Mythologie grecque : la part du réel

Une des neuf muses, inspiratrices des arts.
Une des neuf muses, inspiratrices des arts.

Les légendes, les mythes, sont faits pour que les hommes en tirent un enseignement ; La Fontaine l’a bien compris, lui qui concluait toujours ses Fables par une maxime ou une « leçon de morale ». De la même façon, les mythes grecs ont, pendant des siècles, illustrés quels devaient être les rapports entre les hommes ou entre les dieux et les hommes. Mais ce qu’il y a de réellement fascinant dans les mythes grecs c’est cette façon qu’on eut les conteurs et les auteurs grecs de toujours « raccrocher » leurs héros à des personnages mythiques déjà existant, créant ainsi, sur des siècles de récits, de véritables arbres généalogiques. Ainsi, l’Antigone de Sophocle ne sort-elle pas directement de l’imagination de l’auteur : elle a déjà un passé, son père et sa mère également et tout ce qui lui arrive dans la pièce de Sophocle n’est en réalité que la conséquence de ce passé lointain… En fait, ces mythes sont si ancrés dans la mémoire collective des Grecs anciens que les personnages qui en sont les héros sont connus de tous.
Un autre aspect contradictoire de la mythologie grecque est sans doute la violence de ses histoires et de ses héros, même les plus admirés, comme Achille. Car, si Hercule tue ses enfants dans un mouvement de folie, Achille, l’invincible combattant, le demi-dieu, n’est animé que par la vengeance… ce qui, justement, fera de lui un héros.

Sainte Catherine de Sienne, la petite épouse du Christ

Représentation du
Représentation du "mariage" de sainte Catherine de Sienne.

Fille d’un modeste teinturier père de vingt enfants, Catherine de Sienne a des visions mystiques dès l’âge de sept ans. Entrée chez les tertiaires dominicains, elle devait vouer son existence à la mortification. Surtout, elle acquit très rapidement une solide réputation de mystique. Se considérant comme une épouse du Christ -ce dont elle aurait eu une vision-, elle sera profondément touchée par la situation de l’Eglise, embarquée dans le Grand Schisme. Epouse du Christ, comme l’est l’Eglise catholique selon les canons, Catherine ne pouvait qu’être bouleversée par les déchirements que vivait l’Eglise durant ces années-là. De fait, l’Eglise était alors divisée et, fuyant Rome, le pape s’était réfugié à Avignon. Accompagnée de son confesseur, Catherine n’aura de cesse de rencontrer Grégoire XI et de le convaincre de rentrer dans la cité sainte. En vain. Deux ans plus tard, le Grand Schisme éclata pleinement et l’Eglise se dota alors de deux souverains pontifes -il y en aura même trois au début du XVe siècle. Un livre de dialogue et près de quatre cents lettres confirment l’implication de Catherine de Sienne dans cette affaire.
Une implication et des prières qui ne suffiront pas à rétablir la sérénité dans l’Eglise. Malgré tout, sainte Catherine de Sienne reste la petite épouse du Christ, celle qui s’était vue donner une alliance par Jésus et qui aura tout fait pour réconcilier la "grande épouse", l’Eglise.

Proclamation de l’édit de Nantes

Cinq ans après sa conversion au catholicisme, le « bon roi » Henri IV, soucieux de mettre fin à l’agitation persistante des huguenots, signe l’édit de Nantes, le 13 avril 1598, l’un des actes majeurs d’un règne fertile en bienfaits pour le royaume. Par cet édit, le roi accorde aux protestants des concessions considérables. Au point de vue religieux, liberté de conscience dans tout le royaume et liberté du culte là où les protestants sont majoritaires, restitution des anciens temples et autorisation d’en bâtir de nouveaux.
Sur le plan politique, amnistie générale et égalité civile avec les catholiques et accès à tous les emplois dans l’ensemble du royaume. Enfin, les protestants se voient accorder des garanties territoriales dans une centaine de villes dont La Rochelle, Saumur, Montauban et Montpellier. Pendant près d’un siècle, l’édit de Nantes permettra à la France de connaître la paix religieuse. Sa révocation, en 1685, par Louis XIV, constitue l’un des plus grands désastres de l’histoire du royaume. Plus de 200 000 protestants, parmi lesquels des officiers, des industriels, des commerçants, des artisans, des agriculteurs, quittent le pays et émigrent notamment en Hollande et en Prusse. La révocation de l’édit de Nantes, écrira Michelet qui, pour une fois, ne se trompait pas, a appauvri la France et enrichi ses ennemis.

Dionysos, le fils d’Indra

Dionysos, d'après une fresque antique.
Dionysos, d’après une fresque antique.

