Le temps de l’Apocalypse : l’an de grâce 1260

L'Apôtre saint Jean rédigeant le texte de l'Apocalypse.
L’Apôtre saint Jean rédigeant le texte de l’Apocalypse.

Depuis le début du christianisme, et notamment depuis le IIIe siècle, date à laquelle l’Apocalypse est admis dans le Corpus de l’Église, les théologiens tentent de décrypter ce dernier texte du Nouveau Testament. C’est que la préoccupation de beaucoup se résume à cette interrogation : pour quand sera la fin du monde, la parousie -c’est-à-dire le retour du Christ dans sa gloire- ? Joachim de Flore a tenté d’y répondre.
Cistercien ascète et rigoureux, Joachim de Flore va séparer le temps en trois âges : l’âge du Père, qui correspond à l’Ancien Testament ; l’âge du Fils, c’est-à-dire celui de l’Incarnation, de la Révélation, du Nouveau Testament ; enfin l’âge de l’Esprit qui sera le temps où l’Église de Jean remplacera celle de Pierre, le temps des ordres mendiants, celui où l’on comprendra enfin les Évangiles. Et cet âge de l’Esprit succèdera à de terribles cataclysmes, correspondant, pour Joachim, aux hérésies. Puis Joachim donne une date précise : 1260. D’où vient cette date ? Le calcul de Joachim de Flore est très simple : reprenant l’Ancien Testament et l’Évangile de saint Mathieu qui évoque la généalogie du Christ, il compte quarante-deux générations précédant la venue du Messie. Puis, reprenant ces quarante-deux générations, la naissance du Christ marquant le changement d’âge, et à raison de trente ans par génération, il obtient 1260 qui marquera donc le Millenium, l’âge d’or. Certes, il ne s’est rien passé en 1260 mais le fondement reste le même.

Serf : le vassal du vassal

Serfs labourant leur champ (iconographie du XIIe siècle).
Serfs labourant leur champ (iconographie du XIIe siècle).

Qui a étudié l’histoire médiévale à l’école connaît le mot de serf. Un mot que l’on rattache presque automatiquement à cette période, oubliant qu’il existait un servage grec –par exemple les ilotes- ou romain et ensuite gallo-romain. C’est d’ailleurs en maintenant ce servage déjà existant que les conquérants germaniques vont faire perduré ce statu d’homme libre mais totalement soumis, d’un homme attaché jusqu’à sa mort à un seigneur tout en étant plus qu’un esclave. La différence, infime à l’époque romaine entre le serf et l’esclave ne tenant qu’au statu juridique du premier, le second n’en ayant pas puisqu’il n’était pas considéré comme plus qu’une chose. Mais si le servage a bien existé dans l’Antiquité, il n’a guère de choses  à voir avec le servage de l’époque médiévale.
C’est à l’époque carolingienne (VIIIe-IXe siècle) que le servage « moderne » s’établit définitivement en France, avec toutes les caractéristiques de cette époque. La principale est l’attachement du serf à un seigneur, laïc ou abbé, mais un attachement basé sur un hommage, ce qui était la base même de la société féodale. Pas un homme n’y échappait, du serf au grand seigneur, du comte au duc, chacun étant toujours le vassal d’un autre. Et c’est ce qu’est le serf : un vassal du vassal, chacun lié à l’autre par un échange de service. Si le noble devait fidélité et secours à son suzerain, le serf , en plus des redevances habituelles, était corvéable. Selon l’expression connu, il était même « corvéable à merci »… mais uniquement dans la théorie.

Saint Jacques avec nous !

Des pèlerins au Moyen Âge (gravure sur bois).
Des pèlerins au Moyen Âge (gravure sur bois).

