Des gnostiques à Arius : les hérésies des premiers siècles

Les premières heures du christianisme semblent actuellement, et en raison notamment de certaines publications loin d’être historiquement rigoureuses, passionner les foules. Et en effet, passionnantes elles le sont car c’est à ce moment-là, durant les quatre premiers siècles de notre ère qu’une religion, désormais pratiquée par quelques deux milliards d’individus à travers le monde, s’est construite, à forger ce qui allait devenir une croyance réfléchie, pensée. Car c’est bien ainsi qu’il faut voir les hérésies qui ont marqué les premiers siècles de l’Eglise : comme des mouvements ayant permis d’affiner une croyance, de tenter de la raisonner, de l’expliquer. 

La geste de Merlin

Merlin et Viviane, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Merlin et Viviane, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Il est extrêmement étonnant de voir que, dan les récits originaux du cycle arthurien, celui dont le nom est, pour l’éternité, associé à celui d’Arthur, ne le croise pas une seule fois. En effet, Merlin, car c’est bien de lui qu’il s’agit, préside à la conception d’Arthur, annonce son retour, éventuellement le recueille, mort ou blessé selon les versions, sur l’île d’Avalon, mais n’apparaît jamais dans l’enfance d’Arthur ou à la cour de Camelot.

Comme celui d’Arthur, le personnage de Merlin est bien antérieur au récit de Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae) ou à celui de Wace dans le Roman de Brut, deux œuvres majeures datées de la première moitié du XIIe siècle et qui serviront de base à l’édification de la geste arthurienne telle qu’on la connaît. Geoffroy de Monmouth va même consacrer deux œuvres complètes au personnage de Merlin dans la Prophetia Merlini (1134) puis dans la Vita Merlini. C’est également lui qui fait entrer Merlin dans le cycle arthurien.

Les Evangiles au regard de l’histoire

Saint Jean l'Evangéliste (d'après un tableau de l'époque moderne).
Saint Jean l’Evangéliste (d’après un tableau de l’époque moderne).

" Ce nom [chrétiens] leur vient de Christus qui, sous le règne de Tibère, avait été livré au supplice sous Ponce Pilate."
Ces deux lignes, tirées des Annales de Tacite, un auteur du IIe siècle, ne sont pas les premières à évoquer la personne historique du Christ. Flavius Josèphe, qui écrit ses Antiquités juives à la fin du Ier siècle , Pline le Jeune, dans ses Epîtres et Suétone dans sa Vie des Douze Césars, toute deux écrites au début du IIe siècle en font mention. Or, ces historiens, qui n’écrivent que quelques dizaines d’années après la mort du Christ -Josèphe est né en 37 après Jésus-Christ-, ne mettent absolument pas en doute l’existence réelle de Jésus. Pas plus qu’ils ne mettent en doute son action et sa mort telles que les relatent les Evangiles. De fait, ce sont ces derniers qui représentent la principale source d’enseignement sur le Christ. Mais quel crédit leur accorder ?
Des témoignages sur la vie du Christ, il en a existé des dizaines. Parmi ceux-ci, l’Eglise a décidé d’en distinguer quatre, ainsi que quelques lettres des premiers disciples du Christ, parce que particulièrement représentatif de l’enseignement du Christ. C’est ce que l’on nomme le Nouveau Testament. Bien entendu, aucun de ces textes n’est un original et la plupart des transcriptions datent du IVe siècle , époque à laquelle on abandonna l’utilisation du papyrus pour celui du parchemin.

La sauvegarde du monde celte

Bien qu’actuellement il se limite à la Bretagne, à la Grande-Bretagne, à la Galice à l’Irlande et à l’île de Man, le monde celtique était bien plus étendu au début de notre ère.
Il recouvrait la Belgique, la Gaule et une grande partie de l’Allemagne, comme de l’Espagne. Après l’adoption du christianisme en tant que religion officielle de Rome, cultes et mythologies celtiques commencèrent à décliner.
Au Ve siècle, qui est l’époque présumée d’Arthur, seuls le Pays de Galles et l’Irlande conservaient encore le souvenir de la culture et des légendes celtes.
Au Pays de Galles, où on se méfiait des écrits, le souvenir était entretenu dans les mémoires mais en Irlande, les premiers moines missionnaires s’astreignirent, dès cette époque, à coucher sur le papier un nombre étonnant de légendes.

