Le droit de cuissage et autres fariboles

Un seigneur et une dame (iconographie du XIXe siècle).
Un seigneur et une dame (iconographie du XIXe siècle).

Nul besoin d’être historien émérite pour savoir combien, depuis la fin du XVIIIe siècle et ensuite au XIXe siècle, l’histoire, et notamment l’histoire médiévale, a été l’objet d’une vaste campagne de désinformation. Peuple ignorant et asservi, Eglise inquisitrice, seigneurs arrogants et omnipotents : tous les poncifs ont été réunis pour faire de cette période la plus noire de notre histoire. Seulement cette histoire là est fausse, pour une large part tout au moins. Fruit des délires éducatifs de grands noms tels que Michelet ou Ferry, l’histoire, au XIXe siècle, a tout d’un roman. Elle en a même le style… Politisés au possible, les « historiens » -qui n’en ont que le nom- du XIXe siècle, des républicains « laïcards » pour la plupart, vont faire de l’histoire de France un formidable outil de propagande. Et comme la propagande ne saurait faire dans la demi-mesure, les quelques mille ans d’histoire que représente la période médiévale vont être réduit à quelques épisodes, à quelques images… percutantes dirons-nous.

La fin des Templiers

Sceau de l'ordre du Temple.
Sceau de l’ordre du Temple.

Fondé en 1118, en Terre Sainte, l’ordre des Pauvres chevaliers du Christ prend le nom de Templiers après que Baudouin II de Jérusalem les ait installés dans le Temple de Salomon. Ordre religieux et guerrier, il allie la vie chevaleresque à la vie monastique, les deux formes de vie les plus nobles au Moyen Âge. Le succès de l’Ordre est immense et la noblesse de l’Europe entière y envoie les cadets de famille.
Lors de son combat contre l’Islam en Terre Sainte, le Temple va acquérir d’innombrables richesses aussi bien foncières qu’en espèces sonnantes et trébuchantes. De retour en Europe, après la perte définitive de la Palestine en 1291, l’ordre du Temple tient alors essentiellement un rôle de banquier.
Le roi Philippe IV le Bel, débiteur des Templiers, décide de s’attaquer à l’Ordre dès 1307. S’appuyant sur les rumeurs qui courent sur les pratiques secrètes des Templiers, Philippe IV, après une campagne de propagande habilement menée, fait planer une odeur de souffre autour de l’Ordre.

Le “concile cadavérique”

Institution d'un pape (gravure du Moyen Age).
Institution d’un pape (gravure du Moyen Age).

Concile cadavérique. Un nom sinistre pour une affaire sinistre. L’histoire se déroule à Rome, en l’an 897. Le pape Formose vient de mourir et son successeur décide de faire exhumer le corps de son prédécesseur et de le juger. De quoi  est-il donc accusé ? Qu’a-t-il fait pour mériter, même après la mort, un tel traitement ?
Formose avait fait de la politique. En fait, il avait sacré empereur Lambert, duc de Spolète, avant de se raviser et de poser la couronne de Charlemagne sur la tête d’Arnoul, le roi de Germanie. Une tergiversation qui devait lui valoir la haine des Spolète. Et c’est cette haine, transmise et reprise par Etienne VI, qui lui succède en 896, qui sera à l’origine de ce faux et odieux procès. Car Etienne est un partisans des Spolète et que ceux-ci veulent se venger.
Etienne VI fait donc déterrer le cadavre de Formose et organise une parodie de jugement… devant les évêques ébahis. Le pauvre Formose, dont le cadavre a été placé sur le trône de Pierre revêtu des ornements pontificaux, est alors accusé d’avoir échangé son siège d’évêque de Porto, charge qu’il avait occupé durant pas moins de trente ans, contre celui d’évêque de Rome… "par ambition coupable".

Harcourt : une famille française

Un combat au Xe siècle, d'après une peinture murale.
Un combat au Xe siècle, d’après une peinture murale.

La famille d’Harcourt disait remonter à Bernard le Danois, un compagnon de Rollon, lequel aurait offert, à son ancien compagnon d’armes le domaine d’Harcourt. Seigneurie comprenant les terres d’Elbeuf et de Lillebonne, elle devait être érigée en comté par Philippe VI au XIVe siècle. De fait, plusieurs de ses membres s’étaient déjà distingués par le passé : Jean II d’Harcourt avait combattu à Tunis avec saint Louis et était devenu maréchal de France sous Philippe le Hardi puis amiral de France ; Raoul d’Harcourt s’était distingué, aux XIIIe-XIVe siècles, comme chanoine de Paris et, surtout, conseiller de Philippe le Bel. C’est lui, qui, en 1280, avait fondé le collège d’Harcourt, devenu ensuite le lycée Saint-Louis. Godefroi d’Harcourt, qui avait opté pour la maison d’Angleterre, avait conduit des troupes lors de la bataille de Crécy et inspiré la descente des troupes d’Edouard III sur la Normandie. Il sera finalement tué lors d’un combat contre les Français sur la Vire.

Les Fils des Han

Han Gaozu de la dynastie Han.
Han Gaozu de la dynastie Han.

