Rutebeuf, le poète d’infortune

Illustration d'un poème de Rutebeuf (XIIIe siècle).
Illustration d’un poème de Rutebeuf (XIIIe siècle).

Rutebeuf est sans doute le plus célèbre des poètes du Moyen Âge et pourtant on ne sait rien de lui. Son nom, même, n’en est pas un mais un surnom qu’il s’est lui même attribué au fil de l’écriture. On le dit Champenois d’origine mais c’est à Paris qu’il va vivre quasiment toute sa vie d’homme. Une vie placée sous le signe des lettres, de la contestation et de la pauvreté. Une vie qui était celle de tous les étudiants, des poètes et des ménestrels. Mais si Rutebeuf a su joué, en véritable virtuose, de tous les styles d’écriture, de l’hagiographie au théâtre –avec le plus ancien miracle par personnage, le Miracle de Théophile-, des poèmes polémiques aux œuvres satiriques, c’est sans aucun doute pour ses poignants poèmes satiriques qu’il a acquis la célébrité.
Le froid, la faim, la peur, la mort mais aussi le jeu et la débauche sont au rendez-vous dans ses Poèmes d’infortune. Là, Rutebeuf se fait le chantre de la vie parisienne cachée, nocturne ; il chante les hommes malmenés au quotidien et tout cela sur un ton très personnel. Au point d’ailleurs qu’on en viendrait presque à croire que l’auteur seul sait et peut en parler. Au point qu’on oublierait presque que ces thèmes sont devenus un genre littéraire, un classique de la littérature du XIIIe siècle. Mais la confidence n’est qu’illusoire ; elle attendrit et fait le jeu de l’auteur, qui cherche à émouvoir et qui, ma foi, y réussit fort bien…

Adam de la Halle, le Bossu d’Arras

Un trouvère au Moyen Âge (d'après une tapisserie médiévale).
Un trouvère au Moyen Âge (d’après une tapisserie médiévale).

Si son surnom de Bossu d’Arras est rien moins qu’attentionné, Adam de la Halle apparaît comme l’un des poètes les plus originaux du XIIIe siècle.
De sa vie, seuls quelques détails nous sont connus. On sait qu’il naquit en Artois, vraisemblablement à Arras, entre 1240 et 1250. Son nom de famille était Le Bossu, mais son père, bourgeois aisé, fut surnommé "de la Halle" pour des raisons inconnues. Un nom qui allait entrer dans l’histoire.
Très tôt, Adam devait s’adonner à la poésie. Et sans doute y acquit-il une petite célébrité puisque d’autres auteurs, comme Jean Brétel ou Baude Fastoul, le citent. Obligé de quitter Arras à la suite de conflits municipaux, Adam de la Halle composa, vers 1276-1280, un "Congé" où il célèbre son attachement à la cité tout en pestant contre elle :
"Arras, Arras, ville de haine et de perfidie, qui jadis était toute noblesse…"
De retour dans le cité picarde vers 1274, il compose, deux ans plus tard, son "Jeu de la Feuillé", évoquant aussi bien la folie que la feuillée où le chevalier tente de séduire la bergère. Surtout, ce morceau est la première pièce de théâtre en langue française. Une pièce où l’auteur mêle la vie d’Arras, la satire traditionnelle et la parodie de genres littéraires célébrés à l’époque (chansons, romans arthuriens). Moderne sur bien des points, cette pièce, amère, demeure ambiguë sur bien des points. Mais, certainement, elle est inclassable et passe pour le chef-d’œuvre d’Adam de la Halle.

Arthur, modèle des chevaliers

Le roi Arthur (fin Ve-début VIe ?).

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.

Dante règle ses comptes

Illustration de Dante au milieu d'un décor de la Divine comédie.
Illustration de Dante au milieu d’un décor de la Divine comédie.