Les druides : des Carnutes aux Galates

Un chef des druides coupant du gui (illustration du XIXe siècle).
Un chef des druides coupant du gui (illustration du XIXe siècle).

Pendant longtemps, les historiens ont supposé que, si le monde celte s’étendait bien de la Bretagne –la Grande- à l’Asie Mineure en passant par la Gaule et l’Espagne, le druidisme, quant à lui, était une spécificité des Celtes du Nord. Une spécificité occidentale. La raison de cette certitude ? Le récit fait par César dans un chapitre de la Guerre des Gaules expliquant que, « chaque année, à date fixe, ils [les druides] tiennent leurs assises en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes [Chartres], qui passe pour occuper le centre de la Gaule ».
Que César ait été convaincu que ce genre d’assemblée et, par là même, le système druidique dans son ensemble ait été un particularisme des Celtes gaulois et bretons ne fait guère de doute. Mais, depuis, la recherche historique a progressé, d’autres auteurs ont été étudiés. Et si César avait parcouru attentivement Strabon –ce qu’il n’a pu faire ce dernier étant né dix ans avant sa mort-, il aurait découvert que la forêt sacrée des Carnutes avait son pendant au pays des Galates, en Asie Mineure. Selon le géographe grec, chaque année, se tenait une sorte de « concile » des druides de la région en un lieu nommé Drumeton, soit « le Sanctuaire du chêne ». De fait, il apparaît que le principe conciliaire était un incontournable du système druidique. Il apparaît également qu’il existait une véritable communication inter druidique, une sorte de réseau permanent entre eux.

La religion celte : de Bélénos à la tribu de Dana

Bien qu’il se limite actuellement à la Bretagne, à la Grande-Bretagne, à l’Irlande, à la Galice et à l’île de Man, le monde celtique était beaucoup plus étendu au début de notre ère et recouvrait aussi la Gaule, la Belgique et une grande partie de l’Allemagne et de l’Espagne. Après l’adoption du christianisme comme religion officielle de Rome, les cultes et les mythologies celtiques commencèrent à décliner.
Au Ve siècle, seul le Pays de Galles et l’Irlande conservaient encore le souvenir de la culture et des légendes celtes. Au Pays de Galles, où on se méfiait des écrits, le souvenir était entretenu dans les mémoires mais, en Irlande, les premiers moines missionnaires s’astreignirent, dès cette époque, à coucher sur le papier un nombre étonnant de légendes et de mythes. Cet effort de conservation, unique dans le monde celte, explique que l’on assimile aisément la « celtitude » à la mythologie irlandaise. Cet aspect réducteur n’est pourtant qu’une apparence. En effet, si les légendes et certains cycles mythologiques sont incontestablement de sources typiquement irlandaises, la religion était la même pour tout le monde celtique. Une religion étroitement liée à la nature et dont les divinités ne sont pas sans rappeler, par bien des côtés, celles de la mythologie scandinave.

L’iconoclasme ou la question des images

La Vierge, mère de Dieu (détail d'une icône).
La Vierge, mère de Dieu (détail d’une icône).

Sur certaines images saintes, révèle le canon 82 du concile œcuménique In Trullo (691-692), est représenté un agneau désigné du doigt par saint Jean Prodome (Baptiste), qui nous a été transmis comme une figure de la Grâce et qui annonce, selon la Loi, le véritable agneau, le Christ notre Dieu. Ces anciennes figures et ombres transmises à l’Église, nous les vénérons comme des symboles et des préfigurations de la vérité mais nous leur préférons la Grâce et la Vérité elles-mêmes, que nous accueillons comme la réalisation de la Loi. C’est pourquoi, afin que l’on représente à la vue de tous, même en peinture, ce qui est achevé, nous ordonnons qu’à partir de maintenant soient représentés sur les images, au lieu du type ancien de l’agneau, les traits humains du Christ, « l’agneau qui ôte les péchés du monde ».
Véritable rupture avec la symbolique des premiers siècles et, comme le précise à plusieurs reprises le canon pré-cité, avec la tradition juive, le culte des images -ce ne sont pas encore des icônes- ne cessera de grandir durant tout le VIIe siècle. Parallèlement, leur pouvoir va également en augmentant au point que, précise Gilbert Dagron, spécialiste de la question, « l’image se substitue au saint absent » ; « elle multiplie à volonté sa présence et communique son pouvoir miraculeux à ce qui l’environne ou la touche, à la matière qui la constitue ». Et en effet, de simple moyen d’apostolat, l’image va rapidement atteindre le rang de reliques… Un débordement cultuel qui, par réaction, engendrera un mouvement inverse, de rejet : l’iconoclasme.

