La malédiction des Atrides

L’histoire des Atrides est un des meilleurs exemples de ce que la légende grecque peut avoir de cruelle et de malsain. Elle n’est faite que de convoitise, d’inceste, de mort, de vengeance, de haine, bref, elle met en avant les « meilleures » qualités de l’âme humaine ! En fait, cette histoire n’est autre qu’une excellente leçon pour quiconque oserait offenser les dieux…
On raconte que Pélops, roi du Péloponnèse, provoqua la mort de Myrtile, fils d’Hermès, ou, du moins, qu’il offensa gravement le messager des dieux, attirant ainsi le malheur sur sa personne et sur sa descendance. Et c’est en attisant la convoitise des fils de Pélops qu’Hermès inaugura ce que l’on pourrait appeler la malédiction des Atrides.

Jason, sous le pouvoir d’une femme

Statue de Jason brandissant la Toison d'or.
Statue de Jason brandissant la Toison d’or.

Une fois de plus, voici une aventure qui commence par une spoliation et par une prophétie. Alors que Jason n’était encore qu’un tout petit enfant, son père, Éson, fut écarté du trône d’Iolcos par son demi-frère Pélias. Confié par sa mère au centaure Chiron, Jason apprit l’art de la guerre et de la médecine, ce qui lui valut le surnom de « guérisseur » puis, devenu adulte, décida de reprendre ce qui lui revenait de droit : la couronne d’Iolcos. Pélias, de son côté, était surtout préoccupé par une prophétie qui lui avait annoncé qu’il serait renversé par un homme ne portant qu’une seule sandale.
Devenu adulte, Jason décida de confronter l’usurpateur et prit la route d’Iolcos. Alors qu’il cheminait, il rencontra une vieille femme qui paraissait complètement désemparée au moment de traverser un torrent impétueux. Jason, en gentil héros, la prit dans ses bras et lui fit traverser la rivière, mais, ce faisant, il perdit… sa sandale. Et c’est muni d’une seule chaussure qu’il se présenta devant Pélias à qui il réclama son héritage. Mais ce dernier, pourtant conscient de l’inutilité de la chose -après tout, il ne pouvait aller contre la prophétie-, accepta de céder à une condition : que Jason lui ramène la Toison d’or, qui était gardée par un dragon, en Colchide. Le jeune héros accepta.

Aux origines de la guerre de Troie

Hélène et Paris, d'après un vase grec.
Hélène et Paris, d’après un vase grec.

Les origines de la guerre de Troie, événement mettant en scène essentiellement des hommes, remontent à… une affaire de femmes.
Alors que les dieux célébraient en grande pompe le mariage de Thétis avec le mortel Pelée, la Discorde, Éris, surgit au beau milieu de la fête. Comme toutes les divinités, elle était porteuse d’un cadeau de prix : une magnifique pomme d’or, qui devait revenir… à la plus belle des déesses. Pour Éris, c’était un coup de maître, car, aussitôt, trois déesses se mettent en lice, sûre que la pomme doit leur revenir : il s’agit d’Athéna, d’Héra et d’Aphrodite. Certes, les trois déesses sont très belles, mais quel est le dieu qui osera désigner l’une plutôt que l’autre, au risque de s’attirer les foudres -le mot n’est pas trop fort- des deux autres ? Évidemment, les dieux sont loin d’être fous et préfèrent laisser ce genre de « cadeaux empoisonnés » aux autres, en l’occurrence les hommes…

Le temps des Titans

Un sacrifice fait aux dieux (d'après une poterie antique).
Un sacrifice fait aux dieux (d’après une poterie antique).

Comme chacun sait, la mythologie grecque est loin d’être uniforme. Elle se joue en deux temps forts : le temps des Titans –c’est la mythologie ancienne ou archaïque- et le temps des Olympiens. Ce sont ces nouveaux dieux qui, au final, règneront sur les croyances grecques. Pourtant, jamais les anciens dieux ne disparaîtront réellement, survivant généralement sous l’apparence de divinités secondaires, de divinités chtoniennes.
Liée à la nature et aux éléments –donc fondamentalement élémentaire-, l’ancienne mythologie grecque célèbre presque exclusivement la Terre, la naissance, le sang et la mort. Toutes les divinités anciennes, qui perdurent à travers les Titans et les êtres du monde souterrain, touchent à ces quatre éléments. Toutes ont ce double aspect, parfois déroutant, d’être à la fois des divinités célébrant la vie, la fécondité, la Terre et la naissance donc, et des divinités de la mort. Un double emploi si déroutant d’ailleurs qu’on a généralement préféré n’en privilégié qu’un. C’est ainsi que les Erinyes, les Moires, Perséphone ou même Hadès apparaissent respectivement comme des Furies vengeresses, les maîtresses du destin –essentiellement de la mort-, la déesse et le dieux des Enfers. Pourtant les Erinyes sont également dispensatrices des bienfaits de la terre, les Moires règnent aussi bien sur la mort que sur la naissance et le mariage –c’est encore plus frappant avec les noms mêmes des Parques romaines- et qu’Hadès et Perséphone sont l’un de « Bon conseil » et l’autre déesse du blé…

Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.

Celles qui tiennent le fil… de la vie

Les Moires grecques, d'après un vase ancien.
Les Moires grecques, d’après un vase ancien.

