Servius Tullius, le souverain démocrate

Monnaie romaine, datant approximativement de l'époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).
Monnaie romaine, datant approximativement de l’époque de Servius Tullius (578-535 avant J.-C.).

La tradition romaine rapporte que Servius Tullius, sixième et avant-dernier roi de la Rome étrusque, du à son charme d’acquérir la royauté. Fils d’une esclave de la cité, il plut tant à Tanaquil, épouse de Tarquin l’Ancien, qu’elle en fit un des « favoris » de la cour, son gendre et bientôt l’héritier du souverain. Un coup du destin extraordinaire qui devait se répéter, presque acte après acte, quelques trente ans plus tard… plus tragiquement. En effet, Servius Tullius devait perdre la vie sur ordre de sa fille et de son gendre et successeur, Tarquin le Superbe.
Le règne de Servius Tullius ne se limite cependant pas à ces deux événements : trois triomphes marqueront sa carrière ainsi que d’importantes réformes, comme la division de Rome en quartiers, l’abolition des privilèges dus à la naissance, la répartition de la population par classe et par centuries d’où sortiront les comices, l’assemblée législative et, de fait, les magistrats supérieurs désignés par elle. Au final, Servius Tullius fait figure de véritable souverain démocrate. Un souverain plus mythique qu’historique cependant et qui annonce tout bonnement le passage, en douceur, de la royauté à la République romaine. Une République née, donc, des initiatives d’un héros populaire –au moins par sa naissance ; un héros qui est l’antithèse de son très royal et dictatorial successeur Tarquin le Superbe.

La mort d’Agrippine

Le grand historien romain Tacite, qui a bien souvent la dent dure, n’épargne pas Agrippine, la mère de Néron et sa plus illustre victime.
Elle fut, écrit-il, consumée de toutes les passions d’un pouvoir malfaisant.
Fille de Germanicus, elle épouse tout d’abord Domitius Ahenobarbus, dont elle aura un enfant, Néron. Après un long veuvage, elle devient la quatrième épouse de son oncle, Claude, empereur pusillanime sur lequel elle exerce une domination absolue.

Claude Galien, dit “le doux”

Galien, d'après une gravure du Moyen Âge.
Galien, d’après une gravure du Moyen Âge.

Sans doute n’est-ce pas sans raison que ce fils d’architecte, né à Pergame vers 131, a acquis le surnom de "Galénos", "le doux". Philosophe disciple de l’aristotélisme, il trouve finalement sa vocation dans l’exercice et l’étude de la médecine. De fait, Claude Galien ne va cesser de se perfectionner, allant de pays en pays, de ville en ville. A Alexandrie, il étudie l’anatomie, puis à Pergame, où il séjourne de 158 à 162, il se fait médecin des gladiateurs. L’année suivante, c’est à Rome qu’il exerce ses talents : ses cures, son  enseignement sont si réputés qu’il devient le médecin personnel de plusieurs empereurs : Marc-Aurèle, Vérus et Commode. Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’il retournera dans sa ville natale, Pergame, où il mourra vers 200.
L’œuvre de Galien est immense à plus d’un titre. Car s’il était un médecin de talent, le plus grand de toute l’antiquité après Hippocrate, il était également un philosophe et c’est ainsi qu’il faut comprendre sa théories des quatre humeurs -sang, bile, pituite et atrabiles- qui, mélangées en diverses proportions fondaient les tempéraments. Commentateur d’Hippocrate -son maître en médecine et en célébrité-, il se fera le transmetteur des savoirs antiques, dont il fera une synthèse précieuse. Enfin, c’est sur l’anatomie qu’il fera le plus de découvertes, ouvrant la voie à de nouvelles recherches, à de nouveaux découvreurs.

Titus le Bon

Buste de l'empereur Titus (39-81).
Buste de l’empereur Titus (39-81).

Néron, Caligula, Galba : les fous et les monstres se succédaient à la tête de l’Empire quand l’accession au trône de Titus apporte un immense soulagement au peuple romain.
Fils de l’empereur Vespasien, vainqueur en Bretagne, en Germanie et, surtout, en Judée, où il avait rencontré la célèbre reine Bérénice, Titus était déjà associé au pouvoir quand, en 79, il devient empereur. Adoré par ses armées, il sera bientôt acclamé par tout son peuple.

