Gerbert d’Aurillac : le pape de l’An Mil

Gerbert d'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).
Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).

On a dit de lui qu’il était magicien ; il est resté célèbre en tant que « pape de l’An Mil » ; mais Gerbert d’Aurillac, qui est élevé à la dignité pontificale le 2 avril 999, est avant tout un savant et l’un des hommes les plus influents de son temps.
Moine clunisien de Saint-Géraud d’Aurillac, il s’initie aux mathématiques et à l’astronomie en suivant le comte Borel de Barcelone en Catalogne, avant de s’adonner à la culture latine et antique à Rome.
Soutien d’Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet, il devient archevêque de Reims en 991 puis de Ravenne en 998. Très proche de l’empereur Othon III qui fut son élève, il va, dès son élection à la papauté, tenter une politique fondée sur l’union de l’Empire et de l’Église, en vue, notamment, de combattre le danger musulman. Pape de la réforme de l’Église, il est aussi le premier à appeler les chrétiens à la croisade.
À sa mort, en l’an 1003, Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, laisse une Église en pleine mutation et l’image de l’un des plus grands savants de la fin du premier millénaire.

Richard Cœur de Lion : en quête de légende

Sceau, recto-verso, de Richard Cœur de Lion.
Sceau, recto-verso, de Richard Cœur de Lion.

Troisième fils d’Henri II et d’Aliénor, Richard devra à la mort prématurée de ses aînés de succéder à son père sur le trône anglais. Pourtant, il était sans doute le moins Anglais des fils du souverain. Elevé sur en Anjou et en Aquitaine où il se frottera aux troubadours de la cour occitane, Richard ne passera, vraisemblablement, pas une seule année complète sur la terre anglaise, y compris après son accession au trône. On doute même qu’il sut un jour parler anglais… De sa jeunesse, il gardera un goût marqué pour les rimes -il écrira lui-même- et le souvenir de révoltes à répétition contre son père (en 1173, 1183, 1189) ; des révoltes qui empoisonneront profondément les dernières années de son père ; des révoltes fortement encouragées par le roi de France, le rusé Philippe Auguste. Doté d’une force prodigieuse -on disait, et lui-même se vantait de pouvoir fendre un sarrasin en armure d’un seul coup d’épée-, turbulent, hardi, Richard devra son surnom de Cœur de Lion plus à sa violence légendaire qu’à un esprit chevaleresque plus affûté que la moyenne. Si l’histoire, malgré tout, a voulu faire de ce souverain le modèle de tous les autres, le porteur des plus purs vertus chevaleresques, c’est autant en opposition avec le comportement de son frère, Jean sans Terre, qu’avec celui de Philippe Auguste, modèle du machiavélisme et du réalisme plutôt que des grands idéaux. De fait, autant l’Anglais paraît sorti tout droit d’un roman médiéval, autant le Français fait figure d’avant-gardiste dans sa conception politique. Une différence qui s’illustre parfaitement dans l’aventure palestinienne des souverains.

Othon Ier le Grand

Empereur Othon Ier et AdelhaideFondateur du Saint-Empire romain germanique, Othon Ier est une des plus grandes figures du Haut Moyen Âge européen. Né le 23 novembre 912, il devient roi de Germanie en 936 et soumet très rapidement ses vassaux révoltés. Il repousse les tribus magyares (les Hongrois) qui avaient envahi la Bavière et assure ses frontières troublées par les raids slaves. Othon Ier fait alors sentir son autorité dans toute l’Europe. Ainsi, il s’empare de la Lorraine, soutient Louis IV comme roi de France et se fait couronner empereur du Saint-Empire romain germanique par Jean XII en 962. Après avoir placé la papauté sous tutelle, il élève ou dépose les papes, ce qui lui confère un pouvoir jusque-là inégalé en Europe. L’empereur tout-puissant du Xe siècle meurt en 973.

Conan Mériadec, duc d’Armor

Le légendaire roi Arthur en armure (gravure du XIXe siècle).
Le légendaire roi Arthur en armure (gravure du XIXe siècle).

