Les Normands en Angleterre

Le 28 septembre 1066, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, débarque à Hastings, sur la côte sud de l’Angleterre, avec une immense armée. Au moment où il met pied à terre, il trébuche et tombe. Ses hommes parlent d’un mauvais signe, mais Guillaume réplique aussitôt :
J’ai saisi cette terre de mes mains… tant qu’il y en a, elle est à vous !

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).

Frédégonde, la reine sanguinaire

Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.
Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde, Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !
 

La Sainte-Vehme frappe encore !

La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.
La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.

Un cérémonial haut en couleur, des rites d’initiation, l’obsession du secret et une justice pour le moins expéditive et radicale : la Sainte-Vehme est à mi-chemin entre la Franc-maçonnerie et le Ku Klux Klan.
Créés sur le modèle des plaids (assemblées) comtaux carolingien, ce qui fera dire à certains que leur origine remonte au haut Moyen–Age, les tribunaux de la Vehme apparaissent en Westphalie au XIIIe siècle. A l’époque, le pouvoir imérial peine à asseoir son autorité : les féodaux s’affrontent sans cesse, au grand damne de la population qui paye un lourd tribu, et la justice impériale est quasi inexistante, ce qui laisse le pays en proie à toutes les exactions. C’est pour palier à cette anarchie judiciaire que devaient être créer les tribunaux de la Sainte-Vehme. Etablis dans chaque comté, ils étaient présidés par un Freigraf, un comte généralement, assisté de quatorze assesseurs, nobles ou bourgeois. A ces derniers revenait le rôle de juges et de bourreaux. Quant aux crimes tombant sous l’autorité judiciaire de la Vehme, ils concernaient la religion, l’honneur, la loi, la trahison, le meurtre, le parjure, la diffamation, le viol, l’abus de pouvoir et, enfin, les crimes contre la Sainte-Vehme elle-même, notamment la révélation de ses secrets par d’anciens membres. Un panel relativement vaste donc, qui allait donner tous les droits à ces tribunaux, au point de faire régner une véritable terreur en Westphalie puis dans toute l’Allemagne. Une terreur semblable à celle que propagera le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Une terreur due avant tout à sa justice expéditive.

Les « fils de François »

Saint François montant aux cieux (détail d'une fresque).
Saint François montant aux cieux (détail d’une fresque).

Parce que son ordre et sa vocation était tout entier tourné vers le cœur, vers Dieu, le pauvre d’Assise avait à peine pris le temps d’esquisser les règles de son ordre. Résultat, à sa mort en 1226, ses fils se trouvèrent singulièrement désarmés. Rapidement, deux clans se formèrent ; rapidement, soit dès 1230-1239, période durant laquelle les papes allaient tout faire pour impliquer un peu plus les Franciscains dans l’exercice apostolique, au détriment de vœu de pauvreté, notamment. De fait, saint Bonaventure et d’autres Franciscains vont se révéler des atouts précieux dans la lutte contre les hérésies et dans l’approfondissement de la théologie universitaire. Mais qu’en était-il du principe même de l’ordre ? Qu’en était-il aussi du testament de saint François ? Si tous les fils de saint François ne s’émurent pas outre mesure de l’apparent abandon de la règle primitive, certains y virent une véritable trahison. Trahison à l’idéal auquel ils avaient adhéré ; trahison à l’esprit de saint François. Les Spirituels : tel sera leur nom.

La Suède, des Svear à l’union scandinave

Un marchand viking (gravure ancienne).
Un marchand viking (gravure ancienne).

Déjà Tacite, dans sa Germanie, évoque la Suède, qui était alors habité par les Goths, au sud, et les Svear, au nord. Ce sont ces derniers qui, dans les premiers siècles de notre ère, vont s’assurer la suprématie du pays. Le pouvoir était loin d’une centralisation quelconque et c’est uniquement dans le sacerdoce des prêtres du sanctuaire d’Upsala que l’on peut voir une forme de gouvernement. De fait, la Suède était alors divisée en une multitude de provinces, de principautés qui tenaient à leur autonomie. L’autorité royale, également établie à Upsala -et ce n’est pas un hasard- n’avait d’autorité que le nom. Tout juste peut-on lui reconnaître un rôle religieux plutôt que politique.
Du VIIIe au Xie siècle, la Suède va connaître une expansion rapide… vers la Russie. Les Varègues, notamment, s’établiront à Kiev et à Novgorod, où ils fonderont des cités dédiées au commerce. C’est de ces cités que sortira plus tard l”Etat russe et on retrouve la traces des origines scandinaves dans de nombreux prénoms, tels qu’Oleg -qui serait Helgi-, Igor -Ingvar- ou Riourik, le nom des princes de Kiev, qui serait la transcription de Roerek.

