Calais tombe au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Barberousse ou la légende du Grand Roi

Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.
Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.

Roi des Lombards, Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse,  empereur germanique depuis 1152, est, avant tout, un conquérant et c’est contre la papauté que se déroulera son plus long combat. Les cités lombardes, officiellement vassales de l’Empire, sont en perpétuelle révolte et le pape Alexandre III les soutient face au très redoutable Barberousse. Le conflit qui oppose les Gibelins, les hommes de l’Empereur, et les Guelfes, surnom de la dynastie précédente, va s’étendre de l’Empire à l’Italie et durera dix-sept ans. Pourtant, bien que vaincu en Italie, Barberousse va continuer ses multiples combats, créant ainsi sa réputation de souverain qui n’accepte ni le déshonneur ni la défaite.

Gerbert d’Aurillac : le pape de l’An Mil

Gerbert d'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).
Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).

On a dit de lui qu’il était magicien ; il est resté célèbre en tant que « pape de l’An Mil » ; mais Gerbert d’Aurillac, qui est élevé à la dignité pontificale le 2 avril 999, est avant tout un savant et l’un des hommes les plus influents de son temps.
Moine clunisien de Saint-Géraud d’Aurillac, il s’initie aux mathématiques et à l’astronomie en suivant le comte Borel de Barcelone en Catalogne, avant de s’adonner à la culture latine et antique à Rome.
Soutien d’Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet, il devient archevêque de Reims en 991 puis de Ravenne en 998. Très proche de l’empereur Othon III qui fut son élève, il va, dès son élection à la papauté, tenter une politique fondée sur l’union de l’Empire et de l’Église, en vue, notamment, de combattre le danger musulman. Pape de la réforme de l’Église, il est aussi le premier à appeler les chrétiens à la croisade.
À sa mort, en l’an 1003, Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, laisse une Église en pleine mutation et l’image de l’un des plus grands savants de la fin du premier millénaire.

Le meurtre des enfants d’Edouard

Portrait de Richard III d'Angleterre (1452-1485).
Portrait de Richard III d’Angleterre (1452-1485).

Chaque pays, chaque dynastie presque a son fantôme, son revenant miraculeux, son prétendant mystérieux : on ne compte plus les pseudos Louis XVII, la fausse Anastasia a su, jusqu’à sa mort, garder l’énigme de son identité et le mystère Gaspard Hauser fascine encore l’Allemagne. En Angleterre, c’est l’aventure de Perkins Warbeck, prétendant être un fils d’Edouard IV, qui déchaîna et déchaîne encore les passions. Et pas seulement son personnage. Car la mort même des enfants d’Edouard a conservé sa part d’ombre.
Après des années de lutte, la maison d’York, vainqueur de la guerre des Deux-Roses, monte enfin sur le trône en la personne d’Edouard IV. Un règne bienvenu après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes. Un règne d’à peine vingt ans, vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne devait guère résister à l’appel du pouvoir.

Li Shimin, le grand réformateur de la Chine des Tang

Li Shimin (600-649).
Li Shimin (600-649).

Véritable fondateur de la brillante dynastie des Tang, Li Shimin laisse le souvenir d’un empereur plein de vertus et de sagesse. Pourtant, c’est au prix de sombres intrigues et de meurtres qu’il monte sur le trône de Chine.
Li Shimin, qui voit le jour en l’an 600 de notre ère, est issu d’une illustre famille de la province de Shandong, au nord-est de la Chine. En 605, l’empereur Yang accède au pouvoir mais, par ses extravagances, ce personnage tyrannique entraîne le pays au bord de la catastrophe. Atteint de mégalomanie, il épuise en outre son armée dans des combats sans fin. Celle-ci vient d’essuyer une défaite sans précédent en Corée, quand le souverain lance ses hommes contre les Turcs, en 615. Le désastre est évité de peu grâce à un stratagème de Li Shimin mais, las de son maître despotique, le peuple se révolte. Li Shimin passe dans le camp des opposants. L’anarchie s’installe dans tout l’empire et provoque la chute de Yang.

Les décimes : le grand détournement

Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.
Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.

A l’origine, les biens d’Eglise, affectés au culte et à la charité, devaient être exemptés d’impôt. Seule exception, la décime, qui permettait au pouvoir royal ou au pape de lever un impôt correspondant au dixième des revenus du clergé. Un impôt exceptionnel donc qui, au fil du temps, allait acquérir une certaine régularité. Initialement, la décime était versée au souverain tous les dix ans, afin de l’aider à la défense du royaume et, donc, des églises. On constate cependant que, de 1188 à 1294, le roi de France percevra cet impôt sensé être exceptionnel, tous les deux ans. Philippe le Bel ira même jusqu’à lever l’impôt sans l’accord du pape et, à partir du XVIe siècle, c’est tous les ans que la décime sera perçu. En fait, durant tout le Moyen Âge, il apparaît clairement que certains souverains n’hésiteront pas à déclencher des guerres afin de remplir les caisses du trésor. Outre l’aspect proprement pécunier, il s’avère que la levée de l’impôt sur les biens du clergé était, pour les souverains, un moyen facile de prouver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir spirituel, c’est-à-dire de l’Eglise. Un moyen facile et lucratif. Et même lorsque, à l’issu du concordat de Bologne (1516), les décimes versées au roi devinrent régulières -à raison de 1 600 000 livres par an versées pendant six ans, contrat qui sera prolongé indéfiniment-, le souverain n’hésita pas à y ajouter les fameuses et originelles décimes extraordinaires.

