Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.
Le XIIe siècle fut la grande époque de la « romancerie » et les jongleurs, qui diffusaient ces romans, faisaient assaut de nouveauté, cherchant des sources de « gai sçavoir », où personne n’avait encore puisé. Ce fut pour répondre à la demande de leur public passionné que les trouvères de langue d’oïl mirent en rime et en prose les vieux « lais » bretons et augmentèrent le vaste domaine du roman français. De là, une longue série de romans « de Bretagne » ou de la Table ronde…
Les chevaliers de Flandres et de Franche-Comté avaient accueilli, de la bouche des jongleurs bretons ou dans les livres latins écrits sur la foi d’anciens récits, les traditions des Celtes et des rois fabuleux de Bretagne. C’était le roi Marc et son neveu Tristan, épris de la femme de son oncle, Iseult, sous la fatale influence d’un philtre invincible. C’était aussi Arthur, l’Hercule celtique, l’époux de la plus belle et de la plus inconstante des femmes, Guenièvre, et qui était entouré d’une cour de héros.
Les auteurs de romans bretons avaient fait d’Arthur le fondateur de la chevalerie, le créateur des tournois, en racontant que ce valeureux roi faisait asseoir à sa Table ronde les vingt-quatre -on dit parfois douze- meilleurs chevaliers de son royaume, qui formaient ainsi la cour plénière de la chevalerie. Arthur, en fait, est le symbole de la féodalité, le garant des valeurs chevaleresques et du système féodal où les chevaliers suivent leur propre route, tout en étant prêts à répondre, sur l’heure, à l’appel de leur souverain.
Modèle de chevalerie, dont il est l’expression la plus achevée et la plus parfaite, figurant parmi les Neuf Preux -les autres étant Hector, Alexandre, César, Josué, David, Juda Macchabée, Charlemagne et Godefroy de Bouillon- Arthur n’en oublie pas le « fine amor », c’est-à-dire l’amour courtois qui règne en maître dans le monde arthurien. Les dames y jouent un rôle prépondérant et la galanterie la plus raffinée est de mise, élevant les principes du « fine amor » à son paroxisme puisque l’amour courtois est nécessairement adultère, tout comme l’est l’amour entre Lancelot et Guenièvre, entre Tristan et Iseult. A moins que ce ne soit -et c’est là la très intéressante piste donnée par certains historiens- que l’expression d’une transgression, non pas maritale ou morale, mais entre un vassal et son seigneur. En clair, l’amour courtois ne serait jamais qu’une allégorie du jeu de pouvoir entre un seigneur et son homme-lige…

Saint Boniface : la mission de trop

Saint Boniface, d'après une gravure ancienne.
Saint Boniface, d’après une gravure ancienne.

Son nom de baptême ne vous dit sans doute rien : Wynfrid est pourtant un des saints les plus célèbres de l’époque carolingienne. Né en Angleterre, il devient moine et enseigne à Nurstling. Appelé à Rome par Grégoire II, il se vit attribué, en même temps que le nom de Boniface, la mission d’évangéliser la Germanie. Un territoire qu’il connaissait déjà, y ayant prêché en 716. La Bavière, la Thuringe, mais surtout la Hesse sont au centre de son travail apostolique. Boniface, devenu évêque en 722, poursuit son œuvre d’organisation ecclésiastique. Des évêchés, des monastères, dont celui de Fulda, sont créés à son initiative. Boniface accomplit une œuvre telle que Carloman le convainc de réformer également l’église franque. Les synodes se succèdent, en 743, 744 et 747, mais la résistance du clergé franc est telle qu’il se voit obliger de se cantonner à son évêché de Mayence. Un retrait de façade car Boniface est, sans conteste, un homme d’importance. Un homme si important que c’est vers lui que Pépin le Bref se tourne afin de valider -et de soutenir- sa prise de pouvoir.
L’œuvre de saint Boniface est immense si l’on y songe. Pourtant, sa boulimie d’apostolat ne connaissait pas de répit. A l’âge de 80 ans, il décide de se lancer dans une nouvelle mission : évangéliser la Frise. La première contrée qu’il avait tenté de convertir en quittant l’Angleterre. Mais une fois encore, Boniface allait échouer. Une fois encore ou une fois de trop car c’est de sa vie qu’il allait payer son ardeur évangélique. Massacré par les païens, il verra ses reliques rapatrier à Fulda.

Les douze travaux d’Hercule

La légende d’Hercule, le plus célèbre des héros grecs, est fortement rattachée à Héra, l’épouse de Zeus, et, d’ailleurs, le nom grec d’Hercule, Héraclès, signifie « gloire d’Héra ».
Ayant besoin d’un héros mortel pour combattre les géants, Zeus se fit passer pour le roi de Thèbes, séduisit la reine Alcmène et engendra Hercule. Héra, comme toujours terriblement jalouse et vindicative vis-à-vis des multiples bâtards de Zeus, allait poursuivre Hercule de sa haine… au point de le rendre fou.
C’est au cours d’une crise de folie provoquée par la déesse qu’Hercule, déjà célèbre dans toute la Grèce pour ses exploits et sa force prodigieuse, tua sa femme et ses trois fils. Afin d’expier ce crime abominable, les dieux le contraignirent à accomplir douze travaux. Ainsi, Hercule tua le lion de Némée, à main nue et armé seulement d’une massue, puis l’Hydre de Lerne, un serpent à neuf têtes consacré à Héra. Il captura ensuite la biche de Cérynie, le sanglier d’Érymanthe, qui ravageait l’Arcadie, nettoya les écuries d’Augias en détournant le cours de deux fleuves et abattit les oiseaux de Stymphales, qui tuaient les hommes grâce à leurs plumes dont les extrémités étaient constituées de griffes de fer. En Crète, Hercule captura le taureau consacré à Poséidon puis il se rendit en Thrace où il dompta les juments mangeuses d’hommes de Diomède en les nourrissant de la chaire de leur maître. Les quatre derniers travaux d’Hercule furent bien différents et surtout moins sanglants : il prit la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones, s’empara des troupeaux de Geyron, un roi à trois têtes, ramena les pommes du jardin des Hespérides et se rendit aux enfers où il s’empara de Cerbère qu’il conduisit durant quelques instants à la surface de la terre.
Une fois les douze travaux accomplis, Hercule se vit pardonner son crime et même gagna l’immortalité. Il est le seul héros grec à y être parvenu…

