Saint-Basile : l’œuvre d’Ivan le Terrible

La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).
La cathédrale Saint-Basile, à Moscou (gravure du XIXe siècle).

Si, depuis la fondation de Saint-Pétersbourg par Pierre le Grand, en 1703, Moscou n’était plus la capitale administrative de la Russie tsariste, elle sût garder, toutes ces années durant, le statut de capitale religieuse et historique. En bref, Moscou était toujours le cœur de la Russie. D’ailleurs, n’est-ce pas dans cette cité que les tsars continuaient de se faire couronner ? Saint-Pétersbourg est l’image de la Russie moderne, celle des tsars éclairés ou libérateurs, comme Pierre le Grand ou Alexandre II. Moscou reste la ville d’Ivan le Terrible, une cité mi-européenne mi-asiatique, comme le révèlent si admirablement les monuments haut en couleur qui font sa réputation.
L’église Saint-Basile est un de ces monuments, combinant l’amoncellement fantaisiste des coupoles et les couleurs les plus vives. Elle fut d’ailleurs construite, en 1554-1557, sur l’ordre d’Ivan le Terrible pour célébrer la prise de Kazan, en Tatarie. On raconte que le tsar cruel fut si content de la manière dont l’architecte avait exécuté ses ordres qu’il lui fit crever les yeux : ainsi, le malheureux ne serait pas tenté d’élever ailleurs un aussi bel édifice et Saint-Basile serait unique au monde…

Haussmann, le baron-bâtisseur

Le baron Haussmann (1809-1891).
Le baron Haussmann (1809-1891).

Paris est le cœur de la France. Mettons tous nos efforts à embellir cette grande cité et à améliorer le sort de ses habitants, proclamait Louis-Napoléon Bonaparte en 1850.
Pour réussir cette entreprise, le prince-président désigne Georges-Eugène Haussmann (1809-1884), préfet de la Seine depuis 1853. Tout en épargnant des quartiers comme le Marais ou bien Montmartre, Haussmann dégage les principaux monuments et élabore la «grande croisée» qui traverse Paris d’est en ouest et du nord au sud (Saint-Michel, Rivoli, Sébastopol et enfin Strasbourg).

La tour penchée

La tour de Pise, d'après une gravure du XIXe siècle.
La tour de Pise, d’après une gravure du XIXe siècle.

Tout le monde connaît le glorieux passé de Venise, Gênes ou encore Florence, mais qui se soucie de celui de Pise ? Comme ses illustres républiques sœurs, Pise acquit un essor extraordinaire dès le Xe siècle, lorsque, à la suite des croisades, reprirent les relations commerciales avec l’Orient. La position abritée de son port, situé à l’embouchure de l’Arno, allait être un atout essentiel de Pise qui devint une des principales rivales de Gênes et de Venise. Rapidement, Pise s’étendit également en Sardaigne, d’où elle devait chasser les Sarrasins dès le XIe siècle, puis en Corse et aux Baléares. Après deux siècles de domination presque incontestée sur les mers, Pise devait cependant s’incliner, victime du déclin des Hohenstaufen qu’elle avait ardemment soutenus dans le conflit entre Guelfes et Gibelins.
De cette période de faste et de puissance, Pise a cependant conservé quelques monuments, dont le plus exceptionnel est, sans conteste, la célèbre Tour penchée. Ce campanile (clocher isolé de l’église), construit tout en marbre blanc et mesurant pas loin de 56 mètres de haut, fut édifié entre 1174 et 1350, en même temps que la cathédrale, le baptistère et le Campo santo, autres monuments célèbres de la cité toscane. Mais sa célébrité tient surtout à son aspect penché, dû soit à un affaissement du terrain, soit à un défaut dans les fondations, aspect qui lui a valu son nom de Tour penchée.

Le Saint-Sépulcre, l’âme de la chrétienté

Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).
Vue de Jérusalem (gravure du Moyen Age).

