Les Fils des Han

Han Gaozu de la dynastie Han.
Han Gaozu de la dynastie Han.

C’est après une période d’anarchie et alors que "l’empire" chinois n’en est qu’à ses prémices qu’apparaît Lieou Pang, un capitaine aventurier qui, après s’être constitué une troupe avec d’anciens prisonniers, s’empare du pouvoir et fonde la dynastie des Han. Une dynastie qui saura garder le pouvoir pendant quatre siècles et qui acquérera une telle légitimité que les Chinois modernes sont encore fiers de se dire Fils des Han.
Avec Lieou Pang, les lettrés confucéens ne sont guère à l’honneur : cet homme, resté simple, ne croit qu’à l’action. Après sa mort, en 195 av. J.-C., c’est la mère du « dauphin », trop jeune, qui tient les rênes pendant quinze ans, éliminant sans scrupules tous les éventuels rivaux. Des princes sans éclat lui succéderont sur le trône jusqu’à ce qu’arrive, en 140 av. J.-C., un empereur à la personnalité forte, Wou-ti. Cet homme remarquablement intelligent arrive au pouvoir à seize ans et le gardera pendant cinquante-trois ans. Il représente, en quelque sorte, l’équivalent de Louis XIV…

Les Teutoniques : les chevaliers à la croix noire

Un chevalier Teutonique à l'époque des croisades.
Un chevalier Teutonique à l’époque des croisades.

C’est sans doute le plus méconnu des grands ordres militaires nés en Terre sainte ; celui aussi sur lequel on aura écrit le plus d’énormités, décrivant comme « racial », un ordre tout simplement national. Enfin, l’ordre des chevaliers Teutoniques a eu une destinée étonnante, sans commune mesure avec celle de ses pairs, passant de la protection des pèlerins à la création d’un Etat conquérant.
C’est d’un simple hôpital créé, vers 1128, par des pèlerins allemands que l’ordre des chevaliers Teutoniques de l’Hôpital Sainte-Marie de Jérusalem tire son nom. Restructurée de par la volonté de Frédéric de Souabe, qui dirige le corps expéditionnaire allemand à Saint-Jean d’Acre en 1190, cette organisation, à l’origine purement hospitalière, devient un ordre militaire et hospitalier. La bénédiction du pape Célestin III l’élève au même rang que les deux ordres militaires de Palestine : les Templiers et les Hospitaliers. C’est d’ailleurs à ces deux ordres que les chevaliers Teutoniques vont emprunter la majorité de leur règle.

Les « fils de François »

Saint François montant aux cieux (détail d'une fresque).
Saint François montant aux cieux (détail d’une fresque).

Parce que son ordre et sa vocation était tout entier tourné vers le cœur, vers Dieu, le pauvre d’Assise avait à peine pris le temps d’esquisser les règles de son ordre. Résultat, à sa mort en 1226, ses fils se trouvèrent singulièrement désarmés. Rapidement, deux clans se formèrent ; rapidement, soit dès 1230-1239, période durant laquelle les papes allaient tout faire pour impliquer un peu plus les Franciscains dans l’exercice apostolique, au détriment de vœu de pauvreté, notamment. De fait, saint Bonaventure et d’autres Franciscains vont se révéler des atouts précieux dans la lutte contre les hérésies et dans l’approfondissement de la théologie universitaire. Mais qu’en était-il du principe même de l’ordre ? Qu’en était-il aussi du testament de saint François ? Si tous les fils de saint François ne s’émurent pas outre mesure de l’apparent abandon de la règle primitive, certains y virent une véritable trahison. Trahison à l’idéal auquel ils avaient adhéré ; trahison à l’esprit de saint François. Les Spirituels : tel sera leur nom.

Les Percy : entre fidélité et révolte

Un chevalier normand (d'après la tapisserie de Bayeux).
Un chevalier normand (d’après la tapisserie de Bayeux).

