Inès de Castro : « la reine morte »

L'assassinat d'Inès de Castro, d'après une gravure du XIXe siècle.
L’assassinat d’Inès de Castro, d’après une gravure du XIXe siècle.

Ils défilaient, s’inclinant avec déférence, parés de leurs plus beaux atours. La cour au complet était présente pour rendre hommage à la reine. Mais c’est devant un cadavre qu’ils se présentaient ; à un corps en décomposition qu’ils rendaient hommage. Ainsi en avait décidé le roi et toute la cour, avide de plaire, n’avait eu d’autre choix que de s’incliner.
L’histoire est sordide et à tout de la légende. Tout sauf peut-être les personnages eux-mêmes et le drame qu’ils vécurent. Tout, sauf la tradition, que reprend Camoëns, un poète du XVIe siècle.
C’est en accompagnant la jeune Constance de Castille auprès de son nouvel époux, l’infant Dom Pedro de Portugal, qu’Inès de Castro allait entrer, et de quelle façon, dans la longue lignée des amants maudits. L’infant, séduit par la demoiselle d’honneur plus que par la promise, allait faire d’Inès sa favorite, sa maîtresse et, après la mort de Constance, sa femme. Mais l’infant n’était pas le roi et Alphonse IV n’entendait pas laisser son fils commettre pareille mésalliance. Inès fut assassinée un an à peine après son mariage secret (1354). L’histoire est  triste, certes, mais elle ne s’arrête pas là.

Lancelot du Lac : le parfait chevalier

Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.
Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.

Il a pas moins de huit siècles et pourtant, Lancelot du Lac est sans nul doute le plus célèbre des amants. Il en est même l’archétype. Depuis huit siècles, il sert de modèle aux amants malheureux, quand rien ne le prédestinait à cela. De fait, Lancelot, pourvu de tous les dons, de toutes les qualités, avait tout pour être le parfait chevalier. En un sens, il le deviendra d’ailleurs, mais à travers son amour interdit, par cet amour pour la femme d’un autre.
Fils du roi de Bretagne, Lancelot est né en petite Bretagne, un territoire qui s’étendait alors de Vannes à Bellême, du Mont-Saint-Michel au Mans. Enlevé dès le lendemain de sa naissance, il sera élevé par la Dame du Lac -d’où son nom- qui le considérera comme un fils. Déjà, le destin de Lancelot est exceptionnel. Car la Dame du Lac est une fée et que comme toutes les fées elle est un être de l’Autre monde ; un monde qui est autant celui des morts que celui du savoir -seule la mort apporte la connaissance et la compréhension du monde. Comme toutes les fées également elle fait le lien entre le monde des vivants et celui des morts, entre le monde naturel et le monde surnaturel. C’est donc dans cet environnement particulier que Lancelot est éduqué. C’est dans cet environnement qu’il acquiert son statu de plus pur et plus parfait des chevaliers… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la reine Guenièvre.

Pépin le Bref : les Pippinides sur le trône

Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).
Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).

A la mort de Charles Martel, ses fils, Pépin et Carloman, héritent de sa charge ; une fonction que, selon la tradition franque, ils vont se partager. Du moins était-ce le cas pour les rois. Mais ce qui est extrêmement intéressant dans ce cas précis, c’est que les Pippinides, qui n’étaient que maires du palais, agissent exactement comme des souverains. Un ministre se remplace, un conseiller se choisit. Or, depuis des générations, les Pippinides s’étaient institués maires du palais, fonction qu’ils se transmettaient depuis cinq générations… en appliquant les mêmes règles que lors des héritages royaux, soit le partage. Déjà, on avait perçu un net rapprochement de la dynastie Pippinide avec la couronne mérovingienne lorsque Thibaud, fils de Grimoald le Jeune, avait prétendu à la charge de son père… tout en étant encore mineur ! L’assimilation était par trop évident ; elle devait finir par un changement de dynastie. Un changement qui peut paraître évident mais que Pépin, dit le Bref en raison de sa petite taille, mettra dix ans à obtenir.
Maire du palais de Neustrie quant son frère Carloman héritait de la charge en Austrasie, le fils de Charles Martel épuisera ses premières années de pouvoir à mâter la noblesse, son demi-frère Odilon en tête. La situation était tendue, la couronne à portée de main… Et la noblesse l’avait semble-t-il bien senti, elle qui multipliait les révoltes contre ce pouvoir presque royal. Presque, c’était bien là le cour du problème. Car ni Pépin ni Carloman n’avaient de réelle légitimité, hormis celle qu’eux-mêmes et que leurs ancêtres s’étaient forgés. En 748, cette situation allait conduire les deux frères à restaurer la dynastie mérovingienne en la personne de Childéric III. Un souverain qui n’en a que le titre et ne sera qu’un fantoche entre les mains expertes des Pippinides. Lui-même, semble-t-il, avait conscience de sa faiblesse, n’hésitant pas à signer : « Childéric, roi des Francs, à l’éminent Carloman, maire du palais qui nous a établi sur le trône… » On ne saurait être plus humble, plus redevable et plus effacé aussi… Tellement effacé qu’il devait finir par disparaître.

