L’amour des arts et de la connaissance au haut Moyen Age

Au temps des Mérovingiens et des Carolingiens, c’est généralement par les femmes que se transmettait la connaissance, le savoir. Et les femmes de l’aristocratie étaient parfois fort cultivées. Un des meilleurs exemples apparaît en la personne de Dhuoda, épouse du duc Bernard de Septimanie, comte de Barcelone.
Dhuoda, qui vit au IXe siècle, a elle-même composé un manuel d’éducation, le Libellus manualis, destiné à son fils de quinze ans qui vivait à la cour d’Aix-la-Chapelle.
Dans un style très personnel, inspiré de ses lectures, Dhuoda indique à son fils les devoirs d’un aristocrate et d’un chrétien, agrémente ses recommandations de poèmes de son cru et révèle même une grande connaissance des théologiens, tels que saint Augustin, saint Grégoire ou même saint Ambroise, son contemporain.
Si Dhuoda est l’auteur du premier manuel d’éducation connu, d’autres étaient artistes, comme une certaine Endé, « printrix et Dei adjutrix », c’est-à-dire peintre et religieuse, qui illustra, en collaboration avec le moine Emeterius, les Commentaires de l’Apocalypse de Beatus de Liébana. Plus ancienne peintre connue -elle exécute l’illustration des Commentaires de l’Apocalypse vers 975-, elle est également la seule, ce qui ne signifie nullement qu’elle ait été un cas particulier : en effet, l’histoire n’a également retenu que fort peu de noms de peintres masculins.

Dufy : la peinture sur tous les tons

La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.
La fenêtre ouverte, Nice, de Raoul Dufy.

De l’impressionnisme au fauvisme, du fauvisme au cubisme et du cubisme à la… haute couture ! Raoul Dufy (1877-1953) traverse le siècle en touche-à-tout génial. Ami des plus  grands peintres, il ne se cantonnera jamais dans un genre mais préfèrera s’initier à tous les courants picturaux du moment. Dufy a tellement peur de s’enfermer dans une façon de peindre, qu’il se force à pratiquer son art de la main gauche alors qu’il est droitier. Mais la véritable particularité de Raoul Dufy est l’emploi de son art au service de la haute couture.
Ami de Paul Poiret, il se met à peindre sur bois puis à faire des gravures pour l’impression des tissus employés par le couturier. Ainsi, de 1911 à 1919, Dufy s’adonne à la peinture sur tissu, invente des modèles et des motifs, sans pour autant cesser la peinture sur toile.
En 1940, il se réfugie dans le sud de la France : c’est pendant cette période particulièrement féconde qu’il peint la série des Orchestres puis le Bal du Moulin de la Galette. Après un court séjour aux États-Unis, où il fait déjà autorité, il revient à Forcalquier, en Provence, où il meurt le 23 mars 1953.

Dante règle ses comptes

Illustration de Dante au milieu d'un décor de la Divine comédie.
Illustration de Dante au milieu d’un décor de la Divine comédie.

Plus grand poète italien de tous les temps, créateur de l’italien moderne, Dante Alighieri fait l’objet de toutes les idéalisations, de tous les superlatifs. De fait, cet auteur à part est sans nul doute un poète surdoué, un proseur de génie, le maître du « livre des livres », mais il est également un animal politique dont les positions vont le conduire à errer sa vie durant.
Florentin de naissance, fils d’une famille noble du parti des Guelfes, Dante s’adonne à la poésie dès sa prime jeunesse –la Vita nuova-… et à la politique. Opposé à Boniface VIII qui menaçait les libertés de sa cité, le poète engagé apparaît comme une des chefs de la résistance florentine. Un chef qui n’avait pas choisi le bon parti semble-t-il puis qu’il sera écrasé. Condamné à mort puis à l’exil (1302), Dante se verra spolié de tous ses biens et condamné à trouver refuge ailleurs. Ce qu’il fera, trouvant aide et protection à Vérone puis à Ravenne où il poursuivra sa carrière littéraire parallèlement à son engagement politique. Dans le De monarchia (1313), il signera une œuvre totalement politique, se posant en adversaire farouche du pouvoir temporel des papes et en soutien inconditionnel d’une monarchie universelle, incarnée par les empereurs germaniques. Dante ne cessera, discours à la bouche et plume à la main, de défendre son idéal, faisant même de son œuvre la plus connue, la Divine comédie, une allégorie politique et un véritable brûlot contre ses ennemis. En un mot, un instrument de sa vengeance politique…

Ravel : un succès “populaire”

Maurice Ravel (1875-1937).
Maurice Ravel (1875-1937).

