Je vous salue, Marie

La Vierge à l’enfant de Hesselin par Simon Vouet (musée du Louvre).

Jamais la piété n’a revêtu de formes aussi variées qu’au Moyen Âge et le culte de la sainte Vierge, particulièrement honorée dans les religions catholique et orthodoxe, en est un des aspects les plus importants. Il ne s’agit pas ici de raconter la vie de Marie, ni même de dénombrer les sanctuaires qui lui sont consacrés ou les prières qui lui étaient adressées, mais plutôt de comprendre l’évolution de la piété mariale au fil des siècles et particulièrement du XIIe au XVe siècle, période qui verra une grande évolution des mentalités et donc de la religion.

Le “marteau des sorcières”

Une sorcière, d'après une gravure du XVIe siècle.
Une sorcière, d’après une gravure du XVIe siècle.

Dire que les sorcières ont fait l’objet d’une véritable chasse semble être un euphémisme. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui associent volontiers cette chasse à un rejet des femmes, de la condition féminine elle-même. Une chasse qui n’est évidemment menée que par une Eglise médiévale -et donc par définition obscurantiste- et misogyne. Outre le fait que l’Eglise a toujours été l’inverse d’une communauté misogyne -la légende de la reconnaissance tardive de l’existence de l’âme féminine n’étant justement qu’une légende-, ce n’est pas au Moyen Âge que va se jouer, pour les sorcières, la période la plus sanglante de l’histoire de la sorcellerie mais au XVIe siècle. Certes la sorcellerie avait été fortement condamnée ; elle avait été dénoncée par les théologiens et les inquisiteurs. Mais les condamnations faisaient alors figure d’exception et, parce que la sorcellerie avait fini par être associée à l’hérésie -sous l’impulsion de Conrad de Marbourg-, les peines étaient avant tout d’ordre spirituel. En réalité, c’est au paganisme qu’elle devrait être associée ; un paganisme qui est à l’origine des sorcières et de la pratique de la sorcellerie.
Qu’il s’agisse du monde greco-romain ou du monde celte et germanique, on sait que la magie était une activité reconnue. La bonne "magie", qui consistait en une observation de la nature et en une union avec cette nature est un héritage direct des religions primitives de ces peuples ; des religions naturelles, dans lesquelles la terre et ses trésors fait office de divinité primordiale. Une magie qui engendrait une connaissance approfondie des phénomènes naturels et qui allait entraîner un dévoiement de cette connaissance pour des fins nettement moins avouables : le commerce de potions, assassines ou abortives, vont dès lors distinguer la bonne magie de la sorcellerie ou plutôt la bonne sorcellerie de celle qui sert à soumettre les autres, à retirer la vie. De fait, c’est ainsi que la sorcière "classique" apparaît ; c’est également pour cela qu’elle est condamnée.

Les multiples “visages” du gnosticisme

Tableau intitulé :
Tableau intitulé : "les larmes de saint Pierre", Pierre étant le chef historique de l’Eglise.

Dès les premières années après la mort du Christ, certaines doctrines ou croyances vont secouer l’Eglise, éloigner d’elle certains fidèles. Mais ce que l’on considère comme une des premières hérésies apparaît plus comme une philosophie que comme une doctrine, comme une déviance que comme une hérésie. Le gnosticisme -du nom de gnôsis, connaissance, en grec- est un courant de pensée, une philosophie résultant de la rencontre des cultes orientaux païens, de la philosophie hellénistique, du monothéisme juif et, ensuite, du christianisme. C’est sans doute ce qui explique, en grande partie, l’extraordinaire variété de courants au sein du gnosticisme. S’étant d’abord développé en parallèle avec le christianisme, cette "philosophie religieuse", si l’on peut la nommer ainsi, va finalement se lier à lui, s’y intégrer au point de devenir une hérésie chrétienne. Ou plutôt "des hérésies" chrétiennes, car, comme il a été dit plus haut, la variété de ses courants va se retrouver dans sa dimension chrétienne et donc dans le nombre de courants hérétiques influencés par la pensée gnostique.
De fait, malgré la complexité du "monde gnostique", malgré la diversité de courants que l’on dénombre, on peut distinguer un fond commun.
Tout commence avec cette éternelle question : comment un Dieu bon par nature a-t-il pu créer un monde si mauvais ? À partir de cette interrogation, un point ressort particulièrement : Dieu est esprit, le monde matière ; Dieu est bon, le monde mauvais. Donc l’esprit est bon et la matière mauvaise.