Les juifs, un « peuple maudit »

Un juif au XIVe siècle, d'après une iconographie du Moyen Âge.
Un juif au XIVe siècle, d’après une iconographie du Moyen Âge.

On a longtemps accusé l’Église d’être à l’origine de certains massacres que subirent les juifs au Moyen Âge ou même de leur expulsion de certains pays. Pourtant, contrairement aux idées reçues, l’Église sera une des rares institutions à les protéger et même à les recueillir, comme le prouve l’importante communauté juive résidant dans le Comtat venaissin, c’est-à-dire dans les anciens États du pape. De la même façon, ce serait une grossière erreur que de penser que les juifs furent maltraités tout au long du Moyen Âge : il y eut un « âge d’or » des juifs en Occident, notamment au sud de l’Europe, jusqu’à la première croisade. Il est aussi évident qu’il a existé, durant tout le Moyen Âge, époque où le spirituel se mêlait étroitement au temporel, un fossé infranchissable entre juifs et chrétiens, du fait même de la nature de ces deux religions. Cela n’empêchera pas les intellectuelschrétiens de s’intéresser fortement à la religion et à la civilisation juives.
En 1095, le pape Urbain II prêche la première croisade. Et avant même que les barons se mettent en route, Pierre l’Ermite et Gautier Sans Avoir, son compagnon, entraînent à leur suite une foule exaltée, prête à délivrer, armée de quelques faux et de bâtons, le tombeau du Christ. C’est cette foule, entourée de quelques aventuriers bien plus attirés par les richesses de l’Orient que par la délivrance de Jérusalem, qui s’en prendra aux communautés juives. Cologne, Trêves, Spire connaîtront de terribles massacres auxquels la postérité va donner le nom -sinistre- de pogroms. Pourquoi, soudainement, la populace s’en prend-elle aux juifs ? Et quelle est, avant les premiers pogroms, la situation des communautés juives dans l’Occident chrétien ?
L’Âge d’or des juifs
Installées en Occident depuis le IIe siècle, les communautés juives jouissent d’une relative tranquillité durant tout le premier millénaire. Elles s’occupent du commerce avec l’Orient et importe la soie ou l’encens, bref nombre de matières indispensables à la liturgie catholique. Elles sont, bien entendu, soumises à la législation du pays ou de la cité dans lesquels elles résident ainsi qu’à quelques mesures apparues lors de conciles provinciaux ou généraux.

La milice juive chez le rabbin (iconographie du Moyen Âge).
La milice juive chez le rabbin (iconographie du Moyen Âge).

C’est dans l’Espagne wisigothique qu’apparaissent les premières -mais légères- mesures restrictives à l’encontre des juifs, mesures reprises et accentuées par Gratien au XIe siècle. Ainsi, les mariages mixtes, entre chrétiens et juifs, étaient interdits. Si, par hasard, il se faisait, le juif -ou la juive- devrait se convertir et les enfants du couple seraient élevés au couvent -saint Thomas d’Aquin ira plus tard à l’encontre de cette mesure reprise au concile de Latran IV en conseillant de laisser les enfants au couple. Il était aussi interdit de prendre des repas avec les juifs, de se faire soigner par eux ou de prendre des bains avec eux. On n’avait pas le droit non plus d’avoir une nourrice juive, par peur qu’elle ne donne à l’enfant un lait contaminé, c’est-à-dire qu’elle en fasse un petit juif. Certaines communautés juives appliquaient d’ailleurs la même mesure, interdisant à leurs ouailles d’avoir des nourrices chrétiennes. Si, malgré tout, ils en engageaient, ces dernières ne devaient pas approcher l’enfant durant les trois jours suivant Pâques, seul jour de l’année où la communion est obligatoire, de peur que l’hostie ne transmette la foi chrétienne à l’enfant…
Comme on le voit ici, la méfiance n’était pas à sens unique, loin de là. De la même façon, on a longtemps reproché aux chrétiens d’avoir forcé les juifs à vivre en ghetto. En effet, les communautés juives se regroupaient généralement en un même quartier ou une même rue et on parlait volontiers de « juiveries ». Mais faut-il voir là une ghettoïsation forcée ? De même qu’il y avait le quartier des orfèvres, celui des bouchers ou celui des enlumineurs, il y avait le quartier des juifs. L’exemple de la communauté de Spire, en Rhénanie, qui sera fortement touchée par les pogroms de 1096, donne une vision plus claire de la situation.
La charte de Rüdiger
En 1084, Rüdiger, évêque de Spire, invite les juifs à s’installer dans la cité rhénane « pour augmenter mille fois l’honneur de notre ville ». Et il leur laisse un quartier séparé « pour qu’ils ne soient pas importunés par la foule ». Situé sur une rive du Rhin, ce qui devait favoriser grandement le commerce, le quartier juif est entouré d’un mur et comprend un cimetière et une synagogue, où doit se juger toute plainte entre eux ou contre eux. Les juifs ont aussi leur propre police de quartier, le droit d’engager des serviteurs chrétiens et de vendre de la viande casher aux non-juifs. Bref, ils ont alors une multitude d’avantages qui seront confirmés par l’empereur de Germanie en 1090.
À cette situation idyllique, il convient cependant de mettre un léger bémol. En effet si, comme on l’a précisé, le quartier juif est entouré d’un mur, c’est bien qu’il existe déjà des tensions avec les chrétiens…
D’autres évêques ou des souverains feront aussi venir des juifs mais pas toujours pour des motifs aussi nobles que celui « d’augmenter mille fois l’honneur » d’une ville. La plupart y verront un excellent placement, les juifs étant taxés plus lourdement que les chrétiens, parce qu’en état de « servitude perpétuelle » : tel est le prix de leur « péché d’infidélité à Dieu ».
Le temps du christocentrisme

