Théodoric le Grand : sur le trône des Césars

Pierre gravée portant le nom de Théodoric.
Pierre gravée portant le nom de Théodoric.

Si pour les Romains, Théodoric était un barbare, il était tout de même de sang royal, né dans la famille des Amales qui, au Vie siècle, régnait sur les Ostrogoths. Envoyé en otage à Constantinople à l’âge de 7 ans, Théodoric profita de son séjour byzantin pour se cultiver, apprenant le grec et les latin, s’initiant à la culture classique. Et à la mort de son père, c’est tout naturellement qu’il prit sa suite à la tête des Ostrogoths. Pas de tous cependant, car durant des années Théodoric aura à combattre un adversaire de même nature, le bien nommé Théodoric le Louche. Côté byzantin, si l’Ostrogoth commença par s’opposer à l’empereur Zénon, il contribuera au rétablissement de ce dernier ce qui lui vaudra la reconnaissance éternelle de l’empereur. Enfin, reconnaissance éternelle, sans doute pas, mais au moins les titres de patrice, de consul et de magister militum, des titres qui allaient aiguisé l’appétit de l’Ostrogoth plutôt que de le calmer. Sentant le danger et plus fin politique qu’il ne semblait de prime abord, Zénon va habilement détourner les ambitions de Théodoric en orientant sa soif de pouvoir vers la péninsule italienne qui, depuis 476, était aux mains d’un autre barbare, un certain Odoacre, dont la tribu avait été détruite par les Ostrogoths et qui, depuis ce temps, avait mis ses talents au service des Romains. Mais comme Théodoric, Odoacre était ambitieux ; comme lui, mais avec plus de succès, il s’était fait le zélé serviteur des empereurs d’Occident avant de détrôner le dernier d’entre eux, Romulus Augustule, et de prendre, dans les faits si ce n’est dans les titres, sa place.

Pierre l’Ermite, le héraut malheureux de Dieu

Le 18 novembre 1095, les cris de Dieu le veut ! retentissent sous les murs de Clermont. Le pape Urbain II (1042-1099) vient de lancer un appel solennel à la Croisade après que Pierre l’Ermite l’ait convaincu de délivrer les Lieux Saints à Jérusalem.
Pierre l’Ermite est né dans le diocèse d’Amiens. Devenu veuf, il prend l’habit de moine.
-C’est, dit un chroniqueur du temps, un homme de petite taille et d’un extérieur misérable, vêtu d’une tunique de laine et d’un manteau de bure qui descendait jusqu’au talon, et marchant les bras et les pieds nus ; mais son esprit était prompt et son œil perçant, son regard pénétrant et doux, sa parole éloquente; une grande âme habitait ce faible corps et il prêchait partout le peuple avec une merveilleuse autorité.
Accompagné de Gauthier Sans-Avoir, un chevalier bourguignon, Pierre l’Ermite parcourt les campagnes de France et même d’Europe. Parti avec quinze mille Français, il traverse l’Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie pour atteindre enfin Constantinople avec cent mille hommes et femmes portant une croix rouge sur leur vêtements.

La fausse simplicité de Charles le Simple

Sceau de Charles III le Simple.
Sceau de Charles III le Simple.

