Racine : le théâtre pour passion

Des héros qui se déchirent, des vers qui « tonnent et qui détonnent », tout le charme des grandes tragédies raciniennes est là. C’est pourquoi, le 1er janvier 1677, l’hôtel de Bourgogne fait salle comble pour la toute première représentation de Phèdre.
Orphelin élevé par les religieuses de Port-Royal, Jean Racine (1639-1699) arrive à Paris en 1663, date à laquelle il présente sa première tragédie, La Thébaïde. En 1677, il est au sommet de sa gloire : Andromaque, Bérénice, Britannicus, autant de triomphes qui lui ont permis de supplanter son vieil adversaire, Pierre Corneille.
Académicien depuis 1673, conseiller et historiographe du Roi-Soleil dès 1674, Racine est confiant le soir de la première. Pour lui, Phèdre est sa meilleure œuvre, celle qui transmet le mieux la passion, la haine, l’amour tourmenté qu’il sait si bien dépeindre. Pourtant, c’est un échec retentissant ! Racine décide alors de renoncer au théâtre. Il ne reprendra la plume qu’à la demande de Madame de Maintenon et écrira pour les demoiselles de Saint-Cyr, Esther (1689) puis Athalie (1691), pièces qui, tout en conservant l’accent passionné propre aux grandes tragédies raciniennes, sont des œuvres d’inspiration nettement religieuse.
Janséniste de la première heure, il meurt le 21 avril 1699, fidèle à Port-Royal.

Saint-Denis, dernière demeure des rois

L'abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.
L’abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.

Lieu de vénération des Parisiens depuis deux siècles déjà, le champ où périrent saint Denis et tous ses compagnons voit une première église s’élever vers 475, grâce aux bons soins de sainte Geneviève. Reconstruite par Dagobert, qui en fait le sanctuaire où sont enterrés les rois de France et leur famille, agrandie et même améliorée par Pépin le Bref et par Charlemagne, la vieille église carolingienne menace de tomber en ruines quand Suger, le très célèbre abbé de Saint-Denis, fait construire un quatrième édifice.
Consacrée le 11 juin 1144, la basilique de Saint-Denis, un des premiers monuments de l’art gothique, inspirera beaucoup d’autres cathédrales telles que celle de Noyon, de Senlis, de Notre-Dame de Paris, de Chartres, de Reims ou encore d’Amiens.

L’invention monstrueuse de Frankenstein

Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).
Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).

Bien des gens de lettres connaissent l’anticonformisme du très célèbre poète anglais Percy Shelley. Mais, qui aurait l’idée d’associer son nom à Frankenstein ? Et pourtant, c’est à la femme du poète que l’on doit cette œuvre étonnante et mondialement connue, mettant en scène un savant du nom de Frankenstein qui crée un être fait de morceaux de cadavres volés dans les cimetières. Frankenstein ou le Prométhée moderne est un roman profondément noir, dans lequel le savant se laisse dépasser par sa création, ce qui fait sa modernité. Après cette œuvre, Mary Shelley écrira un seul autre roman, aussi sombre que le premier puisqu’il décrit la destruction de la race humaine. Elle mourra à Londres le 1er février 1851.

Le Radeau de la Méduse

Tout le monde connaît le superbe et fascinant tableau de Théodore Géricault intitulé Le Radeau de la Méduse. Personne n’a pu, à la vue de ce chef-d’œuvre, rester insensible à la détresse des personnages, affamés et assoiffés… Ce tableau n’est que l’expression de la réalité, telle que les survivants l’ont décrite à Géricault.
Tout a commencé le 2 juillet 1816. La frégate La Méduse, ayant quelques quatre cents marins à son bord, cingle vers les côtes du Sénégal où elle doit reprendre possession des comptoirs annexés par les Anglais. Mais une manœuvre malencontreuse du capitaine de Chaumareyx fait échouer le bateau sur des récifs au large des côtes sahariennes.
Les canots étant insuffisants, cent cinquante hommes prennent place sur un radeau improvisé. C’est alors que commencent douze jours d’horreur. Dérivant lentement sous une chaleur écrasante, le radeau semble définitivement perdu quand, le 14 juillet, le brick anglais Argus découvre le radeau. Sur les cent cinquante matelots embarqués, il n’en reste que quinze ; les autres sont morts de faim, de soif, se sont suicidés ou ont été dévorés par leurs compagnons…

