Pierre l’Ermite, le héraut malheureux de Dieu

Le 18 novembre 1095, les cris de Dieu le veut ! retentissent sous les murs de Clermont. Le pape Urbain II (1042-1099) vient de lancer un appel solennel à la Croisade après que Pierre l’Ermite l’ait convaincu de délivrer les Lieux Saints à Jérusalem.
Pierre l’Ermite est né dans le diocèse d’Amiens. Devenu veuf, il prend l’habit de moine.
-C’est, dit un chroniqueur du temps, un homme de petite taille et d’un extérieur misérable, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure qui descendait jusqu’au talon, et marchant les bras et les pieds nus ; mais son esprit était prompt et son œil perçant, son regard pénétrant et doux, sa parole éloquente; une grande âme habitait ce faible corps et il prêchait partout le peuple avec une merveilleuse autorité.
Accompagné de Gauthier Sans-Avoir, un chevalier bourguignon, Pierre l’Ermite parcourt les campagnes de France et même d’Europe. Parti avec quinze mille Français, il traverse l’Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie pour atteindre enfin Constantinople avec cent mille hommes et femmes portant une croix rouge sur leur vêtements.

Le « fils » de Gengis Khân

Tamerlan ou Timur Lang (1336-1405) sur un monceau de crânes (iconographie du XIXe siècle).
Tamerlan ou Timur Lang (1336-1405) sur un monceau de crânes (iconographie du XIXe siècle).

Certains lui attribuent le savoir, d’autres l’hérésie, ou encore l’usage de la magie et de la sorcellerie, écrit l’historien arabe Ibn Khaldoun à propos de Tamerlan.
Qualifié de barbare, de tyran et de sanguinaire par certains ou bien de militaire de génie, par d’autres, il reste une énigme.
Né en 1336, près de Samarkand, en Asie centrale, Tamerlan ou Tîmûr-I Lang est issu d’une grande famille de l’aristocratie türko-mongole qui, selon la légende timouride, descendrait de Gengis Khân, ce qui est loin d’être prouvé. Il commence très jeune la vie militaire et, à l’âge de vingt-cinq ans, reçoit deux blessures graves qui le laissent boîteux et manchot, ce qui lui vaudra le surnom de Tîmûr le Boiteux.
Maître de l’empire de Djagataï, à l’est de l’Iran actuel, en 1370, il se pose en continuateur de l’illustre Gengis Khân et s’emploie, dès lors, à étendre son empire, en le fortifiant par une gestion intelligente fondée sur l’essor croissant du négoce. Son gigantesque empire  se compose de toute l’Asie à l’est de la mer Caspienne (la Perse, le sud de la Russie, l’Inde et une partie du Proche-Orient). Après sa mort, le 3 avril 1405, à Samarkand, l’immense Empire des steppes, édifié sur des millions de cadavres, s’effondre rapidement : il est divisé entre les trente-cinq petits-fils et arrière-petits-fils du conquérant.

Marigny est condamné !

Contrairement aux célèbres écrits du romancier Maurice Druon, ce n’est pas suite à la malédiction de Jacques de Molay que sont décédés, successivement et la même année, Philippe IV le Bel, Clément V ainsi qu’Enguerrand de Marigny.
Conseiller particulier de Philippe IV, juriste retors, ministre tout-puissant et scandaleusement fortuné, chargé d’appliquer la politique monétaire du roi de France, Marigny a su se faire haïr des seigneurs de la cour et, tout  particulièrement, de Charles de Valois. À la mort de Philippe le Bel, son fils aîné, Louis X le Hutin, monte sur le trône. Mais ce dernier, trop faible, ne peut faire face à la puissante réaction féodale, dirigée par le duc de Valois, oncle du roi.
Pour tempérer ses vassaux, Louis X sacrifie Enguerrand de Marigny, qui est pendu au gibet de Montfaucon, le 21 juillet 1315.

Ferdinand : l’homme de l’ombre

Ferdinand le Catholique (1452-1516), d’après une gravure du Moyen Âge.
Ferdinand le Catholique (1452-1516), d’après une gravure du Moyen Âge.

L’histoire est bien capricieuse ! Autant tout le monde connaît et admire Isabelle la Catholique, autant son mari est « passé à la trappe » de l’histoire. Pourtant, c’est tout autant à Ferdinand qu’à Isabelle que l’Espagne doit son unité.

Fils de Jean II d’Aragon, Ferdinand épouse, en 1469, l’héritière de Castille, Isabelle, qui règne dès 1474. Ferdinand, lui, ne devient roi d’Aragon et de Sicile qu’en 1479 mais déjà il exerce une grande influence sur le gouvernement de la Castille. Unissant les forces armées de l’Aragon à celles de la Castille, il achève avec Isabelle la Reconquête, ce qui leur vaudra le titre de Rois catholiques. Mais l’action de Ferdinand ne se borne pas à l’expulsion des Maures : il brise l’agitation des nobles, conquiert le royaume de Naples, annexe la Navarre et réforme les finances.

La mort d’Isabelle, en 1504, et la folie de son héritière, Jeanne, vont faire de Ferdinand le régent de la Castille pour son petit-fils, le futur Charles Quint. Le 23 janvier 1516, à la mort de Ferdinand, Charles Quint devient roi de Castille et d’Aragon, scellant ainsi définitivement l’unité espagnole.

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).

El Cid Campeador : l’histoire d’une légende

Le Cid Campeador (1043-1099), d'après une gravure ancienne.
Le Cid Campeador (1043-1099), d’après une gravure ancienne.