C’est à l’âge -fort tendre en vérité- de sept ans que Maurice Ravel se consacre à la musique. Eléve prometteur du conservatoire de musique il décroche, en 1901, une seconde place au grand prix de Rome. Seconde place décevante mais qui traduisait sans doute le conservatisme d’un jury irrité par l’originalité des premières œuvres du jeune compositeur. Habanera (1895), Menuet antique (1895), Pavane pour une infante défunte (1899) ou encore Jeux d’eau (1901) comptent parmi les premières œuvres de Ravel qui, à la date du concours romain atteint tout juste les 26 ans. De fait, les consécrations officielles feront toujours défaut au compositeur, ce qui ne l’empêchera pas de mener une carrière brillante.
En 1910, il participe à la fondation de la Société musicale indépendante puis aborde le théâtre lyrique avec L’Heure espagnole, qui aura nettement moins de succès que Daphnis et Chloé, un ballet créé en 1912.
Bien que réformé, Ravel s’engage dans la Première Guerre. C’est à cette date, en 1914, qu’il compose un de ses chefs-d’œuvre : le trio pour piano, violon et violoncelle. Ravel reprend ses activités après la guerre, avec plus ou moins de succès. En effet, autant son Daphnis et Chloé avait eu du succès à Moscou, autant sa Valse sera purement et simplement refusée par les Ballets russes. L’Enfant et les sortilèges suivront puis le célèbre Boléro (1928) qui sera son dernier succès. Atteint d’une tumeur au cerveau, Maurice Ravel cesse de composer en 1931. Il mourra six ans plus tard, des suites d’une opération.

Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.

Le clair-obscur de Rembrandt

>Autoportrait de Rembrandt (1606-1669).
Autoportrait de Rembrandt (1606-1669).

Le jeu des ombres et des lumières élevé au rang d’un art : telle est, sans conteste, la meilleure définition que l’on puisse donner de la peinture de l’un des grands maîtres flamands du XVIIe siècle, Rembrandt.
Harmenszoon van Rijn Rembrandt, fils d’un menuisier de Leyde, est jugé assez doué pour suivre les cours de l’école puis de la faculté. Malgré ses succès universitaires, la vocation de Rembrandt, surnommé le « peintre savant », reste la peinture. Il étudie d’abord chez Jacob van Swanenburgh, un peintre italianisant, qui lui donne le goût des scènes historiques et bibliques, puis chez Pieter Lanstman, qui l’initie au jeu des lumières. Dès lors, la peinture de Rembrandt sera une apologie de l’art du clair-obscur, toujours plus subtil et travaillé, de la réalisation de la Leçon d’anatomie à celle de La Ronde de nuit, en 1642, sans doute le plus beau chef-d’œuvre de l’artiste. Parvenu à l’apogée de son art avec cette toile, Rembrandt est le peintre en vogue à Amsterdam mais, en quelques années, il est dépassé.
En octobre 1669, solitaire et ruiné, il meurt dans la modeste maison du quartier des marbriers, où il s’était réfugié. Héraut des jeux de lumières, Rembrandt laisse une œuvre immense et superbe, disséminée à travers toute l’Europe, qui témoigne de l’ampleur de son génie.

Raconte-moi une histoire…

Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).
Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).

Qu’est-ce qu’un conte ? Selon la définition que l’on trouve dans les ouvrages de littérature, il s’agit d’une nouvelle « à laquelle personne ne croit, ni l’auteur, ni le lecteur, et qui plaît seulement soit par le piquant du style, soit par l’extravagance des situations, soit par l’intention satirique ou philosophique… » Mais l’intention satirique ou philosophique est-elle vraiment ce qui motiva Perrault, le plus célèbre des auteurs de contes français ? On pourrait en douter…
Fils d’un avocat au Parlement, Charles Perrault se destine tout d’abord au droit, comme son père, avant de se laisser prendre par l’amour des belles lettres. En 1671, il entre à l’Académie française mais ses intérêts le poussent plus à écrire des poèmes et à discuter des points de littérature. Ce n’est qu’en 1697 que Perrault publie son premier recueil de contes avec Peau d’âne, une vieille légende populaire transmise d’âge en âge. Ainsi en sera-t-il de tous ses contes, de la Belle au bois dormant, au Petit Poucet, en passant par Riquet à la houppe et par le Chat botté. En fait, sous le titre des Histoires ou contes du temps passé, Perrault s’est fait le dépositaire de la mémoire populaire, pour le plus grand plaisir de tous. Et il n’y là aucune intention philosophique si l’on en croit Perrault lui-même :
Le conte de Peau d’âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des mères-grand,
On en gardera la mémoire.

