La Bohême, la Bohême…

Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).
Vue de Prague (gravure du XIXe siècle).

On suppose, sans en avoir de certitude, que c’est des Celtes béoïens que la Bohême tire son nom. Des Celtes qui, vers 60 après J.-C. seront repoussés par les Germains, lesquels devaient s’installer six siècles durant sur ce territoire d’Europe centrale. Remplacés au VIe siècle par les Slaves tchèques, les Germains devaient alors émigrer vers la Bavière, laissant la place à un peuple qui, au IXe siècle, allaient rattacher la Bohême au royaume de Grande Moravie, détruit par les Hongrois en 907-908. Deux peuples s’affrontaient alors : les Germains, en la personne des rois allemands devenus suzerains de Bohême, et les Slaves en la personne des ducs de Bohême issus de la maison de Prémyslides. Un antagonisme qui devait se manifester notamment lors de la mission d’apostolat des slaves Cyrille et Méthode, qui évangélisèrent la Bohême au Xe siècle. Irrémédiablement liée au Saint Empire romain germanique dont les ducs de Bohême étaient les vassaux, la dynastie des Prémyslides devait perdurer jusqu’au début du XIVe siècle. Mais, déjà, au siècle précédent, la Bohême devait connaître une forte colonisation allemande et c’est assez naturellement que, à la mort du dernier représentant de la dynastie slave, la Bohême passa sous l’autorité de Jean de Luxembourg, le fils de l’empereur du Saint Empire, Henri VII.
C’est donc désormais sous l’autorité de la maison de Luxembourg que la Bohême devait s’épanouir.

Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.

Les Normands : féaux du roi de France ?

Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).
Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).

Selon certains historiens, notamment Philippe Maurice, auteur de Guillaume le Conquérant, la Normandie ne fut pas, à sa création, un duché comme les autres. En effet, Rollon n’aurait reçu le fief normand que comme une « donation » pour laquelle il n’y avait donc pas d’hommage lige à rendre. Un diplôme de 918 confirme cette assertion en précisant que cette donation fut faite « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et à ses compagnons, pour la sauvegarde du royaume ». De fait, s’il n’y avait pas d’hommage, Charles III le Simple pouvait se permettre, à terme, d’attaquer les Normands et de leur reprendre leur fief. D’un autre côté, le Carolingien se privait d’un soutien particulièrement efficace… et Rollon sera d’une fidélité exemplaire. L’aurait-il été s’il n’avait été assujetti par aucun hommage ? De même, comment expliquer l’intervention, comme suzerain et seigneur devant protection à son féal, de Louis IV d’Outremer lors de la minorité de Richard sans Peur ? Certes, Louis ne respectera nullement son devoir de suzerain, mais s’il n’y avait eu aucun lien de suzeraineté, les seigneurs normands auraient-ils accepté si facilement le départ du petit duc ?

La “curia regis” ou le prix de l’indépendance

La Justice (d'après une enluminure du Moyen Âge).
La Justice (d’après une enluminure du Moyen Âge).

Le roi n’est qu’un seigneur comme les autres. Voilà comment on pourrait résumer la raison d’être du parlement au Moyen Age. De fait, les premiers Capétiens n’avaient guère de terre et guère de pouvoir face à des féodaux occupés à leur propre intérêt et souvent plus puissant que le souverain lui-même. Hugues Capet avait été désigné par ses pairs pour prendre la succession des Carolingiens et, des siècles durant, les féodaux se feront un plaisir de le rappeler au souverain. Pour asseoir ses décisions les plus importantes, ce dernier n’avait alors d’autre choix que de chercher le soutien de ces seigneurs. Et c’est ce qu’il fera à travers un conseil composé de vassaux ecclésiastiques et laïcs ; un conseil qui prendra le nom de "curia regis", de "cour du roi" et qui est l’ancêtre du parlement.
Analogue aux cours féodales que l’on retrouvait chez tous les grands seigneurs, elle s’assemblait d’ordinaire lors des grandes fêtes religieuses et avait des attributions autant judiciaires que politique. Une déclaration de guerre, un départ à la croisade, une signature de paix : voilà les sujets que la cour du roi avait à traiter.

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.

Guillaume d’Aquitaine, le roi des troubadours

Guillaume IX d'Aquitaine et sa cour (1071-1127).
Guillaume IX d’Aquitaine et sa cour (1071-1127).