Il est le plus célèbre des ducs de Bretagne ; le plus célèbre et certainement le plus Breton si l’on en croit les quelques éléments que nous possédions sur ce personnage mi-hsitorique mi-légendaire. Né en Bretagne -la Grande-, Conan ou Caradog serait passé en Gaule vers 384 avec les troupes du tyran Maxime. C’est d’ailleurs sous l’égide romaine, avec son  accord, qu’il aurait gouverné 26 ans durant, avant de prendre le pouvoir en propre. Duc de Bretagne par la grâce des Romains, il serait devenu roi d’Armorique en 409 par la volonté des habitants eux-mêmes. Un parcours qui rappelle furieusement celui d’Arthur en Grande-Bretagne, roi de légende autant que d’histoire, général romain devenu souverain breton, symbole d’une résistance aux Romains pour Conan, aux Saxons pour Arthur. De fait, c’est avant tout le symbole que représente aussi bien Arthur que Conan Mériadec qui ont fait leur célébrité. Le symbole de la résistance à l’envahisseur, celui de l’âme bretonne en fait. Quant à Conan Mériadec, si son existence est parfois sujette à caution, son rôle ne fait aucun doute : il est le socle, l’assise bretonne sur laquelle se fondera la dynastie des princes et ducs de Bretagne.

Adalhard : de disgrâce en disgrâce

Lettre manuscrite de Charlemagne.
Lettre manuscrite de Charlemagne.

C’est à la cour de Charlemagne que "sévit" tout d’abord Adalhard, fils de Bernard, lui-même fils illégitime de Charles Martel. Cousin germain de Charlemagne, Adalhard avait été élevé à la cour avec son frère Wala et avait même occupé le poste de conseiller de l’empereur. Mais la disgrâce d’Ermengarde, fille du roi des Lombards, par le volage empereur allait entraîner sa disgrâce. Entré au couvent de Corbie en 772-773, il devait y demeurer vingt ans. Là, la règle de saint Benoît était observée, une règle que le jeune homme aura loisir d’approfondir en séjournant au Mont-Cassin, berceau de l’ordre bénédictin. Il ne quittera le Mont-Cassin que pour reprendre le chemin de Corbie où il sera fait abbé.
Réconcilié avec l’empereur, il sera nommé, en 796, "missus", c’est-à-dire "envoyé", auprès du roi Pépin puis de son fils Bernard. En 809, il prit part au synode d’Aix-la-Chapelle puis, en 814, au concile de Noyon. Mais la mort de Charlemagne allait, de nouveau, entraîner sa disgrâce.

Cortez et la conquête du royaume aztèque

Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).
Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).

Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion…, écrit le poète Carlos Fuentes. De la même façon, Fernand Cortez a cru dans cette terre, mais aussi dans ses richesses et ses possibilités.
Aventurier avide de gloire et d’or, Cortez, né en 1485 en Estrémadure, est issu d’une famille de vieille souche mais dépourvue de fortune. À l’âge de dix-neuf ans, il s’embarque pour le Nouveau Monde et s’illustre lors de la conquête de Cuba menée par Diego Velazquez (1465-1524). Peu de temps après, il entend parler d’une expédition au Yucatan projetée par Velazquez. En 1518, Cortez prend la tête d’un convoi de onze navires transportant deux cent soixante Espagnols et autant d’Indiens.

Le “bon” roi Dagobert ?

Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).
Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).

