L’utopie démocratique

Solon (v. 640-558 av. J.-C.).
Solon (v. 640-558 av. J.-C.).

Que ce soit en Chine, en Birmanie, au Pakistan ou en Russie, le mot démocratie ne paraît pas être de mise. Une horreur que les Occidentaux bien-pensants, les Américains comme les Français, se font fort de dénoncer… avant de vouloir éventuellement l’imposer, comme fut fait, avec le succès que l’on sait, en Irak. Or qu’est-ce que la démocratie, sinon une dictature allégée, voilée ? De fait, depuis son origine, la démocratie a une réputation qui va bien au delà de la réalité. Elle n’est pas et ne saurait être le gouvernement du peuple par le peuple et pour le bien du peuple…
C’est à Athènes, au VIIe siècle avant J.-C., qu’apparaissent les premiers symptômes démocratiques. Après une période de royauté, la prise du pouvoir par l’aristocratie, le principe démocratique allait se faire jour. C’est avec Solon d’abord, avec Clisthène (VIe siècle av. J.-C.) ensuite que les dernières étapes allaient être franchies, conduisant à un régime reconnaissant l’égalité des citoyens, leur représentativité dans la Boulé et créant l’Ecclésia, une assemblée de tous les citoyens à laquelle était décernée l’autorité suprême. Le rêve de tous les démocrates actuels ! Sauf que cette organisation excluait les esclaves, les métèques -les non Athéniens-, les femmes et les enfants bien sûr. Au final, donc, et sur une population de 400 000 individus au Ve siècle av. J.C., un système qui ne concernait guère que 30 à 40 000 citoyens… Un système qui, sous le nom de démocratie, établissait la prise de pouvoir d’une authentique aristocratie politique.

Proclamation de la République cisalpine

Léonard Duphot

 La République cisalpine, organisée par Napoléon Bonaparte, proclamée le 29 juin 1797 et reconnue par l’Autriche au traité de Campoformio, se composait, des pays de Bergame, du Milanais avec Mantoue de Brescia et de Crémone et de la république de Cispadane agrandie de la Valtenine.
Un officier supérieur de l’armée française, Léonard Duphot, qui s’était fait remarquer pendant la campagne d’Italie, fut chargé d’organiser les troupes de la République cisalpine. Mais, à peine Joseph Bonaparte et Duphot, entrèrent-ils dans la ville de Rome que des émeutes éclatèrent. Au cours de l’une d’elles, Duphot tomba, mortellement touché. La République cisalpine était née dans le sang…

« Citoyen »… de quoi ?

Le Dalaï-lama.
Le Dalaï-lama.

A grands renforts de publicité, le maire de Paris, Bertrand Delanoé, a annoncé sa volonté de faire du Dalaï-lama un « citoyen d’honneur » de la capitale. Une faveur qui n’en est pas vraiment une tant les notions de citoyenneté, d’appartenance à une nation ou à un idéal –en l’occurrence républicain- sont de nos jours bradés. Pas un jour sans un appel solennel à être « tous des Tibétains » qui succède au très médiatique « tous des ch’tis » ; pas un jour sans une déclaration de l’un  ou l’autre représentant politique qui brade, à bon compte, des notions aussi sacrée que celle d’appartenance nationale ou même de citoyenneté. Car le citoyen français n’est pas n’importe qui. Ce mot n’est pas anodin. Bien au contraire, il est, il a été, plus que tout autre, porteur des idéaux républicains, symbole de la France des Lumières. Né avec la Constitution de 1791, le terme de citoyen servira à désigner, aux yeux de tous, les fils de la Révolution, les hommes et les femmes qui placeront la liberté, l’égalité et la fraternité au-dessus de toute autre notion. Un idéal dont Delanoé et consorts se délectent à longueur de discours ; un idéal qui fait figure d’incongruité au regard de la personne du Dalaï-lama porteur, malgré lui peut-être, d’une tradition féodale et inégalitaire qui constitue la base même de la société tibétaine.

Le soleil d’Austerlitz

Napoléon Ier (1769-1821).
Napoléon Ier (1769-1821).

