Les Seldjoukides font main basse sur le monde musulman

La bataille de Manzikert.
La bataille de Manzikert.

C’est dans le Turkestan occidental que voit le jour, au cours du Xe siècle, la tribu des Seldjoukides. Son nom vient de son premier chef, Seldjouk, qui conduisit sa tribu des bords de la Syr-Daria au Turkestan avant qu’elle ne s’établisse dans la région de Boukhara (vers 985). Soldats de Samanides -une dynastie persane-, les Seldjoukides allaient bénéficier de la chute de ces derniers pour se faire céder, par les Ghaznévides qui leur succédaient, le Khorassan. C’est là, vers 1035, que les Seldjoukides vont se révéler sous l’impulsion de Toghroul-beg, leur chef.
Ardent musulman sunnite, ce dernier devait soumettre toute la Perse et apporter son soutien au calife de Bagdad, alors sous la coupe de chiites.De fait, l’expansion des Seldjoukides devait très largement bénéficier de l’anarchie dans laquelle se trouvait le monde musulman au XIe siècle. Car à l’opposition religieuse entre chiites et sunnites, s’ajoutait le morcellement politique. A Bagdad, par exemple, le calife, sous tutelle iranienne, voyait battue en brèche l’autorité des Fatimides d’Egypte ; la Syrie était le proie des luttes entre les dynastie locales depuis que les Ommeyyades avaient disparu du champ politique.
Toghroul-beg allait pleinement profiter de la situation. Entré en maître à Bagdad après avoir soumis toute la Perse, Toghroul-beg devait s’imposer comme vicaire temporel du calife abbasside qui lui donnera le titre de « sultan » en sus de sa propre fille. Le successeur de Toghroul-beg, son neveu Alp-Arslan tentera d’intégrer les Seldjoukides dans un Etat centralisé et hiérarchisé.

La ceinture de chasteté : un mythe tenace

La cour d'amour au Moyen Âge.
La cour d’amour au Moyen Âge.

Bien peu de gens connaissent le lais de Marie de France qui évoque une amoureuse nouant le bas de la chemise de son compagnon et ce dernier plaçant une ceinture autour de la taille de son amante, signes que seul celui ou celle « qui sera capable de défaire la ceinture ou la chemise de couper ou briser » pourra aimer l’un ou l’autre. Pourtant, de cet écrit du XIIe siècle et de l’imaginaire populaire qui veut que seul ce terrible et obscur Moyen Âge ait pu inventer une telle horreur et faire preuve d’autant de mysoginie, est né le « demi-mythe » de la ceinture de chasteté médiévale. « Demi-mythe » parce que les ceintures de chasteté ont effectivement existé… mais pas au Moyen Âge ! Ce dont parle Marie de France n’est, selon l’historienne Régine Pernoud, qu’un symbole, à l’image des ceintures de cordes portées par les religieux et les religieuses et qui représentent l’un des trois vœux de l’état religieux, à savoir la chasteté.

Échec et mat !

Pièce du jeu dit de Charlemagne.
Pièce du jeu dit de Charlemagne.

Apparus dès le IXe siècle en France, les échecs font partie des nombreux jeux de « table » du Moyen Âge et connaissent un engouement incroyable au XIIe siècle. Occasions de s’essayer à la stratégie, sujets de traités de moralisation, de sermons ou de scènes dans la littérature de l’époque, ils faisaient aussi l’objet de paris et ponctuaient la vie des hommes du Moyen Âge.
L’origine du jeu d’échecs reste obscure : aussi de nombreuses légendes sont-elles venues «au secours de l’histoire» pour en expliquer la provenance.
La plus célèbre situe l’invention des échecs en Inde. Au Ve siècle de notre ère, Schéram, roi d’une partie du pays, faisait vivre son peuple dans la terreur et aucun de ses sujets ne pouvait lui faire la moindre remontrance sans être banni sur l’heure. C’est alors que Sessa, membre de la caste des Brahmanes, trouva un moyen de donner au roi une leçon sans craindre d’attirer sa haine. Il fut assez intelligent pour imaginer le jeu des échecs, où la pièce la plus importante, le roi, ne peut faire un pas sans l’aide de ses sujets, les pions.
Cette critique ingénieuse interpella le souverain qui, séduit par la subtilité du jeu, promit de réformer sa conduite et s’adonna désormais au plaisir du jeu.

