Un grand commis de l’État nommé Colbert

En septembre 1680, peu après l’arrestion de Nicolas Fouquet, Jean-Baptiste Colbert devient « grand commis » de l’État, assumant la quasi totalité du pouvoir. Ce Champenois, fils d’un drapier, qui commença sa carrière dans l’ombre de Mazarin, va, durant un quart de siècle, administrer le royaume de France.
Travailleur acharné, gestionnaire sérieux, Colbert tente d’équilibrer les finances royales, en pratiquant une économie protectionniste à outrance. Sa politique, qui pénalise le commerce des autres puissances européennes, sera l’une des causes des interminables guerres engagées par Louis XIV.

Lucrèce Borgia : victime d’un mythe

Lucrèce Borgia (1480-1519).
Lucrèce Borgia (1480-1519).

Les enfants de ce siècle ont Satan pour nourrice
On berce en leurs berceaux les enfants et le vice… , écrivait Agrippa d’Aubigné.

Incestueuse et meurtrière, la belle Lucrèce Borgia a traversé les siècles avec une réputation sulfureuse. Une réputation entretenue avec ardeur par les historiens du XIXe siècle qui ne pouvaient laisser passer une telle possibilité de critiquer la papauté sur sa moralité. Quant à l’histoire, elle avait juste la touche de romanesque et de noirceur susceptible de satisfaire aux goûts très littéraires et bien peu scientifiques d’un plus grand nombre…
Fille du pape Alexandre VI Borgia, Lucrèce apparaît surtout comme la victime des manœuvres politiques de son père et de son frère, César.
D’abord mariée à Giovanni Sforza, elle voit son union annulée par son père qui la donne ensuite à Alphonse d’Aragon mais ce second époux est, peu après, assassiné par son frère, César Borgia.
Lucrèce semble irrémédiablement condamnée à subir ses terribles parents quand, en 1501, elle épouse Alphonse d’Este, le futur duc de Ferrare, qui la soustrait finalement aux manœuvres  machiavéliques de sa redoutable famille.
Mécène reconnue, la belle Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, meurt en juin 1519, après avoir fait de sa cour l’un des plus intenses centres artistiques d’Europe.

Les Hussites : de la Réforme à la révolution

Jan Hus (mort en 1415), d'après une gravure ancienne.
Jan Hus (mort en 1415), d’après une gravure ancienne.

Si Martin Luther fait généralement figure de fondateur du protestantisme, force est de constater que le moine allemand avait surtout puiser ses idées ou ses fameuses propositions sur les théories d’autres penseurs, d’autres réformateurs. Jan Hus est certainement le plus fameux d’entre eux et celui qui entraînera le plus de partisans résolus, voir violents.
La condamnation suivie de l’exécution, au cours du concile de Constance (1415), de Jan Hus allait engendrer un vaste mouvement protestataire en Bohème, d’où il était originaire et où il avait sévi. Mais un mouvement plus seulement réduit à la protestation religieuse, un mouvement qui va tourner au politique. Il serait d’ailleurs plus exact de parler de deux mouvements distincts, les Hussites se divisant, presque immédiatement après la mort de leur leader, en deux branches distinctes. Les utraquistes, nommés ainsi d’après le mot latin sub utraque specie -sous les deux espèces-, ou calixtins, en raison du calice qui était l’emblème de leur ralliement, avaient axés leur revendication sur l’aspect religieux et notamment sur la communion sous les deux espèces, ce qui en faisait des protestataires relativement modérés. Les Taborites -du nom de la ville de Tabor, près de laquelle Hus avait vécu en exil-, au contraire, vont se révéler, dès le début, nettement plus extrémistes, pour ne pas dire révolutionnaires.

Alberoni ou le rêve brisé de la Grande Espagne

Giulio Alberoni (1664-1752).
Giulio Alberoni (1664-1752).