Le Danemark : d’un empire à l’autre

Reproduction d'une pierre runique.
Reproduction d’une pierre runique.

Si l’archéologie atteste que le Danemark était habité depuis 10 000 avant J.-C., au début de l’ère chrétienne, ce sont des peuples germaniques, Cimbres, Jutes et Angles qui forment sa population.Ce n’est en fait que vers 500 après J.-C., que les Vikings, venus de Scandinavie, s’établirent au Danemark, poussant, dans la foulée, jusqu’à la Grande-Bretagne qu’ils entreprirent de conquérir. D’ailleurs, les Danois devaient prendre une part importante dans les expéditions des Vikings en Europe occidentale ou en Russie et ce n’est que vers la fin du VIIIe siècle qu’ils devaient se donner une indépendance, instaurant un royaume qui s’étendait jusqu’au sud de la Suède et sur le Schleswig. Au XIe siècle, alors que les Danois avaient déjà eu maille à partir avec les Francs, ils décidèrent de protéger leur frontière par une ligne fortifiée sur le Dannexerk. Cet isolement relatif ne devait pas empêcher la conversion au christianisme des Danois, notamment après la conversion du premier d’entre eux, le roi Harald à la Dent bleue (960). A cette période, le danemark était d’ailleurs devenu une redoutable puissance dans l’Europe septentrionale. Harald, qui mourut en 985, était intervenu en Norvège ; son fils, Sven, à la Barbe fourchue, la soumettra après s’être fait reconnaître roi du Danemark et avoir conquis la Grande-Bretagne (1016). La mer du Nord était, dès lors, sous contrôle complet des Danois. Un véritable empire du Nord qui ne devait pas survivre à Canut dit aussi Knut le Grand (mort en 1035). Dès 1042, la Grande-Bretagne se libéra des Danois qui perdirent également la Norvège.

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.

Avignon, la cité des papes

Bertrand de Got, devenu Clément V (mort en 1314).
Bertrand de Got, devenu Clément V (mort en 1314).

Avant d’être la cité des papes, la ville d’Avignon est un comptoir massaliote puis celte et, enfin, romain. Située sur la rive gauche du Rhône, elle devient ainsi une cité commerciale prospère.
Partie intégrante de la Provence, la ville se rebelle, avec Arles et Marseille, contre la maison d’Anjou qui tente d’asseoir sa mainmise sur la Provence. Mais la résistance, dirigée par Barral des Baux, est de courte durée et Avignon va tomber dans l’escarcelle angevine de façon définitive en 1290. Avignon, qui se trouve au cœur du monde chrétien occidental, devient un centre intellectuel important, surtout après la fondation, par Boniface VIII (1235-1303), en 1303, de l’université d’Avignon.

Louis XI… au cachot !

Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.
Louis XI contraint de signer le traité de Péronne, présenté par Charles le Téméraire.

Rusé, perfide, diplomate, tortueux, Louis XI est, sans doute, un des rois de France les plus passionnants. Dès le début de son règne, il tente de soumettre définitivement les grands féodaux du royaume, unis contre le souverain au sein de la Ligue du Bien public.
Après avoir signé une paix séparée avec le duc de Bretagne et avec son frère, Charles, Louis XI s’emploie à ménager un accord semblable avec Charles, duc de Bourgogne, le prince le plus riche et le plus puissant de toute l’Europe. L’entrevue a lieu à Péronne, le 3 octobre 1468. Mais Louis XI vient à peine d’arriver au château que des nouvelles inquiétantes parviennent de Flandre : les Liégeois, soutenus par le roi de France, se sont révoltés !

A tout seigneur…

Souverain du IXe siècle, d'après une iconographie médiévale.
Souverain du IXe siècle, d’après une iconographie médiévale.