De prime bord, aucune divinité olympienne ne paraît plus futile que Dionysos, dieu du vin, de l’agriculture, des arts et du désir brutal. Traînant à sa suite un cortège de satyres, de silènes, de nymphes et de ménades déchaînés et ivres, il est vrai qu’il ne fait pas bien sérieux. Cette vision simpliste ne s’accorde qu’assez mal cependant au véritable culte dionysiaque pas plus d’ailleurs qu’à la personnalité complexe de ce dieu. L’origine de ce dieu itinérant est elle-même étonnante.
Selon Hérodote, Dionysos est le plus récent des dieux de l’Olympe. Il n’y fait d’ailleurs que de courts séjours, préférant parcourir le monde, incognito. C’est ainsi qu’il est fait prisonnier par le roi de Thrace, Lycurgue, qui sera frappé de folie. Un sort que connaîtront également les pirates qui le captureront au large de l’île de Naxos. L’errance de cette divinité explique peut-être son influence géographique : son culte est célébré en Grèce, bien sûr, mais également en Asie mineure ou en Egypte où on le compare au divin Osiris. Mais le culte de Dionysos a sans doute une origine plus lointaine, dans le temps et dans l’espace. Est-il issu du panthéon asiatique, comme le suggère le bonnet phrygien dont on l’affuble volontiers ? Ou faut-il lui chercher une origine encore plus lointaine ? C’est en tout cas l’option prise par certains spécialistes qui veulent voir dans ce dieu une résurgence ou un héritage d’un culte arien –c’est-à-dire indien. L’idée est loin d’être extravagante et la multitude de points commun entre Dionysos et la divinité védique Soma abonde dans ce sens.
La mythologie grecque rapporte que Dionysos serait le fruit des amours de Zeus et d’une princesse grecque, Sémélé. Chaque jour, le dieu des dieux honorait son amante sous une apparence différente. Tragiquement inspirée par l’épouse jalouse de Zeus, Héra, Sémélé allait se laisser gagner par la curiosité et, dans un moment d’inconscience, demanda à son amant de lui apparaître dans toute sa splendeur. Sachant que cet acte serait fatal à la pauvre Sémélé, Zeus accepta cependant de céder à son désir et, dans une ultime étreinte, se révéla à elle. Sémélé se consuma littéralement d’émotion et Zeus n’eut d’autre consolation que de retirer l’enfant à naître du corps en feu de sa belle. Désireux de cacher le fruit de ses amours interdits à la vindicte d’Héra, Zeus cacha alors son fils à naître dans sa cuisse où Dionysos acheva tranquillement sa gestation. Dionysos avait beau être né « de la cuisse de Jupiter », sa naissance, quelques mois plus tard, ralluma la haine d’Héra à son égard. La terrible épouse de Zeus chargea les Titans d’éliminer tout simplement le demi-dieu et, pour se faire, ils ne devaient pas faire dans la dentelle : s’emparant du jeune dieu, ces divinités primitives le découpèrent, le démembrèrent et se lancèrent dans une sorte de grand barbecue. Le pauvre Dionysos n’allait devoir sa résurrection qu’à l’intervention de Rhéa, mère de Zeus -et d’Héra d’ailleurs- qui récupéra les membres éparses de sa progéniture pour le recoudre. Dionysos, qui était né deux fois –sorti uen fois du ventre de sa mère et une seconde fois de la cuisse de son père- était également mort et ressuscité, d’où son appartenance au monde des Enfers.
Le "deux fois né"

Le dieu Indra, d'après une céramique indienne.
Le dieu Indra, d’après une céramique indienne.

L’épisode des Titans et de Rhéa fait immédiatement penser à Osiris, dieu de l’Egypte et qui, comme Dionysos, sera démembré, recousu et ressuscité, grâce aux bons soins de son épouse, Isis. Pourtant, c’est avec la divinité védique Soma que les points communs sont les plus frappants et les plus nombreux.
Personnification divine d’une boisson alcoolisée utilisée lors des rites cultuels, Soma serait né de la cuisse d’Indra et, selon une légende indienne, il serait issu du manthanam, c’est-à-dire du feu divin. Tiré des flammes sacrificielles, Soma aurait été porté au ciel grâce aux invocations des prêtres. Une double naissance qui vaut à Soma d’être désigné comme «  deux fois né » ou comme « né sous deux formes », or, une des signification du nom Dionysos est effectivement « né deux fois ». Comme le dieu grec, on l’a vu, Soma échappe également au feu divin dont il est par ailleurs issu. Enfin, comme Dionysos qui est le dieu du vin, Soma est associé à une boisson alcoolisée.
Tant de similitudes devaient, évidemment, conduire à une association. On sait, on constate que les religions indo-européennes ont un socle commun, une origine commune. Il n’y aurait donc rien de bien étonnant à ce qu’un dieu grec et une divinité arienne, indienne aient les mêmes attributs, la même histoire. Par contre, ce qui frappe c’est que ces mythologies soient si semblables, qu’elles aient traversé, l’une et l’autre, le temps et l’espace, sans grand dommage. C’est notamment ce qui  fait de Dionysos une divinité si passionnante.

Aux origines de la guerre de Troie

Hélène et Paris, d'après un vase grec.
Hélène et Paris, d’après un vase grec.

