Destruction de Pompéi

Quelques jours auparavant déjà, un léger tremblement de terre avait secoué la ville et fissuré les murs. Mais les habitants de Pompéi, sourds à la colère du volcan, sont restés dans leur ville. Le 24 juin, le Vésuve entre en éruption. Des blocs de lave retombent sur la campagne et dans la mer. Le forum, le grand théâtre, les piscines sont envahis à leur tour et bientôt la ville est couverte d’une épaisse couche de cendres. Les habitants fuient le lieu du désastre, mais ce n’est pas fini. Le 25 juin 91, en pleine nuit, le Vésuve fait à nouveau éruption et cette fois-ci, c’est un nuage de gaz et de cendres à sept cent cinquante degrés environ qui asphyxie et change en pierre les habitants qui n’ont pas fui assez loin.
Pompéi se couvre de cendres, gardant, pour des siècles, l’image de la beauté et de l’horreur qu’elle a subie.

Tite-Live : pour la gloire de Rome

L'arrivée d'Enée annoncée à Latinus, roi du Latium (d'après une reproduction ancienne).
L’arrivée d’Enée annoncée à Latinus, roi du Latium (d’après une reproduction ancienne).

C’est pour "perpétuer  le souvenir des exploits du premier peuple de l’univers", selon les mots mêmes de Tite Live, que le plus grand historien romain se lança dans la rédaction de ce qui tient autant de la mythologie que de l’histoire : l’Histoire romaine. Cent quarante-deux livres qui relatent, depuis l’arrivée d’Enée, un prince troyen, en Italie, jusqu’à la mort de Drusus l’histoire de Rome. Cent quarante-deux livres à travers lesquels Tite-Live fait l’apologie du courage, de l’abnégation, de la volonté de conquête du peuple romain. Certes, c’est également une œuvre de propagande que celle de Tite-Live. Mais s’il se montre difficile dans le choix de ses sources, s’il fait parfois abstraction des causes économiques, s’il sous-estime les causes politiques, Tite-Live demeure LA référence en terme d’histoire romaine. Son exaltation des principes qui firent la gloire de Rome est plus une leçon pour son époque (le Ier siècle après J.-C.) que pour les siècles à venir. Son désir n’est pas de raconter simplement les événements, mais de les présenter comme des leçons du passé, des exemples à suivre dans une Rome abonnée au luxe, à la richesse, aux plaisirs.

Caligula : plus puissant que les dieux…

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.

Livie : un « maître » pour Agrippine

Auguste et Livie (détail d'une peinture de J.-B. Wicar).
Auguste et Livie (détail d’une peinture de J.-B. Wicar).

Messaline, Agrippine : voilà des noms que l’on connaît et pas de la meilleure façon qui soit. Mais Livie dans tout ça ? La femme d’Auguste est loin d’être exempte de tout reproche ; elle ressemblerait même assez à Agrippine, dont on peut dire qu’elle sera, par son histoire, une sorte de maître dans l’art de conspirer.
Cette héritière de la gens Claudia avait épousé Tiberius Claudius Nero dont elle avait un fils, le futur empereur Tibère, et dont elle attendait un second fils, Drusus, lorsqu’Auguste s’éprit d’elle et en fit son épouse (38 avant J.-C.). Son mariage avec le plus haut représentant de l’Etat étant demeuré stérile, Livie n’aura de cesse de mettre son ou ses fils sur le trône de cet empire qui se dessinait à grands pas. Mais être la femme d’Auguste ne permettait pas tout ; surtout, cela n’éliminait pas tous les autres prétendants à la succession de celui qui avait volontairement refusé d’être empereur en titre tout en en assumant toutes les fonctions. C’était donc un destin exceptionnel que Livie voulait pour les fils de Tiberius Claudius Nero.
De fait, sa propre succession sera la grande affaire d’Auguste. Pour se faire, il octroie à son neveu -le fils de sa soeur- le pontificat et l’édilité alors même qu’il n’est qu’un adolescent ; il octroie à Marcus Agrippa, un de ses meilleurs généraux, deux consulats successifs, puis en fait son gendre. Et si ses beaux-fils, les fils de Livie, deviennent « imperator », Auguste adopte les fils d’Agrippa, Caïus et Lucius. Il semble bien que ce soit sur eux que le maître de Rome ait fondé le plus d’espoir. C’est donc sur eux que Livie s’acharnera.