Il y a douze cents ans, sur l’Espagne du Nord, la seule encore chrétienne, régnait Alphonse II, roi des Asturies. Un paysan de Galice voit briller, plusieurs jours de suite, une immense étoile au-dessus de son champ. Et peu après, dans cette terre galicienne imprégnée de mysticisme, on fait une découverte miraculeuse : le corps de l’apôtre Jacques. Le 23 juin 797, lors de la bataille d’Al Badin contre les musulmans qui occupaient l’Espagne du Sud, les soldats d’Alphonse II voient surgir dans le ciel l’apôtre monté sur un cheval blanc. Un cri jaillit dans les troupes chrétiennes :
-Saint Jacques avec nous !
Terrorisé, l’ennemi musulman prend la fuite. Désormais, l’Espagne a un saint patron et Compostelle (en latin campus stella : le champ de l’étoile) deviendra le plus grand pèlerinage chrétien du Moyen Âge.

Pierre le Cruel, victime de sa réputation

Page d'un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.
Page d’un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.

Les surnoms des souverains font beaucoup pour asseoir leur réputation dans l’imaginaire populaire. Surtout lorsqu’ils correspondent effectivement à la réalité. Le problème est quand ils n’ont qu’un lointain rapport avec la vérité, qu’ils sont mal compris ou, pire, lorsqu’ils sont le résultat d’une propagande réussie. On a surnommé Louis XV le Bien-Aimé alors qu’il fut sans doute l’un des plus détestés des souverains français ; Richard Cœur de Lion fut nommé ainsi parce qu’il était cruel, non parce qu’il était valeureux. Quant à Pierre le Cruel, roi de Castille, s’il ne fut pas un enfant de chœur, il est loin de mériter son surnom.
C’est en 1350, après la mort de son père, Alphonse XI, que Pierre Ier monte sur le trône de Castille. Montrant peu d’intérêt pour le gouvernement effectif de son royaume, il laisse alors le pouvoir aux mains de sa mère et du ministre principal de son père, se contentant de faire exécuter la maîtresse de son défunt père, Eléonore de Guzman. Certes, ce n’était guère charitable mais de là à parler de cruauté… En fait, tout le règne de Pierre le Cruel va être déterminé par la lutte entre le souverain et la noblesse. Aux premiers rangs desquels ses frères, Frédéric, qu’il fera assassiné en 1358, et Henri de Transtamare. Le désir d’affirmation du pouvoir royal face à l’anarchie féodale : voilà comment se résume le règne de Pierre le Cruel.

Les Omeyyades : des politiques au service de l’islam

Détail d'un Coran.
Détail d’un Coran.

Omeyya, dont la dynastie Omeyyade tire son nom, était un parent de Mahomet, ce qui devait leur conférer une certaine légitimité. En fait, c’est sous le califat de Moawiya Ier (660-680), puissant gouverneur de Syrie sous Omar, que la dynastie devait prendre son essor et acquérir son indépendance. En refusant de reconnaître Ali, le gendre du prophète, après la mort d’Othman, en désignant son propre fils comme son successeur, Moawiya Ier avait fait sécession et proclamé, dans les faits, l’institution du califat héréditaire. Son fils, Yazid Ier, aura bien du mal à se défaire des partisans d’Ali et des partisans du nouveau calife d’Arabie. Mais la victoire de Yazid allait annoncer le début de l’expansion omeyyade. C’est vers l’est que les regards de la nouvelle dynastie se tourne tout d’abord : Kaboul le Belouchistan et le Sindh tombent sous leur coupe ; puis vient le tour de l’empire byzantin et de Constantinople, sa capitale, qui subit un siège mémorable en 673 ; enfin, entre 660 et 709, c’est toute l’Afrique du Nord qui tombe aux mains des Omeyyades… qui ne tarderont pas à tourner leurs regards vers l’Espagne, pratiquement conquise entre 711 et 719.