Les origines de la guerre de Troie, événement mettant en scène essentiellement des hommes, remontent à… une affaire de femmes.
Alors que les dieux célébraient en grande pompe le mariage de Thétis avec le mortel Pelée, la Discorde, Éris, surgit au beau milieu de la fête. Comme toutes les divinités, elle était porteuse d’un cadeau de prix : une magnifique pomme d’or, qui devait revenir… à la plus belle des déesses. Pour Éris, c’était un coup de maître, car, aussitôt, trois déesses se mettent en lice, sûre que la pomme doit leur revenir : il s’agit d’Athéna, d’Héra et d’Aphrodite. Certes, les trois déesses sont très belles, mais quel est le dieu qui osera désigner l’une plutôt que l’autre, au risque de s’attirer les foudres -le mot n’est pas trop fort- des deux autres ? Évidemment, les dieux sont loin d’être fous et préfèrent laisser ce genre de « cadeaux empoisonnés » aux autres, en l’occurrence les hommes…
C’est à un beau jeune homme, Pâris, fils du roi Priam, que va revenir l’honneur de choisir parmi les trois déesses. Après bien des hésitations, Pâris désigne enfin Aphrodite, qui lui a tout bonnement promis l’amour de la plus belle des femmes, Hélène de Sparte. Qu’Hélène soit déjà mariée importe peu pour Aphrodite, toute heureuse de voir confirmer ce dont elle-même ne doutait pas un seul instant : qu’elle était la plus belle !
Pâris, qui, pour un prince n’a décidément aucune notion de diplomatie, s’embarque donc pour Sparte, où Ménélas l’accueille à bras ouverts, le comblant d’attentions et de présents. Entre princes, cela va de soi ! Mais, le jour où Ménélas est appelé hors de Sparte pour raisons familiales, il charge son épouse de s’acquitter, à sa place, de son rôle d’hôte parfait. Hélène et Pâris sont désormais seuls et le jeune Troyen n’a plus qu’à laisser agir le charme que lui a octroyé Aphrodite : Hélène succombe et, abandonnant tout, mari et enfants, s’embarque pour Troie. Non seulement Pâris a volé la femme d’un prince -et pas n’importe lequel, un Atride- mais il a surtout bafoué les lois de l’hospitalité, si importantes en Orient… Un tel outrage demandait réparation : ce sera la guerre de Troie.

Le « marteau des sorcières »

Une sorcière, d'après une gravure du XVIe siècle.
Une sorcière, d’après une gravure du XVIe siècle.

Dire que les sorcières ont fait l’objet d’une véritable chasse semble être un euphémisme. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui associent volontiers cette chasse à un rejet des femmes, de la condition féminine elle-même. Une chasse qui n’est évidemment menée que par une Eglise médiévale -et donc par définition obscurantiste- et misogyne. Outre le fait que l’Eglise a toujours été l’inverse d’une communauté misogyne -la légende de la reconnaissance tardive de l’existence de l’âme féminine n’étant justement qu’une légende-, ce n’est pas au Moyen Âge que va se jouer, pour les sorcières, la période la plus sanglante de l’histoire de la sorcellerie mais au XVIe siècle. Certes la sorcellerie avait été fortement condamnée ; elle avait été dénoncée par les théologiens et les inquisiteurs. Mais les condamnations faisaient alors figure d’exception et, parce que la sorcellerie avait fini par être associée à l’hérésie -sous l’impulsion de Conrad de Marbourg-, les peines étaient avant tout d’ordre spirituel. En réalité, c’est au paganisme qu’elle devrait être associée ; un paganisme qui est à l’origine des sorcières et de la pratique de la sorcellerie.
Qu’il s’agisse du monde greco-romain ou du monde celte et germanique, on sait que la magie était une activité reconnue. La bonne "magie", qui consistait en une observation de la nature et en une union avec cette nature est un héritage direct des religions primitives de ces peuples ; des religions naturelles, dans lesquelles la terre et ses trésors fait office de divinité primordiale. Une magie qui engendrait une connaissance approfondie des phénomènes naturels et qui allait entraîner un dévoiement de cette connaissance pour des fins nettement moins avouables : le commerce de potions, assassines ou abortives, vont dès lors distinguer la bonne magie de la sorcellerie ou plutôt la bonne sorcellerie de celle qui sert à soumettre les autres, à retirer la vie. De fait, c’est ainsi que la sorcière "classique" apparaît ; c’est également pour cela qu’elle est condamnée.
La loi salique prévoit ainsi 2050 deniers d’amende à la sorcière qui sera convaincue d’avoir pratiquée un avortement ; le code wisigoth préfère les peines corporelles -fouet, tonte- mais tous condamnent. Et le temps sera loin d’améliorer les choses : plus il passe plus la sorcellerie paraît négative et, surtout, plus il y a association des pratiques magiques à caractère thérapeutique avec les envoûtements, la soumission des autres. Une volonté de soumission qui est aussi, à la même époque, assimilée au diable. Et c’est bien normal car qui, à part Satan, tente de soumettre l’homme à sa volonté, de la diriger et de le détourner à sa guise ? C’est ainsi que se jouera la diabolisation des sorcières ; dans une démarche somme toute naturelle qui est la même que celle des hérétiques, également dans la démarche de se détourner et de détourner de Dieu. D’où l’implication de l’Inquisition -dès lors qu’elle est mise en place bien sûr- et d’où la différence de traitement des sorcières et magiciennes. Car comme pour les hérétiques, les peines seront rarement physiques, encore plus mortelles, dès lors que l’Eglise va prendre les choses en main. Une différence de traitement qui n’était pas nouvelle d’ailleurs et que Léon VII, pape au Xe siècle, assume parfaitement lorsqu’il précise que "si la loi frappe de mort ses derniers [les magiciens], la justice ecclésiastique leur laisse la vie afin qu’ils fassent pénitence. Sept ans de pénitence pour cause d’enchantement, trois ans de jeûne pour celui ou celle qui cueille des herbes : voilà à quoi s’exposent les sorcières !