Philippe Ier et les débuts de la politique capétienne

Sceau de Philippe Ier (1052-1108).
Sceau de Philippe Ier (1052-1108).

Philippe n’a que sept ans lorsqu’il succède à son père. Couronné une première fois du vivant de celui-ci, il renouvellera « l’opération » à plusieurs reprises, signe que la légitimité des Capétiens était encore à établir. Placé initialement sous la tutelle conjointe de sa mère et, surtout, de son oncle, Baudouin de Flandre, Philippe, une fois majeure, va se révéler un grand roi, l’initiateur de la politique capétienne au XIIe siècle.
Depuis Hugues Capet, le principal handicap des souverains de cette dynastie était leur manque de puissance, comprenez leur manque de terre. De fait, face à des vassaux tels que le comte d’Anjou, celui de Flandre, le duc de Bourgogne et, surtout, celui de Normandie qui, en 1066, devient roi d’Angleterre, le roi de France fait bien piètre figure. Toute la politique de Philippe Ier va donc être de consolider le domaine royal. C’est ainsi qu’il s’empare du Gâtinais (1068), du Vexin (1082) et de la vicomté de Bourges (1100). Parallèlement à cela, il soutient Arnould III face à Robert le Frison dans la succession flamande –ce sera d’ailleurs un échec ; et entretient la révolte de Robert Courteheuse contre son père, Guillaume le Conquérant.

Pierre l’Ermite, le héraut malheureux de Dieu

Le 18 novembre 1095, les cris de Dieu le veut ! retentissent sous les murs de Clermont. Le pape Urbain II (1042-1099) vient de lancer un appel solennel à la Croisade après que Pierre l’Ermite l’ait convaincu de délivrer les Lieux Saints à Jérusalem.
Pierre l’Ermite est né dans le diocèse d’Amiens. Devenu veuf, il prend l’habit de moine.
-C’est, dit un chroniqueur du temps, un homme de petite taille et d’un extérieur misérable, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure qui descendait jusqu’au talon, et marchant les bras et les pieds nus ; mais son esprit était prompt et son œil perçant, son regard pénétrant et doux, sa parole éloquente; une grande âme habitait ce faible corps et il prêchait partout le peuple avec une merveilleuse autorité.
Accompagné de Gauthier Sans-Avoir, un chevalier bourguignon, Pierre l’Ermite parcourt les campagnes de France et même d’Europe. Parti avec quinze mille Français, il traverse l’Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie pour atteindre enfin Constantinople avec cent mille hommes et femmes portant une croix rouge sur leur vêtements.

Othon Ier le Grand : le rêve européen

Blason du Saint Empire romain germanique (l'aigle bicéphale n'apparaît que'au XIVe siècle).
Blason du Saint Empire romain germanique (l’aigle bicéphale n’apparaît que’au XIVe siècle).

Le rêve européen ne date certes pas du XXe siècle. Son histoire non plus, comme l’a fort justement rappelé le président Giscard d’Estaing dans sa présentation d’une constitution européenne. Mais c’est rêve qui apparaît comme essentiellement germanique.
Héritier de Charlemagne et de ses ambitions mais également bras armé de l’Occident chrétien -ou se présentant comme tel-, Othon Ier le Grand puis à sa suite Frédéric Barberousse, Frédéric II de Hohenstaufen : tous ont tenté, avec plus ou moins de succès, de reconstituer l’idéal du souverain européen en recréant, sous leur sceptre, une unité perdue depuis la mort du grand empereur ; tous ont été, et peut-être Othon Ier plus que les autres, les " fils spirituels " de l’Empereur.

Mais qui sont les nains ?

Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).
Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).

De nos jours, point de doute : le mot de nain désigne sans équivoque des personnes de petites tailles. Mais en était-il de même concernant les nains de l’Autre monde, ceux du « petit peuple » qui, avec les lutins et les elfes, peuplent les mythologies celtes, scandinaves et germaniques ? L’étymologie, comme la mythologie, permettent d’en douter. En fait, il apparaît même que les nains sont nés d’un géant…
Mais revenons à l’étude du nom même de nains. En norrois, vieil allemand ou vieil anglais, « nain » se dit dvagr, zwerc ou dveorg, des mots de même origine qui dérivent de l’indo-iranien dhraugh, qui signifie « tromper » ou de dhwar, c’est-à-dire « courber ». Le nain serait donc essentiellement un être difforme et fourbe, deux qualificatifs complémentaires dans l’esprit médiéval qui associe généralement le physique et le moral, l’un reflétant l’autre. De fait, dans la littérature médiévale comme dans la mythologie, le rôle des nains est bien peu flatteur et leur réputation de voleur n’est plus à faire. Mais étaient-ils petits pour autant ? Rien ne l’indique et même le contraire… En effet, la littérature médiévale allemande –qui aime le merveilleux autant que la précision, on ne se refait pas- ne cesse d’employer les termes de « petit nain » ou « nain minuscule ». Accordons aux auteurs allemands d’avoir su éviter les pléonasmes. Dans ce cas, « nain » ne voudrait pas désigner un être particulièrement petit. Voilà qui nous ramène donc à la conclusion précédente, à savoir qu’un nain est alors un être faux, trompeur mais aussi bien petit que grand physiquement.