Nevski : un saint orthodoxe

Croix d'Alexandre Nevski.
Croix d’Alexandre Nevski.

Fondé en 1189 en Terre sainte, l’ordre des chevaliers Teutoniques va bien vite étendre son action aux pays baltes, alliant la conversion à la conquête pour le compte du Saint-Empire romain germanique.
En 1242, les chevaliers Teutoniques, alliés aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, affrontent Alexandre Iaroslavitch Nevski, grand-prince de Novgorod et Vladimir. Ce prince guerrier, qui reçut le surnom de « Nevski » après la victoire de la Neva contre les Suédois, va, lors de la « bataille de la Glace » contre les chevaliers Teutoniques, le 5 avril 1242, repousser définitivement les moines-guerriers hors de Russie.
Symbole de la résistance au conquérant germanique, canonisé par l’Église orthodoxe, Alexandre Nevski est une des figures les plus populaires de Russie, figure qui sera reprise lors de la Seconde Guerre mondiale par la propagande stalinienne.

” Seigneur, donnez-moi un fils !”

Sceau de Louis VII le Jeune.
Sceau de Louis VII le Jeune.

« Seigneur, souvenez-vous de moi, je vous prie, et n’entrez pas en jugement avec votre serviteur, car nul home vivant ne sera trouvé juste devant vous. Mais jetez un regard propice sur le pécheur qui vous prie et donnez-moi un fils pour hériter de mon royaume, afin qu’il puisse régner glorieusement sur les Français.
Que mes ennemis ne puissent pas dire : « Tes espérances ont été déçues ; tu as perdu tes aumônes et tes prières ». »
Cette supplique, rapportées dans les Grandes chroniques de France, révèle parfaitement le désarroi qui, des années durant, dû être celui du roi Louis VII. Un souverain qui devait attendre 28 ans de règne et « consommé » pas moins de trois unions avant de se voir donner, enfin, un héritier mâle.
C’est à peine âgé de 17 ans que Louis VII, dit le Jeune, succède à son père sur le trône de France. Quelques mois avant son couronnement à Bourges –il avait déjà été sacré à Reims et associé au pouvoir du vivant de son père-, il avait épousé la jeune duchesse d’Aquitaine, Aliénor. Une union que l’on pourrait qualifiée de « mariage du siècle » tant les possessions de la dame étaient impressionnantes. La Guyenne, la Gascogne, le Poitou, la Marche, le Limousin, l’Angoumois, le Périgord et la Saintonge, bref, tout le quart sud-ouest de la France actuelle : telle était la dot de la jeune fille. On comprend l’importance de cette union… comme on comprend qu’une telle souveraine, petite-fille du maître du fin’amor, administratrice avertie, n’ait jamais accepté de s’en laisser compter, serait-ce par le roi de France son époux. De fait, on s’est ingénié à faire de Louis VII un être faible face à son épouse, un dévot en mal de prière, écrasé par le poids de la couronne et l’ardeur de sa jeune épouse. Pourtant, rien dans la vie ni dans le règne de Louis VII ne supporte une telle image. Que Louis VII ait été un roi pieux, plus que la moyenne ou que ses prédécesseurs, peut-être. Après tout, l’influence et l’attachement de Suger, son conseiller, sans parler du véritable renouveau religieux que l’Europe connaît à l’époque suffit à l’expliquer. Mais rien, absolument rien, ne laisse imaginer une nature plus monacale que conjugale. Car, au fond, c’est bien ce que l’on reproche à Louis VII : de ne pas avoir su conserver l’amour de sa première épouse.

Du Chastel : le long couteau des Armagnacs

L'assassinat de Jean sans Peur par Tanguy du Chastel, d'après une iconographie du XIXe siècle.
L’assassinat de Jean sans Peur par Tanguy du Chastel, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Fidèle de Louis d’Orléans, Tanguy du Chastel passe, après la mort de ce dernier, au service de Louis d’Anjou puis à celui du dauphin, qu’il ne va plus quitter. Devenu prévôt de Paris, le 18 septembre 1411, c’est-à-dire chargé des affaires judiciaires de la capitale, il fait bientôt figure de chef du parti armagnac et défend la ville contre l’omnipotence bourguignonne.
Malgré sa position importante dans le parti du dauphin, le nom de Tanguy du Chastel aurait, sans doute, été oublié depuis fort longtemps s’il n’avait pas été l’instigateur et, selon les chroniques, l’acteur principal du meurtre de Jean sans Peur, le 10 septembre 1419.
Devenu l’homme de confiance du « petit roi de Bourges », il ne gardera pas longtemps ce titre envié. Dès son accession au trône, Charles VII n’aura de cesse de se rapprocher du duc de Bourgogne et Tanguy du Chastel sera donc éloigné de la cour, voyageant sans cesse comme ambassadeur ou lieutenant des provinces méridionales. Jusqu’à sa mort, en 1458, il s’obstinera pourtant à porter le titre de prévôt de Paris et de conseiller du roi… qu’il n’avait pas revu depuis trente-cinq ans.

