De l’Espagne à Rome : une intégration réussie

Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d'après un buste.
Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), gravure effectuée d’après un buste.

Sénèque, Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle : quatre hommes célèbres, quatre parmi les plus connus des Romains. Sauf que ce philosophe et ces empereurs ne sont pas Romains mais Espagnols. Ils font partie de ce vivier de grands hommes, nés au cœur de la péninsule ibérique, qui sont la preuve de l’étonnante réussite du système colonial romain.
Sénèque, né à Cordoue, auteur d’essais et de traités encore étudiés de nos jours, sera le malheureux instructeur de Néron, son confident, son conseiller, finalement invité à s’ouvrir les veines en 65 après J.C.. Trajan, empereur de 97 à 117 après J.-C., était un fils de la superbe Séville. C’est lui qui portera les frontières de l’empire à son extension maximum. Son  fils adoptif, Hadrien, qui gouverne de 117 à 138, consolidera cet immense empire, assainira des finances exsangues et passe pour le plus grand des empereurs romains. Marc-Aurèle, enfin, s’il paraît avoir été un souverain médiocre (161-180), peut être considéré, en revanche, comme un des esprits les plus brillants de son temps.

Le code Justinien

Mosaïque représentant l'empereur Justinien.
Mosaïque représentant l’empereur Justinien.

Constantinople, 16 novembre 534. Ce jour-là, la seconde édition du Code de l’empereur Justinien est publiée. L’empereur a ainsi achevé son œuvre de remise en ordre du droit romain dans son ensemble.
Monarque orgueilleux, despotique même, Justinien (527-565) est obsédé par le concept de l’unité romaine et son règne marque le dernier effort réel pour la reconstitution de l’Empire romain dans son intégralité institutionnelle, territoriale ou ecclésiastique.
L’œuvre principale de Justinien est le Code de droit romain élaboré par les jurisconsultes Tribonien et Théophile. Commencé dès 528, il rassemble les constitutions anciennes, promulguées au temps de la République ainsi que les nouvelles édictées par les empereurs. Le Code Justinien, qui contient quatre mille sept cents articles, divisés en douze livres, est le fondement du droit civil moderne.

Domus aurea de Néron

L’historien romain Suétone a laissé une description étonnante de la fameuse Domus aurea érigée sur ordre de l’empereur Néron lors de son grand chantier de réabilitation de Rome. Un récit à la mesure de l’ambition et de la mégalomanie de cet empereur.
Pour donner une idée de sa grandeur et de sa magnificence, il suffira de dire que dans le vestibule s’élevait une statue colossale de Néron, haute de cent vingts pieds ; que des portiques à trois rangs de colonnes mesuraient un mille ; qu’on y voyait un lac, semblable à une mer, entouré d’édifices qui faisaient songer à une ville ; que de grandes étendues, parsemées de prairies, de vignes, de pâturages et de forêts, contenaient une multitude d’animaux et de bêtes fauves.

Le temps des Barbares

Les couronnes des rois wisigoths, après leur établissement en Espagne.
Les couronnes des rois wisigoths, après leur établissement en Espagne.

On a tendance à l’oublier, mais les invasions barbares qui, au Ve siècle de notre ère, mirent fin à l’empire romain d’Occident, peuvent être tenues comme un événement majeur de l’histoire européenne. Car c’est de ces invasions que va résulter une fusion intime de l’élément germain et de l’élément romain qui donneront les caractères propres à chacune des nations d’Europe occidentale.
Cette fusion avait déjà commencé, d’ailleurs ; les invasions -brusques et brutales du Ve siècle- ne faisant qu’accélérer et sans doute accentuer le mouvement. Les Germains des premiers siècles de l’ère chrétienne étaient avant tout des paysans en quête d’une terre. Refoulés vers l’ouest par les mouvements de conquêtes des Asiatiques, les Germains commencèrent à accentuer leur pression sur le Danube et sur le Rhin dès le IIe siècle, sous Marc-Aurèle. Avant d’être massive, la pénétration germanique devait se faire par infiltrations, généralement pacifiques. Les empereurs romains "reconnaissaient" les groupes germains qui avaient franchi le "limes". Ils leurs attribuaient des terres à cultiver et en faisaient des alliés, les "foederati". Et comme les Romains avaient depuis longtemps perdu leurs anciennes qualités militaires, comme ils se désintéressaient de l’armée, ceux sont les Germains que l’empire appelait, formant des troupes de mercenaires ou plus. Au final, à la fin du IVe siècle, l’armée romaine était presque entièrement germanisée et de nombreux Barbares occupaient des postes de commandement.

