Le soleil de Foix

Surnommé Phœbus en raison de sa chevelure d’un blond ardent, Gaston III de Foix est le type même du seigneur du Moyen Âge.
Courageux, généreux, grand mécène, ami et protecteur de Froissart, Gaston Phœbus est aussi un être ombrageux et violent. N’a-t-il pas fait assassiner son propre frère et tué de ses mains son fils unique ?
? Toute la vie de Gaston Phœbus est ainsi, semblable à un roman de chevalerie : des amours qui resteront célèbres, une fortune à faire pâlir le roi de France lui-même, un conflit durable avec les Armagnacs et avec Jean II le Bon, qui le fera enfermer, et même une croisade en Allemagne avec les Teutoniques.
Fin politique, combattant ardent et chasseur hors-pair, Gaston Phœbus meurt, le 1er août 1391, à la suite d’un accident de chasse à l’ours. Il reste, encore aujourd’hui, l’une des figures les plus passionnantes du Moyen Âge.

Le communisme au pouvoir

Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924).
Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924).

Vladimir Ilitch Oulianov, connu sous le nom de Lénine, a rêvé, pour l’humanité, d’un monde meilleur où devaient régner l’égalité, la justice et la fraternité et son rêve a accouché d’un monstre…
Quand la révolution, qu’il a préparée minutieusement avec ses amis bolcheviques, éclate le 8 mars 1917, Lénine est alors en exil volontaire à Zurich, en Suisse.
Dès qu’il apprend cette nouvelle, il adresse à ses camarades en Russie ses fameuses Lettres de loin. Dans ce document majeur de l’histoire de la révolution russe, le dirigeant bolchevique encourage ses partisans et fixe les lignes de son programme. Avec l’aide des socialistes suisses, il parvient à retourner en Russie dans un wagon plombé puis entre triomphalement à Pétrograd, le 16 avril 1917. Dès son arrivée, il préconise la paix immédiate avec l’Allemagne, alors en guerre avec la Russie et invite même les soldats russes à fraterniser avec les Allemands.
Bien plus, Lénine exige la restitution intégrale des usines aux ouvriers et de la terre aux paysans ! Tant d’excès poussent le gouvernement légal de Kerenski à ordonner l’arrestation de Lénine qui prend la fuite et se réfugie en Finlande. C’est là qu’il affine son programme et qu’il définit la nature du futur État prolétarien « sans classe » dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution.
On connaît la suite. Après de multiples péripéties, souvent sanglantes, les Bolcheviques réussiront à prendre le pouvoir total en octobre 1917. À la tête du pays, Lénine tente, tant bien que mal, de canaliser la violence qui submergeait la Russie. Après sa mort, survenue le 21 janvier 1924, un de ses disciples lui succède à la tête de l’Union soviétique.
Le vieux rêve va désormais laisser la place aux déportations massives, au Goulag et aux massacres des innocents : le successeur s’appelle… Joseph Staline.

Vie et mort d’une dynastie : les Visconti

Jean Galéas Visconti (1351-1402).
Jean Galéas Visconti (1351-1402).

Depuis bientôt deux siècles, une famille originaire de Milan étendait sa fortune et son pouvoir sur toute l’Italie du Nord.
Arrière-petit-fils du fondateur de la dynastie des Visconti, Jean Galéas reformera son unité et la conduira à son apogée. Devenu seul maître du Milanais après avoir assassiné son oncle et beau-père, Jean Galéas va non seulement poursuivre la conquête des villes avoisinantes mais également « acheter » le titre de duc héréditaire de Milan, élevant ainsi sa famille au même rang que les plus grands noms d’Italie.
Administrateur remarquable, favorable à l’industrie et aux arts, fin diplomate et habile chef de guerre, Jean Galéas est sur le point de devenir roi d’Italie quand il meurt de la peste, le 4 septembre 1402.
Après lui, les Visconti ne feront plus figure que de dégénérés et leur fortune sera rapidement happée par l’insatiable Francesco Sforza.
La dynastie des Visconti semblait s’être complètement éteinte quand, un siècle après la mort de Jean Galéas, le duché de Milan est réclamé par son arrière-petit-fils… Louis XII, roi de France !

Bonald ou l’idée de la société royale

Louis Gabriel Ambroise, vicomte de Bonald(gravure ancienne).
Louis Gabriel Ambroise, vicomte de Bonald

Sans aucun doute, Louis Gabriel Ambroise, vicomte de Bonald, n’avait guère de sympathie pour la révolution. En fait, il semble qu’il ne la comprenait même pas.

