L’Ethiopie : de la reine de Saba au Prêtre Jean

Les Ethiopiens d'après les bas-reliefs de Thèbes.
Les Ethiopiens d’après les bas-reliefs de Thèbes.

L’histoire mouvementée du royaume d’Axoum, le glorieux ancêtre de l’actuelle Éthiopie, s’explique d’abord par sa situation géographique très particulière. Limitée au nord-est par la mer Rouge qui la sépare de l’Arabie, à l’est, au sud et à l’ouest par les plaines désertiques de la Somalie et du Soudan, l’Éthiopie a été, de tous temps, écrit Jean Doresse, « le refuge le plus méridional des races sémitiques et de leurs premières cultures sur le continent africain ». Ce pays a vu en effet s’opérer, dès ses origines, la fusion féconde des populations de l’Est africain, avec des populations sémitiques blanches très anciennes. Plus tard, une nouvelle fusion s’opèrera avec les Galla, venus du sud-est.
Mais d’Éthiopie participe bien des empires noirs. D’ailleurs, le nom même d’Éthiopie désignait en grec (Aithiopia, de aithiops : « visage brûlé ») l’ensemble des peuples noirs.
Au-dessus des savanes brûlantes du pourtour de l’Éthiopie, à peine habitables, s’élève une forteresse de hauts plateaux verdoyants au climat tempéré, dominés par des pics de plus de quatre mille mètres. Dans ce pays volcanique profondément bouleversé, les fleuves, en particulier le Nil (qui y trouve ses plus importantes sources), creusent de véritables cañons. L’Éthiopie est le pays des luttes constantes des populations riches des hauts plateaux contre les tribus déshéritées des basses régions d’alentour, avides de s’emparer de ce paradis.

L’aventure des Tudor

Gisant d'Edmund, fils d'Owen Tudor.
Gisant d’Edmund, fils d’Owen Tudor.

C’est un aventurier d’origine galloise qui, au XVe siècle, devait faire la fortune de l’ancienne famille des Tudor -elle est mentionnée pour la première fois en 1232. Owen Tudor, car tel est son nom, devra tout à son sens de l’à propos et, sans aucun doute, à son charme personnel. Amant de Catherine de Valois, mariée à Henri V de Lancastre, il allait finir par épouser la trop jeune veuve, mère du souverain, en 1429. Evidemment partisan de la maison de Lancastre lors de la guerre des Deux-Roses, Owen allait finalement périr exécuté, mais le premier pas au sein de la dynastie Plantagenêt était franchi. De fait, le statu d’Owen, l’officialisation de son lien avec la reine Catherine avait valeur d’accréditation, ce dont  les Tudor allaient désormais profiter. Owen mort, c’était à son fils aîné de faire son chemin ; ce qu’il fit en épousant Marguerite de Lancastre, petite-fille de Jean de Gand et descendante, par là même, d’Edouard III et donc des Plantagenêt. La filiation était parfaite et le fils né de leur union, Henri Tudor, allait pouvoir se prévaloir de l’héritage des Lancastre dont il sera bientôt le dernier représentant. Vainqueur de Richard III, et donc des York, à la bataille de Bosworth en 1485, Henri VII Tudor aura l’intelligence de mettre fin au conflit entre les deux familles en s’alliant avec le fille d’Edouard IV, également dernière représentante des York, doublant de fait sa propre légitimité puis celle de toute la dynastie Tudor.

Eton : le collège des pauvres

Sceau d'Henri VI d'Angleterre.
Sceau d’Henri VI d’Angleterre.

Décidément, le règne d’Henri VI marque un véritable tournant dans l’histoire d’Angleterre. C’est sous son règne que cesse, de fait, la guerre de Cent ans et cela malgré le couronnement, à Paris, d’Henri VI d’Angleterre et de France. Un couronnement qui cache trop mal le sentiment d’échec des Anglais, échec avec le couronnement de Charles VII, échec avec le rapprochement des Bourguignons et du trône. Ayant totalement abandonné les affaires continentales, Henri VI aura d’ailleurs fort à faire avec les révoltes couvant dans son propre royaume. De fait, c’est également sous son règne que débutera le conflit entre les Lancastre -lui-même et ses partisans- et les York, ses cousins nés d’une second fils d’Edouard III. La guerre des Deux-Roses allait faire des ravages dans le pays, et notamment dans les rangs de la noblesse. Une noblesse qui devra à Henri VI d’avoir soigné son éducation après lui avoir donné tant d’occasions de mourir.
Initialement destiné aux garçons pauvres ou infirmes -ils devaient être 25 de chaque-, le collège d’Eton est fondé en 1440 par Henri VI. Un parrainage éminent pour un collège qui sera bien vite détourné de son objectif initial et charitable… par sa destination même. Car Henri VI voulait faire plus pour Eton que pour les autres institutions éducatives.