Décembre 1805. Depuis plusieurs mois, Napoléon Ier est aux prises avec la troisième coalition : alors qu’il marche sur Vienne, l’Empereur doit affronter une armée de quatre-vingt-dix mille hommes envoyés par le tsar Alexandre Ier et l’empereur d’Autriche, François II. Les deux armées vont  s’affronter à Austerlitz, en Moravie.
Fin stratège, Napoléon attend que les Russes tentent une jonction de leurs différents corps d’armée.
Le 2 décembre, à 4 heures du matin, les Russes quittent enfin le plateau de Platzen et commettent ainsi l’erreur qu’espérait l’Empereur. Prenant alors position sur les hauteurs, il ordonne à ses troupes de se tenir dans la plaine, face aux soldats russes et d’attendre les ordres, tapis dans la brume.

Le syndrome de Stockholm

Drapeau des FARC.
Drapeau des FARC.

En août 1973, un évadé de prison commettait un hold-up et prenait en otage quatre employés de banque. Six jours durant, il allait les tenir sous sa coupe, aboutissant, au final, à ce qu’on a appelé le syndrome de Stockholm. Car, jamais les anciens otages n’ont témoignés à charge contre leur ravisseur ; plus, même, ils s’interposeront entre lui et les forces de police et iront le voir en prison…
A quelques détails près, c’est un peu le même phénomène que l’on remarque dans la très médiatique affaire Ingrid Betancourt. De fait, depuis 5 ans que cette malheureuse est aux mains des FARC, jamais sa famille ne fait le procès des forces révolutionnaires communistes colombiennes. Bien au contraire. Le procès à charge est entièrement celui d’Alvaro Uribe, dont on peut douter, au final, s’il n’est pas un immonde dictateur comme la France des droits de l’homme aime à les dénoncer. Or, c’est bien l’inverse qui se passe ici. Car la Colombie est depuis plusieurs années un pays démocratique ; un pays dont le président est élu au suffrage universel ; un pays doté d’une Assemblée et d’un Sénat… En bref, un pays qui paraît appliquer le même type de constitution que celle de la France ! Par contre, les FARC ne sont rien d’autres que des terroristes extrémistes, des criminels… mais les Betancourt semblent l’oublier.

Les rois interdits de séjour

Jules Grévy

Trois ans à peine après la mort du comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X et dernier prétendant légitimiste, Jules Grévy, alors président de la République, promulgue, en juin 1886, une loi visant à éloigner définitivement toute tentative de rétablissement de la monarchie.
C’est ainsi que, « le territoire de la République est et demeure interdit aux chefs des familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs, dans l’ordre de primogéniture «.
Se rappelant sans doute l’histoire de Napoléon III, jadis prince-président, il précise aussi que « les membres des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni excercer aucune fonction publique ni aucun mandat électif ».

Tradition et religion : la grande confusion

Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.
Rachida Dati, Garde des Sceaux de la République française.

Depuis bientôt une semaine, l’affaire fait la « Une » des médias. Politiques et sociologues, écrivains et philosophes sont invités à s’exprimer sur le sujet et multiplient, à l’occasion, les poncifs les plus grossiers. De fait, l’annulation d’un mariage civil à Lille remet en cause les certitudes des politiques –sans pour autant qu’ils le reconnaissent d’ailleurs- et pose une multitude de questions –auxquelles personne ne veut vraiment répondre.
Deux interventions, à 24 heures d’intervalle, donnent une idée de la pensée prédominante. Elisabeth Badinter, invitée d’une émission télévisée matinale, déclarait, le 7 juin dernier, que ce genre d’attitude rétrograde –à savoir le désir d’épouser une jeune fille vierge- était le fait de fondamentalistes et de fondamentalistes de toutes religions, précisait-elle. Le lendemain, Edouard Balladur faisait un parallèle entre cette affaire et un mariage catholique dans lequel un des époux, après avoir affirmé le contraire à l’église, refuserait d’aller à la messe le dimanche. Pourrait-on y voir une cause d’annulation ? Du point de vue civil, évidemment non…

Pershing : le retour !

Le Pershing 1-A.
Le Pershing 1-A.

