Les « commis-allumeurs » de Paris

Nicolas de La Reynie (1625-1709).
Nicolas de La Reynie (1625-1709).

Depuis 1667, Nicolas de La Reynie, lieutenant de police de Louis XIV, avait institué l’éclairage de Paris, afin, notamment, d’améliorer la sécurité.
Le service et l’entretien de l’éclairage public étaient confiés aux bourgeois de chaque quartier, élus tous les ans, que l’on nommait commis-allumeurs. Mais cette fonction, très contraignante, déplaisait fortement aux bourgeois qui tentaient de s’y soustraire par tous les moyens, comme le révèle un arrêt de police rendu le 3 septembre 1734 :
Plusieurs bourgeois, est-il écrit, font travestir leurs compagnons et ouvriers en bourgeois, afin d’augmenter le nombre de voix en faveur de leur parti ainsi que de nommer les personnes nouvellement établies, s’exemptant annuellement, par cette surprise, de faire ce service public. Non contents d’échapper ainsi frauduleusement à ce devoir si essentiel, ils insultent témérairement ceux qu’ils ont nommés, soit par des chansons injurieuses, soit par un cliquetis de poêles et de chaudrons, soit enfin en leur envoyant, par dérision, des tambours et des trompettes.

Fronde : l’éternelle révolte des princes

La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).
La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).

On peut à loisir multiplier les explications sur les débuts de la Fronde : la pression fiscale alourdie avec la guerre de Trente Ans pour les bourgeois et les parlementaires, la résistance à l’absolutisme ébauché par Richelieu, il n’en demeure pas moins que cette révolte des princes a comme un air de déjà vu. Tout est à mettre au compte de la minorité de Louis XIV.
N’est-il pas curieux, en effet, de constater que quasiment toutes les minorités ont donné lieu en France à une révolte nobiliaire ? Clovis II, qui monte sur le trône à l’âge de quatre ans, subira la mainmise des maires du Palais et la prise de pouvoir progressive des Pippinides. Lothaire ne devra sa survie politique qu’au soutien de son oncle, l’empereur germanique Othon le Grand et au bon vouloir d’Hugues le Grand, un Robertien, surnommé le " faiseur de rois ". Saint Louis, bien sûr, dont la mère prendra les armes pour résister aux nobles. Charles IX, enfin, qui subira la révolte des grands aux travers des guerres de religion –une excuse comme une autre. Et la liste est loin d’être exhaustive. Pas une dynastie qui n’ait connue les dangers de la minorité.
Au final, d’ailleurs, les Mérovingiens, taxés après le règne de Clovis II d’être des rois fainéants, laisseront la place aux Carolingiens ; eux-mêmes passeront sous la coupe des Robertiens et ne s’en relèveront pas. On ne voit pas bien pourquoi, alors, les Bourbons auraient dû y échapper… Peut-être était-ce, au fond, l’idée sous-jacente des princes révoltés de la Fronde.
Trop longtemps bridés par un cardinal-ministre omnipotent, ils se voyaient désormais assujettis aux décisions de son successeur désigné, Mazarin, qui n’était même pas Français ! Pis même, cette « éminence » n’était pas même prêtre…
Au final, la Fronde n’entraînera pas de changement dynastique comme l’espérait sans doute Gaston d’Orléans, oncle du jeune roi et conspirateur « professionnel », ou comme le désiraient Condé et son frère Gondi, cousins du roi, ou comme le souhaitait peut-être Beaufort, un bâtard d’Henri IV. Non seulement, elle n’allait pas bouleverser la donne, mais au contraire, elle allait conforter Mazarin, et après lui son disciple en absolutisme, Louis XIV dans la nécessité de brider cette noblesse par trop tumultueuse. Occupée par les guerres et les fêtes versaillaises, la noblesse va perdre jusqu’à son âme sous la main de fer du Roi-Soleil, devenant une sorte « d’animal de compagnie », domestiqué, craintif mais toujours teigneux…

Catherine Howard ou Messaline à la cour d’Angleterre

Portrait de Catherine Howard (1522-1542).
Portrait de Catherine Howard (1522-1542).

