La rage d’Odin

On connaît peu et mal la mythologie nordique notamment parce que, contrairement à ce qui s’est passé en Irlande, personne n’a pris la peine de mettre par écrits les sagas des héros et des dieux scandinaves… Personne, sauf un érudit islandais, Snorri Sturluson, qui s’y attelle au XIIIe siècle, alors que la Scandinavie est christianisée depuis de nombreuses années.
À l’image des Vikings eux-mêmes, les dieux scandinaves apparaissent alors tout en violence. C’est d’ailleurs dans un bain de sang que fut créé l’Univers.
La mythologie scandinave a ceci de particulier que toute l’histoire de ces dieux, depuis la fondation de l’univers, est tendue vers un seul but : leur propre fin, le fameux Crépuscule des dieux.
À l’origine des temps, n’existaient que deux entités : le monde du feu et celui de la glace. De leur union naquit Ymir, père de tous les géants, fruits de sa sueur. En même temps qu’Ymir, et on ne sait trop comment, apparue la vache Audhumla, dont les pis abreuvaient les géants. La vache, quant à elle, ne se sustentait qu’en léchant la glace et c’est ainsi qu’elle fit apparaître Buri. Ce dernier eut un fils, Bor, qui, en s’unissant à une géante, engendra trois fils : Odin, Vili et Vé. C’était le début de la race des dieux.
La création de l’univers
Odin et ses frères, une fois devenus grands, en eurent rapidement assez de la constante ingérence des géants, êtres cruels et rustres. Ils tuèrent donc Ymir et noyèrent toute sa précieuse progéniture dans son propre sang. Seul un couple de géants put s’enfuir et créa une nouvelle race de géants qui devait vivre au pays des glaces.
Odin et ses frères décidèrent ensuite de créer l’univers et, pour ce faire, ils utilisèrent… le corps même d’Ymir ! La chair du géant devint la terre, son sang donna les fleuves et les rivières, ses os les montagnes et ses dents les rochers. Puis, voyant une multitude de vers qui pullulaient dans la chair en décomposition, ils créèrent la race des nains, condamnée à vivre sous terre. Poursuivant leur projet, ils s’emparèrent du crâne d’Ymir et en firent la voûte céleste, soutenue par quatre nains qui portaient les noms des quatre points cardinaux. Pour finir, ils utilisèrent les cils et les sourcils du géant pour élever un rempart quasi infranchissable entre le monde des géants et leur propre monde, Asgard. Les dieux relièrent leur demeure aux huit autres mondes par un pont, nommé Bifrost, semblable à un arc-en-ciel.
Les dieux étaient seuls, cependant ils savaient déjà qu’il leur fallait se préparer au Ragnarök. Pour ce faire, ils avaient besoin de combattants : prenant deux troncs d’arbre, ils les sculptèrent et, soufflant dessus, leur donnèrent la vie, créant ainsi la race des hommes.
Les dieux créent les classes sociales
Une fois la disposition de l’univers réglée, la paix entre les Ases et les Vanes, les dieux les plus anciens, établie, Odin et ses pairs se préoccupèrent enfin des hommes. Et ce qu’ils virent ne leur plu absolument pas : le Midgard manquait très sérieusement d’ordre, aussi décidèrent-ils de réglementer tout cela. C’est Heimdall, le gardien du Bifrost, qui fut chargé de cette besogne.
Parvenu dans le monde des hommes, Heimdall aperçut tout d’abord une modeste chaumière dans laquelle vivait un vieux couple : Ai et Edda. Malgré leur indigence, le couple l’accueillit volontiers et cela pendant trois jours. Leur hospitalité était d’ailleurs telle qu’Edda lui proposa de partager sa couche ! Neuf mois plus tard, elle mettait au monde un fils, Thrall, qui, adulte devint un être laid, ayant le dos courbé et les mains calleuses. Thrall se maria avec une femme à son image et engendra une nombreuse descendance. Ainsi fut créée la caste des esclaves.
Heimdall, quant à lui, avait poursuivi sa route et rencontré un couple tout ce qu’il y a de bien, d’honorable. Ils le reçurent trois jours durant, lui offrirent de dormir en leur compagnie et, neuf mois après, la femme mit au monde un fils, Karl, qui allait devenir le père des hommes libres. Enfin, Heimdall acheva son périple chez un couple riche et oisif, vivant dans une magnifique demeure. Vater et Mutter, tels étaient leurs noms, l’accueillirent comme les autres et, une fois encore, Heimdall fit plus que prodiguer ses conseils. Le fils d’Heimdall et Mutter, en grandissant, se révéla être un jeune homme fort intelligent, beau, au regard perçant et possédant de façon innée l’art du commandement. C’est son fils cadet, Konr, qui donna son nom à la race des rois. Il acquit de vastes domaines qu’il distribua ensuite aux fils de Karl afin qu’ils les exploitent.