« La Merveille » du Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Le Mont-Saint-Michel, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Parce que l’archange saint Michel le lui avait commandé lors d’une apparition, saint Aubert, évêque d’Avranches, fit construire, en 708, un petit oratoire sur un petit rocher granitique, situé à 5 kilomètres environs de la côte, au fond de la baie de Cancale. Dès 966, sous l’impulsion de Richard Ier de Normandie, l’oratoire devait laisser la place à une abbaye bénédictine, Notre-Dame-sous-Terre, à laquelle devait s’ajouter, aux XIe-XIIe siècles, une église romane dont subsiste encore la nef.
Mais ces constructions, déjà étonnantes, n’étaient rien par rapport à l’abbaye gothique, entreprise avec l’aide financière de Philippe Auguste et de saint Louis, et qui acquit rapidement le surnom de la Merveille. Centre religieux important –c’ était un lieu de pèlerinage très fréquenté au Moyen Âge- mais aussi place forte essentielle, notamment contre les Anglais, le Mont-Saint-Michel se verra également doté de différents bâtiments abbatiaux et de remparts (XIIIe-XVe siècles), qui allaient lui permettre de résister victorieusement aux attaques anglaises durant les trente dernières années de la guerre de Cent Ans. Les épisodes militaires qui ont jalonné son histoire n’ont, heureusement, pas endommagé la Merveille qui est, sans conteste, une des gloires de l’architecture médiévale, comptant parmi les plus beaux trésors de France.

Plaute, l’homme qui faisait rire Rome

Masque comique antique.
Masque comique antique.

L’origine populaire de Plaute ne fait guère de doute : ses vingt-et-une comédies reconnues, les dix-neuf qui lui sont parfois attribuées, le prouvent. Comédien, directeur de troupe, il vivra la ruine et même la misère -il sera tourneur de meule pour un meunier- avant de goûter à nouveau au succès et à l’aisance. Un succès qui réside dans une formule simple : la réappropriation des auteurs grecs -dont il reprendra des scènes entières- et la mise au goût romain. De fait, les pièces de Plaute ne brillent pas par l’originalité : les personnages -caricaturaux-, les intrigues sont toujours les mêmes. Mais Molière a-t-il fait toujours preuve d’une grande originalité ? Ou Molière ? Ou Racine ? Comme Molière, Plaute saura adapter ses pièces au monde romain et au monde populaire. Surtout, il dépeint, par petites touches, le monde de ses contemporains, leur vie quotidienne, des faits qui marquèrent leur époque. Et si l’intrigue est négligée, Plaute se fait poète en inventant de nouveaux mots, en usant de toutes les subtilités de la langue romaine. Un art, sans aucun doute, qui fera de lui un des auteurs favoris de l’antiquité romaine jusqu’à l’époque impériale où on continuait de reprendre ses pièces.

Consécration de Royaumont

Fondée en 1228 par Saint Louis en exécution du testament de son père, l’abbaye de Royaumont est un des plus beaux exemples de l’architecture cistercienne.
Le saint roi, profondément attaché au monastère, en fait un de ses lieux de séjour privilégiés et une nécropole pour les enfants royaux morts en bas âge. Déjà richement dotée, elle se voit adjoindre, par Saint Louis, une superbe église de style gothique, consacrée le 19 octobre 1235, qui sera parmi les plus belles et aussi les plus grandes de l’ordre.
Image de la majesté royale autant que de la pureté cistercienne, Royaumont sera vendue par l’État en 1791 et en grande partie détruite.

Wagner et l’Or du Rhin

Richard Wagner (1813-1883).
Richard Wagner (1813-1883).

