Champollion, l’art des langues

Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).
Statue de Jean-François Champollion (1790-1832).

L’arabe, l’hébreu, le chaldéen, l’éthiopien, le copte : durant des années, Jean-François Champollion, fils d’un libraire de Figeac, allait se passionner pour les langues étrangères, les « langues O »… Mais c’est en perçant le mystère de l’écriture des anciens Egyptiens qu’il va acquérir une renommée véritablement mondiale.
Depuis déjà le XVIIIe siècle, l’Egypte était « à la mode ». L’expédition de Bonaparte et les publications savantes qui allaient s’ensuivre devaient accentuer cet engouement, aussi bien auprès des spécialistes que des amateurs. Mais qu’est-ce que l’étude d’une civilisation si l’on n’en maîtrise pas la langue ? De fait, lorsque Champollion s’y attelle en 1809, cela fait près de 1500 ans que la compréhension des hiéroglyphes a disparu.
La pierre de Rosette, découverte lors de l’expédition d’Egypte par un officier français, est une stèle sur laquelle figurent trois inscriptions, dont l’une est un décret daté de 196 avant J.-C., publié sous Ptolémée V. Un décret rédigé en grec ; un décret qui trouve certainement sa traduction hiéroglyphique dans les deux inscriptions qui l’accompagnent.

Dans l’ombre de Victoria

Albert de Saxe-Cobourg et Gotha (1819-1861).
Albert de Saxe-Cobourg et Gotha (1819-1861).

Aisément cantonné au rôle de père de ses neuf enfants ; facilement relégué dans la statut d’époux de la reine ; tout juste désigné sous le titre -acquis en 1857- de prince consort : Albert de Saxe-Cobourg et Gotha fait partie de la longue galerie de souverains méconnus.
Fils cadet du duc de Saxe-Cobourg et Gotha, cousin germain de la reine Victoria, il est à peine plus âgé qu’elle lorsqu’il l’épouse en 1840. Un mariage politique, qui sera également un véritable mariage d’amour duquel naîtront pas moins de neuf enfants. L’amour de la reine, le nombre d’enfants, brandit comme une sorte de "preuve" de cet amour : voilà, généralement à quoi se limite la biographie du prince Albert. Un prince qui ne deviendra consort qu’au bout de dix-sept ans de mariage ; un prince qui, semble-t-il, avait mérité ce titre de consort…
Certes, Albert ne gouverna pas directement, son épouse y parvenant admirablement sans son aide. Certes, son origine allemande pouvait même être un handicap. Mais le prince saura rapidement se rendre indispensable à son épouse autrement que dans leur vie de couple. Réorganisateur de l’armée lors de la guerre de Crimée, conseiller écouté de la reine, il saura surtout mettre en avant ses talents d’organisateur et même de promoteur lors de l’Exposition universelle de 1851, exposition qui sera -et il est bon de le souligner- un succès populaire autant que financier.

Baden-Powell : scout toujours !

Robert Baden-Powell (1857-1940).
Robert Baden-Powell (1857-1940).

Mon but est simple, explique Baden-Powell. Il fallait transformer les enfants en soldats. Pas des soldats pour combattre sur le champ de bataille mais pour remporter des victoires sur… la vie !
Général anglais, devenu une idole populaire après sa victorieuse défense de Maféking, durant la guerre des Bœrs, Baden-Powell met ses expériences vécues en Afrique du Sud au service de l’éducation de la jeunesse. En 1907, dans une île au large de la Grande-Bretagne, il organise le tout premier camp, invitant des groupes de jeunes à vivre en contact avec la nature, à développer leur sens de l’observation et à se soumettre à un entraînement physique particulier.

La reine Hortense

Hortense de Beauharnais (1783-1837).
Hortense de Beauharnais (1783-1837).

Belle, intelligente, belle-fille puis belle-sœur de Napoléon Ier, reine de Hollande, mère de Napoléon III, Hortense de Beauharnais tient une place de choix dans toute l’histoire de l’Empire et sa vie est un véritable roman. Mariée de force, en 1802, au frère de l’Empereur, Louis, elle devient reine de Hollande après que Napoléon ait fait cadeau de ce trône à son cadet. Hortense doit le suivre mais c’est avec infiniment de répugnance qu’elle arrive dans son nouveau pays. Elle le quittera dès 1810, après l’abdication de Louis. À Paris, sa conduite continue de défrayer la chronique. On dit déjà que son dernier fils, Charles-Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, est le fils du célèbre amiral hollandais, Verhuelle ! Et, selon certaines rumeurs, vraisemblablement plus fondées que les précédentes, Hortense aurait mis au monde un autre bâtard, fils du comte de Flahaut et donc petit-fils de Talleyrand.

Des bienfaits du mécénat

Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.
Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.