On ne pourra pas dire qu’Henri VIII n’était pas prévenu ; pas plus que l’attitude de son épouse était imprévisible. Elevée chez une de ses tantes, Catherine Howard, nièce de Thomas Howard, troisième duc de Norfolk, connaîtra une jeunesse pour le moins libre, comptant parmi ses multiples amants son propre cousin, Thomas Culpeper. Et lorsque l’archevêque de Winchester, Stephen Gardiner, la présenta à Henri VIII, c’est certes avec l’idée bien précise et bien assise d’en faire la nouvelle passion du souverain. Une manœuvre qui réussira au delà des espoirs les plus fous de l’archevêque puisque le souverain n’hésita pas à répudier son épouse d’alors, Anne de Clèves, pour s’unir, d’abord secrètement, avec Catherine Howard. Elle devenait de fait la cinquième épouse du souverain… Elle ne sera pas la dernière. En effet, si Catherine Howard affichait volontiers ses mœurs libres, Henri VIII s’était déjà révélé pour le moins inconstant en amour. Anne Boleyn, la plus célèbre de ses épouses, avait remplacé Catherine d’Aragon, avant d’être poussée hors de la couche royale par Jane Seymour. Trois épouses, trois reines qui avaient chacune donné un enfant à Henri VIII. Trois épouses, trois reines qui, par leur destin tragique, annonçait la versatilité amoureuse du souverain. Quant au sort de la cinquième épouse, il sera tel qu’on pouvait s’y attendre de la part d’un roi tel qu’Henri VIII : accusé d’adultère, Catherine Howard sera exécutée en 1542, deux ans à peine après son mariage avec le Tudor. Une accusation sans doute vraie, mais certainement bien pratique et mise en avant par l’entourage du roi, heureux, une fois encore, de fermer les yeux ; heureux, une dernière fois, de convoler en justes noces…

Les intendants : l’œil du pouvoir

Le receveur des impôts, d'après une gravure sur bois (XVIe siècle).
Le receveur des impôts, d’après une gravure sur bois (XVIe siècle).

Le Moyen Âge avait vu la centralisation du pouvoir royal, sa victoire sur les seigneurs et les vassaux. Fort logiquement, cette centralisation allait voir l’émergence d’une nouvelle caste : les intendants. Officiers royaux en charge de la vérification des provinces, les intendants, désignés au XVIe siècle sous le titre de "commissaires départis pour l’exécution des ordres du roi", seront définitivement établis sous le règne de Louis XIV. De fait, le monarque absolu, qui tenait et même retenait les grands seigneurs à la cour, avait besoin d’un pouvoir bien à lui en province. D’abord simples inspecteurs, les intendants allaient devenir de véritables administrateurs dont les compétences devaient s’étendre au détriment de celles des gouverneurs et des cours souveraines. Intendants de justice, ils surveillaient tous les officiers de leur ressort, étaient chargés de la justice du roi et pouvaient présider tous les tribunaux. Intendants de police, ils avaient également la haute main sur l’ordre public, disposaient des garnisons, s’occupaient des ponts et chaussés, de la levée des milices, contrôlaient les élections urbaines et s’immisçaient dans les affaires religieuses. Intendants des finances, ils étaient en relations constantes avec le contrôleur général pour toutes les questions économiques, s’occupaient de la levée de la taille, de la capitation ou du dixième.
Au final, ils ne relevaient que du conseil du roi et ni les gouverneurs, ni les cours souveraines n’avaient les moyens de les contrôler, encore moins d’entraver leurs actes.
Véritable prolongement du pouvoir royal, les intendants vont finir d’éteindre les bribes de liberté des provinces, tout en permettant une meilleure centralisation de l’économie. Une mainmise du pouvoir qui ne devait pas s’éteindre à la Révolution, car si les intendants furent officiellement supprimés en décembre 1789, ils trouveront leurs héritiers dans la création des préfets (1800), qui accentuera encore la mainmise du pouvoir central sur la France.

Charles XII de Suède, le « roi de fer »

Une balle pesant une demi-livre l’avait atteint à la tempe droite (…) L’instant de sa blessure avait été celui de sa mort ; cependant il avait eu la force, en expirant d’une manière si subite, de mettre, par un mouvement naturel, la main sur la garde de son épée et était encore dans cette attitude.
C’est ainsi que Voltaire décrit la mort de Charles XII, le 11 décembre 1718, devant la forteresse norvégienne de Frederickshall qu’il assiégeait.
Monté sur le trône à l’âge de quinze ans, en 1697, très tôt Charles XII se révèle être un redoutable chef militaire. Après une série de victoires contre Pierre le Grand, Frédéric IV et le roi de Pologne, Auguste II, qu’il destitue au profit de Stanislas Leszczynski, il subit plusieurs revers en tentant de conquérir la Russie.
Et, à sa mort, la Suède toute entière pleure un monarque absolu devenu, grâce à sa jeunesse et à son adresse militaire, un héros de légende.

La réforme de Port-Royal

Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).
Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal (1591-1661).

Le 25 septembre 1608, Port-Royal des Champs ferme ses portes, adieu la vie mondaine, place à l’austérité !
À l’origine de cette décision, une abbesse de dix-sept ans, Angélique Arnauld, reconnue pour ses mœurs sévères et qui a entrepris de réformer la vie de Port-Royal.
Ladite journée du 25 septembre, célèbre dans les annales sous le nom de Journée du Guichet, est le premier pas de ce couvent vers un christianisme sobre et austère qui le conduira, vingt ans plus tard, à être un foyer important du jansénisme.
La doctrine janséniste, qui réfute le libre arbitre et admet la théorie de la prédestination, est condamnée en 1641 par Urbain VIII. Pourtant Port-Royal s’entête dans la voie du jansénisme et prend rapidement la tête du parti dévôt qui, mêlant religion et politique, s’oppose à Louis XIV.
Le couvent, qui tente ainsi de défier le pouvoir royal, est finalement détruit par ordre du roi en 1711.

Bara, martyr de la Révolution ?

Portrait imaginaire de Joseph Bara (1780-1793).
Portrait imaginaire de Joseph Bara (1780-1793).

Cela ne fait pas un mois que l’événement a eu lieu que déjà la Convention ne parle que de ça, trouvant en Robespierre son meilleur porte-parole. L’histoire veut en effet que, le 7 décembre 1793, la France ait perdu un de ses jeunes héros, un « parfait modèle pour exciter dans les jeunes cœurs l’amour de la gloire, de la Patrie et de la vertu », selon les propres mots de Robespierre. Cet hommage poignant, l’Incorruptible l’adresse à Joseph Bara, tombé près de Cholet sous les coups meurtriers des Chouans alors qu’il clamait : « Vive la République ! » Le jeune tambour avait à peine treize ans… Le courage de Bara, sa générosité –ne faisait-il pas parvenir toute sa solde à sa pauvre mère ?- lui vaudront même, sur les instances de Robespierre, les honneurs du Panthéon.Pour peu de temps cependant puisqu’on l’en retirera en 1795.

Si le corps de Bara ne demeura que peu de temps parmi les « Français admirables », sa légende, par contre, fera long feu. Car c’est bien une légende que l’histoire du tambour de la Révolution… qui n’était pas tambour, ne cria jamais Vive la République et n’envoya pas le moindre argent à sa mère, pour la bonne et simple raison qu’il ne percevait aucune solde. Un légende construite de toutes pièces autour d’un jeune mitron, homme à tout faire du régiment, et qui ne périt que parce qu’un groupe de Chouans voulait s’emparer des chevaux qu’il gardait. L’histoire, la vraie, sera rapportée à la Convention par le général Desmaret, dans l’espoir d’attendrir ses messieurs sur le sort de la mère du garçon, veuve et avec trois autres enfants à charge. Le nom même de Bara n’aurait jamais dû traverser les siècles, n’eut été le désir de l’Incorruptible de créer un héros à la mesure de son idéal révolutionnaire. Un héros pur –car très jeune-, courageux, incorruptible –comme lui- et profondément désintéressé. Bref, une icône, un martyr de la République sensé enflammer le cœur des modérés, affermir l’âme d’un peuple vacillant à l’heure où l’Europe entière menaçait le pays, où la Vendée se soulevait, où la disette et le chômage étaient le lot commun. A tous ces maux, Robespierre opposera un mythe construit de toutes pièces…

Le mystère La Ramée

Charles IX et Catherine de Médicis (d'après une gravure du XIXe siècle).
Charles IX et Catherine de Médicis (d’après une gravure du XIXe siècle).

