Cortez et la conquête du royaume aztèque

Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).
Fernand (ou Hernan) Cortez (1485-1547).

Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion…, écrit le poète Carlos Fuentes. De la même façon, Fernand Cortez a cru dans cette terre, mais aussi dans ses richesses et ses possibilités.
Aventurier avide de gloire et d’or, Cortez, né en 1485 en Estrémadure, est issu d’une famille de vieille souche mais dépourvue de fortune. À l’âge de dix-neuf ans, il s’embarque pour le Nouveau Monde et s’illustre lors de la conquête de Cuba menée par Diego Velazquez (1465-1524). Peu de temps après, il entend parler d’une expédition au Yucatan projetée par Velazquez. En 1518, Cortez prend la tête d’un convoi de onze navires transportant deux cent soixante Espagnols et autant d’Indiens.

Le “bon” roi Dagobert ?

Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).
Dagobert Ier en majesté (v. 602-639).

Si la légende a fait beaucoup pour la popularité de Dagobert, elle n’a guère de rapport avec la réalité. Souverain guerrier et conquérant, il saura soumettre les Basques, les Bretons, en la personne de Judicaël, substituera un roi wisigoth à un autre en Espagne –exploit pour lequel il se fera payer-, installera un Franc en Thuringe, dirigera les Alamans, massacrera les Bulgares en Bavière et conclura avec l’empereur d’Orient, Héraclius, une « paix perpétuelle ». Bref, Dagobert Ier apparaît comme le plus grand roi mérovingien après Clovis, un souverain dont la domination effective s’étendait des Pyrénées au Rhin, de la Bretagne à l’Elbe. Il sera aussi le seul, véritablement, à atteindre ce statu quasi international… jusqu’à Charlemagne.
Mais si la politique extérieure est une véritable apothéose, à l’intérieur même de son royaume, Dagobert aura bien du mal à réfréner les ambitions des leudes, notamment du premier d’entre eux, son conseiller en Austrasie, Pépin de Landen (ancêtre de Pépin le Bref).  Roi d’Austrasie dès 623, il se fera reconnaître roi de Neustrie, privant son frère Caribert à qui elle revenait, puis roi des Francs à la mort de son père. Et s’il parviendra à reconstituer l’unité du royaume, c’est au prix de lourds sacrifices imposés à la noblesse. Quant à sa réputation de justicier, il la devra aux tournées qu’il effectuera en Bourgogne et en Austrasie, se révélant attentif aux doléances du peuple, offrant des privilèges à telle ou telle cité.
Enfin, cet homme à femmes, polygame reconnu, aura l’intelligence de savoir s’entourer… de saints ! Les élites du Nord comme du Midi seront accueilli en son palais de Paris, dont il fera sa capitale. Des élites parmi lesquelles on retiendra saint Ouen, qui sera chef de sa chancellerie, saint Didier, son trésorier, et enfin, le plus célèbre d’entre eux, saint Eloi –orfèvre célèbre- dont il fera son « ministre des Finances ». C’est d’ailleurs avec lui, sur son conseil, qu’il centralisera la frappe de la monnaie, mettant ainsi fin à la circulation de la fausse monnaie.
Un règne court –à peine 7 ans comme roi des Francs- mais qui allait porter la dynastie mérovingienne au faite de sa puissance. Un règne qui sera suivi par ceux des rois fainéants…

Charles de Valois, l’homme qui voulait désespérément être roi

Charles de Valois, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Charles de Valois, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Si Charles de Valois, frère de Philippe le Bel est un tant soit peu connu du grand public, c’est grâce au célèbre roman de Maurice Druon, les Rois maudits. Ecrasé par la stature d’un frère qui a laissé dans l’histoire une trace « royale », on peut le dire, Charles de Valois ne mérite pas moins quelque intérêt. Et s’il apparaît, dans les Rois maudits, comme une véritable caricature du grand féal, « fort en gueule », batailleur, ambitieux et prétentieux, il faut reconnaître que ce portrait est fort proche de la réalité. Fils de roi, frère de roi, père de roi, Charles de Valois ne fut jamais roi lui-même… et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé !
En 1266, le pape Innocent IV avait investi Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, du royaume de Naples et de Sicile, royaume qu’il avait « confisqué » à Manfred, héritier de Frédéric II de Hohenstaufen. L’autorité de l’Angevin s’était rapidement établie sur l’Italie toute entière et ses ambitions le portaient même vers Constantinople lorsque, en 1282, commença l’insurrection sicilienne dont le signal fut donné, le 31 mars, par le massacre des Vêpres siciliennes.

Pierre le Cruel, victime de sa réputation

Page d'un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.
Page d’un manuscrit médiéval représentant la mort de Pierre le Cruel.

