Saint Basile : du monastère à la défense de la Foi

Vision de saint Basile tuant Julien l'Apostat.
Vision de saint Basile tuant Julien l’Apostat.

C’est à Césarée de Cappadoce, dans une riche famille chrétienne, que naît, vers 330, Basile. Ce fils d’un célèbre rhéteur, il sera étudiant à Constantinople puis à Athènes où il devait rencontrer saint Grégoire de Naziance mais aussi Julien l’Apostat, dont il sera le condisciple. Ce n’est qu’après son retour en Cappadoce, où il exerçait aussi la fonction de rhéteur, que Basile décida de se faire baptiser et de quitter le monde. Deux années durant, il parcourut les routes qui le conduisaient auprès des moines d’Egypte, de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie, manifestement en quête d’un style de vie, d’une règle à s’appliquer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fit dès son retour en Cappadoce (359). Là, avec quelques amis, il se débarrassa de tout ses biens et se retira dans un de ses domaines, l’Annesi situé aux bords de l’Iris, qu’il transforma en monastère. Ses Grandes règles (359-362) et ses Petites règles (365-370) expose clairement sa conception de la vie monacale. Une vie familiale, humaine, restreinte à un nombre réduit et qui allait bientôt séduire tout l’Orient.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.

Les prophètes de l’Apocalypse

Le combat contre l'Antéchrist, d'après une gravure ancienne.
Le combat contre l’Antéchrist, d’après une gravure ancienne.

Si les terreurs de l’An Mil ne sont rien d’autre qu’un mythe, l’Apocalypse est une réalité attendue depuis la naissance du christianisme. Une réalité attendue parce qu’annoncée, notamment dans le texte eschatologique de saint Jean ; une réalité qui deviendra une proche certitude pour de nombreux « prophètes » au cours des siècles. Car contrairement à ce que l’on croit généralement, les prophètes de l’Apocalypse ne sont pas spécifiques au Moyen Âge et se retrouvent dans toute l’Europe jusqu’au XVIe siècle.
« Je vis ensuite un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre étaient passés et la mer n’était plus. Et moi, Jean, je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel d’auprès de Dieu, ornée comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis une grande voix qui venait du ciel et qui disait :
-Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes et Il habitera avec eux ; ils seront Son peuple et Dieu sera lui-même leur dieu et Il sera avec eux. Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux et la mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail car ce qui était auparavant sera passé. »
Ce court extrait du livre de l’Apocalypse de Jean nous éclaire assez exactement sur la nature des écrits dont s’est nourri l’imaginaire des premiers chrétiens.
Dernier livre du Nouveau Testament, dont la rédaction est généralement située autour de l’an 90, l’Apocalypse, ou Livre des Révélations, relate, dans un grand souffle poétique, le combat victorieux des armées du Christ contre les forces du mal. On y retrouve, comme dans les apocalypses juives dont il est largement inspiré, une Bête « à sept têtes et dix cornes », dont les exégètes s’accordent à affirmer qu’elle représente l’oppresseur romain.

L’Evangile selon saint Jean

Icône représentant saint Jean l'Evangéliste.
Icône représentant saint Jean l’Evangéliste.

Depuis toujours, en fait depuis les premiers temps de l’Eglise, les chrétiens se sont intéressés à l’authenticité des livres saints. Et celui qui paraissait jouir de la plus grande autorité ou du moins qui faisait référence plus que les autres était l’Evangile de Jean. Il faut dire que la tradition et les plus grands dignitaires de l’Eglise primitive font référence à cet Evangile, en citant des passages entiers ou, mieux, affirmant que l’apôtre saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » était bel et bien l’auteur de cet écrit. Le « Canon de Muratori », écrit à Rome en 180, révèle que « l’Evangile de Jean a été rendu public et remis aux églises par Jean lui-même, de son vivant, d’après ce que dit Papias de Hiérapolis ». Or, Papias est reconnu comme un disciple de Jean. La longévité de l’apôtre est d’ailleurs un allié précieux : elle lui a permis de connaître bien des penseurs de l’Eglise, de participer, non plus à une Eglise en devenir, comme Pierre ou Paul, mais à une Eglise avec qui il faut déjà compter ; une Eglise pourvue, non seulement d’évangélisateurs et de convertis, mais aussi d’une hiérarchie reconnue et établie. Et c’est son témoignage direct qu’il livre alors à ceux qui n’ont pas connus le Christ mais qui croient en la divinité du Nazaréen.