Les thermes de Caracalla

Thermes romaines -ici de Dioclétien-, d'après une aquarelle moderne d'E.Paulin.
Thermes romaines -ici de Dioclétien-, d’après une aquarelle moderne d’E.Paulin.

Sortes de bains publics, les thermes n’avaient pas pour fonction première de permettre aux Romains de se laver : c’était avant tout un lieu de rencontre, un endroit où il fallait se montrer, notamment si l’on était « quelqu’un ». On s’y retrouvait vers le début d’après-midi, peu avant la cena -le grand repas de l’après-midi. L’entrée des thermes était généralement gratuite et leurs constructions étaient le fait de riches particuliers ou d’empereurs. Les premières thermes de Rome furent ainsi édifiées à la requête d’Agrippa, vers 19 avant J.-C., et, à l’époque impériale, Rome en comptait une bonne centaine, dont les plus célèbres sont les thermes de Dioclétien, les plus grandes, celles de Constantin et surtout celles de Caracalla.
Construites en 217 après J.-C. dans un faubourg proche de la voie Appienne, ces thermes couvraient une surface de 118000 m2 sur lesquels l’établissement de bains n’occupait lui-même que 25000 m2. En effet, outre le frigidarium (eau froide), le tepidarium (eau tiède) et le caldarium (eau chaude), lui-même entouré de loges contenant des baignoires, on trouvait également des salles de gymnastiques, des salles de réunion, des bibliothèques et un stade, qui faisait le tour du parc au cœur duquel se trouvait les thermes proprement dites…

César franchit le Rubicon

La rivalité entre Pompée et César va grandissante quand le dernier triumvir, Crassus, meurt. Les deux ennemis sont désormais face à face et le décret de Pompée, forçant César, alors en pleine guerre des Gaules, à renvoyer son armée, met le feu aux poudres.
Tout se jouera à Rome… Aussi César quitte-t-il précipitamment la Gaule et, le 12 janvier 49 av. J.-C., franchit le Rubicon, qui marque la limite de sa province. Par cet acte, il déclarait ouvertement la guerre à Pompée. La suite ne sera pour César qu’une marche triomphale sur Rome alors que son ennemi se réfugiait en Thessalie puis en Égypte, où il sera assassiné.

“Ceux qui vont mourir”…

Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.
Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.

264 avant J.-C. ; Junius Brutus Pera, de la famille des Junii Bruti vient de mourir. A l’occasion de ses obsèques et parce qu’elle désire que cette mort marque durablement le peuple, la famille du défunt offre au peuple le spectacle d’un combat opposant six prisonniers de guerre. Cet usage funéraire, qui se pratique alors en Etrurie et en Campagnie, est la forme moderne d’un rituel de sacrifice. C’est également le moyen qu’ont trouvé les Romains de se débarrasser des nombreux prisonniers de guerre, plutôt que de les égorger sur les tombes des vainqueurs ou de les soumettre à l’esclavage.
L’origine supposée de ces combats remonterait au delà du Ve siècle avant J.-C. -date à laquelle ils sont pratiqués dans toute l’Etrurie. Le jeu du Phersu, qui en est à l’origine, voulait qu’un condamné à mort soit livré aux assauts d’un chien de combat, la tête couverte d’un sac et armé d’un unique bâton, ce qui ne lui laissait guère de chance de survie. Une seconde hypothèse veut que ces combats aient été inspirés d’une coutume samnite qui organisait des combats de corps à corps, notamment entre les prisonniers de guerre.
A final, lorsqu’en 264 avant J.-C. la famille Junii Bruti décide d’offrir un combat de gladiateurs afin d’honorer son défunt, elle initie surtout une véritable mode. Les familles aristocratiques devaient saisir la moindre occasion pour organiser des combats semblables, pour le plus grand plaisir de la plèbe. En 122 avant J.-C., Caius Gracchus fera voter une loi instaurant la gratuité de l’événement. Un événement qui, dès le IIe siècle avant J.-C., n’a plus grand chose à voir avec les funérailles ou avec le religieux mais qui devient alors un moyen incontournable pour amadouer le peuple… et tenter de se faire élire édile ou consul.

