L’obélisque de la Concorde

Paris, le 25 octobre 1836, 11h30. Une immense foule a envahi la place de la Concorde pour admirer un piedestal de granit orné de pièces d’or et d’argent et de deux médailles à l’effigie de Louis-Philippe, roi des Français. Trois cents artilleurs tirent les palans, tandis que le son du clairon rythme l’élévation de l’obélisque. À 15h00 précises, le monument est enfin mis en place.

Héraclius : l’espoir déçu

Reproduction d'une monnaie d'Héraclius.
Reproduction d’une monnaie d’Héraclius.

Lorsque, en octobre 610, Héraclius, fils d’un exarque (gouverneur en charge de l’autorité civile et militaire d’un territoire généralement situé aux marches de l’empire) de Carthage, renverse l’usurpateur Phocas et s’empare du trône, l’empire est dans un état lamentable. Divisé sur la question du monophysisme -qui ne reconnaissait au Christ qu’une seule nature, la nature divine- ; menacé par les Perses, qui envahiront d’ailleurs l’Asie mineure, puis s’empareront de Jérusalem et de l’Egypte ; bousculé par les Lombards et les Avars qui, après l’Italie, atteignent Constantinople : l’empire, décidément, était au bord de la ruine, pour ne pas dire de l’implosion. De fait, les dix premières années du règne d’Héraclius n’ont rien de bien concluantes. Mais dès 620, il semble que la roue ait enfin tourné : Héraclius achète la retraite des Avares ; mène la réorganisation de l’armée et de l’administration ; isole -diplomatiquement- les Perses avant de se lancer dans une véritable croisade contre la dynastie sassanide. Une victoire près de Ninive, puis l’assassinat du souverain (628) allait plonger l’empire perse dans une guerre civile qui, logiquement, allait reléguer les menaces sur l’empire byzantin à une problématique d’un autre temps. Profitant de son avantage, Héraclius devait se faire rétrocéder l’Egypte et Jérusalem, où l’empereur devait faire une entrée triomphale "armé" de la Vraie croix !

Le phare d’Alexandrie

Maquette du phare d'Alexandrie, tel qu'il devait être à l'époque antique.
Maquette du phare d’Alexandrie, tel qu’il devait être à l’époque antique.

Simple village de pêcheur à l’origine, Alexandrie, en Basse-Égypte, fut fondée en 332-331 avant J.-C. par Alexandre le Grand. À la mort du conquérant, les Ptolémées lui succédèrent sur le trône égyptien et établirent leur capitale à Alexandrie, qui prit dès lors un essor considérable. Véritable plaque tournante du commerce entre Orient et Occident, Alexandrie, ville créée de toutes pièces, offrait la réalisation la plus moderne de l’urbanisme antique. Outre le mausolée d’Alexandre le Grand, la Bibliothèque, qui allait en faire un des haut-lieux de la culture hellénistique, le grand théâtre, le Sérapéion, ou temple de Sérapis, celui de Poséïdon, le musée et les palais des Ptolémées, la ville était dotée de deux ports, afin de répondre à sa vocation commerciale. Mais l’entrée de ces ports était des plus risquées. Pour remédier à ce danger, Ptolémée II Philadelphe décida, en 285 avant J.-C., de relier la ville à une petite île, Pharos (ce qui nécessita l’édification d’une digue de 1300 mètres), et d’y faire construire une tour de marbre blanc, haute de 130 mètres, au sommet de laquelle on entretenait des feux pendant la nuit pour guider les navires : ce fut le premier phare, mot qui vient de l’île de Pharos.

Anubis, le chien des morts

Anubis et Osiris entourant un défunt (iconographie reproduite d'après un papyrus antique).
Anubis et Osiris entourant un défunt (iconographie reproduite d’après un papyrus antique).

