Philippe de Macédoine

Quel homme ! Son amour du pouvoir et de l’empire lui a valu un œil perdu, une épaule brisée, un bras et une jambe paralysés. Tel est le portrait de Philippe II de Macédoine (382-336 avant J.-C.) par son pire ennemi, l’orateur athénien Démosthène. Roi tonitruant et baroudeur de la province la plus septentrionale du monde hellénique, Philippe II règne sur une sorte de royaume féodal, que se partagent quelques huit cents «barons».

Caligula : plus puissant que les dieux…

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.

Auguste ou l’hypocrisie impériale

Buste d'Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).
Buste d’Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).

« Si César, selon Gomberville, doit sa gloire aux malheurs de la guerre, Auguste doit la sienne au bonheur de la paix ». Et en effet, Auguste sera l’empereur de la paix. Un empereur qui n’en porta jamais le titre officiellement, un empereur qui, dans les faits, s’imposera sans jamais revêtir la pourpre.
Le petit-neveu de César gravira tous les échelons, éliminera tous les concurrents à force d’habileté politique plus que de combat. Alors qu’Antoine, qui forme avec Octave et Lépide le triumvir, mène une politique de plus en plus orientale, de plus en plus influencée par Cléopâtre, Octave joue la carte de Rome et de l’apaisement. La fusion plus étroite des provinces avec la capitale, l’impulsion donnée à l’agriculture –célébrée dans les Géorgiques de Virgile-, l’habile propagande menée par Octave en feront el souverain idéal. Un souverain au titre de consul, de triumvir, de princeps senatus ensuite. Car jamais Octave, devenu Auguste, ne franchira le « Rubicon politique » qui aurait fait passer la République à l’Empire. L’élimination de Lépide, en Afrique, puis d’Antoine avait pourtant fait de lui le seul et unique représentant du pouvoir. Et le prestige qui l’entourait aurait sans nul doute pu lui permettre de prétendre à la pourpre impériale. Mais Auguste préférera se faire nommer consul, années après années, préférera devenir le premier d’entre les sénateurs et l’imperium proconsulaire des provinces de Gaules, d’Espagne et de Syrie.

Vercingétorix : quand la Gaule défiait Rome

Statue de Vercingétorix.
Statue de Vercingétorix.

Alors que l’imagerie d’Épinal nous présente « nos ancêtres les Gaulois » comme un peuple de barbares chevelus et moustachus, depuis quelques années, celtologues et historiens remettent « les pendules à l’heure ». Ce ne sont pas les Romains, généreux dispensateurs de civilisation, on le sait, qui ont fait des Gaulois un peuple cultivé et civilisé. Les peuples celtes avaient leur propre civilisation, hautement complexe, avec leur hiérarchie, leur religion, leurs médecins, leurs architectes et leurs héros…
C’est de Marseille, comptoir gréco-celtique, que va partir toute la conquête romaine en Gaule. Pendant les guerres puniques, la cité phocéenne, craignant de voir sa force maritime supplantée par celle des Carthaginois, se fait l’alliée de Rome, alliance qui se renouvelle en 154 et en 126 avant J.-C., quand Marseille appelle les Romains à la protéger des tribus celtes environnantes. Ayant pris pied en Gaule, il ne fallut pas longtemps aux Romains pour annexer toute la côte de la Provincia. Et, au Ier siècle avant J.-C., profitant des perpétuelles divisions entre Gaulois, ils ont déjà annexé la Provence, le Languedoc-Roussillon et les rives du Rhône jusqu’à Lyon.
C’est vers cette époque que, pour les Gaulois qui sont plus des agriculteurs que des guerriers, le danger germain se fait de plus en plus précis. Et, en 58 avant J.-C., les Éduens, installés dans le Nivernais et la Bourgogne et depuis longtemps alliés de Rome, font appel aux légions afin de repousser les hordes d’Arioviste le Germain. C’est donc César, alors proconsul de la Gaule romaine, qui prend la tête des armées romaines…

L’éphémère empire des Hittites

Guerriers nubiens de l'armée égyptienne.
Guerriers nubiens de l’armée égyptienne.

