La « guerre des farines »

Après un automne très pluvieux et un hiver des plus rigoureux, la récolte de 1775 est catastrophique. Le prix du pain augmente considérablement et le peuple se révolte. La rébellion commence à Dijon et atteint bientôt Paris. Turgot réprime l’émeute avec fermeté et ramène le prix du pain à un taux normal. Mais cette victoire n’en est pas une et le problème reste entier : la « guerre des farines » sera l’un des signes précurseurs d’une Révolution qui pointe à l’horizon…

Buckingham, l’ange salvateur de La Rochelle

Le duc de Buckingham (28 août 1592, Leicestershire – 23 août 1628)
Le duc de Buckingham (28 août 1592, Leicestershire – 23 août 1628)

Tout le monde connaît le duc de Buckingham, devenu, grâce à la plume d’Alexandre Dumas, un noble séducteur. Mais, Buckingham, favori de Charles Ier d’Angleterre, sera surtout pour la France un provocateur hors-pair : sous prétexte de soutenir les protestants français, il arme quatre-vingt-dix vaisseaux et, le 20 juillet 1627, paraît en rade de La Rochelle, qui lui refuse d’ailleurs le passage ! Le duc de Buckingham ira donc se réfugier sur l’île de Ré, où il sera assiégé… Quant aux Rochelois, qu’il prétendait secourir tel l’ange salvateur, ils seront obligés de lui fournir armes et vivres durant les quatre mois de siège. Après quoi, Buckingham, honteux, refait voile vers l’Angleterre abandonnant La Rochelle, assiégée par les armées royales, à son triste sort…

Les possédées de Loudun

Les possédées de Loudun, d'après une iconographie moderne.
Les possédées de Loudun, d’après une iconographie moderne.

Après une épidémie de peste qui décime une partie de la ville de Loudun, en 1632, une autre épreuve accable la population. Dans la nuit du 21 septembre 1632, la supérieure des ursulines de Loudun ainsi que deux autres religieuses voient apparaître leur confesseur, mort de la peste quelques semaines auparavant. Les phénomènes étranges se multiplient et, bientôt, les dix-sept ursulines semblent possédées : elles hurlent, se contorsionnent et se roulent par terre. Les exorcistes sont impuissants face à cette « manifestation satanique ».
Le 11 octobre, l’une des religieuses lance un nom en pleine crise : l’abbé Urbain Grandier, curé de l’église de Loudun. L’accusation fait rapidement le tour de la ville et la population rend tout de suite son jugement : ce prêtre, bel homme, proche, trop proche sans doute de ces paroissiennes, est un sorcier ! C’est certain !
Le 8 décembre 1633, Lambardemont, commissaire de Richelieu, arrive à Loudun avec pour mission d’instruire le procès de Grandier. Ce dernier est arrêté mais nie avec véhémence les accusations de sorcellerie.
Le 8 juillet 1634, le procès débute. Au cours des débats, on constate que Grandier a une cicatrice au pouce, ce qui ne fait que renforcer la mise en accusation. La preuve est faite : l’abbé a signé, de son sang, un pacte avec le diable ! La sentence tombe le 18 août et le jour même, Grandier est brûlé vif sur la place du Marché. Après sa mort, les ursulines continueront pourtant à être sujettes à des crises d’hystérie…

De la cour au Carmel

Louise de la Vallière (1644-1710) entourée de ses enfants.
Louise de la Vallière (1644-1710) entourée de ses enfants.

Elle aima le roi et non la royauté et elle n’aima jamais que lui, disait Madame de Caylus de Mademoiselle de La Vallière.
On le sait, Louis XIV collectionna les maîtresses comme d’autres les papillons, pourtant, certaines plus que d’autres ont marqué les esprits. Parmi elles : Mademoiselle de La Vallière.
Orpheline devenue fille d’honneur d’Henriette d’Angleterre, belle-sœur de Louis XIV, fort séduisante bien que boitant légèrement, Louise de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière, devient la maîtresse du roi dès 1661. D’abord tenue secrète, la liaison est publique en 1663 et le souverain n’hésitera pas à légitimer les deux enfants qu’elle lui donnera : Mademoiselle de Blois et le comte de Vermandois.
Conseillée par Bossuet et fervente catholique, la jeune femme tentera à plusieurs reprises de se soustraire au « bon plaisir » du roi en se réfugiant dans des couvents. Mais le souverain finissait toujours par la reprendre… jusqu’à ce qu’il ne s’y intéresse plus du tout. En effet, l’apparition de Madame de Montespan allait changer la « donne » de la cour pendant de nombreuses années. Humiliée, raillée même par son ancien amant, Louise de La Vallière entre le 2 juin 1674 au Carmel. Elle y restera jusqu’à sa mort en 1710.