Paradoxalement, c’est à un «  grand trompeur de dames, riche en aventures galantes », selon ses contemporains, que l’on doit ce qui va devenir un véritable art de vivre après avoir été un art littéraire : l’amour courtois.
Guillaume IX d’Aquitaine est à peine âgé d’une quinzaine d’années lorsque, en 1085, il succède à son père à la tête du duché d’Aquitaine. Il prend alors possession d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, ce qui fait de lui un des plus puissants féaux du royaume de France. S’il n’a guère marqué son époque au regard du politique, excepté quelques actions dans la Reconquista, l’empreinte intellectuelle qu’il a laissé est indéniable.
Amateur de bonne chère et de «  bonne chaire », poète à ses heures, volontiers licencieux dans ses propos ou ses écrits, Guillaume le Troubadour a laissé onze chansons au total, dont quatre qui marquent la naissance du fin amor, dit aussi amour courtois.
Où nous mîmes à la guerre fin,
Quand elle me donna un don si grand,
Son amour et son anneau :
Que Dieu me laisse vivre tant
Quand j’aie mes mains sous son manteau !

D’Erin en Ulster

Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).

Parce que le conflit irlandais était -et est encore un peu- une guerre moderne, on oublie bien souvent que l’Ulster, terre des protestants mais aussi des Anglais, est un territoire depuis longtemps séparé du reste de l’Irlande. On oublie que cela fait des siècles que l’histoire de l’Ulster est différente de celle de l’Erin -désormais l’Eire.
L’Uladt, puisque tel est le nom originel de l’Ulster, formait, au début de notre ère, un vaste royaume, comprenant près de la moitié de l’île. Démembré au IV siècle, l’Uladt allait voir la domination des O’Neil, une famille puissante, qui devait cependant s’incliner face aux troupes de John de Courcy… au XIIe siècle. C’est de cette époque que date la domination anglaise su le nord de l’île puisque c’est pour le compte des souverains anglo-normands qu’agissait Courcy. Et une domination qui ne devait pas cesser, s’étendant toujours plus, au contraire. A John de Courcy et à sa famille allait succéder Hugh de Lacy, un seigneur de la suite de Jean sans Terre qui, en 1205, prend pour la première fois le titre de comte d’Ulster. Un titre plus qu’autre chose puisque "l’Ulster" se limitait alors au seul comté de Down. Il faudra attendre les règnes d’Elisabeth Ire et de Jacques Ier pour que s’étende la domination anglaise dans le nord de l’Irlande : vers le comté de Londonderry -initialement comté de Coleraine- d’abord puis vers sept autres comtés du nord -Antrim, Armagh, Monaghan, Tyrone, Fermanagh et Cavan.

Harcourt : une famille française

Un combat au Xe siècle, d'après une peinture murale.
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.

La famille d’Harcourt disait remonter à Bernard le Danois, un compagnon de Rollon, lequel aurait offert, à son ancien compagnon d’armes le domaine d’Harcourt. Seigneurie comprenant les terres d’Elbeuf et de Lillebonne, elle devait être érigée en comté par Philippe VI au XIVe siècle. De fait, plusieurs de ses membres s’étaient déjà distingués par le passé : Jean II d’Harcourt avait combattu à Tunis avec saint Louis et était devenu maréchal de France sous Philippe le Hardi puis amiral de France ; Raoul d’Harcourt s’était distingué, aux XIIIe-XIVe siècles, comme chanoine de Paris et, surtout, conseiller de Philippe le Bel. C’est lui, qui, en 1280, avait fondé le collège d’Harcourt, devenu ensuite le lycée Saint-Louis. Godefroi d’Harcourt, qui avait opté pour la maison d’Angleterre, avait conduit des troupes lors de la bataille de Crécy et inspiré la descente des troupes d’Edouard III sur la Normandie. Il sera finalement tué lors d’un combat contre les Français sur la Vire.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.

La légende noire de l’Inquisition

L'Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.
L’Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.

Un dominicain brandissant sa croix, un malheureux supplicié, des bûchers, des autodafé : de Bernard Gui au Nom de la Rose, l’Inquisition est une succession d’images toutes plus sombres les unes que les autres. Elles sont fausses pour la plupart…
Dès son origine, l’Eglise a été en butte aux hérésies. La chose est assez normale et même relativement saine : cela prouve tout simplement que les chrétiens des premiers siècles pensaient, réfléchissaient et tentaient de comprendre. Et comme chaque hérésie soulève un problème, pose une interrogation, elles ont permis à l’Eglise d’affiner ses dogmes. Mais ceux qui ne se soumettaient pas à ces dogmes ? Ils étaient tout simplement excommuniés ! Car si de tous temps l’Eglise a considéré de son devoir de combattre les hérésies, la majorité des Pères de l’Eglise condamnaient fermement le châtiment physique. Ce sont les autorités civiles, dès lors que le christianisme devint religion d’Etat sous l’ère constantinienne, qui allaient mettre en branle la répression. Assimilant un peu légèrement –et sans doute par intérêt- l’hérésie à un crime de lèse-majesté, les empereurs vont utiliser la confiscation des biens et parfois la mort contre les hérétiques. Ce sera notamment le cas des donatistes, au IVe siècle, qui posait la question de la validité des sacrements, c’est-à-dire de savoir si elle était liée ou non à celui qui les administrait.