C’est après une période d’anarchie et alors que "l’empire" chinois n’en est qu’à ses prémices qu’apparaît Lieou Pang, un capitaine aventurier qui, après s’être constitué une troupe avec d’anciens prisonniers, s’empare du pouvoir et fonde la dynastie des Han. Une dynastie qui saura garder le pouvoir pendant quatre siècles et qui acquérera une telle légitimité que les Chinois modernes sont encore fiers de se dire Fils des Han.
Avec Lieou Pang, les lettrés confucéens ne sont guère à l’honneur : cet homme, resté simple, ne croit qu’à l’action. Après sa mort, en 195 av. J.-C., c’est la mère du « dauphin », trop jeune, qui tient les rênes pendant quinze ans, éliminant sans scrupules tous les éventuels rivaux. Des princes sans éclat lui succéderont sur le trône jusqu’à ce qu’arrive, en 140 av. J.-C., un empereur à la personnalité forte, Wou-ti. Cet homme remarquablement intelligent arrive au pouvoir à seize ans et le gardera pendant cinquante-trois ans. Il représente, en quelque sorte, l’équivalent de Louis XIV…

Calais tombe au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Barberousse ou la légende du Grand Roi

Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.
Miniature représentant Frédéric Ier Barberousse (1122-1190) en croisé.

Roi des Lombards, Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse,  empereur germanique depuis 1152, est, avant tout, un conquérant et c’est contre la papauté que se déroulera son plus long combat. Les cités lombardes, officiellement vassales de l’Empire, sont en perpétuelle révolte et le pape Alexandre III les soutient face au très redoutable Barberousse. Le conflit qui oppose les Gibelins, les hommes de l’Empereur, et les Guelfes, surnom de la dynastie précédente, va s’étendre de l’Empire à l’Italie et durera dix-sept ans. Pourtant, bien que vaincu en Italie, Barberousse va continuer ses multiples combats, créant ainsi sa réputation de souverain qui n’accepte ni le déshonneur ni la défaite.

Gerbert d’Aurillac : le pape de l’An Mil

Gerbert d'Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).
Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II (v.938-1003).

On a dit de lui qu’il était magicien ; il est resté célèbre en tant que « pape de l’An Mil » ; mais Gerbert d’Aurillac, qui est élevé à la dignité pontificale le 2 avril 999, est avant tout un savant et l’un des hommes les plus influents de son temps.
Moine clunisien de Saint-Géraud d’Aurillac, il s’initie aux mathématiques et à l’astronomie en suivant le comte Borel de Barcelone en Catalogne, avant de s’adonner à la culture latine et antique à Rome.
Soutien d’Adalbéron dans l’élection d’Hugues Capet, il devient archevêque de Reims en 991 puis de Ravenne en 998. Très proche de l’empereur Othon III qui fut son élève, il va, dès son élection à la papauté, tenter une politique fondée sur l’union de l’Empire et de l’Église, en vue, notamment, de combattre le danger musulman. Pape de la réforme de l’Église, il est aussi le premier à appeler les chrétiens à la croisade.
À sa mort, en l’an 1003, Gerbert d’Aurillac, pape sous le nom de Sylvestre II, laisse une Église en pleine mutation et l’image de l’un des plus grands savants de la fin du premier millénaire.

Le meurtre des enfants d’Edouard

Portrait de Richard III d'Angleterre (1452-1485).
Portrait de Richard III d’Angleterre (1452-1485).

Chaque pays, chaque dynastie presque a son fantôme, son revenant miraculeux, son prétendant mystérieux : on ne compte plus les pseudos Louis XVII, la fausse Anastasia a su, jusqu’à sa mort, garder l’énigme de son identité et le mystère Gaspard Hauser fascine encore l’Allemagne. En Angleterre, c’est l’aventure de Perkins Warbeck, prétendant être un fils d’Edouard IV, qui déchaîna et déchaîne encore les passions. Et pas seulement son personnage. Car la mort même des enfants d’Edouard a conservé sa part d’ombre.
Après des années de lutte, la maison d’York, vainqueur de la guerre des Deux-Roses, monte enfin sur le trône en la personne d’Edouard IV. Un règne bienvenu après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes. Un règne d’à peine vingt ans, vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne devait guère résister à l’appel du pouvoir.

Li Shimin, le grand réformateur de la Chine des Tang

Li Shimin (600-649).
Li Shimin (600-649).

Véritable fondateur de la brillante dynastie des Tang, Li Shimin laisse le souvenir d’un empereur plein de vertus et de sagesse. Pourtant, c’est au prix de sombres intrigues et de meurtres qu’il monte sur le trône de Chine.
Li Shimin, qui voit le jour en l’an 600 de notre ère, est issu d’une illustre famille de la province de Shandong, au nord-est de la Chine. En 605, l’empereur Yang accède au pouvoir mais, par ses extravagances, ce personnage tyrannique entraîne le pays au bord de la catastrophe. Atteint de mégalomanie, il épuise en outre son armée dans des combats sans fin. Celle-ci vient d’essuyer une défaite sans précédent en Corée, quand le souverain lance ses hommes contre les Turcs, en 615. Le désastre est évité de peu grâce à un stratagème de Li Shimin mais, las de son maître despotique, le peuple se révolte. Li Shimin passe dans le camp des opposants. L’anarchie s’installe dans tout l’empire et provoque la chute de Yang.