De la même façon que Cerbère est le gardien des Enfers dans la mythologie grecque, étonnement, celui qui préside à l’embaumement, à la momification, bref, au culte funéraire des Egyptiens est également représenté sous l’apparence d’un chien -et non d’un chacal. Le dieu Anubis, forme grecque de l’égyptien Inpou ou Anepou, apparaît en effet, dès la Ve dynastie, donc dès 2500 avant J.-C., dans les tablettes. De fait, il est donc aussi ancien qu’Osiris, auquel la fonction funéraire est également dévolue. D’ailleurs les points communs entre les deux divinités ne s’arrêtent pas là. En effet, si Osiris est, par excellence, le dieu des morts, celui présidant au jugement de l’âme, la mythologie qui l’entoure en fait aussi le dieu de l’autre vie, de la résurrection… Or, la couleur noire dont est parée Anubis est, selon les spécialistes, due à la couleur du bitume servant à la momification, bitume -et par extension couleur- symbole de renaissance.
Frère, père ou fils d’Osiris selon les interprétations mythologiques, Anubis a pourtant l’allure du jumeau d’Osiris, au point que l’on peut légitimement se demander s’il n’est pas une facette, une incarnation de cette divinité.

La résurrection de Babylone

Et si les origines de la civilisation humaine ne se situaient pas sur les bords du Nil mais plutôt dans cet espace de terre privilégié appelé Mésopotamie, situé entre deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate ? Sans entrer dans une querelle qui, depuis plus d’un siècle, oppose historiens et archéologues, on sait, néanmoins, que la Mésopotamie fut, il y a cinq mille ans, le berceau d’une civilisation prodigieuse, à laquelle l’humanité doit une large part de son patrimoine : la foi, l’écriture, les sciences, la littérature… Bref, les bases essentielles de notre culture.
Dans un ouvrage, certes austère, mais d’une grande rigueur historique et scientifique, Harry W. F. Saggs, professeur à l’université de Cardiff et l’un des meilleurs spécialistes de la Mésopotamie, raconte la grande aventure archéologique qui permettra d’arracher à l’oubli cette brillante civilisation.

Mithridate, l’autre Hannibal

Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).
Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).

"Un vrai Hannibal" : c’est ainsi qu’un historien romain désigne Mithridate VI le Grand, ennemi acharné de Rome, "remarquable par le courage, quelque fois prodigieux par la chance, toujours par le cœur, chef par l’intelligence, soldat par la force"… Que de compliment pour un souverain qui n’aura de cesse de défier Rome ; pour un souverain qui avait tout pour être l’allié de la puissante péninsule, qui parlait vingt-deux langues et avait reçu une éducation hellénistique. Son père, ouvrant la voie pour lui, avait d’ailleurs était allié de Rome au cours de la troisième guerre punique. Mais Mithridate V était mort alors que son fils n’avait que douze ans. Et il était mort empoissonné par son épouse, la mère de Mithridate VI. Une véritable chasse au pouvoir s’ouvrit alors, obligeant le jeune Mithridate VI à fuir. Ce n’est que vers 111 avant J.-C., alors qu’il a vingt-deux ans, qu’il prend possession de son trône. Par la force. En jetant sa mère en prison et en écartant son frère qui s’était indûment emparé du trône.
Dès lors, Mithridate est dans la peau d’un conquérant, seule et unique façon de n’être pas, de n’être plus un jouet politique. Il s’empare du Bosphore cimmérien, partage un temps la Paphlagonie avec le roi de Bithynie et conquiert finalement la Bithynie elle-même. C’est son intérêt pour la Cappadoce qui devait servir de déclencheur ou d’excuse à la réaction romaine.

Les Phéniciens : peuple de marins ou de marchands ?

Un navire phénicien, d'après une gravure ancienne.
Un navire phénicien, d’après une gravure ancienne.

De la même façon que les Vikings ont été contraint au voyage du fait de la rudesse de leur climat et de leur pays, les Phéniciens vont pratiquement être jetés à la mer par le relief même de leur contrée. Correspondant grossièrement au Liban actuel, la Phénicie formait une étroite bande de terre bordée par de hautes montagnes d’un côté et par la Méditerranée de l’autre. Logiquement, donc, c’est vers la mer que leurs regards vont se tourner, d’où la vocation quasi obligatoire de marins qu’auront les Phéniciens. Mais contrairement aux Vikings, les Phéniciens ne seront jamais de grands marins. Pas plus que leur conquête, purement commerciale, ne deviendra politique ou militaire, n’entraînant, de fait, aucun apport réel apport de leur civilisation. D’ailleurs, peut-on même seulement parler de civilisation quant on sait si peu de chose de ce peuple, de cette agrégation de peuples ?