Détail d'un fameux Sabbat de sorcières.
Détail d’un fameux Sabbat de sorcières.

En réalité, il y a une réelle distinction de traitement entre la sorcellerie "naturelle", celle des charmes et des potions ; et la sorcellerie d’inspiration satanique, qui, elle, relève clairement des tribunaux ecclésiastiques. Mais qui dit satanique ne signifie pas obligatoirement bûcher. De fait, l’Eglise va se révéler étonnement clémente pour les " enchanteurs " affiliés à Satan… pour la bonne et simple raison qu’elle reconnaît l’absence d’engagement réelle des personnes en question, qu’elle reconnaît le phénomène des "doubles". Abondamment développé par Claude Lecouteux, spécialiste de la civilisation médiévale dans ses aspects les plus hétérodoxes, il apparaît que les plus grands théologiens de l’époque insistent sur l’illusion de l’alliance avec le diable. Une illusion qui est particulièrement mise en avant dans les descriptions de Sabbat de sorcières ; une illusion qui est fruit du travail du diable et qui fait de la sorcière ou du sorcier -bien que les femmes soient plus souvent évoquées- avant tout une victime.
Si dans cette sombre affaire la Moyen Age se révélera relativement clément, la fin du Moyen Age et la Renaissance vont se faire nettement plus agressives. Les pactes diaboliques, les envoûtements, les sabbats auraient-ils été plus nombreux ? Un parallèle entre la multiplication de ces affaires et le désespoir de plus en plus grand des peuples -la grande peste marque généralement un tournant dans la perception de la mort et du religieux lui-même- est-il incongru ? L’apparition de l’ésotérisme, de la nécromancie, de l’alchimie datent de cette même période et vont de paire avec le phénomène magique et avec l’accentuation de son caractère satanique. Fini le temps de la magie simple et humaine ; voici le temps de la magie noire et de son cortège de phénomènes infernaux. Désormais, la magie est quasiment un acte de rébellion ouverte contre Dieu, contre l’Eglise aussi, d’où la multiplication des écrits religieux sur ce phénomène, d’où peut-être aussi la fin de la clémence ecclésiale. De fait, les fameux bûchers datent bien de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, époque où ils atteindront une ampleur inégalée…

Mithra, le « dieu invaincu »

Mithra tuant le taureau, entouré de ses deux porteurs de torches, Cautès et Cautopatès.
Mithra tuant le taureau, entouré de ses deux porteurs de torches, Cautès et Cautopatès.

«  Et les pas des légions avaient marché pour Lui. »
Ces mots de Charles Péguy sur les débuts du christianisme pourraient s’appliquer tout autant à l’expansion du culte de Mithra dans l’Empire romain. Et ce n’est qu’un de leurs nombreux points communs.
Vraisemblablement apparue au IIe siècle av. J.-C. en Perse, la dévotion envers Mithra fait partie de ces cultes orientaux où les mystères, les rites initiatiques et le fondement même de la croyance ne pouvaient que séduire un peuple romain lassé depuis longtemps du bien peu transcendant culte des ancêtres. En effet, contrairement à la religion romaine ou même au culte de Cybèle –qui eut pourtant ses adeptes dans l’Empire à la même époque-, le mithraéisme, comme le christianisme a pour but premier le salut des hommes.
La légende raconte que Mithra sorti des entrailles d’une roche –la petra generatrix-, coiffé d’un bonnet phrygien, armé d’une torche et d’un couteau qui allait lui permettre d’assujettir les forces du mal, personnifiées par un taureau. Allié à Sol, le dieu des quatre éléments –soleil, terre, air et eau-, il donna aux hommes le blé, le vin et tous les animaux nécessaires à leur survie.
On notera la présence du vin dans les dons faits aux hommes ; mais ce qui est encore plus surprenant, c’est les parallèles, déjà rapidement évoqués, avec la religion chrétienne. En effet, non seulement Mithra a vaincu les forces du mal, mais il promet aussi le salut à ses initiés et préconise la fraternité entre eux, sans distinction sociale. Autre élément étonnant, le banquet qui scella l’alliance du «  dieu invaincu » et du dieu Sol, banquet que les initiés au culte de Mithra reproduisaient en partageant du pain et du vin… Les auteurs chrétiens, qui avec l’archéologie sont nos seules sources de renseignements, évoquent également les sacrifices rituels, notamment le taurobole, durant lequel les initiés sont aspergés –certains disent immergés- dans du sang de taureau, ce qui n’est pas sans rappelé le baptême des chrétiens.
Le culte de Mithra, qui connaît son âge d’or au IIIe siècle, sera célébré dans tout l’Empire, notamment en Gaule, à Rome et dans les zones accueillant de fort contingents de militaires, comme le prouvent les nombreux vestiges de mitraea, les lieux de culte. Il bénéficiera également de la protection de quelques empereurs, adeptes des religions hiérarchisées, et sera même adopté par Commode.
Pourtant, rapidement, cette religion va disparaître. A cela deux raisons, sans doute complémentaires : la montée en puissance du christianisme et l’exclusion des femmes du cercle des initiés. Or on sait trop bien le rôle essentiel des femmes dans le domaine religieux. Une influence dont l’Eglise chrétienne naissante, martyrisée saura profiter.

