Les fils de Thor

Hache viking.
Hache viking.

« Seigneur, protège-nous de la fureur des hommes du Nord », implorait-on dans les monastères d’Angleterre, d’Irlande et de France pendant des siècles. En vain… Les hordes vikings vont ravager l’Europe entière avant de s’intégrer doucement à l’Occident chrétien. On appelle ce temps de conquête l’ère viking. Elle commence au VIIIe siècle et s’achève au XIe : trois siècles de razzias, de terreur et de découvertes, faisant de ce peuple de marins les hommes les plus craints d’Europe…

Les fiers seigneurs des Baux

Médaille du Roi René (1409-1480).
Médaille du Roi René (1409-1480).

"Race d’aiglons, jamais vassale" : telle était la devise des seigneurs des Baux, une des familles les plus importantes de l’histoire de Provence ; une famille qui prétendait au titre de comte de Provence ; une famille qui faisait remonter sa lignée au roi-mage Balthazar, dont elle portait l’étoile sur son blason.
Le mariage, en 1120, d’Etiennette de Gévaudan, dernière représentante de la famille de Boson, avec Raymond des Baux allait entraîner pas moins d’un demi-siècle de conflit entre les seigneurs des Baux et les comtes de Provence, dont ils disputaient le titre. De fait, plus qu’une querelle de seigneurs, ce conflit sera également celui des princes catalans contre les empereurs germaniques, ces derniers soutenant les prétentions des seigneurs des Baux. Arles sera prise par les comtes de Provence ; la citadelle des Baux elle-même tombera aux mains des princes catalans… sans pour autant décourager totalement les seigneurs des Baux, certains de leur bon droit. Des seigneurs qui, d’ailleurs, ne cesseront de revendiquer leur droit au comté ou au moins à l’indépendance… jusqu’à extinction complète de la lignée. A la mort de la dernière princesse des Baux, Alix, la seigneurie tombera dans l’escarcelle des comtes de Provence, alors personnifié par le fameux roi René, qui en fit don à son  épouse, Jeanne de Laval. La promesse avait été tenue et les seigneurs des Baux n’avait jamais été vassaux.

Ratisbonne, cité d’empire

Foire dans une importante cité d'échange au Moyen Âge (détail d'une gravure).
Foire dans une importante cité d’échange au Moyen Âge (détail d’une gravure).

Connu sous le nom de Radaspona, cet ancien établissement celtique sera, dès l’époque romaine, un élément important du limes et un centre d’échanges avec la Germanie. De fait, durant plus de vingt siècles, cette cité allait avoir un rôle politique autant de commercial essentiel. Abandonnée par le IIIe légion romaine au début du Ve siècle, elle devient la première capitale de la Bavière et la résidence des ducs Agilolfinges. Sous Théodon III, elle est aussi au cœur de l’œuvre de christianisation de la région et c’est auprès du tombeau de saint Emmeran, missionnaire assassiné au VIIIe siècle, qu’une abbaye sera érigée. Saint Boniface fera ensuite de la cité un évêché (739).
Ratisbonne, dont Louis le Germanique avait fait sa capitale au IXe siècle, recevra de Frédéric Ier Barberousse d’importantes franchises (1189), capables de générer encore plus d’attractivité. Devenue ville impériale en 1245, Ratisbonne va connaître une véritable apogée commerciale au XIVe siècle, notamment grâce à l’important trafic fluvial sur le Danube. L’épopée des hussites, au Xve siècle, avait quelque peu enrailler son potentiel commercial mais la cité bavaroise demeurait un haut-lieu de réflexion religieuse.

Les « rois fainéants » : la fin d’une époque

Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).
Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).

Un souverain indolent, allant de palais en palais dans un chariot traîné par une pair de bœufs : l’image est connue de tous, c’est celle d’un de ces fameux «  rois fainéants ». Mais si tout le monde connaît l’image populaire, qu’en est-il de l’histoire véritable ? Qui furent vraiment ces rois fainéants, symboles d’une dynastie –celle des Mérovingiens- sur le déclin ?
Clovis II, Clotaire III, Childéric II, Thierry III, Clovis IV, Childebert III, Dagobert III, Chilpéric II et, enfin, Thierry IV : de 639 à 711, pas moins de neuf souverains se sont succédés sur le trône de Francie. Et le premier d’entre eux, Clovis II, fils du célèbre Dagobert (le roi de la chanson) n’a rien d’un incapable. Alors que Dagobert, qui fut un grand roi, avait «  officialisé » la séparation entre Francs orientaux et Francs occidentaux en léguant à l’un de ses fils le royaume d’Austrasie alors que l’autre hérité de ceux de Neustrie et de Burgondie, Clovis II va, au terme d’un règne de près de vingt ans, recréer l’unité du royaume. Une unité qui sera ensuite promulguée par les Carolingiens et qui permettra la création d’un empire, celui de Charlemagne. Clovis II ne fut donc pas un  « petit roi » et, pourtant, c’est bien avec lui que commence la «  geste » des rois fainéants.

