L’héritage bicéphale de Knut le Grand

L'arrivée des vikings en Europe occidentale (illustration du XIXe siècle).
L’arrivée des vikings en Europe occidentale (illustration du XIXe siècle).

Le doute n’est guère permis : Knut Ier le Grand prétendait réellement créer un royaume bicéphale, anglo-danois, une couronne à deux faces. Pour ce faire, il avait conclu un accord avec sa dernière épouse, la reine Emma : seuls les enfants nés de leur union pourraient hériter de la double couronne. Une convention qui excluait, de fait, le fils aîné de Knut, Haraldr. Une convention que ce dernier n’avait nullement l’intention de respecter : profitant de l’absence d’Harthaknut, qui s’était rendu au Danemark, Haraldr allait s’emparer du trône anglais en 1037. Il ne sera d’ailleurs pas le seul à tenter sa chance : au même moment, les fils exilés d’Ethelred et d’Emma -eux aussi demi-frères d’Harthaknut donc- débarquant soudain sur les côtes anglaises. Une tentative soldée par un échec cuisant, Edmond perdant la vie dans l’affaire et Edouard se voyant contraint de reprendre la route de l’exil normand. La mort soudaine d’Haraldr allait cependant mettre fin à cette scission, laissant à Harthaknut tout loisir de recueillir son héritage, de reconquérir sa couronne. L’Angleterre n’y gagnera guère au change : autant Knut Ier s’était révélé un souverain préoccupé de ses sujets, autant Harthaknut saura se faire haïr, accablant le peuple d’impôts, multipliant les actes cruels. Deux ans de ce régime suffiront amplement aux Anglais qui, à sa mort en 1042, se réjouiront du retour de la dynastie saxonne.

Pachacutec ou le mythe de la civilisation inca

Buste de Pachacutec, le IXe Inca.
Buste de Pachacutec, le IXe Inca.

Selon la tradition quechua, c’est au XIIIe siècle que Manco Capac, le souverain légendaire, aurait fondé l’empire des Incas. Une dynastie qui prend racine en pays quechua et s’établit à Cuzco. En fait, il est vraisemblable que la culture inca ait existé avant le XIIIe siècle, mais c’est à cette époque qu’elle acquiert une organisation aussi bien politique que militaire. Son extension, quant à elle, attendra encore deux siècles et c’est à Pachacutec, le Ixe souverain inca, qu’elle le doit.
Pachacutec Yupangui arrive au pouvoir en 1438. A cette époque, les Andes sont loin de formées un tout, une unité : les luttes entre tribus, l’anarchie parfois dominent. Pachacutec, lui, va utilisé la relativement nouvelle unité de son petit royaume pour s’étendre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne rencontrera guère de résistance. Maître de Tiahuanaco, il s’empare de l’empire de Chimu puis étend sa domination sur des milliers de kilomètres le long de la chaîne andine. Afin d’unifier son empire, il écrit une constitution qui, si elle n’est pas écrite, est respectée à la lettre. Il faut dire que les peuples qui vivent sous la férule de Pachacutec n’ont guère le choix et que la constitution de l’Inca est directive jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Certains diraient même qu’elle est d’inspiration totalitariste. Sans doute n’auraient-ils pas tout à fait tort. D’ailleurs, l’Inca prouvera maintes fois son manque de scrupule et sa tendance dictatoriale.

Héloïse et Abélard : une histoire romancée

Héloïse et Abélard, d'après le tableau d'Edmund Blair Leighton (1882).
Héloïse et Abélard, d’après le tableau d’Edmund Blair Leighton (1882).

Tout le monde connaît l’histoire d’Héloïse et Abélard ; du moins, tout le monde pense la connaître. Voici donc cette aventure telle qu’elle est rapportée par les historiens du XIXe siècle et, à leur suite, par certains de nos contemporains.
Issu de la petite noblesse bretonne, Pierre Abélard, né en 1079, préfère les études à la carrière des armes et, abandonnant ses prérogatives d’aîné, devient l’élève du maître en théologie Guillaume de Champeaux à Paris. Il fonde sa propre école de pensée, basée sur la logique aristotélicienne et son enseignement, qui annonce déjà celui de saint Thomas d’Aquin, provoque un engouement immense dans le milieu universitaire.