La faiblesse de Louis II le Bègue, le règne conjoint de Louis III et de Carloman II avaient clairement annoncé ce qui sera la grande affaire du règne de Charles III : la lutte contre les grands du royaume. Fils posthume de Louis II, encore enfant à la mort de Carloman, Charles réunit tous les handicaps capables d’attiser la révolte des nobles. Sa jeunesse est un problème, mais elle sera palliée par trois années de régence de Charles le Gros, empereur d’Occident, roi d’Alémanie et fils de Louis le Germanique. Une régence qui prouve combien les Carolingiens des deux pays sont liés, combien le lien familiale et peut-être l’autorité impériale compte encore dans l’un et l’autre royaumes. La déposition de Charles le Gros par la diète de Tibur en 887 devait, à nouveau, placer Charles le Simple face aux nobles du royaume… qui lui préfèrent pour l’heure le comte de Paris, Eudes Ier.
De fait, c’est bien là le problème de Charles, celui que ses descendants connaîtront également : la montée en puissance non pas de la noblesse mais bien d’une famille, celle des comtes de Paris. Des seigneurs qui tiennent les grands du royaume en leur pouvoir et qui, contrairement aux Pippinides quelques générations auparavant, n’hésiteront pas avant de s’emparer du trône. Différence notable entre les Pippinides et les Robertiens : ces derniers sont issus du sein même de Charlemagne, ou du moins le seront-ils à partir d’Hugues le Grand, descendant direct de Carloman, fils de Charlemagne, roi d’Italie sous le nom de Pépin. Débouté de l’héritage italien, cette branche des Carolingiens se verra offrir le comté de Vermandois, une piètre consolation qui revenait à reconnaître, indirectement, la réalité de leurs droits sur le trône italien.

Frédégonde, la reine sanguinaire

Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.
Frédégonde et Chilpéric Ier (539-584), illustration du XIXe siècle.

La seconde moitié du VIe siècle va être marquée par la rivalité entre deux reines, les célèbres Frédégonde et Brunehaut, rivalité qui bouleversera à maintes reprises la donne politique. De cette époque, l’histoire a retenu la multitude des crimes, des intrigues et des méfaits de Frédégonde qui, dès le Moyen Âge, acquiert le qualificatif de « reine sanguinaire ».
À la mort du dernier fils du roi Clovis et de sainte Clotilde, Clotaire Ier, qui avait réussi à unifier le royaume franc, celui-ci est, selon la coutume franque, divisé entre les fils du roi, d’abord en quatre puis en trois à la mort de l’aîné, Caribert. Gontran obtient ainsi la Burgondie, avec Orléans pour capitale, Sigebert reçoit l’Austrasie et s’établit à Reims et Chilpéric, le plus jeune, hérite du royaume de Neustrie, Soissons étant la capitale. Paris reste dans l’indivision et peut être occupée à tour de rôle.
Un tel partage ne pouvait que faire naître les difficultés et les convoitises, notamment de la part de Chilpéric qui avait reçu la plus petite part et qui n’était pas d’un caractère particulièrement soumis. Cependant, ce qui va déclencher la terrible vendetta qui, de 566 à la fin du VIe siècle, allait ensanglanter la cour et tout le royaume fut la jalousie. D’abord celle de Chilpéric envers son frère Sigebert puis celle de Frédégonde… envers tout le monde !
 

Pépin le Bref : les Pippinides sur le trône

Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).
Pépin, maire du Palais, avec Childéric III (gravure du XIXe siècle).

A la mort de Charles Martel, ses fils, Pépin et Carloman, héritent de sa charge ; une fonction que, selon la tradition franque, ils vont se partager. Du moins était-ce le cas pour les rois. Mais ce qui est extrêmement intéressant dans ce cas précis, c’est que les Pippinides, qui n’étaient que maires du palais, agissent exactement comme des souverains. Un ministre se remplace, un conseiller se choisit. Or, depuis des générations, les Pippinides s’étaient institués maires du palais, fonction qu’ils se transmettaient depuis cinq générations… en appliquant les mêmes règles que lors des héritages royaux, soit le partage. Déjà, on avait perçu un net rapprochement de la dynastie Pippinide avec la couronne mérovingienne lorsque Thibaud, fils de Grimoald le Jeune, avait prétendu à la charge de son père… tout en étant encore mineur ! L’assimilation était par trop évident ; elle devait finir par un changement de dynastie. Un changement qui peut paraître évident mais que Pépin, dit le Bref en raison de sa petite taille, mettra dix ans à obtenir.
Maire du palais de Neustrie quant son frère Carloman héritait de la charge en Austrasie, le fils de Charles Martel épuisera ses premières années de pouvoir à mâter la noblesse, son demi-frère Odilon en tête. La situation était tendue, la couronne à portée de main… Et la noblesse l’avait semble-t-il bien senti, elle qui multipliait les révoltes contre ce pouvoir presque royal. Presque, c’était bien là le cour du problème. Car ni Pépin ni Carloman n’avaient de réelle légitimité, hormis celle qu’eux-mêmes et que leurs ancêtres s’étaient forgés. En 748, cette situation allait conduire les deux frères à restaurer la dynastie mérovingienne en la personne de Childéric III. Un souverain qui n’en a que le titre et ne sera qu’un fantoche entre les mains expertes des Pippinides. Lui-même, semble-t-il, avait conscience de sa faiblesse, n’hésitant pas à signer : « Childéric, roi des Francs, à l’éminent Carloman, maire du palais qui nous a établi sur le trône… » On ne saurait être plus humble, plus redevable et plus effacé aussi… Tellement effacé qu’il devait finir par disparaître.