Je vous salue, Marie

La Vierge à l’enfant de Hesselin par Simon Vouet (musée du Louvre).

Jamais la piété n’a revêtu de formes aussi variées qu’au Moyen Âge et le culte de la sainte Vierge, particulièrement honorée dans les religions catholique et orthodoxe, en est un des aspects les plus importants. Il ne s’agit pas ici de raconter la vie de Marie, ni même de dénombrer les sanctuaires qui lui sont consacrés ou les prières qui lui étaient adressées, mais plutôt de comprendre l’évolution de la piété mariale au fil des siècles et particulièrement du XIIe au XVe siècle, période qui verra une grande évolution des mentalités et donc de la religion.

Le “marteau des sorcières”

Une sorcière, d'après une gravure du XVIe siècle.
Une sorcière, d’après une gravure du XVIe siècle.

Dire que les sorcières ont fait l’objet d’une véritable chasse semble être un euphémisme. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui associent volontiers cette chasse à un rejet des femmes, de la condition féminine elle-même. Une chasse qui n’est évidemment menée que par une Eglise médiévale -et donc par définition obscurantiste- et misogyne. Outre le fait que l’Eglise a toujours été l’inverse d’une communauté misogyne -la légende de la reconnaissance tardive de l’existence de l’âme féminine n’étant justement qu’une légende-, ce n’est pas au Moyen Âge que va se jouer, pour les sorcières, la période la plus sanglante de l’histoire de la sorcellerie mais au XVIe siècle. Certes la sorcellerie avait été fortement condamnée ; elle avait été dénoncée par les théologiens et les inquisiteurs. Mais les condamnations faisaient alors figure d’exception et, parce que la sorcellerie avait fini par être associée à l’hérésie -sous l’impulsion de Conrad de Marbourg-, les peines étaient avant tout d’ordre spirituel. En réalité, c’est au paganisme qu’elle devrait être associée ; un paganisme qui est à l’origine des sorcières et de la pratique de la sorcellerie.
Qu’il s’agisse du monde greco-romain ou du monde celte et germanique, on sait que la magie était une activité reconnue. La bonne "magie", qui consistait en une observation de la nature et en une union avec cette nature est un héritage direct des religions primitives de ces peuples ; des religions naturelles, dans lesquelles la terre et ses trésors fait office de divinité primordiale. Une magie qui engendrait une connaissance approfondie des phénomènes naturels et qui allait entraîner un dévoiement de cette connaissance pour des fins nettement moins avouables : le commerce de potions, assassines ou abortives, vont dès lors distinguer la bonne magie de la sorcellerie ou plutôt la bonne sorcellerie de celle qui sert à soumettre les autres, à retirer la vie. De fait, c’est ainsi que la sorcière "classique" apparaît ; c’est également pour cela qu’elle est condamnée.

Les multiples “visages” du gnosticisme

Tableau intitulé :
Tableau intitulé : "les larmes de saint Pierre", Pierre étant le chef historique de l’Eglise.

Dès les premières années après la mort du Christ, certaines doctrines ou croyances vont secouer l’Eglise, éloigner d’elle certains fidèles. Mais ce que l’on considère comme une des premières hérésies apparaît plus comme une philosophie que comme une doctrine, comme une déviance que comme une hérésie. Le gnosticisme -du nom de gnôsis, connaissance, en grec- est un courant de pensée, une philosophie résultant de la rencontre des cultes orientaux païens, de la philosophie hellénistique, du monothéisme juif et, ensuite, du christianisme. C’est sans doute ce qui explique, en grande partie, l’extraordinaire variété de courants au sein du gnosticisme. S’étant d’abord développé en parallèle avec le christianisme, cette "philosophie religieuse", si l’on peut la nommer ainsi, va finalement se lier à lui, s’y intégrer au point de devenir une hérésie chrétienne. Ou plutôt "des hérésies" chrétiennes, car, comme il a été dit plus haut, la variété de ses courants va se retrouver dans sa dimension chrétienne et donc dans le nombre de courants hérétiques influencés par la pensée gnostique.
De fait, malgré la complexité du "monde gnostique", malgré la diversité de courants que l’on dénombre, on peut distinguer un fond commun.
Tout commence avec cette éternelle question : comment un Dieu bon par nature a-t-il pu créer un monde si mauvais ? À partir de cette interrogation, un point ressort particulièrement : Dieu est esprit, le monde matière ; Dieu est bon, le monde mauvais. Donc l’esprit est bon et la matière mauvaise.