Emigré en 1791, de retour en France sous le Directoire, il devint député sous la Restauration et fut nommé pair de France en 1823. Ses principaux ouvrages, "Théorie du pouvoir politique et religieux" et "La législation primitive considérée dans les premiers temps par les seules lumières de la raison", font état de sa vision du monde et de la société. De fait, Bonald attribuait à une révélation primitive l’origine du langage, des arts et de toutes les connaissances humaines. En politique, il affirmait que la société tenait son origine du pouvoir donné par Dieu au souverain et que cette société avait été façonnée par le monarque, qu’elle ne pouvait survivre qu’avec lui.

On comprend, dès lors, que le vicomte de Bonald ait considéré avec quelque réserve la période révolutionnaire. On comprend également qu’il ait été conforté dans ses idées après l’échec de la Révolution et même de l’accession au pouvoir de Napoléon, la France ne retrouvant son vrai visage, selon lui, qu’avec le retour des Bourbons.

Danton l’indomptable

Un jour de 1780, la diligence de Troyes s’arrête à Paris pour y  déposer un jeune provincial de vingt et un ans qui vient chercher fortune. Ce fils de paysans champenois n’a guère d’attrait : massif, piqué de la petite vérole, Georges-Jacques Danton, né le 28 octobre 1759, serait vraiment laid si ses yeux ne pétillaient d’intelligence et de bonne humeur…
Quand la révolution éclate en 1789, Danton, devenu avocat, constitue le Club des Cordeliers, devenu le centre des principales manifestations.
Il acquiert rapidement une autorité incontestable et devient ministre de la justice. Fondateur du Comité de salut public et des redoutables tribunaux révolutionnaires, il se rend compte des conséquences effroyables de son action et tente de modérer la Terreur. Mais il est déjà trop tard.
Danton est un meneur d’hommes. Tout en lui respire la puissance et la force : sa carrure imposante, sa voix de stentor… Il éprouve une réelle et vive passion à manier les événements. Il devient alors l’homme à abattre. Son amour de l’argent et sa tiédeur sont utilisés pour le perdre. Mais, malgré la redoutable menace qui pèse sur lui, Danton refuse de s’enfuir à l’étranger :
-On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers, proclame-t-il.
De toute façon il ne croit pas à son arrestation. Pourtant, le 9 avril 1794, Danton est arrêté et condamné à la guillotine. Jusqu’au bout, il crie son innocence et son indignation :
-Tu me suivras, Robespierre, prédit-il.
Sur l’échafaud, il lance avec ironie au bourreau :
-Tu montreras ma tête au peuple ; elle en vaut la peine !

L’énigme Shakespeare

Qu’y a-t-il donc en un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon, écrit William Shakespeare.
Mais a-t-il vraiment existé ? Telle est la question soulevée par les critiques anglais dès le XIXe siècle, arguant du fait qu’il avait reçu une éducation trop médiocre pour avoir écrit de tels chefs-d’œuvre et qu’il n’était, en fait, qu’un prête-nom.
Auteur majeur de la troupe des King’s Men, Shakespeare produit trente-huit pièces, qui vont de la tragi-comédie à la tragédie ou à la pièce historique et sa renommée s’étend rapidement. Retiré dans sa ville natale, il y meurt le 23 avril 1616. Son génie, reconnu en Angleterre dès le XVIIe siècle, ne s’impose dans toute l’Europe qu’à partir du XVIIIe siècle, notamment grâce à Voltaire.

Cortez et la conquête du royaume aztèque

Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).
Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).

Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion…, écrit le poète Carlos Fuentes. De la même façon, Fernand Cortez a cru dans cette terre, mais aussi dans ses richesses et ses possibilités.
Aventurier avide de gloire et d’or, Cortez, né en 1485 en Estrémadure, est issu d’une famille de vieille souche mais dépourvue de fortune. À l’âge de dix-neuf ans, il s’embarque pour le Nouveau Monde et s’illustre lors de la conquête de Cuba menée par Diego Velazquez (1465-1524). Peu de temps après, il entend parler d’une expédition au Yucatan projetée par Velazquez. En 1518, Cortez prend la tête d’un convoi de onze navires transportant deux cent soixante Espagnols et autant d’Indiens.
À leur arrivée, tout le pays est en état d’alerte. En mars 1519, les Espagnols affrontent des milliers d’Indiens dans un combat sanglant, à Tabasco. Les Conquistadores sont vainqueurs mais le pays aztèque demeure aux mains du puissant Moctezuma dont le palais se trouve à Tenochtitlan -l’actuel Mexico. Partant de Veracruz, qu’il vient de fonder, Cortez atteint Tenochtitlan à la tête d’une immense armée.
Décidé, plus que jamais, à conquérir le royaume aztèque, Fernand Cortez doit cependant remettre son projet à plus tard. En effet, Velazquez tente de le supplanter en s’emparant de Veracruz. À l’issue de leur affrontement, Cortez, vainqueur, repart en direction de Tenochtitlan. Le roi Moctezuma a été assassiné, mais son successeur tient tête aux Espagnols.
Pourtant, en 1521, Cortez, après une lutte acharnée, prend possession de la ville et la fait complètement raser. Le pays aztèque est désormais soumis.
L’année suivante, Cortez est nommé gouverneur de la Nouvelle-Espagne mais son ambition inquiète Madrid où il est rappelé en 1527.
Tombé en disgrâce, Fernand Cortez, qui demeure l’une des plus grandes figures de toute la Reconquista, meurt, ruiné et malade, le 2 février 1547, dans la province de Séville.