Les fils d’Enée

Enée, d'après le détail d'une fresque du Ier siècle après J.-C.).
Enée, d’après le détail d’une fresque du Ier siècle après J.-C.).

« Voici le fils de Mars, Romulus, que sa mère Ilia, du sang d’Assaracus, mettra au monde. Vois-tu comme deux aigrettes se dressent sur sa tête ? C’est le père des dieux lui-même qui déjà le distingue par cet honneur. C’est sous ses auspices, mon fils, que la grande et illustre Rome égalera son empire à travers l’univers, sa fierté à l’Olympe et un seul rempart entourera sept collines. Ville bénie dans sa postérité de héros (…). Et maintenant, tourne tes yeux, regarde cette nation, tes Romains ».
Virgile, dans son Enéide, n’invente rien. Ou, plutôt, il relate, avec talent, ce dont les Romains sont convaincus et qui, depuis, des années, fait la base de leur histoire, à savoir qu’ils sont les descendants des Troyens, apparus dans le Latium sous la conduite d’Enée. Mais cette histoire tient-elle plus du mythe que de la réalité ? De fait, les recherches historiques et archéologiques semblent accréditer les principaux chapitres de la fondation de Rome et de siècles de la royauté.
C’est vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C. Que l’on date l’arrivée, en Italie, de peuples indo-européens. Un période qui correspond, en gros, à l’histoire de l’arrivée d’Enée et de ses compagnons.  Entre le IXe et le VIIe siècle, les monts Albains et les collines de la future Rome sont peuplés, laissant les plaines, marécageuses, à l’abandon. C’est également au VIIe siècle avant J.-C. que ces villages vont s’unir pour former une coalition, la ligue septimoniale, unifiée essentiellement par des liens religieux. Le capitole, le Quirinal, le Viminal restent en dehors de la ligue et sont sans doute, à l’époque, occupés par des Sabins.

Néron-Caligula : la folie dans le sang ?

Caligula (12-41).
Caligula (12-41).

Il est fort étonnant de constater combien les destins de Caligula et de Néron sont semblables. Tous deux atteignent à la pourpre impériale très jeunes ; tous deux sont adulés par le peuple de Rome avant de basculer dans la folie. Le fait est que ces « jeunes espoirs » de la dynastie julio-claudienne n’avaient guère de chance d’échapper à ce sombre destin. Et le premier responsable n’est autre qu’Auguste lui-même.
Certes, Auguste avait toujours refusé le titre impérial, mais il avait fait plus : il avait promu la divinisation de sa personne et, de fait, de ses successeurs. Une divinisation que jeunes esprits tels que ceux de Caligula et de Néron ne sauront assumer qu’en plongeant dans la folie, l’un se prenant pour Jupiter, l’autre pour Apollon. Une folie qui se manifestera par un culte excessif de leur personne –Caligula multipliera les triomphes imaginaires, Néron les statues le représentant-, l’appropriation d’un droit de vie ou de mort y compris sur leurs proches. A l’image des pharaons d’Egypte qui se mariaient avec leurs sœurs afin de conserver un sang divin le plus pur possible, Caligula commettra même l’inceste avec ses sœurs…

Destruction de Pompéi

Quelques jours auparavant déjà, un léger tremblement de terre avait secoué la ville et fissuré les murs. Mais les habitants de Pompéi, sourds à la colère du volcan, sont restés dans leur ville. Le 24 juin, le Vésuve entre en éruption. Des blocs de lave retombent sur la campagne et dans la mer. Le forum, le grand théâtre, les piscines sont envahis à leur tour et bientôt la ville est couverte d’une épaisse couche de cendres. Les habitants fuient le lieu du désastre, mais ce n’est pas fini. Le 25 juin 91, en pleine nuit, le Vésuve fait à nouveau éruption et cette fois-ci, c’est un nuage de gaz et de cendres à sept cent cinquante degrés environ qui asphyxie et change en pierre les habitants qui n’ont pas fui assez loin.
Pompéi se couvre de cendres, gardant, pour des siècles, l’image de la beauté et de l’horreur qu’elle a subie.

