Shelley, le poète bohême

Juillet 1822, un bûcher funéraire illumine l’embouchure du Serchio. De l’encens, du sel, de l’huile, du vin et un exemplaire du dernier ouvrage de Keats font office d’offrandes… Autour du bûcher, Byron et Leight Hunt rendent un dernier hommage à leur ami Percy Bysshe Shelley, mort le 8 juillet dans un malheureux accident de bateau.
Fils d’un « gentleman-farmer » du Sussex, Shelley devient, dès son entrée à Oxford, celui par qui le scandale arrive : en première année, il est renvoyé pour avoir écrit un pamphlet intitulé La nécessité de l’athéisme, à dix-neuf ans, il se marie contre l’avis de son père et se lance dans la satire sociale puis dans la poésie romantique.

À la fin de l’envoi, je touche !

Cyrano de Bergerac (1619-1655).
Cyrano de Bergerac (1619-1655).

Ce sont les cadets de Gascogne, De Carbon, de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !, s’enflamme Cyrano en présentant ses compagnons.

Le 27 décembre 1897, les spectateurs découvrent, pour la toute première fois, ce héros attachant, ce mousquetaire au grand nez, ce Gascon plein de verve : Cyrano de Bergerac ! Pourtant, Savinien Cyrano de Bergerac n’a rien d’un Gascon, son nom étant celui d’un petit domaine familial en Ile-de-France. Il n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce bretteur de première force dont Rostand a fait un héros. Etudiant au célèbre collège de Beauvais puis garde française, il sera grièvement blessé lors du siège d’Arras, en 1640. Une blessure qui va le contraindre à la retraite et lui donner l’occasion de s’adonner à sa passion : l’écriture. Ennemi des règles classiques, il s’adonne à la satire sous couvert de fantaisie et offre une œuvre tout en nuance, notamment dans ses Histoire comique des Etats et empires de la lune et Histoire comique des Etats et empires du soleil. Poète à ses heures, il s’adonne également au théâtre avec le Pédant joué, dont Molière lui-même fera de larges emprunts pour son Scapin.
Ressuscité grâce au Marseillais Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac va devenir un héros de théâtre, vibrant de romantisme, d’éclats de voix, de panache ! La pièce fera d’ailleurs le succès de son auteur au point que le vrai Cyrano devra s’effacer devant le sieur de Bergerac, théâtral, qui sait si bien rimer sur son grand nez…

Le Saint-Sépulcre, l’âme de la chrétienté

Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).
Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).

Centre de l’Église primitive, née au lendemain de la Pentecôte, Jérusalem fut, dès le IIe siècle, un lieu de pèlerinage pour les chrétiens, désireux de se recueillir sur les lieux de la Passion et de la mort du Christ. La mise au jour des Lieux saints sous le règne de l’empereur Constantin -notamment la découverte de la vraie Croix par sa mère, sainte Hélène- devait accroître l’afflux des pèlerins, désormais accueillis dans les basiliques du Martyrium, de l’Élonora et de l’Anastasis, nom donné à la première basilique du Saint-Sépulcre, édifiée sur le tombeau du Christ. Voici la description qu’en donna un voyageur anglais du Moyen Âge, Arculf :
Cette église, très grande, tout en pierres, forme un cercle parfait ; elle s’élève sur trois murs entre chacun desquels est la largeur d’une route ; dans l’espace du mur moyen, on a eu l’art de faire trois autels. Cette église ronde, avec ses autels, l’un au midi, l’autre au nord, l’autre au couchant, est soutenue par douze colonnes de pierre d’une grandeur étonnante. Elle a huit portes, c’est-à-dire quatre entrées percées dans ses trois murs ; quatre de ces portes sont placées au vent du Vulturne, que l’on nomme aussi Calcias, et les quatre autres vers l’Eurus. Au milieu de cette rotonde est taillé dans le roc un oratoire où neuf hommes debout peuvent prier à la fois et, au-dessus de la tête d’un homme d’une taille ordinaire jusqu’à la voûte, est encore l’espace d’un pied et demi. L’entrée de ce petit oratoire regarde l’orient ; à l’extérieur il est couvert de marbre de choix ; le sommet est orné d’or et surmonté d’une grande croix d’or.

Les « femmes savantes » : les femmes et l’art au Moyen Âge

Christine de Pisan (v.1365-v.1430)Épouses, mères, religieuses, les femmes du Moyen Âge, et notamment des XIIe et XIIIe siècles, étaient également des « femmes savantes » qui s’illustrèrent dans des domaines aussi variés que la littérature, la théologie, la médecine. Ainsi c’est à une femme, Herrade de Landsberg, abbesse du Mont Saint-Odile de 1167 à 1195, que l’on doit la première « encyclopédie » illustrée, destinée à l’instruction des moniales de l’abbaye. Et c’est une œuvre colossale qu’Herrade a rédigée : sous le titre poétique de Jardin des délices, elle a réuni des extraits de la Bible et des principales études de théologiens ou de Pères de l’Église et traité « d’astronomie, de chronologie, d’agriculture et horticulture, de toutes sortes de questions touchant l’homme, les arts, l’histoire », note Régine Pernoud. Mais Herrade de Landsberg n’est pas la seule religieuse à s’être préoccupée de l’instruction de ses sœurs.

Le cardinal de Polignac

Le cardinal Melchior de Polignac.
Le cardinal Melchior de Polignac.

Le cardinal, qui sur un nouveau ton,
En vers latins fait parler la sagesse,
Réunissant Virgile avec Platon,
Vengeur du ciel et vainqueur de Lucrèce.

