« L’aigle a courbé la tête »

Waterloo, Waterloo, morne plaine, clame Victor Hugo au souvenir sanglant de cette ultime bataille.
Revenu au pouvoir après s’être évadé de l’île d’Elbe, en 1815, l’Empereur, mis au ban de l’Europe, ne peut réunir que cent vingt-six mille soldats pour affronter les armées coalisées, quatre fois plus nombreuses.
Le combat a lieu le 18 juin 1815, vers Charleroi, dans la plaine de Waterloo. L’issue reste longtemps incertaine mais « l’aigle » a changé : Napoléon n’a plus la même promptitude de décision qui faisait sa force.
Les Anglais et les Prussiens prennent finalement l’avantage. Les Cents jours s’achèvent tragiquement. « L’aigle a courbé la tête… »

La démocratie par le sport

Un des logos édités à l'occasion des JO de Pékin.
Un des logos édités à l’occasion des JO de Pékin.

Lorsque, en 2001 la Chine fut désignée pour accueillir les jeux olympiques de 2008, le monde occidental démocrate, le monde libre a feint, avec un bel ensemble, de croire que la dictature communiste allait disparaître d’elle-même. Seuls quelques organismes, quelques mouvements réclamant la libération du peuple tibétain devaient émettre quelques doutes sur ce choix ; doutes bien vite balayés d’ailleurs. De fait, depuis huit ans, le monde entier s’est convaincu que, tout simplement, la Chine avait changé de régime. La preuve : l’explosion de son économie. Comme si les pays communistes n’avaient pas compris, comme les autres, que le pouvoir se situe désormais dans cette branche. Comme si ses dirigeants étaient prêts à abandonner une dictature si parfaitement organisée, assujettissant si parfaitement l’homme. Et il est clair que le déroulement des jeux olympiques en Chine ne pouvait qu’ouvrir un peu plus le pays vers le monde… et lui servir de sésame. La démocratie par le sport ? Certainement, certains y ont cru ! Certains ont voulu y croire parce que leurs intérêts s’en trouvaient améliorés. Et sans doute est-ce les mêmes qui ont su imposer le choix chinois lors de la sélection de 2001.

Assassinat d’Abraham Lincoln

Le président Abraham Lincoln (1809-1865).
Le président Abraham Lincoln (1809-1865).

Quand la guerre de Sécession éclate aux États-Unis, en avril 1861, Abraham Lincoln vient à peine d’être élu président. A l’orée de ces combats qui vont durer quatre ans, les forces en présence sont inégales : vingt-trois millions d’habitants pour le Nord, l’Ouest et les États du Sud restés fidèles à l’Union contre neuf millions -dont 40 % d’esclaves- pour le Sud. Malgré une résistance acharnée, les troupes sudistes, à bout de ressources, subissent de terribles revers, notamment à Gettysburg et à Richmond. Le 9 avril 1865, leur commandant en chef, le général Lee, se rend aux forces fédérales, mettant ainsi fin à la guerre de Sécession. Mais au moment où le pays n’a jamais eu autant besoin de refaire son unité et de réintégrer en douceur les États vaincus dans l’Union, il perd le seul homme capable d’assurer au mieux cette double tâche.

La Chine en vient “aux poings”

Prêtre chinois au XIXe siècle (gravure d'époque).
Prêtre chinois au XIXe siècle (gravure d’époque).

