La conquête arabe en Espagne : mythe ou réalité ?

Casque de cavalier arabe.
Casque de cavalier arabe.

On nous dit, on nous enseigne avec une belle unanimité depuis des années combien fut fascinante la civilisation musulmane en Espagne et combien instructif peut être l’exemple laissé par cette civilisation, si tolérante. Une tolérance dont l’Europe aurait bien fait de s’inspirer et une civilisation à laquelle elle doit tant… Mais si la fameuse conquête arabe n’était qu’un mythe ? Si la péninsule ibérique n’était devenue musulmane que parce qu’elle le voulait bien ? Si cette civilisation était plus celtibérique et wisigothique qu’arabe ? Tel est du moins l’opinion de certains historiens de renom qui n’hésitent pas à faire voler en éclats nos certitudes…
Au VIIe siècle, l’empire byzantin croule par pans entiers sous la poussée des Arabes. Entre les troupes d’Héraclius et les soldats de Mahomet, la bataille décisive s’engage le 20 août 636, dans la vallée du Yarmouk.
Conduites par un chef militaire prestigieux, Mo’âwya, les troupes arabes écrasent l’armée d’Héraclius, pourtant supérieure en nombre et en moyens militaires.
-Allâh et notre prophète Mahomet, s’écrie le fougueux Mo’âwya, sont les artisans véritables de notre victoire. Nos armes, à elles seules, auraient-elles pu vaincre l’immense empire byzantin ? Non, par Allâh ! Cette victoire, nous la devons, ô mes frères, à la force de notre foi ! Maintenant, le vaste monde est ouvert devant nous ! Plus rien n’arrêtera la marche triomphale de l’islam.

Universités : l’opposition en héritage

La controverse de Pierre Abélard (1079-1142).
La controverse de Pierre Abélard (1079-1142).

A l’origine, dans l’Europe chrétienne, l’enseignement était essentiellement le fait des monastères ou des cathédrales, ce qui explique que leur  rayonnement ait été avant tout local. Ce n’est qu’au XIIe siècle que seront créées les premières universités. Spécialisées par matière –la médecine à Montpellier ou Salerne, le droit à Bologne, la théologie à Paris- certaines allaient alors atteindre un rayonnement international, attirant des maîtres et des étudiants de toute l’Europe. Tel était le cas de l’université de Paris, devenu un centre intellectuel soutenu d’abord par les rois ensuite et surtout par l’Eglise. Une université dans laquelle la dialectique et la controverse tinrent immédiatement une place essentielle, façonnant pour des siècles sa réputation. Une réputation admirablement soutenue par Abélard, par Guillaume de Champeaux, par les dominicains et les franciscains ou, au XVe siècle, par Jean Gerson. Mais une réputation fragile tant les universitaires parisiens, apprentis philosophes, se complaisaient dans la didactique ou la controverse, au point de devenir une opposition systématique. Contre le roi, contre l’Eglise, l’Université –elle s’était dotée elle-même d’une majuscule- de Paris sera de tous les combats, allant jusqu’à en créer. Certes, cela permit parfois certaines avancées, aussi bien théologiques que philosophiques.

La Bulgarie : le prix de l’indépendance

Le serment des Byzantins avant la bataille d'Aheloy où Simeon Ier le Grand sortira vainqueur (détail d'une miniature).
Le serment des Byzantins avant la bataille d’Aheloy où Simeon Ier le Grand sortira vainqueur (détail d’une miniature).

Les provinces romaines de Mésie et Thrace sont à l’origine de ce pays qui, vers l’an 660, fut conquis par les Bulgares. C’était la première fois que ce groupe ethnique, d’origine finno-ougrienne, apparaissaient au delà du cours de la Volga. Mêlés aux peuples slaves, apparus dans la région dès le VIe siècle, et aux Thraces romanisés, les Bulgares allaient édifier un royaume qui perdurera du VIIIe siècle au XIIIe siècle.
De fait, les Bulgares vont totalement s’intégrer à cette contrée située aux frontières de l’Europe : ils adoptent une langue slave, se convertissent au christianisme vers le IXe siècle et, dès ce moment, entame une lutte difficile afin de préserver leur indépendance face à l’empire byzantin. Les tsars Simeon (888-927) et Samuel (997-1014) en seront les principaux acteurs comme ils porteront la Bulgarie à son apogée. Soumise de 1018 à 1186, la Bulgarie devait recouvrer son indépendance. Symbole de ce nouveau royaume, l’abandon de la capitale de Bolgary au profit de Tirnovo.