Mayence : la capitale de la Germanie

La ville de Mayence au Moyen Âge (gravure sur bois).
La ville de Mayence au Moyen Âge (gravure sur bois).

Fondée par Drusus, fils de l’empereur Tibère, vers 13 après J.-C., Mogontiacum, place forte du limes romain, devint dès l’ère romaine la capitale de la Germanie Première. Détruite par les invasions barbares après le départ des légions (402), elle revint aux Mérovingiens qui relevèrent la cité devenue Mayence. C’est saint Boniface qui, au VIIIe siècle, allait redonner à la cité ses lettres de noblesse : archevêché métropolitain de la Germanie, Mayence devint un centre politique et religieux incontournable, au point que ceux sont les évêques de Mayence qui devaient diriger les élections des souverains germaniques. Ils étaient également chanceliers du Saint-Empire et, lors des interrègnes, avaient le vicariat de l’empire.
La puissance temporelle des archevêques de Mayence remonte à la fin du Xe siècle, sous Willigis, et s’étendit peu à peu aux régions du Moyen-Rhin, du Main, de la Hesse, de la Thuringe et sur les villes de Kassel, Bingen, Erfurt, Aschaffenburg ou encore Eischfeld. Jusqu’au XVIIIe siècle, la province ecclésiastique de Mayence ne cessa de s’étendre, comprenant les sièges de Worms, Spire, Strasbourg, Constance, Padenborg, Hildesheim ou Fulda.

La Touraine en apanage

Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).
Pièce de monnaie de la tribu des Turones (Ier siècle après J.-C.).

Lorsque les Romains pénètrent en Gaule, ceux sont les Turones qui peuplent la riche province de Touraine. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils s’accommodèrent aisément de la conquête romaine, au point que la principale cité de la région, Turones, rebaptisée Caesarodunum -aujourd’hui Tours-, devint la capitale de toute la Lyonnaise IIIe, soit de la Touraine, mais aussi de l’Anjou, du Maine et de l’actuelle Bretagne.
Soumise en 480 après J.-C. Par les Wisigoths, la Touraine allait passer aux mains des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé, en 507. Objet de toutes les convoitises tant la région était riche, tant sa situation, favorisant les échanges, en faisait un acteur incontournable au niveau commercial, la Touraine sera au cœur de nombreux conflits entre les princes mérovingiens, jusqu’à ce qu’elle acquière son indépendance, au Xe siècle, sous le gouvernement des comtes de Touraine. Une indépendance qui ne sera que de courte durée : enjeu d’une rivalité entre la maison d’Anjou et celle de Blois, la Touraine allait tombée dans l’escarcelle des premiers sous le règne de Geoffroi II Martel et donc, indirectement et dans les années à venir, dans celle de la maison d’Angleterre lorsque celle-ci aura pour chef un Plantagenêt.

Calais tombe… au son du tambour

Après onze longs mois d’un siège acharné, Édouard III, monarque d’Angleterre, met Calais à genoux et reçoit les clefs de la ville des mains de six notables « nus pieds et nus chefs, en leurs linges de draps seulement… ».
Le jour même, le 4 août 1347, le roi anglais, à la tête de ses troupes, entre dans la ville « avec si grande foison de musiciens, de tambours ainsi que de musettes que ce serait merveille à raconter ».
C’est le chroniqueur Froissart qui, pour la première fois, fait mention du tambour militaire, un instrument sans doute d’origine indienne, et qu’il va nommer « bedon ».