Les hommes étant désormais organisés selon le vœu des dieux, Heimdall put enfin regagner la demeure de ses pairs.
Le Walhalla
En Asgard, il existait en réalité plusieurs demeures : chaque dieu avait la sienne et chacun possédait une « halle », c’est-à-dire une vaste pièce où vivaient certains hommes morts. Freyja, déesse de l’amour, en avait une, de même que nombre de dieux, mais la halle la plus célèbre est, sans aucun doute, celle d’Odin que l’on appelait le Walhalla. C’est là, après les batailles des hommes, que les Walkyries, des géantes au service du dieu des dieux, conduisaient les plus vaillants d’entre eux, destinés à se battre à nouveau lors du Crépuscule des dieux. Chaque jour, ces guerriers valeureux s’entraînaient, se battant jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le soir venu, ils étaient conviés à un immense festin, avec pour plat principal un cochon extraordinaire dont la chair se reconstituait chaque matin. Ce festin quotidien était bien sûr arrosé d’hydromel, la boisson des dieux, tiré aux pis de la chèvre Heidrun. Odin présidait toujours au banquet de ses guerriers, ce qui ne l’empêchait nullement de se tenir au courant de tout ce qui se passait dans le monde des hommes, notamment sur les champs de bataille.
Le monde des dieux
Selon Adam de Brême, le nom d’Odin signifierait « fureur », ce qui convient somme toute assez bien à ce dieu de la guerre, animé d’une rage telle qu’elle le conduisait parfois aux actions les plus sanglantes. Mais si Odin est le dieu privilégié des guerriers vikings, il est également invoqué en tant que dieu de la poésie, de la magie et de la divination. Car le chef de la vaste famille des dieux est le maître de toute connaissance, une connaissance acquise au péril de sa vie. En effet, les morts étant les seuls à savoir le pourquoi des choses, Odin décida un jour de se mettre dans un état de semi-mort. Pour se faire, il se pendit, durant neuf jours et neufs nuits, aux branches du frêne Yggdrasil, ce qui, accessoirement, lui donna également l’occasion d’inventer les runes, le langage des dieux.
Si Odin est bien le maître incontesté d’Asgard, le dieu préféré des Scandinaves est, sans aucun doute, son fils, Thor. Au point d’ailleurs que les Vikings se désignaient généralement sous le nom de « peuple de Thor ». Armé de son marteau, Mjöllnir, Thor, le tueur de géants et le guerrier par excellence, consacrait également les mariages et les naissances des hommes. Débordant d’énergie, ce géant roux, bon vivant, bon père de famille, était l’image même du « Viking moyen », ce qui explique sa popularité.
Loki le sournois
  Loki, quant à lui, est un dieu à la personnalité très ambigüe : malin, fourbe même, il n’apparaît plus, au fur et à mesure des mythes, comme une simple « brebis galeuse » mais bien comme un des personnages centraux de la mythologie scandinave.
Parce qu’il était jaloux de Balder, le plus beau et le meilleur des fils d’Odin, il conçut envers lui une haine tenace, au point de désirer sa mort. Balder étant assailli de mauvais rêves dans lesquels il se voyait périr, Frig, sa mère, décida de faire jurer à tous les êtres, vivants ou non, existants dans les neuf mondes de ne jamais blesser Balder. À tous, sauf au gui, petit et fragile. Un jour que les dieux s’amusaient à jeter sur Balder toutes sortes d’objets et de pierres sans que cela l’atteigne le moins du monde, Loki, déguisé en vieille femme, alla trouver Frig. Interrogeant la déesse avec son ingéniosité habituelle, il apprit donc que Frig avait négligé le gui, par trop insignifiant. Une fois en possession de cette précieuse information, Loki rejoignit les autres dieux et, mettant dans la main de l’innocent dieu aveugle, Holder, une branche de gui, l’invita à participer, lui aussi, à l’amusement. Loki guida le bras d’Holder et Balder fut transpercé par le frêle branchage ! Cette mort, malgré la colère des dieux, ne pouvait être vengée… sur le sol d’Asgard, qui était une terre sacrée. Néanmoins Loki, craignant la vindicte des dieux, eut la mauvaise idée de s’enfuir dans les montagnes. Et la vengeance d’Odin, lorsqu’il le retrouva, fut terrible.