La croix d’Iona

Croix de l'île d'Iona.
Croix de l’île d’Iona.

Si saint Patrick et sainte Brigitte sont mondialement connus et reconnus comme les patrons de l’Irlande, on oublie aisément que cette terre de profonde chrétienté a également servi de base à l’évangélisation des contrées avoisinantes.
Prince de sang royal, Columkill ou Colomba devait entrer à l’abbaye de Clonard dans la première moitié du VIe siècle. C’est là, sous la direction de saint Finnian -un nom à consonance hautement païenne et mythologique- qu’il devait faire ses premières armes de fondateur en créant les monastères et écoles monastiques de Derry (545), Durrows (553) et Kells (sans doute 554). De fait, l’Irlande devenait trop petite pour ce propagateur de la Foi aussi embarqua-t-il, vers 563, pour l’île calédonienne -comprenez écossaise- d’Iona. Le monastère qu’il y fonda devait devenir le principal foyer du christianisme pour les Pictes et les Celtes du Nord. La croix d’Iona, la croix de Colomba étendrait bientôt son ombre sur les Vikings conquérants. Evangélisateur des peuples du nord de la Grande-Bretagne, saint Colomba sera cependant enterré en terre d’Irlande, entre saint Patrick et sainte Brigitte. Comme si, toujours, l’Irlande rappelait ses enfants.

La mort de Marguerite de Bourgogne

Illustration d'une légende, celle de la mort de Marguerite de Bourgogne (gravure du XIXe siècle).
Illustration d’une légende, celle de la mort de Marguerite de Bourgogne (gravure du XIXe siècle).

Tout le monde connaît le personnage ô combien sulfureux de Marguerite de Bourgogne, épouse adultère de Louis X dans les Rois maudits de Maurice Druon. Dénoncée par sa belle-sœur, la terrible Isabelle de France, surprise par son beau-père, elle fut arrêtée sur son ordre, de même qu’une autre bru de Philippe le Bel, sa cousine Blanche, et condamnée à la prison dans la forteresse de Château-Gaillard. Les amants des princesses, quant à eux, furent proprement torturés, émasculés et finalement tués.
Les choses n’étaient cependant pas réglées, loin de là. En effet, allait bientôt se poser le problème de la succession de Louis X le Hutin. Faire invalider l’union de Marguerite et de Louis n’aurait dû poser aucun problème… sauf que pour ce faire il fallait l’aval du pape et qu’à l’époque la chrétienté n’en était pas pourvue ! Dès l’accession de Louis X au trône, en 1314, la question se fit pressante : il lui fallait une descendance ! Et une descendance qui ne soit pas suspecte. Impossible donc de pardonner à Marguerite, dont les grossesses seraient toujours sujettes à caution. Impossible aussi d’attendre des mois que les cardinaux se décident enfin à élire l’un des leurs au trône de Pierre. Il ne restait plus que la solution de l’élimination de Marguerite qui, faisant de Louis un veuf, lui permettrait de se remarier. C’est ce que suggère Druon dans son ouvrage en racontant l’assassinat de Marguerite de Bourgogne, étranglée un sombre matin de 1315.
L’idée était plaisante et nombre d’historiens y souscriront au XIXe siècle. La vérité est cependant plus prosaïque et c’est de froid que la pauvre Marguerite est morte à Château-Gaillard…

Le premier « grand duc de Bourgogne »

Philippe le Hardi (1342-1404).
Philippe le Hardi (1342-1404).

Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !, clamait le jeune prince Philippe à son père Jean II le Bon (1350-1364).
Né à Pontoise le 15 janvier 1342, Philippe est le plus jeune des fils du roi de France. Sa conduite courageuse lors de la bataille de Poitiers en 1356 lui vaut le surnom de Hardi et, en 1363, le roi Jean lui donne en récompense l’apanage de la Bourgogne. Devenu duc d’une des plus riches régions de France, Philippe épouse Marguerite de Maele, unique héritière d’Artois, de Flandres et de Franche-Comté, en 1369. Philippe le Hardi se trouve alors en possession de terres sans doute aussi importantes que celles de son frère, le roi de France, Charles V le Sage (1364-1380).

Charles, le roi sage

Statue de Charles V le Sage (1338-1380).
Statue de Charles V le Sage (1338-1380).

En 1343, le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, vient de perdre son fils unique et décide de céder le Dauphiné à la France. La condition : qu’un fils de France porte désormais le titre de Dauphin et joigne ses armes à celles du Dauphiné. C’est à Charles, aîné de Jean II, qu’échoit le titre en 1349. Humbert II se retire dans les ordres et la France compte désormais un dauphin, titre que porteront els héritier à la couronne.
Premier dauphin de France, donc, Charles V sera également un de ses plus grands rois. De Froissart à Christine de Pisan, ses contemporains sont unanimes pour louer son intelligence, sa sagesse et sa science. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier son action.
Lorsque son père est fait prisonnier à Poitiers (1356), le jeune dauphin se trouve face à une situation catastrophique. Les finances sont en état de détresse, les Etats généraux ont révélé les prétentions des bourgeois et Charles le Mauvais, qui s’est évadé, reprend de plus belle son action subversive… La mainmise bourgeoise est même telle qu’ils tenteront d’imposer une monarchie constitutionnelle, réclamant le renvoi des conseillers du jeune régent et la nomination d’un conseil de 28 membres issus de leurs rangs. Charles, manquant de subsides autant que de soutiens, va, dès se moment, faire montre d’une grande maîtrise de la chose politique et d’une étonnante intelligence. Cherchant à gagner du temps, il accorde quelques concessions dans l’ordonnance royale de 1357 puis, profitant de la révolution du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, fuit la capitale en quête de soutien. Il le trouvera chez les nobles de Picardie et d’Artois, auprès des Etats de Champagne, lèvera des subsides et entrera triomphalement dans la capitale. La tentative révolutionnaire d’Etienne Marcel aura servi de révélateur : révélateur du caractère du futur souverain d’abord, de la situation vers laquelle le pouvoir des bourgeois allait mener le royaume. Certainement, à l’époque, personne n’en voulait, pas même les Parisiens qui élimineront eux-mêmes le prévôt.

Grégoire le Grand, serviteur des serviteurs de Dieu

Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).
Statue de saint Grégoire le Grand (v.570-604).

Serviteur des serviteurs de Dieu, comme il se nomme lui-même, Grégoire Ier le Grand est avant tout le meilleur serviteur que l’Église ait eu au premier millénaire. Issu d’une famille sénatoriale, préfet de Rome, il quitte ses fonctions en 575 et transforme sa demeure en monastère bénédictin. Élu pape contre sa volonté, il va s’attacher toute sa vie à faire renaître l’autorité pontificale, totalement disparue depuis la mise sous tutelle de l’Église par l’empereur Justinien au début du VIe siècle. Dès le début de son pontificat, il va jouer le rôle d’un véritable chef d’État autant que de chef suprême de la chrétienté : il combat les Lombards qui envahissent l’Italie du Nord puis va lutter contre les hérésies arienne et donatiste en Afrique et en Espagne. Enfin, il envoie, en Grande-Bretagne, Augustin de Cantorbéry convertir les hordes barbares du Nord qui tentent d’envahir le pays.