Les « valses » de Vienne

Blason des comtes de Habsbourg, d'après une peinture murale.
Blason des comtes de Habsbourg, d’après une peinture murale.

Déjà, dans l’antiquité, Vindobona était un important établissement celte. Camp militaire romain placé sur la frontière du Danube, dans la province de Pannonie, c’est là que l’empereur Marc Aurèle décèdera (180) durant la guerre contre les Marcomans. Totalement ruinée par les grandes invasions, Vienne semble avoir commencé à renaître au VIIIe siècle. Elle faisait alors partie de la marche de Pannonie, qui marquait la fin de l’influence franque. Ce n’est qu’en 1142, qu’elle acquit son titre de capitale du duché d’Autriche, alors aux mains de la maison de Babenberg. La ville connut un premier épanouissement sous Léopold VI le Glorieux (1198-1230), sous lequel furent construites les parties les plus anciennes de la Hofburg et qui fit de sa cour un des foyers du Minnesang, l’art poétique exaltant les vertus et les héros germaniques. Frédéric II de Hohenstaufen, vainqueur des Babenberg, donnera à la capitale autrichienne les privilèges d’une cité impériale. Prise brièvement par Ottokar de Bohême, Vienne passera ensuite sous l’autorité de Rodolphe Ier de Habsourg (1278). Elle devait rester à cette famille durant les siècles à venir, le destin des deux étant désormais irrémédiablement liés.

Le roi Arthur : les secrets d’une légende

Modèle de chevalerie et de courtoisie, roi sage et vaillant,
Arthur est un des plus célèbres mythes du Moyen Âge.
Mais qui était réellement Arthur ?
Un personnage historique ? Un combattant de la mythologie irlandaise ?
Un roi « fabriqué » de toutes pièces par les Plantagenêt ?
Essayant de répondre à ces questions, l’auteur nous plonge, avec passion, dans la légende et tente de dérouler, pour nous, l’écheveau de sa naissance.

Chichén Itzá, en l’honneur du dieu Chac

Pyramide de Chichen Itza.
Pyramide de Chichen Itza.

Fondée vers le milieu du VIe siècle de notre ère sur la presqu’île du Yucatan, Chichén Itzá ne fut qu’un poste frontière de l’Empire maya avant d’atteindre le rang, vers le milieu du Xe siècle, d’un des principaux centres de l’Empire, puis celui de capitale sous la domination Toltèque (XIIIe siècle). C’est là qu’elle connut son apogée, notamment comme centre religieux, avant d’être littéralement abandonnée, désertée par ses habitants pour des raisons encore inconnues (XVe siècle).
Désormais, les ruines de Chichén Itzá se dressent sur la plaine côtière de la mer des Caraïbes, dans une région de roche calcaire recouvrant de gigantesques nappes d’eau. Mais par endroits, lorsque la croûte superficielle s’effondre, apparaissent de vastes puits naturels que les Mayas appelaient chen ou tz’onot, déformé en cenote. De même, on peut encore voir, près de Chichén Itzá, un célèbre cénotaphe qui constituait un lieu de pèlerinage où les fidèles de l’Empire maya venaient adorer Chac, le dieu de la pluie : on avait coutume de jeter dans le puits, profond de vingt mètres, des offrandes et même des victimes humaines dont on a retrouvé des ossements mêlés aux bijoux de jade, d’os et aux disques d’or ciselé offerts à l’exigeante divinité.

Lancelot du Lac : le parfait chevalier

Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.
Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.

