La ceinture de chasteté : un mythe tenace

La cour d'amour au Moyen Âge.
La cour d’amour au Moyen Âge.

Bien peu de gens connaissent le lais de Marie de France qui évoque une amoureuse nouant le bas de la chemise de son compagnon et ce dernier plaçant une ceinture autour de la taille de son amante, signes que seul celui ou celle « qui sera capable de défaire la ceinture ou la chemise de couper ou briser » pourra aimer l’un ou l’autre. Pourtant, de cet écrit du XIIe siècle et de l’imaginaire populaire qui veut que seul ce terrible et obscur Moyen Âge ait pu inventer une telle horreur et faire preuve d’autant de mysoginie, est né le « demi-mythe » de la ceinture de chasteté médiévale. « Demi-mythe » parce que les ceintures de chasteté ont effectivement existé… mais pas au Moyen Âge ! Ce dont parle Marie de France n’est, selon l’historienne Régine Pernoud, qu’un symbole, à l’image des ceintures de cordes portées par les religieux et les religieuses et qui représentent l’un des trois vœux de l’état religieux, à savoir la chasteté.

Les fils de Mélusine

Denier de Guy de Lusignan, alors roi de Jérusalem.
Denier de Guy de Lusignan, alors roi de Jérusalem.

De la même façon que certaines dynasties grecques ou romaines ont cherché à raccrocher les branches de leur arbre généalogique au monde des dieux, dès le Moyen Âge, les familles royales d’Europe ont cherché, elles, à s’attacher à quelque saint. Sainte Clotilde et saint Louis pour la France, Edouard le Confesseur en Angleterre, saint Vladimir en Russie, saint Olaf en Norvège ou saint Wenceslas en Bohême : tous ont la même fonction qui est de lier ces dynasties au Seigneur. Un empereur germanique ira même jusqu’à exiger –et obtenir d’ailleurs- la canonisation de Charlemagne ! Une famille fait exception cependant et de quelle manière ! Nul saint dans la famille de Lusignan ; nul dieu non plus d’ailleurs, mais une fée, un être mi femme mi animal : Mélusine.
C’est de son nom que les Lusignan tirent le leur, se glorifiant à travers leurs armes, à coup de légendes soigneusement entretenues, d’être les fils d’un être surnaturel et monstrueux. Une ascendance étonnante pour cette famille au destin hors du commun, une famille qui abandonnera le Poitou pour l’aventure en Terre sainte. Ce sera tout au moins le cas de Guy de Lusignan puis de son frère Amaury qui, tous deux, deviendront rois de en convolant respectivement avec Sybille de Jérusalem et avec sa demi-sœur Isabelle. De fait, les deux frères seront de bien piètres souverains pour ce royaume en perdition. Malgré tout, ceux sont leurs fils qui porteront le titre de roi de Jérusalem puis de Chypre. Ceux sont leurs fils qui uniront à jamais la couronne de Jérusalem à la fée Mélusine…

Histoires de bourreaux

Un bourreau au Moyen Age (détail d'une gravure du XIXe siècle).
Un bourreau au Moyen Age (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Pourtant indispensable aux sociétés qui connaissent la peine de mot, bras armé de la répression légale, le personnage du bourreau inspire l’effroi, sinon le dégoût. C’est sans doute ce qui explique le vide institutionnel qui entoure sa fonction, qu’aucun texte légal ou administratif n’a véritablement définie. Sait-on, par exemple, qu’en votant la loi du 6 octobre 1791 qui prévoit la décapitation des condamnés à mort, l’Assemblée nationale a omis de désigner celui qui serait chargé de l’exécuter ? Dans la longue histoire des peines et châtiments, la place du bourreau n’a jamais varié : celle d’un paria, que nul ne veut convier à sa table et dont la société, quoique consciente de son utilité, a feint d’ignorer l’existence. Comment peut-on être bourreau ? Qui, au fil des siècles, a accepté de remplir l’effroyable office d’exécuteur des basses œuvres ?

Baissez les loyers !

Blason de la ville de Paris.
Blason de la ville de Paris.

