Consécration de Royaumont

Fondée en 1228 par Saint Louis en exécution du testament de son père, l’abbaye de Royaumont est un des plus beaux exemples de l’architecture cistercienne.
Le saint roi, profondément attaché au monastère, en fait un de ses lieux de séjour privilégiés et une nécropole pour les enfants royaux morts en bas âge. Déjà richement dotée, elle se voit adjoindre, par Saint Louis, une superbe église de style gothique, consacrée le 19 octobre 1235, qui sera parmi les plus belles et aussi les plus grandes de l’ordre.
Image de la majesté royale autant que de la pureté cistercienne, Royaumont sera vendue par l’État en 1791 et en grande partie détruite.

Wagner et l’Or du Rhin

Richard Wagner (1813-1883).
Richard Wagner (1813-1883).

Si nous avions une vraie vie, nous n’aurions pas besoin d’art, a écrit Richard Wagner dans la préface de Siegfried. L’art commence précisément où la vie réelle cesse, où il n’y a plus rien devant nous.
Et la musique violente et passionnée de Richard Wagner fait véritablement revivre toutes les légendes oubliées des Niebelungen, de Tannhaüser, de Lohengrin ou de Tristan et Iseult. Né à Bellagio, le 22 mai 1813, dans une famille d’artistes amateurs, Wagner, qui est un chef d’orchestre reconnu, atteint la plénitude de son art avec la légende germanique en quatre volets de L’Anneau du Niebelung : L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.
Cette œuvre magistrale et fascinante, peuplée de lutins, de dragons et semée de sombres histoires de vengeance, a donné un nouveau souffle au théâtre lyrique de l’époque, qui trouvera, toujours sous l’impulsion de Wagner, son lieu de prédilection à Bayreuth.

La tour penchée

La tour de Pise, d'après une gravure du XIXe siècle.
La tour de Pise, d’après une gravure du XIXe siècle.

Tout le monde connaît le glorieux passé de Venise, Gênes ou encore Florence, mais qui se soucie de celui de Pise ? Comme ses illustres républiques sœurs, Pise acquit un essor extraordinaire dès le Xe siècle, lorsque, à la suite des croisades, reprirent les relations commerciales avec l’Orient. La position abritée de son port, situé à l’embouchure de l’Arno, allait être un atout essentiel de Pise qui devint une des principales rivales de Gênes et de Venise. Rapidement, Pise s’étendit également en Sardaigne, d’où elle devait chasser les Sarrasins dès le XIe siècle, puis en Corse et aux Baléares. Après deux siècles de domination presque incontestée sur les mers, Pise devait cependant s’incliner, victime du déclin des Hohenstaufen qu’elle avait ardemment soutenus dans le conflit entre Guelfes et Gibelins.
De cette période de faste et de puissance, Pise a cependant conservé quelques monuments, dont le plus exceptionnel est, sans conteste, la célèbre Tour penchée. Ce campanile (clocher isolé de l’église), construit tout en marbre blanc et mesurant pas loin de 56 mètres de haut, fut édifié entre 1174 et 1350, en même temps que la cathédrale, le baptistère et le Campo santo, autres monuments célèbres de la cité toscane. Mais sa célébrité tient surtout à son aspect penché, dû soit à un affaissement du terrain, soit à un défaut dans les fondations, aspect qui lui a valu son nom de Tour penchée.

Chaucer ou les premières lettres anglaises

Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d'après un vitrail.
Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d’après un vitrail.

On dit de lui qu’il est le créateur de la littérature anglaise et le premier poète de son temps, mais c’est en Italie qu’il va d’abord s’initier à la littérature.
Fils d’un aubergiste de Londres, Geoffrey Chaucer devient page du duc de Clarence et, en 1358, embarque avec les armées d’Edouard III pour la France. Prisonnier après seulement un an de combats, il sera relâché après le paiement d’une rançon. De retour en Angleterre, où il bénéficie de l’amitié du duc de Lancastre, il épouse une suivante de la reine et se voit chargé de plusieurs missions diplomatiques entre 1372 et 1378. C’est au cours d’un de ces missions en Italie, qu’il découvre les œuvres de Dante et de Boccace. On pense même qu’il est entré en relation avec Pétrarque.
C’est tout d’abord sous l’influence de la France que le génie de Chaucer s’était révélé avec une traduction du Roman de la Rose.
La découverte de l’Italie va achever de dévoiler son talent. Sous l’influence de Dante, il écrit la Maison de la renommée (1379-1380) et le Parlement des oiseaux (1382) ; il adapte également le Filostrato de Boccace avant de se lancer dans une œuvre plus personnelle. La première sera La légende des femmes exemplaires (1385) suivi des Contes de Canterbury (1387), son chef-d’œuvre, où il dresse un tableau vivant de la société de son temps.
Contrôleur des douanes au port de Londres en 1374, il devient membre du parlement du Kent en 1386 mais l’opposition de ce parlement à Richard II allait lui faire perdre son emploi, ses soutiens, son crédit. Et les dernières années de sa vie se dérouleront dans le dénuement.

Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.
C’est au cour de ces années de prison que Charles s’adonne à la poésie. Ses vers raffinés, élégants et souvent mélancoliques, témoignent d’un esprit fin et délicat.
Libéré en 1440, Charles d’Orléans repart en campagne pour conquérir le Milanais, héritage de sa mère puis se retire à Blois où il restera jusqu’à sa mort, en janvier 1465 :
Le monde est ennuyé de moy,
Et moy pareillement de luy.

Rubens, l’homme qui aimait les femmes

Les Trois Grâces de Rubens (détail).
Les Trois Grâces de Rubens (détail).

Il est essentiellement connu pour ses représentations de la femme nue, sensuelle et quelque peu dodue… Pourtant, Pierre Paul Rubens est, aussi, un des plus grands peintres religieux de son époque.
Connu déjà pour ses scènes religieuses, comme La Descente de Croix ou la Transfiguration, dès 1619, il devient, officiellement et à la demande du pape Paul V, un « instrument » de la Contre-Réforme. Ses œuvres devront être, selon l’idée de saint Ignace de Loyola, des instruments pour combattre le protestantisme, « l’image religieuse étant une expression visible de la foi ».
Pourtant, dès 1626, date de la mort de sa femme, Rubens revient à un art beaucoup plus terrestre et se consacre aux sujets mythologiques qui conviennent, il faut l’avouer, bien mieux à son style sensuel…
À sa mort, le 30 mai 1640, Rubens est un artiste reconnu. Pour certains, il reste le chantre de la femme sensuelle, pour d’autres celui de la culture jésuite.

Le temple du Ciel au cœur de la Cité interdite

Capitale du royaume Ken à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.), simple chef-lieu du IIIe siècle avant J.-C. au IIIe siècle après J.-C., occupée par les Barbares de la steppe puis réoccupée par les Chinois sous les T’ang (VIIe-Xe siècles), Pékin a fait l’objet de toutes les ambitions, subi toutes les conquêtes. Prise et détruite par Gengis Khan en 1215, elle sera finalement reconstruite par Kubilaï qui, en décidant d’en faire sa capitale, lui donnera un statut définitif et exceptionnel.
Pékin n’est plus seulement une capitale administrative : Kubilaï fonde, au cœur même de la cité, une « Ville intérieure », symbole de son pouvoir et de sa royauté presque divine. La description qu’en fit Marco Polo révèle déjà sa splendeur :
Toute murée de murs de terre gros au bas de bien dix pas. Ils sont tous crénelés, avec des créneaux blancs, et sont hauts de plus de dix pas. La ville a douze portes et, sur chaque porte, il y a un grand palais très beau, de sorte que chaque côté a trois portes et cinq palais, parce qu’il y a un palais très grand et très beau à chaque coin. Les rues sont si droites qu’on les voit d’un bout à l’autre et qu’une porte se voit de l’autre, aux deux bouts de la ville.
La Cité interdite, enserrée par la Ville intérieure, regorge de palais et de temples, parmi lesquels le temple du Ciel, fondé en 1420, et qui apparaît comme un des plus beaux et des plus symboliques de la capitale chinoise. En effet, il était d’usage que l’empereur s’y rende, trois fois par an, pour rendre compte au Ciel de son administration et proclamer sa puissance : une cérémonie qui l’élève véritablement au rang de divinité…

L’Escurial, en l’honneur de saint Laurent

Philippe II d'Espagne (1527-1598).
Philippe II d’Espagne (1527-1598).

Le 2 octobre 1872, la foudre tombe sur l’Escurial qui s’enflamme, menaçant ainsi le monument édifié conformément au vœu de Philippe II. Le 10 août 1557, fête de saint Laurent, le souverain espagnol assiège Saint-Quentin quand les troupes françaises arrivent au secours de la ville.
L’affrontement semble inévitable et Philippe II fait alors le vœu d’élever un sanctuaire au saint du jour s’il remporte la bataille. L’Espagnol est victorieux et, dès 1563, il confie à Juan de Toledo la construction d’un palais et d’un monastère. Achevé en 1584 par Juan de Herrera, l’Escurial a, selon le désir du roi, la forme d’un gril, instrument du supplice de saint Laurent.

