Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.

La déposition d’Édouard II

Édouard II d'Angleterre (1284-1327).
Édouard II d’Angleterre (1284-1327).

Jamais jusque-là un roi d’Angleterre n’avait été déposé. Assurément, Édouard II n’avait jamais fait preuve d’une personnalité très affirmée, que ce soit en tant que prince de Galles ou, à partir de 1307, en tant que roi, mais personne n’aurait imaginé qu’il soit forcé d’abdiquer… encore moins que ce soit sa femme qui le dépose ! Depuis la France et soutenue par son amant Roger Mortimer et son beau-frère, Edmond, Isabelle de France va organiser l’invasion de l’Angleterre de main de maître.

Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.

Bayézid, le conquérant de l’Europe

Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).
Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).

Bayézid. Le nom est pour beaucoup méconnu pourtant, des années durant, les Européens n’ont connu que lui, l’ont craint plus que tout autre ; Racine lui a même consacré une pièce, sous le nom francisé de Bajazet. Fils et successeur de Mourad Ier, Bayézid avait une certaine propension à l’indépendance ; propension qui devait le conduire à faire assassiner son unique frère dès que l’occasion se présenta. Ce n’est pourtant pas cette action -assez répétitive au sein des cours ottomanes- qui devait distinguer Bayézid de ses pairs. Marchant avec bonheur sur les traces conquérantes de son père, il devait mener une véritable "guerre éclaire" sur l’Europe, passant à deux doigts de l’exploit en manquant d’enlever Constantinople. En un an seulement, il devait achever la conquête de la Thessalie, de la Serbie et de la Bulgarie (1394) puis écraser les armées européennes menées par le roi de Hongrie Sigismond. La défaite de Nicopolis, en 1396, devait marquer les esprits pour longtemps. On dit même que c’est à cause de celle-ci et parce que le duc Jean sans Peur, fait prisonnier, avait été profondément marquer, que Philippe de Bourgogne devait ensuite créé l’ordre de la Toison d’Or. Surnommé Yildirim, "l’Eclair", Bayézid ne devait qu’à l’invasion de Tamerlan en Asie Mineure de laisser échapper Constantinople. Athènes et tout le Péloponèse était déjà tombé. Pour Constantinople, ce n’était plus cependant qu’une question de temps…

L’amour fou de Pierre de Portugal

Gisant d'Inès de Castro.
Gisant d’Inès de Castro.

L’histoire dépasse parfois la fiction mais c’est l’imaginaire qui crée la légende. De fait, l’histoire d’amour d’Inès de Castro et de l’infant de Portugal dépasse largement la fiction. Mais l’image de la reine morte, représentant un cadavre sorti de son tombeau pour être couronné et honoré par toute la cour est, quant à elle, du domaine de la légende. Et on comprend que l’imaginaire se soit emparée de cette histoire…
En 1340, Inès de Castro, demoiselle espagnole, est choisie pour accompagner l’infante Constance à la cour de son futur époux, l’infant du Portugal, Pierre. Un honneur qui fera son  malheur car Pierre s’éprend d’Inès et devient sa maîtresse. Scandale à la cour portugaise où le souverain Alphonse IV renvoie la belle dans "ses pénates"… jusqu’en 1345, date à laquelle meurt l’infante Constance. Malgré l’opposition du roi et de la cour, Pierre n’a alors de cesse de faire revenir sa bien aimée… qui va lui donner pas moins de deux fils et d’une fille.
Banale histoire d’amour ?

La Navarre : d’un royaume à l’autre

Roncevaux : lorsque les Basques ébranlent le pouvoir carolingien (gravure du XIXe siècle).
Roncevaux : lorsque les Basques ébranlent le pouvoir carolingien (gravure du XIXe siècle).

Jamais les Romains n’avaient réussi, autrement que nominalement, à conquérir la Navarre. Pas plus que les Wisigoths ou encore les Francs. Charlemagne, certes, parvint à y établir une marche, mais les Navarrais -plus précisément les Basques et les Vascons- allaient sérieusement malmener les troupes carolingiennes, à Roncevaux d’abord (778) puis dans une série d’embuscades.
C’est vers 830 que se constitue le royaume de Navarre avec, à sa tête, Sanche Ier Garcia (905-925). Sous Sanche III, le royaume s’étend, du côté espagnol d’abord, en allant jusqu’à Tudela, sur la rive supérieur de l’Ebre, et du côté "français", dans la région de Saint-Jean-Pied-de-Port. Son successeur unit son royaume à l’Aragon, qui ne tardera guère à lui redonner son indépendance. En 1234, cependant, la Navarre entre de plein pied en royaume français lorsque l’héritier de la couronne n’est autre que Thibaut de Champagne. Une entrée remarquée et une entrée que les souverains français ne devaient pas oublier de récupérer. C’est ainsi que la fille de Thibaut et son héritière, Jeanne de Navarre, épouse, en 1284, Philippe IV le Bel. Cette politique matrimoniale, pourtant si évidente sur la papier et qui devait, définitivement, unir la Navarre à la France, sera le jouet des événements. Elle va perdre tout son intérêt dès la mort de Louis X le Hutin, héritier de sa mère.