Panem et circenses

Un combat de gladiateurs (détail d'une mosaïque).
Un combat de gladiateurs (détail d’une mosaïque).

Le blanc du sable se couvre de tâches brunes ; l’odeur du sang se répand dans l’arène ; le peuple, en transe, hurle son approbation ou sa rage, pendant que les sénateurs et les empereurs parient sur leurs favoris. Ce sont les jeux du cirque. Des jeux à l’origine lointaine et religieuse…
Esclaves sacrifiés à la mort de leur maître, prisonniers offerts en sacrifie sur les tombeaux des guerriers : autant de moyens d’honorer les dieux, autant de morts qui jalonnent l’histoire quotidienne de la haute Antiquité. Les Etrusques, les Campaniens vont « améliorer » le style sacrificiel en laissant les victimes s’entretuer. Une nouveauté dont les Romains vont faire des jeux.
Cérémonies sanglantes élevées au rang de distraction, les combats de gladiateurs –et c’est bien là qu’il faut voir leur origine- feront els beaux jours de Rome pendant des siècles. Prisonniers de guerre, esclaves, condamnés de droit commun mais aussi hommes libres poussés dans l’arène par le goût du sang comme par la misère et la faim, tous n’avaient qu’un désir : survivre. Entraînés dans des ludi gladiatorii, spécialisés selon leurs aptitudes –rétiaires, Gaulois ou myrmillons, Samnites, Thraces-, combattant à pieds, à cheval ou monté sur un char, les gladiateurs vont devenir de véritables professionnels de la mort. La survie, le « jeu » va devenir pour eux un moyen de conquérir leur liberté –s’ils étaient esclaves- ou d’amasser, au service de tel ou tel personnage de haut rang, de véritables fortunes. Sans compter les faveurs de ces dames, qui ne dédaignaient pas de s’offrir aux héros d’un jour.

Hadrien : les limites de l’empire

Buste de l'empereur Hadrien (76-138).
Buste de l’empereur Hadrien (76-138).

S’il y eut un empereur pacifique : c’est certainement Hadrien. Telle est, du moins, la réputation qu’on lui prête, un peu rapidement semble-t-il. Une réputation qui doit beaucoup à son amour des lettres et des arts –notamment l’art monumental- et à l’arrêt, sous son impulsion, de la politique expansionniste de Rome. Pourtant, Hadrien ne se montera guère humaniste dans la gestion de la révolte des juifs ; pas plus qu’il ne se révélera pacifique lorsqu’il fit assassiner quatre sénateurs qui s’opposaient à lui. Pourtant, la légende perdure ; une légende fondée sur une incompréhension de la politique d’Hadrien qui, s’il cessa de vouloir conquérir toujours plus de territoires, misa sur un renforcement de l’empire existant, sur une réorganisation de l’administration et du pouvoir, au détriment, d’ailleurs, des sénateurs.
Neveu par alliance de l’empereur Trajan adopté par celui-ci et reconnu au lendemain de sa mort (117 après J.-C.) par l’armée, Publius AElius Hadrianus va en réalité agir en véritable autocrate. Et sans doute est-ce ce qui sauvera l’empire. A peine a-t-il accéder au pouvoir qu’il met un terme aux visés expansionniste de son prédécesseur : il met un terme à la guerre contre les Parthes, instaure la frontière orientale de l’empire aux limites de l’Euphrate, renforce le limes germanique –tout en conservant la Dacie, province riche- et fait construire, au nord de l’empire, le fameux mur d’Hadrien destiné à mettre un terme aux incursions des Pictes et des Calédoniens (122-127 après J.-C.).

Le bouclier de Brennus

Depuis un siècle, Rome étendait lentement mais sûrement son influence sur le Latium. Elle venait à peine, grâce au dictateur Camille, de soumettre Véies, où se concentrait la résistance étrusque, quand se présentèrent à ses portes les hordes gauloises de Brennus.
Établi dans la plaine du Pô depuis environ 400 av. J.-C., le chef gaulois connu sous le nom de Brennus lance un raid contre Rome. La résistance est inexistante et, le 16 juillet 390 av. J.-C., les barbares sont dans la ville, où ils ne rencontrent que quelques patriciens chenus…

Le mystérieux peuple étrusque

Scène de jeux (fresque étrusque).
Scène de jeux (fresque étrusque).

