Lucrèce Borgia : victime d’un mythe

Lucrèce Borgia (1480-1519).
Lucrèce Borgia (1480-1519).

Les enfants de ce siècle ont Satan pour nourrice
On berce en leurs berceaux les enfants et le vice… , écrivait Agrippa d’Aubigné.

Incestueuse et meurtrière, la belle Lucrèce Borgia a traversé les siècles avec une réputation sulfureuse. Une réputation entretenue avec ardeur par les historiens du XIXe siècle qui ne pouvaient laisser passer une telle possibilité de critiquer la papauté sur sa moralité. Quant à l’histoire, elle avait juste la touche de romanesque et de noirceur susceptible de satisfaire aux goûts très littéraires et bien peu scientifiques d’un plus grand nombre…
Fille du pape Alexandre VI Borgia, Lucrèce apparaît surtout comme la victime des manœuvres politiques de son père et de son frère, César.
D’abord mariée à Giovanni Sforza, elle voit son union annulée par son père qui la donne ensuite à Alphonse d’Aragon mais ce second époux est, peu après, assassiné par son frère, César Borgia.
Lucrèce semble irrémédiablement condamnée à subir ses terribles parents quand, en 1501, elle épouse Alphonse d’Este, le futur duc de Ferrare, qui la soustrait finalement aux manœuvres  machiavéliques de sa redoutable famille.
Mécène reconnue, la belle Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, meurt en juin 1519, après avoir fait de sa cour l’un des plus intenses centres artistiques d’Europe.

Alberoni ou le rêve brisé de la Grande Espagne

Giulio Alberoni (1664-1752).
Giulio Alberoni (1664-1752).

C’est le duc de Vendôme qui, le premier, devait donner sa chance à Giulio Alberoni, un modeste italien, fils d’un pauvre jardinier. Et c’est en suivant le duc de Vendôme, qu’il alalit apparaître dans le paysage politique espagnol. Arrivé dans la péninsule en 1711, il obtient les faveurs de la princesse des Ursins qui le fit nommer agent du duc de Parme à Madrid en 1713. Nommé premier ministre d’Espagne en 1714, cardinal en 1717, il avait formé le projet -pour le moins ambitieux- de relever l’Espagne. Cela signifiait avant tout de lui redonner une stature internationale. Et pour ce faire, Alberoni ne vit d’autre solution que d’envahir la Sardaigne, violant ainsi la paix d’Utrecht. Le résultat ne se fait pas attendre : l’Espagne devait alors se trouvé face à la France, à l’Angleterre, à la Hollande et à l’Autriche, unies pour le maintient de la paix… et pour que l’Espagne ne redevienne pas une grande puissance. De fait, pendant près d’un siècle et demi, l’Espagne avait littéralement régné sur l’Europe et sur le monde -à travers ses colonies. On appelle généralement cette période, le Siècle d’or -avec une majuscule ! Un Siècle d’or qui cesse dès le règne de Philippe IV, laissant place, ensuite, aux revers, tant diplomatiques que militaires.

Un faux tsar nommé Pougatchev

En 1762, Pierre III, tsar de Russie, est renversé puis emprisonné à Robscha. Le septième jour de sa détention, il meurt âgé seulement de trente-quatre ans. Son corps, ramené à Saint-Pétersbourg, est exposé aux yeux du peuple. Malgré cette preuve publique, des imposteurs, originaires de multiples provinces, tentent de se faire passer pour le tsar défunt. Le plus célèbre d’entre eux est Pougatchev.

Cromwell, « l’expert religieux » d’Henri VIII

Thomas Cromwell (v. 1485-1540).
Thomas Cromwell (v. 1485-1540).

Avec un souverain tel qu’Henri VIII, l’ascension pouvait certes être rapide, mais la descente pouvait également s’avérer fatale au moindre écart. Thomas Cromwell, qui n’a aucun rapport avec Oliver et Richard Cromwell, les fameux lords protecteurs, en fera l’amère expérience.
Soldat puis marchand en Italie, bref, aventurier, cet homme de basse extraction va trouver la fortune au service de Wolsey, cardinal et homme politique chargé des Affaires étrangères sous Henri VIII. Une fortune qui va conduire Cromwell jusqu’au Parlement anglais –rien de moins- où il va s’autoproclamer expert en questions religieuses. Certes, la période s’y prêtait ; elle allait même devenir une qualité indispensable au point que Cromwell deviendra le principal conseiller du souverain sur ce problème. Sa formation ? Nulle. Son expérience ? Idem, à moins que l’on ne compte pour telle la confiscation des biens des monastères que Cromwell opérera au nom de la couronne… mais pour son propre compte.

Stanislas, le roi qui ne l’était pas

Stanislas II Poniatowski (1732-1798).
Stanislas II Poniatowski (1732-1798).

Depuis des années, la Pologne était l’objet de toutes les convoitises et, surtout, de toutes les prédations. On s’en emparait ; on se le partageait sans vergogne aucune. Stanislas Poniatowski, tout en étant le dernier des rois de Pologne, illustre à lui tout seul le destin polonais.
C’est au cours d’un voyage en Russie que, Stanislas Poniatowski, aristocrate bien né, va faire la connaissance de la future tsarine Catherine II. Nous sommes alors en 1755 et, au cours de ce séjour, Poniatowski devient l’amant de la princesse. C’est ce qui aller faire sa fortune et décider du sort de la Pologne pour les années à venir. Deux ans après cette première rencontre, Poniatowski est nommé ambassadeur de Pologne en Russie et, en 1764, après que Catherine II soit devenue tsarine, il est « élu » au trône de Pologne. Elu entre guillemets car il est bien évident que la main de Catherine II est toute entière dans cette élection. D’ailleurs, Poniatowski, devenu Stanislas II, acquit peut-être un trône mais certainement pas la liberté et l’indépendance. Une indépendance que la Russie, malgré tout l’amour que la tsarine avait pour son amant, ne lui accordera jamais.

