Des gnostiques à Arius : les hérésies des premiers siècles

Les premières heures du christianisme semblent actuellement, et en raison notamment de certaines publications loin d’être historiquement rigoureuses, passionner les foules. Et en effet, passionnantes elles le sont car c’est à ce moment-là, durant les quatre premiers siècles de notre ère qu’une religion, désormais pratiquée par quelques deux milliards d’individus à travers le monde, s’est construite, à forger ce qui allait devenir une croyance réfléchie, pensée. Car c’est bien ainsi qu’il faut voir les hérésies qui ont marqué les premiers siècles de l’Eglise : comme des mouvements ayant permis d’affiner une croyance, de tenter de la raisonner, de l’expliquer. 

Saint François-Xavier, l’aventurier de Dieu

Francisco de Jaso, devenu saint François-Xavier (1506-1552).
Francisco de Jaso, devenu saint François-Xavier (1506-1552).

Béatifié en 1619 par le pape Paul V et canonisé trois ans plus tard à Rome, il a, écrit l’un de ses biographes, parcouru la terre pour porter la parole divine à ceux qui l’ignoraient et réussi à amener vers le Christ plus d’un million d’âmes.
Rien, pourtant, ne destinait François-Xavier, fils d’un conseiller de Jean III, roi de Navarre, à devenir l’une des plus grandes figures du christianisme. La tradition familiale l’orientait vers le métier des armes. Mais le jeune François-Xavier, plus porté vers la littérature, va à Paris suivre des études à la Sorbonne. Reçu maître en philosophie en 1530, à l’âge de vingt-quatre ans, il dispense des cours au collège de Beauvais. Brusquement, il abandonne l’enseignement pour s’engager dans la voie apostolique aux côtés d’Ignace de Loyola, fondateur de l’ordre des jésuites. Faisant vœu de pauvreté, il part pour Bologne où, durant plusieurs années, il consacre sa vie à soigner les malades dans les hôpitaux et les prisons. Il se charge également de l’éducation des masses populaires et on le voit souvent prêchant la parole divine, juché sur un banc.

Les Evangiles au regard de l’histoire

Saint Jean l'Evangéliste (d'après un tableau de l'époque moderne).
Saint Jean l’Evangéliste (d’après un tableau de l’époque moderne).

" Ce nom [chrétiens] leur vient de Christus qui, sous le règne de Tibère, avait été livré au supplice sous Ponce Pilate."
Ces deux lignes, tirées des Annales de Tacite, un auteur du IIe siècle, ne sont pas les premières à évoquer la personne historique du Christ. Flavius Josèphe, qui écrit ses Antiquités juives à la fin du Ier siècle , Pline le Jeune, dans ses Epîtres et Suétone dans sa Vie des Douze Césars, toute deux écrites au début du IIe siècle en font mention. Or, ces historiens, qui n’écrivent que quelques dizaines d’années après la mort du Christ -Josèphe est né en 37 après Jésus-Christ-, ne mettent absolument pas en doute l’existence réelle de Jésus. Pas plus qu’ils ne mettent en doute son action et sa mort telles que les relatent les Evangiles. De fait, ce sont ces derniers qui représentent la principale source d’enseignement sur le Christ. Mais quel crédit leur accorder ?
Des témoignages sur la vie du Christ, il en a existé des dizaines. Parmi ceux-ci, l’Eglise a décidé d’en distinguer quatre, ainsi que quelques lettres des premiers disciples du Christ, parce que particulièrement représentatif de l’enseignement du Christ. C’est ce que l’on nomme le Nouveau Testament. Bien entendu, aucun de ces textes n’est un original et la plupart des transcriptions datent du IVe siècle , époque à laquelle on abandonna l’utilisation du papyrus pour celui du parchemin.

L’arianisme en terre germanique

Les origines de l’arianisme germanique sont essentiellement à mettre au crédit d’un certain Wulfila. Petit-fils de chrétiens cappadociens enlevés par les Goths -installés dès le IIIe siècle sur les bords de la mer Noire- et de Germains, Wulfila avait été élevé dans la culture et la langue grecque autant que germanique. Cette double connaissance en faisait un ambassadeur tout désigné. C’est ainsi que Wulfila fut envoyé à Constantinople où, outre l’empereur Constance, il allait entrer en contact avec les autorités ecclésiales…

Cyrille et Méthode : Dieu de A à Z

Saint Cyrille et saint Méthode, d'après une icône.
Saint Cyrille et saint Méthode, d’après une icône.

C’est au cours du IXe siècle que les frères Cyrille et Méthode devaient sévir. De haute naissance, élevés aux marches de l’empire d’Orient, ils avaient pu s’initier à la langue et aux mœurs des Slaves, ce qui faisait d’eux les missionnaires tout désignés pour convertir ces peuples païens.
Tandis que Cyrille, surnommé « le Philosophe » comme on aurait dit « l’intello », se rendait auprès des Tatars, Méthode convertissait les Bulgares et baptisait leur roi, Boris, en 861. La Bohème, la Moravie devaient être leurs prochaines étapes et leur succès était grand. De fait, les deux frères, désireux de toucher le plus grand nombre, non seulement se servaient de la langue slavonne dans leurs prêches, mais avaient traduit les Saintes Ecritures et les textes liturgiques, inventant pour l’occasion un alphabet, l’alphabet cyrillique. Le succès aurait sans doute pu s’étendre encore si les évêques allemands n’avaient prétendu interdire l’usage de la langue slave dans la liturgie. Que Rome ait donné raison  aux deux frères n’y changera rien et il n’est pas impossible que cette violente attaque des prélats allemands ait contribué à faire pencher tout le monde slave vers Byzance plutôt que vers Rome à l’heure du schisme qui en 1054, créera la séparation entre catholiques et orthodoxes.