Brillant diplomate, le fameux cardinal Melchior de Polignac (1661-1742) se distingue en évitant la rupture entre le Saint-Siège et la France sur la question du gallicanisme, en 1689. Malgré son échec dans la tentative de mettre sur le trône de Pologne le prince de Conti, il participe au traité d’Utrecht (1710).

Hamlet… par Saxo Grammaticus

Hamlet et Horatio, d'après le tableau de Delacroix.
Hamlet et Horatio, d’après le tableau de Delacroix.

Lorsque, vers 1602, William Shakespeare crée Hamlet, il ne sort pas le personnage directement de son imagination… pour la simple raison qu’Hamlet, le prince de Danemark, a bel et bien existé. Un personnage dont la vie a servi de modèle plus que d’inspiration à l’auteur anglais. Si l’on en croit Saxo Grammaticus (XIIIe siècle), qui pour la première fois en fait mention, ou les légendes irlandaises, Hamlet était le fils d’un roi de Jutland, Hovendill, qui vivait au IIe siècle. Parce que son propre frère désirait sa couronne autant que son épouse, Hovendill devait périr assassiné sous les coups de ce frère. Un frère qui aurait sans aucun doute réservé un sort identique à son neveu, si ce dernier n’avait pas joué –apparemment avec talent- les fous. Une mise en scène qui devait permettre à Hamlet d’ourdir sa vengeance jusqu’à ce qu’il puisse la mettre en œuvre au cours d’un banquet. L’oncle à son tour assassiné, Hamlet fut alors reconnu roi.
Au final, c’est une histoire bien tragique que vécut ce jeune souverain ; une histoire si terrible… qu’on dirait du Shakespeare !

Aiquin ou quand les Sarrasins possédaient la Bretagne

Le Charlemagne
Le Charlemagne "des légendes" (gravure du XIXe siècle).

Un roi, sarrasin, dominant la Bretagne. Un futur empereur, franc, désireux de le débouter. Telle est l’histoire d’Aiquin, une chanson de geste du XIIe siècle.
L’aventure se situe lors d’un retour de Charlemagne de Saxe. Il est accompagné du père de Roland, de Roland lui-même, d’Olivier, d’Ogier et d’autres seigneurs qui figurent dans la Chanson de Roland. Aiquin souverain des Sarrasins a débarqué en Bretagne et la soumise. Seule la ville de Dol résiste encore grâce à son archevêque qui fait figure de héros. D’abord vainqueurs, les Francs vont être vaincus dans l’île de Cézembre et un des compagnons de Charlemagne manque d’y périr lorsque, blessé, il est mis en danger par le flux. Après maintes aventures, les Francs s’emparent de Guidalet où s’était réfugié Aiquin. Le Sarrasin prend la fuite, abandonnant son épouse qui se fait chrétienne et reçoit le baptême.
Un seul manuscrit, datant du Xve siècle, relate encore l’étrange histoire de ce Sarrasin roi de Bretagne. Une histoire si étrange que l’étude des sources a permis de reconnaître dans ces Sarrasins des Normands. L’auteur, sans doute un clerc et un Breton, les nomme même à plusieurs reprises les "Norois" ou les "gens du Nort païs". C’est dans une volonté de se mettre "au goût du jour" qu’il en a fait des Sarrasins.

Racine : le théâtre pour passion

Des héros qui se déchirent, des vers qui « tonnent et qui détonnent », tout le charme des grandes tragédies raciniennes est là. C’est pourquoi, le 1er janvier 1677, l’hôtel de Bourgogne fait salle comble pour la toute première représentation de Phèdre.
Orphelin élevé par les religieuses de Port-Royal, Jean Racine (1639-1699) arrive à Paris en 1663, date à laquelle il présente sa première tragédie, La Thébaïde. En 1677, il est au sommet de sa gloire : Andromaque, Bérénice, Britannicus, autant de triomphes qui lui ont permis de supplanter son vieil adversaire, Pierre Corneille.

Saint-Denis, dernière demeure des rois

L'abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.
L’abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.

Lieu de vénération des Parisiens depuis deux siècles déjà, le champ où périrent saint Denis et tous ses compagnons voit une première église s’élever vers 475, grâce aux bons soins de sainte Geneviève. Reconstruite par Dagobert, qui en fait le sanctuaire où sont enterrés les rois de France et leur famille, agrandie et même améliorée par Pépin le Bref et par Charlemagne, la vieille église carolingienne menace de tomber en ruines quand Suger, le très célèbre abbé de Saint-Denis, fait construire un quatrième édifice.
Consacrée le 11 juin 1144, la basilique de Saint-Denis, un des premiers monuments de l’art gothique, inspirera beaucoup d’autres cathédrales telles que celle de Noyon, de Senlis, de Notre-Dame de Paris, de Chartres, de Reims ou encore d’Amiens.

L’invention monstrueuse de Frankenstein

Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).
Mary Wollstonecraft Shelley (1797-1851).

Bien des gens de lettres connaissent l’anticonformisme du très célèbre poète anglais Percy Shelley. Mais, qui aurait l’idée d’associer son nom à Frankenstein ? Et pourtant, c’est à la femme du poète que l’on doit cette œuvre étonnante et mondialement connue, mettant en scène un savant du nom de Frankenstein qui crée un être fait de morceaux de cadavres volés dans les cimetières. Frankenstein ou le Prométhée moderne est un roman profondément noir, dans lequel le savant se laisse dépasser par sa création, ce qui fait sa modernité. Après cette œuvre, Mary Shelley écrira un seul autre roman, aussi sombre que le premier puisqu’il décrit la destruction de la race humaine. Elle mourra à Londres le 1er février 1851.