Les rois interdits de séjour

Jules Grévy

Trois ans à peine après la mort du comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X et dernier prétendant légitimiste, Jules Grévy, alors président de la République, promulgue, en juin 1886, une loi visant à éloigner définitivement toute tentative de rétablissement de la monarchie.
C’est ainsi que, « le territoire de la République est et demeure interdit aux chefs des familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs, dans l’ordre de primogéniture «.
Se rappelant sans doute l’histoire de Napoléon III, jadis prince-président, il précise aussi que « les membres des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni excercer aucune fonction publique ni aucun mandat électif ».

Buffalo Bill, la terreur de l’Ouest

William Cody, alias Buffalo Bill (1846-1917).
William Cody, alias Buffalo Bill (1846-1917).

Chasseur célèbre, metteur en scène de spectacle, éclaireur du Pony express puis de l’armée ; ou bien massacreur de bisons et tueur d’Indiens : qui était réellement Buffalo Bill, cette figure incontournable du Far west ?
William Frederick Cody, né dans l’Iowa en 1846, débute sa carrière lors de la guerre de Sécession (1861-1865) comme éclaireur chez les Nordistes. C’est alors qu’il fait la rencontre du général Custer, réputé pour sa lutte acharnée et sanglante contre les Indiens. À la fin de la guerre, Custer est désigné par les autorités fédérales pour repousser les Indiens hors de la plaine allant des Montagnes Rocheuses au Mississipi, afin d’installer un réseau ferroviaire. Il s’adjoint l’éclaireur William Cody qui, entre temps, a apporté sa contribution à l’histoire légendaire du Pony express, une société de distribution de courrier qui n’hésitait pas à braver les distance et les Indiens. Sous le commandement de Custer, Cody joue d’ailleurs plus qu’un rôle d’éclaireur : en effet, n’est-ce pas lui qui a tué puis scalpé le chef cheyenne Main-Jaune ?

Pour une civilisation comptable

Jacques Attali (photo récente).
Jacques Attali (photo récente).

Une civilisation comptable. A priori, les deux mots sont antinomiques, totalement opposés ; pourtant, on peut légitimement se demander si le président de la République a cette vision-là de la civilisation. Il y a peu, un article du Point signé Baverez (le point édition du 17 janvier 2008) titrait "La civilisation n’est pas une politique". Non, en effet, la civilisation doit, ou du moins devrait, conduire à une vision plus grande, plus lointaine, ce qui entraînerait l’application de telle ou telle politique. Car qu’est-ce que la civilisation si ce n’est un ensemble de progrès, d’évolutions techniques et morales, politiques et artistiques qui imprègnent une société, qui l’amènent vers un même but. La civilisation des Grecs antiques fera l’apologie de la démocratie ; la civilisation égyptienne est celle du divin ; celle de Mésopotamie a découvert et développé l’écriture mais également le principe juridique quant à la civilisation européenne médiévale, ceux sont les valeurs judéo-chrétiennes qui l’on guidé, formé. D’accord ou non avec ses valeurs, ces principes, il n’empêche que l’on peut les considérer comme des principes nobles, élevant l’humain, lui donnant un but qui va au delà de sa propre personne. Et c’est ce que semblait proposer, sans la définir vraiment, monsieur Sarkozy en évoquant un "politique de civilisation". Résultat : le rapport Attali dont on nous dit et on nous assure qu’il sera, pour une bonne part, mis en application.

Le parti de l’Ordre ou la manipulation du prince-président

Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l'Ordre.
Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l’Ordre.

