Georges de la Tour, « maître de la lumière »

Georges de la Tour (1593-1652) 'le Tricheur à l'as de trèfle'
Georges de la Tour (1593-1652) "le Tricheur à l’as de trèfle"

Au sommet de sa gloire, le peintre lorrain Georges de la Tour, surnommé le « maître de la lumière », se rend à Paris en 1636, où il est reçu avec des égards princiers. Il est même accueilli à la cour de Louis XIII qui lui accorde une rente de mille livres et le nomme « peintre ordinaire du roi ». Une légende raconte même que le roi, qui vient d’acquérir Saint Sébastien soigné par Irène, « trouva le tableau si beau qu’il enleva de sa chambre toutes les toiles qui s’y trouvaient afin de donner plus d’éclat solitaire au tableau du peintre ». Richelieu lui-même, grand amateur de peinture et « fort bon connaisseur en ce domaine », succombe au charme de de la Tour et achète, lui aussi et à prix d’or, deux tableaux d’inspiration religieuse.
À son retour à Lunéville, en 1644, « on lui donne du Monsieur », dit un document et on le qualifie de « peintre fameux ».

Madame de Staël : la révolution romantique

Portrait de Madame de Staël (1766-1817).
Portrait de Madame de Staël (1766-1817).

Anne Louise Germaine de Staël-Holstein, plus connue sous le nom de Madame de Staël, est, plus que tout, une femme de son époque. Une époque dominée par l’esprit révolutionnaire autant que romantique ; une époque où le second inspirera largement le premier.
Fille du banquier genévoix ministre de Louis XVI, la future Madame de Staël grandit à Paris environnée de tout ce qui fait la "bonne société" de l’époque. Les salons, les philosophes, les idées les plus hardies font le bonheur d’une élite en mal de reconnaissance, en mal de renouveau. De fait, la société bourgeoise et noble de la fin de la monarchie s’adonne avec passion à la philosophie, à l’esprit des Lumières, s’enhardit même à quelques développements fleurant bon la révolution… sans pour autant imaginer un seul instant que cette révolution tant souhaitée, tant soutenue, n’aura rien d’un élan romantique. On comprend, alors, le succès de Rousseau ; on comprend également que les élites, comme Madame de Staël, ne se soient pas "reconnues" dans la révolution sanglante qui se déclenche en 1792. C’est à cette date que Germaine de Staël quitte Paris pour la Suisse ; à cette date qu’elle entame son œuvre littéraire, composée de poèmes, de nouvelles, d’essais et de commentaires sur les événements qui bouleversent l’Europe.

Beaumarchais : le style caustique

Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ?, clame le personnage de Figaro dans Le Barbier de Séville.
À cette réplique entendue pour la toute première fois le 23 février 1775,  le public, essentiellement composé d’aristocrates, applaudit à tout rompre. La pièce est un triomphe comme le sera bientôt, Le Mariage de Figaro, en 1784. Ce n’est qu’une « cascade éblouissante de répliques et de tirades, un jaillissement continuel de réflexions ironiques, de mots serrés » qui témoignent de l’esprit vif et caustique de leur auteur.

Ferdinand de Lesseps : un héritage impérissable

Ferdinand de Lesseps (1805-1894).
Ferdinand de Lesseps (1805-1894).

À l’inauguration du canal de Suez, en 1869, Ferdinand de Lesseps acquiert une très grande popularité. Enivré par ce succès, il décide, en 1876, de percer l’isthme de Panama. L’idée, en fait, est très ancienne : dès 1529, on a pensé à cette entreprise, compte tenu de la minceur de cet isthme, mais elle ne commence à prendre corps qu’à la fin du XIXe siècle. En 1872, les États-Unis envisagent la percée par l’isthme de Tehuantepec au Mexique et, quatre ans plus tard, se constitue en France un « Comité pour le percement d’un canal interocéanique », dont la présidence échoit tout naturellement à Ferdinand de Lesseps.

El Cid Campeador : l’histoire d’une légende

Le Cid Campeador (1043-1099), d'après une gravure ancienne.
Le Cid Campeador (1043-1099), d’après une gravure ancienne.

C’est peu dire que la vie du Cid tient de la légende : depuis le XIIe siècle, avec El Cantar de moi Cid, jusqu’à Pierre Corneille, Rodrigo de Diaz de Bivar est apparu comme l’idéal chevaleresque, le pourfendeur des Arabes, le champion de la Reconquista.
Mais si c’est bien à force de combats, de victoires que Rodrigo de Diaz a acquis son surnom du Cid –de l’arabe « sidi » qui signifie seigneur- et de Campeador, « le champion », c’est également en se mettant au service du plus offrant qu’il a fait sa fortune. Eh oui, le Cid, celui qui ne transigeait pas avec l’honneur, le héros de Corneille n’était rien d’autre qu’un mercenaire. Un mercenaire doué, certes, mais un mercenaire tout de même.
De Sanche II de Castille à Alphonse VI, deux frères ennemis qu’il servira tour à tour ; des Espagnols aux Almoravides ; des chrétiens aux musulmans : le Cid mettra son épée au service de tous les camps, de tous les partis, sans distinction aucune, l’offre la plus alléchante l’emportant toujours. Un talent militaire qu’il monnayait sans pour autant vendre sa loyauté… laquelle n’était qu’au service de ses propres ambitions. C’est ainsi qu’il s’empara de Valence, après l’avoir acquise de haute lutte pour le compte de l’émir de Taïfa, et qu’il s’en proclama roi. Rien à voir, donc, avec la légende qui fera sa réputation.

