Les roses de Ronsard

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
À la tête de la Pléiade, qui, au XVIe siècle, pose les bases en matière de littérature classique, Pierre de Ronsard (1524-1585) se consacre dès sa jeunesse à la poésie.
Poète champêtre et romantique, il devient aussi le poète officiel de la cour de Charles IX, en 1558. Mais la mort du roi met fin à sa carrière et Ronsard, souffrant de la goutte et d’une demi-surdité qui l’accable depuis son enfance, évoque alors dans sa poésie ses souffrances physiques et sa vision de la mort.
Le « prince des Poètes » meurt à Saint-Cosme le 27 décembre 1585. Sa poésie tombe alors dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle, moment où les romantiques la redécouvrent et la ressucitent.

Voltaire ou l’art d’être opportuniste

François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778).
François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778).

À la cour, mon fils, l’art le plus nécessaire,
N’est pas de bien parler, mais de savoir se taire, écrit Voltaire dans L’Ingénu.

Assurément, François Marie Arouet, dit Voltaire, n’a pas suivi ce précepte à la lettre et c’est loin de la cour qu’il passe la plus grande partie de sa vie. Satyriques, incisifs, ses écrits touchent à tous les genres littéraires et fustigent, avec une adresse vraiment diabolique, la monarchie du XVIIIe siècle et toutes sortes d’abus, tels que l’esclavage, la torture ou les lettres de cachet. Retiré à Ferney dès 1758, Voltaire se livre à une activité littéraire prodigieuse et multiplie les « grandes causes » (pas toujours si grandes d’ailleurs), telle que la réhabilitation de Calas. Père des nouvelles idées philosophiques, il est reçu triomphalement à l’Académie française, en 1778, mais meurt, peu après à Paris.

Boileau, le poète de la raison

Portrait de Nicolas Boileau (1636-1711).
Portrait de Nicolas Boileau (1636-1711).

Quinzième enfant d’un greffier de la grand-chambre du Parlement de Paris, élèves des célèbres collèges d’Harcourt et de Beauvais, Nicolas Boileau avait été initialement destiné à la prêtrise, mais son aversion pour la théologie devait l’orienter vers le droit. Reçu avocat en 1656, Boileau n’exercera que fort peu, la mort de son père lui ayant permis d’abandonner une voix qui n’avait rien d’une vocation pour s’adonner à son amour des lettres.
La première satire de Boileau date de 1660. Elle sera suivie de beaucoup d’autres et marquera, avec sa poésie, l’école nouvelle. Une école poétique à laquelle La Fontaine, Racine, Molière, Furetière, tous amis de Boileau, appartenaient. Une école qui se plaisait à égratigner, par pamphlet ou satire interposés, les tenants de l’ancienne école autant que les "modernes", comme Perrault. Une école qui verra ses idées résumées par Boileau dans un Art poétique, paru en 1674. Un an plus tard, il était pensionné par le roi, nommé historiographe en 1677.

Charles d’Orléans, le prince-poète

Après trois longs siècles de silence, les œuvres littéraires de Charles d’Orléans sont arrachées à l’oubli, au XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Sallier.
Né en 1391, Charles d’Orléans est le fils de Louis d’Orléans, frère du roi et de Valentine Visconti. Après la mort de son père, assassiné par Jean sans Peur, Charles devient le chef de la maison d’Orléans et prend la tête du parti des Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans. Fait prisonnier à Azincourt en 1415, il est emmené en Angleterre où il restera en captivité pendant vingt-cinq ans.

La Chanson de Roland : de la défaite à la geste

Roland combattant à Roncevaux, d'après une gravure du XIXe siècle.
Roland combattant à Roncevaux, d’après une gravure du XIXe siècle.

L’Espagne était alors aux mains des Sarrasins mais, en sept ans à peine, la grand Charlemagne avait su le reconquérir. Seule Saragosse, sous la coupe du roi Marsile, reste invaincue… pour combien de temps cependant. Inquiet, Marsile est à deux doigts de se soumettre lorsqu’arrive un envoyé de l’empereur. Or Ganelon, car c’est de lui qu’il s’agit, au lieu de proposer un traité de paix, ranime l’ardeur des Sarrasins, les incitant à porter un coup presque fatal à l’empereur en éliminant le plus valeureux de chevaliers : Roland. Charlemagne, appelé à combattre en Saxe doit quitter l’Espagne. L’armée est sur le chemin du retour lorsque, au col de Roncevaux, Roland qui commande l’arrière-garde voit le paysage se peupler d’ennemis. Lui et ses compagnons, dont le sage Olivier, ont beau faire, l’ennemi est en nombre. Et lorsque le comte des marches de Bretagne appelle l’empereur à l’aide avec son cor, il est déjà trop tard. Charles ne trouvera que des cadavres.

Vogelweide : le chantre de l’âme allemande

Walter von der Vogelweide (v.1170-1230), d'après une miniature médiévale.
Walter von der Vogelweide (v.1170-1230), d’après une miniature médiévale.