La crucifixion, d'après une représentation du XIXe siècle.
La crucifixion, d’après une représentation du XIXe siècle.

Après le premier millénaire, le christianisme évolue doucement vers le christocentrisme. Certes, le Père est toujours présent, mais les chrétiens du Moyen Âge ont désormais une vision de la religion plus axée sur la personne même du Christ. Or, le Christ a bien été condamné puis crucifié par les juifs, plus précisément par le Sanhédrin, ce qui ne peut qu’accentuer l’inimitié entre les deux religions.
Cette évolution se ressent aussi dans l’iconographie. En effet, c’est à cette époque qu’apparaît le fameux nez juif. Parallèlement, sur les représentations religieuses, le Christ, la Vierge et les apôtres sont de plus en plus blonds, de plus en plus Européens, alors que les juifs sont bruns et basanés. Les Français vont même plus loin en supposant que les juifs possèdent un embryon de queue animale, privilège qu’ils partagent d’ailleurs avec les Anglais…
En regardant le Christ des douleurs, comment ne pas en vouloir au peuple qui lui a fait subir de tels outrages ? Comment pardonner à ceux qui l’ont flagellé, couronné d’épines et qui refusent, encore et toujours, de reconnaître leur erreur ? Il n’est donc pas étonnant que l’on conseille aux juifs, quand on ne les y oblige pas, à rester chez eux pendant la Semaine sainte. Durant ces quelques jours et alors que le peuple revit, par la liturgie, la Passion du Christ, les sentiments sont exacerbés au point que la prudence la plus élémentaire pousse les juifs à faire profil bas et à se barricader dans leur quartier.
Le juif et l’argent
Une autre des raisons de l’inimitié grandissante entre les juifs et les chrétiens est, bien sûr, l’argent.
Depuis la promulgation, en 438, du Code théodosien, les juifs n’ont pas le droit de posséder de terre, sauf en Champagne et en Provence, régions où ils bénéficient d’un droit particulier. Ils ne peuvent donc pas s’adonner aux activités agricoles et se consacrent aux activités tertiaires comme la vente, la médecine et… l’usure. Or, au Moyen Âge, l’usure est interdite par le droit canonique, droit auquel les juifs ne sont, de fait, pas soumis. Eux seuls -du moins au début, les Lombards et les Cahorsiens les rejoindront plus tard- ont donc la possibilité de pratiquer cette activité. Et qui peut bien aimer celui à qui il doit de l’argent ? Voilà l’image du juif usurier -et donc doublement détesté- instaurée pour des siècles !
Tout ceci fait partie de la lente évolution des mentalités médiévales qui va conduire aux pogroms de 1096, marquant le début du long calvaire des populations juives en Europe.
Vers la fin du monde

Des juifs martyrisant un enfant (iconographie du Moyen Âge).
Des juifs martyrisant un enfant (iconographie du Moyen Âge).