“Défends-moi par l’épée, je te défendrai par le verbe”

Guillaume d'Occam (v.1285-1347).
Guillaume d’Occam (v.1285-1347).

Théologien, philosophe, idéologue politique même, Guillaume d’Occam se sera essayé à toutes les disciplines… avec toujours le même credo : la séparation. Entré très jeune chez les Franciscains, il s’essaie à la critique dès ses années oxfordiennes, critique qui lui vaudra d’être convoqué par le pape Jean XXII et l’empêchera d’accéder au titre de "maître". Proche des Spirituels, dont l’idéal de fidélité de l’enseignement franciscain tournait de plus en plus à la contestation tous azimuts et même à l’hérésie -dans laquelle ils finiront par tomber d’ailleurs, Guillaume d’Occam devait faire le choix de l’empereur a contrario du pape. Une prise de choix pour Louis de Bavière et pour l’idéal impérial dans son ensemble. Car de la même façon que Guillaume avait mis son intelligence au service de la foi, de l’Eglise, il va la mettre au service de l’idée de la prédominence impériale. Une idée qui oppose l’Eglise et l’empire depuis Constantin lui-même ; une idée qui fait de l’Eglise la débitrice de l’Empire, du pape le débiteur de l’empereur. Ce combat va littéralement empoisonner les dix premiers siècles de l’Eglise en tant qu’institution reconnue dans l’empire. Il va engendrer des actions aussi diverses que la création de l’Inquisition ecclésiastique, que la fondation des Etats pontificaux, que Canossa ou que la venue des Normands dans la péninsule italienne.

Louis XI, « l’universelle araigne »

Louis XI (1423-1483), d'après une gravure du XIXe siècle.
Louis XI (1423-1483), d’après une gravure du XIXe siècle.

L’universelle araigne : tel est le surnom que l’on attribua à Louis XI dont la réputation n’est plus à faire. Et on peut dire qu’elle n’est guère flatteuse ! Intelligent, rusé, énergique, il était doté d’un physique peu avantageux et d’une patience fort limitée. Durant près de vingt ans, il se joindra à toutes les révoltes contre son père, Charles VII ; il les fomentera même et s’alliera avec tous ses ennemis. Il mettra tant d’acharnement et d’âpreté dans sa lutte contre le roi que ce dernier vivait, dit-on, dans la crainte perpétuelle de se faire empoisonner par son fils… Enfin arrivé au pouvoir en 1461, Louis XI va mettre autant d’acharnement à mâter les féodaux qu’il en avait mis à obtenir leur soutien lors du règne précédent. Prêt à toutes les trahisons, à toutes les bassesses, il passera maître dans l’art du machiavélisme. Malheur à ceux qui auront placé leur confiance dans sa parole : il n’en avait pas. Les Liégeois en payeront le prix lorsqu’il les abandonnera, après les avoir soutenu, à la colère du duc de Bourgogne, leur suzerain. Ce dernier, qui était encore un peu chevalier, ayant signé un traité avec le roi de France, verra ce dernier foulé aux pieds et, à sa mort, ses Etats démembrés. Tous les moyens étaient bons pour permettre à Louis XI d’accomplir a grande œuvre : l’unification de la France.

Scanderberg : le janissaire rebelle

Georges Castriota, dit Scanderberg (1405-1468).
Georges Castriota, dit Scanderberg (1405-1468).

