Le Danemark : d’un empire à l’autre

Reproduction d'une pierre runique.
Reproduction d’une pierre runique.

Si l’archéologie atteste que le Danemark était habité depuis 10 000 avant J.-C., au début de l’ère chrétienne, ce sont des peuples germaniques, Cimbres, Jutes et Angles qui forment sa population.Ce n’est en fait que vers 500 après J.-C., que les Vikings, venus de Scandinavie, s’établirent au Danemark, poussant, dans la foulée, jusqu’à la Grande-Bretagne qu’ils entreprirent de conquérir. D’ailleurs, les Danois devaient prendre une part importante dans les expéditions des Vikings en Europe occidentale ou en Russie et ce n’est que vers la fin du VIIIe siècle qu’ils devaient se donner une indépendance, instaurant un royaume qui s’étendait jusqu’au sud de la Suède et sur le Schleswig. Au XIe siècle, alors que les Danois avaient déjà eu maille à partir avec les Francs, ils décidèrent de protéger leur frontière par une ligne fortifiée sur le Dannexerk. Cet isolement relatif ne devait pas empêcher la conversion au christianisme des Danois, notamment après la conversion du premier d’entre eux, le roi Harald à la Dent bleue (960). A cette période, le danemark était d’ailleurs devenu une redoutable puissance dans l’Europe septentrionale. Harald, qui mourut en 985, était intervenu en Norvège ; son fils, Sven, à la Barbe fourchue, la soumettra après s’être fait reconnaître roi du Danemark et avoir conquis la Grande-Bretagne (1016). La mer du Nord était, dès lors, sous contrôle complet des Danois. Un véritable empire du Nord qui ne devait pas survivre à Canut dit aussi Knut le Grand (mort en 1035). Dès 1042, la Grande-Bretagne se libéra des Danois qui perdirent également la Norvège.

La solidarité des ménestrels

Des ménestrels, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Des ménestrels, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Alors que les troubadours de Provence, et les trouvères de Champagne composent des épopées ou des chansons, le ménestrel, comme le jongleur, auquel il est bien souvent associé, a pour unique vocation de parcourir les routes, allant de châteaux en demeures, pour chanter quelques chansons ou jouer de la musique. Et alors que les confréries se répandent surtout aux XIIIe et XIVe siècles, cette vie d’errance va pousser les musiciens à se constituer, avant les autres, en confréries. Le 14 septembre 1321, la première d’entre elles se constitue à Paris, sous le nom de Saint-Julien-des-ménestrels, permettant à tous les musiciens de Paris de se soutenir et de se porter assistance.

La Norvège : le pays qui n’avait pas de nom

Un guerrier viking, d'après une illustration du XIXe siècle.
Un guerrier viking, d’après une illustration du XIXe siècle.

Dernier pays d’Europe occidentale à avoir acquis son indépendance politique (1905), assujetti à ses voisins scandinaves des siècles durant, la Norvège, ce pays qui n’a pas même de nom –Nordhrvegr signifie le « chemin du Nord »- a connu une histoire mouvementée, pour ne pas dire chaotique.
Peuplée de marins, de commerçants, d’éleveurs, la Norvège, comme le reste de la Scandinavie, était à l’origine régi par un système oligarchique qui, pendant des siècles, va empêcher l’émergence d’un pouvoir royal quelconque. Le premier à s’y essayer, Harald aux beaux cheveux, est issu de la famille des Yngligar, une famille de seigneurs dominant la région d’Oslo. Malgré une opposition farouche, la famille des Yngligar assurera sa prédominance et Harald, en cette toute fin de IXe siècle, deviendra le premier roi de Norvège. Une royauté éphémère, les fils d’Harald échouant à se maintenir face aux « jarls » -les chefs de clan. Un siècle plus tard, une nouvelle tentative d’instauration de la royauté verra la jour. Elle sera encore plus éphémère, Olaf Trygvesson ne régnant guère que cinq ans (995-1000), période à l’issue de laquelle les Danois s’empareront du pouvoir en la personne du très célèbre et très redouté Knut le Grand. De fait, l’histoire de la royauté norvégienne n’est rien de plus qu’une lutte incessante entre prétendants norvégiens –ils seront quelques-uns- et souverains danois. Parmi les premiers, trois sortiront du lot : saint Olaf, qui convertira la Norvège au christianisme, Magnus le Grand et Harald le Sévère. Mais les luttes de pouvoir n’allaient cesser d’affaiblir la noblesse, d’appauvrir le pays et, parallèlement, de renforcer le pouvoir des évêques, seule institution stable.

Le pays des Magyars

La couronne de saint Etienne de Hongrie (dessin moderne).
La couronne de saint Etienne de Hongrie (dessin moderne).