Tite-Live : pour la gloire de Rome

L'arrivée d'Enée annoncée à Latinus, roi du Latium (d'après une reproduction ancienne).
L’arrivée d’Enée annoncée à Latinus, roi du Latium (d’après une reproduction ancienne).

C’est pour "perpétuer  le souvenir des exploits du premier peuple de l’univers", selon les mots mêmes de Tite Live, que le plus grand historien romain se lança dans la rédaction de ce qui tient autant de la mythologie que de l’histoire : l’Histoire romaine. Cent quarante-deux livres qui relatent, depuis l’arrivée d’Enée, un prince troyen, en Italie, jusqu’à la mort de Drusus l’histoire de Rome. Cent quarante-deux livres à travers lesquels Tite-Live fait l’apologie du courage, de l’abnégation, de la volonté de conquête du peuple romain. Certes, c’est également une œuvre de propagande que celle de Tite-Live. Mais s’il se montre difficile dans le choix de ses sources, s’il fait parfois abstraction des causes économiques, s’il sous-estime les causes politiques, Tite-Live demeure LA référence en terme d’histoire romaine. Son exaltation des principes qui firent la gloire de Rome est plus une leçon pour son époque (le Ier siècle après J.-C.) que pour les siècles à venir. Son désir n’est pas de raconter simplement les événements, mais de les présenter comme des leçons du passé, des exemples à suivre dans une Rome abonnée au luxe, à la richesse, aux plaisirs.

Caligula : plus puissant que les dieux…

Caligula (12-41)
Caligula (12-41)

Il fut aussi envieux et méchant qu’orgueilleux et cruel envers les hommes de toutes les époques de l’histoire, déclare Suétone à propos de Caligula dans Vies des Douze Césars.
Pourtant, le règne de Caius Caesar Germanicus, surnommé Caligula, c’est-à-dire « petite caligue » (les chaussures du soldat) dans les camps où il passa son enfance, avait commencé sous d’heureux auspices.
Mais rapidement, Caligula allait se conduire en despote cruel et dément : il prenait plaisir à voir mourir ses semblables, fit même exécuter certains de ses proches parents et s’empara de la fortune de beaucoup.

Livie : un « maître » pour Agrippine

Auguste et Livie (détail d'une peinture de J.-B. Wicar).
Auguste et Livie (détail d’une peinture de J.-B. Wicar).

Messaline, Agrippine : voilà des noms que l’on connaît et pas de la meilleure façon qui soit. Mais Livie dans tout ça ? La femme d’Auguste est loin d’être exempte de tout reproche ; elle ressemblerait même assez à Agrippine, dont on peut dire qu’elle sera, par son histoire, une sorte de maître dans l’art de conspirer.
Cette héritière de la gens Claudia avait épousé Tiberius Claudius Nero dont elle avait un fils, le futur empereur Tibère, et dont elle attendait un second fils, Drusus, lorsqu’Auguste s’éprit d’elle et en fit son épouse (38 avant J.-C.). Son mariage avec le plus haut représentant de l’Etat étant demeuré stérile, Livie n’aura de cesse de mettre son ou ses fils sur le trône de cet empire qui se dessinait à grands pas. Mais être la femme d’Auguste ne permettait pas tout ; surtout, cela n’éliminait pas tous les autres prétendants à la succession de celui qui avait volontairement refusé d’être empereur en titre tout en en assumant toutes les fonctions. C’était donc un destin exceptionnel que Livie voulait pour les fils de Tiberius Claudius Nero.
De fait, sa propre succession sera la grande affaire d’Auguste. Pour se faire, il octroie à son neveu -le fils de sa soeur- le pontificat et l’édilité alors même qu’il n’est qu’un adolescent ; il octroie à Marcus Agrippa, un de ses meilleurs généraux, deux consulats successifs, puis en fait son gendre. Et si ses beaux-fils, les fils de Livie, deviennent « imperator », Auguste adopte les fils d’Agrippa, Caïus et Lucius. Il semble bien que ce soit sur eux que le maître de Rome ait fondé le plus d’espoir. C’est donc sur eux que Livie s’acharnera.