A peu près aussi célèbres que les Parques romaines ou que les Nornes scandinaves, les Moires sont, dans la mythologie grecque, celles qui président aux destinées des hommes et des dieux. Filles de la Nuit (Nyx) ou peut-être de Gaïa et d’Ouranos (la Terre et le Ciel), elles font sans aucun doute partie de ces divinités anciennes que la promotion des dieux de l’Olympe va relégué au rang de divinités secondaires. Au point d’ailleurs qu’au final, on ne leur accorde pas même le statu divin. Sans doute est-ce d’ailleurs à cette même époque qu’elles quittent l’apparence de belles et jeunes déesses pour apparaître sous les traits de vieilles femmes.
Les Moires ne sont cependant pas égales aux yeux des hommes ou des dieux, ne serait-ce parce qu’elles n’ont pas les mêmes fonctions. A moins, bien entendu, que cette triade ne soit la représentation d’une seule divinité, finalement distingué en raison de ses différents attributs. Un passage de l’Iliade, qui emploie le mot de Moire au singulier, permettrait d’aller dans ce sens. Mais cette question récurrente –elle se pose également pour les triades celtes- de l’unicité d’une divinité à fonctions multiples sera finalement conclue par la mythologie grecque elle–même.

Pie XII : « Après beaucoup de prières et de larmes »

Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).
Eugenio Pacelli, devenu Pie XII (1876-1958).

On a eu beau jeu, durant des années, de critiquer le fameux silence de Pie XII. La consultation des archives du Vatican apporte cependant un éclairage nouveau -plus objectif sans doute- sur l’action de l’Église, et plus précisément de son chef, durant la Seconde Guerre mondiale. Certes, des représentants de la communauté juive avaient déjà manifesté leur gratitude envers Pie XII mais sans qu’on tienne vraiment compte de leur témoignage. Ainsi, Eugenio Zolli, grand rabbin de Rome pendant la guerre plus tard converti au catholicisme, écrivait :
Le judaïsme a une grande dette de reconnaissance envers Sa Sainteté Pie XII pour ses appels pressants et répétés, formulés en sa faveur.

Persée, le tueur de monstres

Persée égorgeant Méduse (bas-relief antique).
Persée égorgeant Méduse (bas-relief antique).

Une prophétie avait un jour annoncé au roi d’Argos, Acrisios, que son petit-fils le tuerait. Sachant cela, Acrisios n’eut rien de plus pressé que d’enfermer sa fille, la belle Danaé, dans une tour d’airain, où personne ne pouvait l’approcher.
C’était compter sans l’extraordinaire sens de l’humour des dieux : à peine Acrisios eut-il enfermé Danaé que Zeus commença à s’intéresser à la jeune fille et, ayant pris l’apparence d’une pluie d’or, la séduisit. C’est ainsi que fut conçu Persée.
Lorsqu’Acrisios apprit la grossesse de sa fille, il jeta la mère et l’enfant dans une caisse et les précipita dans la mer, dans l’espoir qu’ils périssent. Mais Zeus, amant et père attentionné, les fit aborder sur une île des Cyclades, à Sériphos, où ils furent recueillis par des pêcheurs puis par le roi, Polydecte. Les années passèrent et Polydecte tomba amoureux de Danaé. Persée était maintenant un jeune homme et le vieux roi craignait qu’il ne s’interpose entre lui et sa mère, aussi décida-t-il de soumettre Persée à une épreuve à laquelle, du moins l’espérait-il, il ne survivrait pas : il demanda à Persée de lui ramener la tête de la terrible Méduse !
Divinité chtonienne dotée d’une chevelure reptilienne, Méduse était la seule des Gorgones à être mortelle. Comme ses sœurs, cependant, son regard était si terrible qu’il pétrifiait qui le croisait.

Les dieux de l’Olympe

Statue du temple de Zeus.
Statue du temple de Zeus.

Majestueux, inaccessibles, les dieux de l’Olympe dominent le monde des humains auxquels ils n’accordent, éventuellement,
qu’un coup d’œil distrait.
Leur histoire et leurs histoires, souvent truculentes et qui se résument la plupart du temps à des conflits, des histoires d’amour, de haine ou de jalousie, méritaient d’être enfin contées. C’est sous l’angle, insolite et amusant, de « la petite histoire » que les dieux sont ici représentés, tout en respectant scrupuleusement la véracité de ce qui nous a été transmis sur la religion des anciens Grecs.

Le taurobole : dans le sang du taureau

Thésée recevant l'anneau de Minos (d'après une poterie antique).
Thésée recevant l’anneau de Minos (d’après une poterie antique).

Présent dans de nombreux cultes orientaux ou même dans la mythologie grecque, le taureau était sensé représenté les forces du mal. Une vision que l’on retrouve dans la vision du Minotaure, qui vit enfermé dans le labyrinthe imaginé par Dédale, qui ne se nourrit que de la chair d’enfants ou d’adolescents et qui sera finalement vaincu par Thésée. La figure est connue mais elle prend un tout autre sens lorsque l’on s’attache au Minotaure plus qu’au héros grec qui l’a vaincu. Thésée apparaît alors comme celui qui vient à bout des forces du mal, de la même façon que Mithra, divinité perse du IIe siècle avant J.-C. -vraisemblablement- soumet un même taureau armé d’un couteau, d’une torche -qui représente peut-être la lumière venue sur le monde- et coiffé d’un bonnet phrygien.
La religion qui naîtra de la mythologie perse et qui connaîtra un succès certain à Rome et dans tout l’Empire au IIIe siècle de notre ère avait pour particularité rituelle de faire se plonger l’adepte -d’autres auteurs évoquent une simple aspersion- dans le sang d’un taureau.