Le prix élevé des loyers à Paris est loin d’être un phénomène récent. Dès le règne de Philippe Auguste, Paris, devenu le centre intellectuel et administratif de la France, attire de nouveaux habitants : des marchands, Français ou étrangers, et des étudiants s’installent, toujours plus nombreux. Les propriétaires se frottent les mains et les loyers ne cessent d’augmenter.
Cependant les habitants, jusque-là dociles, finissent par se révolter. Le 29 décembre 1306, une émeute contre la hausse des loyers éclate : Philippe le Bel fait alors arrêter vingt-huit des émeutiers qui seront pendus, haut et court, le 5 janvier suivant. Une façon, expéditive, de régler le problème du logement en France…

Les Colonna : de Rome à Rome

L'attentat d'Agnani, d'après une gravure du XIXe siècle.
L’attentat d’Agnani, d’après une gravure du XIXe siècle.

Il est des familles dont l’histoire ne saurait se séparer de celle de la cité dans laquelle elles évoluent. C’est le cas des Médicis à Florence, ce fut le cas des Colonna à Rome.
Le nom des Colonna apparaît dès 1047 dans l’histoire de Rome ; elle tire son nom d’un château situé au sud-est de Rome. Attachée aux Gibelins, elle s’opposa longtemps aux Orsini et jouera un rôle de premier plan, au XVIe siècle, dans l’histoire de Rome et de l’Eglise.
C’est Egidio Colonna, dit Gilles de Rome (vers 1245-1316) qui marque le premier l’histoire de cette famille. Canoniste célèbre, théologien, ce disciple de saint Thomas d’Aquin devait enseigner à l’université de Paris. Chargé de l’éducation de Philippe le Bel, il sera l’auteur d’un traité de droit politique (1282) mais s’éloignera du souverain à l’heure des tensions avec la papauté. Archevêque de Bourges depuis 1296, il devait soutenir activement Boniface VIII et, dans le De potestate Eclesiae, poser les bases de la bulle Unam sanctam lancée par le Saint-Siège contre Philippe le Bel. Il sera le fondateur de l’école thomiste des Augustins (dont il avait été le général de l’ordre).

Consécration de Royaumont

Fondée en 1228 par Saint Louis en exécution du testament de son père, l’abbaye de Royaumont est un des plus beaux exemples de l’architecture cistercienne.
Le saint roi, profondément attaché au monastère, en fait un de ses lieux de séjour privilégiés et une nécropole pour les enfants royaux morts en bas âge. Déjà richement dotée, elle se voit adjoindre, par Saint Louis, une superbe église de style gothique, consacrée le 19 octobre 1235, qui sera parmi les plus belles et aussi les plus grandes de l’ordre.
Image de la majesté royale autant que de la pureté cistercienne, Royaumont sera vendue par l’État en 1791 et en grande partie détruite.

Vie et mort d’une dynastie : les Visconti

Jean Galéas Visconti (1351-1402).
Jean Galéas Visconti (1351-1402).

Depuis bientôt deux siècles, une famille originaire de Milan étendait sa fortune et son pouvoir sur toute l’Italie du Nord.
Arrière-petit-fils du fondateur de la dynastie des Visconti, Jean Galéas reformera son unité et la conduira à son apogée. Devenu seul maître du Milanais après avoir assassiné son oncle et beau-père, Jean Galéas va non seulement poursuivre la conquête des villes avoisinantes mais également « acheter » le titre de duc héréditaire de Milan, élevant ainsi sa famille au même rang que les plus grands noms d’Italie.
Administrateur remarquable, favorable à l’industrie et aux arts, fin diplomate et habile chef de guerre, Jean Galéas est sur le point de devenir roi d’Italie quand il meurt de la peste, le 4 septembre 1402.

Le trésor du Temple : histoire d’un fantasme ?

Un templier sur sa monture (gravure du XIXe siècle).
Un templier sur sa monture (gravure du XIXe siècle).

Cela fait maintenant sept siècles que le fameux trésor des templiers fait fantasmer historiens amateurs, romanciers en mal d’inspiration ou fouineurs en tout genre. Sept siècles durant lesquels les hypothèses les plus saugrenues, les plus hasardeuses ont été évoquées ; sept siècles durant lesquels des centaines, des milliers d’ouvrages ont été écrits sur le sujet, souvent d’ailleurs par ce que « c’est vendeur »… Pourtant, le trésor du Temple demeure introuvable. Peut-être est-ce tout bonnement parce que ce trésor n’existe pas ? Peut-être encore que ce trésor n’a rien à voir avec des montagnes de florins, d’écus ou d’objet en or…
Si l’on en croit l’historien Jean Favier, le lendemain de l’arrestation des templiers, soit le 14 octobre 1307, les officiers du roi se sont empressés de mettre les biens du Temple sous séquestre. Après une dizaine d’années, ils seront, selon le désir de Philippe le Bel, dévolu à l’ordre des hospitaliers, devenu plus tard, l’ordre de Rhodes puis de Malte. Et tant pis pour ceux qui s’acharnent à voir dans la destruction du Temple la volonté du roi de s’emparer de ses richesses.