Les saints des derniers jours

Brigham Young (1801-1877)

Le 24 juillet 1847, arrive sur les bords du lac Salé une longue caravane de pionniers. Ils viennent de parcourir quelques mille sept cents kilomètres, fuyant la colère des « Gentils » et abandonnant le corps de leur premier prophète, Joseph Smith junior.
C’est à l’âge de quinze ans que Smith a une première vision du dessein de Dieu à travers le Livre de Mormon, découvert grâce à l’ange Moroni. En 1827, il fonde « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours », annonçant l’avènement prochain d’un règne terrestre de Dieu, que lui, Smith, doit préparer en soumettant le monde. Peu à peu, Smith devra abandonner ses prétentions -il se présentera tout de même à la présidence des États-Unis et se contentera de fonder Nauvoo, la « nouvelle Jérusalem ».

L’iconoclasme ou la question des images

La Vierge, mère de Dieu (détail d'une icône).
La Vierge, mère de Dieu (détail d’une icône).

Sur certaines images saintes, révèle le canon 82 du concile œcuménique In Trullo (691-692), est représenté un agneau désigné du doigt par saint Jean Prodome (Baptiste), qui nous a été transmis comme une figure de la Grâce et qui annonce, selon la Loi, le véritable agneau, le Christ notre Dieu. Ces anciennes figures et ombres transmises à l’Église, nous les vénérons comme des symboles et des préfigurations de la vérité mais nous leur préférons la Grâce et la Vérité elles-mêmes, que nous accueillons comme la réalisation de la Loi. C’est pourquoi, afin que l’on représente à la vue de tous, même en peinture, ce qui est achevé, nous ordonnons qu’à partir de maintenant soient représentés sur les images, au lieu du type ancien de l’agneau, les traits humains du Christ, « l’agneau qui ôte les péchés du monde ».
Véritable rupture avec la symbolique des premiers siècles et, comme le précise à plusieurs reprises le canon pré-cité, avec la tradition juive, le culte des images -ce ne sont pas encore des icônes- ne cessera de grandir durant tout le VIIe siècle. Parallèlement, leur pouvoir va également en augmentant au point que, précise Gilbert Dagron, spécialiste de la question, « l’image se substitue au saint absent » ; « elle multiplie à volonté sa présence et communique son pouvoir miraculeux à ce qui l’environne ou la touche, à la matière qui la constitue ». Et en effet, de simple moyen d’apostolat, l’image va rapidement atteindre le rang de reliques… Un débordement cultuel qui, par réaction, engendrera un mouvement inverse, de rejet : l’iconoclasme.

Au cœur du catharisme

Stèle discoïdale représentant une
Stèle discoïdale représentant une " croix " cathare.

Parce qu’elle a été la cause première de la naissance et du développement de l’Inquisition, l’hérésie cathare tient une place toute particulière dans l’histoire de l’Église. Et parce qu’elle a vu la destruction de la noblesse du Sud et du pouvoir des comtes de Toulouse, elle tient une place particulière dans l’histoire de France. Mais, alors que l’on se complaît à ne voir que les bûchers où périrent les cathares, on oublie bien souvent ce qu’était réellement cette religion, les rites qu’elle avait adoptés ou même la doctrine qu’elle enseignait. C’est pourtant cette connaissance de la religion cathare qui, seule, permet de comprendre ses origines, son expansion et son anéantissement final.

Saint Boniface : la mission de trop

Saint Boniface, d'après une gravure ancienne.
Saint Boniface, d’après une gravure ancienne.