En 1096, on l’a dit, « l’ost » du  Seigneur fait route vers Jérusalem avec le désir de délivrer le tombeau du Christ. Mais, à la fin du XIe siècle et jusqu’au XIVe siècle, le peuple est constamment dans une sorte d’attente eschatologique. L’an Mil est passé, le monde est encore là, mais sûrement plus pour longtemps. Or, pour que la parousie arrive enfin, il est dit dans l’Apocalypse que toutes les nations doivent être converties, juifs compris. Ne dit-on pas aussi que l’antéchrist viendra de chez eux ?
Bref, en 1096, tout est réuni pour conduire aux premiers pogroms. Dès lors, au moindre malheur, les juifs seront la cible priviliégiée du peuple et on les accusera volontiers de toutes sortes de crimes. En 1144, à Norwich, on raconte que les juifs ont tué un enfant ; même chose à Blois, dont quatre pour cent de la population est juive, en 1153 puis en 1171, où trente juifs seront brûlés ; puis en Allemagne, en 1235, et à nouveau en Angleterre, en 1255. Et quand ce ne sont pas des enfants qui sont tués par les juifs, ce sont des hosties qui sont profanées : en 1290, à Paris, c’est l’épisode du miracle des Billettes. Un usurier juif, ne pouvant se faire payer, réclame à la femme qui lui doit de l’argent une hostie consacrée. L’ayant obtenue, il la lacère, ce qui entraîne un premier miracle puisqu’une goutte de sang s’en échappe. Puis il met l’hostie à bouillir. C’est alors qu’elle s’échappe et tombe dans l’assiette d’une brave chrétienne qui l’apporte aux autorités. Le juif sera tué, sa maison rasée et la rue baptisée rue du Dieu Bouilli…
Les XIIe et XIIIe siècles sont jalonnés de ces rumeurs et de ces réactions populaires conduisant à des tueries.
Face à ces accusations, les autorités civiles restent relativement passives, soufflant le chaud et le froid et maintenant les communautés juives dans un perpétuel climat d’insécurité, ce qui favorise une taxation toujours plus lourde. Peu leur importe la mort de quelques juifs, du moment qu’ils continuent à payer leur dû. Et puis, ils sont bien utiles : ce sont chez eux que l’on trouve les meilleurs médecins et ils sont intelligents. Surtout, quel est le souverain occidental qui ne leur emprunte pas d’argent ? Justement, c’est de là que viendra le problème : les rois leur doivent de l’argent. Et le meilleur moyen pour se débarrasser d’une dette est bien sûr de se séparer du créancier !
Pour cela et aussi parce que le peuple le réclame haut et fort, l’Angleterre expulse définitivement les juifs de son royaume en 1290. Ce sera le tour de la France en 1306, sous Philippe le Bel, puis de manière définitive sous Charles VI en 1394. De telles mesures étaient extrêmement populaires : non seulement les rois annulaient ainsi leur dette mais aussi celle de toute personne ayant emprunté à un usurier juif !
Il ne restait plus alors aux communautés juives qu’à trouver refuge chez d’autres souverains ou auprès du pape.
« Ne les tuez point afin que mon peuple n’oublie pas ! »
L’attitude de l’Église catholique face aux juifs sera, en général, celle de la tolérance -une attitude qui souffre des exceptions, il est vrai.
Au yeux de l’Église, les juifs sont les représentants de l’ancienne Alliance, le Peuple élu qui a en commun avec les chrétiens la croyance en Dieu et la Bible. Leur seul tort est de ne pas croire en l’Incarnation et tous les moyens sont alors bons pour leur ouvrir les yeux.

Saint Bernard de Clairvaux appelant à la croisade.
Saint Bernard de Clairvaux appelant à la croisade.

C’est là une des principales préoccupations de l’Église au Moyen Âge au même titre que la lutte contre les hérésies. C’est d’ailleurs pourquoi elle imposera aux rabbins d’accueillir régulièrement des prédicateurs dans leurs synagogues et organisera, jusqu’en 1150, des débats publics entre juifs et chrétiens, des sortes de joutes oratoires. Dans le même état d’esprit et afin de mieux connaître ceux qu’il désire convertir, Pierre le Vénérable, au XIIe siècle, fait traduire le Talmud. Rares seront les personnalités qui, comme Raymond Lulle, décrètent que les juifs et les musulmans, s’ils ont été vertueux, pourront entrer au Paradis. Raymond Lulle a sans doute oublié le précepte disant : « Hors de l’Église, point de salut ! »
Malgré les mesures particulières prises lors du concile de Latran IV (1215) qui impose notamment le port de la rouelle ou d’un habit distinctif, l’Église se pose donc en protectrice des juifs et s’oppose formellement aux massacres qu’ils subissent.
L’Écriture elle-même ne le dit-elle pas clairement en deux occasions ?
-Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.
-Ne les tuez point afin que mon peuple n’oublie pas.
(Ps. 58, 12).
Saint Bernard, lors de la deuxième croisade, fustige les actions anti-juives et les papes Innocent IV, en 1247, et Grégoire X, en 1272, éditent deux bulles réfutant les calomnies contre les juifs accusés de meurtres rituels. Ils entrent même dans la logique juive puisqu’ils précisent que, selon la loi juive, il est interdit de consommer du sang…
Quand, finalement, les juifs seront expulsés d’Angleterre, de France ou d’autres pays d’Europe et à l’heure où le Moyen Âge s’achemine vers sa fin, c’est dans les États pontificaux qu’ils trouveront refuge : le Comtat venaissin, en France, ainsi que l’Italie où l’influence de la papauté est alors prépondérante.

Saint Basile : du monastère à la défense de la Foi

Vision de saint Basile tuant Julien l'Apostat.
Vision de saint Basile tuant Julien l’Apostat.