Eusèbe de Césarée aux sources du christianisme

Portrait d'Eusèbe de Césarée (265-340).
Portrait d’Eusèbe de Césarée (265-340).

Ce prélat grec, né en Palestine vers 270, tient un rôle essentiel dans la compréhension de l’histoire du christianisme, pour la bonne et simple raison qu’il en est l’initiateur. Entre 310 et 324, il rédige l’Histoire ecclésiastique, ouvrage dans lequel il retrace l’histoire du christianisme des origines jusqu’en 323. Erudit universel, il écrira également une Chronique ou Histoire universelle, basée sur la Bible et les écrits des historiens de chaque peuple, des travaux de géographie biblique, des traités exégétiques, apologétiques et théologiques… des matières qui étaient loin d’être son point fort.
En effet, autant Eusèbe est un historien et un compilateur admirable, autant du point de vu théologique il va se révéler assez faible. De fait, ce disciple d’Origène va monter de vives sympathies pour l’arianisme au point même de participer au concile de Tyr qui, en 335, condamnera à l’exil (le premier de 5) saint Athanase, évêque d’Alexandrie et opposant farouche d’Arius.
Enfin, le patriarche de Césarée (il avait été nommé à ce poste en 313) va se révéler fin politique et même habile courtisan : favori de Constantin durant des années, il sera l’auteur d’une Vie de l’empereur.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.
L’an Mil est une époque troublée où la fin prochaine du monde semble préoccuper les catholiques plus que la religion elle-même ; c’est aussi à cette époque que l’Occident chrétien connaît la fin des invasions, celles des Normands, des musulmans ou bien des Hongrois, qui ont succèdé aux terribles envahisseurs germaniques.
Cependant, à la fin du XIe siècle, les invasions changent de sens : c’est au tour des Occidentaux de chercher fortune sur les marges et en dehors de la chrétienté.
Le pèlerinage en Terre sainte connaît un regain de ferveur, mais on raconte aussi en Occident que les musulmans redoublent de cruauté à l’égard des pèlerins et détruisent les sanctuaires. C’est de cette effervescence que naît l’idée de la croisade. En novembre 1095, à Clermont, Urbain II prêche la première croisade, qui aboutit le 15 juillet 1099, à la prise de Jérusalem. Des pèlerins, provenant de régions où la démographie est galopante et la pauvreté omniprésente, s’établissent en Orient et fondent le Royaume latin de Jérusalem qui retombera presque entièrement aux mains des sarrasins dès 1192. Les croisades se succèdent jusqu’au XIIIe siècle, incapables cependant de rétablir l’ancien royaume chrétien.
La chevalerie occidentale qui défilera « outre-mer » perdra économiquement et démographiquement beaucoup ; mais c’est l’Église qui y a le plus perdu. En institutionnalisant la croisade, en accordant indulgences ainsi qu’impôts spéciaux, en créant des ordres militaires qui, après avoir été incapables de conserver la Terre sainte, se replient sur l’Occident, elle a fait naître plus de déceptions et de colères qu’elle n’a nourri d’espoirs.
Un catholicisme en mouvement

Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux

L’esprit de croisade allait de paire avec un temps de réforme dans l’Église, réforme dont l’impulsion vient également de la papauté et qui conduit à un renouveau spirituel et monastique.
Ce mouvement religieux du XIe et du début du XIIe siècle se veut d’abord un retour à la vie primitive de l’Église, à la vie des apôtres. Trois directions s’imposent alors dans cette recherche de spiritualité rénovée : la pauvreté, mise en avant par saint Pierre Damien, Norbert de Xanten et ses prémontrés et, bien sûr, saint Bernard de Clairvaux et les cisterciens ; le renouveau de la vie érémitique ; et enfin le retour à la vie commune. Ces deux points peuvent paraître contradictoires, mais le fait est que nombre d’ermites se trouvaient entourés d’émules, formant ainsi une communauté d’ermites.
C’est aux alentours de 1100 que naissent les ordres monastiques qui devaient donner à cette renaissance spirituelle et religieuse du XIIe siècle ses traits les plus remarquables.
L’ordre de Grandmont, fondé en 1074 par Étienne de Muret, trouve la solution économique et sociale du nouveau monachisme en règlementant la vie des frères convers, appelés également « frères lais », assurant l’exploitation matérielle comme l’administration de l’ordre. Mais la grande réussite du XIIe siècle est celle de Cîteaux, fondé en 1098, près de Dijon, par Robert de Molesme, qui désirait un retour à la stricte observance de la règle établie par saint Benoît.
L’ordre de Cîteaux connaîtra un essor irrésistible avec saint Bernard, qui va fonder quatre couvents féminins (La Ferté, Cîteaux, Pontigny et Morimond) et, en 1115, le monastère masculin de Clairvaux. Et à la fin du siècle, on compte pas moins de cinq cent trente abbayes cisterciennes et l’ordre donnera à l’Église quatorze cardinaux et soixante-quinze évêques dans le seul XIIe siècle…
Ce qui caractérise ces ordres, c’est l’austérité : simplicité du vêtement et de la nourriture, pratiques ascétiques, respect du silence et recours au travail manuel faisaient le quotidien de ces moines et de ces religieuses.
Rapidement cependant, une certaine dégénérescence apparaîtra. Il n’en reste pas moins que ces ordres nouveaux ont produit une magnifique floraison spirituelle, qui se traduit dans l’art par l’épanouissement du roman et par la naissance, à la fin du XIIe siècle, de l’art gothique.
Une multitude d’hérésies

