L’aventure des Tudor

Gisant d'Edmund, fils d'Owen Tudor.
Gisant d’Edmund, fils d’Owen Tudor.

C’est un aventurier d’origine galloise qui, au XVe siècle, devait faire la fortune de l’ancienne famille des Tudor -elle est mentionnée pour la première fois en 1232. Owen Tudor, car tel est son nom, devra tout à son sens de l’à propos et, sans aucun doute, à son charme personnel. Amant de Catherine de Valois, mariée à Henri V de Lancastre, il allait finir par épouser la trop jeune veuve, mère du souverain, en 1429. Evidemment partisan de la maison de Lancastre lors de la guerre des Deux-Roses, Owen allait finalement périr exécuté, mais le premier pas au sein de la dynastie Plantagenêt était franchi. De fait, le statu d’Owen, l’officialisation de son lien avec la reine Catherine avait valeur d’accréditation, ce dont  les Tudor allaient désormais profiter. Owen mort, c’était à son fils aîné de faire son chemin ; ce qu’il fit en épousant Marguerite de Lancastre, petite-fille de Jean de Gand et descendante, par là même, d’Edouard III et donc des Plantagenêt. La filiation était parfaite et le fils né de leur union, Henri Tudor, allait pouvoir se prévaloir de l’héritage des Lancastre dont il sera bientôt le dernier représentant. Vainqueur de Richard III, et donc des York, à la bataille de Bosworth en 1485, Henri VII Tudor aura l’intelligence de mettre fin au conflit entre les deux familles en s’alliant avec le fille d’Edouard IV, également dernière représentante des York, doublant de fait sa propre légitimité puis celle de toute la dynastie Tudor.

Nour el-Din : l’artisan de la défaite des chrétiens

Habitants arabes de Damas (gravure du XIXe siècle).
Habitants arabes de Damas (gravure du XIXe siècle).

Bien connu des passionnés de l’histoire des croisades Nour el-Din, de son vrai nom Nour el-Din Mahmoud el Malik el-Adil, était le fils et le successeur de Zenghi, atabeg d’Alep, qui s’était rendu indépendant des sultans seldjoukides dans le gouvernement de la Syrie septentrionale, faisant d’Alep sa capitale (1146). Toute sa vie ne sera qu’une lutte sans fin contre les croisés, notamment ceux de la IIe croisade. Lorsque les croisés mirent le siège devant Damas, il vola au secours de la cité et força les chrétiens à lever le siège. Il enleva ensuite au Francs le comté d’Edesse, dont le frère de Godefroi de Bouillon était devenu, après la Iere croisade, le suzerain. En 1149, Nour el-Din s’attaque au puissant prince d’Antioche, Bohémond III, arrière-petit-fils de Bohémond de Tarente, un Normand de Sicile qui avait enlevé la ville par ruse en 1098 : l’Alepois enlève Apamée. Fort de ces succès, il annexe littéralement Damas, dont il fait sa capitale, redonnant ainsi son unité à la Syrie musulmane. C’est vers l’Egypte -musulmane- que se porteront ensuite ses efforts et, au terme de trois expéditions (entre 1163 et 1169), il saura imposer aux Fatimides un vizir de son choix : un certain Saladin.

Othon Ier le Grand : le rêve européen

Blason du Saint Empire romain germanique (l'aigle bicéphale n'apparaît que'au XIVe siècle).
Blason du Saint Empire romain germanique (l’aigle bicéphale n’apparaît que’au XIVe siècle).

Le rêve européen ne date certes pas du XXe siècle. Son histoire non plus, comme l’a fort justement rappelé le président Giscard d’Estaing dans sa présentation d’une constitution européenne. Mais c’est rêve qui apparaît comme essentiellement germanique.
Héritier de Charlemagne et de ses ambitions mais également bras armé de l’Occident chrétien -ou se présentant comme tel-, Othon Ier le Grand puis à sa suite Frédéric Barberousse, Frédéric II de Hohenstaufen : tous ont tenté, avec plus ou moins de succès, de reconstituer l’idéal du souverain européen en recréant, sous leur sceptre, une unité perdue depuis la mort du grand empereur ; tous ont été, et peut-être Othon Ier plus que les autres, les " fils spirituels " de l’Empereur.

Isabelle, la Louve de France

Isabelle de France et son fils, futur Edouard III, en visite chez Jean de Hainaut (iconographie du XIXe siècle).
Isabelle de France et son fils, futur Edouard III, en visite chez Jean de Hainaut (iconographie du XIXe siècle).

