Les indulgences ou la « comptabilité de l’au-delà »

Le blason de la mort, d'après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).
Le blason de la mort, d’après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).

Le Purgatoire, dont la croyance s’est généralisée au XIIIe siècle, est le moyen terme entre le Paradis et l’Enfer. Mais ce n’est pas, au Moyen Âge, un lieu idyllique, loin de là : le Purgatoire est un enfer passager, d’où on espère donc sortir le plus rapidement possible. C’est à cela que servent les indulgences.
Quand un chrétien commet un péché, il peut toujours se confesser, son âme restera marquée malgré tout et il devra le « payer » au Purgatoire. L’indulgence « efface l’ardoise » de l’enfer purgatif. L’autre moyen pour abréger les souffrances des âmes du Purgatoire est de prier pour elles, ce que les catholiques vivants peuvent faire : c’est la communion des saints. Le principe est simple : un chrétien prie pour l’âme de son prochain et l’âme du Purgatoire lui « renvoie l’ascenseur », en quelque sorte, en intervenant en sa faveur.
Mais tout cela ne suffisait pas aux esprits angoissés du bas Moyen Âge : aussi chacun préparait-il lui-même sa vie dans l’au-delà. Les testaments spirituels se multiplient, demandant des messes, des actes de charité à faire après la mort. Selon l’expression de Jacques Chiffoleau, c’est une véritable « comptabilité de l’au-delà » qui se met en place.

Le temps des samouraïs

Un samouraï en tenue traditionnelle (gravure du XIXe siècle).
Un samouraï en tenue traditionnelle (gravure du XIXe siècle).

En 1185, Minamoto Yoritomo établissait sur le Japon une véritable dictature militaire, substituant son autorité à celle des empereurs, désormais fantoches. "Shogunat" -abréviation de sei-i-tai shongun, qui signifie "commandant en chef contre les barbares"- tel sera le nom de ce type de gouvernement. Un shogunat qui persistera sept siècles durant ; un shogunat qui doit tout à la classe des samouraïs. De fait, le temps du shogunat est sans conteste celui des samouraïs, cette caste guerrière qui, dès le XIIe siècle, s’organise, abandonne la culture aux serfs, devient héréditaire. Se mettant au service des daimyo -les seigneurs-, les samouraïs vont se révéler des guerriers intrépides, encartés dans un code de l’honneur rigide -le bushido-, entièrement tournés vers leur vocation guerrière et le service aux daimyo et, à travers eux, au shogunat. Leur fidélité avait fait leur force ; leur rigidité sera leur perte. Perdus dans un système ancien, les samouraïs vont apparaître, dès le XVIIIe siècle, comme une caste parasite, ayant perdu sa fonction guerrière. Une caste qui, malgré tout, monopolisait les postes gouvernementaux au point de sonner son propre glas. En effet, c’est sous l’impulsion des samouraïs que le Japon féodal allait s’ouvrir au monde, inaugurant l’occidentalisation et la modernisation du pays aux XVIIIe-XIXe siècles.

La Basilissa Théophano

La basilique Sainte-Sophie.
La basilique Sainte-Sophie.

959: "La Nouvelle Rome" de Constantin est dirigée par le jeune empereur Romain II et sa femme Théophano, une roturière déchirée entre amour et pouvoir. L’histoire bouleversante et tragique de celle qui fut, pour un temps, impératrice byzantine.
Crateros était le propriétaire d’une petite taverne où se croisaient tous types de personnes, et où il n’était pas rare d’aperçevoir quelques nobles. Or un jour, le tavernier aperçut un petit groupe d’hommes entrer. L’un d’entre eux lui demanda d’apporter le meilleur vin apporté par la plus belle fille. Crateros n’eut aucune difficulté à reconnaître le fils de l’empereur Constantin VII: Romain. Il se précipita vers la chambre de sa fille Anastasia qui dormait profondément. Celle-ci, encore endormie, enfila en vitesse son unique robe de soie. Lorsqu’elle fut descendue, tous les hommes se turent et l’observèrent. Romain était submergé par sa beauté et se promit de l’épouser. C’est ainsi que les amants se marièrent en 956 dans l’enceinte même de la superbe Sainte-Sophie.
Mais en 959, le basileus Constantin VII s’éteint aussi brusquement que curieusement et sa femme Hélène accuse Anastasia d’en être l’instigatrice. A la mort de l’empereur, son fils devient Romain II, ainsi que sa belle épouse qui fut nommée Théophano. A la suite de son couronnement, le nouvel empereur fait mettre dans un couvent les quatre filles de Constantin VII, mais épargne cette vie austère à sa mère qui a la possibilité de rester au palais royal. Persuadée que la roturière a poussé son mari dans sa décision, Hélène promet de venger ses filles. Une promesse jamais tenue puisque la veuve meurt d’un infarctus quelques semaines plus tard.

