprit des juges et des enquêteurs. De toute évidence Petiot connaît bien la Résistance. D’où tient-il ses renseignements ? Personne ne le sait ni ne le saura jamais. Petiot a sans doute appris beaucoup de choses durant son séjour entre les mains de la Gestapo et c’est là qu’il a pris l’identité du capitaine Valéry. Mais certaines des révélations qu’il fait à ses juges ont de quoi laisser perplexe…
Petiot a beau se défendre d’avoir tué « pour la France », il n’en reste pas moins que certaines de ses victimes, comme Yvan Dreyfus ou même le petit René Kneller, que l’on peut difficilement accuser de collaboration, étaient parfaitement innocentes. Les juges ne s’y laisseront pas prendre. Petiot est un psychopathe. Il a seulement profité de toutes les opportunités que cette période troublée lui fournissaient.
Le 4 avril 1946, à minuit dix, malgré une défense brillamment menée par maître Floriot, le docteur Marcel Petiot est reconnu coupable de vingt-quatre des vingt-sept meurtres qui lui sont reprochés. Pour cela, il est condamné à la peine capitale.
La sentence est appliquée dans la cour de la prison le 25 mai 1946. Jusqu’au bout, Petiot -et il sera bien le seul- aura espéré une grâce présidentielle et aura proclamé qu’il avait agi pour la France. Il n’aura rien perdu de sa morgue et de son emphase. Le couperet tombe à 5h05.
Petiot a emporté ses secrets dans la tombe. L’argent ? Disparu ! Deux cents millions évanouis ! Deux cents millions pour vingt-quatre vies humaines. Quant à la vérité, nous ne la saurons sans doute jamais.

Guillaume Penn fonde la Pennsylvanie

Guillaume Penn (1644-1718).
Guillaume Penn (1644-1718).

Né à Londres en 1644, Guillaume Penn devient, à l’âge de vingt-deux ans, un fervent adepte de la religion des amis, le quakerisme. Après quelques séjours à la Tour de Londres, Penn décide de quitter l’Angleterre. Il parcourt l’Allemagne et la Hollande en prêchant. En 1681, il revient à Londres et obtient, contre une créance de seize mille livres, une concession pour un territoire du Nouveau Monde. Sous son égide, cette terre, située à l’ouest de la Delaware, devient une colonie qui prend le nom de Pennsylvania.
Le 25 avril 1682, Guillaume Penn donne aux colons une constitution en vingt-quatre articles qui font de la Pennsylvanie l’un des premiers États démocratiques. Terre d’asile, ce pays devient le refuge des persécutés.
En 1684, Penn décide de rentrer à Londres. Ami du roi Jacques II Stuart, il tente alors d’inspirer au souverain une politique de tolérance religieuse : en 1687, il obtient la Déclaration d’indulgence. À la chute des Stuart, un an plus tard, Penn est à nouveau persécuté et privé du gouvernement de sa colonie de 1692 à 1694. Resté en Angleterre, Guillaume Penn meurt près de Londres le 30 juillet 1718. Mais son œuvre lui survit : la constitution donnée à la Pennsylvanie inspirera largement la future constitution des États-Unis.

Mazarin ou l’amour de la France

Mazarin et Anne d'Autriche.
Mazarin et Anne d’Autriche.

Entré dans la carrière ecclésiastique, il ne fut jamais ordonné prêtre ; envoyé par le gouvernement italien en mission en France, il embrasse les intérêts de ce dernier pays au détriment du sien et ses études en droit canon à l’université d’Alcala ne feront pas de lui un « bon et fidèle chrétien » : toute la vie de Mazarin aura été, selon le mot cruel de Michelet qui ne l’aimait guère, « une série de malentendus, de compromissions et de paradoxes où la fidélité à une cause ou bien à un souverain ne trouvera jamais place ».
Jugement injuste : les historiens, qui se sont attachés à restituer, de façon équitable, le rôle joué par ce grand commis de l’État, montrent qu’il a aimé passionnément la France et l’a servie avec une abnégation sans limite. Pourtant, aucun homme politique ne fut autant tourné en dérision, humilié, trahi, diffamé. Ses caricaturistes ont même créé un genre : les mazarinades, où le cardinal italien est ridiculisé au-delà de toute mesure. Il y en aura plus de quatre mille et certains de leurs auteurs sont célèbres, comme Scarron, le cardinal de Retz ou Guy Patin.
« Il a eu bien du mérite à aimer la France », dira Voltaire qui appréciait chez le conseiller d’Anne d’Autriche un « mélange de souplesse, de fermeté et de vigilance ».
La mort de Mazarin, d'après une gravure du XIXe siècle.
La mort de Mazarin, d’après une gravure du XIXe siècle.