Si la légende a fait beaucoup pour la popularité de Dagobert, elle n’a guère de rapport avec la réalité. Souverain guerrier et conquérant, il saura soumettre les Basques, les Bretons, en la personne de Judicaël, substituera un roi wisigoth à un autre en Espagne –exploit pour lequel il se fera payer-, installera un Franc en Thuringe, dirigera les Alamans, massacrera les Bulgares en Bavière et conclura avec l’empereur d’Orient, Héraclius, une « paix perpétuelle ». Bref, Dagobert Ier apparaît comme le plus grand roi mérovingien après Clovis, un souverain dont la domination effective s’étendait des Pyrénées au Rhin, de la Bretagne à l’Elbe. Il sera aussi le seul, véritablement, à atteindre ce statu quasi international… jusqu’à Charlemagne.
Mais si la politique extérieure est une véritable apothéose, à l’intérieur même de son royaume, Dagobert aura bien du mal à réfréner les ambitions des leudes, notamment du premier d’entre eux, son conseiller en Austrasie, Pépin de Landen (ancêtre de Pépin le Bref).  Roi d’Austrasie dès 623, il se fera reconnaître roi de Neustrie, privant son frère Caribert à qui elle revenait, puis roi des Francs à la mort de son père. Et s’il parviendra à reconstituer l’unité du royaume, c’est au prix de lourds sacrifices imposés à la noblesse. Quant à sa réputation de justicier, il la devra aux tournées qu’il effectuera en Bourgogne et en Austrasie, se révélant attentif aux doléances du peuple, offrant des privilèges à telle ou telle cité.
Enfin, cet homme à femmes, polygame reconnu, aura l’intelligence de savoir s’entourer… de saints ! Les élites du Nord comme du Midi seront accueilli en son palais de Paris, dont il fera sa capitale. Des élites parmi lesquelles on retiendra saint Ouen, qui sera chef de sa chancellerie, saint Didier, son trésorier, et enfin, le plus célèbre d’entre eux, saint Eloi –orfèvre célèbre- dont il fera son « ministre des Finances ». C’est d’ailleurs avec lui, sur son conseil, qu’il centralisera la frappe de la monnaie, mettant ainsi fin à la circulation de la fausse monnaie.
Un règne court –à peine 7 ans comme roi des Francs- mais qui allait porter la dynastie mérovingienne au faite de sa puissance. Un règne qui sera suivi par ceux des rois fainéants…

Charles de Valois, l’homme qui voulait désespérément être roi

Charles de Valois, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Charles de Valois, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Si Charles de Valois, frère de Philippe le Bel est un tant soit peu connu du grand public, c’est grâce au célèbre roman de Maurice Druon, les Rois maudits. Ecrasé par la stature d’un frère qui a laissé dans l’histoire une trace « royale », on peut le dire, Charles de Valois ne mérite pas moins quelque intérêt. Et s’il apparaît, dans les Rois maudits, comme une véritable caricature du grand féal, « fort en gueule », batailleur, ambitieux et prétentieux, il faut reconnaître que ce portrait est fort proche de la réalité. Fils de roi, frère de roi, père de roi, Charles de Valois ne fut jamais roi lui-même… et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé !
En 1266, le pape Innocent IV avait investi Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, du royaume de Naples et de Sicile, royaume qu’il avait « confisqué » à Manfred, héritier de Frédéric II de Hohenstaufen. L’autorité de l’Angevin s’était rapidement établie sur l’Italie toute entière et ses ambitions le portaient même vers Constantinople lorsque, en 1282, commença l’insurrection sicilienne dont le signal fut donné, le 31 mars, par le massacre des Vêpres siciliennes.

Pierre le Cruel, victime de sa réputation

Page d'un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.
Page d’un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.

Les surnoms des souverains font beaucoup pour asseoir leur réputation dans l’imaginaire populaire. Surtout lorsqu’ils correspondent effectivement à la réalité. Le problème est quand ils n’ont qu’un lointain rapport avec la vérité, qu’ils sont mal compris ou, pire, lorsqu’ils sont le résultat d’une propagande réussie. On a surnommé Louis XV le Bien-Aimé alors qu’il fut sans doute l’un des plus détestés des souverains français ; Richard Cœur de Lion fut nommé ainsi parce qu’il était cruel, non parce qu’il était valeureux. Quant à Pierre le Cruel, roi de Castille, s’il ne fut pas un enfant de chœur, il est loin de mériter son surnom.
C’est en 1350, après la mort de son père, Alphonse XI, que Pierre Ier monte sur le trône de Castille. Montrant peu d’intérêt pour le gouvernement effectif de son royaume, il laisse alors le pouvoir aux mains de sa mère et du ministre principal de son père, se contentant de faire exécuter la maîtresse de son défunt père, Eléonore de Guzman. Certes, ce n’était guère charitable mais de là à parler de cruauté… En fait, tout le règne de Pierre le Cruel va être déterminé par la lutte entre le souverain et la noblesse. Aux premiers rangs desquels ses frères, Frédéric, qu’il fera assassiné en 1358, et Henri de Transtamare. Le désir d’affirmation du pouvoir royal face à l’anarchie féodale : voilà comment se résume le règne de Pierre le Cruel.

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.