Les Francs-archers

Profitant de la trêve conclue avec les Anglais, en 1444, Charles VII tente de réorganiser le royaume.
Deux expéditions, l’une contre les Suisses, qui s’attaquent à l’empereur d’Allemagne, la seconde contre les Messins, opposés au duc de Lorraine, sont montées.
Ainsi affranchi des éléments les plus perturbateurs, le roi Charles VII, par l’ordonnance du 28 avril 1448, crée les Francs-archers.
Recrutés par paroisse, à raison d’un homme pour quatre-vingts habitations, chaque archer doit fournir son propre équipage.
Recevant une solde régulière, il est, en outre, exempté de l’impôt direct, ce qui attire rapidement les familles les plus aisées.
L’institution, détournée de son but, est supprimée par Louis XI en 1480.

Les Lombards, le peuple des « longues barbes »

Les cavaliers lombards, d'après un manuscrit du Moyen Âge.
Les cavaliers lombards, d’après un manuscrit du Moyen Âge.

De tous les peuples germaniques qui déferlent sur l’Europe occidentale aux Ve et VIe siècles, les Lombards sont sans doute les plus mal connus. Pourtant, à la suite d’une « intégration » des plus réussie, ils vont même donner leur nom à une province italienne, la Lombardie. Plusieurs faits expliquent ce succès.
En 568, lorsque les Lombards se présentent aux portes de l’Italie du Nord, ils sont déjà connus des Romains, ayant combattu à leur côté contre les Ostrogoths. Qui plus est, à ce moment-là, la péninsule vient d’être ravagée par une épidémie de peste. Affaiblie démographiquement, politiquement et militairement, l’Italie n’a guère les moyens de résister à ces envahisseurs. Ces derniers vont d’ailleurs tout faire pour s’insérer dans le paysage du Nord de l’Italie, allant jusqu’à perdre leur langue, assez rapidement d’ailleurs. Une facilité d’adaptation qui vient probablement de leur origine même. Car le  « peuple » lombard n’est que depuis peu une réalité. Fruit de l’union  de différents peuples, parmi lesquels des Scandinaves installés en Pannonie (Hongie), des Noriques –Romains également établis en Pannonie-, des Saxons, des Thuringiens, les Lombards ont même inventés leur nom…

Histoires de bourreaux

Un bourreau au Moyen Age (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Un bourreau au Moyen Age (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Pourtant indispensable aux sociétés qui connaissent la peine de mot, bras armé de la répression légale, le personnage du bourreau inspire l’effroi, sinon le dégoût. C’est sans doute ce qui explique le vide institutionnel qui entoure sa fonction, qu’aucun texte légal ou administratif n’a véritablement définie. Sait-on, par exemple, qu’en votant la loi du 6 octobre 1791 qui prévoit la décapitation des condamnés à mort, l’Assemblée nationale a omis de désigner celui qui serait chargé de l’exécuter ? Dans la longue histoire des peines et châtiments, la place du bourreau n’a jamais varié : celle d’un paria, que nul ne veut convier à sa table et dont la société, quoique consciente de son utilité, a feint d’ignorer l’existence. Comment peut-on être bourreau ? Qui, au fil des siècles, a accepté de remplir l’effroyable office d’exécuteur des basses œuvres ?

La Grande Compagnie catalane

Un soldat au XIVe siècle.
Un soldat au XIVe siècle.

Ils vont être un des pires fléaux de tout le Moyen Âge. A chaque guerre, à chaque paix : ils ravageront les terres laissées à leur pillage et les souverains auront toutes les peines du monde à les canaliser, voir, à s’en débarrasser. Le meilleur moyen, employé la plupart du temps, étant de déplacer le "problème" en envoyant ces troupes vers d’autres combats.
C’est que les mercenaires, amplement utilisés par tous les souverains d’Europe, ne savaient faire que la guerre. Qu’ils ne connaissaient que le combat et la rapine. Et si la guerre avait officiellement cessé, leurs besoins étaient les mêmes. Sans guerre : plus de chef. Sans chef : le pillage.
Telle est donc l’équation que Pierre III d’Aragon aura à résoudre après avoir engagés la Grande Compagnie catalane, faite de soldats mercenaires aragonais ou catalans, dans sa lutte sicilienne contre Charles d’Anjou (1282). S’étant doté d’un chef, en la personne de Roger de Flor, la Grande Compagnie devait entrer au service de l’empereur de Constantinople, en lutte contre les Ottomans (1304-1305). Mais une brouille avec les Grecs allait, de nouveau, laisser ces mercenaires sans conflit… jusqu’à ce qu’ils s’en créent un.