C’est à Césarée de Cappadoce, dans une riche famille chrétienne, que naît, vers 330, Basile. Ce fils d’un célèbre rhéteur, il sera étudiant à Constantinople puis à Athènes où il devait rencontrer saint Grégoire de Naziance mais aussi Julien l’Apostat, dont il sera le condisciple. Ce n’est qu’après son retour en Cappadoce, où il exerçait aussi la fonction de rhéteur, que Basile décida de se faire baptiser et de quitter le monde. Deux années durant, il parcourut les routes qui le conduisaient auprès des moines d’Egypte, de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie, manifestement en quête d’un style de vie, d’une règle à s’appliquer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fit dès son retour en Cappadoce (359). Là, avec quelques amis, il se débarrassa de tout ses biens et se retira dans un de ses domaines, l’Annesi situé aux bords de l’Iris, qu’il transforma en monastère. Ses Grandes règles (359-362) et ses Petites règles (365-370) expose clairement sa conception de la vie monacale. Une vie familiale, humaine, restreinte à un nombre réduit et qui allait bientôt séduire tout l’Orient.
Tiré de sa solitude par l’évêque de Césarée en 362, Basile devient prêtre cette même année et se voit chargé par l’évêque de toute l’administration du diocèse. Un diocèse dont Basile allait devenir évêque à son tour en 370.
Dans sa charge, il allait mener une intense activité de prédicateur, que l’on retrouve dans les Homélies sur les psaumes ou les Homélies sur l’Hexaméron ; logiquement, il allait également réorganiser la vie monacale du diocèse et fonder, à côté du monastère qu’il avait créé, une vaste résidence comprenant des écoles, un orphelinat, une léproserie.
Mais c’est dans sa défense de l’orthodoxie contre l’arianisme -qui niait la divinité du Christ, seconde personne de la Trinité- que Basile devait se distinguer, notamment en s’opposant à l’empereur Valens. Ses oeuvres, essentielles dans la compréhension de cette période de l’histoire de l’Eglise et dans l’argumentation qui suivra, sont généralement considérées également comme des oeuvres littéraires et font de saint Basile le plus classique des Pères de l’Eglise.

Je vous salue, Marie

La Vierge à l’enfant de Hesselin par Simon Vouet (musée du Louvre).

Jamais la piété n’a revêtu de formes aussi variées qu’au Moyen Âge et le culte de la sainte Vierge, particulièrement honorée dans les religions catholique et orthodoxe, en est un des aspects les plus importants. Il ne s’agit pas ici de raconter la vie de Marie, ni même de dénombrer les sanctuaires qui lui sont consacrés ou les prières qui lui étaient adressées, mais plutôt de comprendre l’évolution de la piété mariale au fil des siècles et particulièrement du XIIe au XVe siècle, période qui verra une grande évolution des mentalités et donc de la religion.
Jusqu’au XIIe siècle, la Vierge joue un rôle relativement effacé, aussi bien dans l’iconographie que dans la liturgie. Certes, on glorifie la Vierge dans l’Alma Redemptoris Mater, composé en 1054 par Hermann Conract ; certes, Marie est présente dans les fresques byzantines ou les sculptures, mais c’est un culte de la Vierge grave, solennel. Rien n’illustre mieux ce culte que la Vierge de type byzantin : assise dans une pose hiératique, elle tient l’Enfant Jésus sur ses genoux, faisant ainsi office de trône. Theotokos, c’est-à-dire mère de Dieu, elle est associée au Christ comme instrument de la Rédemption et pas autrement. Et c’est sur un ton encore grave et scolastique, marqué par les siècles précédents, que des auteurs tels qu’Honorius d’Autun, qui écrit le Speculum Ecclesiae au début du XIIe siècle, évoquent la Vierge.
« J’ai été blessée d’amour »

Sceau de saint Bernard de Clairvaux (1090-1153).

Au XIIe siècle, la vie religieuse va connaître un bouleversement total. Des ordres nouveaux apparaissent, imprégnés par l’idéal de retour à la vie évangélique. Saint Norbert de Xanten fonde ainsi l’ordre des prémontrés puis saint Bernard de Clairvaux réforme celui des cisterciens. Et justement, prémontrés et cisterciens ont une très grande dévotion envers la Vierge, dévotion inconnue jusque-là chez les bénédictins. Saint Norbert donne à ses prémontrés un vêtement blanc, en l’honneur de Marie et, dans l’ordre cistercien, tous les monastères lui sont consacrés. On peut même lire sur la façade de Cîteaux cette inscription :
Salut, sainte Mère, c’est sous tes ordres que combattent les moines de Cîteaux.
On retrouve également dans les pays de langue germanique des abbayes cisterciennes aux noms curieusement semblables : Mariengarten (le jardin de Marie), Marienburg (la forteresse de Marie), Marienkroon (la couronne de Marie).
La dévotion mariale se fait alors plus tendre, plus passionnée aussi, allant parfois jusqu’à devenir poésie. Saint Bernard, figure de proue de l’ordre, écrit avec élan :
C’est elle qui eût pu dire : « J’ai été blessée d’amour », car la flèche de l’amour du Christ la transverbéra et ne laissa pas dans son cœur virginal un atome sans amour.
Ailleurs, il s’exclame encore :
Tout en elle était digne d’admiration. Son corps était aussi beau que son âme et c’est cette radieuse beauté qui attira sur elle les regards de l’Éternel.
Tout est dit ! La Vierge n’est plus seulement le trône de la Rédemption, elle est toute pureté, tout amour. Elle est la femme, la créature parfaite. Cette suavité que l’on sent déjà chez saint Bernard éclatera, triomphera même au XIIIe siècle dans toute la catholicité. Déjà, saint Bernard a su communiquer son amour de la Vierge à tout son ordre. Et l’influence des cisterciens sera telle, au XIIe siècle, que bientôt l’Église entière s’associera à cet amour marial et fera une place de plus en plus grande au culte de Marie. Cette ferveur grandissante est particulièrement perceptible dans l’art religieux de l’époque.
Cependant si la Vierge Marie est effectivement de plus en plus honorée dans l’art religieux du XIIe siècle, elle est toujours associée à son Fils. L’Adoration des Mages apparaît sur tous les frontons du Midi, d’Auvergne et de Bourgogne. La Dormition de la Vierge, son Couronnement aussi sont des thèmes issus de l’iconographie orientale mais qui se développent en Europe avec l’art gothique. Et il faut attendre la fin du XIIe siècle pour voir la première représentation de la Vierge seule, sans son Fils, mise en scène dans le célèbre Miracle de Théophile.
Mère de miséricorde

Illustration du Miracle de Théophile.