Des prédécesseurs des Romains, on ne sait quasiment rien. Et le peu que l’on sache demeure sujet à caution. Pourtant, ils édifieront la plus importante civilisation de la péninsule avant celle des Romains.
Appelés "Tusci" ou "Etrusci" par les Romains, ils étaient désignés sous le nom de "Tyrsenoï" par les Grecs et se nommaient eux-mêmes "Rasena". Leur langue demeure indéchiffrable autant que leur origine qui, malgré quelques hypothèses, reste un mystère. Hérodote évoque une origine asiatique, de Lydie plus exactement, que ce peuple aurait quitté vers le XIIIe siècle avant J.-C. pour gagner la péninsule italique ; Denys d’Halicarnasse, les Etrusques seraient originaires… d’Etrurie ! Bref, ils seraient un peuple autochtone quant Tite-Live laisse supposer qu’ils proviendraient du nord de l’Europe.
De fait, aucune de ces hypothèses n’est pleinement convaincante : la rupture constater dans la civilisation de Terramare interdit de rattacher les Etrusques à cette civilisation italique ancienne, ce qui éliminerait la suggestion de Denys d’Halicarnasse. L’idée d’Hérodote, qui était communément admise dans l’Antiquité, pèche essentiellement dans la datation, les Etrusques ayant sans doute fait leur apparition en Italie au VIIIe siècle avant J.-C..

Il était une fois… Rome

La louve de Rome allaitant Romulus et Rémus.
La louve de Rome allaitant Romulus et Rémus.

L’histoire des origines de Rome est si imprégnée des légendes que se sont créées les Romains qu’on en oublierait presque –et de fait on l’oublie- que la création de cette cité tient d’une histoire bien réelle.
C’est à Tite-Live, Plutarque ou Denys d’Halicarnasse que l’on doit la très belle légende de la fondation de Rome. S’inspirant de sources relativement tardives, de sources destinées, comme leurs écrits d’ailleurs, à ancrer le peuple romain dans un passé extraordinaire, pour ne pas dire divin, ils vont faire de Rome, admiratrice inconditionnelle de la civilisation grecque, l’héritière de la superbe Troie. Selon Varron, qui vit à l’époque de César, Rome aurait été fondée en 753 avant J.-C. par Romulus, le fils de Mars et d’une descendante d’Enée –un fils du roi troyen Priam. Romulus, ayant marqué d’un sillon les limites de la première Rome –la Roma quadrata-, fera de la cité un refuge pour les vagabonds et les hors-la-loi. Des hors-la-loi qui n’allaient pas tarder à trouver femmes en enlevant les Sabines.
Romulus sera le premier des sept rois de Rome. Après sa mort, en 715 avant J.-C., trois souverains sabins, Numa Pompilius, Tullus Hostilius et Ancus Martius, lui succèderont. C’est à eux que Rome devra l’organisation de la vie religieuse, la domination d’Albe-la-Longue, l’éternelle ennemie, et l’extension de la cité jusqu’au port d’Ostie.

Crassus : le troisième homme

Buste de Crassus (v. 115 avant J.-C.-53 avant J.-C.).
Buste de Crassus (v. 115 avant J.-C.-53 avant J.-C.).

Parce que les noms se ressemblent ; parce que la fortune caractérisera leur vie, Crassus et Crésus sont communément confondus. Pourtant il n’existe ni unité de temps ni unité de lieu. Crésus vivait au VIe siècle avant J.-C.. Il était roi de Lydie et devait tout perdre après son alliance malheureuse avec le Perse Cyrus. Crassus, de son côté, est un général romain du Ier siècle avant J.-C. célèbre pour sa fortune certes -on le surnommait "Dives" "le Riche", mais aussi pour avoir fait partie du premier triumvirat avec César et Pompée et pour avoir écraser dans le sang la révolte des esclaves conduits par Spartacus.
C’est au dépend des victimes des proscriptions –dont la tête était mise à prix pour des raisons parfois rien de plus que politiques- que ce partisan de Sylla devait faire fortune. Une fortune qui allait lui ouvrir les portes, en 71 avant J.-C., de la préture et, en 72, l’imperium, l’autorité suprême. Rome était alors en proie à la panique, une panique due à la révolte des esclaves qui, dans toute la Campanie, faisaient régner une atmosphère de terreur. De fait, le romantisme et l’idéal qui entourent l’histoire de Spartacus est tout sauf réel.