Abolition de la torture

Louis XVI (1754-1793)
La question est une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent à la complexion faible et sauver un coupable qui est né robuste, s’indigne La Bruyère au XVIIe siècle. Un siècle plus tard, en 1780, Louis XVI abolit l’usage de la question, euphémisme désignant alors la torture.
Introduite au XIIe siècle alors que l’Occident redécouvre le droit romain, la torture est la conséquence d’une procédure judiciaire complexe : tout suspect est innocent jusqu’à preuve du contraire. Les preuves indirectes et les témoignages sont utilisés avec la plus grande circonspection et seul est alors considéré comme preuve « entière », l’aveu.
On ne ménage donc rien pour l’arracher aux suspects soit par la question de l’eau, soit par l’élongation des membres ou par le supplice des brodequins. Contestée dès le XVIe siècle, la torture est discréditée dans toute l’Europe des « Lumières » et finit par être abrogée. Le 6 octobre 1791, Louis XVI achève de dissocier justice et peine physique en stipulant que tout condamné à mort aura la tête tranchée et supprime ainsi définitivement toutes formes d’exécution cruelle.

Le chevalier d’Eon : « cherchez la femme »

Le chevalier d'Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).
Le chevalier d’Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).

Londres, le 21 mai 1810, dix heures du soir : une vieille femme expire, assistée d’un prêtre et de sa dame de compagnie. On ne saura que plus tard que la dite « vieille femme » n’était autre que… le chevalier d’Éon. Mais, au fait, chevalier ou chevalière ?
Fils d’un avocat au Parlement de Bourgogne, avocat lui-même, Charles, Geneviève, Louise, Auguste, André, Thimothée d’Éon de Beaumont quitte bien vite la robe de magistrat pour entamer une carrière internationale… d’agent secret. Sa première mission le conduit en Russie. C’est également la première fois que son travestissement est avéré. Car c’est  sous le nom de Lya de Beaumont et en tant que lectrice à la cour de la tsarine Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, que l’agent secret de Louis XV opère. La délicatesse de ses traits et un art consommé du déguisement assure son succès.
De retour en France, la lectrice redevient chevalier. Le capitaine des Dragons, bretteur de première force, se distingue tout particulièrement lors de la guerre de Sept Ans puis, au terme de celle-ci, reprend du service au «  Secret du roi ». Envoyé en Angleterre comme secrétaire d’ambassade, le chevalier se joue de la réputation qu’on lui prête : homme, femme, hermaphrodite ? Les paris vont bon train à la cour anglaise. Ne dit-on pas que Beaumarchais, lui-même agent du roi, aurait demandé «  mademoiselle de Beaumont » en mariage ? Beaumont n’en a cure et entretient volontiers l’ambiguïté. N’est-il pas un des agents du roi, un de ceux en qui il place sa confiance ? Le changement de souverain va annoncer le discrédit de Beaumont. Sommé par Louis XVI, qui ne l’aime guère, de remettre sa correspondance avec Louis XV puis, de ne plus quitter l’habit féminin, le chevalier finit part s’installer définitivement à Londres, en 1783.
La Révolution et une multitude de dettes entraînent sa déchéance. Pourtant, jusqu’au bout, Beaumont entretiendra le doute et c’est sous l’habit de femme qu’il meurt. Le rapport d’autopsie cependant est formel : le chevalier n’était pas une chevalière !

Les Incas : une civilisation trompeuse

Bas-relief représentant le condor des Incas.
Bas-relief représentant le condor des Incas.