La rage d’Odin

On connaît peu et mal la mythologie nordique notamment parce que, contrairement à ce qui s’est passé en Irlande, personne n’a pris la peine de mettre par écrits les sagas des héros et des dieux scandinaves… Personne, sauf un érudit islandais, Snorri Sturluson, qui s’y attelle au XIIIe siècle, alors que la Scandinavie est christianisée depuis de nombreuses années.
À l’image des Vikings eux-mêmes, les dieux scandinaves apparaissent alors tout en violence. C’est d’ailleurs dans un bain de sang que fut créé l’Univers.

Les monstres du Beowulf

Grendel, le monstre du Beowulf, d'après une iconographie contemporaine.
Grendel, le monstre du Beowulf, d’après une iconographie contemporaine.

Dans les légendes ou les contes du haut Moyen Âge, il y a généralement un héros, des dieux, des monstres, des êtres merveilleux et les membres de ceux que l’on nomme la « petite mythologie ».  Etres merveilleux ou maléfiques, ils sont une multitude que personne, ou presque, ne connaît. Peu ou mal décrits, ils apparaissent ici ou là et on parfois alimenté un véritable folklore autour de leur « personne ». Tel est le cas du ou de la Nix, on ne sait, qui vit dans les eaux troubles ou les lacs. Nix, un terme générique qui est pourtant un nom propre et qui désigne les monstres de la légende du Beowulf. Voici leur histoire.
Jadis, il y a fort longtemps, vivait un monstre marin du nom de Grendel, qui terrorisait les habitants du château de Heorot, appartenant au roi des Danois, Hrothgar. Chaque nuit, il prélevait son quota de chaire humaine, sans que personne ne sache comment l’arrêter. Un jour vint cependant où le roi des Danois vit se présenter à lui un jeune homme, venu de Suède, et qui prétendait délivrer le château du monstre. Après l’avoir blessé une première fois, le jeune héros poursuivit Grendel, effrayé, dans sa tanière, située au fond d’un lac. Après un combat épique, le jeune Suédois tua la mère de Grendel puis le monstre lui-même et s’en retourna dans son pays auréolé de gloire. Là, le neveu du roi des Guètes (des Suédois du sud), puisqu’il s’agissait de lui, succéda à son oncle.

Les pharisiens ou la Torah à la lettre

Un grand prêtre juif (gravure du XIVe-XVe siècle).
Un grand prêtre juif (gravure du XIVe-XVe siècle).

"C’est un groupe de juifs, écrit l’historien juif Flavius Josèphe, qui font profession d’être plus pieux que les autres et qui donnent de la Loi l’explication la plus précise". Ou, pour le dire autrement, ce sont des juifs séparés dont les membres voulaient réaliser la plus aprfaite interprétation de la Torah en l’appliquant aux moindres circonstances de la vie.
Héritiers de hassidim, qui avaient soutenus la lutte de Macchabées contre Antiochos Epiphane et l’hellénisme envahissant, les Pharisiens avaient pour but premier de protéger la religion juive de toute influence païenne. Leur nom apparaît pour la première fois au IIe siècle avant J.-C.. Considérant que la Torah, la loi écrite, et la tradition, la loi orale, formaient un bloc indivisible, ils s’astreignaient à l’observance scrupuleuse des préceptes, notamment concernant la pureté légale, le sabbat, les purifications rituelles. Dans le but de se protéger des païens mais également des juifs moins pointilleux, ils s’isolaient ce qui devait les enfermer dans un formalisme finalement sans réel fondement et sans but autre que l’application de la loi ce que devait dénoncer Jésus.
Malgré tout, les pharisiens devaient contribuer à définir des concepts religieux fondamentaux du judaïsme telles que l’attente messianique, la survivance des âmes et la résurrection des corps.