Le théâtre classique est-il misogyne ?

Lorsque l’on parle de théâtre classique, deux noms viennent systématiquement à l’esprit : celui de Pierre Corneille et celui de Jean Racine. Les deux auteurs les plus célèbres du XVIIe siècle vont, au fil de leurs pièces, montrer deux aspects du genre humain. Monsieur Corneille fait la part belle à l’honneur, à la noblesse de cœur, à la raison et on remarque que toutes ses pièces ont pour titre un nom d’homme -Horace, Polyeucte, Britannicus… Racine, par contre, s’est attaché à dépeindre un monde où dominent les passions, comme la vengeance, l’amour, la haine et ses pièces portent des noms de femmes -Phèdre, Andromaque, Athalie…
Le théâtre classique serait-il misogyne ?

Marignan : 1515 !

François Ier (1494-1547) armé chevalier par Bayard après la victoire de Marignan.
François Ier (1494-1547) armé chevalier par Bayard après la victoire de Marignan.

François Ier (1515-1547) a vingt ans quand il accède au trône de France. Comme ses prédécesseurs, il ne rêve que de conquérir l’Italie –il se dit héritier du Milanais par son arrière-grand-mère Valentine Visconti, et dès le début de son règne, il met ses troupes en marche. Face à lui, les Suisses, engagés par le pape Léon X et par le duc de Milan, gardent les passages menant au Piémont. L’armée du roi de France campe entre Milan et Marignan, quand elle voit apparaître les Suisses, en rangs serrés, la hallebarde basse et qui, malgré les percées meurtrières que font les boulets français dans leurs rangs, continuent d’avancer. Infatigables et  enragées, les deux armées se battent encore à la tombée de la nuit.
Le lendemain, 13 septembre 1515, le combat reprend avec encore plus d’acharnement, quand, soudain, les troupes de Venise, venant au secours des Français, surgissent à l’horizon. La bataille est perdue pour les Suisses qui capitulent. Grâce à cette victoire, François Ier s’empare du Milanais, première étape dans la reconquête du royaume de Naples.

L’ordre de Saint-Louis

Statue de Louis XIV (dessin à la plume).
Statue de Louis XIV (dessin à la plume).

Le règne de Louis XIV semble avoir été une sorte de retour aux vraies valeurs de la féodalité qui ont permis l’édification du royaume. Combattant la fausse noblesse, tentant d’éradiquer les abus de celle acquise par lettres de cachet, il décide, le 9 avril 1693, de récompenser les mérites militaires en instituant l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ouvert à tout officier faisant « profession de la religion catholique, apostolique et romaine et qui a servi sur terre et sur mer … pendant dix années ».
Les conflits qui opposent le souverain à l’Europe donnent, d’ailleurs, bien des occasions d’acquérir cette distinction. L’ordre compte, à l’origine, huit grand-croix et vingt-quatre commandeurs. Seuls les princes de sang, les amiraux et les maréchaux de France acquièrent, de droit, le ruban rouge de chevalier de l’ordre de Saint-Louis.
Supprimé en 1792, il est rétabli sous la Restauration puis disparaît, en 1830, définitivement.

Louis le Bien Aimé, si mal nommé

Louis XV en compagnie de Madame du Barry (iconographie du XIXe siècle).
Louis XV en compagnie de Madame du Barry (iconographie du XIXe siècle).

Longtemps on craindra pour la santé du petit roi, arrière-petit-fils du Roi-Soleil, souverain à 5 ans. La Régence, exercée par le duc d’Orléans puis par celui de Bourbon, s’achèvera en 1743, avec la mort du dernier des « régents » du roi, le cardinal de Fleury. Dire que le souverain n’avait guère la tête à la politique est une évidence ; il n’aimait pas cela et préférait de beaucoup ses plaisirs –nombreux- aux affaires de l’Etat. Son premier acte de roi sera donc de se trouver un remplaçant, en la personne de son ancien précepteur, Fleury. Modéré, ce dernier rétablira les finances, donnera un nouvel essor à l’économie et au commerce extérieur ; pacifique, il fera le stricte minimum pour assurer un soutien au beau-père du roi dans le conflit successoral polonais. La mort de Fleury, cependant, allait pousser le roi à s’adonner à la chose politique malgré lui, ce qu’il fera en instituant notamment le « secret du roi », sorte de cabinet parallèle et intime au sein duquel il prendra toutes les décisions importantes. Un cabinet dans lequel les favorites, et notamment Madame de Pompadour, auront la part belle. Car si Louis XV était loin d’être stupide, il était, par ailleurs, fort influençable, d’où une politique versatile.
Le soutien puis la condamnation de l’Encyclopédie ; l’exil puis le rappel du Parlement –dont il finira par briser l’opposition constante ; le renversement des alliances en faveur de l’Autriche : autant d’actes contradictoires, d’actes sans suite qui ne pouvaient que desservir le roi. Sa réputation, d’ailleurs, n’était guère épargnée et le souverain et sa dernière favorite, Madame du Barry, se verront accusé de tous els maux. De fait, les dépenses somptuaires du roi ne cadraient guère avec la ruine du pays ; une  ruine accompagnée de la perte de la suprématie maritime et de l’empire colonial français.
Tombé dans une détestation générale, Louis le Bien-Aimé était devenu, aux jours de sa mort, le plus mal aimé des souverains français.

Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.
À sa mort, survenue le 2 mars 1755, à  quatre-vingts ans, Saint-Simon, qui  a consacré plus de trente années à la rédaction de ses Mémoires, n’a montré des fragments de cette œuvre immense -une vingtaine de volumes- qu’à de rares privilégiés. Cinq ans plus tard, en 1760, le manuscrit, qui constitue un véritable brûlot contre la monarchie, est saisi sur l’ordre de Choiseul puis transféré aux archives du ministère des Affaires étrangères : le ministre de Louis XV suspectait sans doute Saint-Simon, qui fut ambassadeur auprès de l’Espagne en 1721, de révéler… des secrets d’État ! Il faudra attendre la veille de la Révolution (1788) pour voir une partie de l’ouvrage publiée. Et sous la Restauration, on restitue le manuscrit à sa famille, mais l’édition définitive paraîtra bien plus tard, entre 1879 et 1928, grâce à un admirateur du duc, l’historien de Boislisle…

La journée des Abatis

Le Grand Condé (1621-1686), d'après une gravure ancienne.
Le Grand Condé (1621-1686), d’après une gravure ancienne.

Quand Louis XIII meurt, la France est plongée en pleine guerre de Trente Ans. Le sort du royaume est menacé quand la France découvre son dieu de la guerre : le duc d’Enghien. Il a déjà acquis une gloire éternelle à Rocroi quand, le 3 août 1743, il rejoint Turenne sous les murs de Fribourg-en-Brisgau.
L’art le plus habile et la plus heureuse disposition du terrain, note un  historien, semblaient protéger le camp des Bavarois. De hautes montagnes et un bois marécageux en formaient l’enceinte ; tous les abords en étaient garnis de redoutes et de palissades ; des postes nombreux couvraient les revers des hauteurs.
Enghien et Turenne se séparent, le premier se chargeant de l’attaque directe par les montagnes et le second de l’attaque par le flanc. Quand le duc d’Enghien suppose que le maréchal a atteint son but, il donne l’ordre du combat. Repoussé à deux reprises par les Allemands, le prince met pied à terre et, prenant la tête de ses troupes, lance une dernière fois la charge. Tous les volontaires se précipitent sur ses pas, les palissades sont franchies, les redoutes emportées, la ligne de défense brisée. Pour les Bavarois, c’est la journée des Abatis…

Catherine : la Grande dame de Russie

Catherine II, tsarine de Russie (1729-1796).
Catherine II, tsarine de Russie (1729-1796).

Saignez-moi de ma dernière goutte de sang allemand pour que je n’aie plus que du sang russe dans les veines, déclarait Sophie d’Anhalt-Zerbst, devenue Iekaterina Alexeïevna lors de son mariage avec Pierre III de Russie (1744). Et, assurément, il n’y eut pas plus russe que cette impératrice. Affublée d’un mari incapable, germanophile à tous crins, elle devait, à l’opposer, s’ingénier à tout connaître de sa patrie d’adoption -sa langue, son histoire, sa religion- jusqu’à prendre en ses mains propres le destin de ce pays. L’attitude de Pierre III avait vite eu raison de la patience des Russes, aussi est-ce tout naturellement vers son épouse, si empreinte de l’âme et des intérêts russes, qu’allaient se tourner tous les mécontents. Un an à peine après son accession au trône et alors que Pierre III songeait à répudier une épouse, avouons-le, fort volage, que Catherine tente le tout pour le tout. Aidée de ses amants, les frères Orlov, et de la garde, elle démet son époux, le fait emprisonner et s’empare du pouvoir. Un coup d’Etat tout en douceur et qui se soldera par l’abdication sans résistance de Pierre, lequel sera assassiné quelques jours plus tard.
Exit Pierre, place à Catherine ! Une impératrice qui règnera pas moins de 34 ans sur la Russie. Trente-quatre années durant lesquelles elle favorisera l’industrie -on compte pas moins de 2 000 fabriques à la fin du XVIIIe siècle-, fera de la Russie un acteur incontournable de l’échiquier européen et agrandira les ouvertures vers le Nord et vers la Mer Noire du pays, tout en s’emparant, avec la Prusse et l’Autriche, du "gâteau polonais". Souveraine éclairée, ami des philosophes -Voltaire, d’Alembert- et des scientifiques, Catherine II n’en demeurait pas moins une autocrate, dont le bilan ressemble étrangement à celui de Pierre le Grand. De fait, tout en jouant définitivement la carte de l’Europe moderne, Catherine multipliera les oukazes en faveur de la noblesse terrienne, confirmant toujours plus le statut de non-droit des serfs et, parfois, des paysans. Comme son illustre prédécesseur en modernité, d’ailleurs, Catherine acquerra le surnom, mérité malgré tout, de "la Grande". Une tsarine qui fit tant pour la Russie, qu’elle pourra même se prendre à rêver de reconstituer l’empire d’Orient. A sa mort, en 1796, Catherine laissait une Russie plus grande et plus forte que jamais ; une Russie plus oppressive et despotique aussi…