Personnage central du roman de Maurice Druon, Les Rois maudits, la fille de Philippe le Bel  l’est également au regard de l’histoire : par son caractère, tout d’abord, et parce que c’est fort de son ascendance que les souverains anglais prétendront au trône de France.
Mariée et reine d’Angleterre en 1308, Isabelle devait vite se rendre compte que son époux préférait de loin la couche des jouvenceaux à la sienne. Il mettra d’ailleurs quatre ans à se donner un héritier. Ceci fait, il se désintéressa totalement d’Isabelle, qui n’eut alors qu’un désir : se débarrasser de son royal époux.
En 1322, Edouard II, las de rendre un hommage répété pour son fief de Guyenne aux frères de sa femme (Charles IV était le troisième), décida de déléguer cette «  corvée » à Isabelle. L’éloignement de la cour anglaise n’était pas pour lui déplaire, elle qui craignait pour sa vie à cause de l’influence du dernier favori du roi, Hugh le Despenser. Mais elle voyait également dans ce voyage l’occasion de fomenter un coup d’Etat. Ce que le roi de France refusera de cautionner ! Si, dans ses Chroniques, Froissart prend fait et cause pour la Louve de France, force est de constater que le refus de Charles IV était dicté par la tradition, la loi vassalique. Peu importe ! Froissart y verra un trait de faiblesse ; Druon un désir de vengeance !

Philippe le Hardi, le grand duc de Bourgogne

Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).
Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).

Philippe le Hardi a quatorze ans lorsqu’il entre dans l’histoire. C’est un matin de septembre 1356, le 19. Après une chevauchée fantastique, au cours de laquelle elle ravage le Périgord, le Limousin et le Berry, l’armée anglaise, avec à sa tête le Prince Noir, rencontre l’armée royale française dans les plaines de Maupertuis, à seulement huit kilomètres de Poitiers.
Tous les princes de la famille royale sont présents : le dauphin ainsi que Louis d’Anjou et Jean de Poitiers, plus tard Jean de Berry, sont dans le premier corps d’armée. Le duc d’Orléans commande le deuxième et le roi, accompagné de son plus jeune fils, Philippe, dirige le troisième.
Les deux premiers corps sont aisément enfoncés et le roi Jean doit bientôt subir tout le poids de la bataille. Il a fait éloigner ses trois fils aînés, pour éviter qu’ils ne tombent tous aux mains des Anglais. Seul Philippe est encore à ses côtés. Le roi est maintenant à pied, les coups pleuvent de toutes parts. Et voilà Philippe à ses côtés, parant pour lui les coups :
-Père, gardez-vous à gauche ! Père, gardez-vous à droite !
Après cette action, le roi sera quand même fait prisonnier mais Philippe, qui n’a ni soldat ni terre, a désormais un surnom : « le Hardi ».
Le célèbre épisode de la bataille de Poitiers permet à Philippe le Hardi d’entrer dans la légende. Mais ce gamin courageux, préféré de son père le roi, va rapidement démontrer qu’il est aussi intelligent et fin politique : il « voyait au loin », dit de lui Froissart.

Averroès, disciple d’Aristote

Averroès (vers 1126-1198), d'après un dessin du XIXe siècle.
Averroès (vers 1126-1198), d’après un dessin du XIXe siècle.

Saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin ont salué en lui " LE commentateur " d’Aristote. Pourtant, Averroès prétendait être bien plus ; il prétendait être l’héritier d’Aristote, son disciple préféré.
Né dans une famille de juriste de Cordoue, Ibn Rochd, dit Averroès, fait ses études de droits tout en s’initiant à la philosophie, à la théologie et à la médecine. Devenu, comem son père, "cadi" de Cordoue puis de Séville, c’est-à-dire juge, il se lie avec le calife almohade Abou Yakoub Yousouf qui fait de lui son médecin personnel. Appelé au Maroc par le fils du calife afin de réformer la justice, il revient à Cordoue huit ans plus tard (en 1195) où il se voit taxé d’hérésie. De fait, Averroès n’avait jamais abandonné ses premiers amours : la philosophie et la théologie. De fait, Averroès professait depuis des années des théories contraires à la foi musulmane. Adepte de la philosophie aristotélicienne, il en avait traduit les œuvres principales, avant de les interpréter. Comme la majorité des commentateurs arabes, il y avait introduit des éléments néoplatoniciens et alexandrins. Mais c’est sur les rapports de la philosophie et de la foi qu’il s’opposera à l’école orthodoxe musulmane. Identifiant la pensée d’Aristote à la vérité rationnelle, il en arrive à soutenir la théorie de la double vérité : celle de la raison et celle de la foi.