Le Père Joseph : l’éminence grise de Son Eminence

François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).
François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).

J’ai perdu mon bras droit, affirme Richelieu à la mort de son plus sûr confident, le Père Joseph.
Fils d’un président du Parlement, François Joseph Leclerc du Tremblay est né à Paris le 4 novembre 1577. Après un brillant passage à l’armée et à la cour, il entre dans les ordres où il devient le « Père Joseph ».
Homme d’action comme de réflexion, il prêche dans les églises, envoie des missions à l’étranger, fonde le couvent des « Filles du Calvaire » et travaille à la conversion des protestants. En 1616, il est appelé pour servir de médiateur entre Marie de Médicis et les princes. Entré malgré lui dans l’arène politique, le capucin gagne l’estime et l’amitié de Richelieu, qui, en 1624, le prend comme conseiller personnel.

Marie-Antoinette : de Versailles à l’échafaud

Portrait de Marie-Antoinette (1755-1793).
Portrait de Marie-Antoinette (1755-1793).

C’est une jeune fille pétulante, vive et joyeuse qui, le 14 mai 1769, épouse le dauphin de France, Louis-Auguste de Bourbon. Le jeune marié se montre taciturne, renfermé et extrêmement timide et les premiers contacts sont loin d’être prometteurs mais cela ne semble pas refroidir l’enthousiasme de Marie-Antoinette qui quitte avec bonheur –et une légère inquiétude cependant- la placide cour d’Autriche.
Elevée dans un milieu presque bourgeois selon les désirs de sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse, Maria Antonia Josepha Johanne, dite Marie-Antoinette, va rapidement se mettre au fait des exigences d’une cour où l’on ne plaisante pas avec l’étiquette. Une cour où les haines et les cabales animent la vie des courtisans aussi. Une cour, enfin, qui est réputée comme la plus fastueuse d’Europe. Après quelques temps d’adaptation, la jeune femme s’y sentira tout à fait à l’aise.
La petite dauphine a du charme ; elle le sait et elle en joue : le roi Louis XV y succombe, ainsi que le peuple de Paris. Quant à son mari, Louis-Auguste, son ascendant sur lui est grandissant.

Le chevalier d’Eon : « cherchez la femme »

Le chevalier d'Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).
Le chevalier d’Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).

Londres, le 21 mai 1810, dix heures du soir : une vieille femme expire, assistée d’un prêtre et de sa dame de compagnie. On ne saura que plus tard que la dite « vieille femme » n’était autre que… le chevalier d’Éon. Mais, au fait, chevalier ou chevalière ?
Fils d’un avocat au Parlement de Bourgogne, avocat lui-même, Charles, Geneviève, Louise, Auguste, André, Thimothée d’Éon de Beaumont quitte bien vite la robe de magistrat pour entamer une carrière internationale… d’agent secret. Sa première mission le conduit en Russie. C’est également la première fois que son travestissement est avéré. Car c’est  sous le nom de Lya de Beaumont et en tant que lectrice à la cour de la tsarine Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, que l’agent secret de Louis XV opère. La délicatesse de ses traits et un art consommé du déguisement assure son succès.

Madame Geoffrin, la “mère” du roi Stanislas

Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.
Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.

On le sait, le XVIIe siècle mais surtout le XVIIIe siècle seront les siècles des salons. C’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de madame de Rambouillet qu’allait naître une mode qui fera la joie -et la gloire- de quelques beaux esprits ou de ceux qui se voyaient tels. Exilée volontaire de la cour d’Henri IV -qu’elle jugeait trop licencieuse-, madame de Rambouillet animera, de 1610 à 1660, une "espèce d’académie de beaux-esprits, de galanterie, de vertu et de science", selon le mot de Saint-Simon. Le cardinal de Richelieu, Condé, Malherbe, La Rochefoucauld, madame de Longueville, madame de Scudéry, pour ne citer les plus célèbres, se pressaient autour de Catherine de Rambouillet, devenue pour l’occasion Arthenice, et jouaient de galanterie, critiquaient les ouvrages récents ou faisaient assaut d’esprit et de philosophie. C’est à l’hôtel de Rambouillet que Corneille jouera la première de Polyeucte, que Bossuet, âgé de seize ans à peine, improvisera un sermon. Philosophes, poètes, tous, se voyaient contraint de passer sous le regard critique des habitués s’ils avaient l’ambition ne serait-ce que d’exister.
Au siècle suivant, la mode resta aux salons dont certains, par contre, allaient se "spécialiser", les uns accueillant les poètes, les autres les philosophes, les autres encore les scientifiques. Ce ne sera pas le cas du salon de madame Geoffrin qui devait demeurer dans la généralité.

Charles XII de Suède, le « roi de fer »

Une balle pesant une demi-livre l’avait atteint à la tempe droite (…) L’instant de sa blessure avait été celui de sa mort ; cependant il avait eu la force, en expirant d’une manière si subite, de mettre, par un mouvement naturel, la main sur la garde de son épée et était encore dans cette attitude.
C’est ainsi que Voltaire décrit la mort de Charles XII, le 11 décembre 1718, devant la forteresse norvégienne de Frederickshall qu’il assiégeait.