Le meurtre des enfants d’Edouard

Les fils d'Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.
Les fils d’Edouard IV, Edouard et son frère Richard dans un tableau de John Everett Milais intitulé les Princes de la Tour.

"C’en est fait, la volonté du tyran est exécutée ; le crime est accompli, le plus cruel, le plus impitoyable des meurtres qui aient jamais souillé cette terre. Messieurs Dighton et Forest, que j’ai subornés, ont effectué cet infâme acte de boucherie et tout féroces qu’ils sont, ces deux dogues sanguinaires se sont sentis émus de compassion, attendris. Ils pleuraient comme deux enfants en me parlant de leurs pauvres petites victimes.
-Oh ! disait Dighton, si vous aviez vu les pauvres enfants ainsi couchés…
-Si vous les aviez vus, interrompit Forrest, s’entourant ainsi l’un l’autre de leurs bras innocents, blancs comme de l’albâtre ! Leurs petites bouches, semblables à de belles roses rouges épanouies, un jour d’été, sur une même tige, étaient penchées l’une vers l’autre et s’entrebaisaient.
Près d’eux, sur leur oreiller, était un livre de prières et, en vérité, ajoutait Forrest, quand je l’ai aperçu, j’ai failli perdre toute ma résolution… mais le diable…
Et le misérable cessa de parler." (Shakespear, Richard III)
On pourrait le considérer comme un épisode de plus de la guerre des Deux-Roses, ce conflit qui, pendant plus de trente ans, va plonger l’Angleterre dans l’anarchie la plus complète. On pourrait le résumer à un coup d’Etat, un coup de force. Mais le meurtre des enfants d’Edouard IV est avant tout un symbole. William Shakespear l’a bien compris qui en a fait l’illustration parfaite de cette période troublée, la preuve que le désir de pouvoir peut conduire à tous les crimes, même les plus terribles.
Le règne d’Henri VI marque un tournant dans l’histoire d’Angleterre à plus d’un titre. Refoulé hors de France, ayant perdu tout espoir d’accéder au trône d’Hugues Capet et de saint Louis, Henri VI va se révéler aussi peu apte à diriger l’Angleterre. Le pays, qui a beaucoup misé et beaucoup perdu dans l’aventure française, est plongé dans une situation économique désastreuse et les mécontents se multiplient. Au sein de la noblesse comme ailleurs. Une situation explosive dont les York, famille issue d’un second fils d’Edouard III, ont décidé de profiter afin de s’emparer du trône. Ce sera le début de la guerre des Deux-Roses -du nom de l’emblème des deux familles, la rose blanche pour les York et la rouge pour les Lancastre.