Il a pas moins de huit siècles et pourtant, Lancelot du Lac est sans nul doute le plus célèbre des amants. Il en est même l’archétype. Depuis huit siècles, il sert de modèle aux amants malheureux, quand rien ne le prédestinait à cela. De fait, Lancelot, pourvu de tous les dons, de toutes les qualités, avait tout pour être le parfait chevalier. En un sens, il le deviendra d’ailleurs, mais à travers son amour interdit, par cet amour pour la femme d’un autre.
Fils du roi de Bretagne, Lancelot est né en petite Bretagne, un territoire qui s’étendait alors de Vannes à Bellême, du Mont-Saint-Michel au Mans. Enlevé dès le lendemain de sa naissance, il sera élevé par la Dame du Lac -d’où son nom- qui le considérera comme un fils. Déjà, le destin de Lancelot est exceptionnel. Car la Dame du Lac est une fée et que comme toutes les fées elle est un être de l’Autre monde ; un monde qui est autant celui des morts que celui du savoir -seule la mort apporte la connaissance et la compréhension du monde. Comme toutes les fées également elle fait le lien entre le monde des vivants et celui des morts, entre le monde naturel et le monde surnaturel. C’est donc dans cet environnement particulier que Lancelot est éduqué. C’est dans cet environnement qu’il acquiert son statu de plus pur et plus parfait des chevaliers… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la reine Guenièvre.

La Bohême, la Bohême…

Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).
Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).

On suppose, sans en avoir de certitude, que c’est des Celtes béoïens que la Bohême tire son nom. Des Celtes qui, vers 60 après J.-C. seront repoussés par les Germains, lesquels devaient s’installer six siècles durant sur ce territoire d’Europe centrale. Remplacés au VIe siècle par les Slaves tchèques, les Germains devaient alors émigrer vers la Bavière, laissant la place à un peuple qui, au IXe siècle, allaient rattacher la Bohême au royaume de Grande Moravie, détruit par les Hongrois en 907-908. Deux peuples s’affrontaient alors : les Germains, en la personne des rois allemands devenus suzerains de Bohême, et les Slaves en la personne des ducs de Bohême issus de la maison de Prémyslides. Un antagonisme qui devait se manifester notamment lors de la mission d’apostolat des slaves Cyrille et Méthode, qui évangélisèrent la Bohême au Xe siècle. Irrémédiablement liée au Saint Empire romain germanique dont les ducs de Bohême étaient les vassaux, la dynastie des Prémyslides devait perdurer jusqu’au début du XIVe siècle. Mais, déjà, au siècle précédent, la Bohême devait connaître une forte colonisation allemande et c’est assez naturellement que, à la mort du dernier représentant de la dynastie slave, la Bohême passa sous l’autorité de Jean de Luxembourg, le fils de l’empereur du Saint Empire, Henri VII.
C’est donc désormais sous l’autorité de la maison de Luxembourg que la Bohême devait s’épanouir.

Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.

Les Normands : féaux du roi de France ?

Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).
Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).

Selon certains historiens, notamment Philippe Maurice, auteur de Guillaume le Conquérant, la Normandie ne fut pas, à sa création, un duché comme les autres. En effet, Rollon n’aurait reçu le fief normand que comme une « donation » pour laquelle il n’y avait donc pas d’hommage lige à rendre. Un diplôme de 918 confirme cette assertion en précisant que cette donation fut faite « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et à ses compagnons, pour la sauvegarde du royaume ». De fait, s’il n’y avait pas d’hommage, Charles III le Simple pouvait se permettre, à terme, d’attaquer les Normands et de leur reprendre leur fief. D’un autre côté, le Carolingien se privait d’un soutien particulièrement efficace… et Rollon sera d’une fidélité exemplaire. L’aurait-il été s’il n’avait été assujetti par aucun hommage ? De même, comment expliquer l’intervention, comme suzerain et seigneur devant protection à son féal, de Louis IV d’Outremer lors de la minorité de Richard sans Peur ? Certes, Louis ne respectera nullement son devoir de suzerain, mais s’il n’y avait eu aucun lien de suzeraineté, les seigneurs normands auraient-ils accepté si facilement le départ du petit duc ?