Initialement occupé par les Gètes, le territoire de la Hongrie actuelle fut envahi par les Celtes au IIIe siècle avant J.-C., aux mains desquels il devait demeurer un peu plus de trois siècles. Au cours du Ier siècle après J.-C., en effet, les Daces et les Sarmates devaient repousser les Celtes et s’établir dans la partie orientale du pays pour les premiers et dans la partie occidentale pour les seconds. Les Romains, à leur tour attirés par cette contrée, allaient conquérir toute la rive gauche du Danube -on connaît l’importance des fleuves comme moyens de communication et comme canal économique-, qu’ils tentaient de contrôler et créer les provinces de Pannonie inférieure et supérieure puis, après la soumission des Daces, de la Dacie supérieure et inférieure (au tout début du IIe siècle après J.-C.). Cette dernière conquête ne durera guère et bien avant les grandes invasions la Dacie devait être évacuée.
Les grandes invasions, qui commencent au début du IVe siècle après J.-C. allaient voir défiler sur la Hongrie une succession de peuples : les Vandales et les Ostrogoths, d’origine germanique, seront repoussés par les Huns d’Attila. Ce dernier établira d’ailleurs sa résidence principale en Hongrie septentrionale. Après le repli des Huns, la Hongrie se verra disputée par les Ostrogoths, les Lombards, les Gépides puis les Avares qui, au cours du VIIe siècle, devaient s’établir sur tout le pays… jusqu’à la fin du VIIIe siècle où les Avares devaient finalement céder sous les coups conjugués de Charlemagne -qui créera une marche de Pannonie- et des Bulgares, qui s’empareront de la Transylvanie.

Les « femmes savantes » : les femmes et l’art au Moyen Âge

Christine de Pisan (v.1365-v.1430)Épouses, mères, religieuses, les femmes du Moyen Âge, et notamment des XIIe et XIIIe siècles, étaient également des « femmes savantes » qui s’illustrèrent dans des domaines aussi variés que la littérature, la théologie, la médecine. Ainsi c’est à une femme, Herrade de Landsberg, abbesse du Mont Saint-Odile de 1167 à 1195, que l’on doit la première « encyclopédie » illustrée, destinée à l’instruction des moniales de l’abbaye. Et c’est une œuvre colossale qu’Herrade a rédigée : sous le titre poétique de Jardin des délices, elle a réuni des extraits de la Bible et des principales études de théologiens ou de Pères de l’Église et traité « d’astronomie, de chronologie, d’agriculture et horticulture, de toutes sortes de questions touchant l’homme, les arts, l’histoire », note Régine Pernoud. Mais Herrade de Landsberg n’est pas la seule religieuse à s’être préoccupée de l’instruction de ses sœurs.

L’ordalie : le jugement de Dieu

Une ordalie réclamée par Louis le Germanique (gravure du XIXe siècle).
Une ordalie réclamée par Louis le Germanique (gravure du XIXe siècle).

En usage chez les peuples germaniques, l’ordalie était une épreuve judiciaire –urtheil d’où vient le mot ordalie signifie jugement- reposant sur l’idée que le jugement de Dieu désignait, par la mort d’une des deux parties, le coupable et l’innocent. Le coupable étant, bien sûr, le mort. Ces duels judiciaires, qui se répandent en Europe surtout au VIe siècle, n’étaient pas les seules formes d’ordalies. L’ordalie dite unilatérale n’opposait pas un accusateur et un accusé mais la justice à un accusé ou un innocent d’ailleurs. Un procédé mis en place en cas de manque de preuve ou comme « complément de preuve » en quelque sorte. A l’accusé de prouver sa bonne foi en supportant le fer rouge ou l’eau bouillante. Si, après trois jours sans soin, il se relevait indemne, il était innocenté. Dans le cas contraire, il mourait le plus souvent.
Cette justice sommaire et expéditive, surtout pour les plus faibles de constitution ou de force moindre était donc sensée représenter le jugement de Dieu. Pourtant, dès le début, l’Eglise va se montrer très réticente pour ne pas dire opposé à ces ordalies.

Le droit de savoir…

Saint Thomas d'Aquin enseignant (gravure du XIXe siècle).
Saint Thomas d’Aquin enseignant (gravure du XIXe siècle).

A l’heure où les lycéens et les collégiens défilent dans les grandes villes de France ; où les enseignants et les parents d’élèves réclament toujours plus de crédits, refusent les suppressions de poste ; où une certaine France -au demeurant très médiatique- célèbre en grande pompe et avec force émissions de radio et de télévision Mai 68 et son héritage, il est bon de rappeler que l’enseignement, en France, n’a pas toujours été considéré comme un dû. Nées dès le XIe siècle, les universités européennes se faisaient fort d’enseigner la théologie, la philosophie, parfois la médecine -notamment à Montpellier- à l’élite intellectuelle occidentale. Une élite qui se targuait de connaissance, se piquait de dialogue avec les savants étrangers, notamment musulmans ou juifs, et qui, au final, élaborait une somme de connaissances absolument phénoménale. Certes, cette connaissance était réservée à un petit nombre ; certes elle était financée par l’Eglise au travers des écoles de cathédrales et de monastères, à l’origine des universités, mais elle appelait à la discussion, à la dialectique tout en s’ouvrant au plus grand nombre.
De fait, les fameux « collèges », qui donneront plus tard leur nom à l’institution que l’on connaît, étaient des pensions pour les étudiants pauvres. Créés au XIIIe siècle, ils allaient rapidement devenir des établissements également dévolus à l’enseignement -et plus seulement à l’hébergement- tout en respectant leur vocation première en direction des plus humbles. La Sorbonne, pour ne citer qu’elle, aura cette vocation comme cette évolution à une époque où le savoir était un droit mais également une faveur…