Isabeau ou le “syndrome de l’Autrichienne”

Gisant d'Isabeau de Bavière (1371-1435).
Gisant d’Isabeau de Bavière (1371-1435).

Elle fait sans doute partie des reines les plus détestées de l’histoire de France ; des historiens également d’ailleurs. Choisie, à l’âge de 14 ans, pour devenir l’épouse de Charles VI, elle lui donnera pas moins de douze enfants, dont sept seulement atteindront l’âge adulte. La folie de Charles VI ne faisant plus guère de doute, dès 1393, elle présidera au conseil de régence qui devait palier à la faiblesse du roi. Officiellement tout au moins car, dans les faits, jamais Isabeau n’exercera de pouvoir réel. Pourtant, c’est toujours elle que l’on accusera de tous les maux ! La montée en puissance de Louis d’Orléans, le frère du roi ? C’est elle qui l’aurait favorisé avec d’autant plus d’ardeur qu’elle était très proche de son beau-frère, un adepte des fêtes et de la dépense. Le lègue par Charles VI de son trône à Henri V d’Angleterre, cela au détriment de son propre fils, le futur Charles VII ? Encore l’œuvre d’Isabeau, qui joue cette fois le jeu du duc de Bourgogne.
Primesautière, joueuse, danseuse, belle et charmeuse, Isabeau n’avait effectivement rien d’une "bête politique". Piètre politicienne, elle ne s’intéressait guère à la question… et soyons réalistes, on ne l’y poussait pas non plus. La politique, le pouvoir, nombreux seront ceux qui se le disputeront sans pour cela avoir besoin d’ajouter un participant. Mais si elle n’exerça réellement aucun pouvoir comment expliquer le jugement dont elle fit l’objet, de la part de ses contemporains et plus encore de la part des historiens ? C’est ce qui s’appelle le "syndrome de l’Autrichienne". Un syndrome qui veut que toute reine étrangère, et plus encore les reines originaires de l’autre côté du Rhin, subisse les foudres des historiens.

La “révolution” d’Etienne Marcel

Né vers 1315 dans une ancienne  famille aisée de la bourgeoisie, Étienne Marcel fait une entrée fracassante dans l’histoire en 1355, lors de l’ouverture des États-généraux. Il y représente, en tant que nouveau prévôt, la puissante confrérie des marchands parisiens. La guerre contre les Anglais a vidé le trésor royal et Jean II le Bon (1350-1364) n’a d’autre solution que de recourir à une augmentation de la gabelle. Les États obtiennent, entre autres choses, le retrait du droit de prise, qui soulevait, depuis un demi-siècle, des réclamations désespérées.

Inès de Castro : « la reine morte »

L'assassinat d'Inès de Castro, d'après une gravure du XIXe siècle.
L’assassinat d’Inès de Castro, d’après une gravure du XIXe siècle.

Ils défilaient, s’inclinant avec déférence, parés de leurs plus beaux atours. La cour au complet était présente pour rendre hommage à la reine. Mais c’est devant un cadavre qu’ils se présentaient ; à un corps en décomposition qu’ils rendaient hommage. Ainsi en avait décidé le roi et toute la cour, avide de plaire, n’avait eu d’autre choix que de s’incliner.
L’histoire est sordide et à tout de la légende. Tout sauf peut-être les personnages eux-mêmes et le drame qu’ils vécurent. Tout, sauf la tradition, que reprend Camoëns, un poète du XVIe siècle.
C’est en accompagnant la jeune Constance de Castille auprès de son nouvel époux, l’infant Dom Pedro de Portugal, qu’Inès de Castro allait entrer, et de quelle façon, dans la longue lignée des amants maudits. L’infant, séduit par la demoiselle d’honneur plus que par la promise, allait faire d’Inès sa favorite, sa maîtresse et, après la mort de Constance, sa femme. Mais l’infant n’était pas le roi et Alphonse IV n’entendait pas laisser son fils commettre pareille mésalliance. Inès fut assassinée un an à peine après son mariage secret (1354). L’histoire est  triste, certes, mais elle ne s’arrête pas là.

Baybars : de l’esclavage au sultanat

Un mamelouk, d'après l'œuvre de Vernet.
Un mamelouk, d’après l’œuvre de Vernet.

