Prophétesses, magiciennes, druidesses et déesses

Les auteurs anciens, sources essentielles dans la compréhension du monde gaulois, sont les premiers à nous mettre sur la piste des prophétesses.
Elles étaient grises parce qu’âgées, raconte Strabon dans sa Géographie, portaient des tuniques blanches recouvertes par des manteaux du lin le plus fin et des ceintures de bronze. Ces femmes pénétraient dans le camp l’épée à la main, se précipitaient sur les prisonniers, les couronnaient puis les conduisaient jusqu’à un chaudron de bronze… Une femme montait sur une marche et, se penchant au-dessus du chaudron, tranchait la gorge du prisonnier que l’on maintenait sur le bord du récipient. D’autres découpaient le corps et, après avoir examiné les entrailles, prédisaient la victoire…

Les bosquet sacrés des Celtes

Réunion de druides (gravure du XIXe siècle).
Réunion de druides (gravure du XIXe siècle).

Dans La Guerre des Gaules, César évoquent clairement des réunions de druides dans des bois sacrés :
« Chaque année, à date fixe, les druides tiennent leurs assises en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. »
Or, si les druides avaient indéniablement un rôle politique et parfois judiciaire, ils sont surtout restés fameux pour le côté religieux de leur fonction ; et, justement, c’est dans les forêts que les Celtes avaient pour usage de vénérer leurs dieux.
De fait, la religion celte était intimement liée à la nature et notamment au monde sylvestre ou aux sources dans lesquels les Celtes voyaient volontiers la demeure des esprits, des dieux. Lacs, sources, bosquets : autant de lieux parfaitement anodin au yeux des Romains et des Grecs qui étaient en fait des lieux sacrés, de véritables temples naturels. Lucain, un auteur du Ier siècle , raconte que l’armée de César avait détruit un de ces lieux sacrés découvert dans une forêt. Dans La Pharsale, il évoque précisément « un bois sacré qui, depuis les temps les plus anciens, n’avait jamais été profané ». Mais la description qu’il en fait évoque clairement l’Au-delà, le monde des morts plus que des dieux :
«… entourant de ses branches entrelacées les ténèbres et les ombres glacées, à l’écart des mouvements du soleil ».

La religion celte : de Bélénos à la tribu de Dana

Bien qu’il se limite actuellement à la Bretagne, à la Grande-Bretagne, à l’Irlande, à la Galice et à l’île de Man, le monde celtique était beaucoup plus étendu au début de notre ère et recouvrait aussi la Gaule, la Belgique et une grande partie de l’Allemagne et de l’Espagne. Après l’adoption du christianisme comme religion officielle de Rome, les cultes et les mythologies celtiques commencèrent à décliner.
Au Ve siècle, seul le Pays de Galles et l’Irlande conservaient encore le souvenir de la culture et des légendes celtes. Au Pays de Galles, où on se méfiait des écrits, le souvenir était entretenu dans les mémoires mais, en Irlande, les premiers moines missionnaires s’astreignirent, dès cette époque, à coucher sur le papier un nombre étonnant de légendes et de mythes. Cet effort de conservation, unique dans le monde celte, explique que l’on assimile aisément la « celtitude » à la mythologie irlandaise. Cet aspect réducteur n’est pourtant qu’une apparence. En effet, si les légendes et certains cycles mythologiques sont incontestablement de sources typiquement irlandaises, la religion était la même pour tout le monde celtique. Une religion étroitement liée à la nature et dont les divinités ne sont pas sans rappeler, par bien des côtés, celles de la mythologie scandinave.

Dolmens et menhirs, un héritage mystérieux

Les pierres gravées de Gavrinis.
les pierres gravées de Gavrinis.

Lieux de légende, objets de superstition depuis des millénaires, les mégalithes sont au cœur de l’imaginaire celtique. Leur origine lointaine, leur profusion en Europe et, surtout, leur taille gigantesque interpellent aussi bien les archéologues que les historiens, les chercheurs que les amateurs. Condamné par l’Église dès le IVe siècle, le culte des « pierres levées » n’en a pas moins survécu pendant des siècles. Afin de faire cesser les rites celtiques et de les détourner de leur origine païenne, l’Église ne trouve pas de meilleur moyen que de « christianiser » les mégalithes et, au détour d’un chemin de Bretagne, il n’est pas étonnant de voir, parfois, un menhir surmonté d’une croix. Mais la soumission à l’Église ne fut jamais totale et les fées, les sybilles ou les sorcières rôdent encore autour des dolmens ou des menhirs.

Les Gauloises : femmes de pouvoir

>Jeune gauloise, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Jeune gauloise, d’après une iconographie du XIXe siècle.