Né à Pescina dans les Abruzzes en 1602, Mazarin fait un bref séjour chez les Jésuites et dans l’armée pontificale avant d’arriver en France. Sa rencontre en 1630 avec Richelieu scelle son destin. Un an plus tard, il contribue à la paix de Cherasco qui offre Pignerol à la France. Vice-légat à Avignon puis nonce à la cour de France, il s’attache désormais à Richelieu.
Le ministre de Louis XIII, qui a perçu chez le jeune prélat italien l’étoffe d’un homme d’État, va donc assurer l’ascension de Mazarin. Il lui donne, en 1639, en souvenir de Pignerol, ses lettres de naturalisation puis le nomme cardinal l’année suivante. À sa mort, il le recommande à Louis XIII qui le désignera dans son testament comme membre du conseil de régence auprès de la reine, la très dévote Anne d’Autriche. Fut-il, comme l’affirme la légende, son amant ? A-t-il été uni à elle par un mariage secret ? Aucun historien n’a pu le démontrer avec certitude. Ce qu’on sait, par contre, c’est sa fidélité absolue à la régente, son dévouement au jeune Louis XIV, surtout pendant le terrible épisode de la Fronde, et sa contribution -décisive et indiscutée- aux grandes victoires remportées par les troupes royales à Rocroi (1643), Nordlingen (1645), Lens (1648) et à leur heureuse et fertile conclusion pour le pays, c’est-à-dire la paix de Westphalie (octobre 1648) qui rétablit la paix entre la France et l’Empire. Sans compter le diabolique traité des Pyrénées qui, tout en scellant le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse, offrira, quelques années plus tard, le trône espagnol à un petit-fils de France.
Son décès, survenu à Vincennes en 1661, va priver la monarchie française de l’un de ses plus sûrs soutiens.

Charles XII de Suède, le « roi de fer »

Une balle pesant une demi-livre l’avait atteint à la tempe droite (…) L’instant de sa blessure avait été celui de sa mort ; cependant il avait eu la force, en expirant d’une manière si subite, de mettre, par un mouvement naturel, la main sur la garde de son épée et était encore dans cette attitude.
C’est ainsi que Voltaire décrit la mort de Charles XII, le 11 décembre 1718, devant la forteresse norvégienne de Frederickshall qu’il assiégeait.
Monté sur le trône à l’âge de quinze ans, en 1697, très tôt Charles XII se révèle être un redoutable chef militaire. Après une série de victoires contre Pierre le Grand, Frédéric IV et le roi de Pologne, Auguste II, qu’il destitue au profit de Stanislas Leszczynski, il subit plusieurs revers en tentant de conquérir la Russie.
Et, à sa mort, la Suède toute entière pleure un monarque absolu devenu, grâce à sa jeunesse et à son adresse militaire, un héros de légende.

Sainte Geneviève, patronne de Paris

Sainte Geneviève (422-502).
Sainte Geneviève (422-502).

Dans les pires moments de son histoire, la France a été sauvée par des femmes, c’est pourquoi sainte Geneviève, au même titre que sainte Jeanne d’Arc, est la patronne de la France.
Selon sa Vie, sainte Geneviève s’est elle-même consacrée à Dieu alors qu’elle n’avait que sept ans et a pris le voile à l’âge plus raisonnable de quinze ans.
Mais c’est en 451 que sainte Geneviève va acquérir ce titre de patronne de la France et de Paris : Attila, ce barbare venu du fond de la Tartarie, « s’avance vers le Rhin à la tête de cinq cent mille hommes,

écrase les Bourguignons qui opposent une vaine résistance à son passage, met tout à feu et à sang dans les provinces du Nord et… marche droit sur Paris afin d’y traverser la Seine ».
Les habitants, affolés, sont prêts à fuir devant les hordes des Huns mais la petite Geneviève leur redonne courage et prépare la résistance de la capitale. Attila finit par abandonner Paris et se dirige vers Orléans. Paris est sauvée…
À sa mort, le 3 janvier 502, sainte Geneviève est enterrée à Nanterre, sa ville natale, avant de voir ses reliques transportées à Saint-Pierre-et-Saint-Paul, l’actuel Panthéon. Elle y sera vénérée jusqu’à la Révolution où ses reliques seront brûlées et dispersées en place de Grève…

Oberkampf, père de l’industrie textile

Statue de Christophe Oberkampf (1738-1815), élevée à Jouy-en-Josas.
Statue de Christophe Oberkampf (1738-1815), élevée à Jouy-en-Josas.

Quand Napoléon Ier lui offre une place de sénateur, Oberkampf refuse, mais il accepte le ruban de la légion d’honneur que l’empereur lui remet en lui disant :
-Vous et moi, nous faisons une bonne guerre aux Anglais, vous par votre industrie et moi par mes armes… Mais c’est encore vous qui faites la meilleure !
Oberkampf, manufacturier d’origine bavaroise, s’installe en France en 1757 et y fonde la manufacture de toiles peintes, dites toiles indiennes, à Jouy, puis, deux ans plus tard, la première filature de coton à Essonne. Louis XVI lui confère alors les lettres de noblesse et, en 1790, le département de Seine-et-Oise élève un monument en son honneur. Après cela, il ne cesse de développer ses manufactures et, lorsqu’il meurt en octobre 1815, il est à la tête d’une industrie florissante.