Universités : l’opposition en héritage

La controverse de Pierre Abélard (1079-1142).
La controverse de Pierre Abélard (1079-1142).

A l’origine, dans l’Europe chrétienne, l’enseignement était essentiellement le fait des monastères ou des cathédrales, ce qui explique que leur  rayonnement ait été avant tout local. Ce n’est qu’au XIIe siècle que seront créées les premières universités. Spécialisées par matière –la médecine à Montpellier ou Salerne, le droit à Bologne, la théologie à Paris- certaines allaient alors atteindre un rayonnement international, attirant des maîtres et des étudiants de toute l’Europe. Tel était le cas de l’université de Paris, devenu un centre intellectuel soutenu d’abord par les rois ensuite et surtout par l’Eglise. Une université dans laquelle la dialectique et la controverse tinrent immédiatement une place essentielle, façonnant pour des siècles sa réputation. Une réputation admirablement soutenue par Abélard, par Guillaume de Champeaux, par les dominicains et les franciscains ou, au XVe siècle, par Jean Gerson. Mais une réputation fragile tant les universitaires parisiens, apprentis philosophes, se complaisaient dans la didactique ou la controverse, au point de devenir une opposition systématique. Contre le roi, contre l’Eglise, l’Université –elle s’était dotée elle-même d’une majuscule- de Paris sera de tous les combats, allant jusqu’à en créer. Certes, cela permit parfois certaines avancées, aussi bien théologiques que philosophiques.

Le “bon” roi Dagobert ?

Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).
Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).

Si la légende a fait beaucoup pour la popularité de Dagobert, elle n’a guère de rapport avec la réalité. Souverain guerrier et conquérant, il saura soumettre les Basques, les Bretons, en la personne de Judicaël, substituera un roi wisigoth à un autre en Espagne –exploit pour lequel il se fera payer-, installera un Franc en Thuringe, dirigera les Alamans, massacrera les Bulgares en Bavière et conclura avec l’empereur d’Orient, Héraclius, une « paix perpétuelle ». Bref, Dagobert Ier apparaît comme le plus grand roi mérovingien après Clovis, un souverain dont la domination effective s’étendait des Pyrénées au Rhin, de la Bretagne à l’Elbe. Il sera aussi le seul, véritablement, à atteindre ce statu quasi international… jusqu’à Charlemagne.
Mais si la politique extérieure est une véritable apothéose, à l’intérieur même de son royaume, Dagobert aura bien du mal à réfréner les ambitions des leudes, notamment du premier d’entre eux, son conseiller en Austrasie, Pépin de Landen (ancêtre de Pépin le Bref).  Roi d’Austrasie dès 623, il se fera reconnaître roi de Neustrie, privant son frère Caribert à qui elle revenait, puis roi des Francs à la mort de son père. Et s’il parviendra à reconstituer l’unité du royaume, c’est au prix de lourds sacrifices imposés à la noblesse. Quant à sa réputation de justicier, il la devra aux tournées qu’il effectuera en Bourgogne et en Austrasie, se révélant attentif aux doléances du peuple, offrant des privilèges à telle ou telle cité.
Enfin, cet homme à femmes, polygame reconnu, aura l’intelligence de savoir s’entourer… de saints ! Les élites du Nord comme du Midi seront accueilli en son palais de Paris, dont il fera sa capitale. Des élites parmi lesquelles on retiendra saint Ouen, qui sera chef de sa chancellerie, saint Didier, son trésorier, et enfin, le plus célèbre d’entre eux, saint Eloi –orfèvre célèbre- dont il fera son « ministre des Finances ». C’est d’ailleurs avec lui, sur son conseil, qu’il centralisera la frappe de la monnaie, mettant ainsi fin à la circulation de la fausse monnaie.
Un règne court –à peine 7 ans comme roi des Francs- mais qui allait porter la dynastie mérovingienne au faite de sa puissance. Un règne qui sera suivi par ceux des rois fainéants…