Arlequin à Paris

Quatre mois après avoir célébré leur union à l’église de Notre-Dame de Mézières, Charles IX et Élisabeth d’Autriche font leur entrée solennelle à Paris, en mars 1571, au son des fifres et des tambourins. Les habitants de la capitale, accourus en très grand nombre pour assister aux festivités, voient pour la première fois se produire une troupe de comédiens italiens. C’est Catherine de Médicis, la mère du roi, qui a pris l’initiative de faire venir à Paris ces comédiens qui ont enchanté son enfance. Surpris et amusés, les Parisiens s’émerveillent devant les pantomines grotesques de Pantalon et d’Arlequin, habillés de couleurs chatoyantes.

L’énigme Shakespeare

Qu’y a-t-il donc en un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon, écrit William Shakespeare.
Mais a-t-il vraiment existé ? Telle est la question soulevée par les critiques anglais dès le XIXe siècle, arguant du fait qu’il avait reçu une éducation trop médiocre pour avoir écrit de tels chefs-d’œuvre et qu’il n’était, en fait, qu’un prête-nom.
Auteur majeur de la troupe des King’s Men, Shakespeare produit trente-huit pièces, qui vont de la tragi-comédie à la tragédie ou à la pièce historique et sa renommée s’étend rapidement. Retiré dans sa ville natale, il y meurt le 23 avril 1616. Son génie, reconnu en Angleterre dès le XVIIe siècle, ne s’impose dans toute l’Europe qu’à partir du XVIIIe siècle, notamment grâce à Voltaire.

Corneille : l’honneur avant tout

Pierre Corneille (1606-1684) d'après une gravure ancienne.
Pierre Corneille (1606-1684) d’après une gravure ancienne.

Corneille, déclare Jean Racine en 1685, fit voir sur la scène la raison mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable.
Né à Rouen dans une famille de robe, en 1606, Pierre Corneille est avocat à dix-huit ans. Pourtant c’est la carrière poétique qui l’attire le plus et, en 1629, il écrit sa première œuvre, Mélite, et va à Paris. Remarqué par Richelieu, il fait bientôt partie des cinq auteurs pensionnés par le ministre et peut donc se consacrer à l’écriture. Il publie alors sa première tragédie, Médée (1635), bientôt suivie du Cid (1636), qui va donner lieu à une vive querelle avec l’Académie française. Mais Corneille n’en est encore qu’aux prémices de son talent qui ne cesse de grandir avec Horace (1640), Cinna (1641) ou bien encore Polyeucte (1642).
Avec Corneille naît l’art dramatique que développera, si magistralement, Racine, par la suite. Mais alors que Racine fait l’apologie de l’amour-passion, Corneille place l’honneur, la fidélité ou la foi au-dessus de tout. Le XVIIe siècle applaudit à tout rompre cet éloge de l’honneur avant de lui préférer celui des amours raciniens. De cette compétition qui l’oppose à Racine, Corneille sort perdant. Abandonné par le succès depuis 1651, il renonce définitivement au théâtre, en 1674, après l’échec retentissant de Suréna. Mais son génie de l’intrigue et des vers le place, pour l’éternité, au panthéon des auteurs français.

À la fin de l’envoi, je touche !

Cyrano de Bergerac (1619-1655).
Cyrano de Bergerac (1619-1655).

Ce sont les cadets de Gascogne, De Carbon, de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !, s’enflamme Cyrano en présentant ses compagnons.

Le 27 décembre 1897, les spectateurs découvrent, pour la toute première fois, ce héros attachant, ce mousquetaire au grand nez, ce Gascon plein de verve : Cyrano de Bergerac ! Pourtant, Savinien Cyrano de Bergerac n’a rien d’un Gascon, son nom étant celui d’un petit domaine familial en Ile-de-France. Il n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce bretteur de première force dont Rostand a fait un héros. Etudiant au célèbre collège de Beauvais puis garde française, il sera grièvement blessé lors du siège d’Arras, en 1640. Une blessure qui va le contraindre à la retraite et lui donner l’occasion de s’adonner à sa passion : l’écriture. Ennemi des règles classiques, il s’adonne à la satire sous couvert de fantaisie et offre une œuvre tout en nuance, notamment dans ses Histoire comique des Etats et empires de la lune et Histoire comique des Etats et empires du soleil. Poète à ses heures, il s’adonne également au théâtre avec le Pédant joué, dont Molière lui-même fera de larges emprunts pour son Scapin.
Ressuscité grâce au Marseillais Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac va devenir un héros de théâtre, vibrant de romantisme, d’éclats de voix, de panache ! La pièce fera d’ailleurs le succès de son auteur au point que le vrai Cyrano devra s’effacer devant le sieur de Bergerac, théâtral, qui sait si bien rimer sur son grand nez…