Au XIIIe siècle, la sainte Vierge est donc un personnage à part entière, une médiatrice entre Dieu et le genre humain et le secours des malheureux. C’est ce thème qui est développé dans les récits des miracles de la Vierge.
Ce genre littéraire, qui est un des plus répandus de la littérature médiévale européenne, n’est pas nouveau. Dès le XIe siècle, de nombreux écrits en latin rapportent ces miracles -le plus ancien remonte même à Grégoire de Tours, auteur du De Gloria Martyrum. Mais le genre se développe surtout au XIIIe siècle avec les Miracles de Notre-Dame (1218) de Gautier de Coincy, le Speculum historiale (1244) de Vincent de Beauvais et surtout le Miracle de Théophile, retranscrit par Rutebeuf vers 1260.
Le Miracle de Théophile est alors le plus représenté des miracles de la Vierge et aussi le plus populaire, sans doute parce qu’il illustre parfaitement l’amour miséricordieux de la Vierge pour les hommes, ses frères.
L’histoire est celle de Théophile, le vidame de l’évêque d’Adana, en Cilicie. Pieux et vertueux, Théophile est désigné pour succéder à l’évêque récemment décédé mais il refuse et un autre est désigné à sa place. C’est alors que le démon, ne désespérant pas de perdre un homme si saint, lui fait bientôt désirer ce qu’il avait jadis refusé. Théophile va donc trouver un savant juif, expert dans l’art de la magie et s’engage à donner son âme au diable en échange du pouvoir et des honneurs. Le pacte est rédigé en bonne et due forme et, de ce jour, tout réussit au vidame qui supplante bientôt l’évêque dans la faveur populaire… Honneurs et présents pleuvent, jusqu’à ce que Théophile, rongé par le remords, se réfugie une nuit au pied d’une statue de la Vierge. Il prie si longuement qu’il finit par s’endormir. Dans son rêve, Marie lui apparaît dans une éblouissante clarté et lui rend le parchemin qu’elle a elle-même arraché au démon. À son réveil, Théophile constate que le rêve n’en était pas un : il tient le fameux document dans sa main !
La couronne de roses de Notre-Dame
Cependant la littérature n’est pas la seule à se prendre d’amour pour la sainte Vierge. Prenant exemple sur la tradition cistercienne, on consacre presque systématiquement les églises principales des villes et surtout les cathédrales à la Vierge. À tel point d’ailleurs, qu’on finit par supprimer la qualification de cathédrale pour les nommer « Notre-Dame », comme à Paris ou à Chartres.
La récitation du rosaire se généralise également. Le nom, fort poétique, vient des petits chapeaux (ou chapelets) de roses dont on coiffait les statues de la sainte Vierge les jours de fêtes. Au XIIIe siècle, c’est sous ce nom que l’on désigne la récitation de cent cinquante Ave (Je vous salue, Marie), rythmés par les méditations sur les mystères joyeux, douloureux ainsi que glorieux, empruntés au Psautier de la Vierge. Bien que déjà présente au siècle précédent, la récitation du rosaire s’étend bientôt à tous les milieux, notamment grâce à la large promotion que l’ordre dominicain fait à cette pratique.
Si le XIIIe siècle voit l’apogée du culte marial, son triomphe, c’est un culte joyeux, confiant envers Marie la « toute belle », comme le spécifie le Regina Cælorum. Au XIVe siècle, par contre, c’est à la Vierge des Sept Douleurs que l’on rendra hommage.
« Un glaive de douleur transpercera votre cœur »

La Pieta de Michel Ange.

Le XIVe siècle, en Europe, va être une ère de bouleversements, de guerres et de famines. La peste se propage, des fléaux sans nombre font naître une angoisse nouvelle au cœur de l’homme du Moyen Âge, qui se penche soudain avec compassion sur la Passion du Christ.  
Le Christ glorieux a cédé la place à l’Homme des douleurs : on dénombre les plaies du Christ, on compte ses pas sur la route du Golgotha, on s’attache à comprendre le désarroi du Sauveur à Gethsémani, désarroi qui est comme l’écho de celui que ressent la société du XIVe siècle. Et à ces souffrances, on associe bien sûr sa mère…
Le culte de la Vierge des Douleurs se propage : elle apparaît au pied de la croix, contemplant son fils crucifié, on la représente recueillant le corps meurtri du Sauveur. Les Pietàs, si humaines, si peu surnaturelles, ornent désormais les églises. Dans le visage marqué de la sainte Vierge, on peut lire l’accomplissement de la prophétie de Siméon le jour de la présentation de Jésus au Temple :
-Un glaive de douleur transpercera votre cœur, avait-il dit à Marie.
Désormais, l’émotion douloureuse éclipse la vision sereine de la Vierge à l’Enfant. Cette douleur, cette compassion, sans disparaître totalement, vont pourtant être éclairées, au siècle suivant, par quelques notes joyeuses.
« Je vous salue, Marie »
Après le sombre XIVe siècle, la liturgie, comme la piété populaire, semble vouloir retrouver la gaieté qui caractérisait le culte marial au XIIIe siècle. La Vierge est mère avant tout et c’est donnant le sein ou souriant à son Fils qu’elle apparaît maintenant le plus souvent. La part belle est faite aux mystères joyeux, notamment à l’Annonciation.
Cœur du culte marial, l’Annonciation rassemble tous les mystères de la Rédemption : Marie devient, par ce mystère, mère de Dieu, instrument de la Rédemption et donc corédemptrice. C’est donc vers cette jeune mère que se tournent les chrétiens : le Christ l’ayant tant aimée, elle doit bien avoir gardé quelque emprise sur lui. On égraine avec toujours plus de ferveur le rosaire, multipliant les Je vous salue, Marie à l’infini ; des foules de pèlerins cheminent volontiers jusqu’à Lorette, où elle est apparue, et vers les petits sanctuaires cantonaux ; sainte Jeanne de France fonde également l’ordre de l’Annonciade…
Mais, dans sa mission de médiatrice et d’assistante, Marie n’est pas seule. On prie sainte Anne, la grand-mère du Christ, à qui certains attribuent parfois les mêmes prérogatives qu’à sa fille, ainsi que saint Joachim. Par extension, toute la sainte Parenté est bientôt l’objet d’un culte fervent et saint Joseph, resté dans l’ombre durant des siècles, va connaître la gloire grâce à une abondante hagiographie.
À la fin du XVe siècle, la chrétienté toute entière voit dans la Vierge la mère de Dieu mais aussi et surtout celle des hommes. Et c’est sous ce vocable de médiatrice du genre humain qu’elle est désormais honorée.

