Raconte-moi une histoire…

Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).
Le Chat botté (illustration du XIXe siècle).

Qu’est-ce qu’un conte ? Selon la définition que l’on trouve dans les ouvrages de littérature, il s’agit d’une nouvelle « à laquelle personne ne croit, ni l’auteur, ni le lecteur, et qui plaît seulement soit par le piquant du style, soit par l’extravagance des situations, soit par l’intention satirique ou philosophique… » Mais l’intention satirique ou philosophique est-elle vraiment ce qui motiva Perrault, le plus célèbre des auteurs de contes français ? On pourrait en douter…
Fils d’un avocat au Parlement, Charles Perrault se destine tout d’abord au droit, comme son père, avant de se laisser prendre par l’amour des belles lettres. En 1671, il entre à l’Académie française mais ses intérêts le poussent plus à écrire des poèmes et à discuter des points de littérature. Ce n’est qu’en 1697 que Perrault publie son premier recueil de contes avec Peau d’âne, une vieille légende populaire transmise d’âge en âge. Ainsi en sera-t-il de tous ses contes, de la Belle au bois dormant, au Petit Poucet, en passant par Riquet à la houppe et par le Chat botté. En fait, sous le titre des Histoires ou contes du temps passé, Perrault s’est fait le dépositaire de la mémoire populaire, pour le plus grand plaisir de tous. Et il n’y là aucune intention philosophique si l’on en croit Perrault lui-même :
Le conte de Peau d’âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le monde on aura des enfants,
Des mères et des mères-grand,
On en gardera la mémoire.

L’amour des arts et de la connaissance au haut Moyen Age

Au temps des Mérovingiens et des Carolingiens, c’est généralement par les femmes que se transmettait la connaissance, le savoir. Et les femmes de l’aristocratie étaient parfois fort cultivées. Un des meilleurs exemples apparaît en la personne de Dhuoda, épouse du duc Bernard de Septimanie, comte de Barcelone.
Dhuoda, qui vit au IXe siècle, a elle-même composé un manuel d’éducation, le Libellus manualis, destiné à son fils de quinze ans qui vivait à la cour d’Aix-la-Chapelle.

Petite histoire du manuscrit

Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d'un manuscrit).
Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d’un manuscrit).

On présente généralement l’imprimerie comme une véritable révolution. C’est effectivement le cas même si l’imprimerie n’a pas inventé la diffusion mais l’a placé dans une perspective plus large. En effet, nombre d’ouvrages antiques ou médiévaux ont été copiés et diffusés assez largement. C’est ce que l’on nomme les « manuscrits ». L’imprimerie ne fera que reprendre ce principe, destiné à répandre un ouvrage, à une échelle plus large, due à la facilité de fabrication que permettra la mécanique.
Le plus ancien manuscrit en langue française est celui de la Cantilène de sainte Eulalie, que l’on date de 881 après J.-C.. Et encore ne contient-il qu’un fragment de texte en français. Le plus ancien texte français est en fait un acte politique, le fameux Serment de Strasbourg qui verra la division de l’empire de Charlemagne entre ses héritiers. Prononcé en 843, le Serment de Strasbourg sous forme de manuscrit ne verra le jour qu’à la fin du Xe siècle. Il est cependant assez intéressant de noter que c’est donc un texte politique, l’acte de fondation de la Francie, de la Lotharingie et de la Germanie qui va initier la diffusion des textes en français.
Au Ixe siècle, la forme du livre est, en Occident, fixée depuis longtemps. C’est un ensemble de parchemins cousus entre eux et que l’on nomme « codex » et qui prend la place de rouleaux de parchemin nommés « volumen ». De nombreux documents, y compris littéraires, perdureront cependant sous la forme de rouleau et cela jusqu’au XVe siècle.

Les femmes aux temps des Lumières : art, sciences et littérature

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696).

Alors que l’on connaît les fameux salons pour leur préoccupation essentiellement politique, certains d’entre eux vont totalement les dédaigner préférant réserver toute leur attention aux arts… où l’on ne peut pas dire que les femmes eurent une place considérable.
Certes, on compte quelques exceptions, telles qu’Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre (v. 1660-1729), qualifiée par le Mercure galant de « merveille du XVIIe siècle », et qui s’illustre au clavecin au point d’attirer la bienveillance du roi lui-même ; comme Émilie d’Aubigny, dite la Maupin, et la Demoiselle Chantilly qui font leurs preuves dans le monde de l’opéra comique ; ou encore comme Madame Vigée-Lebrun, restée célèbre pour ses portraits de Marie-Antoinette et de ses enfants.

L’invention monstrueuse de Frankenstein

Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).
Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).

Bien des gens de lettres connaissent l’anticonformisme du très célèbre poète anglais Percy Shelley. Mais, qui aurait l’idée d’associer son nom à Frankenstein ? Et pourtant, c’est à la femme du poète que l’on doit cette œuvre étonnante et mondialement connue, mettant en scène un savant du nom de Frankenstein qui crée un être fait de morceaux de cadavres volés dans les cimetières. Frankenstein ou le Prométhée moderne est un roman profondément noir, dans lequel le savant se laisse dépasser par sa création, ce qui fait sa modernité. Après cette œuvre, Mary Shelley écrira un seul autre roman, aussi sombre que le premier puisqu’il décrit la destruction de la race humaine. Elle mourra à Londres le 1er février 1851.

