Tibère : un règne contesté

Beau-fils et gendre d’Auguste, Tiberius Claudius Nero était un homme sérieux, épris de littérature et de philosophie, mais aussi un général courageux et populaire. Quand il succède enfin à Auguste, en 14 après J.-C., il a cinquante-six ans.
Tibère apparaît alors comme un homme lucide, intelligent, qui tente par tous les moyens de maintenir l’œuvre d’Auguste. Sous son règne, Rome devient florissante, les finances sont surveillées et la justice rendue équitablement.
En 26, dégoûté par les incessantes intrigues de palais, Tibère se retire sur l’île de Capri. De là, il ordonne, selon la légende noire léguée par Tacite et Suétone, les meurtres de ses familiers. N’est-ce qu’une légende ?

L’Ager publicus « pour les nuls »

Un légionnaire romain (gravure ancienne).
Un légionnaire romain (gravure ancienne).

Lorsque l’on étudie l’histoire romaine, immanquablement, on aborde la question de l’Ager publicus. Une question qui va empoisonner les derniers siècles de la République, une question qui est aussi intimement liée à l’expansion romaine dans les premiers siècles de la République.
Née au Ve siècle avant J.-C., la République romaine va mettre deux siècles à conquérir toute la péninsule italienne, imposant son gouvernement aux Voques, aux Eques, aux Latins, aux Etrusques, aux Samnites enfin. Un dernier affrontement avec la Grande Grèce, qui avait des comptoirs au sud de la péninsule, allait achever sa conquête et ouvrir des horizons nouveaux aux Romains. Des horizons qui passent par le contrôle du détroit de Messine et qui allait entraîner un conflit avec une cité au moins aussi ambitieuse que Rome : Carthage. Trois guerres, dites guerres puniques, allaient marquer la seconde moitié du IIIe siècle avant J.-C. Et la première moitié du IIe. Carthage détruite, la Méditerranée s’ouvrait aux désirs expansionniste de Rome… avec un corolaire : l’agrandissement de l’Ager publicus.
L’Ager publicus était, dans la définition, les terres appartenant à l’Etat romain, non aux particuliers. Or, ces terres étaient désormais immenses. Et il suffisait aux membres de la noblesse de payer un impôt pour se les accaparer. Rien de mal en soi, sauf que, dans le même temps, les petits propriétaires risquaient de tout perdre. Embarqués durant plusieurs années dans les rangs de l’armée, conduits à des centaines de kilomètres de leurs domaines, ils les retrouvaient généralement en bien mauvais état, voir quasi abandonnés à leur retour.

Auguste ou l’hypocrisie impériale

Buste d'Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).
Buste d’Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.).

« Si César, selon Gomberville, doit sa gloire aux malheurs de la guerre, Auguste doit la sienne au bonheur de la paix ». Et en effet, Auguste sera l’empereur de la paix. Un empereur qui n’en porta jamais le titre officiellement, un empereur qui, dans les faits, s’imposera sans jamais revêtir la pourpre.
Le petit-neveu de César gravira tous les échelons, éliminera tous les concurrents à force d’habileté politique plus que de combat. Alors qu’Antoine, qui forme avec Octave et Lépide le triumvir, mène une politique de plus en plus orientale, de plus en plus influencée par Cléopâtre, Octave joue la carte de Rome et de l’apaisement. La fusion plus étroite des provinces avec la capitale, l’impulsion donnée à l’agriculture –célébrée dans les Géorgiques de Virgile-, l’habile propagande menée par Octave en feront el souverain idéal. Un souverain au titre de consul, de triumvir, de princeps senatus ensuite. Car jamais Octave, devenu Auguste, ne franchira le « Rubicon politique » qui aurait fait passer la République à l’Empire. L’élimination de Lépide, en Afrique, puis d’Antoine avait pourtant fait de lui le seul et unique représentant du pouvoir. Et le prestige qui l’entourait aurait sans nul doute pu lui permettre de prétendre à la pourpre impériale. Mais Auguste préférera se faire nommer consul, années après années, préférera devenir le premier d’entre les sénateurs et l’imperium proconsulaire des provinces de Gaules, d’Espagne et de Syrie.

Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe

Issu d’une illustre famille d’origine espagnole, Marc Aurèle est, dès son plus jeune âge, profondément marqué par la philosophie stoïcienne qu’il pratiquera toute sa vie. Nommé préfet de Rome par Hadrien, il est adopté par l’empereur Antonin dont il épouse la fille, Faustine. À la mort d’Antonin, en 161, il gouverne conjointement avec Lucius Vérus, son beau-frère, puis reste seul empereur à la mort de ce dernier en 169.

Constantin ou l’instrumentalisation de la Foi

Constantin le Grand (274-337).
Constantin le Grand (274-337).

Figure majeure de l’histoire romaine et de l’histoire du christianisme, Constantin Ier est resté dans les mémoires comme celui qui fit du christianisme une religion officielle mais qui lui permettra de prendre son essor, qui en fera la religion des empereurs. Agissant ainsi il paraît avoir été en complète rupture avec ses prédécesseurs, notamment Dioclétien qui persécuta les chrétiens. Pourtant, Constantin agit exactement comme les empereurs depuis Auguste ; comme eux, il va utiliser le divin pour affirmer son pouvoir et se présenter en roi-prêtre, en lien privilégié entre Dieu et les hommes.
Fils du césar Constance Chlore et d’une femme de basse extraction, Hélène, Constantin naît en 274 après J.-C. à Nis, en Serbie. Proclamé césar après la mort de son père, en 306, il partage alors le pouvoir avec Galère et Sévère, augustes tous les deux, et Maximin Daïa, césar comme lui. Un partage qui ne tardera pas à être bouleversé alors qu’après avoir conquis l’Afrique et l’Italie, Maxence, fils de Maximin, s’auto-proclame auguste. En réponse à quoi Constantin va également prendre le titre d’auguste. L’empire, jusqu’en 311, sera donc gouverné par pas moins de 4 augustes. C’était un peu trop, même pour l’empire : Constantin bât Maxence au Pont Milvius, en 312 puis, l’année suivante, conclut un accord de paix avec Licinius qui a également vaincu les armées de Maximin. Licinius et Constantin reste alors seuls augustes et proclament leurs fils, Crispus, Constantin II et Licinius le Jeune césars.

Dioclétien stabilise l’Empire

Dioclétien (245-313).
Dioclétien (245-313).

Après cinquante années d’anarchie, pendant lesquelles les légions se disputent le pouvoir, donnant le trône à des empereurs éphémères, l’armée de Chalcédoine élit, en 284, un nouvel empereur du nom de Dioclétien. D’humble naissance ce dernier va cependant faire preuve d’une grande intelligence politique et stabiliser enfin l’empire.
Trop vaste pour être gouverné par un seul homme, l’empire comprend alors tout le pourtour méditerranéen, l’Espagne, la Gaule, la Bretagne, une partie de la Germanie, les Balkans actuels, la Turquie et une partie de l’Égypte. Aussi, quand il prend le pouvoir, Dioclétien commence-t-il par partager l’empire : lui-même se réserve le gouvernement de l’Orient pendant que Maximien prend en charge l’Occident.

Caïus Gracchus, une oeuvre immense et méconnue

Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d'après Eugène Guillaume.
Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d’après Eugène Guillaume.

En 133 avant J.-C., c’est Tiberius Gracchus, son frère, qui, le premier, s’illustre. La question agraire, celle de l’Ager publicus, est en train de bouleverser la donne économique de la cité romaine et de toute la péninsule. A ce problème, qui met en concurrence de petits propriétaires terriens avec les possesseurs de vastes domaines -possesseurs généralement issus de la noblesse-, Tiberius, tribun de la plèbe, propose une loi qui limiterait la possession de terres provenant de l’Ager publicus. Il annonce même la création d’un triumvirat chargé de veiller à la bonne répartition de ces terres. Devant l’opposition, incarnée par le tribun Octavius, Tiberius va répondre par la destitiution d’Octavius… ce que le droit romain interdit formellement car tout tribun de la plèbe est jugé inviolable. Tiberius, ainsi que trois cents de ces partisans, payeront de leur vie cette violation.
Dix ans plus tard, c’est son Caïus qui se lance dans la bataille. Fils d’un consul et d’un censeur, petit-fils par sa mère de Scipion l’Africain, héros des guerres puniques, Caïus Gracchus est nettement plus énergique que son frère. En 123 et 122, il est élu tribun de la plèbe, comme son frère dix ans auparavant, mais sous son consulat, Caïus va faire bien plus que son frère. En deux ans seulement, il fait voter une loi agraire -qui reprend, en gros, celle de son frère ; mais assure également une distribution de blé aux pauvres -loi frumentaire-, annonce qu’un légionnaire sera désormais équipé par l’Etat, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les contingents.