Si nous avions une vraie vie, nous n’aurions pas besoin d’art, a écrit Richard Wagner dans la préface de Siegfried. L’art commence précisément où la vie réelle cesse, où il n’y a plus rien devant nous.
Et la musique violente et passionnée de Richard Wagner fait véritablement revivre toutes les légendes oubliées des Niebelungen, de Tannhaüser, de Lohengrin ou de Tristan et Iseult. Né à Bellagio, le 22 mai 1813, dans une famille d’artistes amateurs, Wagner, qui est un chef d’orchestre reconnu, atteint la plénitude de son art avec la légende germanique en quatre volets de L’Anneau du Niebelung : L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.
Cette œuvre magistrale et fascinante, peuplée de lutins, de dragons et semée de sombres histoires de vengeance, a donné un nouveau souffle au théâtre lyrique de l’époque, qui trouvera, toujours sous l’impulsion de Wagner, son lieu de prédilection à Bayreuth.

La tour penchée

La tour de Pise, d'après une gravure du XIXe siècle.
La tour de Pise, d’après une gravure du XIXe siècle.

Tout le monde connaît le glorieux passé de Venise, Gênes ou encore Florence, mais qui se soucie de celui de Pise ? Comme ses illustres républiques sœurs, Pise acquit un essor extraordinaire dès le Xe siècle, lorsque, à la suite des croisades, reprirent les relations commerciales avec l’Orient. La position abritée de son port, situé à l’embouchure de l’Arno, allait être un atout essentiel de Pise qui devint une des principales rivales de Gênes et de Venise. Rapidement, Pise s’étendit également en Sardaigne, d’où elle devait chasser les Sarrasins dès le XIe siècle, puis en Corse et aux Baléares. Après deux siècles de domination presque incontestée sur les mers, Pise devait cependant s’incliner, victime du déclin des Hohenstaufen qu’elle avait ardemment soutenus dans le conflit entre Guelfes et Gibelins.
De cette période de faste et de puissance, Pise a cependant conservé quelques monuments, dont le plus exceptionnel est, sans conteste, la célèbre Tour penchée. Ce campanile (clocher isolé de l’église), construit tout en marbre blanc et mesurant pas loin de 56 mètres de haut, fut édifié entre 1174 et 1350, en même temps que la cathédrale, le baptistère et le Campo santo, autres monuments célèbres de la cité toscane. Mais sa célébrité tient surtout à son aspect penché, dû soit à un affaissement du terrain, soit à un défaut dans les fondations, aspect qui lui a valu son nom de Tour penchée.

Chaucer ou les premières lettres anglaises

Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d'après un vitrail.
Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d’après un vitrail.

On dit de lui qu’il est le créateur de la littérature anglaise et le premier poète de son temps, mais c’est en Italie qu’il va d’abord s’initier à la littérature.
Fils d’un aubergiste de Londres, Geoffrey Chaucer devient page du duc de Clarence et, en 1358, embarque avec les armées d’Edouard III pour la France. Prisonnier après seulement un an de combats, il sera relâché après le paiement d’une rançon. De retour en Angleterre, où il bénéficie de l’amitié du duc de Lancastre, il épouse une suivante de la reine et se voit chargé de plusieurs missions diplomatiques entre 1372 et 1378. C’est au cours d’un de ces missions en Italie, qu’il découvre les œuvres de Dante et de Boccace. On pense même qu’il est entré en relation avec Pétrarque.
C’est tout d’abord sous l’influence de la France que le génie de Chaucer s’était révélé avec une traduction du Roman de la Rose.
La découverte de l’Italie va achever de dévoiler son talent. Sous l’influence de Dante, il écrit la Maison de la renommée (1379-1380) et le Parlement des oiseaux (1382) ; il adapte également le Filostrato de Boccace avant de se lancer dans une œuvre plus personnelle. La première sera La légende des femmes exemplaires (1385) suivi des Contes de Canterbury (1387), son chef-d’œuvre, où il dresse un tableau vivant de la société de son temps.
Contrôleur des douanes au port de Londres en 1374, il devient membre du parlement du Kent en 1386 mais l’opposition de ce parlement à Richard II allait lui faire perdre son emploi, ses soutiens, son crédit. Et les dernières années de sa vie se dérouleront dans le dénuement.