Les « femmes savantes » : les femmes et l’art au Moyen Âge

Christine de Pisan (v.1365-v.1430)Épouses, mères, religieuses, les femmes du Moyen Âge, et notamment des XIIe et XIIIe siècles, étaient également des « femmes savantes » qui s’illustrèrent dans des domaines aussi variés que la littérature, la théologie, la médecine. Ainsi c’est à une femme, Herrade de Landsberg, abbesse du Mont Saint-Odile de 1167 à 1195, que l’on doit la première « encyclopédie » illustrée, destinée à l’instruction des moniales de l’abbaye. Et c’est une œuvre colossale qu’Herrade a rédigée : sous le titre poétique de Jardin des délices, elle a réuni des extraits de la Bible et des principales études de théologiens ou de Pères de l’Église et traité « d’astronomie, de chronologie, d’agriculture et horticulture, de toutes sortes de questions touchant l’homme, les arts, l’histoire », note Régine Pernoud. Mais Herrade de Landsberg n’est pas la seule religieuse à s’être préoccupée de l’instruction de ses sœurs.

Archiloque, l’art de la satyre

Clio, muse grecque de la poésie, d'après une statue antique.
Clio, muse grecque de la poésie, d’après une statue antique.

Pour trouver l’inspiration, Archiloque n’eut qu’à reprendre sa vie, tant elle fut pleine de rebondissements et, surtout, émaillée de malheurs.
Fils d’un citoyen important de Paros et d’une esclave, Archiloque devait, tout d’abord, être, légitimement, privé de l’héritage paternel ; amoureux d’une jeune fille, il fut sèchement éconduit par le père de celle-ci, le père et la fille devenant dès lors les cibles de ses satyres. Des satyres tellement cruelles que tous deux finiront par se pendre. La misère allait ensuite pousser Archiloque à s’engager dans le métier des armes… où seule sa plume allait trouver quelques inspirations. De fait, il apparaît que le poète faisait un bien piètre soldat, se vantant d’avoir fuit dans le combat, raillant les valeurs militaires et tout ce qui faisait la base de la fierté grecque. Malgré tout, il semblerait bien que ce soit lors d’un combat, vers 640 avant J.-C., qu’Archiloque devait périr.
Si la vie d’Archiloque fut loin d’être brillante, sa réputation, après sa mort, subit un tout autre sort. Considéré comme l’inventeur des rythmes jambiques, le poète devait être considéré comme l’égal d’Homère, avec, en sus, un véritable désir de choquer, de dénoncer le monde grec tel qu’il était.

Héloïse et Abélard : une histoire romancée

Héloïse et Abélard, d'après le tableau d'Edmund Blair Leighton (1882).
Héloïse et Abélard, d’après le tableau d’Edmund Blair Leighton (1882).

Tout le monde connaît l’histoire d’Héloïse et Abélard ; du moins, tout le monde pense la connaître. Voici donc cette aventure telle qu’elle est rapportée par les historiens du XIXe siècle et, à leur suite, par certains de nos contemporains.
Issu de la petite noblesse bretonne, Pierre Abélard, né en 1079, préfère les études à la carrière des armes et, abandonnant ses prérogatives d’aîné, devient l’élève du maître en théologie Guillaume de Champeaux à Paris. Il fonde sa propre école de pensée, basée sur la logique aristotélicienne et son enseignement, qui annonce déjà celui de saint Thomas d’Aquin, provoque un engouement immense dans le milieu universitaire.

Isabelle Charrière ou la lutte d’une âme solitaire

Portrait d'Isabelle Charrière (1740-1805).
Portrait d’Isabelle Charrière (1740-1805).

"Compatissante par tempérament, libérale et généreuse par penchant [elle] n’est bonne que par principe ; quand elle est douce et facile, sachez-lui-en gré, c’est un effort". C’est par ces mots, extrait de son Portrait de Zélide, qu’Isabelle Charrière se dépeint.
Née Van Tuyll van Serosken van Zuylen, cette noble d’origine hollandaise épouse en 1766 le précepteur de son frère qu’elle accompagne alors en Suisse. Ouverte aux idées nouvelles des Lumières, lectrice de Diderot et de Rousseau, elle mène une existence morne auprès d’un époux bègue et mathématicien. Une existence qui ne sera éclairée que par son amour platonique pour Benjamin Constant. Mais la dame de Charrière est avant tout un esprit éclairé qui se pique de modernité tout en demeurant dans le plus strict conservatisme. Un conservatisme qui fait d’elle un auteur délicat, poète à ses heures, satirique souvent comme dans Mistress Henley, qui dépeint les mœurs d’une petite cité, où comme dans Caliste ou les lettres de Lausanne, un roman autobiographique qui pose le problème de la femme en butte aux préjugés du monde et aux conventions sociales.

Alexandre Dumas et la naissance du roman populaire

Qu’est-ce que l’histoire ? Un clou auquel j’accroche mes romans.
Alexandre Dumas se définit lui-même par ses mots : il n’est ni un historien, ni un érudit, seulement un « scénariste de l’histoire ». Par sa maitrise des mots et les personnages inoubliables qu’il campe, il fait rêver, depuis un siècle et demi, des générations de Français.
Né à Villers-Cotterets en 1802, le fils du général Davy de la Pailleterie Dumas, acquiert la notoriété en 1829 avec Henri III et sa cour. Mais, c’est grâce au Comte de Monte-Cristo en 1844, suivi de la trilogie des Trois Mousquetaires (1844), de Vingt Ans après (1845) et enfin du Vicomte de Bragelonne (1848-1850), qu’il devient le maître du roman populaire. Prenant pour toile de fond l’histoire de France, il fait revivre, par son style alerte, les guerres de religion, le Paris de la Restauration ou les derniers jours de la monarchie.
Auteur fécond, Alexandre Dumas meurt à Puys, en 1870, laissant à la postérité les plus belles pages du roman populaire historique.