A l’aube du protestantisme : genèse d’une hérésie

Détail du Chevalier de la Mort par Albrecht Dürer.
Détail du Chevalier de la Mort par Albrecht Dürer.

Le protestantisme est certes officiellement né avec Martin Luther, mais Jean Hus, John Wycliff –pour ne citer qu’eux- témoignent du malaise déjà présent depuis plusieurs dizaines d’années dans le monde chrétien occidental. Ils témoignent également de la latence de l’hérésie, latence qui explique qu’elle se soit si aisément propagée à travers toute l’Europe. Alors quel était ce malaise, ce terreau si favorable ? Quel était-il si ce n’est la peur, de plus en plus intense de la mort. Certes, cette peur n’explique pas tout, mais elle contribue fortement à l’explication.
L’évolution de l’art funéraire suffirait presque seul à nous convaincre : alors que la mort était vue comme un passage, somme toute heureux et serein, au haut Moyen Âge, elle se charge au fil des siècles d’une véritable angoisse. Les guerres, la terrible peste qui avait bouleversée l’Europe au XIVe siècle accentueront le phénomène au moins autant que l’humanisation de la mort. De fait, plus els siècles avancent, plus l’homme se regarde ; plus il contemple le Christ souffrant, plus il se voit souffrir… et plus il est terrorisé par sa propre mort. Les Danses macabres illustrent admirablement cette évolution. Le protestantisme, qui est une concentration de l’homme vers l’hommes, va dans le sens de cette évolution au moins autant, si ce n’est plus, que les erreurs –réelles- de l’Eglise des XVe et XVIe siècles.

Pie XII : « Après beaucoup de prières et de larmes »

Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).
Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).

On a eu beau jeu, durant des années, de critiquer le fameux silence de Pie XII. La consultation des archives du Vatican apporte cependant un éclairage nouveau -plus objectif sans doute- sur l’action de l’Église, et plus précisément de son chef, durant la Seconde Guerre mondiale. Certes, des représentants de la communauté juive avaient déjà manifesté leur gratitude envers Pie XII mais sans qu’on tienne vraiment compte de leur témoignage. Ainsi, Eugenio Zolli, grand rabbin de Rome pendant la guerre plus tard converti au catholicisme, écrivait :
Le judaïsme a une grande dette de reconnaissance envers Sa Sainteté Pie XII pour ses appels pressants et répétés, formulés en sa faveur.
Plus tard, Pinchas Lapide, ancien consul d’Israël en Italie, déclarera :
L’Église catholique sauva davantage de vies juives pendant la guerre que toutes les autres églises, institutions religieuses et organisations de sauvetage réunies. Le Saint-Siège, les nonces et l’Église catholique toute entière sauvèrent quelques quatre cent mille juifs d’une mort certaine.
De fait, et bien que le Saint-Père, alors qu’il n’était encore que monseigneur Pacelli, ait signé le concordat entre Rome et le régime du Reich, Pie XII a non seulement condamné avec violence la politique nazie mais il a œuvré, en sous-main, pour sauver les hommes. Il déclarait, dans un document publié en 1954 :
Après beaucoup de prières et de larmes, je réalise qu’une condamnation venant de moi non seulement échouerait à aider les juifs, mais qu’elle pourrait faire empirer leur situation (…). Une protestation officielle m’aurait sans doute fait gagner les louanges et le respect du monde civilisé, mais elle aurait fait subir aux pauvres juifs une persécution encore pire qu’avant.
Une rectification historique qui ne rencontrera peut-être que peu d’écho, nous en sommes conscients, à une heure où le prêt-à-penser fait des ravages, notamment dans les milieux historiques, et alors que nous voyons des artistes comme des politiques réécrire l’histoire au gré de leurs convictions…

Monophysisme : la rupture orientale

Le baptême du Christ.
Le baptême du Christ.