L’Ethiopie : de la reine de Saba au Prêtre Jean

Les Ethiopiens d'après les bas-reliefs de Thèbes.
Les Ethiopiens d’après les bas-reliefs de Thèbes.

L’histoire mouvementée du royaume d’Axoum, le glorieux ancêtre de l’actuelle Éthiopie, s’explique d’abord par sa situation géographique très particulière. Limitée au nord-est par la mer Rouge qui la sépare de l’Arabie, à l’est, au sud et à l’ouest par les plaines désertiques de la Somalie et du Soudan, l’Éthiopie a été, de tous temps, écrit Jean Doresse, « le refuge le plus méridional des races sémitiques et de leurs premières cultures sur le continent africain ». Ce pays a vu en effet s’opérer, dès ses origines, la fusion féconde des populations de l’Est africain, avec des populations sémitiques blanches très anciennes. Plus tard, une nouvelle fusion s’opèrera avec les Galla, venus du sud-est.
Mais d’Éthiopie participe bien des empires noirs. D’ailleurs, le nom même d’Éthiopie désignait en grec (Aithiopia, de aithiops : « visage brûlé ») l’ensemble des peuples noirs.
Au-dessus des savanes brûlantes du pourtour de l’Éthiopie, à peine habitables, s’élève une forteresse de hauts plateaux verdoyants au climat tempéré, dominés par des pics de plus de quatre mille mètres. Dans ce pays volcanique profondément bouleversé, les fleuves, en particulier le Nil (qui y trouve ses plus importantes sources), creusent de véritables cañons. L’Éthiopie est le pays des luttes constantes des populations riches des hauts plateaux contre les tribus déshéritées des basses régions d’alentour, avides de s’emparer de ce paradis.

Eton : le collège des pauvres

Sceau d'Henri VI d'Angleterre.
Sceau d’Henri VI d’Angleterre.

Décidément, le règne d’Henri VI marque un véritable tournant dans l’histoire d’Angleterre. C’est sous son règne que cesse, de fait, la guerre de Cent ans et cela malgré le couronnement, à Paris, d’Henri VI d’Angleterre et de France. Un couronnement qui cache trop mal le sentiment d’échec des Anglais, échec avec le couronnement de Charles VII, échec avec le rapprochement des Bourguignons et du trône. Ayant totalement abandonné les affaires continentales, Henri VI aura d’ailleurs fort à faire avec les révoltes couvant dans son propre royaume. De fait, c’est également sous son règne que débutera le conflit entre les Lancastre -lui-même et ses partisans- et les York, ses cousins nés d’une second fils d’Edouard III. La guerre des Deux-Roses allait faire des ravages dans le pays, et notamment dans les rangs de la noblesse. Une noblesse qui devra à Henri VI d’avoir soigné son éducation après lui avoir donné tant d’occasions de mourir.
Initialement destiné aux garçons pauvres ou infirmes -ils devaient être 25 de chaque-, le collège d’Eton est fondé en 1440 par Henri VI. Un parrainage éminent pour un collège qui sera bien vite détourné de son objectif initial et charitable… par sa destination même. Car Henri VI voulait faire plus pour Eton que pour les autres institutions éducatives.

La gloire des foires

Une foire de Champagne au XIIIe siècle (gravure ancienne).
Une foire de Champagne au XIIIe siècle (gravure ancienne).