C’est le duc de Vendôme qui, le premier, devait donner sa chance à Giulio Alberoni, un modeste italien, fils d’un pauvre jardinier. Et c’est en suivant le duc de Vendôme, qu’il alalit apparaître dans le paysage politique espagnol. Arrivé dans la péninsule en 1711, il obtient les faveurs de la princesse des Ursins qui le fit nommer agent du duc de Parme à Madrid en 1713. Nommé premier ministre d’Espagne en 1714, cardinal en 1717, il avait formé le projet -pour le moins ambitieux- de relever l’Espagne. Cela signifiait avant tout de lui redonner une stature internationale. Et pour ce faire, Alberoni ne vit d’autre solution que d’envahir la Sardaigne, violant ainsi la paix d’Utrecht. Le résultat ne se fait pas attendre : l’Espagne devait alors se trouvé face à la France, à l’Angleterre, à la Hollande et à l’Autriche, unies pour le maintient de la paix… et pour que l’Espagne ne redevienne pas une grande puissance. De fait, pendant près d’un siècle et demi, l’Espagne avait littéralement régné sur l’Europe et sur le monde -à travers ses colonies. On appelle généralement cette période, le Siècle d’or -avec une majuscule ! Un Siècle d’or qui cesse dès le règne de Philippe IV, laissant place, ensuite, aux revers, tant diplomatiques que militaires.

Le café en France

Le marquis de Lyonne, ministre des Affaires étrangères de Louis XIV, reçoit, le 19 novembre 1669, au palais de Versailles, l’ambassadeur ottoman et lui offre le café.
Peu connu à cette époque, le café, dont le nom turc kahwé vient de l’arabe qahwa, a d’abord été cultivé au sud-ouest de l’Éthiopie. Répandu dans le monde musulman dès le IXe siècle, il fait son apparition en Europe aux XVIe et XVIIe siècles.
Introduit en France en 1641, il est mis à la mode par l’ambassadeur turc et  l’Europe se met à raffoler du café.

Les femmes aux temps des Lumières : art, sciences et littérature

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).

Alors que l’on connaît les fameux salons pour leur préoccupation essentiellement politique, certains d’entre eux vont totalement les dédaigner préférant réserver toute leur attention aux arts… où l’on ne peut pas dire que les femmes eurent une place considérable.
Certes, on compte quelques exceptions, telles qu’Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre (v. 1660-1729), qualifiée par le Mercure galant de « merveille du XVIIe siècle », et qui s’illustre au clavecin au point d’attirer la bienveillance du roi lui-même ; comme Émilie d’Aubigny, dite la Maupin, et la Demoiselle Chantilly qui font leurs preuves dans le monde de l’opéra comique ; ou encore comme Madame Vigée-Lebrun, restée célèbre pour ses portraits de Marie-Antoinette et de ses enfants.

Galilée : martyr de l’Inquisition ?

Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).
Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).

Décidément, certains mythes ont la vie dure. Allez savoir pourquoi, on brode à souhait et depuis des siècles, sur l’obscurantisme de l’Eglise toujours prête à rejeter la science. La preuve : n’est-ce pas l’Inquisition qui a condamné Galilée ? Et pourquoi, je vous le demande ! Parce qu’il disait que la terre était ronde ! Evidemment, devant de tels arguments, on ne peut que taxer l’Eglise d’avoir été rétrograde et Galilée fait presque figure de martyr. Mais voilà, jamais l’Eglise n’a récusé le fait que la terre soit ronde –ce n’était d’ailleurs pas, mais absolument pas le propos de Galilée- et le pseudo « martyr »  n’en était pas un.
Galileo Galilei –Galilée en français- attire tout jeune l’attention de ses maîtres de l’université de Pise par l’ampleur de ses connaissances et l’originalité de ses recherches. Découvreur à 19 ans, inventeur d’une balance hypostatique dans la foulée, il devient, en 1589, soit à 25 ans à peine, professeur de mathématiques à Pise puis obtient, trois ans plus tard, la chaire de mathématiques de l’université de Padoue. Une fonction qu’il occupera pas moins de dix-huit ans.
On ne sait pas trop à quel moment il tiendra pour vrai les théories de Copernic, mais il est à peu près certains qu’il le fait définitivement siennes après la découverte des quatre satellites de Jupiter (1610). Une découverte d’ailleurs obtenue grâce à une lunette astronomique de sa fabrication.