Conduit dans une caverne par ses pairs, Loki fut immédiatement mis au supplice : il vit ses fils s’entre-dévorer puis, les dieux ayant utilisé les intestins de l’un d’eux pour fabriquer des liens, Loki fut attaché sur un rocher. Enfin, on plaça au-dessus de lui un serpent dont le venin devait continuellement s’écouler sur son visage. Quand les dieux partirent, abandonnant Loki à son triste sort, seul Sigyn, son épouse, resta auprès de lui. Chaque jour, elle recueillait le venin du serpent afin qu’il n’atteigne jamais Loki. Mais, lorsque la coupelle était pleine, Sigyn était bien obligée de la vider et, à ce moment, le venin inondait le visage du dieu : la souffrance était telle que Loki hurlait, se contorsionnait, provoquant ce que nous appelons… des tremblements de terre !
Les fils de Loki
Si Loki apparaît comme un bien triste sire, ses enfants bâtards furent bien pires encore.
Un jour que le dieu du feu s’était aventuré dans le pays des glaces, il rencontra une géante de la glace avec laquelle il s’unit. Trois enfants naquirent de cette rencontre, trois enfants plus effrayants les uns que les autres : il y eut d’abord Fenrir, un loup d’une puissance inégalée, Jormungand, un serpent géant, et Hel, une fille dont la moitié du corps était en putréfaction.
Et lorsque les dieux apprirent leur existence, une prophétie annonçant le rôle destructeur de ces enfants leur fut également révélée. Odin ordonna immédiatement que l’on conduise les enfants à Asgard, où il déciderait de leur sort. Jormungand fut précipité dans les profondeurs de la mer mais, loin de périr, le serpent grandit tant qu’il finit par ceindre complètement le monde. Hel, au physique si ingrat, fut condamnée à vivre dans les enfers, dont elle devint la déesse. Quant à Fenrir, une prophétie annonçait qu’il serait l’adversaire d’Odin au Ragnarök aussi, le maître des dieux décida-t-il de le garder sous sa surveillance. Mais les dieux eurent toutes les peines du monde à le « tenir en laisse » et ce n’est que grâce à un lien magique confectionné par les elfes qu’ils y parvinrent. Succès mitigé puisque Tyr, le dieu de la guerre, laissa tout de même un bras dans l’affaire…
Le Crépuscule des dieux
  Dès la genèse du monde, tout est donc en place pour le Ragnarök dont, bien qu’il n’est pas encore eu lieu, on connaît déjà le déroulement et la fin… inéluctable.
C’est dans le monde des hommes, le Midgard, que se jouera le premier acte du Crépuscule des dieux. Trois années durant, des combats terribles décimeront la race humaine, personne ne pourra se fier à quiconque et le lucre, l’inceste, la haine envahiront les cités. Un grand hiver viendra, suivi d’une véritable apocalypse, lorsque le soleil et la lune seront engloutis, plongeant l’univers dans les ténèbres. Loki et Fenrir se libéreront alors de leurs liens, annonçant ainsi l’ultime assaut contre les dieux.
Venant des terres glacées, les géants marcheront sur Asgard par cohortes entières ; Hel se joindra à son père et à son frère, accompagnée des morts de son royaume. Ils détruiront Bifrost et rencontreront les dieux dans la vaste plaine de Vigrid, aux portes d’Asgard. Odin, à la tête de son armée de valeureux guerriers et entouré des dieux, tentera de repousser ses ennemis… en vain.
Cet ultime combat sera marqué par de hauts faits de la part des dieux. Ainsi, Thor combattra Jormungand, le terrible serpent, qu’il achèvera à grands coups de marteau. Mais, empoisonné par le venin de son ennemi, il ne survivra pas à cet affrontement. Odin lui-même succombera face à Fenrir, mais il sera vengé par un de ses fils, Vidar, qui, saisissant la mâchoire du loup, l’écartèlera littéralement. Les dieux s’écrouleront, faisant cependant de terribles ravages dans les rangs ennemis. Des guerriers du Walhalla, pas un ne survivra et la demeure d’Odin sera également dévastée. Finalement, l’océan déchaîné engloutira le monde.
Cette mort de l’ancien monde appelle cependant une renaissance : de l’océan ressurgira une terre, riche et fertile ; une aube nouvelle se lèvera sur ce monde régénéré où un couple d’hommes, Lif et Lifthrasir, jadis caché dans les rameaux d’Yggdrasil, perpétuera la race humaine ; Balder et Hoder reviendront alors du monde des morts et rejoindront Vidar et Vali, les fils d’Odin, Modi et Magni, les fils de Thor. Et les dieux survivants du Ragnarök régneront sur ce monde nouveau, où rien n’est encore écrit…
Tel est le destin des dieux et celui des hommes : ni les uns ni les autres n’y peuvent rien changer.