On évoque souvent les foires du Moyen Age. De fait, elles étaient essentielles, non seulement dans l’échange commercial mais également dans l’échange intellectuel et civilisationnel. Situées à de grands carrefours naturels, les foires étaient l’occasion non seulement de vendre -en général des grossistes aux détaillants- mais également de se rencontrer, d’échanger.
La plus ancienne foire de France se tenait à Saint-Denis et on la date généralement de 629. D’autres foires s’établiront à Paris : celle du Lendit, celle de Saint-Lazare, instituée par Louis VI, celle de Saint-Germain au XIIe siècle, ou encore celle de la Saint-Laurent, établie par Philippe Auguste. Dans le Languedoc, la principale foire était celle de Beaucaire mais de toute la France, ce sont les foires de Champagne et de Brie qui devaient avoir le plus d’impact. Attirant les marchands d’Angleterre, de Flandre, d’Allemagne mais également de Provence et d’Italie, les foires de Champagne allaient faire la fortune des princes de la région.

Les Hauteville : des princes méditerranéens

Venus des brumes du Nord, les Vikings vont, en quelques années, étendre leurs conquêtes au Grœnland, à la Russie, allant même jusqu’aux portes de Constantinople, puis aux îles anglo-saxonnes jusqu’à atteindre les rives françaises et a y fonder une dinastie. Mais loin de se satisfaire de la « conquête » française, les Normands, sans doute aiguillonnés par un incontrôlable sens de l’aventure, vont se plonger, au XIe siècle, dans l’aventure italienne et sicilienne. Parmi ces aventuriers, cependant, une famille va rapidement se détacher de toutes les autres, au point d’engendrer une dynastie qui sera appelée aux plus hautes fonctions : les Hauteville.
De l’arrivée en Pouille au royaume de Sicile, des premières armes aux fastes de la cour la plus prestigieuse d’Europe puis à leur extermination, l’histoire des Hauteville est digne d’un roman…

Pendu haut et court

Un condamné conduit au gibet de Montfaucon (gravure du XIXe siècle).
Un condamné conduit au gibet de Montfaucon (gravure du XIXe siècle).

Pendant plusieurs siècles et jusqu’à l’époque de la Révolution, la pendaison, ou peine de la hart, fut le supplice le plus souvent appliqué en France ; aussi, dans chaque ville et presque dans chaque bourg, y avait-il une potence permanente, qui, vu la coutume générale d’y laisser suspendus les suppliciés jusqu’à ce qu’ils tombent en poussière, était bien rarement dépourvue de cadavres ou de squelettes. Ces sortes de gibets, nommés fourches patibulaires ou justices parce qu’ils représentaient le droit de haute justice seigneuriale, se composaient ordinairement de piliers de pierre, réunis entre eux au sommet par des traverses de bois auxquelles on attachait le corps des criminels avec des cordes ou des chaînes. Ces fourches patibulaires, où le nombre des piliers variait en raison de la qualité du seigneur justicier, étaient toujours placées au bord des chemins fréquentés et sur une élévation de terrain.
Conformément à la règle, les fourches patibulaires de Paris, qui jouèrent un si grand rôle dans l’histoire judiciaire ou même politique de cette cité, s’élevaient sur une butte, au nord de la ville, à proximité de la grande route d’Allemagne. Du nom de Montfaucon, que portait originairement cette butte, on fit bientôt celui du gibet lui-même. 

L’énigme du Prêtre Jean

Le Prêtre Jean, d'après une gravure ancienne.
Le Prêtre Jean, d’après une gravure ancienne.

C’est dans le contexte des croisades que se situe initialement la légende du Prêtre Jean. En effet, alors que l’Europe est en plein affrontement avec l’islam, l’évêque Hugues de Gébal, en Syrie, vient à Rome et annonce au pape qu’un certain Jean, chrétien nestorien, tout à la fois prêtre et roi, vient de remporter de grandes victoires en Perse et s’apprête à marcher sur les Etats chrétiens d’Orient. Nous sommes alors en 1145 et le Royaume de Jérusalem est fragile face aux attaques des Seldjoukides. Un tel soutien, la chrétienté en rêve. Mais ce rêve a-t-il quelque fondement historique ?
De fait, il semble qu’en 1141, le fondateur de l’empire protomongol des Kara Kitaï, Yeliu Tache, après avoir soumis les Ottomans Karakhanides, battit près de Samarkand les troupes du sultan seldjoukide Sandjar. Et il est tout à fait possible que Yeliu Tache et certains de ses hommes aient été sous influence nestorienne, si ils n’ont pas été nestoriens eux-mêmes. Plus tard, on sait que les hommes de Gengis Khan subirent cette influence, Marco Polo parle dans ses écrits d’une communauté nestorienne en Chine…