Parce qu’elle a vu l’apparition d’une de nos plus célèbres héroïnes nationales ; parce qu’elle a contribué à l’éclosion d’un Etat moderne, on présente généralement la guerre de Cent Ans comme le premier conflit national français. De fait, la notion de Nation en découlera effectivement mais la guerre de Cent Ans est l’archétype du conflit féodal. Que les féodaux en question aient été roi de France et roi d’Angleterre ne change rien à l’affaire. Sinon, comment expliquer que la France ait été à ce point divisée ? S’il s’était effectivement agi d’un conflit national, les seigneurs aquitains, bretons, tourangeaux et plus tard bourguignons n’auraient jamais combattu contre le roi de France, suzerain des seigneurs de ces terres… Cela tient au principe même de vassalité, du moins à son évolution à partir du IXe siècle. Une évolution voulue, favoriser par les rois eux-mêmes…
Vraisemblablement tiré du celte « gwas », qui signifie « homme », le mot même de vassal n’apparaît qu’au VIIIe siècle, mais, sur le principe, il fait suite au comitatus mérovingien qui lie un homme libre à son seigneur. Le principe de vassalité est donc un lien juré engageant le vassal envers son roi, à qui il doit fidélité, et ce dernier envers son sujet, à qui il doit protection. C’est donc un lien personnel entre le souverain et son sujet ; un lien qui constitue le principe même de souveraineté. Toute sa force résidait dans la personnalisation de l’engagement. Une personnalisation qui se perd dès le IXe siècle et du fait même des rois carolingiens.

De la coutume au droit coutumier

La Justice, allégorie du Moyen Age.
La Justice, allégorie du Moyen Age.

« Un usage juridique né de la répétition d’actes publics et paisibles qui, pendant un long laps de temps, n’ont reçu aucune contradiction ». Telle est la définition qu’Olivier-Martin donne de la coutume. Une coutume qui devait être la loi du genre durant une bonne partie du Moyen Âge. Une coutume cependant qui prédominait essentiellement dans les pays nordiques, les terres de langue d’oïl, celles de langue d’oc ayant depuis longtemps fait poindre une nette prédominance du droit romain. De fait, il est assez difficile de parler d’un droit coutumier, ce dernier étant, par nature même, variable selon les fiefs puis les "grands fiefs" : Normandie, Bretagne, Champagne… Des coutumes aussi diverses que les fiefs donc mais des coutumes qui, toutes, trouvaient une large inspiration dans le droit germanique. Un droit, là encore, non écrit, mais si ancien, si profondément ancré dans les mentalités qu’il vaut, au moins autant, que le droit écrit de Rome et de ses provinces. Pendant des siècles les pays de langue d’oc prétendront à une large supériorité de civilisation du fait même de ce droit antique, oubliant volontiers que la mise par écrit n’équivaut nullement à un plus haut degré d’intelligence, voir de savoir ; oubliant surtout que la « civilisation » se joue avant tout sur ce qui est écrit et non parce que cela est écrit.

Charles, le roi sage

Statue de Charles V le Sage (1338-1380).
Statue de Charles V le Sage (1338-1380).

En 1343, le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, vient de perdre son fils unique et décide de céder le Dauphiné à la France. La condition : qu’un fils de France porte désormais le titre de Dauphin et joigne ses armes à celles du Dauphiné. C’est à Charles, aîné de Jean II, qu’échoit le titre en 1349. Humbert II se retire dans les ordres et la France compte désormais un dauphin, titre que porteront els héritier à la couronne.
Premier dauphin de France, donc, Charles V sera également un de ses plus grands rois. De Froissart à Christine de Pisan, ses contemporains sont unanimes pour louer son intelligence, sa sagesse et sa science. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier son action.
Lorsque son père est fait prisonnier à Poitiers (1356), le jeune dauphin se trouve face à une situation catastrophique. Les finances sont en état de détresse, les Etats généraux ont révélé les prétentions des bourgeois et Charles le Mauvais, qui s’est évadé, reprend de plus belle son action subversive… La mainmise bourgeoise est même telle qu’ils tenteront d’imposer une monarchie constitutionnelle, réclamant le renvoi des conseillers du jeune régent et la nomination d’un conseil de 28 membres issus de leurs rangs. Charles, manquant de subsides autant que de soutiens, va, dès se moment, faire montre d’une grande maîtrise de la chose politique et d’une étonnante intelligence. Cherchant à gagner du temps, il accorde quelques concessions dans l’ordonnance royale de 1357 puis, profitant de la révolution du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, fuit la capitale en quête de soutien. Il le trouvera chez les nobles de Picardie et d’Artois, auprès des Etats de Champagne, lèvera des subsides et entrera triomphalement dans la capitale. La tentative révolutionnaire d’Etienne Marcel aura servi de révélateur : révélateur du caractère du futur souverain d’abord, de la situation vers laquelle le pouvoir des bourgeois allait mener le royaume. Certainement, à l’époque, personne n’en voulait, pas même les Parisiens qui élimineront eux-mêmes le prévôt.