Jörmungand, le serpent de la fin du monde

Le combat, au jour du Ragnarök, de Thor et de Jörmungand.
Le combat, au jour du Ragnarök, de Thor et de Jörmungand.

Fils de Loki et de la géante Angrboda, Jörmungand est, dans la mythologie scandinave, un serpent gigantesque et terriblement venimeux, destiné à combattre Thor au jour du Ragnarök. Mais cet être monstrueux n’a pas qu’un simple rôle de faire-valoir, son destin ne se limite pas à prendre d’assaut Asgard, à tuer et à être tué par le fils d’Odin. Jörmungand est essentiel à la bonne marche du monde. Enserrant de ses anneaux la Midgard, et donc Asgard, le Serpent-Monde ou Serpent-Midgard, comme on l’appelle, participe pleinement à la cohésion du monde, à sa stabilité. Le moindre de ses mouvements, d’ailleurs, provoque rien de moins que des raz-de-marées… Il est aussi à la limite entre le monde des hommes et des dieux et Utgard, où règnent les puissances mauvaises et les géants… Il marque, par sa présence même, avec son corps, la séparation avec les mondes infernaux, comme le Serpent-arc-en-ciel de la mythologie hindoue. La différence ne réside ici que dans le lien entre monde humain et monde céleste –symbolisé par l’arc-en-ciel. Enfin, à l’image de son père, de son frère, Fenrir, d’Hel, sa sœur, Jörmungand est un acteur incournable du Ragnarök.
En effet, c’est bien lui qui permet la libération des « forces obscures » et l’assaut du Midgard, prélude au Ragnarök. C’est même lui qui permet ce Crépuscule des dieux, une fin des mondes indispensables pour qu’ils puissent renaître. En cela, d’ailleurs, il est conforme à la symbolique même du serpent, un animal qui représente le cycle infini de la vie et de la mort.

La rage d’Odin

On connaît peu et mal la mythologie nordique notamment parce que, contrairement à ce qui s’est passé en Irlande, personne n’a pris la peine de mettre par écrits les sagas des héros et des dieux scandinaves… Personne, sauf un érudit islandais, Snorri Sturluson, qui s’y attelle au XIIIe siècle, alors que la Scandinavie est christianisée depuis de nombreuses années.
À l’image des Vikings eux-mêmes, les dieux scandinaves apparaissent alors tout en violence. C’est d’ailleurs dans un bain de sang que fut créé l’Univers.

La nature a perdu ses esprits

Terre de glace et de feu, de fjords et de montagnes escarpées, de sources bouillonnantes et de rivières gelées, la Scandinavie est tout en contrastes. Elle ne pouvait donc qu’être peuplée d’une multitude d’esprits de la nature.
Et en effet, toutes sortes d’esprits peuplaient l’univers, imprégnant les forêts, les champs, les rivières, la glace ou la mer.
Les géants de la glace, très présents dans la mythologie nordique, personnifiaient les glaces paralysantes et terrifiantes et représentaient les forces maléfiques qui, un jour, écraseraient les dieux lors du Ragnarök. De même, les géants de la pierre, personnification des montagnes, avaient façonné les abîmes et les fjords en marchant d’un pas trop lourd. Cachés dans la brume, ils se défiaient de la lumière du jour qui les pétrifiait instantanément, sort partagé par les nains. D’ailleurs, on peut voir certains de ces géants imprudents à Jokul, en Islande, ou au Krkonose, sortes d’à pics ou de formations rocheuses.

La légende des Nibelungen

Tout a commencé un jour que Loki, le dieu du feu, Hœnir et son frère Odin se promenaient dans le Midgard, le monde des hommes. Voyant une belle loutre, Loki la tua avec une pierre puis les trois dieux l’emportèrent dans la demeure d’un magicien, Hreidmar, à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le magicien se rendit alors compte que la loutre n’était autre que son fils, Otter. Furieux, Hreidmar et ses deux autres fils, Fafnir et Régin, emprisonnèrent les dieux, réclamant comme dédommagement autant d’or que l’on pouvait en étaler sur la peau de la loutre. Mais cette peau était magique et s’étirait à l’infini.

Les monstres du Beowulf

Grendel, le monstre du Beowulf, d'après une iconographie contemporaine.
Grendel, le monstre du Beowulf, d’après une iconographie contemporaine.

Dans les légendes ou les contes du haut Moyen Âge, il y a généralement un héros, des dieux, des monstres, des êtres merveilleux et les membres de ceux que l’on nomme la « petite mythologie ».  Etres merveilleux ou maléfiques, ils sont une multitude que personne, ou presque, ne connaît. Peu ou mal décrits, ils apparaissent ici ou là et on parfois alimenté un véritable folklore autour de leur « personne ». Tel est le cas du ou de la Nix, on ne sait, qui vit dans les eaux troubles ou les lacs. Nix, un terme générique qui est pourtant un nom propre et qui désigne les monstres de la légende du Beowulf. Voici leur histoire.
Jadis, il y a fort longtemps, vivait un monstre marin du nom de Grendel, qui terrorisait les habitants du château de Heorot, appartenant au roi des Danois, Hrothgar. Chaque nuit, il prélevait son quota de chaire humaine, sans que personne ne sache comment l’arrêter. Un jour vint cependant où le roi des Danois vit se présenter à lui un jeune homme, venu de Suède, et qui prétendait délivrer le château du monstre. Après l’avoir blessé une première fois, le jeune héros poursuivit Grendel, effrayé, dans sa tanière, située au fond d’un lac. Après un combat épique, le jeune Suédois tua la mère de Grendel puis le monstre lui-même et s’en retourna dans son pays auréolé de gloire. Là, le neveu du roi des Guètes (des Suédois du sud), puisqu’il s’agissait de lui, succéda à son oncle.