Les surnoms des souverains font beaucoup pour asseoir leur réputation dans l’imaginaire populaire. Surtout lorsqu’ils correspondent effectivement à la réalité. Le problème est quand ils n’ont qu’un lointain rapport avec la vérité, qu’ils sont mal compris ou, pire, lorsqu’ils sont le résultat d’une propagande réussie. On a surnommé Louis XV le Bien-Aimé alors qu’il fut sans doute l’un des plus détestés des souverains français ; Richard Cœur de Lion fut nommé ainsi parce qu’il était cruel, non parce qu’il était valeureux. Quant à Pierre le Cruel, roi de Castille, s’il ne fut pas un enfant de chœur, il est loin de mériter son surnom.
C’est en 1350, après la mort de son père, Alphonse XI, que Pierre Ier monte sur le trône de Castille. Montrant peu d’intérêt pour le gouvernement effectif de son royaume, il laisse alors le pouvoir aux mains de sa mère et du ministre principal de son père, se contentant de faire exécuter la maîtresse de son défunt père, Eléonore de Guzman. Certes, ce n’était guère charitable mais de là à parler de cruauté… En fait, tout le règne de Pierre le Cruel va être déterminé par la lutte entre le souverain et la noblesse. Aux premiers rangs desquels ses frères, Frédéric, qu’il fera assassiné en 1358, et Henri de Transtamare. Le désir d’affirmation du pouvoir royal face à l’anarchie féodale : voilà comment se résume le règne de Pierre le Cruel.

Les crimes de Gilles de Rais

Hérétique, sortilège, sodomite, relaps, évocateur des malins esprits, divinateur, apostat, idolâtre, ayant dévié de la foi, hostile à celle-ci, devin et sorcier. C’est ainsi que l’acte d’accusation du procès définit Gilles de Rais.
Baron de Bretagne, Gilles de Rais (1404-1440) se retire sur ses terres au sortir de la campagne menée par Jeanne d’Arc en 1429. Ruiné par la guerre, il pratique le brigandage puis vend ses fiefs et ses châteaux pour ensuite les reprendre par la force. C’est ainsi que le seigneur de Rais cause sa perte. En effet, il tente de reprendre un château à un religieux et s’aliène par cet acte l’Église et le duc de Bretagne.

L’aventure des Tudor

Gisant d'Edmund, fils d'Owen Tudor.
Gisant d’Edmund, fils d’Owen Tudor.

C’est un aventurier d’origine galloise qui, au XVe siècle, devait faire la fortune de l’ancienne famille des Tudor -elle est mentionnée pour la première fois en 1232. Owen Tudor, car tel est son nom, devra tout à son sens de l’à propos et, sans aucun doute, à son charme personnel. Amant de Catherine de Valois, mariée à Henri V de Lancastre, il allait finir par épouser la trop jeune veuve, mère du souverain, en 1429. Evidemment partisan de la maison de Lancastre lors de la guerre des Deux-Roses, Owen allait finalement périr exécuté, mais le premier pas au sein de la dynastie Plantagenêt était franchi. De fait, le statu d’Owen, l’officialisation de son lien avec la reine Catherine avait valeur d’accréditation, ce dont  les Tudor allaient désormais profiter. Owen mort, c’était à son fils aîné de faire son chemin ; ce qu’il fit en épousant Marguerite de Lancastre, petite-fille de Jean de Gand et descendante, par là même, d’Edouard III et donc des Plantagenêt. La filiation était parfaite et le fils né de leur union, Henri Tudor, allait pouvoir se prévaloir de l’héritage des Lancastre dont il sera bientôt le dernier représentant. Vainqueur de Richard III, et donc des York, à la bataille de Bosworth en 1485, Henri VII Tudor aura l’intelligence de mettre fin au conflit entre les deux familles en s’alliant avec le fille d’Edouard IV, également dernière représentante des York, doublant de fait sa propre légitimité puis celle de toute la dynastie Tudor.

Nour el-Din : l’artisan de la défaite des chrétiens

Habitants arabes de Damas (gravure du XIXe siècle).
Habitants arabes de Damas (gravure du XIXe siècle).

Bien connu des passionnés de l’histoire des croisades Nour el-Din, de son vrai nom Nour el-Din Mahmoud el Malik el-Adil, était le fils et le successeur de Zenghi, atabeg d’Alep, qui s’était rendu indépendant des sultans seldjoukides dans le gouvernement de la Syrie septentrionale, faisant d’Alep sa capitale (1146). Toute sa vie ne sera qu’une lutte sans fin contre les croisés, notamment ceux de la IIe croisade. Lorsque les croisés mirent le siège devant Damas, il vola au secours de la cité et força les chrétiens à lever le siège. Il enleva ensuite au Francs le comté d’Edesse, dont le frère de Godefroi de Bouillon était devenu, après la Iere croisade, le suzerain. En 1149, Nour el-Din s’attaque au puissant prince d’Antioche, Bohémond III, arrière-petit-fils de Bohémond de Tarente, un Normand de Sicile qui avait enlevé la ville par ruse en 1098 : l’Alepois enlève Apamée. Fort de ces succès, il annexe littéralement Damas, dont il fait sa capitale, redonnant ainsi son unité à la Syrie musulmane. C’est vers l’Egypte -musulmane- que se porteront ensuite ses efforts et, au terme de trois expéditions (entre 1163 et 1169), il saura imposer aux Fatimides un vizir de son choix : un certain Saladin.

