Watteau et l’art de l’insouciance

Désigné comme le « peintre des Fêtes galantes », Antoine Watteau incarne sans conteste la société frivole et insouciante de son époque ; la figure féminine représentative de tous ses tableaux, portant une robe aux larges plis ainsi qu’une coiffure relevée mais retombant sur le visage, restera très longtemps après sa mort, la référence en matière de mode féminine. Né à Valenciennes en 1684, Watteau se consacre très jeune à la peinture. À Paris, il effectue des débuts difficiles. Grâce à des maîtres comme Gillot et Audran ainsi qu’à son généreux mécène, le banquier Pierre Crozat, il s’initie à la peinture des grands maîtres flamands et italiens.

Le prince sans gloire

Portrait d'Antoine de Bourbon (1518-1562).
Portrait d’Antoine de Bourbon (1518-1562).

L’histoire peut être oublieuse, elle est également cruelle… Parmi ses victimes, se trouve Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, époux de Jeanne d’Albert, reine de Navarre, et qui semble n’avoir eu d’autre gloire que d’engendrer le plus populaire de nos rois : Henri IV. Contrairement à son épouse, Antoine de Bourbon, initialement protestant, se convertit au catholicisme et devint un des chefs de l’armée royale. Sa vie entière ne sera d’ailleurs que batailles et sièges, ce qui causera sa perte : il mourra le 17 novembre 1562, touché mortellement en assiégeant Rouen. Certains historiens, quelque peu plaisantins peut être, ajoutent qu’il était en train de satisfaire un besoin naturel quand il reçut cet ultime coup d’arquebuse. Cela lui aurait même valu cette épitaphe :
Ami français, le prince ici gisant,
Vécut sans gloire et mourut en pissant.

Charles IX : l’homme de la Saint-Barthélemy

Charles IX (1550-1574).
Charles IX (1550-1574).

Le règne de François II avait été marqué par la militarisation et la politisation du conflit religieux. Par sa radicalisation également, une radicalisation parfaitement illustrée par le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy, qui apparaît comme l’événement majeur du règne de Charles IX.
Un règne qui, pourtant, avait commencé sous le signe de la modération. Les Guise ayant perdu leur toute-puissance avec la mort de François II, c’est Catherine de Médicis, mère du roi, qui assure la régence. En cela, elle se fait conseiller par Michel de L’Hospital, homme de compromis s’il en fut. La nomination d’Antoine de Bourbon au rang de lieutenant général du royaume, le colloque de Poissy ensuite apparaissaient comme des signes tangibles du désir de compromis de la régente. La paix d’Amboise et le traité de Saint-Germain seront également à mettre au compte de cette tentative –finalement vaine- de parvenir à une entente, tout comme le mariage de Marguerite de Valois, sœur du roi, avec Henri de Navarre, un des chefs du parti huguenot. Dès lors, comment croire à cette idée si répandue qui veut que le roi Charles ait été, autant que sa mère, un fanatique. Pourtant, Charles IX a bien été à l’origine de la Saint-Barthélemy… De fait, le roi n’a certainement pas désirer ce massacre. Par contre, il est vrai qu’il avait ordonné l’arrestation et la condamnation –donc l’élimination- des chefs protestants, pensant que, ces derniers, une fois éliminés, la guerre fratricide cesserait.

Cromwell l’implacable

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

En 1642, la révolution éclate en Angleterre. Le roi Charles Ier Stuart (1625-1646) a dressé contre lui le Parlement et le peuple qu’il accable d’impôts. Cette révolte va être menée par un chef alliant le génie militaire et la compétence politique, Cromwell.
Issu d’une famille de petits seigneurs, Oliver Cromwell va, durant la guerre civile, organiser puis diriger une armée parlementaire tout aussi disciplinée qu’implacable.
En 1646, les armées royales sont défaites et Charles Ier est en fuite. Livré par les Écossais, le roi est condamné à mort et exécuté le 30 janvier 1649, sous la pression de Cromwell qui reste alors seul maître de l’Angleterre, devenue un Commonwealth.

Louise de Savoie : la Dame de fer de la Renaissance

Louise de Savoie (1476-1531) et Marguerite d'Autriche (1480-1530).
Louise de Savoie (1476-1531) et Marguerite d’Autriche (1480-1530).

