Le Moyen Âge fantastique

Le merveilleux est l’une des composantes les plus intéressantes de l’imaginaire médiéval. Il s’inspire, à la fois, du vieux fond païen de l’Antiquité, de la mythologie celtique et de la Bible et se base sur les descriptions de Pline ou des récits de voyages exotiques, notamment ceux de Marco Polo. Puisant largement dans le répertoire antique, le merveilleux permet d’introduire le surnaturel et l’irréel dans les récits historiographiques ou amoureux et s’adapte tout à fait à la mentalité des hommes du Moyen Âge où tout est symbole.

Au royaume des fées

La fée Morgane, personnage de la geste arthurienne (d'après une iconographie moderne).
La fée Morgane, personnage de la geste arthurienne (d’après une iconographie moderne).

Qui sont le fées ? A priori, à peu près tout le monde saura donner une réponse ; la question est de savoir si ce sera la bonne…
Avant d’être des personnages de conte populaire, les fées apparaissent dans les différentes mythologies, celtique et scandinave. En effet, la mythologie celtique évoque  les fées sous le nom de Banshee : ceux sont les descendants des Tuatha de Danann qui, après l’arrivée des hommes –les Gaëls-, ont pris possession du monde souterrain, du monde des sources, des grottes et des forêts. La mythologie scandinave, quant à elle, confond, voire associe, les fées avec les elfes qui, eux aussi, sont des êtres surnaturels et éternels du monde sylvestre. De la même façon, dans l’ensemble de  l’Europe occidentale, on parle de « pleurantes des bois », d’êtres issues des sources ou des forêts. Dans le Decretum, que Burchard de Worms rédige entre 1008 et 1012, apparaissent des «  créatures féminines agrestes qu’on appelle femmes de la forêt ».
Jusque-là, rien de bien étonnant et l’on retrouve dans cette évocation la fée classique, telle qu’on se la représente. Mais allons plus loin et voyons ce que cet Autre monde, ce monde souterrain représente réellement. 

La fin des Templiers

Sceau de l'ordre du Temple.
Sceau de l’ordre du Temple.

Fondé en 1118, en Terre Sainte, l’ordre des Pauvres chevaliers du Christ prend le nom de Templiers après que Baudouin II de Jérusalem les ait installés dans le Temple de Salomon. Ordre religieux et guerrier, il allie la vie chevaleresque à la vie monastique, les deux formes de vie les plus nobles au Moyen Âge. Le succès de l’Ordre est immense et la noblesse de l’Europe entière y envoie les cadets de famille.
Lors de son combat contre l’Islam en Terre Sainte, le Temple va acquérir d’innombrables richesses aussi bien foncières qu’en espèces sonnantes et trébuchantes. De retour en Europe, après la perte définitive de la Palestine en 1291, l’ordre du Temple tient alors essentiellement un rôle de banquier.
Le roi Philippe IV le Bel, débiteur des Templiers, décide de s’attaquer à l’Ordre dès 1307. S’appuyant sur les rumeurs qui courent sur les pratiques secrètes des Templiers, Philippe IV, après une campagne de propagande habilement menée, fait planer une odeur de souffre autour de l’Ordre.

Gand : la ville aux deux suzerains

Des tisserands au Moyen Âge (d'après une représentation d'époque).
Des tisserands au Moyen Âge (d’après une représentation d’époque).

C’est au VIIe siècle que, pour la première fois, la cité de Gand est mentionnée, saint Armand y ayant fondé deux monastères. A la fin du Ixe siècle, lorsque le comte de Flandre édifie un fort de protection, la ville grandit, mais elle ne deviendra une cité riche, une des plus riches de Flandres, qu’aux XIIe-XIIIe siècles, grâce à l’industrie du drap et, on l’oublie souvent, à son marché aux grains. Avec une économie fondée sur l’importation de laine d’Angleterre, et sur celle des graines de l’Artois, la cité flamande était inexorablement tiraillée entre la France et l’Angleterre. La guerre de Cent ans allait donné un relief tout particulier à cette double dépendance.
Au début du conflit opposant la France et l’Angleterre, le comte de Flandre, Louis de Nevers, était resté fidèle au roi de France. Mais l’interdiction des exportations de laines et des importations de draps, décidée par Edouard III, devait porter à Gand un coup terrible. Dans cette cité, qui comptait quelque 60 000 habitants, les métiers s’arrêtèrent et des dizaines de milliers d’artisans se retrouvèrent sans emploi. La révolte allait éclatée en 1337 et aboutir à la formation d’un gouvernement révolutionnaire, ayant, à sa tête, Jacob van Artevelde.