Servius Tullius, le souverain démocrate

Monnaie romaine, datant approximativement de l'époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).
Monnaie romaine, datant approximativement de l’époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).

La tradition romaine rapporte que Servius Tullius, sixième et avant-dernier roi de la Rome étrusque, du à son charme d’acquérir la royauté. Fils d’une esclave de la cité, il plut tant à Tanaquil, épouse de Tarquin l’Ancien, qu’elle en fit un des « favoris » de la cour, son gendre et bientôt l’héritier du souverain. Un coup du destin extraordinaire qui devait se répéter, presque acte après acte, quelques trente ans plus tard… plus tragiquement. En effet, Servius Tullius devait perdre la vie sur ordre de sa fille et de son gendre et successeur, Tarquin le Superbe.
Le règne de Servius Tullius ne se limite cependant pas à ces deux événements : trois triomphes marqueront sa carrière ainsi que d’importantes réformes, comme la division de Rome en quartiers, l’abolition des privilèges dus à la naissance, la répartition de la population par classe et par centuries d’où sortiront les comices, l’assemblée législative et, de fait, les magistrats supérieurs désignés par elle. Au final, Servius Tullius fait figure de véritable souverain démocrate. Un souverain plus mythique qu’historique cependant et qui annonce tout bonnement le passage, en douceur, de la royauté à la République romaine. Une République née, donc, des initiatives d’un héros populaire –au moins par sa naissance ; un héros qui est l’antithèse de son très royal et dictatorial successeur Tarquin le Superbe.

La mort d’Agrippine

Le grand historien romain Tacite, qui a bien souvent la dent dure, n’épargne pas Agrippine, la mère de Néron et sa plus illustre victime.
Elle fut, écrit-il, consumée de toutes les passions d’un pouvoir malfaisant.
Fille de Germanicus, elle épouse tout d’abord Domitius Ahenobarbus, dont elle aura un enfant, Néron. Après un long veuvage, elle devient la quatrième épouse de son oncle, Claude, empereur pusillanime sur lequel elle exerce une domination absolue.

Claude Galien, dit “le doux”

Galien, d'après une gravure du Moyen Âge.
Galien, d’après une gravure du Moyen Âge.

Sans doute n’est-ce pas sans raison que ce fils d’architecte, né à Pergame vers 131, a acquis le surnom de "Galénos", "le doux". Philosophe disciple de l’aristotélisme, il trouve finalement sa vocation dans l’exercice et l’étude de la médecine. De fait, Claude Galien ne va cesser de se perfectionner, allant de pays en pays, de ville en ville. A Alexandrie, il étudie l’anatomie, puis à Pergame, où il séjourne de 158 à 162, il se fait médecin des gladiateurs. L’année suivante, c’est à Rome qu’il exerce ses talents : ses cures, son  enseignement sont si réputés qu’il devient le médecin personnel de plusieurs empereurs : Marc-Aurèle, Vérus et Commode. Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’il retournera dans sa ville natale, Pergame, où il mourra vers 200.
L’œuvre de Galien est immense à plus d’un titre. Car s’il était un médecin de talent, le plus grand de toute l’antiquité après Hippocrate, il était également un philosophe et c’est ainsi qu’il faut comprendre sa théories des quatre humeurs -sang, bile, pituite et atrabiles- qui, mélangées en diverses proportions fondaient les tempéraments. Commentateur d’Hippocrate -son maître en médecine et en célébrité-, il se fera le transmetteur des savoirs antiques, dont il fera une synthèse précieuse. Enfin, c’est sur l’anatomie qu’il fera le plus de découvertes, ouvrant la voie à de nouvelles recherches, à de nouveaux découvreurs.