Les premiers siècles de la dynastie capétienne

La France aura connu cinq dynasties, toutes plus ou moins rattachées les unes aux autres. Les trois dernières font partie d’une même « race », celle que l’on nomme la race des Capétiens, parmi lesquels on distingue les Capétiens directs, les Capétiens-Valois et les Capétiens-Bourbons. Une race qui régna sur la France pas moins de huit siècles… une longévité dynastique qui était pourtant loin d’être évidente et qui sera maintes fois remise en cause, notamment lors des passages d’une branche à l’autre. Une longévité qui s’explique peut-être aussi par les règnes des premiers Capétiens…

Du Chastel : le long couteau des Armagnacs

L'assassinat de Jean sans Peur par Tanguy du Chastel, d'après une iconographie du XIXe siècle.
L’assassinat de Jean sans Peur par Tanguy du Chastel, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Fidèle de Louis d’Orléans, Tanguy du Chastel passe, après la mort de ce dernier, au service de Louis d’Anjou puis à celui du dauphin, qu’il ne va plus quitter. Devenu prévôt de Paris, le 18 septembre 1411, c’est-à-dire chargé des affaires judiciaires de la capitale, il fait bientôt figure de chef du parti armagnac et défend la ville contre l’omnipotence bourguignonne.
Malgré sa position importante dans le parti du dauphin, le nom de Tanguy du Chastel aurait, sans doute, été oublié depuis fort longtemps s’il n’avait pas été l’instigateur et, selon les chroniques, l’acteur principal du meurtre de Jean sans Peur, le 10 septembre 1419.
Devenu l’homme de confiance du « petit roi de Bourges », il ne gardera pas longtemps ce titre envié. Dès son accession au trône, Charles VII n’aura de cesse de se rapprocher du duc de Bourgogne et Tanguy du Chastel sera donc éloigné de la cour, voyageant sans cesse comme ambassadeur ou lieutenant des provinces méridionales. Jusqu’à sa mort, en 1458, il s’obstinera pourtant à porter le titre de prévôt de Paris et de conseiller du roi… qu’il n’avait pas revu depuis trente-cinq ans.

Jean sans Terre, le roi des échecs !

Sceau de Jean sans Terre (1167-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1167-1216).

Si les auteurs de romans tels que Robin des Bois ou Ivanhoé, de Walter Scott, ont fait beaucoup pour la popularité de Jean sans Terre, ils ont également assurer sa réputation de forfaiture et de traîtrise. Une réputation, il faut bien le reconnaître, parfaitement justifiée. Surnommé « sans Terre » parce que son père ne trouvait point à lui créer d’apanage, Jean n’aura terres, titres et couronne qu’en lieu et place de ses parents. Devenu comte de Cornouailles en 1189, il ne doit son titre qu’à son mariage avec Isabelle de Gloucester… qu’il s’empressera de répudier lors de son accession au trône. Quant à sa couronne, obtenu en 1199, il ne l’obtiendra qu’après l’assassinat de son neveu, Arthur de Bretagne. Adepte de toutes les bassesses –ils les avaient multipliées sous le règne de son frère, Richard Cœur de Lion-, de la traîtrise la plus vile, il se révèlera un politique désastreux et mettra plusieurs fois le royaume Plantagenêt en péril. L’enlèvement de sa seconde épouse, Isabelle d’Angoulême, illustre d’ailleurs parfaitement la chose. Fiancé à Hugues X de Lusignan, Isabelle était donc intouchable : peu importe pour le nouveau souverain d’Angleterre.

La folie du roi

Charles VI en forêt du Mans (d'après une statue ancienne).
Charles VI en forêt du Mans (d’après une statue ancienne).

C’était au milieu de l’été, pendant les lourdes chaleurs d’août. Comme il traversait la forêt, un homme tout vêtu de blanc se jette à la bride de son cheval en criant :
-Arrête, noble roi, ne passe pas outre, tu es trahi !
Cette subite apparition frappe le roi. Un peu plus loin, le page qui portait la lance royale s’endort sur son cheval ; la lance tombe et frappe un casque qui retentit. À ce bruit d’armes, le roi tressaille, tire l’épée et crie :
-Sus, sus aux traîtres !
Il court, l’épée nue, sur ses pages, sur son escorte, sur son frère, le duc d’Orléans, qui l’évite à grand-peine…
Le roi était fou !