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.

Nicéphore Niepce

Joseph Nicéphore Niepce, comme de nombreux inventeurs français, commence sa carrière dans l’armée. Officier d’infanterie durant les guerres de la Révolution, Niepce est nommé, en 1795, administrateur civil de Nice. C’est à partir de cette époque qu’il se passionne pour les recherches scientifiques les plus diverses.
Particulièrement attiré par toutes les expériences chimiques -fort à la mode en ce temps-là- il renonce à sa charge, quitte la ville de Nice puis retourne à Chalon, où il est né le 7 mars 1765.
En 1807, après de nombreux essais infructueux, il parvient à inventer le moteur à explosion.

Jeannin, l’art de la diplomatie

En 1607, Henri IV soutient les Pays-Bas insurgés contre l’Espagne et veut en faire un État indépendant qui serait l’allié naturel de la France. Dans ce but, le souverain français envoie à La Haye Pierre Jeannin (1540-1623), dit le président Jeannin, fils d’un tanneur d’Autun. Cet ancien ligueur, devenu président du parlement de Dijon, est l’un des conseillers les plus écoutés du roi.
Se posant en médiateur incontournable, Jeannin dirige les négociations entre l’Espagne et les États révoltés. Elles aboutissent, le 9 avril 1609, à une trêve de douze années qui marque la naissance des Provinces-Unies. C’est un succès absolu pour la France.

Héraclite l’obscur : l’anachorète antique

Un philosophe grec, d'après un bas-relief antique.
Un philosophe grec, d’après un bas-relief antique.

Le Ve siècle avant J.-C. est, sans conteste, un âge d’or de la pensée grecque. Les cités, enfin unies, ont réussi à repousser l’envahisseur perse, Athènes domine l’Attique et tente d’imposer son propre concept politique : la démocratie. C’est dans ce monde et ce cadre précis que nait Héraclite, nom latinisé d’Hérakléitos.
Né au début du V e siècle, issu d’une famille sacerdotale, ce qui explique sans doute sa profonde connaissance des mystères et son goût des formules obscures, voire sibyllines, Héraclite, dit l’Obscur, apparaît comme une sorte d’ancêtre des anachorètes du désert. En effet, ayant abandonné ses privilèges à son frère, il décide de se retirer du monde, s’établit sur le flanc escarpé d’une montagne et vit d’herbes et de racines. Certes, ce principe de vie allait conduire le jeune grec à créer une philosophie propre, fondée sur l’union des contraires ; il allait l’amener à développer l’idée d’une réalité universelle du devenir, mais il pose surtout la question de savoir si ce retrait de la vie publique était plus d’inspiration philosophique que religieuse. On sait et la vie entière d’Aristote le prouve, que la recherche philosophique va souvent de pair avec la recherche religieuse. On sait également que la religion grecque va conduire à une quête particulière qui trouvera sa finalité dans les mystères, généralement issus du monde oriental. La démarche d’Héraclite entrait-elle dans cette optique ? Y fut-elle, naturellement conduite ? On peut légitimement s’interroger tant la démarche rappelle celle des moines chrétiens, des anachorètes.
Au final, Héraclite payera sa démarche de sa vie : accablé d’infirmités diverses, il se laissera mourir de faim vers l’âge de 60 ans -tout de même-, disparaissant pour des siècles des études et des cercles de réflexion.

« Tu as vaincu, Galiléen ! »

Il fut la plus terrible menace pour le christianisme naissant : pendant son très court règne (361-363), l’empereur romain Julien l’Apostat, qui succède à Constance II, le 2 novembre 361, abjure et engage contre l’Église catholique une lutte sans merci. Ralliant autour de lui les hérétiques et les ennemis de la religion nouvelle, il crée une école philosophique qui prône le paganisme. Les auteurs ecclésiastiques racontent que saint Basile le Grand eut, durant une nuit de prière, une vision prémonitoire : l’empereur impie était terrassé par un ange venu du ciel.
L’iconographie byzantine a popularisé cette vision et, dit la légende, Julien l’Apostat, transpercé par la flèche de l’ange, s’écria avant de mourir :
-Tu as vaincu, Galiléen !