Un cathare au bûcher
Un cathare au bûcher

Certes, le XIIe siècle est en général considéré comme un siècle de splendeur religieuse, mais le revers de la médaille apparaît dès le XIIIe siècle.
En effet, les vrais révolutionnaires de l’époque sont les hérétiques qui semblent se « réveiller », avec un ensemble parfait, tout au long du siècle.
Certaines hérésies, souvent nées de déviations des tendances réformatrices dans l’Église elle-même, ont été sans grande conséquence, comme l’hérésie pétrobrusienne, avec Pierre de Bruys, dans le Sud-Ouest, Henri de Lausanne, en Provence, ou encore le mouvement d’Arnaud de Brescia, en Lombardie et à Rome. Même l’hérésie vaudoise, dite des « pauvres de Lyon », en 1170, n’aura pas une ampleur phénoménale. L’hérésie qui va ébranler l’Occident chrétien, par son ampleur comme par la réaction de l’Église, est l’hérésie cathare.
Issue d’une autre hérésie, celle des Bogomiles, et sans doute également du manichéisme que l’on trouvait en Orient aux premiers siècles, l’hérésie cathare se répand dans une large partie de la chrétienté -Sud-Ouest, Flandre, Lombardie, Rhénanie puis centre de l’Italie- et met en péril, non seulement l’Église, mais le catholicisme et la société féodale tout entière. L’église cathare se pose en contre-Église, en adversaire et même en remplaçante de l’Église catholique.
La doctrine cathare est dualiste : le monde du Bien, celui du spirituel, de l’âme, de la prière, a son Dieu du Bien. Le monde du Mal, dont le Diable est le maître, est celui des ténèbres, du corps, de la chaire et de la matière : notre monde… La peur de la mort n’existe pas et les cathares ne croient pas que l’on puisse « gagner » son Ciel : ceux qui doivent être sauvés ont été désignés par Dieu dès leur naissance et ce sont, bien entendu, les cathares eux-mêmes…
Un autre mouvement, issu du cœur même de l’Église donnera toute son ampleur au début du XIIIe siècle : le millénarisme, dont la préoccupation première est la fin du monde. Toutes les hérésies du Moyen Âge vont être marquées par le millénarisme.
L’Église contre-attaque

Saint François d'Assise enseignant aux oiseaux
Saint François d’Assise enseignant aux oiseaux

Les cathares en étaient rapidement arrivés à avoir leur église propre et se réunissaient même en concile, comme celui de Caraman. Face à cela, il fallait une contre-attaque : c’est saint Dominique de Guzman qui en donnera l’impulsion.
Les hérésies sont en partie venues d’un rejet de l’Église telle qu’elle apparaissait à cette époque. Le clergé ne satisfait plus les fidèles, pas plus que les moines qu’ils trouvent trop riches, trop ignorants.
Saint Dominique crée donc un ordre mendiant qui doit vivre pauvrement, parcourant les routes en prêchant. La prédication est le premier principe des dominicains et c’est contre l’hérésie cathare que le saint fondateur entame sa « carrière » de prêcheur. Mais pour réussir à combattre les hérésies, saint Dominique se rend également compte qu’il faut une solide culture religieuse et ce sera une des caractéristiques des dominicains de tous temps.
Les dominicains remportent tout de suite un immense succès et s’étendent rapidement dans toute l’Europe, allant deux par deux en prêchant et fondant des couvents masculins et féminins qui s’établissent en province.
À la même époque que l’ordre des dominicains, apparaît en Italie un autre ordre mendiant : celui des franciscains. Originaire d’Ombrie, saint François d’Assise, le fondateur de l’ordre, naît vers 1181 dans un milieu marchand. Après avoir combattu contre l’empereur, il se convertit et abandonne le milieu familial afin de soigner les lépreux. Rapidement, son style de vie attire de nombreux disciples et il fonde un ordre basé sur la pauvreté :
Le royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, purifiez les lépreux… Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture.
Ces paroles de saint Matthieu, saint François les applique à la lettre et c’est une pauvreté absolue qu’il prêche avec l’accord de la papauté dès 1209. Loin de s’isoler du monde, il prône l’apostolat jusque chez les musulmans, qu’il tente lui-même de convertir vers les années 1219-1220.
Ayant reçu la grâce des stigmates en 1224, saint François meurt en 1226, laissant un ordre en pleine expansion.
Latran IV réglemente la vie de l’Église
Face aux hérésies, la création de nouveaux ordres ne suffisait pas et l’Église décide, elle aussi, de réagir en convoquant, en 1215, le fameux concile de Latran IV.
Latran IV est l’un des conciles les plus importants du Moyen Âge : non seulement il réglemente le régime de ségrégation des juifs, lance une autre croisade et condamne les écrits millénaristes de Joachim de Flore ainsi que de nombreuses hérésies, mais il codifie également certains points de la vie chrétienne. Ainsi, le mariage devient un sacrement indissoluble, ce qui, étonnamment n’était pas encore le cas.
On peut s’étonner que l’Église n’ait pas éprouvé la nécessité de définir clairement les liens du mariage avant 1215. Une des réponses possibles, et même probables, est que la papauté voulait ainsi réagir contre le catharisme, qui niait les liens du mariage et qui refusait son but, la procréation.
Latran IV est donc véritablement une contre-attaque de l’Église face à la prolifération des hérésies des XIIe et XIIIe siècles.
Mais ce n’est qu’un des aspects de la réaction de l’Église. Éclairée par Innocent III, servie par saint Dominique et saint François, l’Église officielle s’est mise, après 1215, à parler le langage que le peuple espérait. Et les principaux artisans de ce renouveau sont les ordres mendiants qui allient l’apostolat et la contemplation : par leur vocation, ils prouvent que l’idéal évangélique n’est pas incompatible avec l’obéissance à Rome. La réforme de la chrétienté n’est, dès lors, plus un rêve, mais une réalité. Le temps est loin où Innocent III voyait sa cathédrale vaciller dans ses pires cauchemars : l’Église, puissante et rayonnante, domine l’Europe.
Une Église à trois têtes