À l’ombre du dieu Bacchus

Lieux de vie et de rencontre, les tavernes parisiennes méritent que l’on raconte leur histoire. Des vendeurs « au pot » qui sillonnaient les rues, aux cabarets et hôtelleries de la fin de la monarchie, il y a là une petite histoire de Paris amusante et gaie, où l’on retrouve l’amour du vin qui caractérise les Français et qu’a su si bien décrire Robin Livio, un spécialiste averti des tavernes, des estaminets et des guinguettes.
Pendant de nombreux siècles, les gargotes, les buvettes, les caveaux et les « hostelleries » ne servaient qu’un vin médiocre, des bières fades ou quelques boissons qui ne brillaient guère par la délicatesse et la finesse de leur goût. Et ces débits de boisson mettront longtemps avant de se transformer en bonnes et belles auberges où le savoir-boire devient un art…

La Sainte-Vehme frappe encore !

La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.
La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.

Un cérémonial haut en couleur, des rites d’initiation, l’obsession du secret et une justice pour le moins expéditive et radicale : la Sainte-Vehme est à mi-chemin entre la Franc-maçonnerie et le Ku Klux Klan.
Créés sur le modèle des plaids (assemblées) comtaux carolingien, ce qui fera dire à certains que leur origine remonte au haut Moyen–Age, les tribunaux de la Vehme apparaissent en Westphalie au XIIIe siècle. A l’époque, le pouvoir imérial peine à asseoir son autorité : les féodaux s’affrontent sans cesse, au grand damne de la population qui paye un lourd tribu, et la justice impériale est quasi inexistante, ce qui laisse le pays en proie à toutes les exactions. C’est pour palier à cette anarchie judiciaire que devaient être créer les tribunaux de la Sainte-Vehme. Etablis dans chaque comté, ils étaient présidés par un Freigraf, un comte généralement, assisté de quatorze assesseurs, nobles ou bourgeois. A ces derniers revenait le rôle de juges et de bourreaux. Quant aux crimes tombant sous l’autorité judiciaire de la Vehme, ils concernaient la religion, l’honneur, la loi, la trahison, le meurtre, le parjure, la diffamation, le viol, l’abus de pouvoir et, enfin, les crimes contre la Sainte-Vehme elle-même, notamment la révélation de ses secrets par d’anciens membres. Un panel relativement vaste donc, qui allait donner tous les droits à ces tribunaux, au point de faire régner une véritable terreur en Westphalie puis dans toute l’Allemagne. Une terreur semblable à celle que propagera le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Une terreur due avant tout à sa justice expéditive.

Empire et papauté : une lutte millénaire

L'empereur Constantin (274-337), d'après une gravure ancienne.
L’empereur Constantin (274-337), d’après une gravure ancienne.

Si la conversion de l’empereur Constantin annonce bien le commencement de l’hégémonie catholique en Europe, on oublie trop souvent qu’elle annonce surtout la lutte entre le temporel et le spirituel, entre l’empire et la papauté. De fait, Constantin, en reconnaissant la religion catholique et en la soutenant, n’avait rien fait d’autre que de tenter de s’approprier l’Eglise ou son pouvoir supposé. Comme les empereurs avant lui, il avait vu dans la divinisation, le stade ultime du pouvoir. Un stade qu’il comptait bien atteindre en dirigeant l’Eglise, même indirectement, en la maîtrisant. C’est ainsi que c’est lui, l’empereur, qui avait convoqué le concile œcuménique de Nicée ; lui qui avait présidé ce concile… alors qu’il n’était pas même baptisé. Il en le sera d’ailleurs qu’à la veille de sa mort.
La succession de Constantin, son esprit et celui des empereurs romains va trouver une continuité dans les empereurs occidentaux. Dans Charlemagne, d’abord, qui, s’il devait être considéré comme le protecteur du Saint-Siège, s’en rendra plutôt le maître. Seul le désordre consécutif à la mort de l’empereur, seules les guerres de successions et d’influence pour acquérir la couronne des rois lombards, sauvera la papauté de cette domination. Une domination qui devait ressurgir en même temps que l’établissement d’un nouveau pouvoir temporel en Occident, d’un pouvoir hérité des empereurs romains.