Charles IX aurait-il eu un fils ? C’est du moins ce que prétend le jeune La Ramée qui, profitant des troubles toujours présents dans le royaume malgré le couronnement d’Henri IV, se rend à Reims pour s’y faire sacrer roi.
D’après le jeune homme, Catherine de Médicis l’aurait enlevé à sa naissance et l’aurait abandonné. Pourquoi ? Cela, La Ramée ne l’explique pas. Pourtant, quel intérêt aurait eu la reine mère ? Au contraire, il fallait un héritier à son fils, un héritier légitime, et Charles IX avait déjà un bâtard de Marie Touchet qui finit duc d’Angoulême alors, un de plus ou de moins ?
L’affaire fait grand bruit mais ne convainc personne : le 9 février 1596 La Ramée est pendu en place de Grève…

Sully, l’alter ego d’Henri

Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).
Maximilien de Béthune, duc de Sully (1559-1641).

On a tendance, en histoire comme ailleurs, à mettre une étiquette sur les personnages historiques, y compris et même surtout, les plus éminents. Homme sage et économe, ayant la rigidité du protestant : telle est l’image que l’on se fait de Sully. Ce n’est certes pas faux, mais c’est un peu rapide pour décrire l’un des hommes politiques majeurs du règne de Louis XIV.
Maximilien de Béthune né en 1560 à Rosny, près de Mantes. A l’âge de 11 ans, ce fils de famille protestante s’attache à Henri de Navarre, futur Henri IV. Il le suivra dans toutes ses guerres, se distinguant par ses talents d’ingénieur militaire. Un talent qui ferait presque oublier que Sully a été aussi un militaire de valeur, qui sera même blessé à la bataille d’Ivry en 1590. C’est lui, dit-on, qui poussa Henri IV à abjurer, ce que lui-même se refusera toujours à faire.
Devenu fort riche après son mariage, en 1584, avec Anne de Courtenay, il obtient, en 1598, la charge de surintendant des Finances. Dès ce moment, il s’attachera à remettre l’économie de la France en état ; une économie fort mal en point après des décennies de guerre interne. Pour ce faire, Sully -en fait il n’acquière le titre de duc de Sully qu’en 1606- va réduire les tailles, supprimer les charges inutiles, poursuivre tous les abus et toutes les prodigalités, donner la liberté aux exportations de blé et de vin, abolir nombre de péages, construire des routes, des ponts, le canal de Briare. Surtout, il va encourager formidablement l’agriculture qui peinait à se remettre des temps de guerre.
Devenu, en plus de sa charge de surintendant des Finances, grand maître de l’artillerie et des fortifications, puis gouverneur de la Bastille, surintendant des bâtiments et gouverneur de Poitou, Sully était sans nul doute, à la fin de la vie d’Henri IV, l’homme fort du régime. Un homme d’autant plus fort et d’autant plus fiable, qu’il était l’opposé et le complément indispensable au roi. Fidèle à sa religion quand Henri pouvait passé pour un renégat ; sage et prudent quand le roi se permettait tous les abus ; économe quand la cour engloutissait -déjà- des sommes folles : Sully était, en quelque sorte, la caution morale du roi. Une caution qui n’avait plus lieu d’être au jour de la mort d’Henri. Et, de fait, malgré sa nomination au conseil de régence, il est évident que la carrière du protestant s’arrêta au jour de la mort du roi.
Il se maintiendra pourtant encore six ans, six années pendant lesquelles son pouvoir et son influence ne cessèrent de décroitre, d’être mises à mal. Retiré en 1616 sur ses terres, Sully, dont la carrière avait pourtant été longue, devait encore jouer de son influence pour tenter de ramener ses coreligionnaires à plus d’obéissance vis-à-vis de Louis XIII. Une action qui lui vaudra le titre de maréchal de France en 1634. Mais cette dernière fidélité, au roi et à la France, sera entachée d’amertume pour le monde qui se profilait et qu’il décrira avec tristesse dans ses mémoires. Et c’est dans une certaine indifférence qu’il mourra en 1641. La France, alors, s’était dotée -et depuis de nombreuses années déjà- d’un nouvel homme fort : un certain Richelieu, qui mourra l’année suivante.

Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.