Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.

Le mystère La Ramée

Charles IX et Catherine de Médicis (d'après une gravure du XIXe siècle).
Charles IX et Catherine de Médicis (d’après une gravure du XIXe siècle).

Charles IX aurait-il eu un fils ? C’est du moins ce que prétend le jeune La Ramée qui, profitant des troubles toujours présents dans le royaume malgré le couronnement d’Henri IV, se rend à Reims pour s’y faire sacrer roi.
D’après le jeune homme, Catherine de Médicis l’aurait enlevé à sa naissance et l’aurait abandonné. Pourquoi ? Cela, La Ramée ne l’explique pas. Pourtant, quel intérêt aurait eu la reine mère ? Au contraire, il fallait un héritier à son fils, un héritier légitime, et Charles IX avait déjà un bâtard de Marie Touchet qui finit duc d’Angoulême alors, un de plus ou de moins ?
L’affaire fait grand bruit mais ne convainc personne : le 9 février 1596 La Ramée est pendu en place de Grève…

À nous l’Amérique !

Le marquis de La Fayette (1757-1834).
Le marquis de La Fayette (1757-1834).

La terrible guerre d’Indépendance américaine a fait de Marie Joseph Motier, marquis de La Fayette, un héros. Quand, à l’âge de dix-huit ans, le capitaine de cavalerie La Fayette entend parler du combat pour la liberté mené par les « Insurgents» dans toute l’Amérique, il décide, malgré l’opposition de Versailles, d’affréter un navire. Il embarque, le 20 avril 1777, pour la Caroline du Sud, où il est accueilli très chaleureusement. Le Congrès, par contre, est plus réticent et La Fayette obtient seulement de servir, sans solde, comme major général dans l’armée américaine. Il y rencontre Washington, qui lui témoignera toujours une vive amitié. Intrépide, infatigable, il est sur tous les fronts pour soutenir la cause américaine et, de retour en France, obtient l’envoi de six mille soldats.

Cromwell : la main de Dieu

Oliver Cromwell (1599-1658).
Oliver Cromwell (1599-1658).

L’histoire a fait d’Oliver Cromwell un régicide, l’homme qui a bien failli mettre définitivement un terme à la monarchie anglaise. Bref, elle a fait de lui un révolutionnaire "à la française" avant l’heure. Mais ce n’est pas le désir d’abattre la monarchie qui a animé l’action de Cromwell : c’est la religion.
Né dans une famille de gentilshommes campagnards, Oliver Cromwell fait ses études au Sussex College de Cambridge, foyer du puritanisme de l’époque. C’est là, qu’il se "convertit" au puritanisme. Un puritanisme qui va guider toute sa vie. Etabli à Ely, dans le comté de Cambridge, dès 1626, il siège au Parlement deux ans plus tard et devient député au Long et au Court parlement en 1640. Et c’est parce qu’il se place comme un adversaire des épiscopalistes, qu’il devient celui du pouvoir royal, le second soutenant le premier. La guerre civile qui devait se déclarer en 1642 sera, pour lui, une guerre religieuse avant tout. Il y prendra part, dès 1643, en créant le régiment de cavalerie des Ironsides, les Côtes de fer. Un régiment devenu célèbre par son fanatisme et sa discipline.

Anne, dernière duchesse de Bretagne

Anne, héritière de François II, duc de Bretagne, succède à son père à la tête du duché en 1488… elle a tout juste douze ans. Très vite, la petite duchesse saura rallier tout son peuple autour d’elle pour tenter de préserver l’indépendance du duché. Mais c’est peine perdue et, en 1492, après que la Bretagne ait été soumise, Anne doit finalement se marier avec le jeune roi de France, Charles VIII (1483-1498).

Saint-Just, l’archange de la Terreur

Louis-Antoine de Saint-Just (1767-1794), gravure du XIXe siècle.
Louis-Antoine de Saint-Just (1767-1794), gravure du XIXe siècle.

Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé, proclame Louis Antoine de Saint-Just (1767-1794) en ce 26 février 1794.
Saint-Just présente alors le rapport sur la « loi de ventôse » qui confisque les biens des suspects. La Terreur est déjà fort bien installée et cette loi, promulguée par « l’archange de la Terreur », ne fait que la renforcer.
Fils d’un capitaine de cavalerie, issu d’une famille de robins –gens de robe-, Louis-Antoine de Saint-Just, après des études chez les Oratoriens de Soissons, devient clerc de procureur puis reprend ses études à Reims. De fait, Saint-Just ne sait que faire de sa personne. Ses parents non plus d’ailleurs, qui le feront enfermer quelques mois pour avoir dérobé des objets appartenant à sa mère…
En 1789, il vient de publier une épopée soi-disant satirique mais, aux dires des spécialistes, certainement obscène –et laborieusement encore-, lorsque éclate la Révolution. Il a alors à peine 22 ans et s’est à corps perdu qu’il va s’y jeter.
Et dès ce moment, Louis-Antoine de Saint-Just va afficher très clairement son idéal : une République égalitaire formée par un peuple d’agriculteurs.

Wallenstein, le condottiere des Habsbourg

Albrecht Wallenstein (1583-1634).
Albrecht Wallenstein (1583-1634).