Novgorod : la capitale manquée

Personnage russe (gravure du XIXe siècle).
Personnage russe (gravure du XIXe siècle).

Elle aurait pu, elle aurait du être la capitale de l’Etat russe. Située sur la route commerciale reliant la Baltique à la mer Noire par le Dniepr et la Volga, Novgorod avait été fondée par les Varègues, des Germains de Scandinavie. En 862, Rourik, fondateur de l’Etat russe en fit sa capitale. Mais lorsque son successeur, Oleg, s’empara de Kiev, il décida d’y établir sa capitale. Jusqu’à la fin du Xe siècle, Novgorod devait rester sous la tutelle des princes varègues qui la donnait en apanage à leur fils aîné. Sous Iaroslav (1019-1054), elle acquit une grande autonomie et durant la seconde moitié du Xie siècle elle allait faire l’objet d’âpres luttes entre les princes de Kiev et ceux de Novgorod. Lorsque, en 1132, la Russie kievienne fut totalement démembrée, deux cités allaient émerger et se partager la suprématie sur la région : Novgorod et Rostov-Souzdal. Centre des relations entre les terres russes et la Scandinavie, Novgorod demeurait étroitement liée aux peuples scandinaves. En Russie, sa puissance s’étendait jusqu’à la Carélie, jusqu’à l’Oural aussi.
Outre l’agriculture, qui était la principale ressource de la principauté, cette dernière développa la chasse, la pêche, l’apiculture, la culture du sel et les pelleteries. Ainsi allait se créer, au cours du XIIe siècle, une aristocratie composée de commerçants et de propriétaires fonciers qui devaient affirmer leur indépendance vis-à-vis des princes. Après la révolte de 1136, ces derniers allaient même devenir presque accessoires. En effet, suite à la révolte, une assemblée populaire, contrôlée par les patriciens, fut établie. Le pouvoir réel devait être exerçait par des chefs élus, soit comme chefs militaires, soit comme chefs civils. Le prince, soumis à l’élection, ne pouvait prendre aucune décision sans eux.

Une semaine en enfer

Représentation médiévale d'une torture en enfer.
Représentation médiévale d’une torture en enfer.

Au Moyen Âge, la vision de l’enfer est celle d’un haut-fourneau, d’un brasier dans lequel les flammes lèchent les corps suppliciés des condamnés.
Mais n’allez pas croire qu’il n’y avait pas la moindre variété dans les souffrances, bien au contraire : il y en avait au moins six, selon le récit du voyage de saint Brendan, écrit au IXe siècle, une pour chaque jour de la semaine -le dimanche étant férié ! Voici, par exemple, une semaine infernale telle que Judas la raconta le jour où, assis au bord de l’eau, il rencontra le saint :
Le lundi, je suis cloué sur la roue et je tourne comme le vent.
Le mardi, je suis étendu sur une herse et chargé de roches : regardez mon corps, comme il est percé.
Le mercredi, je bous dans la poix, où je suis devenu noir, comme vous voyez ; puis je suis embroché et rôti comme un quartier de viande.

Une couronne pour la Bourgogne

Philippe le Bon et Charles le Téméraire (dessin ancien).
Philippe le Bon et Charles le Téméraire (dessin ancien).

Lorsqu’on ne naît pas avec une couronne sur la tête, il ne reste plus qu’à gagner son royaume à la force de l’épée… ou la pointe du stylet. C’est ce que feront, six générations durant, les ducs de Bourgogne de la maison de Valois et leurs descendants.
Passés maîtres dans l’art de négocier un contrat, ils axeront leur politique expansionniste sur le jeu des mariages et des alliances. Une initiative heureusement commencée par l’union de Philippe le Hardi, fils de Jean II le Bon, devenu duc de Bourgogne par la grâce de la mort de Philippe de Rouvre. Mariée à Marguerite de Flandre, il agrandira ainsi son domaine de la Flandre toute entière. Au final, et après seulement quatre générations, les ducs de Bourgogne et de Flandre seront à la tête de ces deux duchés, auxquels s’ajoutaient l’Artois, la Frise, la Zélande, la Hollande, le duché de Gueldre, les comtés de Rethel et de Bourgogne. Bref, tout le nord-nord est de la France. Mieux lotis que leurs cousins rois de France, un pied dans le royaume et l’autre dans l’Empire germanique, il ne manquera guère aux ducs de Bourgogne qu’une couronne. Une couronne que Charles le Téméraire, le dernier d’entre eux, échouera à acquérir.