On a souvent fait de Napoléon III un être falot, peu au fait de la politique. Pourtant, c’est avec une habileté remarquable que, durant les années 1849 à 1851, il va manipuler, à son avantage, le parti de l’Ordre.
Le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) avait été celui de la bourgeoisie. Une bourgeoisie qui faisait reposer ses ambitions sur l’industrialisation et sur la spéculation boursière, deux phénomènes qui, vers 1846-1847, allaient sombrer dans une crise sans précédent. La paupérisation des campagnes mais surtout des milieux ouvriers, le vent de révolte que semblait souffler menaçaient le régime tout entier. Et il paraissait évident que Louis-Philippe, qui avait mollement mené la campagne d’Algérie, qui avait mollement répondu aux désirs guerriers des anglophobes et qui avait tout bonnement ignoré la révolte de la rue, ne saurait faire face. L’opposition républicaine, de son côté, s’était concentrée dans une opposition au régime électoral. Le renvoi de Guizot, en 1847, ne devait être que le prélude à l’inévitable : l’insurrection de Paris et l’abdication du roi. En 1848, la IIe République était donc proclamée. Une république qui avait elle-même ses opposants, parmi lesquels les légitimistes, les orléanistes et les divers forces de droite regroupées en un seul mouvement : le parti de l’Ordre.

Les saints des derniers jours

Brigham Young (1801-1877)

Le 24 juillet 1847, arrive sur les bords du lac Salé une longue caravane de pionniers. Ils viennent de parcourir quelques mille sept cents kilomètres, fuyant la colère des « Gentils » et abandonnant le corps de leur premier prophète, Joseph Smith junior.
C’est à l’âge de quinze ans que Smith a une première vision du dessein de Dieu à travers le Livre de Mormon, découvert grâce à l’ange Moroni. En 1827, il fonde « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours », annonçant l’avènement prochain d’un règne terrestre de Dieu, que lui, Smith, doit préparer en soumettant le monde. Peu à peu, Smith devra abandonner ses prétentions -il se présentera tout de même à la présidence des États-Unis et se contentera de fonder Nauvoo, la « nouvelle Jérusalem ».

Kadhafi, le trublion du monde arabe

Mouammar al-Kadhafi (né en 1942), d'après un dessin original.
Mouammar al-Kadhafi (né en 1942), d’après un dessin original.

A l’heure où l’Europe se félicite de la libération des infirmières et du médecin bulgares condamnés pour avoir prétendument inoculé le virus du sida à des enfants libyens, force est de constater que l’on oublie d’évoquer celui qui apparaît comme la figure centrale de cette pénible affaire : Mouammar al-Kadhafi. Un homme pétrit de contradictions et d’actes ratés et qui joue les trublions sur la scène internationale depuis pas moins de trente-sept ans !
C’est en 1970 que Kadhafi prend le pouvoir en lieu et place d’Idriss Ier, instaurant une République arabe libyenne à laquelle succèdera, en 1977, la Jamahiriya arabe libyenne. Un bien joli nom  pour désigner une dictature islamique –on y applique la charia ; un nom sensé représenter cette « démocratie directe » que Kadhafi appelle de ses vœux dans son Petit Livre vert. Une démocratie qui n’en a pas même l’apparence d’ailleurs, le parti du Colonel étant le seul autorisé dans le pays.
Ce n’est certes pas la seule contradiction du personnage, tour à tour chantre du panarabisme puis soutien des Etats-Unis. C’est peu dire que le Guide suprême de la Libye est passé maître dans l’art de l’inconséquence et de l’inconstance. Adepte de toutes les fusions, fédérations, confédérations, dans le but unique de jouer un rôle de premier plan au niveau international, il sera tour à tour allié des Soviétiques, de l’Egypte et de la Syrie, verra ensuite son salut dans une coopération avec le Maghreb, notamment la Tunisie, avant de se plier aux exigences américaines.

Le Tigre enflamme la France

Clémenceau, dit le Tigre, à la tribune de l'Assemblée (gravure tirée d'un journal de l'époque).
Clémenceau, dit le Tigre, à la tribune de l’Assemblée (gravure tirée d’un journal de l’époque).