Les “brillants” Ostrogoths

Un barbare, d'après un bas-relief antique.
Un barbare, d’après un bas-relief antique.

Lorsque, au IVe siècle de notre ère, les Barbares fondent sur l’Occident, deux grandes factions se détachent du peuple germanique des Goths : les Wisigoths et les Ostrogoths. Deux noms qui signifient -étymologiquement- "Goths sages" pour les premiers et "Goths brillants" pour les seconds. Deux noms qui, historiquement, désignent les Goths de l’Ouest -qui traverseront la Gaule et atteindront l’Espagne- et les Goths de l’Est, les Ostrogoths étant les fondateurs, vers 350, d’un vaste empire s’étendant à l’est du Dniepr et au nord de la mer d’Azov. Un empire qui ne durera guère que vingt-cinq ans, jusqu’à ce qu’il soit soumis par les Huns. Désormais liés aux guerriers d’Attila, les Ostrogoths allaient faire office d’auxiliaires aux Huns aux Champs Catalauniques et ils ne retrouveront la liberté qu’après l’effondrement qui suivi la mort d’Attila, en 453.

Libérés d’Attila, les Ostrogoths, qui s’étaient prudemment placés sous suzeraineté romaine, devaient trouver refuge en Pannonie, d’où ils devaient d’ailleurs lancer de nombreux raids dans les provinces byzantines. De fait, la "protection" romaine allait finir par coûter cher à l’empereur byzantin, Zénon, s’il n’avait pas eu l’idée de "titiller" l’ambition et l’irrésistible désir de conquête du chef des Ostrogoths, Théodoric.

Le Japon des origines

Un samouraï japonais.
Un samouraï japonais.

Les origines du Japon sont mystérieuses. On sait cependant que l’archipel était habité au IIe millénaire avant J.-C., et peut-être même avant, au IIIe millénaire. Mais l’histoire, même en partie légendaire, du Japon ne nous est vraiment connue qu’après l’introduction dans l’archipel de la civilisation chinoise. Un événement que va voir l’éclosion de la littérature japonaise dont les deux premiers exemplaires sont deux ouvrages mythico-historiques : le Kojiki et le Nihongi, qui datent respectivement de 712 et de 720 après J.-C.. C’est ainsi que l’on apprend que l’empire japonais a été fondé en 660 avant J.-C. Par Jimmu Tenno, fils de la déesse solaire Amatérasu. Un rapport entre souveraineté et nature que la religion shinto, encore présente de nos jours, ne cessera de mettre en avant, comme elle affirmera la nécessité du culte des ancêtres, si imprégné dans la culture japonaise.
Divisé en clan, le Japon avait sans aucun doute depuis longtemps des rapports avec la Chine. Mais l’influence de la civilisation chinoise ne devait se faire réellement sentir qu’au Vie siècle, sous les règnes de Suiko et de son neveu Shotoku Taishi. C’est à cette époque que les Japonais allaient révéler leur extraordinaire faculté d’assimilation : non seulement ils adoptèrent l’écriture, les moeurs, les techniques et les formes artistiques de la Chine, mais nombre d’entre eux allaient également se convertir au bouddhisme ou l’adapter au shinto traditionnel. Finalement, les Japonais allaient se « convertir » au mode chinois jusque dans leur gouvernement, imposant, en la personne de Yamato, un Etat impérial. En 702, le code Taiho devait achever de poser les bases d’une monarchie absolue, chapeautée par une bureaucratie et une administration à la chinoise.

La conjuration des Pazzi

Face à l’apogée des Médicis qui, depuis Cosme l’Ancien (1389-1464) tiennent étroitement les rênes du pouvoir à Florence, une famille, les Pazzi, rivale de celle des Médicis, se soulève.
Les conjurés, poussés par les Pazzi et soutenus par Sixte IV, se retrouvent, le 26 avril 1478, dans la cathédrale de la ville. Julien et Laurent de Médicis sont pris au piège. Julien est égorgé, mais Laurent, blessé, se réfugie dans la sacristie où il se barricade. Sauvé par ses fidèles, Laurent est acclamé par le peuple. Sa vengeance est implacable : il extermine soixante-dix membres de la famille des Pazzi. Laurent est, alors, le « souverain légitime » de Florence.

Nevski : un saint orthodoxe

Croix d'Alexandre Nevski.
Croix d’Alexandre Nevski.