Les Ayyoubides ou l’héritage perdu de Saladin

Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d'une peinture murale).
Les Sarrasins aux prises avec les Croisés (détail d’une peinture murale).

C’est Saladin, le célèbre conquérant kurde, qui, en prenant le pouvoir en Egypte en 1171, devait fonder la dynastie des ayyoubides. Et si, nominalement, Saladin se déclarait encore vassal des sultan abbassides, il était évident pour tout le monde que le véritable pouvoir, c’est lui qui le possédait. De fait, Saladin était un conquérant comme l’islam n’en avait pas vu depuis longtemps : en quelques années, il devait ravir aux croisés Alep (1183) et surtout Jérusalem (1187). A sa mort, en 1193, il laissait un empire qui s’étendait de la Tripolitaine au Tigre et des côtes de l’Arabie méridionale à l’Arménie. Un empire qui ne devait pas lui survivre puisqu’il faut immédiatement partagé entre ses trois fils et son frère pour former les Etats d’Egypte, d’Alep, de Damas et de Mésopotamie. En réalité, la caractéristique de l’empire ayyoubide sera la désunion de ses membres. Malik el-Adil, frère et héritier partiel de Saladin tentera bien de rétablir l’unité, notamment en renversant ses propres neveux et en s’instituant seul et unique souverain, mais, à sa mort (1218), ses fils se partagèrent à nouveau l’empire… et la discorde domina à nouveau entre les princes.

Othon Ier le Grand

Empereur Othon Ier et AdelhaideFondateur du Saint-Empire romain germanique, Othon Ier est une des plus grandes figures du Haut Moyen Âge européen. Né le 23 novembre 912, il devient roi de Germanie en 936 et soumet très rapidement ses vassaux révoltés. Il repousse les tribus magyares (les Hongrois) qui avaient envahi la Bavière et assure ses frontières troublées par les raids slaves. Othon Ier fait alors sentir son autorité dans toute l’Europe. Ainsi, il s’empare de la Lorraine, soutient Louis IV comme roi de France et se fait couronner empereur du Saint-Empire romain germanique par Jean XII en 962. Après avoir placé la papauté sous tutelle, il élève ou dépose les papes, ce qui lui confère un pouvoir jusque-là inégalé en Europe. L’empereur tout-puissant du Xe siècle meurt en 973.

À l’ombre du dieu Bacchus

Lieux de vie et de rencontre, les tavernes parisiennes méritent que l’on raconte leur histoire. Des vendeurs « au pot » qui sillonnaient les rues, aux cabarets et hôtelleries de la fin de la monarchie, il y a là une petite histoire de Paris amusante et gaie, où l’on retrouve l’amour du vin qui caractérise les Français et qu’a su si bien décrire Robin Livio, un spécialiste averti des tavernes, des estaminets et des guinguettes.
Pendant de nombreux siècles, les gargotes, les buvettes, les caveaux et les « hostelleries » ne servaient qu’un vin médiocre, des bières fades ou quelques boissons qui ne brillaient guère par la délicatesse et la finesse de leur goût. Et ces débits de boisson mettront longtemps avant de se transformer en bonnes et belles auberges où le savoir-boire devient un art…

Grégoire le Grand, serviteur des serviteurs de Dieu

Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).
Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).

Serviteur des serviteurs de Dieu, comme il se nomme lui-même, Grégoire Ier le Grand est avant tout le meilleur serviteur que l’Église ait eu au premier millénaire. Issu d’une famille sénatoriale, préfet de Rome, il quitte ses fonctions en 575 et transforme sa demeure en monastère bénédictin. Élu pape contre sa volonté, il va s’attacher toute sa vie à faire renaître l’autorité pontificale, totalement disparue depuis la mise sous tutelle de l’Église par l’empereur Justinien au début du VIe siècle. Dès le début de son pontificat, il va jouer le rôle d’un véritable chef d’État autant que de chef suprême de la chrétienté : il combat les Lombards qui envahissent l’Italie du Nord puis va lutter contre les hérésies arienne et donatiste en Afrique et en Espagne. Enfin, il envoie, en Grande-Bretagne, Augustin de Cantorbéry convertir les hordes barbares du Nord qui tentent d’envahir le pays.