Il ne fait guère de doute que si son fils avait été moins célèbre, Louise de Savoie aurait eu une postérité dépassant largement celle qu’elle a aujourd’hui. Fille du duc de Savoie, veuve, à dix-huit ans du duc d’Angoulême, belle, intelligente, intrigante aussi, Louise de Savoie pèsera de tout son poids sur le règne de son fils, François Ier. A peine accède-t-il au trône qu’elle se fait octroyer le duché d’Angoumois ; c’est elle également qui assure la régence lors des guerres d’Italie, en 1515. Un rôle qu’elle aura à assurer à nouveau exactement dix ans plus tard après la défaite de Pavie, bataille au cours de laquelle le roi sera fait prisonnier par les troupes espagnoles. C’est alors elle qui négocie, avec habileté, il faut le reconnaître, la libération du souverain -en échange d’une rançon qu’elle "oubliera" de payer- ; elle également qui organise la ligue de Cognac contre l’Autriche ; elle enfin qui négocie avec la sœur de l’empereur la fameuse "paix des Dames". Autant de preuves de son talent, de diplomate, de négociatrice ; autant de preuves qui font oublier les excès dont elle se rendra coupable en tant que mère du souverain et en tant que régente. Car Louise de Savoie aimait l’argent. Elle l’aimait même tant qu’elle dilapidera les fonds initialement destinés à la guerre, un "fait d’armes" dont elle fera accuser Semblançay. Louise de Savoie était également orgueilleuse. Et elle l’était tant qu’elle provoquera la défection du connétable de Bourbon qu’elle poursuivait de sa vindicte depuis le jour où il avait refusé de l’épouser. Au passage, elle n’oubliera cependant pas de récupérer les terres du traître…

Galilée : martyr de l’Inquisition ?

Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).
Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).

Décidément, certains mythes ont la vie dure. Allez savoir pourquoi, on brode à souhait et depuis des siècles, sur l’obscurantisme de l’Eglise toujours prête à rejeter la science. La preuve : n’est-ce pas l’Inquisition qui a condamné Galilée ? Et pourquoi, je vous le demande ! Parce qu’il disait que la terre était ronde ! Evidemment, devant de tels arguments, on ne peut que taxer l’Eglise d’avoir été rétrograde et Galilée fait presque figure de martyr. Mais voilà, jamais l’Eglise n’a récusé le fait que la terre soit ronde –ce n’était d’ailleurs pas, mais absolument pas le propos de Galilée- et le pseudo « martyr »  n’en était pas un.
Galileo Galilei –Galilée en français- attire tout jeune l’attention de ses maîtres de l’université de Pise par l’ampleur de ses connaissances et l’originalité de ses recherches. Découvreur à 19 ans, inventeur d’une balance hypostatique dans la foulée, il devient, en 1589, soit à 25 ans à peine, professeur de mathématiques à Pise puis obtient, trois ans plus tard, la chaire de mathématiques de l’université de Padoue. Une fonction qu’il occupera pas moins de dix-huit ans.
On ne sait pas trop à quel moment il tiendra pour vrai les théories de Copernic, mais il est à peu près certains qu’il le fait définitivement siennes après la découverte des quatre satellites de Jupiter (1610). Une découverte d’ailleurs obtenue grâce à une lunette astronomique de sa fabrication.

Hastings : le sauveur de l’Inde britannique

Portrait de Warren Hastings (1732-1818).
Portrait de Warren Hastings (1732-1818).

D’une ancienne famille tombée dans la pauvreté, Warren Hastings devait faire sa fortune et sa gloire dans les colonies. Entré en 1750 au service de la Compagnie des Indes, envoyé au Bengale sous l’autorité de Clive, il devait en être le gouverneur en 1772 avant de prendre le poste, de 1773 à 1785, de gouverneur général de l’Inde. Un poste qui fera de lui l’artisan majeur du redressement de l’Inde britannique.
De fait, lorsqu’il entre en fonction, Warren Hastings sait déjà tout des gaspillages, des concussions qui noyautent le pays. Il sait tout des manques à gagner aussi et sa première action sera de réformer le "diwani", c’est-à-dire l’administration de Finances, et de reprendre en main la perception de l’impôt. A la réforme de l’impôt, suivra rapidement celle de la justice civile avec l’installation d’une cour d’appel à Calcutta et la mise en place d’une véritable politique coloniale. Une colonisation qui sera troublée par les incursions françaises -dommage "colatéral" à la guerre d’Indépendance américaine- et par la résistance plus ou moins organisée de quelques seigneurs.