Les « valses » de Vienne

Blason des comtes de Habsbourg, d'après une peinture murale.
Blason des comtes de Habsbourg, d’après une peinture murale.

Déjà, dans l’antiquité, Vindobona était un important établissement celte. Camp militaire romain placé sur la frontière du Danube, dans la province de Pannonie, c’est là que l’empereur Marc Aurèle décèdera (180) durant la guerre contre les Marcomans. Totalement ruinée par les grandes invasions, Vienne semble avoir commencé à renaître au VIIIe siècle. Elle faisait alors partie de la marche de Pannonie, qui marquait la fin de l’influence franque. Ce n’est qu’en 1142, qu’elle acquit son titre de capitale du duché d’Autriche, alors aux mains de la maison de Babenberg. La ville connut un premier épanouissement sous Léopold VI le Glorieux (1198-1230), sous lequel furent construites les parties les plus anciennes de la Hofburg et qui fit de sa cour un des foyers du Minnesang, l’art poétique exaltant les vertus et les héros germaniques. Frédéric II de Hohenstaufen, vainqueur des Babenberg, donnera à la capitale autrichienne les privilèges d’une cité impériale. Prise brièvement par Ottokar de Bohême, Vienne passera ensuite sous l’autorité de Rodolphe Ier de Habsourg (1278). Elle devait rester à cette famille durant les siècles à venir, le destin des deux étant désormais irrémédiablement liés.

Théodoric le Grand : sur le trône des Césars

Pierre gravée portant le nom de Théodoric.
Pierre gravée portant le nom de Théodoric.

Si pour les Romains, Théodoric était un barbare, il était tout de même de sang royal, né dans la famille des Amales qui, au Vie siècle, régnait sur les Ostrogoths. Envoyé en otage à Constantinople à l’âge de 7 ans, Théodoric profita de son séjour byzantin pour se cultiver, apprenant le grec et les latin, s’initiant à la culture classique. Et à la mort de son père, c’est tout naturellement qu’il prit sa suite à la tête des Ostrogoths. Pas de tous cependant, car durant des années Théodoric aura à combattre un adversaire de même nature, le bien nommé Théodoric le Louche. Côté byzantin, si l’Ostrogoth commença par s’opposer à l’empereur Zénon, il contribuera au rétablissement de ce dernier ce qui lui vaudra la reconnaissance éternelle de l’empereur. Enfin, reconnaissance éternelle, sans doute pas, mais au moins les titres de patrice, de consul et de magister militum, des titres qui allaient aiguisé l’appétit de l’Ostrogoth plutôt que de le calmer. Sentant le danger et plus fin politique qu’il ne semblait de prime abord, Zénon va habilement détourner les ambitions de Théodoric en orientant sa soif de pouvoir vers la péninsule italienne qui, depuis 476, était aux mains d’un autre barbare, un certain Odoacre, dont la tribu avait été détruite par les Ostrogoths et qui, depuis ce temps, avait mis ses talents au service des Romains. Mais comme Théodoric, Odoacre était ambitieux ; comme lui, mais avec plus de succès, il s’était fait le zélé serviteur des empereurs d’Occident avant de détrôner le dernier d’entre eux, Romulus Augustule, et de prendre, dans les faits si ce n’est dans les titres, sa place.

La déchéance de l’Empire

Charlemagne avait partagé ses États entre ses trois fils et c’est le hasard, en faisant mourir les deux aînés, qui sauve l’unité de l’Empire qui échoit, en 814, à Louis Ier le Pieux ou le Débonnaire.
Louis Ier n’aura pas cette chance et son règne sera toujours placé sous le signe de la discorde et de la rivalité.

Le guet-apens de Montereau

Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).
Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419).

Sans scrupule, avide de pouvoir, rusé mais aussi mécène et homme de culture, Jean sans Peur n’a laissé dans l’histoire que l’image d’un traître et d’un assassin. Succédant à son père, Philippe le Hardi, il hérite, en 1404, de l’immense domaine bourguignon qui comprend, outre la Bourgogne, le Charolais, les Flandres, l’Artois et le Vermandois.
À cette époque, le trône de France est occupé par le malheureux roi fou, Charles VI, et la lutte pour le pouvoir se joue entre le duc de Bourgogne, cousin du roi, et Louis d’Orléans, son frère. En 1408, prenant pour excuse la sauvegarde du pays, Jean sans Peur ordonne la mort du duc d’Orléans, coupable, selon la rumeur, de la folie de son royal frère… L’excuse n’est biensûr qu’une et c’est de politique plus que d’empoisonnement qu’il s’agit. Mais peu importe.