Chéops : le souverain des pyramides

Le sphinx et la pyramide de Gizeh, construite sur ordre de Chéops.
Le sphinx et la pyramide de Gizeh, construite sur ordre de Chéops.

Il est sans doute l’un des plus célèbres pharaons d’Egypte. Pourtant, on ne sait pratiquement rien de lui. Chéops est le deuxième souverain de la Ive dynastie ; il aurait régné de 2590 à 2567 avant J.-C. environ ; son nom n’était pas Chéops mais Khnoum Khoufou. Voilà, sur deux lignes, toute la vie de Chéops. Toute, si ce n’est qu’il sera le bâtisseur de la plus grande pyramide de Gizeh, lieu où il aurait établi sa capitale. L’exploitation des mines de cuivre de turquoise et de cuivre ; la guerre contre les Bédouins du désert ; l’étendue même de son empire, qui s’étend jusqu’en Haute-Egypte, à Dendérah : des faits qui ponctuent son règne et que l’on oublie au détriment de quelques fables rapportées par Hérodote. De fait, Chéops est un souverain méconnu parce que mal connu. Un souverain qui sera la proie des légendes les plus folles, faisant de ce souverain un ennemi de la religion, un empêcheur de pratiquer et de sacrifier en paix, un ennemi des prêtres et donc du dieu Rê. Un souverain qui n’hésitera pas, rapporte Hérodote, à vendre le corps de sa propre fille pour payer les travaux de "sa" pyramide, celle qu’il avait décidée d’élever à sa gloire.

C’est la lutte finale…

Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).
Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.).

Pour la seconde fois, les Perses tentent d’envahir la Grèce qui, cette fois, est unie face au danger. Après la sanglante -et si héroïque- défaite grecque aux Thermopyles, les Perses se sont emparés d’Athènes et du Pirée et préparent leur immense flotte à l’affrontement ultime. Nous sommes alors en 480 avant Jésus-Christ.
Après les Thermopyles, les Grecs avaient pris position au-delà du détroit de Salamine où, bloqués dans la baie, leur position semblait désespérée. Le bruit courait même chez les Perses que les Grecs allaient tenter de fuir durant la nuit. Alors les navires perses se précipitèrent dans le chenal.

Amon contre Aton ?

Buste d'Aménophis IV devenu Akhenaton.
Buste d’Aménophis IV devenu Akhenaton.

Parce qu’Akhenaton a persécuté les prêtres d’Amon, fait effacer les cartouches même de la divinité ; parce que la réponse de Toutankhamon et, à travers lui, du clergé thébain, atteint à la même brutalité, le même radicalisme, on a tendance à opposer les deux divinités. Pourtant, peut-on vraiment opposer Amon à Aton ?
"Dieu caché", "Dieu mystérieux", selon les significations qui sont faites de son nom, Amon fait partie, dès l’origine, des divinités célestes. Mais ce n’est qu’après son association avec le dieu Soleil Rê, qu’il prend une dimension véritablement nationale (sous la XIIe dynastie, soit entre le XXe et le XVIIIe siècle avant J.-C.). Une "solarisation" qui s’étend à d’autres divinités égyptiennes et qui revient à faire de Rê le dispensateur de la vie, le principe de la création. Roi des dieux, roi créateur parce qu’associé au soleil, dieu de la vie, représentée par l’attribut de l’ankh -la croix ansée-, "seigneur de l’éternité" mais aussi de la justice, "dieu de pitié", protecteur des pauvres, "berger qui pardonne", Amon est, d’après les hymnes et les prières qui lui sont adressées, une divinité multifonctions, une divinité qui concentre en elle tous les pouvoirs… au point d’acquérir un statu d’unicité. Une unicité qui n’est pas un monothéisme et qui se retrouve dans la plupart des mythologies ; une unicité que l’on retrouve chez Aton avec, là aussi, des suspicions de monothéisme ; une multifonctionalité semblable à celle perceptible chez Atoum et qui fait également de cette divinité un dieu primordial, un dieu créateur. Comme chez Amon, la divinité solaire de Rê lui sera associée jusqu’à ce qu’Atoum apparaisse comme le soleil levé mais également couché et donc, en tant que tel, comme une divinité de la mort. Un statu qu’évoque le Livre des morts, qui fait finalement d’Atoum l’incarnation nocturne du soleil quand Rê en est la représentation diurne.