Les armes de Clément VII, pape d'Avignon, d'après son livre de prières
Les armes de Clément VII, pape d’Avignon, d’après son livre de prières

Pourtant, le temps de la splendeur ne sera que de courte durée. Au XIVe siècle, ce ne sont pas les hérésies qui font trembler l’Église, c’est l’Église elle-même qui se déchire.
Après presque soixante-dix années passées en Avignon, la papauté regagne la ville de Rome en 1377. Et Rome est à peine revenu dans Rome que l’ordre normal des choses est à nouveau rompu.
Grégoire XI meurt le 27 mars 1378, moins de quinze mois après son entrée dans la Ville éternelle. Choisir son successeur s’avère dès le début une tâche malaisée, le sacré collège étant fortement divisé (quatre Italiens, sept Français du Midi, quatre Français et un Espagnol, Pedro de Luna).
Rome est dans une agitation extrême et fait pression, dès la fermeture des portes du conclave, pour obtenir l’élection d’un pape romain ou tout au moins italien. Et c’est finalement dans un conclave envahi par le peuple romain ainsi que sous ses vociférations que les cardinaux élisent, le 8 avril 1378, l’archevêque Barthélemy Prignano, un Napolitain, qui devient Urbain VI.
Très vite la curie devait se repentir de ce choix, Urbain VI se révélant d’un caractère coléreux, irritable et frisant parfois la folie. Fuyant Rome, la curie se réfugie à Fondi où, ayant sommé Urbain VI de se démettre, elle déclare son élection sans valeur et porte au pouvoir Robert de Genève qui prend le nom de Clément VII.
La robe sans couture est déchirée… Encore maintenant, les historiens et les spécialistes restent dans l’incapacité de dire avec une absolue certitude si l’élection de Barthélemy Prignano était ou non valide.
Au cours des semaines qui suivent l’élection de son « concurrent », le pape Urbain VI vit des heures dramatiques : son palais se vide, les membres du sacré collège l’abandonnent ainsi que nombre de curialistes. Clément VII réunit des mercenaires et marche sur Rome, mais les clémentistes ayant été battus à deux reprises, Clément VII quitte l’Italie.
Le 20 Juin 1379, Avignon l’accueille. L’Église, pourvue de deux papes, a désormais deux capitales. Les deux papes se mettent alors en route pour une grande campagne de propagande et, bientôt, on voit la division de tout ce que l’Occident compte de forces spirituelles et ecclésiastiques : les ordres se dédoublent, comme le font les collèges. Des représentants des deux partis se disputent une même église, un même évêché. Les pouvoirs séculiers se déterminent pour des raisons politiques plus que théologiques. Finalement, l’Europe toute entière est coupée en deux : la France, faisant sienne la cause de Clément VII (un parent du roi) entraîne derrière elle ses alliés, l’Écosse et plus tard la Castille. L’Angleterre prend le contre-pied, imitée en cela par la Flandre, la Hongrie, la Pologne et les pays scandinaves. L’Aragon ne se prononcera qu’en 1390 et certains pays, comme le Portugal et le royaume de Naples, changeront plusieurs fois de camp. Même les futurs saints ne prennent pas tous le même parti : Catherine de Sienne ainsi que Catherine de Suède soutiennent Urbain VI, alors que Vincent Ferrier adhère à la cause clémentiste. Ainsi, durant les trente années que dure le Grand schisme d’Occident, l’Église prend l’aspect d’un monstre bicéphale.
Ni les armes, ni la voie de cession, prônée par l’Université de Paris dès 1398, n’aboutissant, les cardinaux des deux obédiences vont finalement reconnaître que seul le concile pourrait conduire à l’unité. Le 25 mars 1409 se réunit le concile de Pise, contre l’avis de Grégoire XII et de Benoît XIII, nouveau pape d’Avignon. Évêques, abbés et docteurs de l’Église viennent en grand nombre, mais cela ne mènera qu’à une situation pire encore : à son issue, l’Église se voit pourvue de trois papes, le dernier en date étant l’ancien archevêque de Milan, Alexandre V.
Il faut l’intervention de l’empereur Sigismond, pour qu’en 1414 se réunisse un nouveau concile, à Constance. Jean XXIII, successeur d’Alexandre V, se soumet puis est démis en mai 1415. Et le 4 juillet suivant, Grégoire XII abdique. Benoît XIII sera, quant à lui, inflexible et mourra, en 1423, réfugié dans la forteresse de Pegniscola, persuadé d’être le seul chef légitime de la chrétienté. Le concile l’avait déposé le 26 juillet 1417.
Ayant fait place nette, le concile élit, le 11 novembre 1417, un Romain, Odon Colonna, qui prend le nom de Martin V. Le Grand schisme est enfin terminé et l’Église semble sortir du gouffre. Cependant le Grand schisme a profondément amoindri le pouvoir de la papauté. Avant même la fin du schisme, on voit des hérésies naître d’un rejet total de l’autorité pontificale, comme celles de Wycliff et de Jan Hus qui, plus tard, inspireront un certain… Martin Luther.