Les saints des derniers jours

Brigham Young (1801-1877)

Le 24 juillet 1847, arrive sur les bords du lac Salé une longue caravane de pionniers. Ils viennent de parcourir quelques mille sept cents kilomètres, fuyant la colère des « Gentils » et abandonnant le corps de leur premier prophète, Joseph Smith junior.
C’est à l’âge de quinze ans que Smith a une première vision du dessein de Dieu à travers le Livre de Mormon, découvert grâce à l’ange Moroni. En 1827, il fonde « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours », annonçant l’avènement prochain d’un règne terrestre de Dieu, que lui, Smith, doit préparer en soumettant le monde. Peu à peu, Smith devra abandonner ses prétentions -il se présentera tout de même à la présidence des États-Unis et se contentera de fonder Nauvoo, la « nouvelle Jérusalem ».

L’iconoclasme ou la question des images

La Vierge, mère de Dieu (détail d'une icône).
La Vierge, mère de Dieu (détail d’une icône).

Sur certaines images saintes, révèle le canon 82 du concile œcuménique In Trullo (691-692), est représenté un agneau désigné du doigt par saint Jean Prodome (Baptiste), qui nous a été transmis comme une figure de la Grâce et qui annonce, selon la Loi, le véritable agneau, le Christ notre Dieu. Ces anciennes figures et ombres transmises à l’Église, nous les vénérons comme des symboles et des préfigurations de la vérité mais nous leur préférons la Grâce et la Vérité elles-mêmes, que nous accueillons comme la réalisation de la Loi. C’est pourquoi, afin que l’on représente à la vue de tous, même en peinture, ce qui est achevé, nous ordonnons qu’à partir de maintenant soient représentés sur les images, au lieu du type ancien de l’agneau, les traits humains du Christ, « l’agneau qui ôte les péchés du monde ».
Véritable rupture avec la symbolique des premiers siècles et, comme le précise à plusieurs reprises le canon pré-cité, avec la tradition juive, le culte des images -ce ne sont pas encore des icônes- ne cessera de grandir durant tout le VIIe siècle. Parallèlement, leur pouvoir va également en augmentant au point que, précise Gilbert Dagron, spécialiste de la question, « l’image se substitue au saint absent » ; « elle multiplie à volonté sa présence et communique son pouvoir miraculeux à ce qui l’environne ou la touche, à la matière qui la constitue ». Et en effet, de simple moyen d’apostolat, l’image va rapidement atteindre le rang de reliques… Un débordement cultuel qui, par réaction, engendrera un mouvement inverse, de rejet : l’iconoclasme.

Au cœur du catharisme

Stèle discoïdale représentant une
Stèle discoïdale représentant une " croix " cathare.

Parce qu’elle a été la cause première de la naissance et du développement de l’Inquisition, l’hérésie cathare tient une place toute particulière dans l’histoire de l’Église. Et parce qu’elle a vu la destruction de la noblesse du Sud et du pouvoir des comtes de Toulouse, elle tient une place particulière dans l’histoire de France. Mais, alors que l’on se complaît à ne voir que les bûchers où périrent les cathares, on oublie bien souvent ce qu’était réellement cette religion, les rites qu’elle avait adoptés ou même la doctrine qu’elle enseignait. C’est pourtant cette connaissance de la religion cathare qui, seule, permet de comprendre ses origines, son expansion et son anéantissement final.