Othon Ier le Grand : le rêve européen

Blason du Saint Empire romain germanique (l'aigle bicéphale n'apparaît que'au XIVe siècle).
Blason du Saint Empire romain germanique (l’aigle bicéphale n’apparaît que’au XIVe siècle).

Le rêve européen ne date certes pas du XXe siècle. Son histoire non plus, comme l’a fort justement rappelé le président Giscard d’Estaing dans sa présentation d’une constitution européenne. Mais c’est rêve qui apparaît comme essentiellement germanique.
Héritier de Charlemagne et de ses ambitions mais également bras armé de l’Occident chrétien -ou se présentant comme tel-, Othon Ier le Grand puis à sa suite Frédéric Barberousse, Frédéric II de Hohenstaufen : tous ont tenté, avec plus ou moins de succès, de reconstituer l’idéal du souverain européen en recréant, sous leur sceptre, une unité perdue depuis la mort du grand empereur ; tous ont été, et peut-être Othon Ier plus que les autres, les " fils spirituels " de l’Empereur.

Isabelle, la Louve de France

Isabelle de France et son fils, futur Edouard III, en visite chez Jean de Hainaut (iconographie du XIXe siècle).
Isabelle de France et son fils, futur Edouard III, en visite chez Jean de Hainaut (iconographie du XIXe siècle).

Personnage central du roman de Maurice Druon, Les Rois maudits, la fille de Philippe le Bel  l’est également au regard de l’histoire : par son caractère, tout d’abord, et parce que c’est fort de son ascendance que les souverains anglais prétendront au trône de France.
Mariée et reine d’Angleterre en 1308, Isabelle devait vite se rendre compte que son époux préférait de loin la couche des jouvenceaux à la sienne. Il mettra d’ailleurs quatre ans à se donner un héritier. Ceci fait, il se désintéressa totalement d’Isabelle, qui n’eut alors qu’un désir : se débarrasser de son royal époux.
En 1322, Edouard II, las de rendre un hommage répété pour son fief de Guyenne aux frères de sa femme (Charles IV était le troisième), décida de déléguer cette «  corvée » à Isabelle. L’éloignement de la cour anglaise n’était pas pour lui déplaire, elle qui craignait pour sa vie à cause de l’influence du dernier favori du roi, Hugh le Despenser. Mais elle voyait également dans ce voyage l’occasion de fomenter un coup d’Etat. Ce que le roi de France refusera de cautionner ! Si, dans ses Chroniques, Froissart prend fait et cause pour la Louve de France, force est de constater que le refus de Charles IV était dicté par la tradition, la loi vassalique. Peu importe ! Froissart y verra un trait de faiblesse ; Druon un désir de vengeance !

Philippe le Hardi, le grand duc de Bourgogne

Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).
Philippe le Hardi et son père à Poitiers (gravure du XIXe siècle).

Philippe le Hardi a quatorze ans lorsqu’il entre dans l’histoire. C’est un matin de septembre 1356, le 19. Après une chevauchée fantastique, au cours de laquelle elle ravage le Périgord, le Limousin et le Berry, l’armée anglaise, avec à sa tête le Prince Noir, rencontre l’armée royale française dans les plaines de Maupertuis, à seulement huit kilomètres de Poitiers.
Tous les princes de la famille royale sont présents : le dauphin ainsi que Louis d’Anjou et Jean de Poitiers, plus tard Jean de Berry, sont dans le premier corps d’armée. Le duc d’Orléans commande le deuxième et le roi, accompagné de son plus jeune fils, Philippe, dirige le troisième.
Les deux premiers corps sont aisément enfoncés et le roi Jean doit bientôt subir tout le poids de la bataille. Il a fait éloigner ses trois fils aînés, pour éviter qu’ils ne tombent tous aux mains des Anglais. Seul Philippe est encore à ses côtés. Le roi est maintenant à pied, les coups pleuvent de toutes parts. Et voilà Philippe à ses côtés, parant pour lui les coups :
-Père, gardez-vous à gauche ! Père, gardez-vous à droite !
Après cette action, le roi sera quand même fait prisonnier mais Philippe, qui n’a ni soldat ni terre, a désormais un surnom : « le Hardi ».
Le célèbre épisode de la bataille de Poitiers permet à Philippe le Hardi d’entrer dans la légende. Mais ce gamin courageux, préféré de son père le roi, va rapidement démontrer qu’il est aussi intelligent et fin politique : il « voyait au loin », dit de lui Froissart.