C’est peu dire que la vie du Cid tient de la légende : depuis le XIIe siècle, avec El Cantar de moi Cid, jusqu’à Pierre Corneille, Rodrigo de Diaz de Bivar est apparu comme l’idéal chevaleresque, le pourfendeur des Arabes, le champion de la Reconquista.
Mais si c’est bien à force de combats, de victoires que Rodrigo de Diaz a acquis son surnom du Cid –de l’arabe « sidi » qui signifie seigneur- et de Campeador, « le champion », c’est également en se mettant au service du plus offrant qu’il a fait sa fortune. Eh oui, le Cid, celui qui ne transigeait pas avec l’honneur, le héros de Corneille n’était rien d’autre qu’un mercenaire. Un mercenaire doué, certes, mais un mercenaire tout de même.
De Sanche II de Castille à Alphonse VI, deux frères ennemis qu’il servira tour à tour ; des Espagnols aux Almoravides ; des chrétiens aux musulmans : le Cid mettra son épée au service de tous les camps, de tous les partis, sans distinction aucune, l’offre la plus alléchante l’emportant toujours. Un talent militaire qu’il monnayait sans pour autant vendre sa loyauté… laquelle n’était qu’au service de ses propres ambitions. C’est ainsi qu’il s’empara de Valence, après l’avoir acquise de haute lutte pour le compte de l’émir de Taïfa, et qu’il s’en proclama roi. Rien à voir, donc, avec la légende qui fera sa réputation.

La révolution selon Jan Hus

Jan Hus (1371 ?-1415).
Jan Hus (1371 ?-1415).

Quand Jan Hus commence ses prédications à Prague, l’Église traverse, avec le Grand schisme, une des périodes les plus bouleversées de son histoire. Deux papes se font face, l’un à Avignon, l’autre à Rome et les évêques et les rois doivent prendre parti pour l’un ou l’autre…
La période du Grand schisme, qui va de 1378 à 1417, sera l’occasion de nombreuses prises de position contre la hiérarchie ecclésiale.

Savonarole, pourfendeur d’un siècle corrompu

Jérôme Savonarole (1452-1498).
Jérôme Savonarole (1452-1498).

Petit-fils d’un médecin de Ferrare, Girolamo Savonarola –ou Jérôme Savonarole- se destinait initialement à cette carrière  avant de se tourner vers les ordres. Sa haine de la corruption, son rejet d’un siècle tout entier tourné vers le culte du corps, vers l’individualisme et vers les plaisirs vont finalement l’orienter vers la spiritualité et, en 1475, il entre chez les dominicains de Bologne. Ascète strict, prédicateur moyen, il semblait avoir bien mal choisi son ordre, un ordre ouvert sur le monde mais un ordre qui, lors de sa création par saint Dominique de Guzman, annonçait un renouveau de l’Eglise. Le pape l’avait d’ailleurs accueilli comme un pilier indispensable –avec l’ordre franciscain- dans le redressement de l’Eglise. Il en avait même rêvé… Peut-être est-ce donc ce qui incita Savonarole à se réfugier chez les Frères prêcheurs. C’est cependant à Florence, où il est envoyé en 1482, qu’il se révèle comme le pourfendeur des mœurs de ce siècle. La Renaissance artistique, d’inspiration si profondément païenne, les vices du peuple et des clercs, illustrés notamment par l’inconduite du pape Alexandre VI Borgia lui-même : autant de dérives qu’il dénoncera avec ardeur, se découvrant pour l’occasion un talent insoupçonné de prédicateur.

Othon Ier le Grand

Empereur Othon Ier et AdelhaideFondateur du Saint-Empire romain germanique, Othon Ier est une des plus grandes figures du Haut Moyen Âge européen. Né le 23 novembre 912, il devient roi de Germanie en 936 et soumet très rapidement ses vassaux révoltés. Il repousse les tribus magyares (les Hongrois) qui avaient envahi la Bavière et assure ses frontières troublées par les raids slaves. Othon Ier fait alors sentir son autorité dans toute l’Europe. Ainsi, il s’empare de la Lorraine, soutient Louis IV comme roi de France et se fait couronner empereur du Saint-Empire romain germanique par Jean XII en 962. Après avoir placé la papauté sous tutelle, il élève ou dépose les papes, ce qui lui confère un pouvoir jusque-là inégalé en Europe. L’empereur tout-puissant du Xe siècle meurt en 973.

Nevski : un saint orthodoxe

Croix d'Alexandre Nevski.
Croix d’Alexandre Nevski.

Fondé en 1189 en Terre sainte, l’ordre des chevaliers Teutoniques va bien vite étendre son action aux pays baltes, alliant la conversion à la conquête pour le compte du Saint-Empire romain germanique.
En 1242, les chevaliers Teutoniques, alliés aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, affrontent Alexandre Iaroslavitch Nevski, grand-prince de Novgorod et Vladimir. Ce prince guerrier, qui reçut le surnom de « Nevski » après la victoire de la Neva contre les Suédois, va, lors de la « bataille de la Glace » contre les chevaliers Teutoniques, le 5 avril 1242, repousser définitivement les moines-guerriers hors de Russie.
Symbole de la résistance au conquérant germanique, canonisé par l’Église orthodoxe, Alexandre Nevski est une des figures les plus populaires de Russie, figure qui sera reprise lors de la Seconde Guerre mondiale par la propagande stalinienne.