Son nom de baptême ne vous dit sans doute rien : Wynfrid est pourtant un des saints les plus célèbres de l’époque carolingienne. Né en Angleterre, il devient moine et enseigne à Nurstling. Appelé à Rome par Grégoire II, il se vit attribué, en même temps que le nom de Boniface, la mission d’évangéliser la Germanie. Un territoire qu’il connaissait déjà, y ayant prêché en 716. La Bavière, la Thuringe, mais surtout la Hesse sont au centre de son travail apostolique. Boniface, devenu évêque en 722, poursuit son œuvre d’organisation ecclésiastique. Des évêchés, des monastères, dont celui de Fulda, sont créés à son initiative. Boniface accomplit une œuvre telle que Carloman le convainc de réformer également l’église franque. Les synodes se succèdent, en 743, 744 et 747, mais la résistance du clergé franc est telle qu’il se voit obliger de se cantonner à son évêché de Mayence. Un retrait de façade car Boniface est, sans conteste, un homme d’importance. Un homme si important que c’est vers lui que Pépin le Bref se tourne afin de valider -et de soutenir- sa prise de pouvoir.

Le triomphe de la laïcité

Emile Combes (1835-1921).
Emile Combes (1835-1921).
Quand le radical Émile Combes entre au gouvernement, il fait de la lutte contre le cléricalisme l’objet principal de son activité ministérielle. Il applique avec rigueur la loi de 1901 sur les congrégations et supprime deux mille cinq cents écoles libres. Émile Combes se montre si intransigeant avec les clercs que même le président du conseil, Waldeck-Rousseau, proteste : après tout, les congrégations ont été éliminées !
Mais Combes ne semble pas satisfait et s’attire rapidement les foudres de l’Assemblée qui le contraint à démissionner le 18 janvier 1905.

Monophysisme : la rupture orientale

Le baptême du Christ.
Le baptême du Christ.

Toutes les hérésies -et il faut reconnaître qu’elles furent nombreuses aux premiers siècles de l’Eglise- ne toucheront pas l’Orient et l’Occident uniformément. La différence vient d’abord du lieu où la polémique s’est fait jour et, surtout, de la situation dans laquelle se trouvait alors soit l’Orient, soit l’Occident.
C’est au Ve siècle, alors que l’Occident est en butte aux invasions germaniques, alors que l’empire s’effondre, que naît l’hérésie monophysiste. Et, bien entendu, c’est en Orient qu’elle se développe. Initialement soutenue par l’école d’Alexandrie, le monophysisme semblait devoir triomphé, notamment après ce qui deviendra le "brigandage d’Ephèse" (449), où les défenseurs de l’orthodoxie subiront certaines violences. Surtout, l’empereur byzantin, Théodose II devait apporter son soutien à l’hérésie. Une hérésie qui n’en sera vraiment une qu’après le concile de Chalcédoine (451) où la double nature du Christ, totalement homme et totalement Dieu, sera réaffirmé. La cause aurait pu être entendue. Elle ne le sera pas. Les monophysistes dénoncèrent le concile de Chalcédoine, déposeront et assassineront le patriarche d’Alexandrie Proterius, l’évêque d’Antioche Pierre le Foulon et installeront, en lieu et place de Proterius Timothé Ælure.

L’Église face au libéralisme

Pie IX (1792-1878).
Pie IX (1792-1878).

Quand Giovanni Maria Mastai Ferretti est élu pape, en 1846, sous le nom de Pie IX, personne ne se doute que cet homme, totalement en dehors de tout parti politique, va vivre un des plus longs et des plus difficiles pontificats de l’histoire de l’Église.
D’abord considéré comme l’espoir des libéraux, Pie IX sera chassé de Rome par eux et devra se battre pour conserver les pouvoirs temporels de l’Église, selon lui garants de son intégrité spirituelle. Pie IX allait mener une lutte de vingt ans contre la jeune république italienne et étendre cette lutte à tous les libéraux d’Europe.