Inconsciemment, lorsque l’on utilise le terme de "civilisation", on sous-entend la longueur autant que la profondeur. La longueur du temps, la profondeur de l’empreinte. Pourtant, il est une "civilisation" dont on fait grand cas et qui ne présente aucune de ses deux caractéristiques ; une civilisation qui fait l’admiration des Occidentaux ; une civilisation qui, clairement, ne mérite pas ce nom : celle des Incas.
Le terme même d’Inca, qui signifie "fils du soleil", désignait à l’origine la seule personne du souverain du peuple quechua, avant de s’appliquer à tout son peuple puis à tous ceux que les Incas devaient soumettre en Amérique du Sud. De fait, si l’empire inca n’apparaît guère qu’au XVe siècle, l’Etat originel lui-même n’est guère plus ancien puisque son apparition ne date que du XIIIe siècle… de notre ère bien entendu. Avant cela, plusieurs civilisations, auxquelles les érudits n’ont jamais daigné donner un statut autre que celui de "culture", s’étaient succédées : la culture de Chavin, celle de Michica, celle de Tiahuanaco (vers 600) en sont quelques exemples. Des civilisations qui verront l’avènement, au XIIIe siècle, du premier Inca Manco Capac, qui allait établir ses Etats autour de Cuzco et initier une dynastie qui mettra tout de même deux siècles et demi à véritablement exploser. De fait, la fondation et l’extension de ce que l’on nomme l’empire inca -qui, à son apogée, atteindra les 4000 km de long, allant de Quito à Valparaiso- sera aussi rapide qu’éphémère. Un empire qui sera notamment le fait de trois hommes -les 9e, 10e et 11e incas-, Pachacutec, Tupac Yupanqui et Huayna Capac ; un empire qui sera placé sous le signe de l’architecture et de la divinisation de l’Inca. De fait, les Incas se révéleront incapables de produire une "civilisation" artistique de quelque ordre que ce soit, leur intelligence et leur énergie étant uniquement tourné vers l’édification de forteresses ou vers la construction de routes. Point d’art, quel qu’il soit ; pas même pour honorer celui qui avait troqué la couronne royale pour le costume divin.

Célébration de la fête du Soleil (gravure du XIXe siècle).
Célébration de la fête du Soleil (gravure du XIXe siècle).

Et c’est là l’autre caractéristique de cette période où la puissance terrestre semble allait de paire avec la divinisation. Le processus n’est pas nouveau et apparaît également chez les empereurs romains. Tout comme la divinisation du souverain entraîne une omniprésence de la religion dans la vie quotidienne. De fait, le rôle que c’était attribué le souverain -enclin, comme les pharaons d’Egypte, à épouser sa sœur afin de préserver la pureté de la lignée-, annoncera un rôle accrut du clergé, de la liturgie, bref, de la religion. Une religion qui, contrairement à celle des Aztèques, connaîtra de rares sacrifices humains. Il apparaît d’ailleurs que la mort n’était guère du goût des Incas, y compris au cours de leur extension territoriale où l’assimilation et la soumission amicale étaient favorisées au détriment d’une politique toute en brutalité. Une politique générale rendue nécessaire par la rapidité de conquête des souverains incas ; une politique qui souffrait cependant quelques exceptions, condamnant à la déportation les populations insoumises. On l’a dit, deux siècles et demi sont tout ce que durera cette prétendue civilisation ; deux siècles et demi qui s’achèveront par un conflit entre deux frères, conflit dont saura profiter l’Espagnol Pizarre pour mettre à bas, définitivement, cet empire éphémère.
Au final, on peut certes être admiratif devant ce peuple conquérant ; on peut s’extasier de la rapidité de son extension comme de son génie militaire. Mais point de culture chez les Incas, d’art, de culte de la beauté ; point de penseurs et de philosophes non plus qui pourraient justifier du terme de civilisation si aisément attribué à la domination inca. De fait, c’est avant tout un déni culturel, qui veut que les Européens aient été les destructeurs aveugles et avides de cultures séculaires, autant que la méconnaissance de la "civilisation" inca qui font et qui feront encore longtemps les beaux jours de ce qui n’est guère qu’un mythe.

Madame Geoffrin, la « mère » du roi Stanislas

Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.
Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.