Centre de l’Église primitive, née au lendemain de la Pentecôte, Jérusalem fut, dès le IIe siècle, un lieu de pèlerinage pour les chrétiens, désireux de se recueillir sur les lieux de la Passion et de la mort du Christ. La mise au jour des Lieux saints sous le règne de l’empereur Constantin -notamment la découverte de la vraie Croix par sa mère, sainte Hélène- devait accroître l’afflux des pèlerins, désormais accueillis dans les basiliques du Martyrium, de l’Élonora et de l’Anastasis, nom donné à la première basilique du Saint-Sépulcre, édifiée sur le tombeau du Christ. Voici la description qu’en donna un voyageur anglais du Moyen Âge, Arculf :
Cette église, très grande, tout en pierres, forme un cercle parfait ; elle s’élève sur trois murs entre chacun desquels est la largeur d’une route ; dans l’espace du mur moyen, on a eu l’art de faire trois autels. Cette église ronde, avec ses autels, l’un au midi, l’autre au nord, l’autre au couchant, est soutenue par douze colonnes de pierre d’une grandeur étonnante. Elle a huit portes, c’est-à-dire quatre entrées percées dans ses trois murs ; quatre de ces portes sont placées au vent du Vulturne, que l’on nomme aussi Calcias, et les quatre autres vers l’Eurus. Au milieu de cette rotonde est taillé dans le roc un oratoire où neuf hommes debout peuvent prier à la fois et, au-dessus de la tête d’un homme d’une taille ordinaire jusqu’à la voûte, est encore l’espace d’un pied et demi. L’entrée de ce petit oratoire regarde l’orient ; à l’extérieur il est couvert de marbre de choix ; le sommet est orné d’or et surmonté d’une grande croix d’or.

Saint-Denis, dernière demeure des rois

L'abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.
L’abbé Suger (v. 1081-1151) portant les attributs épiscopaux et la couronne des rois de France.

Lieu de vénération des Parisiens depuis deux siècles déjà, le champ où périrent saint Denis et tous ses compagnons voit une première église s’élever vers 475, grâce aux bons soins de sainte Geneviève. Reconstruite par Dagobert, qui en fait le sanctuaire où sont enterrés les rois de France et leur famille, agrandie et même améliorée par Pépin le Bref et par Charlemagne, la vieille église carolingienne menace de tomber en ruines quand Suger, le très célèbre abbé de Saint-Denis, fait construire un quatrième édifice.
Consacrée le 11 juin 1144, la basilique de Saint-Denis, un des premiers monuments de l’art gothique, inspirera beaucoup d’autres cathédrales telles que celle de Noyon, de Senlis, de Notre-Dame de Paris, de Chartres, de Reims ou encore d’Amiens.

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).
Saint-Pierre de Rome (vue ancienne).

C’est l’empereur Constantin qui, en 324, donna l’ordre de construire la première basilique Saint-Pierre, sur l’emplacement présumé du martyre de l’apôtre saint Pierre. Mais cette basilique, qui avait nécessité vingt ans de travaux et qui avait abrité le sacre du plus grand empereur carolingien, Charlemagne, était sur le point de s’effondrer lorsque le pape Nicolas V décida, en 1452, l’édification d’un nouveau bâtiment. Si les travaux commencèrent bien sous le pontificat de Nicolas V, ils devaient cesser durant près de cinquante ans et reprendre en 1506, sous Jules II. Ils allaient durer près d’un siècle… Tous les plus grands artistes de la Renaissance allaient se succéder sur ce vaste chantier : Bramante, Raphaël, Peruzzi, Michel-Ange, à qui l’on doit les splendeurs de la chapelle Sixtine…
Enfin, le 18 novembre 1626, Urbain VIII inaugurait l’un des plus beaux monuments de la chrétienté : une basilique en forme de croix latine, mesurant 219 mètres de longueur, avec une hauteur de 46 mètres sous la voûte et dotée d’une coupole haute de 119 mètres.

L’Alhambra de Grenade

L'Alhambra de Grenade, vue intérieure.
L’Alhambra de Grenade, vue intérieure.

À peine le Berbère Tarik a-t-il traversé, en 711, le détroit de Gibraltar, que les armées wisigothes sont écrasées, les villes espagnoles conquises les unes après les autres. Bientôt l’Espagne presque entière est sous domination arabe et seuls résistent les petits royaumes du Nord. L’Espagne musulmane se dote alors de villes véritablement orientales, dans l’architecture et l’organisation, telle que Grenade, fondée en 756 par le troisième gouverneur de cette nouvelle conquête musulmane, Abd el-Aziz. Passée successivement sous la domination des dynasties Almoravides puis Almohades, Grenade demeurera cependant un des foyers de la civilisation arabe en Espagne, jusqu’à sa conquête par les Rois catholiques, en 1492.
Témoin de ce passé prestigieux, l’Alhambra de Grenade fut fondée aux XIIIe-XIVe siècles. La forteresse et le palais des anciens souverains maures furent édifiés au sommet d’une colline, sur une plateforme d’environ 800 mètres.

Les hospices de Beaune

Les hospices de Beaune (détail).
Les hospices de Beaune (détail).