Plus grand poète italien de tous les temps, créateur de l’italien moderne, Dante Alighieri fait l’objet de toutes les idéalisations, de tous les superlatifs. De fait, cet auteur à part est sans nul doute un poète surdoué, un proseur de génie, le maître du « livre des livres », mais il est également un animal politique dont les positions vont le conduire à errer sa vie durant.
Florentin de naissance, fils d’une famille noble du parti des Guelfes, Dante s’adonne à la poésie dès sa prime jeunesse –la Vita nuova-… et à la politique. Opposé à Boniface VIII qui menaçait les libertés de sa cité, le poète engagé apparaît comme une des chefs de la résistance florentine. Un chef qui n’avait pas choisi le bon parti semble-t-il puis qu’il sera écrasé. Condamné à mort puis à l’exil (1302), Dante se verra spolié de tous ses biens et condamné à trouver refuge ailleurs. Ce qu’il fera, trouvant aide et protection à Vérone puis à Ravenne où il poursuivra sa carrière littéraire parallèlement à son engagement politique. Dans le De monarchia (1313), il signera une œuvre totalement politique, se posant en adversaire farouche du pouvoir temporel des papes et en soutien inconditionnel d’une monarchie universelle, incarnée par les empereurs germaniques. Dante ne cessera, discours à la bouche et plume à la main, de défendre son idéal, faisant même de son œuvre la plus connue, la Divine comédie, une allégorie politique et un véritable brûlot contre ses ennemis. En un mot, un instrument de sa vengeance politique…

Aiquin ou quand les Sarrasins possédaient la Bretagne

Le Charlemagne
Le Charlemagne "des légendes" (gravure du XIXe siècle).

Un roi, sarrasin, dominant la Bretagne. Un futur empereur, franc, désireux de le débouter. Telle est l’histoire d’Aiquin, une chanson de geste du XIIe siècle.
L’aventure se situe lors d’un retour de Charlemagne de Saxe. Il est accompagné du père de Roland, de Roland lui-même, d’Olivier, d’Ogier et d’autres seigneurs qui figurent dans la Chanson de Roland. Aiquin souverain des Sarrasins a débarqué en Bretagne et la soumise. Seule la ville de Dol résiste encore grâce à son archevêque qui fait figure de héros. D’abord vainqueurs, les Francs vont être vaincus dans l’île de Cézembre et un des compagnons de Charlemagne manque d’y périr lorsque, blessé, il est mis en danger par le flux. Après maintes aventures, les Francs s’emparent de Guidalet où s’était réfugié Aiquin. Le Sarrasin prend la fuite, abandonnant son épouse qui se fait chrétienne et reçoit le baptême.
Un seul manuscrit, datant du Xve siècle, relate encore l’étrange histoire de ce Sarrasin roi de Bretagne. Une histoire si étrange que l’étude des sources a permis de reconnaître dans ces Sarrasins des Normands. L’auteur, sans doute un clerc et un Breton, les nomme même à plusieurs reprises les "Norois" ou les "gens du Nort païs". C’est dans une volonté de se mettre "au goût du jour" qu’il en a fait des Sarrasins.

Les Mémoires d’outre-tombe

François-René de Châteaubriand (1768-1848).
François-René de Châteaubriand (1768-1848).

Lorsque éclate la Révolution de 1789, François de Chateaubriand, jeune aristocrate breton, s’engage dans l’armée de Condé puis prend la route de l’exil qui le conduit à Londres. C’est là qu’il écrit ses premières œuvres romantiques, empreintes de la mélancolie et de la tristesse dues à l’exil et qui sera, en quelque sorte, sa « marque de fabrique ».
En 1799, il revient en France où il se met au service de Bonaparte, mais l’assassinat du jeune duc d’Enghien, en 1804, le ramènera dans l’opposition et l’éloignera de la vie politique.

Hamlet… par Saxo Grammaticus

Hamlet et Horatio, d'après le tableau de Delacroix.
Hamlet et Horatio, d’après le tableau de Delacroix.

Lorsque, vers 1602, William Shakespeare crée Hamlet, il ne sort pas le personnage directement de son imagination… pour la simple raison qu’Hamlet, le prince de Danemark, a bel et bien existé. Un personnage dont la vie a servi de modèle plus que d’inspiration à l’auteur anglais. Si l’on en croit Saxo Grammaticus (XIIIe siècle), qui pour la première fois en fait mention, ou les légendes irlandaises, Hamlet était le fils d’un roi de Jutland, Hovendill, qui vivait au IIe siècle. Parce que son propre frère désirait sa couronne autant que son épouse, Hovendill devait périr assassiné sous les coups de ce frère. Un frère qui aurait sans aucun doute réservé un sort identique à son neveu, si ce dernier n’avait pas joué –apparemment avec talent- les fous. Une mise en scène qui devait permettre à Hamlet d’ourdir sa vengeance jusqu’à ce qu’il puisse la mettre en œuvre au cours d’un banquet. L’oncle à son tour assassiné, Hamlet fut alors reconnu roi.
Au final, c’est une histoire bien tragique que vécut ce jeune souverain ; une histoire si terrible… qu’on dirait du Shakespeare !

Chaucer ou les premières lettres anglaises

Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d'après un vitrail.
Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400), d’après un vitrail.

On dit de lui qu’il est le créateur de la littérature anglaise et le premier poète de son temps, mais c’est en Italie qu’il va d’abord s’initier à la littérature.
Fils d’un aubergiste de Londres, Geoffrey Chaucer devient page du duc de Clarence et, en 1358, embarque avec les armées d’Edouard III pour la France. Prisonnier après seulement un an de combats, il sera relâché après le paiement d’une rançon. De retour en Angleterre, où il bénéficie de l’amitié du duc de Lancastre, il épouse une suivante de la reine et se voit chargé de plusieurs missions diplomatiques entre 1372 et 1378. C’est au cours d’un de ces missions en Italie, qu’il découvre les œuvres de Dante et de Boccace. On pense même qu’il est entré en relation avec Pétrarque.
C’est tout d’abord sous l’influence de la France que le génie de Chaucer s’était révélé avec une traduction du Roman de la Rose.

Le poète Regnard perdu par… les femmes

Jean-François Regnard (1655-1709).
Jean-François Regnard (1655-1709).

Écrivain et auteur dramatique, Jean-François Regnard (1655-1709), mène une vie des plus aventureuses avant de se consacrer à l’écriture.
Le 4 octobre 1678, alors qu’il rejoint Marseille, son bateau est capturé par des pirates algériens. Racheté par un seigneur de la ville, il devient son chef cuisinier. Grâce à ses manières et à ses dons culinaires, il voit alors s’ouvrir les portes du harem. Mais, rapidement découvert, Regnard n’a d’autre choix que de se convertir à l’islam s’il veut garder la vie sauve. Il est prêt à le faire quand le consul français intervient et le rachète. De retour en France, Regnard entreprend un voyage en Laponie, puis s’adonne à l’écriture, annonçant, dans des pièces légères, le style de Marivaux.

Robin des Bois : l’idole des pauvres ?

Affiche du film Robin des Bois, avec Errol Flynn.
Affiche du film Robin des Bois, avec Errol Flynn.

Cartouche, Mandrin sont les héritiers de Robin des Bois. Et à plus d’un titre. Brigands devenus héros, inconnus placés au rang d’icônes nationales, Robin et ses prédécesseurs ont tout du mythe, y compris la portée de leur action. De fait, les uns comme les autres ne furent jamais que des voleurs de plus ou moins grande envergure à qui on a attribué, pour des raisons politiques, un rôle héroïque.
C’est dans la seconde moitié du XIVe siècle qu’apparaît, pour la première fois, Robin des Bois, un personnage de roman qui n’acquiert à la célébrité qu’au XVIe-XVIIe siècles. C’est également là qu’il évolue sous le règne des Plantagenêts. Fidèle du roi Richard pour les uns, résistant saxon pour les autres, Robin se voit annobli, doté d’une terre et d’une habitude : celle de redistribuer ses rapines aux pauvres. De fait, parce qu’il a désormais le statu de héros, il doit également avoir celui de saint homme, à des époques où le peuple se fait plus remuant, joue de la révolte.