Buckingham : pour les Normands

Georges Villiers, duc de Buckingham (1592-1628).
Georges Villiers, duc de Buckingham (1592-1628).

C’est en 1097 que Guillaume le Conquérant crée le titre de comte Buckingham -du nom d’une ville située au nord-ouest de Londres- afin de récompenser un de ses fidèles compagnons d’armes, Guatier Gifford, seigneur de Longueville. Normand de naissance, Gautier Gifford devient ainsi le premier comte de Buckingham, un titre qui sera conféré en 1377 par Edouard III à son fils avant qu’il ne devienne duc de Gloucester et qui passa par mariage à Humphrey Stafford, dans la famille duquel il resta jusqu’à l’exécution d’Edouard Stafford, favori renié d’Henri VIII en 1521. Or, les Stafford était d’origine normande, descendants de Robert de Tosny, lui aussi compagnon de Guillaume le Conquérant. Et étonnement, c’est encore pour un Normand que le titre devait être rétabli en 1617 par Jacques Ier Stuart pour récompenser son favori, Georges Villiers. Ce dernier sera élevé à la dignité ducale en 1623 puis créé lord amiral, fonction dans laquelle il s’enrichit de manière scandaleuse. Ambassadeur en Espagne où il devait négocier le mariage du prince de Galles avec l’infante, il fit échouer ce projet par son insolence et sa morgue et convint même le roi de déclarer la guerre à l’Espagne.
Demeuré maître de la cour du roi après le décès de Jacques Ier, il devait remplir le même rôle de favori sous le règne de son fils, Charles Ier, qu’il poussa à s’opposer au Parlement et à entrer en conflit avec la France. Après avoir échoué dans ses tentatives devant La Rochelle -protestante- et l’île de Ré, il préparait une nouvelle expédition lorsqu’il fut assassiné. Son fils, Georges Villiers, deuxième duc de Buckingham se distinguera dans sa fidélité envers Charles II et deviendra un des conseillers les plus influents du souverain après la restauration. Le titre devait connaître un dernier épilogue en passant, en 1703, à John Sheffield, celui de marquis de Buckingham échouant, en 1784, à la famille de Grenville. Un patronyme qui sonne curieusement normand, lui aussi…

Le coup de Jarnac

Un rapide coup de rapière et Jarnac touche son adversaire au jarret : Vivonne s’effondre… mort.
Il aura suffi d’une simple botte pour que le duel du 10 juillet 1547 entre Guy de Chabot, seigneur de Jarnac, et François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, passe à la postérité. Suite à son  fameux « coup de Jarnac », Guy de Chabot peut rendre grâce à Dieu d’avoir vu sa cause reconnue. Ce coup d’éclat fera de lui un maître d’armes recherché.

La roue de torture

La justice, de tout temps, a utilisé diverses formes de supplices pour châtier les criminels. Au Moyen Âge, l’exposition au pilori, le fouet, la mutilation d’une oreille ou d’une main ou encore la pendaison, qui était la plus courante, étaient les peines corporelles généralement appliquées. Quelques exceptions apparaissaient pourtant : si la pendaison était bonne pour le roturier, le noble, lui, se faisait décapiter ; il y avait aussi des écartèlements, des « bouillures », réservées aux faux-monnayeurs ; quant aux récidivistes, aux empoisonneurs ou aux hérétiques, ils montaient au bûcher.
En février 1534, ce large éventail de peines est étendu quand François Ier établit légalement le supplice de la roue réservé aux voleurs de grand chemin.
Soi-disant inventé par l’empereur Commode, ce supplice était particulièrement cruel : on allongeait le condamné sur une croix de Saint-André et le bourreau, au moyen d’une barre de fer carrée, lui brisait le corps en huit coups réglementaires, sur les bras, les avant-bras, les cuisses, les jambes, les reins et la poitrine. Ensuite, le condamné était exposé, face au ciel, sur une roue horizontale tournant jusqu’à la mort du malheureux, à moins qu’on ait adoucit sa peine et qu’on l’ait étranglé avant ou pendant les coups de barre.
En 1547, la roue sera étendue aux assassins. Elle ne sera abolie définitivement qu’en 1789…