La nature a perdu ses esprits

Terre de glace et de feu, de fjords et de montagnes escarpées, de sources bouillonnantes et de rivières gelées, la Scandinavie est tout en contrastes. Elle ne pouvait donc qu’être peuplée d’une multitude d’esprits de la nature.
Et en effet, toutes sortes d’esprits peuplaient l’univers, imprégnant les forêts, les champs, les rivières, la glace ou la mer.
Les géants de la glace, très présents dans la mythologie nordique, personnifiaient les glaces paralysantes et terrifiantes et représentaient les forces maléfiques qui, un jour, écraseraient les dieux lors du Ragnarök. De même, les géants de la pierre, personnification des montagnes, avaient façonné les abîmes et les fjords en marchant d’un pas trop lourd. Cachés dans la brume, ils se défiaient de la lumière du jour qui les pétrifiait instantanément, sort partagé par les nains. D’ailleurs, on peut voir certains de ces géants imprudents à Jokul, en Islande, ou au Krkonose, sortes d’à pics ou de formations rocheuses.
Les eaux, elles aussi, servaient de refuge à des esprits de la nature. Ran, divinité maritime, reflétait, selon son humeur, les changements de la mer. Malheur à celui qui la contrariait ! Il était pris dans ses filets et entraîné au fond de l’eau où Ran et son époux, Aegir, le gardaient jusqu’à la fin des temps… Seul moyen de s’attirer ses faveurs : transporter de l’or -qu’elle adorait- durant les voyages en mer !
Le moindre brin de gui était un esprit, la moindre grotte peuplée de nains. Tout ceci disparut avec l’arrivée du christianisme : dès lors, la nature perdit ses esprits…