Une entreprise finance les travaux de restauration d’un palais, d’un château, d’un tableau et aussitôt les « personnes autorisées » -par qui, mystère- poussent des cris d’orfraie, mettant tout le monde en garde contre la perte de l’indépendance culturelle, la publicité détournée. Passe encore pour ce dernier aspect. Mais est-ce vraiment parce que l’entreprise Vinci finance, à hauteur de 12 millions d’euros les travaux de la galerie des Glaces à Versailles, que la culture perd une once de liberté et d’indépendance ? A contrario, quel est l’apport culturel d’un défilé « osé », signé Lacroix, dans la chapelle de ce même château ?
Il y a peu, le magazine Marianne s’émouvait du manque de renouveau culturel, du conformisme –et on sait que sa dénonciation fait le fond de commerce du journal- en vigueur dans le milieu artistique, autant côté créateurs que côté critiques. Le magazine posait alors la question de la perte culturelle, du malaise en vigueur dans ce milieu, sans pour autant faire l’effort de poser les vraies questions.
Au regard de l’histoire, il est aisé de déterminer les grands élans culturels. Au Moyen Âge, temps de l’amour courtois, des romans de chevalerie, des cathédrales bien sûr, l’art était tout entier tendu vers un double idéal : Dieu et la fidélité. A la Renaissance, où les Antiques sont ressuscités, où la peinture et la sculpture atteignent leur apogée, c’est vers l’homme que l’homme regarde. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces mouvements artistiques sont nés sous la protection, voire l’impulsion de mécènes. Idem au temps des Lumières, où quelques princes ou grands seigneurs ont financé avec ardeur les auteurs révolutionnaires, preuve, s’il en faut, que cette pratique n’empêche nullement l’éclosion des idées…

Ciano ou les regrets d’un impérialiste

Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).
Le comte Galeazzo Ciano (1903-1944).

Déjà, la carrière politique et militaire de Galeazzo Ciano semblait toute tracée : son père s’était distingué dans l’attaque de sous-marins au cours de la Première Guerre mondiale et avait adhéré dans la foulée au parti fasciste. En 1930, Galeazzo suit promptement les traces de son père et, tout jeune diplomate, épouse, en 1930, la fille de Mussolini, Edda. Devenu sous-secrétaire d’Etat puis ministre de la presse et de la propagande (1935), le jeune comte Ciano participe à la guerre d’Ethiopie en tant qu’aviateur puis devient, en 1936, ministre des Affaires étrangères. Un poste essentiel en cette période de bouleversement européen ; un poste qui va faire de lui le principal artisan de la politique impérialiste de l’Italie, politique consacrée, en 1939, par l’axe Rome-Berlin. Dès lors, l’Italie de Mussolini est entraînée dans le sillage de la politique belliqueuse de l’Allemagne… ce qui est justement ce que Ciano veut éviter. Le calcul est mauvais car, malgré les réticences de Ciano, l’Italie ne peut plus faire marche arrière. De fait, Ciano a bel et bien piégé son pays, s’est piégé lui-même et ses réticences ou son opposition, de plus en plus marquée, vis-à-vis de son beau-père, Mussolini, ne changeront rient à l’affaire. Sauf pour l’intéressé lui-même qui, en 1943, se voit retirer le ministère des Affaires étrangères.

François-Joseph ou la fin des Habsbourg

Couronné à dix-huit ans François-Joseph va gouverner son empire pendant soixante-huit ans. Empereur d’Autriche et roi de Hongrie depuis 1867, il sera en butte, durant tout son règne, au nationalisme des minorités qui peuplent ses immenses territoires.
Échouant à imposer une politique absolutiste, y compris dans sa propre famille, l’empereur sera vivement touché par de très nombreux drames familiaux : exécution de son frère, Maximilien, au Mexique, suicide de son fils unique, Rodolphe, assassinat de sa femme, la célèbre Sissi, et enfin assassinat, à Sarajevo, de son neveu et héritier, l’archiduc François-Ferdinand.

Et Dieu créa…

Adam et Eve tentés par le serpent, d'après une gravure du Moyen Âge.
Adam et Eve tentés par le serpent, d’après une gravure du Moyen Âge.

Le créationnisme, qui semble être un des sujets de prédiction des médias ces dernières années –depuis l’élection de Georges Bush notamment-, n’est certes pas vieux comme le monde, mais date au moins de l’acceptation des théories darwiniennes. De fait, il remet totalement en doute les théories du scientifique, prônant une lecture littérale de la Bible. Le monde ne serait donc pas né d’un quelconque Big Bang, mais aurait été créé en sept jours et l’homme n’aurait subi aucune évolution. Bref, le créationnisme fait de la Genèse un récit historique. Et si l’on trouve un parc d’attractions sur le thème de la Création, si les écoles françaises, belges, suisses ont reçu un atlas anti-évolutionniste d’un éditeur turc, ce n’est pas un hasard. La géographie du créationnisme l’explique tout naturellement.
Fortement présent dans les pays protestants, notamment aux Etats-Unis et en Australie, et dans le monde musulman, le créationnisme se nourrit véritablement d’un aspect commun à ces deux religions, le fondamentalisme des uns et des autres lui donnant un nouvel essor. Et si l’on y regarde de plus près, ni les pays catholiques, ni Israël ne connaissent de mouvement similaire. Et c’est clairement dans la lecture que protestants et musulmans font de la Bible qu’il faut voir une différence.

La gloire du « Spirit of Saint Louis »

Charles Lindbergh (1909-1974).
Charles Lindbergh (1909-1974).

Voir le monde à travers le regard de Dieu, selon le mot de l’écrivain Karen Blixen : tel fut la passion du plus célèbre pilote de toute l’histoire de l’aviation, Charles Augustus Lindbergh.
Né en même temps que l’aviation, ce fils d’un parlementaire d’origine scandinave abandonne très vite ses études pour se consacrer à son rêve : voler. Mais c’est à l’occasion d’un concours qu’il acquiert la notoriété : en 1927, un hôtel parisien offre un prix de 25000 dollars au premier aviateur qui traversera l’Atlantique de New York à Paris. Le 20 mai suivant, à bord du Spirit of Saint Louis, Charles Lindbergh quitte New York et, après seulement trente-trois heures de vol, atterrit au Bourget où l’attend une foule enthousiaste : Lindbergh est entré dans la légende. C’était le 21 mai 1927.

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !