Le Père Joseph : l’éminence grise de Son Eminence

François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).
François Joseph Leclerc du Tremblay, dit le Père Joseph (1577-1638).

J’ai perdu mon bras droit, affirme Richelieu à la mort de son plus sûr confident, le Père Joseph.
Fils d’un président du Parlement, François Joseph Leclerc du Tremblay est né à Paris le 4 novembre 1577. Après un brillant passage à l’armée et à la cour, il entre dans les ordres où il devient le « Père Joseph ».
Homme d’action comme de réflexion, il prêche dans les églises, envoie des missions à l’étranger, fonde le couvent des « Filles du Calvaire » et travaille à la conversion des protestants. En 1616, il est appelé pour servir de médiateur entre Marie de Médicis et les princes. Entré malgré lui dans l’arène politique, le capucin gagne l’estime et l’amitié de Richelieu, qui, en 1624, le prend comme conseiller personnel.

Marie-Antoinette : de Versailles à l’échafaud

Portrait de Marie-Antoinette (1755-1793).
Portrait de Marie-Antoinette (1755-1793).

C’est une jeune fille pétulante, vive et joyeuse qui, le 14 mai 1769, épouse le dauphin de France, Louis-Auguste de Bourbon. Le jeune marié se montre taciturne, renfermé et extrêmement timide et les premiers contacts sont loin d’être prometteurs mais cela ne semble pas refroidir l’enthousiasme de Marie-Antoinette qui quitte avec bonheur –et une légère inquiétude cependant- la placide cour d’Autriche.
Elevée dans un milieu presque bourgeois selon les désirs de sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse, Maria Antonia Josepha Johanne, dite Marie-Antoinette, va rapidement se mettre au fait des exigences d’une cour où l’on ne plaisante pas avec l’étiquette. Une cour où les haines et les cabales animent la vie des courtisans aussi. Une cour, enfin, qui est réputée comme la plus fastueuse d’Europe. Après quelques temps d’adaptation, la jeune femme s’y sentira tout à fait à l’aise.
La petite dauphine a du charme ; elle le sait et elle en joue : le roi Louis XV y succombe, ainsi que le peuple de Paris. Quant à son mari, Louis-Auguste, son ascendant sur lui est grandissant.

Le chevalier d’Eon : « cherchez la femme »

Le chevalier d'Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).
Le chevalier d’Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).

Londres, le 21 mai 1810, dix heures du soir : une vieille femme expire, assistée d’un prêtre et de sa dame de compagnie. On ne saura que plus tard que la dite « vieille femme » n’était autre que… le chevalier d’Éon. Mais, au fait, chevalier ou chevalière ?
Fils d’un avocat au Parlement de Bourgogne, avocat lui-même, Charles, Geneviève, Louise, Auguste, André, Thimothée d’Éon de Beaumont quitte bien vite la robe de magistrat pour entamer une carrière internationale… d’agent secret. Sa première mission le conduit en Russie. C’est également la première fois que son travestissement est avéré. Car c’est  sous le nom de Lya de Beaumont et en tant que lectrice à la cour de la tsarine Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, que l’agent secret de Louis XV opère. La délicatesse de ses traits et un art consommé du déguisement assure son succès.

Madame Geoffrin, la “mère” du roi Stanislas

Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.
Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.

On le sait, le XVIIe siècle mais surtout le XVIIIe siècle seront les siècles des salons. C’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de madame de Rambouillet qu’allait naître une mode qui fera la joie -et la gloire- de quelques beaux esprits ou de ceux qui se voyaient tels. Exilée volontaire de la cour d’Henri IV -qu’elle jugeait trop licencieuse-, madame de Rambouillet animera, de 1610 à 1660, une "espèce d’académie de beaux-esprits, de galanterie, de vertu et de science", selon le mot de Saint-Simon. Le cardinal de Richelieu, Condé, Malherbe, La Rochefoucauld, madame de Longueville, madame de Scudéry, pour ne citer les plus célèbres, se pressaient autour de Catherine de Rambouillet, devenue pour l’occasion Arthenice, et jouaient de galanterie, critiquaient les ouvrages récents ou faisaient assaut d’esprit et de philosophie. C’est à l’hôtel de Rambouillet que Corneille jouera la première de Polyeucte, que Bossuet, âgé de seize ans à peine, improvisera un sermon. Philosophes, poètes, tous, se voyaient contraint de passer sous le regard critique des habitués s’ils avaient l’ambition ne serait-ce que d’exister.
Au siècle suivant, la mode resta aux salons dont certains, par contre, allaient se "spécialiser", les uns accueillant les poètes, les autres les philosophes, les autres encore les scientifiques. Ce ne sera pas le cas du salon de madame Geoffrin qui devait demeurer dans la généralité.

Charles XII de Suède, le « roi de fer »

Une balle pesant une demi-livre l’avait atteint à la tempe droite (…) L’instant de sa blessure avait été celui de sa mort ; cependant il avait eu la force, en expirant d’une manière si subite, de mettre, par un mouvement naturel, la main sur la garde de son épée et était encore dans cette attitude.
C’est ainsi que Voltaire décrit la mort de Charles XII, le 11 décembre 1718, devant la forteresse norvégienne de Frederickshall qu’il assiégeait.

Budé, le prodige de la France

Guillaume Budé (1458-1540) en pied -gravure du XIXe siècle.
Guillaume Budé (1458-1540) en pied -gravure du XIXe siècle.

Surnommé par Erasme le "prodige de la France" -ce qui n’est pas un mince compliment, cet humaniste était un véritable touche-à-tout intellectuel. La théologie, la philosophie, la philologie, le droit, la numismatique, les sciences en général et les mathématiques en particulier : autant de matière qui feront sa renommée. Sans compter, bien sûr, la principale de ses passions : le grec. De fait, l’auteur du Commentarii linguae graeccae,  (1529) a sans doute était d’un apport essentiel à la propagation de l’étude du grec en France.
Mais à une époque où le savoir était décidément un atout de poids, Budé ne va pas uniquement jouer les professeurs ou les maîtres en sciences. Sur la demande de Louis XII puis de François Ier, il mettra ses talents au service de son pays, dirigeant diverses missions diplomatiques, se servira ensuite de son crédit auprès du souverain pour obtenir la création du Collège de France puis de la bibliothèque royale de Fontainebleau. Un érudit, donc, mais avant tout un dispensateur de savoir et de culture.

Elisabeth Bathory : la comtesse sanglante

Affiche d'un des nombreux films consacrés à la comtesse Bathory (sorti en 2008).
Affiche d’un des nombreux films consacrés à la comtesse Bathory (sorti en 2008).

C’est sans aucun doute à sa haute naissance qu’Elisabeth Bathory doit d’avoir survécu aux accusations qui furent portées contre elle. Née dans une célèbre et très ancienne famille noble de Hongrie, nièce du roi de Pologne Etienne Ier Bathory, Elisabeth Bathory est un véritable folklore à elle seule. Car cette jeune femme, au demeurant fort riche, mariée à un soldat de prestige, va commettre une série de crimes sanglants. D’où son surnom de "comtesse sanglante" ou de "comtesse Dracula". Des surnoms aussi évocateurs et peu flatteurs l’un que l’autre ; des surnoms dus autant à la nature des crimes de la comtesse qu’à l’endroit où les faits se déroulèrent.
C’est en 1575, alors qu’elle âgée que de 15 ans, qu’Elisabeth Bathory épouse un général de l’armée hongroise, le comte Ferenc Nadasdy. Le couple s’installe alors dans les Carpates, au château de Csej, qu’il a acquis depuis peu. La fonction du comte, devenu commandant en chef des armées hongroises, la guerre contre les Ottomans, qui commence en 1593, vont donner tout loisir à son épouse pour assouvir ses plus bas instincts. Elle le fera des années durant, jusqu’à ce qu’en 1604, alors que les rumeurs les plus folles circulent dans la région, un prêtre se rende à la cour de Vienne pour avertir la cour. Il le fera publiquement, ce qui n’empêchera pas la justice impériale de ne commencer son enquête… qu’en 1610. Autant dire que la comtesse devait être certaine de son impunité ; autant dire que la justice répugnait à s’attaquer à un aussi haut personnage. Pourtant, les faits appelaient l’urgence.

Jeannin, l’art de la diplomatie

En 1607, Henri IV soutient les Pays-Bas insurgés contre l’Espagne et veut en faire un État indépendant qui serait l’allié naturel de la France. Dans ce but, le souverain français envoie à La Haye Pierre Jeannin (1540-1623), dit le président Jeannin, fils d’un tanneur d’Autun. Cet ancien ligueur, devenu président du parlement de Dijon, est l’un des conseillers les plus écoutés du roi.
Se posant en médiateur incontournable, Jeannin dirige les négociations entre l’Espagne et les États révoltés. Elles aboutissent, le 9 avril 1609, à une trêve de douze années qui marque la naissance des Provinces-Unies. C’est un succès absolu pour la France.

Henri IV, le souverain réaliste

Portrait d'Henri IV (1553-1610).
Portrait d’Henri IV (1553-1610).

Lorsque Henri III meurt assassiné en 1589, il n’a pas d’héritier… si ce n’est celui qu’il a lui-même désigné : son cousin et beau-frère Henri, roi de Navarre. Descendant en huitième génération de Robert de Clermont, un fils de saint Louis, par son père, fils de Jeanne d’Albret reine de Navarre, Henri est, si l’on s’en réfère à la loi salique, l’héritier légitime du Valois. Mais un héritier hérétique…
Elevé dans la religion calviniste, chef du parti huguenot depuis 1569, Henri devient l’héritier présomptif à la mort du dernier frère d’Henri III, le duc d’Alençon (1584). Une succession qui rebute d’avance le parti catholique, qui connaît dès lors un regain de vigueur, dont le paroxysme est atteint cinq ans plus tard lors de l’assassinat du dernier des Valois. Roi de fait, Henri de Navarre, devenu Henri IV, n’en est pas moins le souverain des huguenots seulement, les catholiques refusant de la reconnaître comme tel. Une situation dont la Ligue, qui a « son » roi, le cardinal de Bourbon, dit Charles X, et les Espagnols, également prétendants au nom de l’infante Isabelle, aimeraient tirer parti. Ce sera sans grand succès, du fait des dissensions même du parti catholique. Des dissensions qui vont également sauver la couronne si fragile d’Henri IV qui, rapidement, comprend que le seul obstacle à son acceptation par tout le royaume est sa profession de Foi. En 1594, Henri IV se convertit –pour la seconde et dernière fois-, se fait sacrer à Chartres, reprend Paris et, par le traité de Vervins (1598) met fin à trente années de guerre se posant désormais en rassembleur du peuple.

Pierre le Grand : un regard tourné vers l’Occident

Pierre le Grand (1672-1725) dirigeant la construction de Saint-Pétersbourg (tableau du XVIIIe siècle).
Pierre le Grand (1672-1725) dirigeant la construction de Saint-Pétersbourg (tableau du XVIIIe siècle).

Admiré par les uns, honni par les autres, Pierre le Grand demeure sans conteste l’un des tsars les plus controversés de l’ancienne Russie.
Né en 1672, Pierre Alexeïevitch ceint la couronne à l’âge de dix ans tout juste et partage le pouvoir avec son demi-frère, Ivan V. En 1689, il renverse son frère et occupe seul le trône. Décidé à sortir la Russie de son carcan féodal, il modernise l’industrie du pays et, surtout, tente de trouver des ouvertures maritimes vers les « mers chaudes ».
La Russie entre ainsi en guerre contre les Turcs auxquels elle prend le port d’Azov en 1696 puis se tourne vers le Nord où elle dispute à la Suède la Finlande, l’Estonie, la Livonie et la Poméranie. Le conflit durera plus de vingt ans mais, avant même la fin de la guerre, la Russie aura repoussé ses frontières jusqu’à la Baltique et acquis les provinces d’Estonie, de Livonie, de Carélie et d’Ingrie.
Mais Pierre le Grand n’est pas seulement un conquérant : il ouvre son pays à la civilisation européenne du XVIIe siècle. Après un voyage en Europe, il introduit le tabac, adopte le vêtement européen et supprime le port de la barbe.