La place des femmes dans la société gauloise est, encore de nos jours, sujette à controverse, notamment dans les milieux spécialisés : certains historiens considèrent que la Gauloise n’eut guère que la part de l’ombre -après tout, selon César, l’homme avait sur elle droit de vie et de mort ; mais d’autres historiens, s’appuyant tout autant sur les témoignages d’auteurs antiques que sur ceux de l’archéologie, ont été amenés à réviser leur jugement et à donner à la femme gauloise une part nettement plus importante, notamment si on la compare avec la place de la femme à Rome. Et il faut reconnaître que leurs arguments sont convaincants.
Vers 2000 avant J.-C., l’apparition du bronze va entraîner un premier bouleversement de l’Europe. Lorsque les épées, les faux, les marteaux ou autres haches voient le jour, les échanges commerciaux se multiplient, d’autant que l’étain et le cuivre, nécessaires à la fabrication du bronze, ne se trouvent pas partout.

Du sang pour les dieux

Un guerrier celte, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Un guerrier celte, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Récemment, le film de Mel Gibson, Apocalypto, a relancé la polémique sur l’existence de sacrifices humains en Amérique centrale. Une polémique totalement stérile car faussée, les partisans de nier cette réalité historique avançant l’idée que c’était rabaisser la civilisation maya que d’affirmer une telle chose. C’est oublier que les sacrifices humains ont été le lot de toutes les civilisations européennes ! A-t-on oublié l’épisode d’Iphigénie, sacrifiée par son père Agammemnon pour obtenir des dieux un vent favorable ? Les chroniques racontent également qu’en Irlande saint Patrick aurait renversé une «  idole » sur laquelle on sacrifiait des nouveaux-nés. D’ailleurs, toujours selon les textes anciens, les Irlandais ne buvaient-ils pas du sang dans des crânes humains ? Un  acte que pratiquaient aussi les Lombards, les Germains et certaines tribus du lointain Ukraine. Tite-Live et Diodore de Sicile évoquent à leur tour la «  chasse aux tête » et rapportent que le général Posthumus –au nom prédestiné- finit… comme coupe de cérémonie. Ainsi les dieux garantissaient-ils la paix aux vainqueurs.

La cité du dieu Lug

Oppidum celtique à l’origine, Ludgdunum, « le sanctuaire du dieu Lug », tient une place privilégiée en Gaule… grâce aux Romains.
En 43 avant J.-C., le 17 octobre selon certains historiens, un lieutenant de César, Lucius Munatius Plancus, saisissant tout l’intérêt stratégique de l’oppidum, organise, sur le plateau de Fourvière, une colonie romaine qui ne tarde pas à devenir très prospère.
Promue, par Auguste, capitale des trois Gaules, la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Belgique, Lugdunum est aussi le principal nœud routier des Gaules. Tous les chemins mènent alors à Lyon, capitale religieuse du pays, où le culte gaulois de Lug a fait place à ceux de Rome et d’Auguste.
Centre économique et commercial, la ville est embellie tout au long du Ier et du IIe siècle après J.-C., mais le ravage de la ville, ordonné par Septime Sévère en 197 après J.-C., annonce son déclin.

« Ils n’ont qu’une peur… »

Un cavalier celte (iconographie du XIXe siècle).
Un cavalier celte (iconographie du XIXe siècle).

Ve siècle avant J.-C. : venus d’au delà du Rhin et des plaines du Danube, les peuples celtes entament une lente mais durable implantation dans ce qu’on ne saurait nommer autrement que la Gaule. De petits groupes, attirés par la richesse commerciale et agricole de cette contrée, poussés par le froid et la surpopulation, s’implantent partout en Europe occidentale. Des rives de la Baltique à la Méditerranée, de la Grande-Bretagne à l’Espagne et au nord de l’Italie, le monde celte prend possession de la terre. Si l’unité politique n’existe pas, la langue, le mode de vie, la pensée et les croyances font de ces peuples le « peuple celte ». Un peuple qui est loin de passer inaperçu dans l’histoire antique. Hérodote, au Ve siècle avant J.-C., mentionne pour la première fois les « Keltoï », les Celtes. Point de Gaulois alors, le nom étant une invention romaine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils surent marquer les esprits. Des raids, aussi impressionnants qu’éphémères, sur Rome –au IVe siècle avant J.-C.-, sur Delphes –au IIIe siècle avant J.-C.- assureront leur réputation de guerriers implacables. Des guerriers qui ne craignent pas la mort, qui ne craignent pas même que le ciel leur tombe sur la tête –un bon mot signifiant qu’ils ne craignaient que l’impossible, donc rien.
De fait, les guerriers celtes deviendront des mercenaires recherchés, par les Romains, les Carthaginois, les Grecs aussi. Des mercenaires qui élèveront l’art guerrier jusqu’à la professionnalisation, se vendant au plus offrant, s’entretenant physiquement –un guerrier celte était pénalisé dès lors que son tour de taille excédait celui de sa ceinture-, améliorant, encore et toujours, armes et techniques guerrières.