Beethoven : la tragédie

Ludwig von Beethoven (1770-1827).
Ludwig von Beethoven (1770-1827).

Héritier d’une famille de musiciens d’origine flamande, Ludwig von Beethoven se lance dans la carrière artistique dès l’âge de treize ans. Mais Beethoven n’est pas Mozart et c’est uniquement pour subvenir aux besoins de sa famille qu’il intègre le monde musical… comme interprète. Pianiste virtuose, il sera, pendant plus de vingt ans, une des coqueluches des salons autrichiens et viennois à partir de 1792. Mais Beethoven ne se satisfait pas d’être un grand pianiste, de jouer la musique des autres. Une musique dont il sent qu’elle n’est pas qu’une distraction mais qu’elle est -ou qu’elle peut être- porteuse de message. Une musique qui peut et qui doit selon lui faire écho aux émotions du compositeur mais également de toute une époque. Une musique qui doit être un acteur et un témoin de la civilisation. Avec Beethoven, on entre dans l’ère des « artistes engagés »…
Lorsqu’il entame donc sa seconde carrière –vers 1800-, Beethoven est déjà touché par ce qui sera le grand drame de sa vie: la surdité ! Une tragédie pour ce touche-à-tout musical, auteur de lieders, de cantates, de sonates, d’opéras et, surtout, de symphonies. Qu’elles soient Héroïque, Pastorale, que ce soit l’Hymne à la joie : Beethoven est le maître des symphonies, un art dans lequel il excelle. Pourtant, rien de plus difficile pour Beethoven chez qui la surdité n’a fait qu’aller en s’agravant.
En 1820, il est déjà totalement sourd et son caractère va s’en ressentir ; il songe même au suicide mais finit, malgré tout, par « composer » -dans les deux sens du terme- avec la maladie. On raconte même qu’il composait en collant son oreille sur le piano afin de sentir les vibrations des notes. Malgré tous ses efforts, Beethoven s’isole : le monde lui devient étranger et ce n’est qu’en écrivant qu’il communique –des notes et des cahiers, malheureusement, perdus pour la plupart.
Il mourra, dans des circonstances restées longtemps inexpliquées qu’il décède, en mars 1827, lors d’un orage. Ce n’est qu’en 2000 que sera résolue l’énigme Beethoven, mort d’un excès de saturnisme –il consommait le vin du Rhin dont il était friand dans une coupelle de plomb.

Signature de Beethoven.
Signature de Beethoven.

Le destin de Beethoven peut paraître bien sombre mais ne nous y trompons pas, il fut, durant sa vie, un interprète puis un compositeur reconnu, ami des plus grands, d’Haydn à l’archiduc Rodolphe. Il fut une des idoles du Vienne des grands auteurs et lors des funérailles du génial compositeur de l’Hymne à la joie c’est une ville entière qui lui rendit un dernier hommage.

Isabelle Charrière ou la lutte d’une âme solitaire

Portrait d'Isabelle Charrière (1740-1805).
Portrait d’Isabelle Charrière (1740-1805).

"Compatissante par tempérament, libérale et généreuse par penchant [elle] n’est bonne que par principe ; quand elle est douce et facile, sachez-lui-en gré, c’est un effort". C’est par ces mots, extrait de son Portrait de Zélide, qu’Isabelle Charrière se dépeint.
Née Van Tuyll van Serosken van Zuylen, cette noble d’origine hollandaise épouse en 1766 le précepteur de son frère qu’elle accompagne alors en Suisse. Ouverte aux idées nouvelles des Lumières, lectrice de Diderot et de Rousseau, elle mène une existence morne auprès d’un époux bègue et mathématicien. Une existence qui ne sera éclairée que par son amour platonique pour Benjamin Constant. Mais la dame de Charrière est avant tout un esprit éclairé qui se pique de modernité tout en demeurant dans le plus strict conservatisme. Un conservatisme qui fait d’elle un auteur délicat, poète à ses heures, satirique souvent comme dans Mistress Henley, qui dépeint les mœurs d’une petite cité, où comme dans Caliste ou les lettres de Lausanne, un roman autobiographique qui pose le problème de la femme en butte aux préjugés du monde et aux conventions sociales.