Calais tombe au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.

Le Graal : quête et résurrection

Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).
Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).

Plus qu’une légende, la quête du Graal se veut une leçon de spiritualité où les valeurs les plus chrétiennes et les plus saintes sont placées au premier plan. D’inspiration cistercienne, l’œuvre du Graal rappelle le dur chemin de l’homme vers sa rédemption. Mais qu’est-ce que le Graal ?
Le Vendredi saint, au pied de la croix, Joseph d’Arimathie, un des disciples de Jésus, tenait entre ses mains la coupe dont le Christ s’était servi la veille au cours de la Cène. Dans cette coupe, Joseph put recueillir un peu du sang du Christ qui coulait de son côté, transpercé par la lance d’un soldat romain. Plus tard, Joseph, qui est considéré dans « La quête du Graal » comme le premier évêque, partit de Palestine et s’installa en Europe. Ses fils et ses petits-fils après lui prirent soin du Graal mais finirent par l’enterrer. C’est alors que les chevaliers de la Table ronde décidèrent d’entreprendre cette quête. Partant chacun de leur côté, ils avaient cent un jours pour le trouver et le ramener au roi Arthur.
Galaad, Perceval et Bohort trouvèrent le château où était caché le Graal, celui de Corbenic, et assistèrent ensemble à une cérémonie qui leur révéla partiellement les secrets du Saint Graal.

Les Omeyyades : des politiques au service de l’islam

Détail d'un Coran.
Détail d’un Coran.

Omeyya, dont la dynastie Omeyyade tire son nom, était un parent de Mahomet, ce qui devait leur conférer une certaine légitimité. En fait, c’est sous le califat de Moawiya Ier (660-680), puissant gouverneur de Syrie sous Omar, que la dynastie devait prendre son essor et acquérir son indépendance. En refusant de reconnaître Ali, le gendre du prophète, après la mort d’Othman, en désignant son propre fils comme son successeur, Moawiya Ier avait fait sécession et proclamé, dans les faits, l’institution du califat héréditaire. Son fils, Yazid Ier, aura bien du mal à se défaire des partisans d’Ali et des partisans du nouveau calife d’Arabie. Mais la victoire de Yazid allait annoncer le début de l’expansion omeyyade. C’est vers l’est que les regards de la nouvelle dynastie se tourne tout d’abord : Kaboul le Belouchistan et le Sindh tombent sous leur coupe ; puis vient le tour de l’empire byzantin et de Constantinople, sa capitale, qui subit un siège mémorable en 673 ; enfin, entre 660 et 709, c’est toute l’Afrique du Nord qui tombe aux mains des Omeyyades… qui ne tarderont pas à tourner leurs regards vers l’Espagne, pratiquement conquise entre 711 et 719.

La légende des Nibelungen

Tout a commencé un jour que Loki, le dieu du feu, Hœnir et son frère Odin se promenaient dans le Midgard, le monde des hommes. Voyant une belle loutre, Loki la tua avec une pierre puis les trois dieux l’emportèrent dans la demeure d’un magicien, Hreidmar, à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le magicien se rendit alors compte que la loutre n’était autre que son fils, Otter. Furieux, Hreidmar et ses deux autres fils, Fafnir et Régin, emprisonnèrent les dieux, réclamant comme dédommagement autant d’or que l’on pouvait en étaler sur la peau de la loutre. Mais cette peau était magique et s’étirait à l’infini.

Guillaume Tell, un héros scandinave ?

Statue de Guillaume Tell.
Statue de Guillaume Tell.

Un pays sans héros est un pays sans histoire. Héros fondateur, héros de l’indépendance, héros guerrier tout simplement : chaque pays a su trouvé, au cours de son histoire, un homme ou une femme qui, plus que tout autre, incarnait l’idéal de tout un peuple. Et c’est ainsi que se construit une nation. C’est ainsi que la France a élevé Jeanne d’Arc au rang d’héroïne, que le Cid incarne l’idéal espagnol et que la Suisse se reconnaît dans le personnage de Guillaume Tell. Pourtant les Suisses comme els autres savent fort bien que leur héros n’est qu’un mythe.
L’histoire se déroule au XIVe siècle, alors que la Suisse fait partie du Saint Empire romain germanique. Sévissait alors dans le canton d’Uri un certain Herman Gessler, bailli de son état, qui profitait de son statu pour taxer lourdement la population, pour la terroriser même, emprisonnant à tour de bras. Son orgueil était si grand, sa fourberie telle qu’il avait érigé un grand mât, au centre du bourg d’Altdorf , et exigé que chacun salue son couvre-chef, placé en haut du mât. Le contrevenant risquait gros… Le contrevenant sera Guillaume Tell, le meilleur archer du canton. Plutôt que de l’expédier illico en prison, Gessler décida de mettre l’habileté de l’archer à l’épreuve : il fit placer une pomme sur la tête du fils de Tell, attendant de ce dernier qu’il transperce le fruit à plus de cent pas de distance. Guillaume Tell viendra à bout de l’épreuve d’un carreau, mais ce coup de maître ne satisfaisait toujours pas le bailli qui fit ligoter l’archer et son fils et les embarqua sur le lac de Lucerne avec pour destination finale la forteresse de Kussnach.

Les guildes : le temps des frères

Vitrail représentant des maçons au Moyen Âge.
Vitrail représentant des maçons au Moyen Âge.