Dans leur conquête de l’Europe balkanique, les Ottomans avaient créé un un corps d’armée redoutable constitué uniquement des fils de territoires conquis qui, dès leur plus tendre enfance, étaient convertis de force à la religion de Mahomet. En quelques années ces janissaires allaient devenir les meilleurs combattants d’Allah.
Tel sera le sort de Georges Castriota dit Scanderberg. Né dans une famille princière de Serbie, il sera, à l’âge de sept ans, emmené en otage par les Ottomans et élevé dans l’Islam. Devenu le favori de Mourad II, il fera preuve d’une grande valeur militaire, recevant le surnom d’Iskander Bey, " le prince Alexandre ". Un triomphe pour le janissaire mais aussi et surtout pour la politique de recrutement mise en place par Orkhan, le deuxième sultan ottoman, en 1334. Un triomphe qui avait un revers comme le démontre l’histoire de Scanderberg.
En effet, en 1443, alors qu’il était âgé de quarante ans, Scanderberg déserte l’armée ottomane, entraînant dans son sillage 300 Albanais. C’était au lendemain de la défaite ottomane de Nis. Revenu au christianisme, il allait devenir un des pires cauchemars des Ottomans en Albanie. Fort de son contingent de 300 hommes, il reprit la forteresse de Kroya, au Nord-est de Durrazzo, et, dès lors, se lança dans une véritable guérilla contre les forces ottomanes.

Jacques Cœur, l’argentier du roi

Fils d’un marchand de Bourges, Jacques Cœur (1395-1456) fait fortune dans des secteurs aussi variés que la banque, le négoce, le change, l’extraction minière ou le transport sur terre et sur mer. Parallèlement, il mène avec beaucoup de succès une carrière publique.
Maître des monnaies puis argentier du roi, commissaire au Languedoc et enfin conseiller de Charles VII, il est cependant arrêté, en 1451, sur ordre du souverain et emprisonné. Accusé de malversations, d’exactions et d’avoir empoisonné la maîtresse du roi, Agnès Sorel, il a surtout eu le tort d’étaler sa richesse..

Frédégonde, la reine sanglante

Chilpéric et Frédégonde (gravure du XIXe siècle).
Chilpéric et Frédégonde (gravure du XIXe siècle).

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde,  Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !

Siméon le Magnifique

Le tsar Siméon Ier de Bulgarie.
Le tsar Siméon Ier de Bulgarie.

Grand, magnifique : tels sont les qualificatifs que l’on accole volontiers au nom de Siméon Ier, tsar des Bulgares de 893 à 927.
C’est pourtant comme otages de l’empereur de Byzance que le fils de Boris Ier passer les premières années de sa vie. Et, comme au temps antiques, la condition d’otage, quoi que légèrement inconfortable, avait bien des avantages, comme celui d’acquérir une culture et une connaissance propre aux cours les plus évoluées. Tel sera la cas de Siméon qui lisait Aristote et Démosthène dans le texte.
Appelé sur le trône par son père qui avait préféré finir sa vie sous l’habit de moine, il oublia ses années de jeunesse -durant lesquelles la captivité n’était qu’un terme politique, sans plus- pour se lancer dans une lutte frontale contre l’empereur byzantin, Léon VI le Sage. Le but était évidemment de se libérer de la tutelle forcée de Byzance et de conserver l’indépendance du trône bulgare. Léon VI s’étant attaché le concours des Magyars, qui allaient envahir le nord de la Bulgarie, Siméon fit appel aux Petchénègues qui devaient faire reculer les Byzantins jusque sous les murs de Constantinople. Léon VI, à genoux, demandera la paix et devra verser un tribut (904).

La déposition d’Édouard II

Édouard II d'Angleterre (1284-1327).
Édouard II d’Angleterre (1284-1327).

Jamais jusque-là un roi d’Angleterre n’avait été déposé. Assurément, Édouard II n’avait jamais fait preuve d’une personnalité très affirmée, que ce soit en tant que prince de Galles ou, à partir de 1307, en tant que roi, mais personne n’aurait imaginé qu’il soit forcé d’abdiquer… encore moins que ce soit sa femme qui le dépose ! Depuis la France et soutenue par son amant Roger Mortimer et son beau-frère, Edmond, Isabelle de France va organiser l’invasion de l’Angleterre de main de maître.