C’est vers 1170 que naît Walther von der Vogelweide, dans une famille noble mais pauvre d’origine autrichienne. Poète errant à la recherche perpétuelle d’un riche protecteur, il vécut durant une vingtaine d’années à la cour du duc Frédéric Ier d’Autriche où il devait apprendre l’art du chant. La mort de Frédéric, en 1198, devait à nouveau le lancer sur les routes et dans les cours. Protégé de Philippe de Souabe, de l’évêque de Passau puis du duc Bernard de Carinthie et enfin du landgrave de Thuringe -pour ne citer que les principaux-, il se faisait aussi bien chantre de l’amour que de la patrie. Et c’est en tant que premier grand poète patriotique allemand qu’il est demeuré célèbre. D’abord soutien d’Othon de Brunswick, il se rallia ensuite à Frédéric II de Hohenstaufen, appelant l’Allemagne à l’unité, dénonçant les prétentions pontificales et l’ensemble de la politique d’Innocent III, ferme opposant de l’Empereur germanique. Un engagement qui ne devait pas passer inaperçu et qui lui vaudra de se voir accorder un fief et la charge de l’éducation du fils de Frédéric II, Henri VII.
Auteur de quelques deux cents poèmes lyriques, Walther von der Vogelweide devait mourir en 1230 après avoir marqué d’une empreinte toute personnel le genre poétique, qu’il soit amoureux ou politique.

Shelley, le poète bohême

Juillet 1822, un bûcher funéraire illumine l’embouchure du Serchio. De l’encens, du sel, de l’huile, du vin et un exemplaire du dernier ouvrage de Keats font office d’offrandes… Autour du bûcher, Byron et Leight Hunt rendent un dernier hommage à leur ami Percy Bysshe Shelley, mort le 8 juillet dans un malheureux accident de bateau.
Fils d’un « gentleman-farmer » du Sussex, Shelley devient, dès son entrée à Oxford, celui par qui le scandale arrive : en première année, il est renvoyé pour avoir écrit un pamphlet intitulé La nécessité de l’athéisme, à dix-neuf ans, il se marie contre l’avis de son père et se lance dans la satire sociale puis dans la poésie romantique.

L’histoire selon Commynes

Philippe de Commynes (1447-1511), d'après une gravure du XIXe siècle.
Philippe de Commynes (1447-1511), d’après une gravure du XIXe siècle.

Grand négociateur, diplomate, chambellan du duc de Bourgogne, c’est pour ses talents littéraires que Philippe van den Clyte, seigneur de Commynes, est demeuré célèbre.
Ce jeune noble flamand, filleul du duc Philippe le Bon et sachant aussi bien le français que l’italien, l’allemand ou l’espagnol, entre à la cour bourguignonne où il entreprend une carrière diplomatique. À la suite de l’affaire de Péronne (1468), il entre au service de Louis XI qui le fait sénéchal de Poitou puis ambassadeur.
À la mort du souverain, en 1483, Commynes prend le parti de Louis d’Orléans contre la régente Anne de Beaujeu et s’engage dans la « Guerre folle ». Disgracié, emprisonné, il ne retrouve son rang qu’à l’avènement de Charles VIII, qu’il accompagne en Italie et pour lequel il entreprend des négociations.
Après le couronnement de Louis XII, Commynes se retire et se consacre à la rédaction de ses Mémoires, un document essentiel sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII et dans lequel l’auteur analyse les caractères, les situations et tente d’expliquer, voire de justifier, certains événements.
Plus qu’un chroniqueur, Philippe de Commynes est le premier historien moderne.

Calderon de la Barca, poète du ciel et de l’Espagne

Pedro Calderon de la Barca (1600-1681).
Pedro Calderon de la Barca (1600-1681).

Fils d’un fonctionnaire de famille noble, Pedro Calderon de la Barca avait été ou s’était initialement destiné à une carrière ecclésiastique. Des études à l’université d’Alcala puis à celle de Salamanque ; des études de théologies confirment cette décision, jusqu’à ce que Calderon de la Barca y renonce et se lance dans une double carrière : théâtrale et militaire. Côté théâtre, il devait rapidement occuper une place de choix parmi les auteurs dramatiques qui fournissaient la cour de Philippe IV, devenant le dernier grand dramaturge du Siècle d’or après la mort de Lope de Vega. Côté guerrier, Calderon de la Barca allait combattre en Italie, dans les Flandres et entrer dans l’ordre des chevaliers de Saint-Jacques.
Entré en 1640 au service du duc d’Albe, le poète-guerrier allait poursuivre dans la carrière poétique et dans la vie mondaine  jusqu’à ce qu’il décide, en 1651, à l’âge de cinquante-et-un ans, de reprendre son destin initial et d’entrer dans les ordres. Unissant ses deux vocations, il poursuivit son activité poétique tout en bénéficiant, dans les nominations ecclésiastiques, de la faveur royale : il obtint ainsi une prébende à Tolède en 1653 puis le titre de chapelain honoraire du roi en 1657.

Les Mémoires de Saint-Simon : un brûlot contre la monarchie

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755).

Ennemi des Jésuites, des bâtards de Louis XIV et de ses ministres « bourgeois » comme Louvois ou bien Colbert, très attaché à son double titre de duc et pair du royaume de France et affligé, selon Voltaire qui l’admirait, « d’une nuque raide impropre à la condescendance et à la courtisanerie », Louis de Saint-Simon est sans aucun doute le mémorialiste le plus fécond, le plus aigu et aussi le plus amer de toute l’histoire littéraire française.
Extraordinaire portraitiste, doué d’une plume incisive, Saint-Simon a dépeint, avec un réalisme au vitriol, la société et la cour de Versailles, avec son lot de mesquineries, de lâchetés, de complots dérisoires et son étiquette absurde.