Les pharisiens ou la Torah à la lettre

Un grand prêtre juif (gravure du XIVe-XVe siècle).
Un grand prêtre juif (gravure du XIVe-XVe siècle).

"C’est un groupe de juifs, écrit l’historien juif Flavius Josèphe, qui font profession d’être plus pieux que les autres et qui donnent de la Loi l’explication la plus précise". Ou, pour le dire autrement, ce sont des juifs séparés dont les membres voulaient réaliser la plus aprfaite interprétation de la Torah en l’appliquant aux moindres circonstances de la vie.
Héritiers de hassidim, qui avaient soutenus la lutte de Macchabées contre Antiochos Epiphane et l’hellénisme envahissant, les Pharisiens avaient pour but premier de protéger la religion juive de toute influence païenne. Leur nom apparaît pour la première fois au IIe siècle avant J.-C.. Considérant que la Torah, la loi écrite, et la tradition, la loi orale, formaient un bloc indivisible, ils s’astreignaient à l’observance scrupuleuse des préceptes, notamment concernant la pureté légale, le sabbat, les purifications rituelles. Dans le but de se protéger des païens mais également des juifs moins pointilleux, ils s’isolaient ce qui devait les enfermer dans un formalisme finalement sans réel fondement et sans but autre que l’application de la loi ce que devait dénoncer Jésus.
Malgré tout, les pharisiens devaient contribuer à définir des concepts religieux fondamentaux du judaïsme telles que l’attente messianique, la survivance des âmes et la résurrection des corps.

Proclamation de l’édit de Nantes

Cinq ans après sa conversion au catholicisme, le « bon roi » Henri IV, soucieux de mettre fin à l’agitation persistante des huguenots, signe l’édit de Nantes, le 13 avril 1598, l’un des actes majeurs d’un règne fertile en bienfaits pour le royaume. Par cet édit, le roi accorde aux protestants des concessions considérables. Au point de vue religieux, liberté de conscience dans tout le royaume et liberté du culte là où les protestants sont majoritaires, restitution des anciens temples et autorisation d’en bâtir de nouveaux.

A l’aube du protestantisme : genèse d’une hérésie

Détail du Chevalier de la Mort par Albrecht Dürer.
Détail du Chevalier de la Mort par Albrecht Dürer.

Le protestantisme est certes officiellement né avec Martin Luther, mais Jean Hus, John Wycliff –pour ne citer qu’eux- témoignent du malaise déjà présent depuis plusieurs dizaines d’années dans le monde chrétien occidental. Ils témoignent également de la latence de l’hérésie, latence qui explique qu’elle se soit si aisément propagée à travers toute l’Europe. Alors quel était ce malaise, ce terreau si favorable ? Quel était-il si ce n’est la peur, de plus en plus intense de la mort. Certes, cette peur n’explique pas tout, mais elle contribue fortement à l’explication.
L’évolution de l’art funéraire suffirait presque seul à nous convaincre : alors que la mort était vue comme un passage, somme toute heureux et serein, au haut Moyen Âge, elle se charge au fil des siècles d’une véritable angoisse. Les guerres, la terrible peste qui avait bouleversée l’Europe au XIVe siècle accentueront le phénomène au moins autant que l’humanisation de la mort. De fait, plus els siècles avancent, plus l’homme se regarde ; plus il contemple le Christ souffrant, plus il se voit souffrir… et plus il est terrorisé par sa propre mort. Les Danses macabres illustrent admirablement cette évolution. Le protestantisme, qui est une concentration de l’homme vers l’hommes, va dans le sens de cette évolution au moins autant, si ce n’est plus, que les erreurs –réelles- de l’Eglise des XVe et XVIe siècles.

Saint Basile : du monastère à la défense de la Foi

Vision de saint Basile tuant Julien l'Apostat.
Vision de saint Basile tuant Julien l’Apostat.

C’est à Césarée de Cappadoce, dans une riche famille chrétienne, que naît, vers 330, Basile. Ce fils d’un célèbre rhéteur, il sera étudiant à Constantinople puis à Athènes où il devait rencontrer saint Grégoire de Naziance mais aussi Julien l’Apostat, dont il sera le condisciple. Ce n’est qu’après son retour en Cappadoce, où il exerçait aussi la fonction de rhéteur, que Basile décida de se faire baptiser et de quitter le monde. Deux années durant, il parcourut les routes qui le conduisaient auprès des moines d’Egypte, de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie, manifestement en quête d’un style de vie, d’une règle à s’appliquer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fit dès son retour en Cappadoce (359). Là, avec quelques amis, il se débarrassa de tout ses biens et se retira dans un de ses domaines, l’Annesi situé aux bords de l’Iris, qu’il transforma en monastère. Ses Grandes règles (359-362) et ses Petites règles (365-370) expose clairement sa conception de la vie monacale. Une vie familiale, humaine, restreinte à un nombre réduit et qui allait bientôt séduire tout l’Orient.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.