Unam, sanctam, catholicam : l’Église au Moyen Âge

Le Moyen Âge s’étend sur près de mille ans, de 476, date de la chute de l’empire d’Occident, à 1483. Durant ces mille années, l’Église a grandi,  évolué et traversé des périodes de troubles et de fastes. Et cette histoire, uniquement évoquée par quelques faits marquants, notamment au cours des XIe au XVe siècles, n’est pas seulement celle de l’Église mais de l’Europe entière.
Le XIe siècle marque un tournant dans l’histoire de la chrétienté puisqu’il connaît la séparation définitive entre Rome et Byzance. La chrétienté se trouve alors divisée, aussi  bien religieusement que géographiquement, en Église d’Orient et Église d’Occident, toutes deux évoluant dans leur sphère propre. Cette première évolution n’est, en Occident, que le début d’une longue période de troubles et de « révolutions » religieuses qui vont marquer l’Église de Rome.

La déposition d’Édouard II

Édouard II d'Angleterre (1284-1327).
Édouard II d’Angleterre (1284-1327).

Jamais jusque-là un roi d’Angleterre n’avait été déposé. Assurément, Édouard II n’avait jamais fait preuve d’une personnalité très affirmée, que ce soit en tant que prince de Galles ou, à partir de 1307, en tant que roi, mais personne n’aurait imaginé qu’il soit forcé d’abdiquer… encore moins que ce soit sa femme qui le dépose ! Depuis la France et soutenue par son amant Roger Mortimer et son beau-frère, Edmond, Isabelle de France va organiser l’invasion de l’Angleterre de main de maître.

Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.

Bayézid, le conquérant de l’Europe

Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).
Bayézid faisant exécuter les prisonniers chrétiens (gravure du XIXe siècle).

Bayézid. Le nom est pour beaucoup méconnu pourtant, des années durant, les Européens n’ont connu que lui, l’ont craint plus que tout autre ; Racine lui a même consacré une pièce, sous le nom francisé de Bajazet. Fils et successeur de Mourad Ier, Bayézid avait une certaine propension à l’indépendance ; propension qui devait le conduire à faire assassiner son unique frère dès que l’occasion se présenta. Ce n’est pourtant pas cette action -assez répétitive au sein des cours ottomanes- qui devait distinguer Bayézid de ses pairs. Marchant avec bonheur sur les traces conquérantes de son père, il devait mener une véritable "guerre éclaire" sur l’Europe, passant à deux doigts de l’exploit en manquant d’enlever Constantinople. En un an seulement, il devait achever la conquête de la Thessalie, de la Serbie et de la Bulgarie (1394) puis écraser les armées européennes menées par le roi de Hongrie Sigismond. La défaite de Nicopolis, en 1396, devait marquer les esprits pour longtemps. On dit même que c’est à cause de celle-ci et parce que le duc Jean sans Peur, fait prisonnier, avait été profondément marquer, que Philippe de Bourgogne devait ensuite créé l’ordre de la Toison d’Or. Surnommé Yildirim, "l’Eclair", Bayézid ne devait qu’à l’invasion de Tamerlan en Asie Mineure de laisser échapper Constantinople. Athènes et tout le Péloponèse était déjà tombé. Pour Constantinople, ce n’était plus cependant qu’une question de temps…

L’amour fou de Pierre de Portugal

Gisant d'Inès de Castro.
Gisant d’Inès de Castro.

L’histoire dépasse parfois la fiction mais c’est l’imaginaire qui crée la légende. De fait, l’histoire d’amour d’Inès de Castro et de l’infant de Portugal dépasse largement la fiction. Mais l’image de la reine morte, représentant un cadavre sorti de son tombeau pour être couronné et honoré par toute la cour est, quant à elle, du domaine de la légende. Et on comprend que l’imaginaire se soit emparée de cette histoire…
En 1340, Inès de Castro, demoiselle espagnole, est choisie pour accompagner l’infante Constance à la cour de son futur époux, l’infant du Portugal, Pierre. Un honneur qui fera son  malheur car Pierre s’éprend d’Inès et devient sa maîtresse. Scandale à la cour portugaise où le souverain Alphonse IV renvoie la belle dans "ses pénates"… jusqu’en 1345, date à laquelle meurt l’infante Constance. Malgré l’opposition du roi et de la cour, Pierre n’a alors de cesse de faire revenir sa bien aimée… qui va lui donner pas moins de deux fils et d’une fille.
Banale histoire d’amour ?