Toutes les hérésies -et il faut reconnaître qu’elles furent nombreuses aux premiers siècles de l’Eglise- ne toucheront pas l’Orient et l’Occident uniformément. La différence vient d’abord du lieu où la polémique s’est fait jour et, surtout, de la situation dans laquelle se trouvait alors soit l’Orient, soit l’Occident.
C’est au Ve siècle, alors que l’Occident est en butte aux invasions germaniques, alors que l’empire s’effondre, que naît l’hérésie monophysiste. Et, bien entendu, c’est en Orient qu’elle se développe. Initialement soutenue par l’école d’Alexandrie, le monophysisme semblait devoir triomphé, notamment après ce qui deviendra le "brigandage d’Ephèse" (449), où les défenseurs de l’orthodoxie subiront certaines violences. Surtout, l’empereur byzantin, Théodose II devait apporter son soutien à l’hérésie. Une hérésie qui n’en sera vraiment une qu’après le concile de Chalcédoine (451) où la double nature du Christ, totalement homme et totalement Dieu, sera réaffirmé. La cause aurait pu être entendue. Elle ne le sera pas. Les monophysistes dénoncèrent le concile de Chalcédoine, déposeront et assassineront le patriarche d’Alexandrie Proterius, l’évêque d’Antioche Pierre le Foulon et installeront, en lieu et place de Proterius Timothé Ælure.
De fait, cette hérésie, qui aurait pu ne secouer que les instances ecclésiales, va déchirer tout l’Orient, entraînant dans cette querelle les empereurs byzantins. Au final, c’est le monde chrétien dans son ensemble qui sera touché, le schisme d’Acace, patriarche de Constantinople, inaugurant la première rupture entre l’Eglise d’Orient et l’Eglise d’Occident, entre Rome et Byzance. Sans compter que ce conflit allait affaiblir durablement la chrétienté, entraînant les empereurs dans des querelles de dogmes mais également de palais, alors qu’au VIIe siècle naissait une nouvelle religion, une religion conquérante qui aurait tout loisir de déferler sur l’Orient et l’Occident affaiblis : l’islam.

La saga de Thésée

Avant d’être un héros grec, Thésée est un héros athénien qui allait faire de la cité une des plus prospères de l’Attique. Fils caché du roi athénien Égée et de la princesse Aethra, Thésée vint à Athènes sur le conseil de sa mère afin de se faire reconnaître par son père et d’hériter du trône. En chemin, Thésée prouva sa vocation héroïque en tuant une truite monstrueuse, un fils d’Héphaïstos, le dieu de la forge et du feu, et en s’emparant du trône d’Éleusis. Arrivé à Athènes, Thésée se fit reconnaître par Égée en arborant une épée que ce dernier avait laissée à Aethra. Devenu l’héritier déclaré du vieux souverain, il décida de faire cesser la coutume qui voulait que, chaque année, Athènes livre sept jeunes garçons et sept jeunes vierges à Minos, roi de Crète, afin qu’ils soient livrés en pâture au terrible Minotaure, être monstrueux mi-homme mi-taureau qu’avait engendré Pasiphaé, l’épouse de Minos.
Arrivé en Crète, Thésée, sur l’inspiration d’Aphrodite, séduisit Ariane, la plus jeune des filles de Minos. Il se trouve qu’Ariane était aussi belle qu’intelligente : elle donna à Thésée une épée et une pelote de fil dont le bout serait attaché à l’entrée, afin qu’il puisse ressortir du labyrinthe qu’avait construit Dédale. Thésée tua donc le Minotaure et put ressortir en tenant le précieux fil de la belle Ariane, qu’il avait promis d’épouser. Mais, alors qu’il repartait pour Athènes avec la jeune fille, Thésée, on ne sait pourquoi, l’abandonna sur une île… où elle fut bientôt consolée par Dionysos lui-même. Mais Thésée devait payer cher cette lâcheté : alors qu’il approchait de sa ville, il oublia de changer la voile du navire afin de signaler à son père qu’il avait survécu. Croyant son fils mort, Égée se jeta dans la mer qui porte désormais son nom.
Égée mort, Thésée devint le nouveau roi d’Athènes et, durant tout son règne, il tâcha de consolider l’influence de la ville et même d’unifier toutes les villes d’Attique. Son statut de héros ne lui laissait cependant pas de répit. C’est ainsi qu’il eut à combattre les Amazones et qu’il captura leur reine, Hippolyte, qui devait lui donner un fils, appelé également Hippolyte. La reine des Amazones morte, Thésée décida de se remarier… avec Phèdre, la propre sœur d’Ariane. Plus tard, Phèdre se prit de passion pour Hippolyte, son beau-fils, qui la repoussa. Humiliée, elle se suicida… après avoir accusé Hippolyte d’avoir tenté de la violer. Fou de rage, Thésée exila son fils qui se tua en tombant d’une falaise avec son char.
Privé de femme et de descendance, Thésée résolut d’enlever Hélène, fille de Zeus et de Léda… qui était alors âgée de douze ans ! Mais Hélène avait également deux frères, Castor et Pollux, connus sous le nom de Dioscures, qui triomphèrent des Athéniens et exilèrent Thésée.
Thésée se réfugia à Scyros où sa carrière de héros s’acheva misérablement : effrayé par la réputation de Thésée, le roi de l’île le poussa du haut d’une falaise. Durant des années, les os blanchis du héros grec devaient rester aux pieds de la falaise, jusqu’à ce que les Athéniens daignent se souvenir de celui qui fut leur plus grand roi…