Champlain, l’homme du Canada

Portrait factice -on ne connaît pas son vrai visage- de Samuel de Champlain (v. 1580-1635).
Portrait factice -on ne connaît pas son vrai visage- de Samuel de Champlain (v. 1580-1635).

Depuis le XVIe siècle, la rivalité entre la France et l’Angleterre a un nouveau terrain de prédilection : le Canada. Découvertes par un navigateur italien au service de l’Angleterre, John Cabot, les rives du Canada ne tardent pas à attirer des explorateurs français, comme Jacques Cartier qui remonte le Saint-Laurent en 1534.
Mais la colonisation ne commence vraiment qu’en 1604 avec l’arrivée de Champlain et de du Gua de Monts. Champlain sera le « grand homme » du Canada, presque son fondateur tant cet homme était visionnaire. Et visionnaire pour tout le continent d’ailleurs puisqu’il sera l’un des premiers à suggérer le percement de l’isthme de Panama…
En 1608, Champlain, devenu l’adjoint du lieutenant général de la Nouvelle-France, fonde le « site » de Québec d’où il multipliera les expéditions : à partir de 1620, il entreprend de pacifier les tribus indiennes et se consacre à la colonisation de l’immense territoire qui s’étend devant lui. La guerre aura cependant raison de l’œuvre première de Champlain qui, après un siège très éprouvant, livre Québec aux Anglais. Après trois ans d’occupation, le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé en 1632, restitue Québec et le Canada à la France et Champlain reprend ses explorations. À sa mort, en 1635, la colonie est encore réduite, mais elle constitue le point de départ d’une immense colonie.

Gaspard Monge

Mathématicien novateur et grand orateur, Gaspard Monge, fils d’un marchand forain, est né en 1746. En 1780, il entre à l’Académie des sciences. Il devient ensuite professeur d’hydrodynamique à l’école fondée au Louvre par Turgot. La Révolution lui ouvre d’autres horizons : proche des Girondins, il devient ministre de la Marine en 1792. Monge contribue à la fondation de l’École normale et de Polytechnique puis suit Bonaparte en Égypte (1798/99), où il devient professeur à l’Institut du Caire.
Son œuvre, la Géométrie descriptive, se caractérise par une vision globale réunissant analyse et pratique. Ainsi, le premier, il précise les principes de la géométrie descriptive et en développe les méthodes et les applications.
C’est surtout par l’enseignement que s’exerce son influence et il ne publiera l’ensemble de ses travaux qu’en 1799.
Mathématicien moderne, fondateur de deux grandes écoles, Gaspard Monge meurt le 29 juillet 1818, privé par la Restauration de sa charge de sénateur et de son titre de comte de Péluse : ancien d’Égypte, il paie son absolue fidélité à l’empereur déchu.

Marigny est condamné !

Contrairement aux célèbres écrits du romancier Maurice Druon, ce n’est pas suite à la malédiction de Jacques de Molay que sont décédés, successivement et la même année, Philippe IV le Bel, Clément V ainsi qu’Enguerrand de Marigny.
Conseiller particulier de Philippe IV, juriste retors, ministre tout-puissant et scandaleusement fortuné, chargé d’appliquer la politique monétaire du roi de France, Marigny a su se faire haïr des seigneurs de la cour et, tout  particulièrement, de Charles de Valois. À la mort de Philippe le Bel, son fils aîné, Louis X le Hutin, monte sur le trône. Mais ce dernier, trop faible, ne peut faire face à la puissante réaction féodale, dirigée par le duc de Valois, oncle du roi.
Pour tempérer ses vassaux, Louis X sacrifie Enguerrand de Marigny, qui est pendu au gibet de Montfaucon, le 21 juillet 1315.