Pour une civilisation comptable

Jacques Attali (photo récente).
Jacques Attali (photo récente).

Une civilisation comptable. A priori, les deux mots sont antinomiques, totalement opposés ; pourtant, on peut légitimement se demander si le président de la République a cette vision-là de la civilisation. Il y a peu, un article du Point signé Baverez (le point édition du 17 janvier 2008) titrait "La civilisation n’est pas une politique". Non, en effet, la civilisation doit, ou du moins devrait, conduire à une vision plus grande, plus lointaine, ce qui entraînerait l’application de telle ou telle politique. Car qu’est-ce que la civilisation si ce n’est un ensemble de progrès, d’évolutions techniques et morales, politiques et artistiques qui imprègnent une société, qui l’amènent vers un même but. La civilisation des Grecs antiques fera l’apologie de la démocratie ; la civilisation égyptienne est celle du divin ; celle de Mésopotamie a découvert et développé l’écriture mais également le principe juridique quant à la civilisation européenne médiévale, ceux sont les valeurs judéo-chrétiennes qui l’on guidé, formé. D’accord ou non avec ses valeurs, ces principes, il n’empêche que l’on peut les considérer comme des principes nobles, élevant l’humain, lui donnant un but qui va au delà de sa propre personne. Et c’est ce que semblait proposer, sans la définir vraiment, monsieur Sarkozy en évoquant un "politique de civilisation". Résultat : le rapport Attali dont on nous dit et on nous assure qu’il sera, pour une bonne part, mis en application.

Obama ou la couleur de la peau…

Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.
Barack Obama, candidat démocrate à la présidentielle américaine.

Non, l’élection américaine ne se jouera pas sur le critère de la race ! Obama est noir ? Et alors ! C’est en tous cas ce que l’on ne cesse de nous asséner depuis des semaines, des mois. Pourtant, rien n’est plus faux. C’est même tout le contraire. Obama ne sera pas le candidat de certains Américains, non parce qu’il est démocrate, non parce qu’il n’a jamais eu de postes « à responsabilité » internationales. Obama ne sera pas le candidat de ces Américains-là parce qu’il est noir. Et qu’ils n’imaginent pas la patrie de Washington et de Lincoln gouvernée par un Noir. Mentalité raciste ? Mentalité raciale plutôt… Exactement la même mentalité, le même critère qui inspirera nombre de ceux qui voteront Obama.
L’évident engouement qui s’est emparé des médias, américains comme européens, des hommes politiques –notamment français-, des « élites » du monde occidental a tout à voir avec la couleur de peau de monsieur Obama. C’est parce qu’il est Noir qu’ils le soutiennent ; parce qu’il est Noir qu’ils en ont fait « leur candidat » et cela avant même que le sénateur de l’Illinois ait gagné les primaires.

Alger est tombée ce matin

Audiance donnée au Général Hulin par le Bey d’Alger (1802)

Depuis le XVIIe siècle, l’Algérie était gouvernée par des deys, assistés par une élite turque, qui devinrent rapidement les champions de la guerre de course en Méditerranée. À tel point d’ailleurs que, ne pouvant rien contre les pirates algériens, la plupart des puissance occidentales durent verser un tribut annuel pour assurer leur sécurité.
Pourtant, au début du XIXe siècle, la France, contrairement aux autres puissances européennes, entretient de bonnes relations commerciales avec le dey d’Alger. Mais, en 1827, à la suite d’une obscure affaire de créances dues par la France, le dey Hussein soufflette le consul de France !

Dans l’enfer d’Hiroshima

L'explosion de la bombe atomique, d'après une iconographie récente.
L’explosion de la bombe atomique, d’après une iconographie récente.

Nous sommes le 6 août 1945. Il est 8h15 et le colonel Tibbets, de l’armée américaine, sait qu’il va accomplir un acte historique. A bord de l’Enola Gay se trouve la première bombe atomique. Une bombe qu’il s’apprête à lâcher sur la ville portuaire d’Hiroshima. Par cette action, les Etats-Unis espèrent mettre un terme à près de trois ans de lutte avec l’Empire du Soleil levant. Stoppée nette dans son élan conquérant à la bataille de Midway, l’armée nippone luttait pied à pied depuis 1942. Mais rien, ni son acharnement, ni même les actions des « Kamikase » -du nom d’un typhon qui sauva le Japon de l’invasion mongole au XIIIe siècle, ne semble devoir enrayer l’avancée américaine qui, bientôt, encercle l’archipel. Après la capitulation de l’Allemagne, en mai 1945, et alors que les Etats-Unis sont désormais à même de concentrer toutes leurs forces sur ce dernier îlot de résistance, il semble que la reddition du Japon ne soit plus qu’une question de temps. Mais les Américains s’impatientent et le Japon résiste, refusant, dans un dernier baroud d’honneur, la reddition sans condition réclamée par la Proclamation de Postdam (26 juillet 1945). Truman prend alors une décision terrible et ordonne l’utilisation de la première bombe nucléaire. Hiroshima sera la cible, ses habitants les cobayes pour ce premier essai grandeur nature.