Le 1er juin dernier, l’Associated press, relayée par de nombreux médias, reprenait les déclarations du président des Etats-Unis annonçant la mise en place d’un bouclier anti-missiles basé en Pologne et en République tchèque. Les pays visés ? L’Iran, soupçonnée de vouloir se doter de l’arme nucléaire, et la Corée du Nord, qui la possède déjà. Il y a comme un air de déjà vu dans cette décision. Un déjà vu qui ressemble à s’y méprendre à la Guerre froide et, plus précisément, au déploiement des missiles Pershing sur le territoire européen.
Dans les années 1970, alors que la course à l’armement semble s’essoufler. Les deux « grands », URSS et USA, ont désormais opté pour un « équilibre de la terreur » sans lequel on aboutirait, immanquablement, sur une destruction totale et réciproque. Au contraire même, les deux acteurs principaux de la Guerre froide en viennent à signer, en 1967, un traité de non-prolifération des armes nucléaires. Outre que ce traité exclu de fait les Européens de la scène internationale, il paraît annoncer un statu quo, laissant les USA maîtres du monde occidental et l’URSS gérer ses pays satellites à sa guise.

La « laïcité positive »

François Bayrou.
François Bayrou.

On croyait que le voyage de Nicolas Sarkozy au Vatican n’avait eu aucune répercussion, aucun intérêt -notamment du fait de l’absence, ô combien regrettée par les journalistes, de Carla Bruni-, jusqu’à ce que François Bayrou, président du tout nouveau Modem ne se lance dans une virulente diatribe contre les déclarations du président de la République. Vaine polémique ou réel danger ? Car la chose est d’importance, Bayrou accusant tout bonnement Sarkozy de remettre en cause le principe de laïcité républicaine. C’est du moins la traduction que fait le président du Modem du terme, assez fantaisiste et très marqué « Raffarin-Lorie », de « laïcité positive ». Un terme qui ne veut rien dire mais auquel Bayrou fait tout dire, dans une interview parue dans le Figaro du 26 décembre 2007.
Et que reproche François Bayrou au président de la République ? De reconnaître "les racines chrétiennes de la France" ; de reconnaître également que les religions, le sens du spirituel peuvent apporter un plus dans la société. Si, effectivement, c’est là la conception de « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy, comment aller à l’encontre de ces déclarations sauf à en devenir malhonnête ? Car monsieur Bayrou, prompt à tirer à vue et sur tout, est loin de démontrer l’inanité de la théorie. La France des Lumières, qu’aiment tant rappeler nos hommes politiques de tous bords, est avant tout l’héritière d’un passé philosophique, théologique, moral et spirituel fondé, comme celui de toute l’Europe d’ailleurs, sur une même morale, une même vision judéo-chrétienne de la société. Ce n’est pas faire œuvre de propagande que de le dire : c’est reconnaître la réalité. Une réalité, d’ailleurs, que nos politiques ont si bien nié qu’ils ont échoué à refonder l’Europe, à l’unir, quand la seule évocation de cet héritage commun aurait suffi à lui donner une même vision d’avenir. Mais peu importe, quand il faut ménager les vieux clichés laïcards et anticléricaux. Des clichés que le « très chrétien » monsieur Bayrou ressort avec une évidence méconnaissance quand il s’en réfère au « guide suprême » des laïcistes, le très anticlérical Jules Ferry. La conception de la laïcité de Bayrou est celle de Ferry ? C’est qu’il est donc anticlérical !

La malheureuse aventure de l’empereur Maximilien

Indépendant depuis 1821 mais en guerre permanente avec les États-Unis, le Mexique sort à peine de la crise quand Napoléon III décide tout simplement de lui donner un nouvel empereur… Il convainc Maximilien d’Autriche que le Mexique n’attend que lui et le malheureux s’embarque pour le Nouveau Monde en 1864.
À son arrivée, la situation est bien différente de celle qu’il imaginait : le pays est ruiné, les Mexicains le rejette et l’autorité impériale est en butte à la guérilla incessante menée par Benito Juárez, chef des libéraux. Alors que la France soutient l’empereur, les États-Unis fournissent des armes à Juárez qui gagne du terrain. Les troupes françaises finissent par abandonner le pays et Maximilien, retranché avec quelques vingt mille soldats, est fait prisonnier. Il est exécuté le 19 juin 1867.