Quand l’empire du Milieu n’était pas… encore

Antiques vases chinois (gravure du XIXe siècle).
Antiques vases chinois (gravure du XIXe siècle).

Comme en Asie Mineure, berceau de l’humanité, la civilisation est née en Chine grâce à la fertilité d’un sol généreusement arrosé. Le fleuve Jaune, en dispensant à la Grande Plaine chinoise ses monceaux de limon, a fait naître, deux mille ans environ avant J.-C., de merveilleux agriculteurs, les premiers au monde à faire pousser le millet puis le riz.
Tandis que dans les steppes du Nord et de l’Est, certaines tribus en restent au stade de chasseurs nomades, celles de la Grande Plaine, de Pékin jusqu’au Houai-Ho au sud, s’appliquent avec acharnement à faire fructifier le sol : elles défrichent la brousse, assèchent les marais, endiguent les rivières. Car si la nature est généreuse, elle peut aussi être fatale : à la moindre sécheresse, la famine guette ; dès que le fleuve Jaune déborde, il envahit l’immense plaine et détruit les cultures.
La vie et la pensée du paysan chinois sont restées les mêmes pendant des siècles : elles suivent le rythme des saisons. Sa religion a pour but essentiel d’assurer l’harmonie entre le Ciel et le cycle agricole dans lequel préside le prince ou Fils du Ciel. Pour lui, tout l’univers s’explique par une opposition entre le principe masculin yang, qui règle le travail des champs, donne la chaleur, et le principe féminin yin, dont le domaine est le froid, l’hiver, le repli. À cette conception fondamentale du monde, s’ajoute un culte des ancêtres, destiné à assurer la survie de l’âme des défunts par des offrandes funéraires. Les textes les plus anciens nous montrent cette société paysanne chinoise divisée en classes : les nobles, avec le roi au sommet de la pyramide, défendent le peuple contre la menace constante des chasseurs nomades.

Les premiers siècles de la dynastie capétienne

La France aura connu cinq dynasties, toutes plus ou moins rattachées les unes aux autres. Les trois dernières font partie d’une même « race », celle que l’on nomme la race des Capétiens, parmi lesquels on distingue les Capétiens directs, les Capétiens-Valois et les Capétiens-Bourbons. Une race qui régna sur la France pas moins de huit siècles… une longévité dynastique qui était pourtant loin d’être évidente et qui sera maintes fois remise en cause, notamment lors des passages d’une branche à l’autre. Une longévité qui s’explique peut-être aussi par les règnes des premiers Capétiens…

A tout seigneur…

Souverain du IXe siècle, d'après une iconographie médiévale.
Souverain du IXe siècle, d’après une iconographie médiévale.

Parce qu’elle a vu l’apparition d’une de nos plus célèbres héroïnes nationales ; parce qu’elle a contribué à l’éclosion d’un Etat moderne, on présente généralement la guerre de Cent Ans comme le premier conflit national français. De fait, la notion de Nation en découlera effectivement mais la guerre de Cent Ans est l’archétype du conflit féodal. Que les féodaux en question aient été roi de France et roi d’Angleterre ne change rien à l’affaire. Sinon, comment expliquer que la France ait été à ce point divisée ? S’il s’était effectivement agi d’un conflit national, les seigneurs aquitains, bretons, tourangeaux et plus tard bourguignons n’auraient jamais combattu contre le roi de France, suzerain des seigneurs de ces terres… Cela tient au principe même de vassalité, du moins à son évolution à partir du IXe siècle. Une évolution voulue, favoriser par les rois eux-mêmes…
Vraisemblablement tiré du celte « gwas », qui signifie « homme », le mot même de vassal n’apparaît qu’au VIIIe siècle, mais, sur le principe, il fait suite au comitatus mérovingien qui lie un homme libre à son seigneur. Le principe de vassalité est donc un lien juré engageant le vassal envers son roi, à qui il doit fidélité, et ce dernier envers son sujet, à qui il doit protection. C’est donc un lien personnel entre le souverain et son sujet ; un lien qui constitue le principe même de souveraineté. Toute sa force résidait dans la personnalisation de l’engagement. Une personnalisation qui se perd dès le IXe siècle et du fait même des rois carolingiens.