C’est au Turkestan que né El-Malik el Zahir Roukn el-Din el Boundoukdar el-Baybars ; au Turkestan où il est fait esclave, envoyé comme tel à Damas puis en Egypte. Devenu garde du corps du dernier souverain ayyoubide -dynastie fondée par Saladin au XIIe siècle-, il prend du galon et se distingue en Syrie où il remporte une victoire décisive contre les Mongols à Aïn Djalout (1259). L’aura de cette victoire est alors telle qu’à peine revenu au Caire, Baybars se fait proclamer sultan (1260). Pour plus de sûreté et dans le but évident de légitimer sa prise de pouvoir, il fait venir près de lui le dernier calife de Bagdad, el-Moustansir Billah, qui se contentera dès lors de la qualité de souverain fantoche.
Habille diplomate, Baybars s’assure alors la neutralité de Byzance, celle des Seldjoukides d’Anatolie et de l’imam du Yémen et se lance alors dans une vaste offensive contre les croisés. La prise de Césarée (1265), celle de la forteresse templière de Safed (1266) puis celle de Jaffa (1268) témoignent du succès de son offensive. Surtout, le prise, en avril 1271, du célèbre et réputé imprenable Krak des Chevaliers, qui appartenait au Temple, semblait devoir assurer pleinement la défaite croisés si ces derniers n’avaient fait appel à l’aide mongole. Une alliance qui devait contraindre Baybars à signer, avec les croisés, une trêve de dix ans (1272).

Barberousse ou la légende du Grand Roi

Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.
Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.

Roi des Lombards, Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse,  empereur germanique depuis 1152, est, avant tout, un conquérant et c’est contre la papauté que se déroulera son plus long combat. Les cités lombardes, officiellement vassales de l’Empire, sont en perpétuelle révolte et le pape Alexandre III les soutient face au très redoutable Barberousse. Le conflit qui oppose les Gibelins, les hommes de l’Empereur, et les Guelfes, surnom de la dynastie précédente, va s’étendre de l’Empire à l’Italie et durera dix-sept ans. Pourtant, bien que vaincu en Italie, Barberousse va continuer ses multiples combats, créant ainsi sa réputation de souverain qui n’accepte ni le déshonneur ni la défaite.

Mathilde, la dame à la tapisserie

Extrait de la Tapisserie de la reine Mathilde, dite Tapisserie de Bayeux.
Extrait de la Tapisserie de la reine Mathilde, dite Tapisserie de Bayeux.

On raconte que la demoiselle répondit d’abord qu’elle aimerait mieux être nonne voilée que d’épouser un bâtard. Le duc suspendit quelque temps sa demande, mais, lorsqu’il la renouvela, il était venu lui-même en Flandre et se rendit fièrement à Lille, où le comte, sa femme et sa fille se trouvaient alors. Il entra dans la salle et, passant outre, comme pour traiter de quelque affaire, il poussa jusqu’à la chambre de la comtesse, où il trouva tout droit la demoiselle, fille du comte Baudouin. Il la prit par ses tresses, la traîna parmi la chambre, la foula aux pieds et la battit bien. Puis il sortit de la chambre, sauta, sur son cheval, qu’on lui tenait devant la salle, piqua des éperons et s’en alla son chemin. De ce fait fut le comte Baudouin très courroucé, et quand les choses eurent un temps ainsi demeuré, le duc Guillaume envoya derechef au comte Baudouin pour reparler du mariage. Le roi en parla à sa fille et elle lui répondit que bien lui plaisait et en furent faites les noces à bien grande joie. Et après les choses susdites, le comte Baudouin demanda à sa fille, tout en riant, pourquoi elle avait si légèrement accepté le mariage qu’elle avait autrefois refusé si cruellement. Et elle répondit qu’elle ne connaissait point alors le duc si bien qu’elle faisait maintenant, « car, dit-elle, s’il n’eût été de grand cœur et de haute entreprise, il n’eût été si hardi qu’il m’osât venir battre en la chambre de mon père ».

Gerbert d’Aurillac : le pape de l’An Mil

Gerbert d'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).
Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).

On a dit de lui qu’il était magicien ; il est resté célèbre en tant que « pape de l’An Mil » ; mais Gerbert d’Aurillac, qui est élevé à la dignité pontificale le 2 avril 999, est avant tout un savant et l’un des hommes les plus influents de son temps.
Moine clunisien de Saint-Géraud d’Aurillac, il s’initie aux mathématiques et à l’astronomie en suivant le comte Borel de Barcelone en Catalogne, avant de s’adonner à la culture latine et antique à Rome.
Soutien d’Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet, il devient archevêque de Reims en 991 puis de Ravenne en 998. Très proche de l’empereur Othon III qui fut son élève, il va, dès son élection à la papauté, tenter une politique fondée sur l’union de l’Empire et de l’Église, en vue, notamment, de combattre le danger musulman. Pape de la réforme de l’Église, il est aussi le premier à appeler les chrétiens à la croisade.
À sa mort, en l’an 1003, Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, laisse une Église en pleine mutation et l’image de l’un des plus grands savants de la fin du premier millénaire.