On le sait, le XVIIe siècle mais surtout le XVIIIe siècle seront les siècles des salons. C’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de madame de Rambouillet qu’allait naître une mode qui fera la joie -et la gloire- de quelques beaux esprits ou de ceux qui se voyaient tels. Exilée volontaire de la cour d’Henri IV -qu’elle jugeait trop licencieuse-, madame de Rambouillet animera, de 1610 à 1660, une "espèce d’académie de beaux-esprits, de galanterie, de vertu et de science", selon le mot de Saint-Simon. Le cardinal de Richelieu, Condé, Malherbe, La Rochefoucauld, madame de Longueville, madame de Scudéry, pour ne citer les plus célèbres, se pressaient autour de Catherine de Rambouillet, devenue pour l’occasion Arthenice, et jouaient de galanterie, critiquaient les ouvrages récents ou faisaient assaut d’esprit et de philosophie. C’est à l’hôtel de Rambouillet que Corneille jouera la première de Polyeucte, que Bossuet, âgé de seize ans à peine, improvisera un sermon. Philosophes, poètes, tous, se voyaient contraint de passer sous le regard critique des habitués s’ils avaient l’ambition ne serait-ce que d’exister.
Au siècle suivant, la mode resta aux salons dont certains, par contre, allaient se "spécialiser", les uns accueillant les poètes, les autres les philosophes, les autres encore les scientifiques. Ce ne sera pas le cas du salon de madame Geoffrin qui devait demeurer dans la généralité.
Fille d’un valet de chambre de la dauphine, Marie-Thérèse Geoffrin devait épouser un riche entrepreneur qui aura l’idée -excellente- de décéder assez rapidement. Sise à la tête d’une fortune, Madame Geoffrin devait organiser, deux fois par semaine, deux dîners où les gens de lettres côtoyaient les savants, les artistes. Belle, spirituelle malgré son manque d’instruction, elle devint un soutien actif -et payant- des Encyclopédistes et, surtout, accueilli à de multiples reprise Stanislas Poniatowski, qui la considérait comme sa mère.
L’accueil de Madame Geoffrin -qui ne fut certainement pas forcé- devait se révéler payant lorsque Stanislas, devenu roi de Pologne, la fit venir à Varsovie (1766). Dans chaque pays, chaque duché traversé, Madame Geoffrin allait être accueillie avec des égards dus à une dame d’un rang bien supérieur à celui de la fille d’un valet ; avec des égards dus à la mère d’un souverain.
Lorsqu’elle mourut, à Paris, en 1777, elle avait prouvé qu’elle méritait bien le nom de "mère" du roi Stanislas.

Les pèlerins du Mayflower

Partis le 16 décembre 1620 du port de Southampton, il suffit de quelques mois aux «pères pèlerins» embarqués à bord du Mayflower pour atteindre la baie de Cap Cod, le 21 décembre de la même année. Calvinistes anglais aux mœurs puritaines, ils ont quitté un pays qu’ils jugeaient peu orthodoxe, avec la ferme volonté de créer une communauté totalement fidèle aux enseignements de la Bible.
Cent quarante-neuf hommes, femmes et enfants constituent cette première colonie installée à Plymouth et dirigée par un gouverneur, William Bradford. Ils obéissent à un acte signé sur le Mayflower, qui établit une première forme de gouvernement.
Les pèlerins du Mayflower sont restés dans l’histoire comme les plus célèbres parmi les colons américains.

Le Père Joseph : l’éminence grise de Son Eminence

François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).
François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).

J’ai perdu mon bras droit, affirme Richelieu à la mort de son plus sûr confident, le Père Joseph.
Fils d’un président du Parlement, François Joseph Leclerc du Tremblay est né à Paris le 4 novembre 1577. Après un brillant passage à l’armée et à la cour, il entre dans les ordres où il devient le « Père Joseph ».
Homme d’action comme de réflexion, il prêche dans les églises, envoie des missions à l’étranger, fonde le couvent des « Filles du Calvaire » et travaille à la conversion des protestants. En 1616, il est appelé pour servir de médiateur entre Marie de Médicis et les princes. Entré malgré lui dans l’arène politique, le capucin gagne l’estime et l’amitié de Richelieu, qui, en 1624, le prend comme conseiller personnel.
Véritable « éminence grise » du cardinal, le Père Joseph a surtout une influence considérable dans la lutte contre la maison de Habsbourg et sur la politique envers les protestants.
Il meurt le 18 décembre 1638 et son souvenir restera à jamais associé à celui de Richelieu.