Hadès, le dieu invisible

Statue du dieu des Enfers, Hadès.
Statue du dieu des Enfers, Hadès.

Alors qu’il y a tant à dire sur le royaume des morts, force est de constater que son maître, Hadès, paraît relativement insipide. Fils de Cronos et de Rhéa, frère de Zeus, il compte, logiquement, au nombre des Olympiens. Du moins le devrait-il. Pourtant, son statut de divinité olympienne est fortement discutée par les spécialistes. Il faut dire qu’Hadès n’apparaît que fort peu dans la mythologie grecque, qu’elle soit Homérique ou classique. Eschyle lui conteste même son rôle de juges des morts ! Pourtant, n’est-ce pas de son nom même que l’on désigne le plus souvent le monde des morts, l’Erèbe homérique ?
Maître d’un monde peuplé d’âmes errantes et à demi conscientes à l’époque homérique, Hadès devrait étendre son pouvoir au fur et mesure que les Enfers « s’éveillent », devenant le lieu des peines et des consolations. Pourtant il n’en est rien et plus les Enfers sont décrits, plus les auteurs anciens lui dénient le moindre rôle. Et qu’est-ce qu’un dieu des Enfers qui n’en est pas même le juge suprême ? Zeus, puis Rhadamante, Minos et Hermès, chez Platon, vont lui disputer ce rôle.
Fresque antique représentant Hadès et Perséphone accueillant une âme conduite par Hermès.
Fresque antique représentant Hadès et Perséphone accueillant une âme conduite par Hermès.

Pourquoi également, alors que les écrits sur les Enfers se multiplient, que les morts se font omniprésents dans la mythologie, Hadès est-il si peu visible ? A peine deux apparitions dans le monde des vivants et la visite de quelques héros, comme Thésée. De fait, Hadès est la divinité la moins présente de la mythologie olympienne. Associé pour l’éternité à Perséphone, son épouse, il fait bien pâle figure comparé à la déesse des Enfers ; tout juste si on lui accorde un culte à Eleusis –lieu par excellence du culte de Coré-Perséphone et de Déméter, sa mère. Comme si Hadès ne pouvait recevoir d’hommage qu’à travers ceux rendus à son épouse… Au final se pose sérieusement la question de savoir si Hadès est une divinité ayant donné son nom au lieu qu’elle est sensée dominer ou si ce n’est pas plutôt un lieu qui a été divinisé. Hadès serait alors une incarnation des Enfers, chargé d’accompagner Perséphone et non l’inverse. Comme elle, d’ailleurs, Hadès a une fonction positive : il est Plutôn, « Celui qui enrichit » et Eubouleus « le Bon conseiller », de la même façon que Perséphone est dispensatrice de richesses autant que déesse régnant sur les morts. Et dans le couple infernale, Perséphone est clairement associée à la Terre, cette terre qui est partie du cosmos, cette terre qui apporte la fécondité et la vie, cette terre, enfin, qui recueille les corps en un cycle parfait et naturel. De fait, Perséphone apparaît comme la seule vraie divinité des Enfers, ce qui expliquerait le peu de place accordée au frère de Zeus dans la mythologie. Hadès finit d’ailleurs par n’être qu’une divinité invisible, un état expliqué dans la mythologie grecque par le Kunéê, la casque qui rend invisible et que lui auraient offert les cyclopes avant le combat contre les Titans. Hadès, un dieu invisible parce qu’il ne serait jamais que l’incarnation tardive du monde dans lequel il vit, c’est-à-dire les Enfers.