La gabelle devient générale

Philippe IV le Bel (1268-1314).
Philippe IV le Bel (1268-1314).

Instituée par Philippe IV le Bel en 1286, la gabelle, impôt sur le sel, devient le monopole de l’État sous Philippe VI de Valois. Par l’ordonnance royale du 16 mars 1341, Philippe VI s’empare de tout le sel entreposé sur le territoire et ainsi, alors même qu’il met la population à l’abri de toutes difficultés d’approvisionnement, en tire un sérieux profit financier. Rares sont les provinces, comme le Poitou, l’Auvergne, l’Angoumois, le Périgord ou le Limousin qui peuvent acheter l’exemption à la gabelle.
Seule la Bretagne, trop pauvre, jouit du droit de « franc-salé ».

Les partisans d’Ali

Calligraphie du nom d'Allah (iconographie ancienne).
Calligraphie du nom d’Allah (iconographie ancienne).

Les conflits fratricides qui ensanglantent le Liban ou l’Irak aujourd’hui ont dévoilé aux yeux du monde occidental une guerre pluriséculaire entre les sunnites et les chiites. Sans, d’ailleurs, que l’on comprenne bien les raisons de cette lutte ou son origine. Elle apparaît aux lendemains même de la mort du Prophète (632), lorsque se joue la succession de Mahomet à la tête des croyants. Si Omar, Othman et Ali, tous trois fidèles compagnons du Prophète, revendiquent pareillement son héritage spirituel et politique, Ali a cependant un atout supplémentaire en tant que cousin et gendre de Mahomet. Une parenté spirituelle tout autant que familiale qui font de lui le successeur désigné du Prophète de l’islam. Du moins est-ce l’opinion d’Ali et de son épouse, Fatima. Une opinion que ne semblent pas partager les croyants qui désignent Omar puis Othman au rang de calife. Et ce n’est qu’en 656, qu’Ali accèdera enfin à cette charge.

Les califes ou la lutte de pouvoir

Ruines de la mosquée d'Hakim au Caire (gravure du XIXe siècle).
Ruines de la mosquée d’Hakim au Caire (gravure du XIXe siècle).

Déjà, le Coran reconnaissait le titre de "calife", soit de vicaire, de lieutenant, à Adam et au roi David, devenu le successeur de Saul par la volonté de Dieu et qui, ainsi, se voyait pourvu d’une sorte de vice-royauté divine. L’islam allait donc reprendre ce titre pour en parer les successeurs du Prophète, dotés, de fait, d’une autorité aussi bien spirituelle que temporelle.
Aux lendemains de la mort de Mahomet, cette autorité suprême devait échoir à Abou Bakr, qui initia le premier califat. Omar, devait lui succédait deux ans plus tard puis, en 644, Othman et, en 656, Ali, le cousin et le gendre du Prophète. C’est ce que l’on nomme les "califes orthodoxes". Pourquoi orthodoxes ? Tout bonnement parce que, après eux, l’islam devait se diviser entre les chiites, fidèles des fils d’Ali et les Omeyyades, dont le premier représentant fut Moawiya Ier. Les Omeyyades devaient régner sur le califat de Damas de 661 à 750, date à laquelle les fidèles d’Ali devaient renverser les Omeyyades au profit des Abbassides, installés à Bagdad. Branche et origine différente ; capitale différente : les deux califats n’ont décidément rien en commun. Ils n’apparaissent pas même comme une succession, un changement dynastique pourrait-on dire, tant les chiites et les sunnites sont opposés dans leur conception de l’islam et, surtout, de son autorité. Et alors que les Abbassides régnaient sur Bagdad, les Omeyyades devaient fonder un nouveau califat, une nouvelle branche en Espagne, où le califat de Cordoue perdurera jusqu’en 1031.