Comme souvent dans la noblesse anglaise, c’est en France, plus précisément en Normandie, que l’on trouve l’origine de la famille Percy. Guillaume de Perci -c’était l’écriture originale-, pour avoir participé à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant, recevra du Normand des terres dans le Hampshire, le Lincolnshire et le Yorkshire. Trois siècles plus tard, un autre Percy, Henry, allait se distinguer en battant et en faisant prisonnier le roi d’Ecosse, David II Bruce à Neville’s Cross. Son arrière-petit-fils, portant le même nom, se distinguera également contre les Ecossais, ce qui lui vaudra cette fois d’être fait comte de Northumberland par Richard II… qui le bannira vingt ans plus tard. Mal lui en prit. Changeant de camp, Henry de Percy allait être un des artisans de l’avènement du duc de Lancastre, couronné sous le nom d’Henri IV, avant de se brouiller également avec ce roi, entraînant dans sa révolte ses deux fils. Tous deux allaient périr, l’un lors de la bataille de Shrewbury, l’autre exécuté (1403). Faisant un temps acte de soumission, Henry de Percy -qui avait décidément la révolte dans le sang-, participera ensuite au complot de l’archevêque Scroope, fuit en France et fut tué en tentant d’envahir l’Angleterre, ce qui inspirera à Shakespeare son "Henry IV". Ce dernier, devait rétablir le petit-fils du comte de Northumberland qui restera fidèle aux Lancastre… jusqu’au quatrième comte, lui aussi dénommé Henry Percy, qui se ralliera à Henri VII en 1485.

Au cœur du catharisme

Stèle discoïdale représentant une
Stèle discoïdale représentant une " croix " cathare.

Parce qu’elle a été la cause première de la naissance et du développement de l’Inquisition, l’hérésie cathare tient une place toute particulière dans l’histoire de l’Église. Et parce qu’elle a vu la destruction de la noblesse du Sud et du pouvoir des comtes de Toulouse, elle tient une place particulière dans l’histoire de France. Mais, alors que l’on se complaît à ne voir que les bûchers où périrent les cathares, on oublie bien souvent ce qu’était réellement cette religion, les rites qu’elle avait adoptés ou même la doctrine qu’elle enseignait. C’est pourtant cette connaissance de la religion cathare qui, seule, permet de comprendre ses origines, son expansion et son anéantissement final.

Les indulgences ou la « comptabilité de l’au-delà »

Le blason de la mort, d'après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).
Le blason de la mort, d’après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).

Le Purgatoire, dont la croyance s’est généralisée au XIIIe siècle, est le moyen terme entre le Paradis et l’Enfer. Mais ce n’est pas, au Moyen Âge, un lieu idyllique, loin de là : le Purgatoire est un enfer passager, d’où on espère donc sortir le plus rapidement possible. C’est à cela que servent les indulgences.
Quand un chrétien commet un péché, il peut toujours se confesser, son âme restera marquée malgré tout et il devra le « payer » au Purgatoire. L’indulgence « efface l’ardoise » de l’enfer purgatif. L’autre moyen pour abréger les souffrances des âmes du Purgatoire est de prier pour elles, ce que les catholiques vivants peuvent faire : c’est la communion des saints. Le principe est simple : un chrétien prie pour l’âme de son prochain et l’âme du Purgatoire lui « renvoie l’ascenseur », en quelque sorte, en intervenant en sa faveur.
Mais tout cela ne suffisait pas aux esprits angoissés du bas Moyen Âge : aussi chacun préparait-il lui-même sa vie dans l’au-delà. Les testaments spirituels se multiplient, demandant des messes, des actes de charité à faire après la mort. Selon l’expression de Jacques Chiffoleau, c’est une véritable « comptabilité de l’au-delà » qui se met en place.

La Suède, des Svear à l’union scandinave

Un marchand viking (gravure ancienne).
Un marchand viking (gravure ancienne).

Déjà Tacite, dans sa Germanie, évoque la Suède, qui était alors habité par les Goths, au sud, et les Svear, au nord. Ce sont ces derniers qui, dans les premiers siècles de notre ère, vont s’assurer la suprématie du pays. Le pouvoir était loin d’une centralisation quelconque et c’est uniquement dans le sacerdoce des prêtres du sanctuaire d’Upsala que l’on peut voir une forme de gouvernement. De fait, la Suède était alors divisée en une multitude de provinces, de principautés qui tenaient à leur autonomie. L’autorité royale, également établie à Upsala -et ce n’est pas un hasard- n’avait d’autorité que le nom. Tout juste peut-on lui reconnaître un rôle religieux plutôt que politique.
Du VIIIe au Xie siècle, la Suède va connaître une expansion rapide… vers la Russie. Les Varègues, notamment, s’établiront à Kiev et à Novgorod, où ils fonderont des cités dédiées au commerce. C’est de ces cités que sortira plus tard l”Etat russe et on retrouve la traces des origines scandinaves dans de nombreux prénoms, tels qu’Oleg -qui serait Helgi-, Igor -Ingvar- ou Riourik, le nom des princes de Kiev, qui serait la transcription de Roerek.