Lorsque, le 16 novembre 1917, Clémenceau est appelé à former un nouveau gouvernement, la France est à bout, désespérée. La guerre des tranchées semble ne jamais devoir finir, 110 000 soldats, tués ou blessés, ont été laminés lors de l’offensive de Nivelle sur la Somme et les mutineries se multiplient. La lassitude et le défaitisme gagnent les soldats comme les civils. Le Tigre décide de redonner confiance au peuple français : il forme un cabinet de guerre jusqu’au boutiste -sans un seul ministre socialiste-, lance un emprunt de dix milliards et place Foch à la tête des armées alliés. Dans ses discours, il balaye toutes les objections de la Chambre des députés, il est prêt à toutes les alliances -y compris avec l’Action française-, si cela peut assurer le triomphe de la France.
Nous ne sommes pas au pouvoir pour assurer le triomphe d’un parti, devait-il proclamer alors devant ses pairs. Nos ambitions sont plus hautes : elles visent à sauvegarder l’intégrité de l’héroïque moral du peuple français. Chacun de nous a aujourd’hui le droit de dire : je suis fils d’une vieille et belle histoire, je suis le fils d’un peuple qui a pensé, a écrit, a agi et nos petits-neveux penseront, écriront, agiront de même.
Un an après ce discours enflammé, l’armistice était signé…

Brazza « l’Africain »

Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) part pour sa toute première exploration en Afrique en 1875. Cet  officier de marine, Italien d’origine, à l’âme aventureuse, explore les côtes du Gabon et remonte le cours de l’Ogooué près duquel il fonde Franceville. Lors d’un second voyage, il reprend la route fluviale de l’Ogooué, atteint le Congo qu’il place sous protectorat français, fonde Brazzaville et devient, en 1886, commissaire général au Congo. Durant ces années de commissariat, il prend la défense des populations noires face au trafic de colons peu scupuleux. Nombre de députés se dressent alors contre lui  et le destituent en 1897. Déçu, amer, il meurt le 14 septembre 1905 à Dakar.

Louis Renault et les débuts de l’industrie automobile

Louis Renault (1877-1944).
Louis Renault (1877-1944).

En ces jours où le salon de l’automobile fait grand bruit, une histoire, celle de Louis Renault, mérite d’être rappelé. A cela, il faut voir plusieurs raisons : l’histoire de l’automobile française a débuté grâce à quelques passionnés tels que Louis Renault (1877-1944) ; et, à cause du procès –juste ou non- qu’il lui a été fait, la pierre qu’il a apporté à l’édifice de cette industrie a trop souvent été occulté voir banalisé.
Mécaniciens amateurs, Louis et son frère Marcel aménagent un atelier dans la maison de leurs parents à Billancourt et y mettent au point, en 1898, leur première voiture. L’année suivante, ils fondent l’usine Renault Frères et accaparent alors le marché des taxis parisiens et londoniens ; ils augmentent ainsi leur production rapidement et construisent le tank Renault.

L’exception polonaise

L'aigle ornant les armes de la Pologne.
L’aigle ornant les armes de la Pologne.

Dans quelques jours, la Pologne sera appelée à élire les représentants de son parlement. Une Pologne qui détonne dan cette Europe relativement uniforme ; une Pologne qui, malgré une adhésion récente, est bien loin de courber l’échine face aux revendications de pays plus anciens. De fait, c’est elle-même qui revendique. Et haut et fort encore. La raison de cette « exception polonaise » ? Deux siècles et demi de soumission quasi permanente aux autres puissances d’Europe. Deux siècles et demi au terme desquels elle compte bien ne plus subir, mais imposer.
Le « gâteau polonais » : c’est ainsi que l’on avait surnommé cette terre, dénuée de frontière naturelle, placée au cœur des échanges commerciaux. Un « gâteau » que la Prusse –puis l’Allemagne-, l’Autriche et la Russie se partageront pas moins de trois fois de 1772 à 1795 puis une quatrième en 1815, suite à la défaite napoléonienne.
La Pologne indépendante, réapparu à l’aube de la Première Guerre mondiale, allait sombrer une nouvelle fois en devenant la cible numéro 1 du Reich. Les raisons de ce choix polonais sont multiples mais la plus évidente était la faiblesse de la Pologne. Sa faiblesse et la relative indifférence que son sort, au fil des siècles, avait engendré. Enfin, l’Allemagne du Reich, fille naturelle de la Prusse, voyait dans cette terre un vivier de main d’œuvre, d’être tout juste bons à servir. Une terre, selon Heinrich Himmler,  « peuplée de sous-hommes d’Orient ».