Adieu vieille Europe !

Armes de la Serbie à l'époque de Pierre Ier.
Armes de la Serbie à l’époque de Pierre Ier.

20 juin 1389 : les troupes ottomanes, conduites par le sultan Mourad Ier, remportent une  victoire sans précédent sur les Serbes et les Bulgares chrétiens. Une victoire qui met fin à l’indépendance serbe ; une victoire qui annonce la domination ottomane sur cette région du monde ; une victoire, enfin, qui a pour nom Kosovo Polié ou bataille du Champ des Merles. Suivra l’annexion de plusieurs provinces européennes au joug ottoman ; l’avancée jusqu’à Vienne même, au XVIe siècle, avec en représailles l’installation de Serbes chrétiens au Kosovo et, en réponse, l’albanisation intensifiée et l’islamisation de cette même région.
17 février 2008 : l’histoire se répète. La victoire, là encore, a pour nom Kosovo ; et là encore, elle annonce une avancée sans précédent de l’islam en Europe. Une différence, et de taille, pourtant : l’indifférence générale dans laquelle se déroule se fait historique. La bénédiction même de l’Europe qui entonne ici son chant funèbre. A force de nier ses racines, de refuser toute référence à une civilisation commune, l’Europe s’est encartée dans un système économique –d’ailleurs déficient- qui ne risque guère de soulever les foules ; plus, même, elle s’est donnée le rôle du fossoyeur en enterrant, avec ses propres deniers, toute idée de culture commune. Alors :
Adieu vieille Europe,
Que le diable t’emporte !

Mais qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ?

Xavier Darcos, actuel ministre de l'Education nationale.
Xavier Darcos, actuel ministre de l’Education nationale.

Qu’est-ce qui effraie tant monsieur Darcos ? Monsieur Darcos et nombre de ses prédécesseurs d’ailleurs qui se voient proposer, maintenant, d’écrire eux-mêmes les programmes d’histoire ! Cela semble incroyable ? En fait c’est presque naturel tant l’histoire est un sujet sensible, une matière apte à la propagation d’idées, voire d’idéaux. Les pseudos historiens du XIXe siècle, ceux de la lignée de Michelet, ceux que Jules Ferry cautionnera, sont de cette école. Leur but, alors, la réécriture de l’histoire, notamment médiévale et monarchique, dans le but de promouvoir l’idéal révolutionnaire mais aussi patriotique. Exagérations, mensonges, inventions : tout est bon pour salir les principes féodaux, religieux des siècles précédents. Tout est bon pour faire des quelques mille ans qui constituent le Moyen Age une période sombre, obscure même. Tout est bon pour présenter les souverains de la Renaissance et des Lumières comme des monarques décadents, oppressifs. Etre historiens, au XIXe siècle, c’était faire œuvre de propagande ! Et il faut croire que rien n’a vraiment changé. A une exception près cependant : si les historiens que XXe siècle n’ont guère eu de mal, pour peu qu’ils s’y soient attachés, à revenir sur les " vérités révélées " du siècle précédent, c’est que la loi, déjà, le leur permettait. Une leçon semble-t-il pour les néo-propagandistes de l’histoire, ceux du XXIe siècle, qui ont pris soin d’empêcher, d’interdire toute recherche, tout débat.

Gettysburg : un tournant sanglant

Le général Robert Edward Lee (1807-1870)

À l’aube du 1er juillet 1863, les armées sudistes et nordistes se font face, prêtes à l’attaque. Le choc sera sanglant et la bataille durera trois jours entiers…
La guerre de Sécession, qui ravage les États-Unis de 1861 à 1865, a pour lointaine origine les différences profondes entre l’économie du sud et celle du nord du pays. Alors que le Nord s’industrialise et entend instaurer une politique protectionniste, le Sud reste avant tout un pays agricole, cultivant en majorité du coton et dont la monoculture est entièrement tournée vers l’étranger.
De divergences en controverses, le Nord et le Sud vont finalement en arriver à la guerre civile avec la question de l’esclavage.

