Sainte Brigitte, déesse de la fécondité

Sainte Brigitte, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Sainte Brigitte, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Paradoxalement, c’est grâce au christianisme que le paganisme celte a perduré si longtemps, plus longtemps que partout ailleurs. Certes, cela est en grande partie dû aux Scriptoria, ces compilations de l’histoire et des mythologies que les moines irlandais se sont astreints à rédiger. Mais la volonté de l’Eglise irlandaise de faire œuvre de conservation n’explique pas tout. En réalité, l’Irlande ne sera chrétienne qu’en surface et cela durant des siècles. Saint Patrick et ses successeurs auront beau y mettre toute leur énergie, le paganisme va demeurer vivant, bien vivant. Pire, il va même imprégner la religion chrétienne…
Rien à voir avec ce qui s’était déroulé en Gaule où, pour faciliter la christianisation des âmes, moines et prêtres vont passer par une christianisation des lieux. Des églises avaient été élevées sur d’anciens lieux de culte païen ; d’autres étaient devenus des lieux de pèlerinages, pour peu qu’on y ait enterré une relique de saint… Le paganisme ne survivra pas en Gaule, absorbé par le christianisme. De loin, l’histoire semble bien se répéter en Irlande. Pourtant, il n’en est rien.
C’est presque l’inverse d’ailleurs, comme si le paganisme avait, pendant un temps, tenté d’absorbé le christianisme, pour finir par s’accommoder de lui. Un des meilleurs exemples de ce phénomène, assez unique, apparaît avec le culte de sainte Brigitte.
Birgid ou Brigit était à l’origine une déesse celte, protectrice des animaux, des récoltes, déesse de la fécondité… et de la mort. Une double vocation qu’elle partageait avec ses sœurs, à moins que celles-ci soient en fait une autre facette de la déesse. Trois déesses pour trois visages d’une même divinité. De la même façon, l’opposition dans les attributs de Brigit n’est qu’apparente, la mort et la fécondité étant souvent associées dans les mythologies, qu’elles soient celte ou grecque. Fille de Dagda, le « dieu bon », membre des Tuatha de Danan, c’est-à-dire du monde souterrain, de l’Autre monde, Brigit ne disparaît pas avec l’apparition du christianisme. Bien au contraire. Elle aurait pu devenir sainte, c’est-à-dire voir son personnage « sanctifié » ; mais dans l’esprit des Irlandais du Moyen Âge et au moins jusqu’au XIIe siècle, la déesse est la sainte. Elle a un double statu, comme ci, dans ce cas précis, christianisme et paganisme avaient réussi une sorte « d’union sacrée ». Ce n’est ni une transformation, ni un détournement mais une conversion de la déesse en sainte nationale. Une sainte qui, d’ailleurs, conserve les mêmes attributs. De fait, Kildare, haut lieu du culte rendu à Brigit, devient un lieu de pèlerinage et voit l’érection d’un double monastère, le premier d’Irlande. Et là, comme au temps du paganisme, on entretiendra le feu éternel de la déesse-sainte… jusqu’au XVIe siècle.