Le temps des bourgeois

Un couple de bourgeois au XIIe siècle.
Un couple de bourgeois au XIIe siècle.

A l’origine, le mot de bourgeois ou « burgenses » désignait les habitants d’une ville fortifiée -le mot burg, en allemand, désignant la forteresse. En réalité, l’apparition de la bourgeoisie en tant que classe distincte de celle des paysans ou des chevaliers, ne date guère que du Xie siècle et correspond à l’évolution économique de l’Europe à cette époque.
En effet, excepté dans les régions du Midi de la France, où l’empreinte urbaine et romaine avait été la plus forte, la civilisation urbaine va presque complètement disparaître jusqu’au Xe siècle. Certes, les villes existaient, mais elles étaient petites et généralement établies autour d’un monastère ou d’une forteresse. Les habitants de ces villes étaient alors des artisans ou des domestiques au service du comte ou de l’abbé. Quant aux échanges économiques, ils se faisaient presque totalement en nature.
Le XIe siècle va donc voir la réapparition de l’argent monnaie et l’extension, l’intensification des échanges commerciaux. Il faut dire que les siècles précédents, les attaques musulmanes puis vikings avaient fortement compromis, voir annihilé toute velléités commerciales, notamment dans le domaine maritime. L’éloignement, voir la fin des périls représentés par les conquérants musulmans et les Vikings devait donc s’accompagner d’un changement dans le mode de vie.

Henri II Plantagenêt a-t-il tué Arthur ?

Henri II Plantagenêt (1133-1189) et un trouvère.
Henri II Plantagenêt (1133-1189) et un trouvère.

Surgie des ténèbres de l’oubli par la volonté de Geoffroy Plantagenêt pour faire pendant à Charlemagne, dont les rois capétiens se réclamaient, la légende du roi Arthur est, surtout, un outil de propagande au service des rois d’Angleterre.
Mais, dans les premières versions de la légende, Arthur ne meurt pas et part pour Avalon avec sa sœur, la fée Morgane. Cette version n’arrangeait guère les affaires d’Henri II Plantagenêt qui comptait, pourtant, beaucoup sur l’histoire d’Arthur afin d’asseoir une légitimité encore fragile et fortement contestée par ses ennemis.
Alors qu’il espérait unir les Bretons et les Normands contre les Saxons, les derniers envahisseurs de la Grande-Bretagne avant Guillaume le Conquérant, les Bretons se montraient encore réticents et ne se pressaient pas sous la bannière Plantagenêt. Pourquoi une telle réserve ?

Serf : le vassal du vassal

Serfs labourant leur champ (iconographie du XIIe siècle).
Serfs labourant leur champ (iconographie du XIIe siècle).

Qui a étudié l’histoire médiévale à l’école connaît le mot de serf. Un mot que l’on rattache presque automatiquement à cette période, oubliant qu’il existait un servage grec –par exemple les ilotes- ou romain et ensuite gallo-romain. C’est d’ailleurs en maintenant ce servage déjà existant que les conquérants germaniques vont faire perduré ce statu d’homme libre mais totalement soumis, d’un homme attaché jusqu’à sa mort à un seigneur tout en étant plus qu’un esclave. La différence, infime à l’époque romaine entre le serf et l’esclave ne tenant qu’au statu juridique du premier, le second n’en ayant pas puisqu’il n’était pas considéré comme plus qu’une chose. Mais si le servage a bien existé dans l’Antiquité, il n’a guère de choses  à voir avec le servage de l’époque médiévale.
C’est à l’époque carolingienne (VIIIe-IXe siècle) que le servage « moderne » s’établit définitivement en France, avec toutes les caractéristiques de cette époque. La principale est l’attachement du serf à un seigneur, laïc ou abbé, mais un attachement basé sur un hommage, ce qui était la base même de la société féodale. Pas un homme n’y échappait, du serf au grand seigneur, du comte au duc, chacun étant toujours le vassal d’un autre. Et c’est ce qu’est le serf : un vassal du vassal, chacun lié à l’autre par un échange de service. Si le noble devait fidélité et secours à son suzerain, le serf , en plus des redevances habituelles, était corvéable. Selon l’expression connu, il était même « corvéable à merci »… mais uniquement dans la théorie.