Ferdinand 1er le Juste

Énergique et vertueux, mais calculateur habile à force de savoir patiemment exploiter les fautes de ses adversaires : tel apparaît le roi de Castille Ferdinand Ier le Juste à ses contemporains, un homme politique de grande envergure mais aussi un soldat attaché à chasser les Maures de la terre d’Espagne. Durant le très long conflit qui oppose la Castille catholique à la Grenade musulmane, il remporte de nombreux succès militaires, dont la prise d’Antéquera, en 1410, qui le couvre de gloire et fait de lui, aux yeux de son peuple, un authentique croisé de la reconquête.

La dynastie des Pippinides

Pépin de Héristal, maire du palais de Clovis III (gravure du XIXe siècle).
Pépin de Héristal, maire du palais de Clovis III (gravure du XIXe siècle).

Au VIIe siècle, Pépin de Landen, un des chefs de l’aristocratie austrasienne, s’était vu offrir la fonction de maire du palais, fonction que ses descendants vont assurer durant pas moins de six générations. Mais au fil du temps, la charge de maire du palais allait prendre de plus en plus d’importance, au point que ce seront eux qui détiendront la réalité du pouvoir. Ainsi en sera-t-il de Charles Martel, glorieux vainqueur des infidèles, et de ses fils, Carloman et Pépin, qui lui succèdent en 741. La véritable mainmise des Pippinides sur le pouvoir mérovingien n’allait cependant pas sans quelques heurts, au point que Carloman et Pépin devront, pour mettre fin à l’opposition des princes, proclamer Childéric III roi des Francs en 743. Ce règne, qui n’en eut jamais que le nom, ne devait durer que neuf ans. En effet, en 752, alors qu’il est désormais seul à assurer la réalité du pouvoir, Pépin fait un véritable coup d’État, avec l’appui du pape. Roi sacré et « oint au nom de la Sainte Trinité » par la grâce de Zacharie puis d’Étienne II, Pépin inaugure ainsi la royauté de droit divin.
Lorsque Pépin le Bref meurt, le 23 septembre 768, la dynastie pippinide est déjà bien assise sur le trône franc : son fils Charles, dit Charlemagne, la consacrera et lui donnera le nom de dynastie carolingienne.

Philippe Ier et les débuts de la politique capétienne

Sceau de Philippe Ier (1052-1108).
Sceau de Philippe Ier (1052-1108).

Philippe n’a que sept ans lorsqu’il succède à son père. Couronné une première fois du vivant de celui-ci, il renouvellera « l’opération » à plusieurs reprises, signe que la légitimité des Capétiens était encore à établir. Placé initialement sous la tutelle conjointe de sa mère et, surtout, de son oncle, Baudouin de Flandre, Philippe, une fois majeure, va se révéler un grand roi, l’initiateur de la politique capétienne au XIIe siècle.
Depuis Hugues Capet, le principal handicap des souverains de cette dynastie était leur manque de puissance, comprenez leur manque de terre. De fait, face à des vassaux tels que le comte d’Anjou, celui de Flandre, le duc de Bourgogne et, surtout, celui de Normandie qui, en 1066, devient roi d’Angleterre, le roi de France fait bien piètre figure. Toute la politique de Philippe Ier va donc être de consolider le domaine royal. C’est ainsi qu’il s’empare du Gâtinais (1068), du Vexin (1082) et de la vicomté de Bourges (1100). Parallèlement à cela, il soutient Arnould III face à Robert le Frison dans la succession flamande –ce sera d’ailleurs un échec ; et entretient la révolte de Robert Courteheuse contre son père, Guillaume le Conquérant.

Vie et mort d’une dynastie : les Visconti

Jean Galéas Visconti (1351-1402).
Jean Galéas Visconti (1351-1402).

Depuis bientôt deux siècles, une famille originaire de Milan étendait sa fortune et son pouvoir sur toute l’Italie du Nord.
Arrière-petit-fils du fondateur de la dynastie des Visconti, Jean Galéas reformera son unité et la conduira à son apogée. Devenu seul maître du Milanais après avoir assassiné son oncle et beau-père, Jean Galéas va non seulement poursuivre la conquête des villes avoisinantes mais également « acheter » le titre de duc héréditaire de Milan, élevant ainsi sa famille au même rang que les plus grands noms d’Italie.
Administrateur remarquable, favorable à l’industrie et aux arts, fin diplomate et habile chef de guerre, Jean Galéas est sur le point de devenir roi d’Italie quand il meurt de la peste, le 4 septembre 1402.