Géorgie-Russie : le jeu du chat et de la souris

Vladimir Poutine (photo récente).
Vladimir Poutine (photo récente).

Les spécialistes de la géopolitique vous le diront : les tensions entre la Russie et la Géorgie ne datent pas d’hier. La quasi annexion, au début des années 1990, de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, des territoires séparatistes géorgiens, y sont pour beaucoup. D’où une succession d’escarmouches, de provocations, d’expulsions diverses. Mais si les spécialistes de géopolitique peuvent dirent beaucoup sur l’affrontement entre ces deux pays, les historiens également, car le jeu du chat et de la souris, les soumissions et la résistance, le protectorat et la révolte remontent à quelques siècles.
L’histoire commune de la Russie et de la Géorgie remonte au XVIIIe siècle. Coupée du monde chrétien depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), la Géorgie devient, et pour trois siècles, un enjeu dans la lutte entre les Ottomans et les Perses avant que ces derniers ne confient son gouvernement à Teimourov II, issu de la dynastie des Bagratides. Réunificateurs de la Géorgie médiévale, vainqueurs de l’islam, les Bagratides avaient conduit la Géorgie à son apogée et l’avaient protégé de la poussée ottomane durant près de quatre siècles. Mais lorsqu’au XVIIIe siècle, leurs descendants accèdent au trône, l’âme des Bagratides semble s’être quelque peu émoussée.

Tyrannie contre démocratie : le faux débat

Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev.
Vladimir Poutine, en premier plan, suivi de son dauphin et successeur, Dimitri Medvedev .

Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a peu, Medvedev devenait le président d’un gouvernement poutiniste allègrement qualifié par les journalistes occidentaux de despotique ; demain, l’Amérique risque bien de se voir voler son élection présidentielle par excès de démocratie. Reste à savoir lequel, du Russe ou de l’Américain, est le plus légitime. Reste également à savoir lequel, dans ces circonstances, apportera le plus à son pays. Car après tout, c’est bien là qu’est la question…
Le monde occidental se fait volontiers l’avocat, pis, le chantre de la démocratie. Au point, d’ailleurs, de vouloir l’imposer au monde entier ! Une démocratie qui aux Etats-Unis même, est en train de montrer une faille inattendue. De fait, la compétition Obama-Clinton -compétition de l’image plus que du fond d’ailleurs- est si serrée que, quelle qu’en soit l’issue, une large partie des électeurs démocrates vont se sentir floués. Et cela pour la bonne et simple raison que les deux candidats, au coude à coude, sont également légitimes… mais qu’il va bien falloir en choisir un ! Choix fait par les caucus ou les primaires actuelles -par ailleurs difficiles à comprendre dans leur fonctionnement- ou par les grands électeurs, ce qui serait un comble. A force de démocratie, donc, les démocrates américains seront, à coup sûrs, les grands perdants de cette élection.

La révolte des Cipayes

Un soldat cipaye (d'après une dessin du XIXe siècle).
Un soldat cipaye (d’après une dessin du XIXe siècle).

Lors de la conquête de l’Europe, les Ottomans avaient eu l’idée de créer un corps d’armée uniquement constitué d’enfants, enlevés à leurs parents dès leur plus jeune âge. Les janissaires, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, allaient devenir le corps d’élite de l’armée ottomane ; son arme de guerre la plus fameuse.
Lorsque les Britanniques pénétrèrent en Inde, ils décidèrent de faire de même. Ou à peu près. C’est ainsi que naquirent les Cipayes, des indigènes enrôlés dans l’armée occupante. En 1847, ils seront pas moins de 190 000, encadrés par des officiers anglais.
Mais les Cipayes étaient Indiens et donc hindous. Une religion qui honore la vache, élevé au rang d’animal sacré. Prenant prétexte que les cartouche fournies à l’armée étaient enduites de graisse de vache et qu’il fallait, pour les décapsuler, mordre dedans, les Cipayes, vivement encouragés par les princes du Bengale, devaient se révolter en 1857. Elle devait se répandre à toute l’Inde centrale et au Nord et sera marquée par la prise de Delhi puis d’Allahabad et par le massacre des Européens établis à Cawnpore. La mésentente entre les révoltés eux-mêmes, la fidélité obtenue des Cipayes de Bombay allaient être les principales causes de l’échec de la révolte qui cesse dès l’année suivante, en 1858.