Les Boxers ou "confrérie des poings". C’est sous ce nom que l’on désigne un vaste mouvement de révolte anti chrétien qui embrasse la Chine entre 1898 et 1900. Désireux de "délivrer la Chine du nord des démons qui usurpent la place du Ciel en poussant les Chinois à adhérer au christianisme", comme le proclame cet extrait d’un texte affiché à Pékin en 1899, les Boxers "aux pouvoirs surnaturels" sont recrutés parmi les jeunes gens de la Chine du Nord, en pleine récession, et parmi les bateliers, inaptes à suivre les nouvelles techniques de navigation. De fait, les "étrangers", notamment les chrétiens, font ici office de boucs émissaires. Un rôle largement relayé auprès de la population par les élites chinoises qui peinent à justifier leur manquement. Un rôle sensé faire oublier la gêne de la population chinoise, perdue dans un monde en pleine mutation.
En fait, c’est la modernité que rejettent les Boxers, les religieux occidentaux n’en étant guère que les "représentants" les plus visibles et les plus proches du peuple. Déjà, en 1830, les Jésuites avaient fait les frais de l’opposition à la pénétration européenne. Une pénétration qui apparaît jusqu’au cœur du pouvoir, les Jésuites étant particulièrement écoutés des empereurs Ming. Cette fois, c’est du pouvoir lui-même, et plus précisément de l’impératrice Tseu-Hi, que viendra le signal de la révolte… et du massacre.

Le droit du bon droit

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.
Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.

Depuis des années, certains politiques –parmi lesquels l’actuel ministre des Affaires étrangères français- se sont faits les chantres du droit d’ingérence. Un « droit » qui, par nature, implique de se substituer à une autorité existante, dans un pays autre, afin de lui dicter quelques mesures de bonnes conduites. Toute la question est alors de savoir quels sont les critères de bonne conduite, les bonnes valeurs ? Qui définit le bon du mauvais ?
L’affaire de l’Arche de Zoé met en exergue ce problème, au point que désormais nombre de politiques, journalistes ou faiseurs d’opinion se la posent ouvertement. Car même si, dans ce cas précis, les faits sont poussés à l’extrême, l’ensemble de cette affaire repose clairement la question de l’ingérence et surtout des critères justifiant cette ingérence. Des critères qui n’ont jamais été définis et qui, de fait, dépendent entièrement de l’interprétation que l’on fait du bien et du mal, du bon et du mauvais, du confort et de l’inconfort, de l’admissible et de ce qui ne l’est pas. Les déclarations du fondateur de l’Arche de Zoé sont, sur ce thème, un véritable cas d’école lorsqu’il justifie son action sur le « il n’y a qu’à voir comme ils vivent » ! On croit rêver. C’est exactement comme si un Américain débarquait dans une famille française et décidait d’enlever ses enfants aux parents sous prétexte que la maison n’est pas assez chauffée, les vêtements pas assez « mode » et les ados pas assez ronds.

Victoire de Navarin

En Grèce, en Grèce ! adieu vous tous ! il faut partir !…
En Grèce, ô mes amis ! vengeance ! liberté !

Quand en avril 1822 l’armée turque réprime dans le sang la révolte des habitants de l’île de Chio, les poètes, les artistes européens se mobilisent. Les massacres de Chio, qui ont fait plus de vingt mille victimes, sont un des premiers épisodes de la guerre d’indépendance que la Grèce mène contre la Turquie.

Le piège de l’éternelle France-Afrique

Idriss Déby, président du Tchad.
Idriss Déby, président du Tchad.

Décidément, rien ne change. La grâce et la libération des Français de l’Arche de Zoé par le président tchadien Idriss Déby en est, une fois encore, la preuve évidente… Car qui doutait de cette issue ? Sincèrement, pas grand monde, pas même les protagonistes et leurs avocats. Pas même le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui relègue ainsi allègrement ses désirs de "politique de rupture" entre la France et l’Afrique au rang des pieux souvenirs. La "France-Afrique de papa" est toujours là et bien là, n’en déplaise à Jean-Marie Bockel qui aura payé de sa place ses déclarations sécessionnistes.
Au delà de l’affaire judiciaire, de la tromperie voire de l’escroquerie, l’affaire de l’Arche de Zoé n’est en effet rien d’autre qu’une illustration de la relation liant la France et l’Afrique. A plus d’un titre ; sur plus d’un plan. C’est d’abord sur la notion de supériorité des Occidentaux sur les Africains que cette affaire frappe. Une supériorité que les premiers à dénoncer sont ceux-là mêmes qui, inconsciemment, l’appliquent ; que les premiers à honnir sont ces défenseurs aveugles des droits de l’homme. Aveugles au point de désirer imposer toujours et partout les droits de l’homme, même à ceux qui n’en veulent pas -et tant pis pour la liberté ; aveugles au point de se voir en sauveurs du monde, même lorsque ce "monde" n’a nul besoin ou nul envie d’être sauvé ; aveugles au point de vouloir imposer, dans un autre pays, une autre culture, le mode de vie occidental. Ces aveugles-là sont ni plus ni moins que les héritiers directs des colonisateurs occidentaux qui, au XIXe siècle, avaient lancé les navires français dans le but de "sauver" cette même Afrique. Point de rupture donc, dans la bonne conscience des âmes occidentales ; point de rupture mais au contraire une colonisation par l’esprit qui semble ancrée dans les mentalités…