Domus aurea de Néron

L’historien romain Suétone a laissé une description étonnante de la fameuse Domus aurea érigée sur ordre de l’empereur Néron lors de son grand chantier de réabilitation de Rome. Un récit à la mesure de l’ambition et de la mégalomanie de cet empereur.
Pour donner une idée de sa grandeur et de sa magnificence, il suffira de dire que dans le vestibule s’élevait une statue colossale de Néron, haute de cent vingts pieds ; que des portiques à trois rangs de colonnes mesuraient un mille ; qu’on y voyait un lac, semblable à une mer, entouré d’édifices qui faisaient songer à une ville ; que de grandes étendues, parsemées de prairies, de vignes, de pâturages et de forêts, contenaient une multitude d’animaux et de bêtes fauves.
Les diverses parties de ce palais étaient dorées partout et ornées de pierreries et de nacre. Les salles à manger avaient des plafonds faits de planches d’ivoire mobiles et répandaient sur les convives, quand on les ouvrait, des fleurs et des parfums. La salle principale était formée par une espèce de rotonde, dont le faîte tourné jour et nuit, suivait le mouvement du monde. Les bains étaient alimentés par l’eau de la mer et les sources d’Albula.
Lorsqu’enfin ce palais fut terminé et inauguré, Néron n’eut que ces seuls mots pour exprimer sa joie :
-Je commence à être logé comme un homme !

Shelley, le poète bohême

Juillet 1822, un bûcher funéraire illumine l’embouchure du Serchio. De l’encens, du sel, de l’huile, du vin et un exemplaire du dernier ouvrage de Keats font office d’offrandes… Autour du bûcher, Byron et Leight Hunt rendent un dernier hommage à leur ami Percy Bysshe Shelley, mort le 8 juillet dans un malheureux accident de bateau.
Fils d’un « gentleman-farmer » du Sussex, Shelley devient, dès son entrée à Oxford, celui par qui le scandale arrive : en première année, il est renvoyé pour avoir écrit un pamphlet intitulé La nécessité de l’athéisme, à dix-neuf ans, il se marie contre l’avis de son père et se lance dans la satire sociale puis dans la poésie romantique.
Errant d’Irlande, où il luttait pour l’émancipation, au Pays-de-Galles, du Devon à la Suisse et à l’Italie, Shelley est, comme Byron, le type même de l’écrivain itinérant. Torturé, narcissique, bohême, il est sans doute le plus grand poète lyrique de l’école romantique anglaise.

À la fin de l’envoi, je touche !

Cyrano de Bergerac (1619-1655).
Cyrano de Bergerac (1619-1655).

Ce sont les cadets de Gascogne, De Carbon, de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !, s’enflamme Cyrano en présentant ses compagnons.

Le 27 décembre 1897, les spectateurs découvrent, pour la toute première fois, ce héros attachant, ce mousquetaire au grand nez, ce Gascon plein de verve : Cyrano de Bergerac ! Pourtant, Savinien Cyrano de Bergerac n’a rien d’un Gascon, son nom étant celui d’un petit domaine familial en Ile-de-France. Il n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce bretteur de première force dont Rostand a fait un héros. Etudiant au célèbre collège de Beauvais puis garde française, il sera grièvement blessé lors du siège d’Arras, en 1640. Une blessure qui va le contraindre à la retraite et lui donner l’occasion de s’adonner à sa passion : l’écriture. Ennemi des règles classiques, il s’adonne à la satire sous couvert de fantaisie et offre une œuvre tout en nuance, notamment dans ses Histoire comique des Etats et empires de la lune et Histoire comique des Etats et empires du soleil. Poète à ses heures, il s’adonne également au théâtre avec le Pédant joué, dont Molière lui-même fera de larges emprunts pour son Scapin.
Ressuscité grâce au Marseillais Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac va devenir un héros de théâtre, vibrant de romantisme, d’éclats de voix, de panache ! La pièce fera d’ailleurs le succès de son auteur au point que le vrai Cyrano devra s’effacer devant le sieur de Bergerac, théâtral, qui sait si bien rimer sur son grand nez…