Un brillant météore nommé Raphaël

Quand Rafaello Sanzio arrive à Florence le 19 avril 1504, il n’est qu’un jeune peintre provincial doué mais inconnu. Pendant quatre longues années, Raphaël va peindre de ravissantes Madones. En 1508, il se rend à Rome où le pape Jules II cherche des artistes pour décorer ses nouveaux appartements. Les cartons de ce jeune peintre obscur vont enthousiasmer à ce point Jules II que celui-ci confie à Raphaël la totalité du travail. Il s’agit d’un ensemble gigantesque de fresques.

Catherine Howard ou Messaline à la cour d’Angleterre

Portrait de Catherine Howard (1522-1542).
Portrait de Catherine Howard (1522-1542).

On ne pourra pas dire qu’Henri VIII n’était pas prévenu ; pas plus que l’attitude de son épouse était imprévisible. Elevée chez une de ses tantes, Catherine Howard, nièce de Thomas Howard, troisième duc de Norfolk, connaîtra une jeunesse pour le moins libre, comptant parmi ses multiples amants son propre cousin, Thomas Culpeper. Et lorsque l’archevêque de Winchester, Stephen Gardiner, la présenta à Henri VIII, c’est certes avec l’idée bien précise et bien assise d’en faire la nouvelle passion du souverain. Une manœuvre qui réussira au delà des espoirs les plus fous de l’archevêque puisque le souverain n’hésita pas à répudier son épouse d’alors, Anne de Clèves, pour s’unir, d’abord secrètement, avec Catherine Howard. Elle devenait de fait la cinquième épouse du souverain… Elle ne sera pas la dernière. En effet, si Catherine Howard affichait volontiers ses mœurs libres, Henri VIII s’était déjà révélé pour le moins inconstant en amour. Anne Boleyn, la plus célèbre de ses épouses, avait remplacé Catherine d’Aragon, avant d’être poussée hors de la couche royale par Jane Seymour. Trois épouses, trois reines qui avaient chacune donné un enfant à Henri VIII. Trois épouses, trois reines qui, par leur destin tragique, annonçait la versatilité amoureuse du souverain. Quant au sort de la cinquième épouse, il sera tel qu’on pouvait s’y attendre de la part d’un roi tel qu’Henri VIII : accusé d’adultère, Catherine Howard sera exécutée en 1542, deux ans à peine après son mariage avec le Tudor. Une accusation sans doute vraie, mais certainement bien pratique et mise en avant par l’entourage du roi, heureux, une fois encore, de fermer les yeux ; heureux, une dernière fois, de convoler en justes noces…

Marat-Corday : victimes d’un idéal

La mort de Marat peinte par David.
La mort de Marat peinte par David.

Charlotte Corday, Jean-Paul Marat : deux noms liés pour l’éternité ; deux noms qui désignent l’assassin et sa victime ; deux noms qui illustrent admirablement le désarroi dans lequel la France révolutionnaire se trouve à l’aube de sa jeune existence. Car au final, Charlotte Corday, l’assassin, et Marat, la victime, sont tous deux à mettre au nombre des victimes du même idéal : celui de la Révolution.
Lorsque éclate la Révolution française, en 1789, Jean-Paul Marat a déjà largement fait œuvre d’esprit révolutionnaire. Il en est même un des inspirateurs. Ainsi, ce médecin installé depuis 1767 à Londres s’est déjà distingué en écrivant Philosophycal essay on Man (1773) et The Chains of Slavery -Les chaînes de l’esclavage- (1774) : deux titres pour le moins inspirés et engagés. Or l’engagement, c’est justement ce que recherche Marat qui postule à l’Académie des sciences -qui lui ferme ses portes- et qui entre en franc-maçonnerie. De fait, Marat aurait pu demeurer un scientifique exalté, porté à la discussion et à l’agression même si la Révolution n’avait décidé de s’inviter dans sa vie. De fait, les événements de 1789 allaient avoir le mérite, pour Marat, de combler son désir d’action, d’exalter son imagination. Dès septembre 1789, il fonde l’Ami du peuple, un journal dans lequel il combat sans relâche contre les compromissions, l’éventuel détournement de l’idéal révolutionnaire. Du moins de SON idéal.