La Bible comme les textes égyptiens évoquent volontiers certains peuples, désormais oubliés. C’est le cas de Hittites qui apparaissent, au début du IIe millénaire avant J.-C., au nord-est de l’Asie mineure. D’origine indo-européenne, les Hittites vont rapidement s’intégrer au monde oriental. Surtout, ils vont adopter l’usage de son écriture, dite cunéiforme. On retrouve malgré tout un terreau indo-européen, un héritage qui perdure dans l’application de la réparation en lieu et place de la loi du talion en usage en Orient, ou encore dans la structure même de la société hittite, qui était de type féodale. Enfin, les Hittites connaissaient l’emploi du fer qu’ils contribueront à répandre en Orient.
Créé sur les cendres du royaume de Hattousa, le premier empire hittite, apparu au XVIIIe siècle avant J.-C. en Anatolie, ne durera guère, en proie qu’il était aux divisions internes. Mais deux siècles plus tard, les Hittites seront amenés à jouer un grand rôle. A leur tête, Moursil Ier qui s’empare d’Alep, puis de Babylone (1515 avant J.-C.) où il renverse la dynastie amorrite.Dès lors, les Hittites menacent la Syrie du Nord, qu’ils disputent aux Mitanni. Ces derniers s’allieront aux Egyptiens dans l’espoir d’échapper aux Hittites, en vain. Au XIVe siècle avant J.-C., Souppilouliouma, le plus grand souverain hittite, impose aux Mintanni une de ses créatures et constitue un véritable Etat fédéral qui s’étend du Pont-Euxin à l’Oronte et à l’Euphrate, englobant l’Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu’à Jérusalem.

Sparte écrase Athènes

Depuis une soixantaine d’années, Sparte et Athènes, les deux plus importantes métropoles de la Grèce antique, s’opposent. Face à l’ambition d’Athènes, Sparte reste le seul recours des autres villes du Péloponèse, telles Corinthe et Thèbes. La guerre débute réellement en 431 av. J.-C..
Sparte, réalisant sa faiblesse sur mer, forge une marine expérimentée. Et en 408 av. J.-C., Athènes perd totalement le contrôle des mers au profit de son adversaire.
La chute d’Athènes n’est plus qu’une question de temps et assiégée par le roi Pausanias sur terre et par la flotte de Lysandre, la cité d’Athènes finit par capituler , le 25 avril 404 av. J.-C..

L’Empire du Grand Roi

Le dais royal : vestige de l'époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.
Le dais royal : vestige de l’époque perse qui représente le roi, sa cour et ses guerriers.

En 334, lorsqu’Alexandre le Grand s’en empare, l’Empire perse -ou achéménide, du nom de la dynastie régnante- est vieux de plus de deux siècles. En effet, dès le milieu du VIe siècle avant J.-C., le peuple perse, mené par Cyrus le Grand, s’est lancé à la conquête des royaumes du Moyen-Orient. À l’époque de Darius, cet empire s’étend de l’Égypte à l’Indus et du Syr-Darya au golfe Persique.
Soutenu par la noblesse perse qui fournit les administrateurs et les généraux dont il a besoin, le Grand Roi maintient l’unité de l’Empire autour de sa personne. Il est représenté dans toutes les provinces de l’empire par des satrapes d’origine perse et les routes royales, qui relient les provinces les plus éloignées avec les centres de décision, permettent une administration unifiée. Enfin, pour asseoir son pouvoir avec efficacité, le Grand Roi possède un trésor immense qui lui permet d’entretenir une armée considérable qui est capable de faire immédiatement face au moindre soulèvement comme à une invasion d’origine étrangère.
Malgré la domination perse, chaque pays garde sa langue, son écriture, sa religion de même que ses coutumes. Ainsi, les Perses ont pu fonder un pouvoir durable avec la collaboration active des élites locales, comme tentera de le faire, à son tour, Alexandre le Conquérant.

Mon père ce héros

Sacrifice fait aux Mânes (d'après une fresque antique).
Sacrifice fait aux Mânes (d’après une fresque antique).

Qu’est-ce qui, à l’époque antique, a initié le culte des morts et des ancêtres ? On sait que dans la Grèce primitive, les morts se voyaient dévolus à une sorte de non-mort, à un état de semi-conscience de l’âme qui errait, sans but et sans raison, dans les Enfers. L’absence de conscience, de châtiments aussi, devait conduire fort logiquement au désintérêt total des vivants pour les morts… Pourtant, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les Grecs comme les Etrusques et plus tard les Romains vont faire du culte des morts un des axes majeurs de leurs religions. Les Etrusques plus que les autres, eux qui élèveront d’imposants monuments en l’honneur de leurs ancêtres. Mais ce culte des morts, plus qu’un hommage aux ancêtres, doit être vu et compris comme une promotion des vivants à travers l’héroïsation des ancêtres. En clair, plus on rendait un culte important à ces ancêtres, plus on en faisait des personnages importants, plus on était, soi-même, important, le culte des morts agissant dès lors avec un "effet boomerang". Mon père était un héros, j’en suis donc un également -implicitement. D’où la création d’une véritable aristocratie des vivants comme des morts. D’où également une divinisation des morts, que l’on reconnaît aisément dans le culte rendu aux dieux lares.

Héraclius : l’espoir déçu

Reproduction d'une monnaie d'Héraclius.
Reproduction d’une monnaie d’Héraclius.

Lorsque, en octobre 610, Héraclius, fils d’un exarque (gouverneur en charge de l’autorité civile et militaire d’un territoire généralement situé aux marches de l’empire) de Carthage, renverse l’usurpateur Phocas et s’empare du trône, l’empire est dans un état lamentable. Divisé sur la question du monophysisme -qui ne reconnaissait au Christ qu’une seule nature, la nature divine- ; menacé par les Perses, qui envahiront d’ailleurs l’Asie mineure, puis s’empareront de Jérusalem et de l’Egypte ; bousculé par les Lombards et les Avars qui, après l’Italie, atteignent Constantinople : l’empire, décidément, était au bord de la ruine, pour ne pas dire de l’implosion. De fait, les dix premières années du règne d’Héraclius n’ont rien de bien concluantes. Mais dès 620, il semble que la roue ait enfin tourné : Héraclius achète la retraite des Avares ; mène la réorganisation de l’armée et de l’administration ; isole -diplomatiquement- les Perses avant de se lancer dans une véritable croisade contre la dynastie sassanide. Une victoire près de Ninive, puis l’assassinat du souverain (628) allait plonger l’empire perse dans une guerre civile qui, logiquement, allait reléguer les menaces sur l’empire byzantin à une problématique d’un autre temps. Profitant de son avantage, Héraclius devait se faire rétrocéder l’Egypte et Jérusalem, où l’empereur devait faire une entrée triomphale "armé" de la Vraie croix !

Tibère, l’empereur républicain

Buste de l'empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).
Buste de l’empereur Tibère (42 avant J.-C.-37 après J.-C.).

Si Auguste avait fait semblant de respecter la République tout en mettant en place l’empire -ou du moins le principat-, Tibère, son successeur sera bel et bien empereur… sans pour autant en avoir l’envie, le désir. Et il s’en faudra de peu pour que le rêve d’Auguste ne s’effondre avec un retour à la République.
De fait, lorsque Auguste meurt, en 14 après J.-C., c’est le règne de l’incertitude et de l’inaction. Tibère ne veut pas réclamer les pouvoirs qui lui seront nécessaires pour régner ; et le Sénat hésite à accéder à la volonté d’Auguste et à reprendre les pouvoirs qui lui avait été ravis, ce qui équivaudrait  à un retour à la République pleine et entière et non plus apparente comme sous le « règne » d’Auguste. Un mois durant, le Sénat va hésiter, osciller pour finalement octroyer à l’héritier désigné ce qui signe l’acte de décès de la République. Le plus étonnant, c’est que Tibère sera sans nul doute l’empereur le plus attaché aux valeurs de la République, celui qui la regrettera la plus, qui comprendra le plus ce qu’elle représentait… pour la bonne et simple raison qu’il était lui-même fils de la République.