Avec leurs toitures aux couleurs flamboyantes et leurs bâtiments aux lignes délicates, les hospices de Beaune restent l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique ou, plus précisément, du style architectural bourgondo-flamand.
Édifiés, le 5 août 1443 selon la charte de fondation, par Nicolas Rolin, le chancelier de Philippe III le Bon, duc de Bourgogne, les hospices de Beaune renferment de magnifiques tableaux de l’école flamande, et notamment le célèbre et superbe Jugement dernier peint par Rogier de La Pasture Van der Weyden.
Et non content d’être un monument si prestigieux du point de vue de l’art, l’hôtel-Dieu de la ville de Beaune conservera sa fonction d’aide aux pauvres et aux malades jusque très récemment, jusqu’en 1971 !

Le temple d’Artémis

La déesse Artémis (d'après une statue grecque).
La déesse Artémis (d’après une statue grecque).

Ancienne ville d’Asie Mineure, sur la mer Égée, la cité d’Éphèse devait, dès la plus haute antiquité, voir se développer en son sein le culte d’une déesse de la Terre, peut-être d’origine sémitique et dont les premiers adorateurs semblent avoir été les Lélèges, un peuple apparenté aux Crétois. À cette déesse, appelée Léto ou Oupis, fut bientôt associé un jeune dieu égéen, qui prendra plus tard le nom d’Apollon. Lorsque les Grecs arrivèrent à Éphèse, vers 1100 avant J.-C., ils adoptèrent ces cultes mais les deux divinités se virent dissociée : Apollon fut adoré à Klaros, située au nord d’Éphèse, et la déesse primitive porta désormais le nom d’Artémis. Devenue une des principales cités du monde ancien, foyer de la civilisation hellénistique, Éphèse décida la construction, au VIe-Ve siècle avant J.-C., d’un grand sanctuaire dédié à Artémis, l’Artémision, réputé autant pour ses richesses immenses que pour sa sainteté.
Ce temple, déclare Pline, qui nécessita deux cent vingt ans de travaux, avait été élevé aux frais des rois et des principales cités de l’Asie. On le plaça sur un sol humide pour le mettre à l’abri des tremblements de terre. Et pour que, cependant, les fondements d’une masse aussi considérable ne portassent pas sur un terrain glissant, on établit d’abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus. Le temple entier a quatre cent vingt-cinq pieds de long et deux cent vingt de large (en fait, 115 mètres sur 55). Cent vingt-sept colonnes, présents d’autant de rois, s’y alignent ; elles sont hautes de soixante pieds. L’architecte fut Chersiphron. On eut une grande difficulté pour placer le linteau de la porte : c’était une masse énorme et, tout d’abord, elle ne portait pas d’aplomb. L’artiste, désespéré, songeait même à se tuer, mais Artémis lui apparut en songe, l’exhortant à vivre et lui promettant qu’elle-même allait mettre la main à l’ouvrage. En effet, le lendemain, le linteau était en place et parfaitement d’aplomb. 

Tiahuanaco, la cité perdue

Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.
Détail de la Porte du Soleil à Tiahuanaco.

Sur les hauts plateaux de Bolivie, à quelques 4000 mètres d’altitude, à l’extrémité du lac Titicaca, s’étend un gigantesque champs de ruines. Des pyramides tronquées, d’énormes monticules artificiels, une pyramide à degré de quinze mètres de haut, des monolithes, des plates-formes de pierre, le tout surmontant des salles souterraines. Et pas n’importe quelles salles ! Jimenez de la Espalda, un conquistador, écrit :
« Il y a là un palais qui est la véritable huitième merveille du monde. Des pierres longues de 37 pieds et larges de 15 sont placées de telle manière qu’elles s’encastrent les unes dans les autres sans qu’on puisse voir leurs raccords ».
Le monument le plus impressionnant est la Porte du Soleil. Haute de 3 mètres et large de 4, elle semble taillée dans un seul bloc et est décorée de 48 figures entourant une représentation centrale. Tous les vestiges de Tiahuanaco sont proportionnés à la Porte du Soleil, comme ces « deux géants de pierres avec des couvre-chefs et des longs manteaux » que décrit Garcialaso de la Vega ; ou comme ce palais gigantesque possédant une « salle longue de 45 pieds et large de 22, avec un toit comme celui du temple du Soleil de Cuzco » (Cieza de Leon). Que dire également de ces statues qui « représentent des hommes et des femmes ; elles sont si parfaites qu’on les croit vivantes, note Diego d’Alcobaça. Quelques figures sont dans l’attitude de gens qui boivent, d’autres ont l’air de s’apprêter à traverser un ruisseau et d’autres encore sont des femmes qui donnent le sein à leur enfant ».