Quand les dieux régnaient à Rome

le temple de Jupiter Capitolin.
le temple de Jupiter Capitolin.

« Romain, tu domines le monde en te soumettant aux dieux », écrivait la poète Horace dans son recueil d’Odes. C’est à une pratique religieuse stricte et vigilante que les Romains croyaient en effet devoir l’expansion et la préservation de leur empire. Mais de l’époque primitive au culte impérial, le rapport que Rome entretient avec le divin ne concerne pas que les événements de la vie publique ou les campagnes militaires : il impègne chaque étape, voire chaque geste, de la vie du citoyen romain, quelle que soit sa position sociale. Le souci tatillon des Romains de ne pas s’aliéner leurs dieux les pousse à observer un rituel méticuleux, à l’écoute des moindre signaux célestes annonciateurs des décisions divines. La piété romaine a également évolué en fonction d’impératifs historiques et s’est ouverte à des dieux étrangers, intégrés, avec un certain pragmatisme, à l’ancien panthéon.

Retour sur une religion méconnue : la religion romaine

Statuette d'un prêtre romain.
Statuette d’un prêtre romain.

Les Romains eux-mêmes se voyaient volontiers comme les plus religieux, les plus pieux des hommes. De fait, la religion faisait partie de la vie quotidienne ; elle lui imposait son rythme, depuis les premiers jours de la vie jusqu’aux derniers. Mais cette religion du quotidien était également dépourvue de mythologie propre, au point d’avoir adopté sans vergogne les divinités du panthéon grec et même celles d’autres régions, notamment des divinités orientales. Cette vision, qui est celle que les historiens ont eu pendant des siècles, est aujourd’hui sujet à révision et les spécialistes se penchent avec un intérêt nouveau sur la vision du divin chez les Romains.
Si la religion était si présente dans tous les actes de la vie, c’est avant tout parce que les Romains voyaient la main des dieux partout, dans tout. C’est également parce que, dans l’espoir de parer à toute éventualité et de ne surtout pas fâcher les dieux, tout en ignorant d’ailleurs ce qu’ils désirent vraiment. Durant la période archaïque, ces divinités n’avaient pas non plus d’apparence humaine, comme les divinités grecques. Des divinités que les Romains adopteront à l’époque classique, sans pour autant abandonner leurs rites. De fait, et c’est un trait particulier de la religion romaine, rien n’est jamais supprimé. Au fil des siècles, malgré l’apport de religions nouvelles, aucun rite ne sera abandonné. Et c’est finalement fort logique et s’explique par la conception même de la religion romaine. En effet, on a dit que si les rites étaient intimement lié au quotidien de la vie, c’était dans le but de toujours satisfaire aux dieux, de parer à toute éventualité. La chose se répète dans l’addition des rites et des croyances, car pourquoi abandonné quelque chose qui pourrait éventuellement servir encore ?

Attila, le fléau de Dieu

Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.
Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.

Etonnement, c’est avant tout sur une communication intense, une publicité presque mensongère qu’est basée la légende du fameux fléau de Dieu, Attila, le roi des Huns. Certes, le personnage n’avait rien d’un ange, mais sa réputation est largement surfaite.
Fils d’un certain Moundzouk, il succède à son oncle, Ruga, à la tête des Huns en 434. Et comme dans pratiquement toutes les tribus barbares, le pouvoir est partagé entre Attila et son frère aîné, Bléda. Pas pour longtemps cependant, Attila n’hésitant pas à faire assassiner son frère, trop pacifique à son goût, et à instaurer une autorité sans partage sur les tribus huns unifiées. De fait, les Huns, originaires d’Asie centrale, étaient installés depuis déjà quelques décennies sur les bords du Danube, en Pannonie. Et c’est en relativement bonne harmonie qu’ils vivaient, avec de nombreuses autres tribus barbares, dans l’empire d’Orient. Ils en étaient une composante même et, selon de nombreuses sources, Attila lui-même aurait été en partie élevé à la cour impériale et considéré comme un "ami de Rome". Voilà qui ne devait pas satisfaire le jeune souverain avide de conquêtes. D’où l’assassinat de Bléda, jugé trop diplomate. Sans compter qu’un personnage tel qu’Attila ne pouvait accepter un quelconque partage du pouvoir.