Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.

La France contre la papauté

Benedetto Caetani, devenu Boniface VIII (v.1235-1303).
Benedetto Caetani, devenu Boniface VIII (v.1235-1303).

Cy veut le roy, cy veut la loy, maxime, ô combien, véridique sous le règne de Philippe IV le Bel (1285-1314). Conseillé par des légistes pointilleux, le petit-fils de Saint Louis va étendre la puissance de la France, luttant contre les ambitions anglaises et l’autorité du pape.
S’opposant aux multiples taxes dont le roi accable le clergé, Boniface VIII  tente d’endiguer la mise sous tutelle des prélats par le pouvoir royal et publie, en 1301, la bulle Ausculta fili, blâmant le roi pour ses excès de pouvoir. Sans scrupule, Philippe le Bel fait falsifier la bulle et, l’ayant rendu inadmissible aux yeux de ses sujets, la fait circuler dans le pays avant de la faire brûler.

Philippe le Hardi, le grand duc de Bourgogne

Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).
Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).

Philippe le Hardi a quatorze ans lorsqu’il entre dans l’histoire. C’est un matin de septembre 1356, le 19. Après une chevauchée fantastique, au cours de laquelle elle ravage le Périgord, le Limousin et le Berry, l’armée anglaise, avec à sa tête le Prince Noir, rencontre l’armée royale française dans les plaines de Maupertuis, à seulement huit kilomètres de Poitiers.
Tous les princes de la famille royale sont présents : le dauphin ainsi que Louis d’Anjou et Jean de Poitiers, plus tard Jean de Berry, sont dans le premier corps d’armée. Le duc d’Orléans commande le deuxième et le roi, accompagné de son plus jeune fils, Philippe, dirige le troisième.
Les deux premiers corps sont aisément enfoncés et le roi Jean doit bientôt subir tout le poids de la bataille. Il a fait éloigner ses trois fils aînés, pour éviter qu’ils ne tombent tous aux mains des Anglais. Seul Philippe est encore à ses côtés. Le roi est maintenant à pied, les coups pleuvent de toutes parts. Et voilà Philippe à ses côtés, parant pour lui les coups :
-Père, gardez-vous à gauche ! Père, gardez-vous à droite !
Après cette action, le roi sera quand même fait prisonnier mais Philippe, qui n’a ni soldat ni terre, a désormais un surnom : « le Hardi ».
Le célèbre épisode de la bataille de Poitiers permet à Philippe le Hardi d’entrer dans la légende. Mais ce gamin courageux, préféré de son père le roi, va rapidement démontrer qu’il est aussi intelligent et fin politique : il « voyait au loin », dit de lui Froissart.

La croix d’Iona

Croix de l'île d'Iona.
Croix de l’île d’Iona.

Si saint Patrick et sainte Brigitte sont mondialement connus et reconnus comme les patrons de l’Irlande, on oublie aisément que cette terre de profonde chrétienté a également servi de base à l’évangélisation des contrées avoisinantes.
Prince de sang royal, Columkill ou Colomba devait entrer à l’abbaye de Clonard dans la première moitié du VIe siècle. C’est là, sous la direction de saint Finnian -un nom à consonance hautement païenne et mythologique- qu’il devait faire ses premières armes de fondateur en créant les monastères et écoles monastiques de Derry (545), Durrows (553) et Kells (sans doute 554). De fait, l’Irlande devenait trop petite pour ce propagateur de la Foi aussi embarqua-t-il, vers 563, pour l’île calédonienne -comprenez écossaise- d’Iona. Le monastère qu’il y fonda devait devenir le principal foyer du christianisme pour les Pictes et les Celtes du Nord. La croix d’Iona, la croix de Colomba étendrait bientôt son ombre sur les Vikings conquérants. Evangélisateur des peuples du nord de la Grande-Bretagne, saint Colomba sera cependant enterré en terre d’Irlande, entre saint Patrick et sainte Brigitte. Comme si, toujours, l’Irlande rappelait ses enfants.

1054 : la rupture

Monnaie d'un empereur byzantin.
Monnaie d’un empereur byzantin.

Depuis déjà deux siècles, les relations entre Rome et Constantinople ne cessaient de se dégrader quand, en 1053, une opposition sur la nomination d’un évêque met le feu aux poudres. Une opposition qui est essentiellement le fait de deux caractères fort : Michel Cérulaire, le patriarche de Constantinople, et le cardinal Humbert de Toul.
C’est cependant Michel Cérulaire qui ouvre les hostilités : en 1053, il fait adresser une lettre à l’évêque grec Jean de Trani avec mission pour lui de la « répandre dans tout l’épiscopat franc et la faire connaître au pape lui-même ». Cette lettre n’était rien d’autre qu’une mise en demeure des évêques occidentaux afin qu’ils se conforment aux usages byzantins -notamment qu’ils abandonnent leurs coutumes « judaïsantes » comme l’utilisation du pain azyme à la communion ou le jeûne les samedis de Carême, assimilé par les Grecs au jeûne du sabbat. Au même moment, Michel Cérulaire faire fermer les « églises latines » de la cité impériale. L’offensive est donc lancée. Le pape Léon IX répond en envoyant trois représentants : le cardinal Humbert de Toul -caractère difficile mais spécialiste des questions byzantines-, l’archevêque d’Amalfi et le chancelier de l’Église. On le voit, le pape ne prenait pas l’affaire à la légère.

L’énigme du Prêtre Jean

Le Prêtre Jean, d'après une gravure ancienne.
Le Prêtre Jean, d’après une gravure ancienne.

C’est dans le contexte des croisades que se situe initialement la légende du Prêtre Jean. En effet, alors que l’Europe est en plein affrontement avec l’islam, l’évêque Hugues de Gébal, en Syrie, vient à Rome et annonce au pape qu’un certain Jean, chrétien nestorien, tout à la fois prêtre et roi, vient de remporter de grandes victoires en Perse et s’apprête à marcher sur les Etats chrétiens d’Orient. Nous sommes alors en 1145 et le Royaume de Jérusalem est fragile face aux attaques des Seldjoukides. Un tel soutien, la chrétienté en rêve. Mais ce rêve a-t-il quelque fondement historique ?
De fait, il semble qu’en 1141, le fondateur de l’empire protomongol des Kara Kitaï, Yeliu Tache, après avoir soumis les Ottomans Karakhanides, battit près de Samarkand les troupes du sultan seldjoukide Sandjar. Et il est tout à fait possible que Yeliu Tache et certains de ses hommes aient été sous influence nestorienne, si ils n’ont pas été nestoriens eux-mêmes. Plus tard, on sait que les hommes de Gengis Khan subirent cette influence, Marco Polo parle dans ses écrits d’une communauté nestorienne en Chine…

Le temps des bourgeois

Un couple de bourgeois au XIIe siècle.
Un couple de bourgeois au XIIe siècle.

A l’origine, le mot de bourgeois ou « burgenses » désignait les habitants d’une ville fortifiée -le mot burg, en allemand, désignant la forteresse. En réalité, l’apparition de la bourgeoisie en tant que classe distincte de celle des paysans ou des chevaliers, ne date guère que du Xie siècle et correspond à l’évolution économique de l’Europe à cette époque.
En effet, excepté dans les régions du Midi de la France, où l’empreinte urbaine et romaine avait été la plus forte, la civilisation urbaine va presque complètement disparaître jusqu’au Xe siècle. Certes, les villes existaient, mais elles étaient petites et généralement établies autour d’un monastère ou d’une forteresse. Les habitants de ces villes étaient alors des artisans ou des domestiques au service du comte ou de l’abbé. Quant aux échanges économiques, ils se faisaient presque totalement en nature.
Le XIe siècle va donc voir la réapparition de l’argent monnaie et l’extension, l’intensification des échanges commerciaux. Il faut dire que les siècles précédents, les attaques musulmanes puis vikings avaient fortement compromis, voir annihilé toute velléités commerciales, notamment dans le domaine maritime. L’éloignement, voir la fin des périls représentés par les conquérants musulmans et les Vikings devait donc s’accompagner d’un changement dans le mode de vie.

La trêve de Saladin

Les peuples furent affligés comme pour la perte d’un prophète. C’est ainsi qu’un historien arabe rapporte la mort de Saladin (1137-1193). Grand guerrier et intelligence politique exceptionnelle, cet officier kurde est une des plus nobles figures de l’histoire de l’islam ; généreux, tolérant, il fut admiré par les chrétiens qui reconnaissaient en lui un modèle des vertus chevaleresques.

Au cœur du catharisme

Stèle discoïdale représentant une
Stèle discoïdale représentant une " croix " cathare.

Parce qu’elle a été la cause première de la naissance et du développement de l’Inquisition, l’hérésie cathare tient une place toute particulière dans l’histoire de l’Église. Et parce qu’elle a vu la destruction de la noblesse du Sud et du pouvoir des comtes de Toulouse, elle tient une place particulière dans l’histoire de France. Mais, alors que l’on se complaît à ne voir que les bûchers où périrent les cathares, on oublie bien souvent ce qu’était réellement cette religion, les rites qu’elle avait adoptés ou même la doctrine qu’elle enseignait. C’est pourtant cette connaissance de la religion cathare qui, seule, permet de comprendre ses origines, son expansion et son anéantissement final.

La solidarité des ménestrels

Des ménestrels, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Des ménestrels, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Alors que les troubadours de Provence, et les trouvères de Champagne composent des épopées ou des chansons, le ménestrel, comme le jongleur, auquel il est bien souvent associé, a pour unique vocation de parcourir les routes, allant de châteaux en demeures, pour chanter quelques chansons ou jouer de la musique. Et alors que les confréries se répandent surtout aux XIIIe et XIVe siècles, cette vie d’errance va pousser les musiciens à se constituer, avant les autres, en confréries. Le 14 septembre 1321, la première d’entre elles se constitue à Paris, sous le nom de Saint-Julien-des-ménestrels, permettant à tous les musiciens de Paris de se soutenir et de se porter assistance.