Fondé en 1189 en Terre sainte, l’ordre des chevaliers Teutoniques va bien vite étendre son action aux pays baltes, alliant la conversion à la conquête pour le compte du Saint-Empire romain germanique.
En 1242, les chevaliers Teutoniques, alliés aux chevaliers Porte-Glaive de Livonie, affrontent Alexandre Iaroslavitch Nevski, grand-prince de Novgorod et Vladimir. Ce prince guerrier, qui reçut le surnom de « Nevski » après la victoire de la Neva contre les Suédois, va, lors de la « bataille de la Glace » contre les chevaliers Teutoniques, le 5 avril 1242, repousser définitivement les moines-guerriers hors de Russie.
Symbole de la résistance au conquérant germanique, canonisé par l’Église orthodoxe, Alexandre Nevski est une des figures les plus populaires de Russie, figure qui sera reprise lors de la Seconde Guerre mondiale par la propagande stalinienne.

Les « rois fainéants » : la fin d’une époque

Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).
Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).

Un souverain indolent, allant de palais en palais dans un chariot traîné par une pair de bœufs : l’image est connue de tous, c’est celle d’un de ces fameux «  rois fainéants ». Mais si tout le monde connaît l’image populaire, qu’en est-il de l’histoire véritable ? Qui furent vraiment ces rois fainéants, symboles d’une dynastie –celle des Mérovingiens- sur le déclin ?
Clovis II, Clotaire III, Childéric II, Thierry III, Clovis IV, Childebert III, Dagobert III, Chilpéric II et, enfin, Thierry IV : de 639 à 711, pas moins de neuf souverains se sont succédés sur le trône de Francie. Et le premier d’entre eux, Clovis II, fils du célèbre Dagobert (le roi de la chanson) n’a rien d’un incapable. Alors que Dagobert, qui fut un grand roi, avait «  officialisé » la séparation entre Francs orientaux et Francs occidentaux en léguant à l’un de ses fils le royaume d’Austrasie alors que l’autre hérité de ceux de Neustrie et de Burgondie, Clovis II va, au terme d’un règne de près de vingt ans, recréer l’unité du royaume. Une unité qui sera ensuite promulguée par les Carolingiens et qui permettra la création d’un empire, celui de Charlemagne. Clovis II ne fut donc pas un  « petit roi » et, pourtant, c’est bien avec lui que commence la «  geste » des rois fainéants.

Les Basques : de l’indépendance à l’indépendance

Roland, victime des Basques à Roncevaux (iconographie du XIXe siècle).
Roland, victime des Basques à Roncevaux (iconographie du XIXe siècle).

Nombreux sont les peuples qui revendiquent une certaine indépendance. Par contre, rares sont ceux qui en ont fait toute leur histoire. C’est le cas des Basques, un peuple à l’origine ethnique encore inconnue, parlant une langue non-indo-européenne, une langue qui, selon les légendes autochtones, serait celle en usage au Jardin d’Eden. De fait, on comprend bien que le peuple basque se considère comme un peuple à part et à quel niveau.
Et son histoire ne fait que confirmer ce désir d’indépendance que les invasions ou les dominations successives –romaine, wisigothe, arabe, franque- ne sauront briser. Même leur appartenance au christianisme n’allait pas les dispenser de se faire brigands et d’attaquer, en priorité, les colonnes de pèlerins franchissant les Pyrénées. Erigé en véritable spécialité locale, le pillage va être leur mode de fonctionnement durant tout le haut Moyen Âge. Un mode de fonctionnement et une spécialité redoutables si l’on en croit le massacre qu’ils perpétuèrent sur l’arrière-garde de Charlemagne à Roncevaux ; un mode de fonctionnement et une spécialité qui leur attireront les foudres de Rome qui les excommuniera en 1179 en raison de ces brigandages incessant. Mais ce n’est pas là la principale caractéristique du peuple basque.

Ausone, le témoin d’une époque

Statue du poète Ausone (309-394).
Statue du poète Ausone (309-394).

II est l’un des très rare, sinon le seul écrivain de l’époque gallo-romaine et le témoin privilégié de son siècle. Né à Bordeaux le 11 avril 309, Ausone, après des études de grammaire et de droit, connaît le succès grâce à ses poèmes. En 367, l’empereur Valentinien l’appelle à la cour de Trèves afin d’être le précepteur de son fils Gratien. Cette fonction lui permet ainsi d’accéder aux charges de consul et de préfet des Gaules. Tout en administrant son territoire, Ausone poursuit son œuvre littéraire et célèbre avec talent les paysages de la Moselle et de la Gaule méridionale, les plaisirs de la bonne chère. Poète et fin gourmet, il apprécie particulièrement les huîtres, celles qu’on trouve dans sa ville natale de Bordeaux car, écrit-il, « elles sont les meilleures… Elles ont la chair grasse et blanche, un jus doux et délicat où une légère saveur de sel se mêle à celle de l’eau marine ». En 388, Ausone, lassé de ses fonctions préfectorales et souhaitant consacrer plus de temps au bonheur de vivre qu’au travail administratif et aux honneurs, quitte la cour de Trèves pour se retirer sur ses terres, près de Bordeaux, où il meurt en 394.