Germanicus : l’espoir évanoui

Détail d'une statue de Germanicus (15 avant J.-C.-19 après J.-C.).
Détail d’une statue de Germanicus (15 avant J.-C.-19 après J.-C.).

Il doit son nom à sa conquête de la Germanie. Une conquête menée sur ordre d’Auguste, mais une conquête qui allait tourner  à l’anéantissement systématique du pays. De fait, Germanicus, né Julius César, fils de Drusus et d’Antonia, petit-neveu d’Auguste, petit-fils du même par alliance, fils adoptif de Tibère -adoption ordonnée par Auguste, encore- n’avait rien du conquérant haineux. De noble naissance mais surtout de noble caractère, cultivé, il avait déjà fait ses preuves contre les Dalmates et les Panonniens avant d’être envoyé sur les rives du Rhin. Là, il aura à réprimer quatre rébellions de légions romaines. Des rébellions consécutives à la mort d’Auguste. des rébellions qu’il saura si habilement contenir qu’il va se voir proclamer Auguste par ces mêmes légions. Au point d’inquiéter Tibère, le tout nouvel empereur. De fait, la popularité de Germanicus ne se démentira guère et cela malgré son action peu glorieuse en Germanie. Ayant repris la lutte contre les Germains, il se lança, alors, dans la destruction du pays. Une politique qui n’entamera en rien sa popularité, au point que Tibère le rappela à Rome avant de l’envoyer en Orient.
C’est là que Germanicus devait trouver la mort. Une mort suspecte, sans doute due à un empoisonnement. Une mort dont sera accusée un proche de Tibère, le gouverneur de Syrie Pison. Abandonné par Tibère, traduit devant le Sénat, Pison se donnera la mort peu après.
De fait, la mort de Germanicus paraît avoir été providentielle… pour Tibère. Providentielle mais certes pas unique. En fait elle annonce une série de massacres dans la famille même de Germanicus. Quant à l’empire, il reviendra à son frère, Claude, à son fils, Caligula, à son petit-fils, Néron. Tous trois profiteront de la popularité posthume de Germanicus. Et tous trois mourront assassinés ou suicidés.

Schubert le romantique

Un compositeur romantique, une musique légère et vive, tel est le souvenir que Franz Schubert a laissé dans l’histoire musicale.
Fils d’un instituteur, Schubert, né le 31 janvier 1797 à Vienne, montre très rapidement ses talents de musicien et de compositeur. Son œuvre extrêmement prolixe est plus variée qu’on a bien voulu le dire. Dès le début, il fait preuve d’un esprit novateur. Ses toutes premières œuvres sont insouciantes, juvéniles et spontanées, telle La Truite. Plus tard, sa musique atteint un degré de maturité qu’elle ne quittera plus. Relativement pauvre, il est un des rares compositeurs à être reconnu de son vivant. Le 19 novembre 1828, il meurt de la syphilis. Son œuvre, comprenant six cents lieder (airs populaires), quinze quatuors, dix opéras, six messes et  vingt-deux sonates, tombe dans l’oubli durant de nombreuses années.

Le dernier tsar de toutes les Russies…

Nicolas II (1868-1917).
Nicolas II (1868-1917).

À son arrivée sur le trône impérial de Russie, en 1894, Nicolas II se trouvait face à un pays en pleine mutation et déjà fortement agité par le vent de la révolution.
Relâchant le système fortement autocrate de son père Alexandre III, il établit un régime constitutionnel et accorde de nombreuses libertés (culte, association ou réunion) oubliées depuis de nombreuses années. Mais, tout comme Louis XVI avait été incapable de faire face avec énergie à l’émergence de la Révolution, Nicolas II était bien trop faible et effacé pour tenir tête aux extrémistes de gauche comme de droite.
C’est la guerre de 1914 qui va tout déclencher. Soutenant avec ferveur la Serbie, Nicolas II envoie ses troupes combattre une Allemagne déterminée : il en résultera deux millions cinq cent mille morts chez les Russes et une succession de défaites. C’est l’occasion qu’attendaient les révolutionnaires de la Douma qui exigent et obtiennent l’abdication du tsar le 15 mars 1917.
Placé en résidence surveillée avec sa famille à Tsarskoïe Selo, il est ensuite conduit à Iekaterinbourg où, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, Nicolas II, sa femme, la tsarine Alexandra, le tsarévitch et les quatre grandes-duchesses sont fusillés, avant que leurs corps ne soient jetés dans les bois et recouverts de chaux.
Ainsi finit le dernier tsar de toutes les Russies…