La légende des Nibelungen

Tout a commencé un jour que Loki, le dieu du feu, Hœnir et son frère Odin se promenaient dans le Midgard, le monde des hommes. Voyant une belle loutre, Loki la tua avec une pierre puis les trois dieux l’emportèrent dans la demeure d’un magicien, Hreidmar, à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le magicien se rendit alors compte que la loutre n’était autre que son fils, Otter. Furieux, Hreidmar et ses deux autres fils, Fafnir et Régin, emprisonnèrent les dieux, réclamant comme dédommagement autant d’or que l’on pouvait en étaler sur la peau de la loutre. Mais cette peau était magique et s’étirait à l’infini.
Alors qu’Odin et Hœnir restaient comme otages, Loki fut chargé de trouver l’or. Il descendit le long d’un immense labyrinthe et captura le nain Andvari, le plus riche de tous ceux qui vivaient sous terre. Sous la menace, le nain abandonna son trésor mais jeta un sort à un anneau magique qui en faisait partie : quiconque porterait cette bague serait perdu.
Loki revint avec le trésor et le remit à Hreidmar, tout en signalant le sort qui y était attaché. Et en effet, peu de temps après, il fut tué par son propre fils, Fafnir, qui s’empara du trésor. Perverti par l’anneau d’Andvari, Fafnir se changea en dragon pour protéger son trésor. Il eut en effet fort à faire et nombre de héros périrent en tentant de le lui arracher.
Le temps passa mais Régin, le frère de Fafnir, n’oubliait pas la trahison de son parent qui l’avait privé du trésor. Devenu orfèvre de la maison royale du Danemark, Régin se vit confier l’apprentissage du jeune Seigfried qu’il arma de l’épée merveilleuse de son père, Siegmund. Le rusé Siegfreid affronta dont Fafnir, le tua et hérita ainsi du trésor et de la sagesse du dragon, capable de parler aux oiseaux. C’est d’ailleurs grâce à ce don que Siegfreid apprit que Régin projetait de l’éliminer à son tour : il le tua en premier et conserva le trésor, anneau compris.
Plus tard, Siegfreid délivra la Walkyrie Brynhild en brisant le cercle de feu qui l’emprisonnait. Le héros tomba alors amoureux de la Walkyrie et, en gage de cet amour, lui remit son anneau. C’était compter sans le sortilège qui y était attaché…
Au cours d’un de ses voyages, Siegfreid rencontra la reine des Nibelungen, Grimhild, qui était crainte pour ses pouvoirs magiques : elle empoisonna le héros avec de l’hydromel et, oubliant son amour pour Brynhild, il épousa la fille de Grimhilde, Gudrun. La Walkyrie, folle de rage et envoûtée par l’anneau, épousa Gunnar, le frère de Gudrun, avec qui elle projeta la mort de Siegfreid.
Le héros fut tué et Brynhild, submergée par le chagrin et le remords, se suicida pour reposer à ses côtés…
Ainsi se termine la plus célèbre des sagas nordiques.

Les monstres du Beowulf

Grendel, le monstre du Beowulf, d'après une iconographie contemporaine.
Grendel, le monstre du Beowulf, d’après une iconographie contemporaine.