Il n’est pas donné à tous les militaires de voir leur nom et leur personne devenir le personnage central d’une pièce de théâtre. Et une trilogie en plus ! En effet, c’est en s’inspirant de la vie -pour le moins mouvementée- d’Albrecht von Wallenstein que Schiller écrira le drame éponyme.
Fils d’une famille noble de Waldstein, Wallenstein était né protestant mais, après un séjour estudiantin en Italie, il se convertit au catholicisme (1606). Un acte décisif -sans doute guidé par des motifs aussi bien religieux que politiques- qui allait le lier aux Habsbourg dont il sera un des chefs de guerre les plus talentueux, les plus décisifs au cours de la guerre politico-religieuse qu’est la guerre de Trente ans. Marié à une riche veuve, qui après cinq années de mariage devait décéder, il se trouva dès 1614 à la tête d’une fortune considérable. Ayant déjà servi l’empereur, il fut un des rares nobles -sans doute aidé par son indépendance financière- à soutenir les Habsbourg lors de la révolte de la Bohême, en 1618.  Il leva une armée à ses frais et combattit en Moravie. Pour le récompenser de sa fidélité, Ferdinand II augmentera encore la fortune du condottiere en lui offrant d’immenses domaines en Bohême. Prince d’empire en 1623, il se remaria avec la fille d’un personnage important de la cour et fut fait duc de Friedland en 1624.

Les colères d’Étienne Dolet

Etienne Dolet (1509-1546).
Etienne Dolet (1509-1546).

Sans doute l’un des plus brillants humanistes de son temps, à la fois poète, grammairien et traducteur d’œuvres grecques et latines. Mais aussi un intellectuel turbulent, impétueux, en rébellion contre toutes les autorités religieuses ou politiques. Une légende tenace -et sans fondement historique- fait d’Étienne Dolet un fils naturel de François 1er. Mais il est vrai que le roi interviendra à deux reprises pour le sauver de la prison et du bûcher. En 1542, il s’établit comme imprimeur à Lyon et lance de violentes attaques contre Rabelais, Marot et Érasme.

Catherine de Médicis ou Machiavel à la cour de France

Catherine de Médicis (1519-1589) d'après une gravure du XIXe siècle.
Catherine de Médicis (1519-1589) d’après une gravure du XIXe siècle.

Le peuple l’avait tellement en horreur et mauvaise opinion, rapporte le chroniqueur Lestoile à propos de Catherine de Médicis, que tout ce qui advenait de malencontreux lui était imputé.
Calculatrice, retors, empoisonneuse : tout, on aura tout reproché à cette Italienne, au point que sa légende noire, largement relayée par les historiens du XIXe siècle (au crédit tout relatif) et par les cinéastes du XXe. Pourtant, le personnage de Catherine de Médicis est bien moins tranché que cela ; il est même tout en nuance, même si, il faut bien le reconnaître, elle a fait de la politique de Machiavel une réalité.
Fille de Laurent II de Médicis, duc d’Urbin, et de Madeleine de la Tour d’Auvergne, Catherine, orpheline de père et de mère très jeune, va vivre les vicissitudes de la révolte florentine avant d’épouser, grâce à son oncle, le pape Clément VII, le second fils de François Ier, Henri d’Orléans. Nous sommes alors en 1533 : Catherine a quatorze ans ; comme Henri. Cultivée, aimant les arts, Catherine ne dépareille nullement à la cour de France mais son jeune époux est subjuguer par une dame de la cour, de dix-neuf ans plus âgée que lui : une certaine Diane de Poitiers. Jamais, Catherine ne réussira à détourner Henri de cette passion et si elle ne s’en réjouit pas, du moins fit-elle bonne figure, allant jusqu’à «  négocier » avec la dame d’Anet pour qu’Henri fasse son devoir de roi. Car depuis 1536, date à laquelle meurt le fils aîné de François Ier, Henri est dauphin. Et sa première tâche est d’assurer une descendance. Il faudra pas moins de dix ans pour qu’enfin naisse un premier enfant : en 1544 naît François, futur François II. Il aura pas moins de neuf frères et sœurs ! La succession au trône semble largement assurée… et pourtant : la mort d’Henri III, dernier fils de Catherine, verra un changement de dynastie.

Lucrèce Borgia : victime d’un mythe

Lucrèce Borgia (1480-1519).
Lucrèce Borgia (1480-1519).

Les enfants de ce siècle ont Satan pour nourrice
On berce en leurs berceaux les enfants et le vice… , écrivait Agrippa d’Aubigné.

Incestueuse et meurtrière, la belle Lucrèce Borgia a traversé les siècles avec une réputation sulfureuse. Une réputation entretenue avec ardeur par les historiens du XIXe siècle qui ne pouvaient laisser passer une telle possibilité de critiquer la papauté sur sa moralité. Quant à l’histoire, elle avait juste la touche de romanesque et de noirceur susceptible de satisfaire aux goûts très littéraires et bien peu scientifiques d’un plus grand nombre…
Fille du pape Alexandre VI Borgia, Lucrèce apparaît surtout comme la victime des manœuvres politiques de son père et de son frère, César.
D’abord mariée à Giovanni Sforza, elle voit son union annulée par son père qui la donne ensuite à Alphonse d’Aragon mais ce second époux est, peu après, assassiné par son frère, César Borgia.
Lucrèce semble irrémédiablement condamnée à subir ses terribles parents quand, en 1501, elle épouse Alphonse d’Este, le futur duc de Ferrare, qui la soustrait finalement aux manœuvres  machiavéliques de sa redoutable famille.
Mécène reconnue, la belle Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, meurt en juin 1519, après avoir fait de sa cour l’un des plus intenses centres artistiques d’Europe.