Le complot du général Malet

Général Claude François de Malet (1754-1812).
Général Claude François de Malet (1754-1812).

Bonaparte n’est plus ! Le tyran est tombé…!
Le 23 octobre 1812, à trois heures du matin, le général Malet, conspirateur connu de l’empereur, s’évade de la maison de santé où il est interné suite à un complot fomenté quatre ans auparavant. Aidé de ses compagnons d’internement, il annonce la mort de Napoléon Ier, alors en Russie. Profitant du choc provoqué par cette nouvelle, il s’empare de tous les postes-clefs de la capitale. Puis il annonce l’installation d’un nouveau régime. Mais, dans la matinée, Malet est fait prisonnier par le gouverneur de Paris, moins crédule que les autres.

Le parti de l’Ordre ou la manipulation du prince-président

Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l'Ordre.
Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l’Ordre.

On a souvent fait de Napoléon III un être falot, peu au fait de la politique. Pourtant, c’est avec une habileté remarquable que, durant les années 1849 à 1851, il va manipuler, à son avantage, le parti de l’Ordre.
Le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) avait été celui de la bourgeoisie. Une bourgeoisie qui faisait reposer ses ambitions sur l’industrialisation et sur la spéculation boursière, deux phénomènes qui, vers 1846-1847, allaient sombrer dans une crise sans précédent. La paupérisation des campagnes mais surtout des milieux ouvriers, le vent de révolte que semblait souffler menaçaient le régime tout entier. Et il paraissait évident que Louis-Philippe, qui avait mollement mené la campagne d’Algérie, qui avait mollement répondu aux désirs guerriers des anglophobes et qui avait tout bonnement ignoré la révolte de la rue, ne saurait faire face. L’opposition républicaine, de son côté, s’était concentrée dans une opposition au régime électoral. Le renvoi de Guizot, en 1847, ne devait être que le prélude à l’inévitable : l’insurrection de Paris et l’abdication du roi. En 1848, la IIe République était donc proclamée. Une république qui avait elle-même ses opposants, parmi lesquels les légitimistes, les orléanistes et les divers forces de droite regroupées en un seul mouvement : le parti de l’Ordre.

Grèves : le retour en arrière

Affiche appelant à la grève (document actuel).
Affiche appelant à la grève (document actuel).

En 1868, le congrès de l’Internationale, qui se déroulait à Bruxelles, tout en rappelant que la grève est souvent utile, voire même nécessaire, déclarait clairement qu’elle ne pouvait, en aucun cas, être le  seul moyen d’assurer l’émancipation des travailleurs.
De fait, la grève n’était alors qu’un phénomène relativement récent. Inexistante dans les civilisations anciennes, presque inconnue au Moyen Age où l’on favorisait les règlements de conflits à l’amiable, notamment grâce au système corporatif, ce n’est qu’au XVIe siècle que le phénomène allait réellement voir le jour. Sévèrement réprimées sous l’Ancien régime, interdites par la loi Le Chapelier de 1791 puis par le code Napoléon, les grèves allaient tout naturellement prendre leur essor parallèlement à celui de l’industrialisation, se durcir au rythme de la dégradation des conditions de travail. Ce n’est donc pas sans de bonnes raisons que ces mouvements de protestations ouvrières vont ponctuer la seconde moitié du XIXe siècle et, surtout, le XXe siècle.