Dans les légendes ou les contes du haut Moyen Âge, il y a généralement un héros, des dieux, des monstres, des êtres merveilleux et les membres de ceux que l’on nomme la « petite mythologie ».  Etres merveilleux ou maléfiques, ils sont une multitude que personne, ou presque, ne connaît. Peu ou mal décrits, ils apparaissent ici ou là et on parfois alimenté un véritable folklore autour de leur « personne ». Tel est le cas du ou de la Nix, on ne sait, qui vit dans les eaux troubles ou les lacs. Nix, un terme générique qui est pourtant un nom propre et qui désigne les monstres de la légende du Beowulf. Voici leur histoire.
Jadis, il y a fort longtemps, vivait un monstre marin du nom de Grendel, qui terrorisait les habitants du château de Heorot, appartenant au roi des Danois, Hrothgar. Chaque nuit, il prélevait son quota de chaire humaine, sans que personne ne sache comment l’arrêter. Un jour vint cependant où le roi des Danois vit se présenter à lui un jeune homme, venu de Suède, et qui prétendait délivrer le château du monstre. Après l’avoir blessé une première fois, le jeune héros poursuivit Grendel, effrayé, dans sa tanière, située au fond d’un lac. Après un combat épique, le jeune Suédois tua la mère de Grendel puis le monstre lui-même et s’en retourna dans son pays auréolé de gloire. Là, le neveu du roi des Guètes (des Suédois du sud), puisqu’il s’agissait de lui, succéda à son oncle.
Mais ses aventures continuèrent et, alors qu’il régnait déjà depuis de nombreuses années, notre héros eu, à nouveau, à déployer sa force et son courage. Alors qu’un dragon, détenteur d’un fabuleux trésor, ravageait la région, le prince reprit les armes, sachant pourtant pertinemment que ce combat serait le dernier. Et tel fut le cas : mortellement blessé par le dragon, qu’il tua cependant, il devait mourir peu après et c’est accompagné du trésor du dragon, qu’il sera enterré. Telle est l’histoire, en quelques lignes, d’un héros qui avait pour nom Beowulf.
Cette légende, vraisemblablement d’origine scandinave, représente la trame d’un des poème en vieil-anglais les plus anciens. Daté des anénes 700-750, le Beowulf,  fut rédigé en East-Anglie. Long de quelques trois mille vers, il est tout à fait représentatif de la littérature de l’époque, mêlant folklore, merveilleux, le tout avec une très légère pointe d’influence chrétienne. Ces récits épiques, outre leur intérêt littéraire incontestable, sont également des sujets de recherches –et donc de découverte- pour l’historien, notamment l’historien des croyances. Et Beowulf n’échappe pas à la règle, bien au contraire. En effet, si le dragon paraît comme un acteur incontournable de toute saga scandinave ou saxonne –on retrouve la même histoire d’un dragon gardien d’un trésor chez Siegried-, le monstre Grendel et sa mère posent d’autres questions, amènent d’autres découvertes.
Le Nix ou la Nixe est un être aquatique que l’on rencontre dans nombres de contes ou de légendes. Il reste cependant assez mystérieux. Pour certains, c’est un être mi-humain mi-cheval, mais vivant dans l’eau ; d’après Le Livre de la colonisation de l’Islande, il s’agit d’un cheval vivant au fond du lac Hjardavatn ; à moins que ce soit un être maléfique d’apparence à peu près humaine. Pour tous, c’est donc un être de l’eau, mais son aspect varie énormément. Le récit du Beowulf donne cependant quelques pistes. Grendel et sa mère, qui sont donc deux monstres issus du monde aquatique, n’apparaissent pas si inhumains que cela. Certes, ils se nourrissent de chaire humaine, mais ils ont des caractéristiques véritablement humaines. Blessé, Grendel a si peur qu’il se réfugie dans on repaire, qui est également celui de sa mère. Il pense donc. Il est également doté de doigts, apparemment griffus et sa mère, nous dit le récit, tente, s’étant emparée d’un couteau, d’éliminer le héros. Ce ne sont donc pas entièrement des animaux. Difficile cependant de leur donner une apparence claire : soit humaine, soit monstrueuse. Un homme, cependant, c’est visiblement inspiré de Grendel pour créer un personnage de sa saga. Passionné de langues anciennes et ayant lui-même effectué un traduction du Beowulf, Tolkien s’est vraisemblablement inspiré de Grendel pour créer le personnage du Golum. Voilà qui donne une image, peut être proche de ce qu’imaginaient les anciens, des mystérieux Nix.

Jörmungand, le serpent de la fin du monde

Le combat, au jour du Ragnarök, de Thor et de Jörmungand.
Le combat, au jour du Ragnarök, de Thor et de Jörmungand.

Fils de Loki et de la géante Angrboda, Jörmungand est, dans la mythologie scandinave, un serpent gigantesque et terriblement venimeux, destiné à combattre Thor au jour du Ragnarök. Mais cet être monstrueux n’a pas qu’un simple rôle de faire-valoir, son destin ne se limite pas à prendre d’assaut Asgard, à tuer et à être tué par le fils d’Odin. Jörmungand est essentiel à la bonne marche du monde. Enserrant de ses anneaux la Midgard, et donc Asgard, le Serpent-Monde ou Serpent-Midgard, comme on l’appelle, participe pleinement à la cohésion du monde, à sa stabilité. Le moindre de ses mouvements, d’ailleurs, provoque rien de moins que des raz-de-marées… Il est aussi à la limite entre le monde des hommes et des dieux et Utgard, où règnent les puissances mauvaises et les géants… Il marque, par sa présence même, avec son corps, la séparation avec les mondes infernaux, comme le Serpent-arc-en-ciel de la mythologie hindoue. La différence ne réside ici que dans le lien entre monde humain et monde céleste –symbolisé par l’arc-en-ciel. Enfin, à l’image de son père, de son frère, Fenrir, d’Hel, sa sœur, Jörmungand est un acteur incournable du Ragnarök.
En effet, c’est bien lui qui permet la libération des « forces obscures » et l’assaut du Midgard, prélude au Ragnarök. C’est même lui qui permet ce Crépuscule des dieux, une fin des mondes indispensables pour qu’ils puissent renaître. En cela, d’ailleurs, il est conforme à la symbolique même du serpent, un animal qui représente le cycle infini de la vie et de la mort.