Si l’on retrouve effectivement la trace d’associations de marchands ou d’artisans dès l’Antiquité, les guildes médiévales n’en sont que les lointaines héritières. D’abord en raison de leur caractère chrétien… Car c’est bien d’associations de chrétiens qu’il s’agit et non d’autre choses. Des associations qui, à l’origine, tenaient plus de l’assemblée de prières, du groupe décidé à faire la charité, que de cercles économiques. Placées sous le patronage d’un saint, elles avaient pour but d’aider ceux de leurs frères qui étaient tombés dans la misère, de soutenir les veuves et les orphelins de leur corps de métier en quelque sorte. Le sentiment fraternel, la charité primaient donc plus que tout autre. Ce n’est que plus tard que les guildes proprement marchandes apparaîtront -vers le XIe siècle. Sans pouvoir central, pas de réglementation économique efficace. C’est en partant de ce constat que les guildes, qui regroupaient des gens d’un même métier, d’un même quartier ou d’une même rue vont faire de leurs associations chrétiennes les moteurs de l’économie médiévale.

Les Slaves : une irruption dans l’histoire

Le tsar Vladimir Ier (958-1015).
Le tsar Vladimir Ier (958-1015).

L’origine des Slaves, comme celle des Germains d’ailleurs, est fort obscure. C’est durant le Ier millénaire avant J.-C. que l’on voit se dessiner les premières tribus, entre le Dniepr et la Vistule. Les Slaves se trouvaient alors en contact avec les Germains, les Celtes et les Illyriens à l’ouest, avec les Baltes au nord, les Finno-Ouriens au nord-est et les Scythes à l’est. Et les Slaves vont subir l’influence de tous ces différents peuples. Ils vont migrer aussi et, cela, à de nombreuses reprises. Etonnement, les Slaves vont malgré tout conserver leur unité linguistique… jusqu’au Ixe siècle de notre ère, donc bien des siècles après le début de leur migration.
De culture relativement primitive, les Slaves s’adonnaient à l’agriculture et à l’apiculture ; ils se révélaient fort habiles dans la navigation des fleuves et des rivières mais fort peu pour le commerce. Divisés en petits clans, inaptes à l’autorité, ils se révéleront finalement incapables de créer leurs propres Etats et ce sont des maîtres étrangers qui, en imposant leur autorité aux populations slaves, édifieront ces Etats.

L’adoubement, une cérémonie « barbare »

Une cérémonie d'adoubement (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Une cérémonie d’adoubement (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Que serait le Moyen Âge sans les chevaliers ? Que serait-il donc sans l’adoubement, cette cérémonie qui faisait d’un simple écuyer un chevalier ? Véritable image d’Epinal, elle incarne le Moyen Âge tel qu’on aime se le représenter, au point d’ailleurs qu’on la confond généralement à l’incontournable hommage vassalique. Pourtant, ces deux cérémonies n’ont aucun rapport entre elles, exceptée peut-être leur origine. Car l’hommage comme l’adoubement sont un héritage direct des royaumes barbares, des tribus germaniques.
Avant l’adoubement proprement dit, le jeune noble doit faire son éducation. Et, on s’en doute, les pères de famille devaient être particulièrement pointilleux sur la personne qui serait en charge de cette éducation qui, rappelons-le, s’étalait de la septième à la quatorzième année du jeune garçon. Le plus souvent, cette tâche devait échoir à un parent , un oncle notamment, comme le roi Marc qui accueille Tristan dans Tristan et Iseult. Et, chose étonnante, il s’agissait le plus souvent d’un oncle maternel.

La vierge du docteur Guillotin

La guillotine (gravure du XIXe siècle).
La guillotine (gravure du XIXe siècle).

L’histoire populaire, couplée à un certain désir de simplification historique, a voulu faire du docteur Guillotin l’inventeur de l’instrument de décapitation qui porte désormais son nom. De fait, Joseph Guillotin a bien popularisé, voir banalisé l’usage que l’on en fit sous la Révolution, mais son rôle n’aura été rien d’autre que celui d’un "commercial" avant la lettre, d’un promoteur. De fait, la guillotine est bien antérieure au XVIIIe siècle et son usage s’étend à travers toute l’Europe.
A l’origine, la décapitation se faisait à la hache ou à l’épée, comme en France ; une épée à deux mains, dite aussi glaive de justice que la justice royale ou seigneuriale était tenue de fournir à l’exécuteur "afin de rendre la justice de messire bourg".
Infligée indistinctement à tous les condamnés, elle va devenir, au fil des siècles, le « privilège » de la noblesse qui la subissait sans déroger. Le condamné pouvait choisir d’avoir les yeux bandés, une option qui était rarement choisie l’imposition du bandeau étant alors considéré comme une aggravation ignominieuse de la peine. Le condamné se mettait ensuite à genoux, posait son  cou sur le billot et subissait la peine, en espérant que le bourreau soit suffisamment habile et que son instrument soit correctement aiguisé. De fait, la plupart du temps, le bourreau, lorsqu’il était professionnel, faisait son office d’un coup d’un seul. Le problème sera donc lorsqu’il n’était guère qu’un amateur, ce qui sera longtemps le cas en France notamment, où le dernier arrivé dans un village ou un bourg se voyait désigné, d’office, comme bourreau. On cite d’ailleurs des cas où l’exécuteur devra s’y reprendre à onze fois, d’autre où il ira jusqu’à rompre son épée !