Vatel : l’art des papilles

Vue de Vaux-le-Vicomte où officia Vatel.
Vue de Vaux-le-Vicomte où officia Vatel.

Parce que la fête était désormais érigée en art de vivre, parce que la perfection en était la condition indispensable, Vatel, le plus célèbre des maître d’hôtel français, va devenir une véritable légende. Découvert par le Roi-Soleil alors qu’il était au service du surintendant Nicolas Fouquet -le fameux et malheureux maître de Vaux-le-Vicomte-, passé ensuite au service du prince de Condé, on a dit de cet adepte de la perfection qu’il s’était passé une épée en travers du corps… parce qu’une sauce avait été raté. Ou serait-ce parce que la marée avait manqué lors d’une fête donnée en l’honneur du roi ? Ou par simple dépit amoureux ? De fait, les légendes se multiplient pour accréditer une conscience professionnelle bien supérieure à ce qu’elle aurait dû être. Mais en est-il autrement maintenant, où la moindre bulle d’oxygène saveur foie gras déplace les foules ? Ou le moindre restaurant étoilé fait réserver ses tables des mois à l’avance ? Serait-ce que la France, berceau auto-proclamé de la grande cuisine, abhorre la médiocrité ? Ou serait-ce plus simplement que aujourd’hui comme hier la cuisine se conjugue comme un art, d’où un excès du maître comme de l’admirateur lorsque cet "art" est à la mode ?

Les frères Pâris

Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).
Joseph Pâris, dit Pâris-Duverney (1684-1770).

C’est avec une réputation sulfureuse que les frères Pâris font irruption dans le monde de la finance en 1704. Fils d’un aubergiste du Dauphiné, Antoine, Claude dit La Montagne, Joseph, dit Pâris-Duverney et Jean dit de Montmartel quittent subitement leur région natale parce qu’ils avaient été accusés de s’être emparés de blé durant la disette qui avait touchée le pays. Ils prennent la direction de la capitale où , en 1704, ils font fortune en assurant le ravitaillement de l’armée. C’est le troisième de la famille, Pâris-Duverney, qui prend alors la direction des affaires familiales : il obtient le bail des fermes et, surtout, se lance dans une critique sévère du système Law. En 1720, ces critiques lui valent, comme à ses frères, d’être exilés. Mais la chute de Law, quelques mois plus tard, sonne la fin de la sanction. Mieux même, Pâris-Duverney est nommé, en 1721, à la tête d’une commission chargée de réviser la fortune de ceux qui avaient fait des bénéfices exagérés. Grâce à cette commission, il permettra à l’Etat de se soustraire au versement de près de 1 500 millions de dettes et obtiendra la reconnaissance éternelle de l’Etat, en la personne du duc de Bourbon. Le duc le fait alors secrétaire de ses commandements et Pâris, avec ses frères, obtient pratiquement la direction des finances de la France de 1723 à 1726.

La « guerre des farines »

Après un automne très pluvieux et un hiver des plus rigoureux, la récolte de 1775 est catastrophique. Le prix du pain augmente considérablement et le peuple se révolte. La rébellion commence à Dijon et atteint bientôt Paris. Turgot réprime l’émeute avec fermeté et ramène le prix du pain à un taux normal. Mais cette victoire n’en est pas une et le problème reste entier : la « guerre des farines » sera l’un des signes précurseurs d’une Révolution qui pointe à l’horizon…